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Histoire & Sociétés Rurales

2007/2 (Vol. 28)


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Au lendemain de la Révolution, dans le cadre du Concordat, la reconstruction religieuse s’appuie sur un réseau paroissial renouvelé et calqué sur le réseau communal. Partout, la fabrique, établissement public du culte catholique qui relève de l’autorité ecclésiastique et dépend directement de l’évêque et du curé de la paroisse qui la dirige, est un instrument d’administration pour le service public des cultes [1][1] Cette coïncidence est partielle, car un certain nombre.... La fabrique entretient, à ce titre, des relations avec les autorités civiles locales, le maire, le conseil municipal, le bureau de bienfaisance, mais également avec les autorités départementales et avec le ministère chargé des cultes. Réunissant les notables du village, notamment le maire et le curé qui sont membres de droit du conseil de fabrique, elle fonctionne comme un pilier de l’organisation sociale. Chargée de l’exercice du culte, c’est-à-dire de pourvoir aux frais du culte et d’entretenir l’église paroissiale, elle est aussi un élément fort de l’identité culturelle de la commune.

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Alors que la France atteint la plus forte population rurale de son histoire et que la commune rurale connaît une sorte d’apogée, les fabriques paroissiales participent-elles à la construction d’une modernité paroissiale [2][2] Langlois, 1992, p. 392 ; Boutry, 1986. ? Quelle est la place de la fabrique dans la société rurale ? Nous tenterons de répondre à ces questions à partir de l’exemple d’un département très rural, la Seine-et-Marne. La Brie, le Multien, terres de grandes exploitations céréalières, font partie de cette Île-de-France dont Jean-Marc Moriceau a montré qu’elle était précocement touchée par la modernité agricole [3][3] Moriceau, 1994, p. 72.. Le mouvement multiséculaire de réduction du nombre des exploitations s’y accélère au cours du dernier tiers du xixe siècle et renforce le caractère dualiste de la société rurale [4][4] Moriceau, 1994, p. 627-628, observe un mouvement croissant.... La majorité de la population, formée de « manouvriers » (journaliers, souvent petits propriétaires, et ouvriers agricoles), est dominée par quelques très gros fermiers, véritable caste de « patrons » [5][5] Cette caste est constituée dès le xvie siècle : Moriceau,.... Exerçant souvent la fonction de maire, ils dirigent la société rurale [6][6] « La majeure partie de la population ouvrière ne se.... Enfin, il faut relever l’importance de la présence de grands propriétaires « châtelains », membres d’une haute société nobiliaire, profitant de la proximité de ses châteaux avec la capitale [7][7] Par exemple, dans la commune de Voulton, entre 1890.... Dans cette société contrastée, la déchristianisation révolutionnaire a laissé des traces durables. Parmi les diocèses en « déshérence » qui forment le Bassin parisien, Fernand Boulard distingue le diocèse de Meaux qui tient une place à part en raison de la faiblesse de sa pratique religieuse, soulignée par plusieurs études conduites entre le début du xixe siècle et le milieu du xxe siècle [8][8] Le terme « déshérence » est repris de Cholvy et Hilaire,.... Une enquête menée par un journal anticlérical et analysée par Émile Poulat montre qu’en 1904, le taux d’assistance à la messe dominicale est de 2,4 % pour le département de Seine-et-Marne [9][9] Poulat, 1958, p. 143. Il s’agit d’une enquête menée....

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L’anticléricalisme, présent tout au long du xixe siècle, se renforce sous la IIIe République, et les mesures de laïcisation prises dans le département de Seine-et-Marne anticipent l’élan national des années 1880 [10][10] Daëron, 1989.. À l’heure où l’on conteste le statut de l’Église dans la société, l’évolution de la place des fabriques paroissiales, institutions publiques relevant de l’autorité ecclésiastique, reflète la diffusion du mouvement de sécularisation en même temps que le passage de la paroisse à la commune [11][11] Langlois, 1992b, p. 123..

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La loi de séparation des Églises et de l’État, votée en 1905, marque une rupture fondamentale dans la vie de la communauté rurale. La disparition des fabriques paroissiales, auxquelles auraient dû se substituer des associations cultuelles, symbolise la perte du statut de service public pour les anciens cultes reconnus. De manière paradoxale, ce moment de disparition des fabriques est également un épisode permettant de mieux les connaître. En effet, l’histoire des fabriques est difficile à établir, du fait de la rareté des sources. Au xixe siècle, de nombreuses publications portent sur l’administration temporelle des églises, mais il s’agit surtout de sources juridiques et administratives, comme le Journal des conseils de fabrique et du contentieux des cultes (1834-1905), qui laissent dans l’ombre la vie quotidienne des fabriques, pour privilégier les cas conflictuels [12][12] Voir les ouvrages cités par Moisset, 2004, p. 34-4.... Les sources concernant les fabriques dans les archives publiques présentent les mêmes caractéristiques, elles se rapportent à des questions administratives ou à des conflits. Quant aux registres de fabrique conservés aux archives diocésaines, ils sont tenus avec une grande liberté par les curés, qui les mêlent à d’autres éléments [13][13] Dans les plus petites paroisses, il n’y a pas de registre.... On y trouve plus d’informations sur le curé lui-même que sur la fabrique ; au mieux, y sont consignés les comptes de la fabrique, mais il est exceptionnel qu’ils mentionnent la vie de l’institution [14][14] Une étude statistique à partir des comptes des fabriques,.... Les sources concernant les fabriques conservées aux archives diocésaines représentent un ensemble disparate et lacunaire. Non seulement on ne peut espérer obtenir une représentation globale des paroisses du diocèse, sauf, dans une certaine mesure, en ce qui concerne l’application de la loi de séparation, mais surtout, les documents conservés n’ont aucune homogénéité chronologique. Les observations qui suivent se basent donc essentiellement sur les dossiers, plus complets, conservés aux archives départementales, et émanant des autorités publiques ou ecclésiastiques. Ce manque de sources au niveau le plus concret, celui de la paroisse elle-même, pose problème à l’historien, mais il a également valeur d’indice, il donne le sentiment que la fabrique paroissiale est une institution en trompe-l’œil, une coquille vide. C’est, en tout cas, une institution fragile.

Une administration locale

Une renaissance progressive et difficile

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Depuis le Moyen Âge, la spécificité de l’institution de la fabrique, gestionnaire des affaires temporelles de l’église paroissiale, est de réserver une place aux laïcs puisqu’ils contribuent aux ressources du culte. Après les bouleversements intervenus dans l’organisation religieuse au cours de la période révolutionnaire, les fabriques paroissiales renaissent au xixe siècle, par étapes. Si l’existence des fabriques est annoncée par le lxxvie article organique, il faut attendre le 30 décembre 1809 pour qu’un décret réglemente précisément leur composition et leurs attributions [15][15] De Naurois, 1956.. Pourtant l’établissement régulier de fabriques dans la majorité des paroisses ne date effectivement que des années 1830. L’impulsion décisive vient de l’État : l’ordonnance royale du 12 janvier 1835 exige la création de conseils de fabrique là où ils n’existent pas et la nomination de nouveaux fabriciens, quand ceux-ci n’ont pas été régulièrement renouvelés. L’effort important de restructuration accompli conjointement par l’évêque et le préfet révèle le caractère très théorique de l’institution fabricienne dans bien des paroisses [16][16] Arch. dép. Seine-et-Marne, 5 v 1. Cela concerne le....

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À cause de l’indifférence religieuse et de la pauvreté des communes, certaines paroisses refusent un curé jusqu’au seuil du xxe siècle [17][17] En 1896, le desservant de Nanteau-sur-Lunain, réclamant.... Dans ces conditions, comment un conseil de fabrique pourrait-il sérieusement s’établir ? En 1847, l’évêque de Meaux déplore la difficulté à recruter des fabriciens, et, lors de la visite pastorale de 1853, 33 paroisses n’ont toujours pas constitué de conseil de fabrique [18][18] Arch. évêché Meaux, 3f1 ; Arch dép. Seine-et-Marne,.... On peut s’interroger sur cette difficile renaissance des fabriques. N’est-ce pas-là un signe du caractère artificiel de la fabrique paroissiale, en tout cas dans le diocèse de Meaux, profondément déchristianisé ?

Un groupe de notables ?

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Les fabriques paroissiales sont composées de deux organes. Le conseil de fabrique, composé du maire et du curé ou desservant (membres de droit), et d’au moins cinq membres choisis par cooptation, est un organe délibérant, qui se réunit quatre fois par an [19][19] Il y a cinq membres si la paroisse a moins de 5 000.... Il élit les trois laïcs du bureau des marguilliers, dont le curé est également membre de droit. Avec un président, un secrétaire et un trésorier, le bureau des marguilliers se réunit tous les mois et établit le budget. Il peut être considéré comme l’organe d’exécution des décisions du conseil. Le budget de la fabrique, soumis annuellement à l’approbation épiscopale, doit être tenu en trois exemplaires [20][20] Un exemplaire pour la fabrique, un pour l’évêché, et....

