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Histoire & Sociétés Rurales

2007/2 (Vol. 28)


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À travers cette 28e livraison, notre revue poursuit son ouverture vers d’autres sciences sociales : après l’ethnologie, l’agronomie, l’archéologie, la sociologie et la géographie, voici l’irruption – ou plutôt le retour – du droit. Certes, les aspects juridiques n’ont jamais ait été absents de nos préoccupations, mais il a pu sembler un temps que les chemins des historiens et des juristes avaient bifurqué. L’étude de Fabrice Boudjaaba illustre parfaitement cette nouvelle orientation qui met en lumière la façon dont les sociétés ont utilisé tous les ressorts du droit en fonction de leurs besoins. L’auteur montre ainsi que les Normandes étaient déjà très présentes sur le marché de la terre au xviiie siècle, en dépit d’une coutume qui pose en principe l’exclusion des femmes dans la transmission des biens fonciers. La mise en place du Code civil n’a donc pas créé de traumatisme chez les Normands, lesquels n’ont pas cherché à conserver à tout prix leurs anciennes pratiques.

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Cette volonté de voir le droit coutumier non plus comme un cadre rigide mais comme un ensemble de règles susceptibles d’être aménagées par la jurisprudence et par la pratique a également été exprimée par des historiens et des juristes lors de la seconde journée d’études sur les tabellions, organisée en septembre dernier par l’école nationale des chartes et l’université de Paris 7-Diderot, et dont il est rendu compte dans nos colonnes. Loin de considérer ces notaires comme de simples scribes enfermés dans des cadres routiniers, cette rencontre a au contraire mis en avant les transformations de leurs activités au contact de leurs clients, puis comment de nouvelles pratiques peuvent à leur tour modifier la coutume lors d’une nouvelle rédaction.

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Le passionnant dossier de sources que nous offre Estelle Lemoine nous révèle les enjeux financiers d’un long procès dans lequel s’est impliquée une communauté angevine pour défendre ses communaux. Le recours à la justice coûte cher, mais ce modeste village convaincu de son bon droit – et de l’impartialité de la justice ? – n’hésite pas à engager des dépenses considérables pour en venir à bout. Au-delà de ces aspects financiers et juridique, il en va aussi du pouvoir au village. Plusieurs communications, entendues lors du colloque « Nouveaux servages et sociétés en Europe (xiiie-xxe siècle) » organisé à Besançon les 4, 5 et 6 octobre par l’Association d’Histoire des Sociétés Rurales et ses partenaires, ont également montré tout l’intérêt qu’il y a pour des historiens des sociétés à travailler de concert avec des juristes tant les questions de la servitude, du servage et de la conditions serviles doivent être observées à la fois du point de vue du droit et de l’histoire sociale.

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Si, comme le démontre Fabrice Boudjaaba, les changements apportés par l’adoption du Code civil sont facilement accueillis par les Normands, c’est bien parce que les sociétés rurales ne sont pas immobiles, et qu’elles sont ouvertes au changement. C’est ce que nous révèle encore une fois l’étude de Paulo Charruadas qui, à partir d’un texte de 1258, met en lumière des processus d’intensification agricole autour de Bruxelles avec l’introduction de blés dans les jardins et de légumes en plein champ, parfois même sur la jachère.

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Au xixe siècle, la diffusion du changement passe en partie par la publicité. Les affiches agricoles que nous présente Jean-Paul Bourdon ne montrent pas tout, et l’on ignore quel fut leur impact sur les agriculteurs. Au-delà des représentations que se font leurs auteurs des sociétés rurales, elles accompagnent et encouragent le développement du machinisme agricole qui a tant bouleversé les campagnes européennes. La mécanisation des campagnes a radicalement transformé le bâti en milieu rural, et c’est l’occasion de signaler ici la publication des actes du colloque organisé par l’ahsr à Saint-Christophe-en-Brionnais en octobre 2006, rassemblés ici avec les interventions faites en 2005-2006 au séminaire du Pôle rural de la mrsh de Caen, en inaugurant une nouvelle collection ruraliste [1][1] Philippe Madeline et Jean-Marc Moriceau (dir.), Bâtir....

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Dès le début du xixe siècle, l’heure n’est plus au repli sur soi, et l’ouverture des campagnes à de nouvelles formes de culture – profondément marquées par l’œuvre révolutionnaire – détourne les ruraux de l’église et de l’une des ses institutions locales : la fabrique. Mathilde Guilbaud montre ainsi que dans les campagnes déjà largement déchristianisées de Seine-et-Marne, les fabriques ont de plus en plus mal à attirer les notables de la paroisse. Tiraillées entre les intérêts du curé et ceux du conseil municipal – surtout à partir des années 1880 – elle peinent à recruter des cadres compétents. La loi de séparation de 1905 qui les fait disparaître ne fait ici qu’entériner un processus déjà bien engagé.

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Ce numéro particulièrement volumineux d’Histoire & Sociétés Rurales comprend aussi une riche moisson de 47 comptes rendus d’ouvrages, de soutenances de thèses et de journées d’études qui me donne l’occasion, au nom de l’ensemble de la rédaction, de remercier tous ceux qui, numéro après numéro, se chargent de leur écriture. Ces remerciements vont également à Annie Antoine, qui depuis de nombreuses années assure, infatigablement, la coordination de cette rubrique. Un regret toutefois, ce volume, comme plusieurs autres parmi les derniers parus, ne comprend pas d’étude sur l’Antiquité, et ce en dépit de notre souci constant de conserver un équilibre entre les grandes périodes de l’histoire. Pour cela, nous avons besoin de tous. Cette revue est la votre, pour vivre et se développer, elle a besoin de vos contributions.

Notes

[1]

Philippe Madeline et Jean-Marc Moriceau (dir.), Bâtir dans les campagnes. Les enjeux de la construction de la Protohistoire au xxie siècle, mrsh/Presses universitaires de Caen, Caen, 2007, 368 p. (« Bibliothèque du Pôle Rural, 1 »).

Pour citer cet article

Maneuvrier Christophe, « Des sociétés rurales entre droit, pratique, et procès », Histoire & Sociétés Rurales 2/2007 (Vol. 28) , p. 7-9
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2007-2-page-7.htm.


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