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Ces caractéristiques, qui reflètent la volonté de rationalisation des administrations locales de la part de l’État, font-elles de la fabrique une institution parallèle au conseil municipal ? Les similitudes sont grandes : réunions périodiques ; recrutement semi électif, semi nominatif ; tenue de registres, qui, lorsqu’ils existent, imitent souvent les registres des délibérations municipaux [21][21] En 1853, l’évêché déplore que dans de trop nombreuses.... Un dernier élément est commun aux fabriques et aux communes rurales, les difficultés budgétaires [22][22] Bardon, 1980, p. 115.. Mais ces caractéristiques formelles ne sont pas suffisantes pour rapprocher les deux institutions, car le fonctionnement réel des fabriques reste très éloigné de leur organisation théorique, comme le révèlent les mesures prises à la fin du siècle.

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C’est peut-être du point de vue du recrutement que la fabrique se rapproche le plus du conseil municipal. La logique censitaire s’imposant, les premiers fabriciens sont choisis parmi les « trente habitants les plus imposés », les « notables » [23][23] En septembre 1803, l’évêque de Meaux demande aux membres.... On est peu renseigné sur la sociologie des fabriciens, car les documents mentionnant la position sociale ou la profession des membres sont rares, mais on peut affirmer qu’il existe un décalage important entre les conseils de fabriques urbains et ruraux [24][24] Muller, 1981, cité par Moisset, 2004, p. 51, montre.... Alors que dans les villes, la bourgeoisie prédomine, dans les campagnes, le châtelain et un ou deux gros fermiers font face à une masse de petits cultivateurs, d’artisans, ou, particularité locale, de vignerons, bref, des couches sociales disponibles, et surtout des individus disposés à accepter cette charge, ce qui devient malaisé à la fin du siècle [25][25] Ainsi, à Fontainebleau, le gouverneur des tuileries.... Ainsi peut-on parler de notables pour les candidats présentés par le maire de la commune de Barcy au préfet en 1865, un boulanger, un couvreur et un charron [26][26] Arch. dép. Seine-et-Marne, 5 v 158. ?

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Le rôle des habitants les plus riches est prédominant, en raison de leur influence sociale, des ressources qu’ils assurent à la fabrique. Lors des premières nominations, en 1803, « on » demande ainsi au curé de Pommeuse de faire nommer M. Ogasse, « gendre de M. Odent, propriétaire de la manufacture de papiers à Courtalin […], qui est trésorier de l’église, et qui, en cette qualité, fait des avances » [27][27] Il s’agit malheureusement d’une lettre anonyme au curé.... Ce rôle de contributeur aux frais du culte est souvent assuré par le « châtelain », généralement président ou trésorier de la fabrique. Dans la paroisse de Trilport, un bon exemple en est offert par la famille de Ponton d’Amécourt : dès son arrivée dans la paroisse, en 1811, Antoine de Ponton d’Amécourt donne à la fabrique 350 francs pour la réservation d’un banc, alors qu’il aurait dû payer seulement 6 francs. Par la suite, ce généreux paroissien finance une première fois l’achat des objets liturgiques que la fabrique ne peut se procurer puis renouvelle ces ornements à la suite de l’incendie de 1814 [28][28] Bardon, 1980, p. 87.. Le premier inventaire des objets de l’église de Trilport, qui date de 1830, souligne l’importance, en nombre et en valeur, des objets prêtés par le châtelain : mobilier, vases sacrés, uniforme du suisse et vêtements sacerdotaux. Le maire est l’autre grand notable de la paroisse. Membre de droit du conseil de fabrique, il y représente les intérêts de la commune.

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Les sources évoquent surtout des cas conflictuels, lorsque le maire s’oppose au curé. Pourtant, par son appartenance à la sphère des notables, le maire entretient généralement des relations courtoises avec les fabriciens et avec le curé, dans une entente qui est soulignée par le commissaire du canton de Nemours en 1859 : « Messieurs les maires, plus que tout autre habitant de la commune, passent avec [les curés] de nombreuses soirées ». La solidarité entre notables n’empêche pas la fabrique de s’opposer à un notable quand ses intérêts sont lésés. Ainsi, en 1822, celle de Bray-sur-Seine fait appel au ministre des cultes pour qu’il oblige le juge de paix, M. Giraud de Touraille, à payer sa place dans l’église quand il assiste à la messe comme simple fidèle [29][29] Lorsqu’ils sont convoqués à une cérémonie publique,....

Une institution fragile

Des fabriques dépendantes des communes

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Les rapports avec les « autorités civiles » semblent généralement harmonieux. En Seine-et-Marne, les années 1850 sont marquées par une ambiance sereine, les autorités départementales témoignant de leur bonne volonté à l’égard des fabriques [30][30] Le préfet confirme à l’évêque, en mars 1854, la promesse.... Les rapports dressés par les sous-préfets au cours des années 1856 à 1859 en témoignent [31][31] Arch. dép. Seine-et-Marne, 2 v 14.. Les conflits sont rares, et le sous-préfet de Coulommiers estime, en 1859, que « les autorités municipales donnent généralement témoignage de leur déférence et de leur protection vis-à-vis de la religion » [32][32] Ibid. En 1856, les sous-préfets de quatre des cinq.... Cette protection est avant tout financière, et elle distingue les fabriques rurales des fabriques urbaines, comme l’a montré Jean-Pierre Moisset à partir des fabriques parisiennes [33][33] Moisset, 2003, p. 117.. Dans le diocèse de Meaux déchristianisé, les fabriques sont pauvres et très dépendantes des financements publics [34][34] La majorité des paroisses du diocèse est rurale. En.... Sous le Second Empire, la fabrique de la paroisse de Penchard, sur le territoire de laquelle vivent 300 habitants – et qui est loin d’être l’une des plus pauvres du diocèse – n’arrive pas à équilibrer son budget [35][35] Entre 1855 et 1871, si les recettes moyennes se situent.... Et que survienne une dépense extraordinaire, comme une campagne de réparation de l’église en 1855, et le déficit devient irrattrapable (1174 francs) ! Les communes ont l’obligation légale, prévue par le décret de 1809 et confirmée par la loi de 1837, de suppléer aux charges que les fabriques ne parviennent pas à assumer [36][36] Article 92 du décret du 30 décembre 1809, article 30.... En Seine-et-Marne, les communes « s’imposent annuellement de lourds sacrifices » pour financer les réparations de l’église paroissiale, car elles sont elles-mêmes pauvres [37][37] Lettre du sous-préfet de Coulommiers au préfet, janvier.... En 1848, l’évêque de Meaux démontre qu’il n’y a pas plus de ressources du côté des fabriques que de celui des communes [38][38] Lettre de l’évêque de Meaux au Comité des cultes de.... Un bon exemple de collaboration entre fabrique et commune est celui du village de Trilport, où deux campagnes de réfection de l’église mobilisent toutes les énergies. En 1841, afin de financer les travaux de l’église, la commune vote une imposition extraordinaire, et réunit ainsi 464 francs. La fabrique participe aux travaux dans la mesure de ses ressources, qui sont maigres, en donnant 180 francs en 1845. Impressionnés par les efforts conjoints des habitants pour embellir leur église, l’évêque et le préfet recommandent tous deux la commune auprès du ministre pour que l’État lui accorde un secours de 840 francs. Vingt ans plus tard, alors qu’un incendie a dévasté l’église, une seconde campagne de travaux s’avère nécessaire. L’ampleur des frais excède cette fois-ci de beaucoup les possibilités, non seulement de la fabrique, mais aussi de la commune qui est alors obligée de souscrire un emprunt de 7 000 francs alors que le gouvernement lui accorde un secours de 4 000 francs.

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Le soutien financier de la commune à la fabrique occasionne un certain nombre de litiges qui mettent en lumière l’équilibre des rapports entre les deux institutions. Les conflits majeurs portent sur les réparations de l’église. Ainsi, en 1856, le maire de la commune de Cannes refuse de payer les frais occasionnés par les travaux dans l’église, parce que le curé les a entrepris sans avoir consulté la commune alors qu’il savait que ces travaux dépasseraient les capacités financières de la fabrique. À Cessoy, en 1856, reprochant au maire de tarder à faire réparer la porte de l’église, le curé « l’a brusquement mis en demeure en brisant la porte ». Ces affaires sont considérées sous l’angle des rapports entre le curé et le maire, alors qu’elles concernent en réalité la fabrique et la municipalité, comme si celles-ci ne pouvaient agir qu’à travers leurs chefs respectifs [39][39] D’après Guionnet, 1997, p. 117-118, sous la Monarchie.... Ces conflits s’aiguisent à la fin du siècle, quand, fort de la nouvelle légitimité politique que lui confère l’élection directe, le maire s’oppose au curé qui empiète sur les prérogatives de la fabrique [40][40] Pierrard, 1986, p. 247, souligne que loi scolaire de....

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Les fabriques tirent leurs revenus des quêtes, du « casuel », de la location des chaises, des pompes funèbres, sans compter les éventuels revenus tirés de la location de terres et d’immeubles [41][41] Le « casuel » est interdit en 1792, puis rétabli en.... Parfois, la commune, profitant de la dépendance financière de la fabrique à son égard, lui dispute certains biens, considérés comme communaux. En 1860, le maire de Roissy est assigné par la fabrique devant la justice de paix de Tournan, pour avoir pris possession de trois stères de bois lui appartenant, « sous prétexte que c’était le bois des pauvres » [42][42] Arch. dép. Seine-et-Marne, 2v16.. Dans ce cas, la fabrique et la mairie se disputent l’administration des ressources destinées à soulager les pauvres ; c’est pour le même motif que dans les années 1890, certaines municipalités souhaitent procéder à des quêtes dans l’église [43][43] S’appuyant sur un décret impérial du 12 septembre 1806,.... Mais cette revendication relève d’enjeux plus politiques que financiers, révélant l’évolution de la « question religieuse » à la fin du siècle : à cette époque, la fabrique n’est plus associée à la commune ou protégée par elle ; elle en est devenue la rivale « cléricale », dont les empiètements doivent être limités et le rôle redéfini.

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La rivalité entre les deux institutions ne doit pas laisser penser qu’elles ont le même poids. La fabrique a souvent besoin de la commune pour se faire entendre. À la Chapelle-Rablais, en 1841, la fabrique ayant à recouvrer des créances pour la location des chaises mandate le maire pour récupérer ces sommes, l’autorisant à employer « tous les moyens qu’il jugerait nécessaires ». Par la suite, ce maire est battu aux élections municipales, et, en 1843, le nouveau conseil municipal donne suite aux réclamations de la fabrique, qui veut poursuivre l’ancien maire, pour récupérer « des sommes qu’il a reçues pendant sa gestion, et que la fabrique réclame sans succès depuis 18 mois » [44][44] Ibid..

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Ce conflit, complexe, montre l’incapacité de la fabrique à agir de façon autonome, ce qui peut mener à son effacement derrière le conseil municipal, dont elle apparaît désormais comme une sorte de sous-commission, responsable du culte catholique. Comme dans les villages fromagers du Jura étudiés par Jean-Luc Mayaud, où quelques familles « tendent à monopoliser les fonctions édilitaires, […] de la mairie à la fabrique, du bureau de bienfaisance à la fromagerie», la fabrique de la paroisse de Trilport, en Seine-et-Marne, semble n’être qu’un appendice du conseil municipal, une institution artificielle, placée sous la domination de la dynastie des châtelains locaux, alternativement maires et marguilliers [45][45] Mayaud, 2000, p. 157. De la même manière, Bayard, 1993,.... En 1832, dès qu’il n’est plus maire, Antoine de Ponton d’Amécourt, maire de 1818 à 1831, puis de 1847 à 1848, est élu au conseil de fabrique. Son fils, le vicomte Gustave de Ponton d’Amécourt, n’a que 21 ans quand il est élu trésorier de la fabrique, en 1846 ; il le reste jusqu’à ce qu’il devienne lui-même maire, en 1855. Maire de 1855 à 1876, il ne peut plus occuper de fonction élective dans le conseil de fabrique, mais continue d’y jouer le rôle principal, en tant que maire, membre de droit. En 1876, le successeur de Gustave de Ponton d’Amécourt à la tête de la mairie, est l’ancien président du conseil de fabrique, obligé alors de démissionner de sa fonction fabricienne [46][46] Bardon, 1980, p. 80.. À Vieux-Maisons, comme à Trilport, la charge de trésorier de la fabrique semble être le tremplin pour la mairie : deux trésoriers successifs doivent démissionner de leur charge (en 1896 et 1903) quand ils sont élus maires [47][47] Arch. dép. Seine-et-Marne, 5v1.. Quel peut-être, dans ce cas, l’autonomie de la fabrique par rapport à la commune ?

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Ce caractère de sous-institution communale apparaît particulièrement bien dans les cas de conflit entre une commune nouvellement créée, après un détachement administratif, et la commune-mère dont elle a été détachée. En 1835, alors que Saint-Martin-des-Champs a obtenu son détachement civil et religieux de la commune et de la paroisse de La Ferté-Gaucher, le maire se fait le porte-parole du conseil municipal et du conseil de fabrique pour faire reconnaître, par le curé-doyen de la Ferté-Gaucher et par l’évêque, l’indépendance religieuse de la nouvelle paroisse [48][48] Ibid., 2v14.. Philippe Boutry souligne l’enjeu de l’extension de la revendication autonomiste du temporel au spirituel : « À travers la revendication paroissiale, l’esprit de clocher vient sanctifier le terroir pour mieux en consacrer les limites » [49][49] Boutry, 1997, p. 3091..

Le curé, incarnation de la fabrique

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Définie en grande partie par ses rapports à la commune, la fabrique se caractérise également par ses rapports avec le curé de la paroisse qui est membre de droit du conseil de la fabrique et du bureau des marguilliers. On peut s’interroger sur la perception que les habitants ont de la réalité des pouvoirs et des attributions de l’institution fabricienne, en voyant celle-ci systématiquement confondue avec la personne du curé. Dans de nombreuses paroisses, le conseil de fabrique semble être utilisé par le curé comme un instrument à son service : en 1856, à Mouroux, le curé « s’abrite derrière le conseil de fabrique » pour faire des difficultés à l’administration municipale [50][50] Arch. dép. Seine-et-Marne, 2v14.. C’est souvent dans les plus petites paroisses, où la fabrique est la plus fragile, que le curé possède la réalité du pouvoir, celle-ci ne constituant plus qu’une institution de façade [51][51] Dans les petits villages, « le prêtre prend l’habitude.... Cependant, même dans une ville plus importante comme Lagny, l’abbé Oudry, curé de 1851 à 1894, considère que la fonction du conseil de fabrique était surtout « de dire Amen. C’est comme cela […] qu’on fait les bonnes paroisses » [52][52] C’est en tout cas ce qu’affirme Herbin, 1976, p. 152.....

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Les conflits opposant curé et fabrique existent cependant, ils sont presque toujours provoqués par un problème financier [53][53] Pierrard, 1986, p. 230, montre que les conflits entre.... En 1832, alors que le curé lui réclame 457 francs, le conseil de fabrique de Crécy-en-Brie rappelle que, depuis 1826, le curé a omis de reverser à la fabrique les droits qui lui reviennent. Il mandate alors le trésorier pour poursuivre le recouvrement de cette dette, mais en 1834, le curé n’a toujours pas payé [54][54] Registre des délibérations de la fabrique de Crécy-en-Brie,.... À Bailly-Carrois, en 1867, l’ensemble des fabriciens, alliés au maire, se plaignent du curé auprès du préfet ; tous les droits de la fabrique sont bafoués, estiment-ils : le curé ne fournit pas les pièces justificatives des dépenses qu’il a engagées pour l’église et dont il réclame le remboursement ; il refuse de rétrocéder à la fabrique la part des droits qui lui revient pour les cérémonies ; enfin, il demande aux quêteuses de déposer le produit des quêtes non dans les troncs relevés par la fabrique, mais à la sacristie. Le conflit éclate quand le maire se saisit de la bourse contenant le produit de la quête et en verse le contenu dans le tronc de l’église [55][55] Lettre du maire de Bailly-Carrois au préfet, le 27....

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Les conflits entre curé et fabrique sont particulièrement difficiles à saisir dans les sources concernant celles-ci. Présidé par le curé, le conseil de fabrique se montre très discret, dès que la mésentente règne entre le pasteur et ses ouailles. À Barbey, en 1859, le conseil municipal s’adresse à l’évêque pour demander à changer de curé, sans qu’il soit fait mention du conseil de fabrique. À Liverdy, en 1899, les membres du conseil municipal se plaignent auprès du préfet de ce que le curé fasse fermer les portes de l’église pendant les cérémonies religieuses, interdisant aux fidèles d’y accéder, notamment en cas de retard à la messe, ou d’y circuler librement. En 1859, le maire de Chaintreaux se fait le porte-parole des habitants pour reprocher au curé de passer trop de temps hors de la commune, et de n’être pas disponible pour ses ouailles. Ici, pourrait-on considérer que le conseil municipal se fait le porte-parole de la fabrique paroissiale, considérée comme une institution communale ?

Les fabriques à l’heure de la République laïque

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À partir des années 1880, la politique anticléricale, en voulant séparer les domaines religieux et civils, s’attaque également aux fabriques, en tant qu’établissements publics du culte catholique.

Le durcissement de la réglementation accélère le délitement des fabriques

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L’anticléricalisme du gouvernement s’exprime par une volonté de forcer l’Église catholique à respecter le strict cadre concordataire, ce qui se traduit, au niveau national, par la réduction des sommes allouées à l’Église au titre du budget des cultes [56][56] « Déclin et extinction sont donc les deux maîtres mots.... Localement, les fabriques sont victimes de cette évolution : elles se voient demander des comptes, et notamment des comptes financiers, toujours en application du décret de 1809, ce qui rappelle les demandes faites en 1825, en 1827, en 1835 [57][57] Arch. dép. Seine-et-Marne, 5v1.. À l’automne 1879, le ministre des finances demande aux évêques de veiller à ce que les comptes des fabriques soient tenus avec rigueur [58][58] Une décision du ministre des finances du 8 octobre.... L’évêque de Meaux réagit en se préoccupant de certaines anomalies, comme la perception des recettes de l’église de Mortery, desservie en binage par le curé de Saint-Hilliers ; celui-ci apprend à l’évêque que Mortery n’ayant pas de fabrique paroissiale, il perçoit lui-même les recettes et les intègre au budget de la fabrique de Saint-Hilliers [59][59] Arch. évêché Meaux, 9l.. Cet épisode révèle la distance qu’il y a entre la législation et la pratique, et annonce également la découverte, dans les années suivantes, de nombreuses églises dépourvues de conseil de fabrique, notamment dans les paroisses sans prêtre résident.

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La date de 1879 marque également un tournant du point de vue de l’attitude des préfets qui cessent de contraindre les communes à aider financièrement les fabriques, anticipant ainsi l’article 136 de la loi municipale du 5 avril 1884 qui réduit les obligations financières des communes envers les fabriques aux seules réparations nécessaires aux édifices du culte et à l’indemnité de logement du desservant [60][60] Basdevant-Gaudemet, 1988, p. 191.. L’article 70 de cette loi soumet également le budget de la fabrique à l’avis du conseil municipal [61][61] Circulaire du 18 mai 1885 du ministre des cultes aux.... L’article 78 de la loi de finances de 1892 impose aux fabriques la soumission aux mêmes règles de comptabilité que toutes les institutions publiques [62][62] Ce n’était, encore une fois, qu’une stricte conséquence.... En conséquence, le décret du 27 mars 1893 impose aux trésoriers des fabriques de devenir comptables, au même titre que les comptables des hospices et des bureaux de bienfaisance. Cette charge entraîne un certain nombre de responsabilités, comme la soumission aux vérifications de l’inspection générale des finances, la prestation d’un serment professionnel, et inquiète beaucoup les trésoriers des fabriques, qui ne sont que des notables locaux, prêtant gracieusement leur concours à l’autorité épiscopale, ce qui les distingue des comptables salariés des autres établissements publics. À Chauconin, dès 1897, à Vieux-Maisons, en 1905, les trésoriers se voient infliger des amendes, pour n’avoir pas adressé à la préfecture leurs comptes de gestion [63][63] Arch. dép. Seine-et-Marne, 5v158.. En 1907, quand le trésorier de la fabrique de Chauconin est menacé d’une amende de 270 francs, somme considérable. Le curé demande alors au préfet de se montrer indulgent, en soulignant l’inexpérience du trésorier, ouvrier « basculeur » dans une râperie de betteraves [64][64] Ibid..

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Face aux demandes de l’État, l’autorité diocésaine fait un réel effort de réorganisation, de restructuration, de mise à jour. Conformément à l’article 9 du décret du 27 mars 1893, l’évêché de Meaux commence, à partir de 1894, à tenir des listes annuelles des trésoriers des fabriques, preuve que, dans une certaine mesure, les observations ministérielles ont été prises en compte [65][65] Ce contraste entre l’avant et l’après 1894 est à relativiser..... L’effort de rationalisation révèle le processus de décomposition des paroisses, en même temps qu’il l’accélère. D’une part, la simple recension des fabriques fait apparaître les nombreuses paroisses qui n’ont pas, ou plus, de conseil de fabrique dès 1888, au point qu’en 1895, le préfet doit demander à l’évêque de créer de nouveaux conseils. D’autre part, la difficulté à recruter des fabriciens est accrue par le décret de 1893. « En présence des nombreuses formalités à remplir avec la nouvelle loi, et pour ne pas s’exposer à de graves ennuis, dans une charge qu’ils avaient acceptée dans le seul désir de rendre service », des trésoriers démissionnent, sans trouver de remplaçant [66][66] Lettre de l’évêque au préfet, 20 décembre 1896 : Arch..... Il y a ainsi 15 démissionnaires en 1896, 6 en 1897, accompagnés par l’intégralité des membres des conseils de 11 autres fabriques. À la veille de la loi de séparation, en 1905, 48 fabriques n’ont pas de trésorier marguillier [67][67] Dans ce cas, le percepteur local est désigné d’office :....

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Ainsi, les années 1880-1890, caractérisées par une demande étatique de contrôle et de rationalisation de l’institution fabricienne, mettent en lumière la fragilité des fabriques dans les paroisses rurales de Seine-et-Marne [68][68] Auxquelles on peut opposer la paroisse de Saint-Genis.... Quand elle existe, la fabrique est parfois une institution en « trompe-l’œil », et ce pour deux raisons. D’une part, la maigreur des ressources de certaines paroisses, rend, notamment aux yeux du curé, l’institution d’un conseil un peu disproportionnée. En 1895, le curé de Courtacon affirme l’inutilité d’un conseil de fabrique pour cette petite paroisse [69][69] Arch. évêché Meaux, 9l.. D’autre part, le prestige, très relatif, d’une charge qui devient de plus en plus contraignante à la fin du siècle, n’attire plus les candidats, dans cette région largement déchristianisée, où le conformisme social agit plutôt, à la fin du siècle, en défaveur de l’Église. Alors, de nombreux conseils de fabriques, dont l’existence au xixe siècle est déjà peu assurée, qui semblent effacés derrière le conseil municipal et derrière le curé, disparaissent à la fin du siècle, avant même leur suppression par la loi de 1905.

Loyauté envers l’État et fidélité à l’Église : les conseils de fabrique et la loi de 1905

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Promulguée le 9 décembre 1905, la loi de séparation des Églises et de l’État abolit le système concordataire et supprime ces établissements publics du culte qu’étaient les fabriques. La loi prévoyait leur remplacement par des associations cultuelles, mais l’Église catholique refuse de former ces associations dans lesquelles aucune place n’est explicitement réservée au clergé [70][70] Après les hésitations de 1905 et du début de l’année.... Dans ces conditions, la procédure d’inventaire des biens des fabriques, garantie de leur transfert aux associations cultuelles, fut interprétée par l’Église catholique comme la première étape d’une future spoliation [71][71] La procédure d’inventaire du mobilier de l’église est.... L’inventaire, réalisé par un agent de l’enregistrement, en présence du curé, du président et du trésorier du conseil de fabrique, représente une occasion pour les catholiques de protester contre la loi de séparation.

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Ces protestations, annexées aux procès-verbaux d’inventaires, entendent réserver les droits de l’Église sur les biens des fabriques, ainsi que les droits des donateurs ; ceux-ci ont parfois discrètement récupéré leurs biens pour les soustraire à l’inventaire, comme à Fontainebleau où le commissaire suspecte, sans toutefois en détenir de preuves, l’enlèvement d’un ciboire de grande valeur donné par une paroissienne [72][72] Ibid., 2q231.. La plupart des inventaires se déroulent calmement, dans l’indifférence de la population [73][73] À Boutigny, à Saint Pathus, à Forges : ibid. Mayeur,.... L’évêque lui-même, soucieux de prévenir les violences, recommande la modération, et la préfecture souligne la coopération des curés qui demeurent les interlocuteurs privilégiés des autorités [74][74] Semaine religieuse du diocèse de Meaux, novembre 1906..... Bien que leur présence lors des opérations d’inventaire ne soit que facultative, certains maires tiennent à protester, en lisant un discours devant l’église, comme à Sigy, voire en donnant leur démission, comme le maire d’Ozoir-le-Voulgis [75][75] Arch. dép. Seine-et-Marne, 2q231.. Les maires de Sigy et de Courquetaine refuseront, en 1911, de participer à l’adjudication des biens de la fabrique [76][76] Les associations cultuelles n’ayant pas été formées,.... Lorsqu’elle persiste, l’opposition à la tenue de l’inventaire vient, non pas du clergé, mais des laïcs. Le président du bureau des marguilliers peut refuser d’ouvrir la lettre de convocation à l’inventaire, puis lors de la venue de l’agent, d’ouvrir les portes, comme à Tribaldeau et à Boutigny [77][77] Ibid., 2q231 et 2q254.. Dirigeant une foule de fidèles réunis dans l’église, le trésorier de la fabrique de Thorigny empêche la conclusion de l’inventaire. Soulignons l’influence décisive des notables, châtelains ou grands fermiers, à la tête du conseil de fabrique ou de la mairie [78][78] Arch. dép. Seine-et-Marne, 2q231.. À Aulnoy, le sous-préfet souligne la crainte qu’inspire au curé le belliqueux président du bureau des marguilliers. Dans les dernières paroisses à résister à l’inventaire, la bonne volonté des curés est « paralysée » par l’intransigeance des châtelains locaux [79][79] Le Marquis de Tressan, président du conseil de fabrique.... À Lésigny, deux châtelains, Maurice Vatin-Brignon et Lionel de Crèvecœur, prononcent de violents discours antimaçonniques pour enflammer les fidèles réunis dans l’église, tandis que le curé se prête docilement à l’inventaire [80][80] Arch. dép. Seine-et-Marne, 2q231..

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Le mois de décembre 1906 arrive sans que les catholiques aient formé d’associations cultuelles, et, sur les ordres de l’évêché, une dernière réunion des conseils de fabrique a lieu quelques jours avant le délai légal d’application de la loi, le 13 décembre 1906. Cette réunion extraordinaire a pour objet de solder les comptes, mais aussi de rédiger une protestation affirmant l’opposition des membres du conseil de fabrique à la loi et leur fidélité à l’Église. Les 71 protestations conservées par l’évêché permettent de brosser un tableau des fabriques à ce moment charnière qu’est leur disparition. Le rôle joué par le curé se manifeste notamment par la similitude des termes employés dans deux paroisses voisines, desservies par le même prêtre [81][81] Arch. évêché Meaux, 9l.. L’attitude des autres fabriciens révèle l’ambiguïté de la situation de la fabrique, qui est une institution publique, mais relève de l’autorité ecclésiastique. Pour résoudre cette tension, les fabriques de Moulignon et de Ponthierry en appellent à une réconciliation « entre les deux pouvoirs civil et religieux ». Dans l’ensemble, on constate qu’il existe toute une palette d’attitudes face à la loi, de la loyauté absolue à l’égard de l’État, à la fidélité à l’Église, considérée comme persécutée par la loi. L’absence du maire lors de cette dernière réunion signale une forme de prudence, la volonté de ne cautionner ni la loi de séparation, ni l’opposition des fabriciens. Quand ils choisissent d’être présents, cela signe, au contraire, leur engagement de catholiques militants, désireux d’affirmer leur soutien à l’Église et leur opposition à la loi : c’est le cas de Christian de Charnacé à Croissy-Beaubourg, du marquis de Mun à Lumigny [82][82] Il semble que la présence du maire relève plutôt du.... On voit ici confirmé le rôle de l’aristocratie châtelaine au sein du conseil de fabrique. Comme lors des inventaires, les présidents des conseils de fabriques peuvent être beaucoup plus virulents que leurs curés, qui les craignent : à la Chapelle-sur-Crécy, c’est le châtelain Étienne de Moustier, conseiller général, à Cannes, le marquis de Tressan, militant royaliste, à Aulnoy, M. Loyseau, ancien magistrat [83][83] Le marquis de Tressan est proche du comte de Vesins,.... Lors de cette séance de reddition des comptes, la plupart des conseils de fabrique, suivant en cela les instructions de l’évêché, remettent leurs biens entre les mains du curé, montrant ainsi qu’ils le considèrent comme le successeur naturel et légitime de la fabrique, en tant qu’administrateur des biens de la paroisse [84][84] Arch. évêché Meaux, 9l.. Afin de ne rien laisser au séquestre, l’actif peut être dépensé en gratifications distribuées au personnel de l’église et au curé.

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Mais une minorité de conseils de fabrique refusent de soutenir la cause de l’Église, et leurs curés dénoncent la lâcheté des fabriciens qui refusent de dépenser le reliquat du budget en faveur du curé [85][85] La fabrique de Mauregard refuse d’octroyer au curé.... Plusieurs trésoriers ont anticipé le délai légal et démissionné de leur charge de trésorier au mois de novembre 1906 pour n’avoir pas à faire face à la dissolution de la fabrique, tandis que d’autres, craignant la préfecture, refusent de remettre au curé les registres et les valeurs de la fabrique [86][86] Arch. évêché Meaux, 9l ; Arch. dép. Seine-et-Marne,.... À Compans, cette dernière réunion est l’épilogue d’un long conflit entre le trésorier de la fabrique et le curé, qui souhaite « se débarrasser » de tous les membres de la fabrique [87][87] Arch. dép. Seine-et-Marne, 4m1.. Mais ces cas sont rares, et l’ambiance dramatique dans laquelle se déroule l’épreuve de la séparation, soulignée de manière lyrique par le président du conseil de fabrique de Lagny, semble rassembler les paroissiens autour du curé, au point que quelques fabriciens s’engagent pour l’avenir [88][88] « Onze décembre, jour néfaste ! Quelle iniquité a été.... Les conseils de fabrique des paroisses de Quincy-Ségy, Sancy-les-Provins, Torcy, Villeneuve-sur-Bellot, Villers-sous-Grez et Aubepierre affirment qu’ils continueront à remplir leur rôle malgré la disparition de l’institution, en précisant que ce concours se fera non plus « à titre de gérants ou d’administrateurs, mais simplement de conseillers, surveillants bénévoles, pour qu’il ne puissent être accusés de se mettre en contravention avec la loi » [89][89] Arch. dép. Seine-et-Marne, 4m1.. Le président du conseil de fabrique d’Aubepierre montre ainsi le tiraillement des fabriciens entre la volonté de soutenir l’Église et la crainte de sortir de la légalité.

30

*

31

L’exercice du culte catholique se poursuit, après 1905, avec une certaine permanence ; les cérémonies donnent lieu à des droits, qui ne reviennent pas uniquement au curé, et les revenus de la location des chaises de l’église continuent d’être affectés aux dépenses du culte. En fait, les fabriques, même si elles perdent tous leurs biens et leur capacité juridique, sont immédiatement remplacées par des institutions officieuses, présidées par le curé, composées de laïcs, et qui conservent le nom de fabriques [90][90] La perte est due au refus des associations cultuelles.... Mais la séparation des sphères civiles et religieuses renforce l’autorité ecclésiastique, et désormais, au village, l’Église, c’est le curé.

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Après 1905, les fabriques des grandes paroisses urbaines, déjà largement financées par les fidèles tout au long du xixe siècle, ont pu se maintenir, telle la fabrique de la cathédrale Saint-Étienne de Meaux, qui tient des registres jusqu’en 1920 [91][91] Moisset, 2003, p. 117, a montré que les fabriques parisiennes.... Par contre, dans les petites paroisses rurales, où les fabriques peinaient à se constituer, à se maintenir, à jouer leur rôle face à la commune ou face au curé, la loi de séparation ne fait qu’entériner la disparition définitive d’une institution déjà moribonde. La disparition des fabriques paroissiales révèle la perte de substance de la paroisse en milieu rural, reflet de la tendance plus générale de l’évolution de l’encadrement catholique, qui se fait, selon Philippe Boutry, « beaucoup moins dramatiquement ressentir dans les villes et leurs périphéries que dans les campagnes » [92][92] Boutry, 2003, p. 267..

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Alors qu’André Encrevé s’interroge sur la pertinence, dans les grandes villes, du modèle paroissial initialement créé pour des communes rurales, on constate justement un certain échec du modèle paroissial pour les plus petites communes, sanctionnant la tentative de reconquête du maillage paroissial par l’Église au xixe siècle [93][93] Encrevé, 2003, p. 13-14.. En Seine-et-Marne, et plus largement dans les campagnes du Bassin parisien, très atteintes par la déchristianisation, le mouvement de réorganisation de l’Église, après la séparation, s’appuie sur le diocèse et sur le doyenné au niveau administratif, tandis que s’amorce un vaste mouvement de groupement de paroisses, réunies pour le culte sous l’autorité d’un seul prêtre [94][94] Boulard, 1973, p. 311, évoque le niveau religieux « uniformément....


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Notes

[*]

Doctorante à l’Université Paris-xiii Villetaneuse, 14 rue Campagne Première, 75014 Paris. Courriel : <mathilde. guilbaud@ laposte. net>.

[1]

Cette coïncidence est partielle, car un certain nombre de communes, ayant ou n’ayant pas d’église, sont réunies au culte à une autre commune, tandis qu’un certain nombre de communes, notamment urbaines, ont plusieurs paroisses. Derrière ce terme de « paroisse », sous le régime concordataire, il faut distinguer les cures, correspondant au chef-lieu de canton, des succursales, desservies, non par un curé, mais par un desservant. En 1876 la Seine-et-Marne compte 530 communes, et seulement 440 paroisses, dont 39 cures et 401 succursales : Allou, 1875, p. 269. Dans cet article, nous suivrons l’usage, qui était d’utiliser le mot « curé » pour les desservants, et de réserver aux curés des chefs-lieux de canton l’appellation de « curé-doyen » ou de « doyen ».

[2]

Langlois, 1992, p. 392 ; Boutry, 1986.

[3]

Moriceau, 1994, p. 72.

[4]

Moriceau, 1994, p. 627-628, observe un mouvement croissant de concentration des exploitations, constitué de plusieurs paliers, entre le xve et le xviiie siècles, et qu’au xixe siècle on ne ferait que « développer les prémisses posées lors de la grand phase de concentration » du xviie siècle. Brunet, 1960, p. 468, montre que la transformation du paysage agraire, accélérée à partir de 1860, a laissé face à face « quelques exploitants et des ouvriers qui ne se distinguent pas, pas leur genre de vie, de l’ouvrier urbain avec son jardinet de banlieue ».

[5]

Cette caste est constituée dès le xvie siècle : Moriceau, 1994, p. 56.

[6]

« La majeure partie de la population ouvrière ne se meut que sous la volonté des riches fermiers qui l’occupent », écrit le préfet en 1857, cité par Bernard, 1953, p. 174.

[7]

Par exemple, dans la commune de Voulton, entre 1890 et 1930, sur les treize exploitations agricoles que compte la commune, dix appartiennent au châtelain, domicilié à Paris : Plancke, 1982, p. 10.

[8]

Le terme « déshérence » est repris de Cholvy et Hilaire, 2000, p. 63, qui montrent que le Bassin parisien est fortement déchristianisé dès 1850. Le Bras, 1942, p. 67, ajoute : « 100 000 kilomètres carrés d’un seul tenant forment autour de Paris un domaine de l’indifférence ». Le diocèse de Meaux se caractérise par une « imprégnation chrétienne déficiente » : Boulard, 1982, p. 80. L’indifférence des populations est générale, elle se révèle notamment à travers l’absence de vocations sacerdotales : ibid., p. 548-549 et 600. Sur la carte religieuse de la France rurale, « il faudrait maintenir constamment le diocèse de Meaux en troisième catégorie, depuis au moins 1846 », c’est-à-dire dans la catégorie des « pays partiellement détachés », des « pays de mission » : Boulard, 1954, p. 20 et 52. Sous le Second Empire, « les habitants ne mettent pas les pieds dans les églises » : Ministère des Cultes, 1859, ibid., p. 45. Dans les années 1870, l’évêque de Meaux, Mgr Allou, évoque une « apostasie presque générale autour de nous », « l’échec du christianisme dans le diocèse », tandis qu’un prêtre décrit un diocèse spirituellement constitué de « terres desséchées que l’on soumet difficilement à la culture » : Michel Duhamel, Analyse de la Semaine religieuse du diocèse de Meaux, non publié, communiqué par l’auteur. Enfin, en 1938, dans une lettre à Gabriel Le Bras, un vicaire général avoue que la situation religieuse du diocèse de Meaux offre un « spectacle peu brillant » : Documents préparatoires pour la rédaction des Matériaux d’histoire religieuse du peuple français, légués à l’Institut catholique de Paris.

[9]

Poulat, 1958, p. 143. Il s’agit d’une enquête menée par le journal anticlérical Le Briard analysée par le sociologue qui lui reconnaît une certaine valeur scientifique confirmée par la confrontation avec les visites pastorales de 1914 ; Boulard, 1973, p. 289, et 1982, p. 81.

[10]

Daëron, 1989.

[11]

Langlois, 1992b, p. 123.

[12]

Voir les ouvrages cités par Moisset, 2004, p. 34-40.

[13]

Dans les plus petites paroisses, il n’y a pas de registre de fabrique. On peut trouver mention de la fabrique et de son rôle dans des registres historiques tenus par les curés. Malheureusement, les archives diocésaines de Meaux ne semblent pas avoir conservé de tels documents. Pour la richesse de ces registres historiques, voir Hilaire, 1969.

[14]

Une étude statistique à partir des comptes des fabriques, à l’exemple des travaux de Jean-Pierre Moisset pour 13 paroisses du diocèse de Paris, semble difficilement réalisable à l’échelle du diocèse de Meaux : Moisset, 2003.

[15]

De Naurois, 1956.

[16]

Arch. dép. Seine-et-Marne, 5 v 1. Cela concerne le tiers des paroisses de l’arrondissement de Fontainebleau, les deux tiers dans l’arrondissement de Meaux.

[17]

En 1896, le desservant de Nanteau-sur-Lunain, réclamant son déplacement, affirme que les habitants « ne voulaient pas de curé, disant que la place était trop petite pour suffire à l’entretien d’un prêtre », Arch. évêché Meaux, 3f1, « Visites pastorales ».

[18]

Arch. évêché Meaux, 3f1 ; Arch dép. Seine-et-Marne, 2 v 24.

[19]

Il y a cinq membres si la paroisse a moins de 5 000 habitants, 9 membres au dessus de ce seuil.

[20]

Un exemplaire pour la fabrique, un pour l’évêché, et un pour la mairie, quand elle finance la fabrique.

[21]

En 1853, l’évêché déplore que dans de trop nombreuses paroisses, les comptes ne soient pas rendus et que les registres soient mal tenus : Arch. dép. Seine-et-Marne, 2 v 24.

[22]

Bardon, 1980, p. 115.

[23]

En septembre 1803, l’évêque de Meaux demande aux membres catholiques du conseil général de chaque commune de lui fournir la liste des trente habitants les plus imposés, faisant profession de la religion catholique : « Liste des 30 habitants les plus imposés des paroisses du diocèse de Meaux », 20 novembre 1803, Arch. évêché Meaux, 9l. Décret du 30 décembre 1809, chap. premier, art. 3.

[24]

Muller, 1981, cité par Moisset, 2004, p. 51, montre que les marguilliers sont des notables pratiquants, siégeant au conseil de fabrique comme au conseil municipal.

[25]

Ainsi, à Fontainebleau, le gouverneur des tuileries côtoit un pépiniériste, un rentier, un président du tribunal, un architecte, un épicier, un greffier et un adjoint au juge de paix, et le concierge du château. La différence entre les gros fermiers et les petits paysans n’est pas forcément indiquée dans les sources. Si le curé de Barcy indique à l’évêché que « la commune n’est composée que de 3 grosses fermes et de 6 petits cultivateurs », les 14 « cultivateurs » de la liste des candidats ne sont pas différenciés. Liste et lettre du curé de Barcy, 5 frimaire an XII : Arch. évêché Meaux, 9 l. Les vignerons sont encore nombreux en Seine-et-Marne au xixe siècle ; sur les 30 candidats fabriciens, on trouve 22 vignerons à Citry, 16 à Mouroux. Leur disparition, presque totale en 1910, ne fait que renforcer la bipolarisation sociale des campagnes.

[26]

Arch. dép. Seine-et-Marne, 5 v 158.

[27]

Il s’agit malheureusement d’une lettre anonyme au curé de Pommeuse : Arch. évêché Meaux, 9 l, 16 mars 1804.

[28]

Bardon, 1980, p. 87.

[29]

Lorsqu’ils sont convoqués à une cérémonie publique, les fonctionnaires ont droit, gratuitement, à une place distinguée dans l’église. Lettre du ministre de l’intérieur au préfet de Seine-et-Marne : Arch. dép. Seine-et-Marne, 2 v 16.

[30]

Le préfet confirme à l’évêque, en mars 1854, la promesse de son prédécesseur d’allouer 100 F à la fabrique de l’église de Lizy pour l’indemnité du vicaire.

[31]

Arch. dép. Seine-et-Marne, 2 v 14.

[32]

Ibid. En 1856, les sous-préfets de quatre des cinq arrondissements du département (le rapport concernant Melun manque) ne signalent que 21 cas de dissensions entre autorités religieuses et autorités civiles, sur environ 350 paroisses.

[33]

Moisset, 2003, p. 117.

[34]

La majorité des paroisses du diocèse est rurale. En 1848, sur les 410 paroisses, 390 comptent moins de 2000 habitants : Arch. dép. Seine-et-Marne, 2v14. Les visites pastorales des années 1830 soulignent la pauvreté des fabriques paroissiales. Par exemple, dans les années 1830, les ressources annuelles tournent autour de 20 francs pour la paroisse Saint-Pierre de la Ficelle : Arch. évêché Meaux, 3f1, « Visites pastorales ». C’est une différence de taille avec la paroisse rurale de Saint-Genis-l’Argentière, étudiée par Bayard, 1993, p. 281, où « les budgets de la fabrique peuvent donc, en certaines années, être équivalents à ceux de la municipalité même s’ils n’en atteignent, en général, que le tiers ou la moitié ». En 1848 l’évêque de Meaux affirme que « l’immense majorité des fabriques ne peut se suffire et est obligée de recourir aux conseils municipaux pour les frais du culte et l’entretien de l’église ». Lettre de l’évêque de Meaux au comité des cultes de l’Assemblée constituante, 6 juin 1848 : Arch. dép. Seine-et-Marne, 2v14.

[35]

Entre 1855 et 1871, si les recettes moyennes se situent autour de 150 F, les dépenses ordinaires dépassent toujours 250 F. Dossier paroissial « Penchard, budgets de la fabrique, 1855-1871 », Arch. évêché Meaux.

[36]

Article 92 du décret du 30 décembre 1809, article 30 de la loi de 1837, voir Basdevant-Gaudemet, 1988, p. 190.

[37]

Lettre du sous-préfet de Coulommiers au préfet, janvier 1859, Arch. dép. Seine-et-Marne, 2v14.

[38]

Lettre de l’évêque de Meaux au Comité des cultes de l’Assemblée constituante, 6 juin 1848 : ibid. À propos du Comité des cultes, voir Lalouette, 2005, p. 200-201.

[39]

D’après Guionnet, 1997, p. 117-118, sous la Monarchie de Juillet, dans le cadre de l’affrontement entre partisans de la monarchie déchue et défenseurs du nouveau régime, les maires et les curés s’opposent souvent en tant que représentant des deux partis. Les membres du conseil de fabrique, les membres de la garde nationale et l’instituteur communal devaient prendre position en faveur de l’un ou de l’autre.

[40]

Pierrard, 1986, p. 247, souligne que loi scolaire de 1882 et la loi municipale de 1884 entraînent un reclassement des notables du village : « en quelques mois le curé est ainsi dépassé, dans la hiérarchie des notables locaux, par ses deux principaux compétiteurs : le maire et l’instituteur ».

[41]

Le « casuel » est interdit en 1792, puis rétabli en fait par le Concordat sous le terme d’« oblations ». Moisset, 2003, p. 105 et 107, oppose les paroisses parisiennes, où la location des chaises ne représente que 21 % des revenus des fabriques, et les paroisses rurales étudiées par Lagrée, 1977, p. 271, et Bayard, 1993, p. 285, qui montre que les fabriques tirent de 60 à 90 % de leurs revenus de ce poste. On n’a pas pu mener une étude précise pour le diocèse de Meaux, mais il semble que les fabriques ne touchant rien au titre de la location des chaises à l’exemple de la paroisse de Penchard entre 1855 et 1861, sont nombreuses. Ce qui ne signifie pas forcément que personne n’assiste à la messe ; il s’agit parfois de rentes impayées par les locataires des chaises, comme à Trilport, où en 1820 la fabrique réclame des arriérés datant de 1814 ! Alors que le budget de la fabrique tourne autour de 300 francs annuels, l’arriéré à recouvrir s’élève à 1639 francs : Arch. évêché Meaux, et Bardon, 1980, p. 12. La loi du 28 décembre 1904 porte un sérieux coup aux finances des fabriques en transférant le monopole des pompes funèbres des établissements publics du culte aux municipalités. Poulat, 2003, p. 82, souligne la faiblesse du revenu procuré par le patrimoine mobilier et immobilier des fabriques.

[42]

Arch. dép. Seine-et-Marne, 2v16.

[43]

S’appuyant sur un décret impérial du 12 septembre 1806, les maires de Rebais, de la Ferté-Gaucher, de Lagny, à la tête des bureaux de bienfaisance, revendiquent le droit exclusif d’effectuer des quêtes dans l’église et d’y placer des troncs au profit des pauvres : Arch. dép. Seine-et-Marne, 2v16.

[44]

Ibid.

[45]

Mayaud, 2000, p. 157. De la même manière, Bayard, 1993, p. 275, montre que dans le village de Saint-Genis-l’Argentière, « certaines élites catholiques […] passent de la gestion des affaires temporelles de la paroisse à celles de la communes ».

[46]

Bardon, 1980, p. 80.

[47]

Arch. dép. Seine-et-Marne, 5v1.

[48]

Ibid., 2v14.

[49]

Boutry, 1997, p. 3091.

[50]

Arch. dép. Seine-et-Marne, 2v14.

[51]

Dans les petits villages, « le prêtre prend l’habitude d’agir en maître » et exerce les fonctions de la fabrique : Pierrard, 1986, p. 232.

[52]

C’est en tout cas ce qu’affirme Herbin, 1976, p. 152. Lagny possède plus de 5 000 habitants à la fin du xixe siècle.

[53]

Pierrard, 1986, p. 230, montre que les conflits entre le curé et la fabrique sont « d’autant plus durs qu’ils portent sur des réalités matérielles ».

[54]

Registre des délibérations de la fabrique de Crécy-en-Brie, 1804-1845 : Arch. évêché Meaux.

[55]

Lettre du maire de Bailly-Carrois au préfet, le 27 septembre 1867 : Arch. dép. Seine-et-Marne, 2v16.

[56]

« Déclin et extinction sont donc les deux maîtres mots du financement public du culte catholique entre 1880 et 1905, qu’il s’agisse des traitements, des secours, ou des édifices du culte » : Moisset, 2004, p. 193.

[57]

Arch. dép. Seine-et-Marne, 5v1.

[58]

Une décision du ministre des finances du 8 octobre 1879 assujettit les établissements publics du culte à la vérification des préposés de l’enregistrement, voir Leniaud, 1988, p. 37. La circulaire ministérielle du 21 novembre 1879 donne une formule de budget, inspirée du décret de 1809. Bayard, 1993, p. 280, montre que « l’application des règles de la comptabilité publique se fait de plus en plus stricte à la fin du siècle ».

[59]

Arch. évêché Meaux, 9l.

[60]

Basdevant-Gaudemet, 1988, p. 191.

[61]

Circulaire du 18 mai 1885 du ministre des cultes aux préfets, relative à l’application de l’article 70 de la loi du 5 avril 1884, citée dans le Journal des conseils de fabriques, et du contentieux du culte, Paris, Arthur Rousseau, avril 1893.

[62]

Ce n’était, encore une fois, qu’une stricte conséquence du décret de 1809. Leniaud, 1988, p. 37, souligne que « les conséquences de la qualification d’établissement public n’ont été tirées que progressivement […] il fallut attendre la loi du 27 janvier 1892 pour que les comptes des fabriques et consistoires fussent assujettis aux règles de la comptabilité publique ».

[63]

Arch. dép. Seine-et-Marne, 5v158.

[64]

Ibid.

[65]

Ce contraste entre l’avant et l’après 1894 est à relativiser. La reddition des comptes des fabriques, en 1906, laisse voir encore une grande diversité, disparité, sinon improvisation, dans la tenue de ces comptes : Arch. évêché Meaux, 9l.

[66]

Lettre de l’évêque au préfet, 20 décembre 1896 : Arch. évêché Meaux, 9l.

[67]

Dans ce cas, le percepteur local est désigné d’office : Arch. dép. Seine-et-Marne. 5v1.

[68]

Auxquelles on peut opposer la paroisse de Saint-Genis l’Argentière, étudiée par Françoise Bayard. L’auteur montre que la fabrique n’a pas perdu à adopter « ces façons technocratiques de compter », qui ont permis à la fois de désamorcer les calomnies et de mieux gérer les revenus, autorisant même « de gros investissements ». Si dans le cas d’une fabrique relativement aisée, la rationalisation comptable a pu avoir un effet bénéfique, pour la majorité des paroisses rurales de Seine-et-Marne, cette rationalisation a révélé l’absence de ressources : Bayard, 1993, p. 280.

[69]

Arch. évêché Meaux, 9l.

[70]

Après les hésitations de 1905 et du début de l’année 1906, le pape Pie X décide finalement de condamner définitivement les associations cultuelles par l’Encyclique Gravissimo officii, 10 août 1906.

[71]

La procédure d’inventaire du mobilier de l’église est prévue par le décret de 1809. En 1853, l’évêché déplore que cet inventaire manque pour 140 églises du diocèse, et qu’il est trop ancien pour 100 églises, « Rapport fait à l’évêque de Meaux sur la visite générale de son diocèse prescrite aux archiprêtres et doyens » : Arch. dép. Seine-et-Marne, 2v24.

[72]

Ibid., 2q231.

[73]

À Boutigny, à Saint Pathus, à Forges : ibid. Mayeur, 1966, classe la Seine-et-Marne comme un département sans incidents.

[74]

Semaine religieuse du diocèse de Meaux, novembre 1906. Arch. dép. Seine-et-Marne, 2q231. Il n’y a qu’en cas de résistance du curé que l’agent chargé de l’inventaire prend un arrêté de mise en demeure, c’est avec le curé que sont engagé des « pourparlers officieux ».

[75]

Arch. dép. Seine-et-Marne, 2q231.

[76]

Les associations cultuelles n’ayant pas été formées, les biens des fabriques sont perdus pour l’Église, ils sont attribués dans leur majorité aux bureaux de bienfaisance des communes : ibid., 2q254.

[77]

Ibid., 2q231 et 2q254.

[78]

Arch. dép. Seine-et-Marne, 2q231.

[79]

Le Marquis de Tressan, président du conseil de fabrique de Cannes-Ecluses, Mme Guichard, châtelaine de Forges, M. de Floridu, châtelain de la Brosse.

[80]

Arch. dép. Seine-et-Marne, 2q231.

[81]

Arch. évêché Meaux, 9l.

[82]

Il semble que la présence du maire relève plutôt du soutien envers l’Église que d’une opposition purement politique au gouvernement-même si, en 1906, sous le gouvernement du Bloc des Gauches anticlérical, les deux choses sont intimément liées. Christian de Charnacé comme le marquis Adrien-Marie Marc de Mun sont avant tout des catholiques. Anciens royalistes ralliés à l’appel de Léon XIII (1892), à l’image de l’illustre oncle du marquis de Mun, Albert de Mun, ils font passer la défense des libertés religieuses avant toute autre considération, ils sont proches de l’Alliance Libérale Populaire, fondé en 1902, le parti « issu du groupe des ralliés », qui est avant tout un parti de défense religieuse : Mayeur, 1984, p. 193-194. Le catholicisme militant de Christian de Charnacé s’exprime, au moment de la séparation des Églises et de l’État, par sa participation aux premières sociétés civiles immobilières formées pour reconstituer un patrimoine ecclésiastique. C’est le type même du « grand chrétien » dans ses pratiques privées, qui est un « grand catholique » qui prend position en affirmant ses convictions en tant que personnage public : Lagrée, 1980, p. 407-408.

[83]

Le marquis de Tressan est proche du comte de Vesins, militant royaliste qui a été condamné pour avoir blessé le préfet de Seine-et-Oise lors de l’inventaire de l’église Saint-Symphorien à Versailles. Ce châtelain a déjà contraint le curé à s’opposer vigoureusement à l’inventaire de l’église de Cannes, qui a dû être reporté de 6 mois : Arch. dép. Seine-et-Marne, 2q231.

[84]

Arch. évêché Meaux, 9l.

[85]

La fabrique de Mauregard refuse d’octroyer au curé l’argent perçu pour la location des chaises, le desservant d’Égreville dénonce la fabrique voisine qui a refusé de rembourser une dette qu’elle avait envers le curé.

[86]

Arch. évêché Meaux, 9l ; Arch. dép. Seine-et-Marne, 2q254.

[87]

Arch. dép. Seine-et-Marne, 4m1.

[88]

« Onze décembre, jour néfaste ! Quelle iniquité a été consommée dans tes heures qui ont coulé trop lentement ! » : Arch. évêché Meaux, 9l. Il ne faudrait pas en exagérer l’importance. D’ailleurs, dans le département voisin de Seine-et-Oise, le clergé interrogé en 1905 sur la possibilité de créer des associations cultuelles s’inquiète, au vu des problèmes de recrutement des fabriciens, de ne pas trouver des laïcs disposés à faire partie des associations cultuelles : Arch. évêché Versailles, viic2.

[89]

Arch. dép. Seine-et-Marne, 4m1.

[90]

La perte est due au refus des associations cultuelles prévues par la loi. Voir Lalouette, 2006, p. 71-88. L’évêché demande aux laïcs, en 1906, de continuer à administrer les recettes provenant des quêtes : Arch. dép. Seine-et-Marne, 4m1. Les trésoriers restent en fonctions et envoient leurs budgets à l’évêché pour l’année 1907, ce qui apparaît dans les cahiers tenus par l’évêché depuis 1894 : Arch. évêché Meaux, 9l.

[91]

Moisset, 2003, p. 117, a montré que les fabriques parisiennes sont financièrement prêtes à affronter la Séparation en 1905.

[92]

Boutry, 2003, p. 267.

[93]

Encrevé, 2003, p. 13-14.

[94]

Boulard, 1973, p. 311, évoque le niveau religieux « uniformément déprimé » de la région de Paris « prise dans son ensemble », « Aspects de la pratique religieuse en France, de 1802 à 1939 ». Les associations cultuelles créées en 1924 pour remplacer les fabriques se forment au niveau diocésain. Le doyenné est l’équivalent, pour l’administration religieuse, du canton civil. Si les vacances de paroisses sont nombreuses au xixe siècle, et la pratique du binage fort répandue, il semble que le mouvement de groupement de paroisses qui se produit dans les années qui suivent la Séparation constitue une nouveauté. L’idéal de la correspondance systématique entre paroisse et cure commence ainsi à être débattu, du moins en milieu rural.

Résumé

Français

Au xixe siècle, la fabrique paroissiale est une institution complexe, puisqu’elle relève à la fois de l’administration civile et de l’autorité ecclésiastique. La renaissance des fabriques participe non seulement de la logique concordataire de contrôle des cultes par l’État, mais aussi de l’entreprise de maillage administratif du territoire. Jusqu’en 1870-1880, la fabrique est liée à l’administration municipale, qui finance largement l’entretien de ce monument de la fierté villageoise qu’est le clocher de l’église. Sous la Troisième République les fabriques sont progressivement considérées avec méfiance par des municipalités désireuses de se dégager de l’emprise de l’Église. Le durcissement de la réglementation révèle la fragilité d’une institution dominée par le curé. La loi de séparation des Églises et de l’État consacre la disparition des fabriques paroissiales, elles sont remplacées par des institutions largement dominées par l’autorité ecclésiastique.

Mots-clés

  • anticléricalisme
  • campagnes
  • concordat
  • fabrique paroissiale
  • Seine-et-Marne
  • séparation Église-État

English

In the xixth century, the parish fabrique was a complicated institution, which was dependent of both civil authorities and Church hierarchy. The renewal of fabriques was partly a result of the logic of State control over religion promoted under the Concordat, but also a consequence of the drive to create a comprehensive administrative mesh covering the French territory. Up to the 1870s-1880s, the fabrique was linked to the administration of the townships, which heavily contributed to the financing of the church steeple, a key monument to village pride. Under the Third Republic, growing anticlericalism led to increasing suspicion toward the fabriques on the part of township administrations which were trying to escape the controlling grasp of the Church. Increasingly strict regulation showed how fragile an institution dominated by the priesthood really was. The Law of Separation between Church and State put an end to parish fabriques, which were replaced by institutions mostly controlled by the Church hierarchy.

Keywords

  • anticlericalism
  • concordat
  • countryside
  • parish fabriques
  • Seine-et-Marne
  • separation between Church and State

Plan de l'article

  1. Une administration locale
    1. Une renaissance progressive et difficile
    2. Un groupe de notables ?
  2. Une institution fragile
    1. Des fabriques dépendantes des communes
    2. Le curé, incarnation de la fabrique
  3. Les fabriques à l’heure de la République laïque
    1. Le durcissement de la réglementation accélère le délitement des fabriques
    2. Loyauté envers l’État et fidélité à l’Église : les conseils de fabrique et la loi de 1905

Pour citer cet article

Guilbaud Mathilde, « Les fabriques paroissiales rurales au xixe siècle. L'exemple des campagnes de Seine-et-Marne », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2007 (Vol. 28), p. 67-88.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2007-2-page-67.htm


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