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Histoire & Sociétés Rurales

2008/1 (Vol. 29)


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« Friches inutiles », « terres sans valeur », « cloaques immenses » infestés par les maladies, les mots ne manquent pas pour qualifier les espaces laissés aux usages collectifs. Souvent dénigrés, les communaux sont pourtant indispensables aux petits propriétaires et aux journaliers qui en tirent la nourriture pour leurs bestiaux et des engrais pour fertiliser leurs cultures. Ce paradoxe éclaire les enjeux politiques et sociaux liés aux terres communales à partir du milieu du xviiie siècle [1][1] Pour une bibliographie complète sur la question des....

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C’est lorsque naît la pensée libérale que les biens communaux se placent, en France comme dans le reste de l’Europe, au cœur d’un débat sur les progrès agricoles. Sous l’impulsion des physiocrates, ils deviennent des espaces convoités, à conquérir et à exploiter. En France, le paradigme convainc la monarchie et, autorisé, le partage des biens collectifs commence dans les années 1760. Insufflées par une idéologie triomphante et reflet de la prétention des seigneurs à recouvrer la possession de leurs terres, les entreprises contre les biens collectifs se multiplient et se heurtent aux sensibilités des villageois qui en revendiquent la possession. Parallèlement à celui de la modernisation agricole, le partage pose en effet la question de la propriété et de la définition du statut juridique des communaux. Ainsi, la confusion entre droits d’usage et propriété collective entraîne fréquemment des conflits pour la possession et l’utilisation de ces espaces.

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La Bretagne se pose ici en observatoire original. Dans cette province où la règle « nulle terre sans seigneur » prévaut, la question de la préservation des usages collectifs supplante celle de la propriété des communaux et de l’éventuel archaïsme de leur mise en valeur. Dans les marais qui bordent la rivière de Vilaine, les aspirations des seigneurs locaux à partager ces « terres vaines et vagues » cristallisent les luttes sociales. Les religieux de l’abbaye de Redon se heurtent à une violente opposition des riverains qui illustre parfaitement la nécessité des usages collectifs. Les paysans s’opposent farouchement à la clôture des marais et, quelques années plus tard, à l’amputation d’une partie d’entre-eux par les travaux de canalisation de la rivière. Et lorsque la question de la propriété des communaux est soulevée, il s’agit bien plus de défendre l’utilisation traditionnelle des terres que la possession de celles-ci.

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Nous tâcherons de montrer que dans une province sans propriété collective, la question des usages est essentielle. Ces derniers ne sont ni plus ni moins qu’une matrice du système agraire. Principalement liés à l’élevage, ils s’associent également à la pêche dans les marais et leur poids économique demeure réel.

Les communaux, une entité juridique singulière

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En Bretagne, les espaces laissés aux usages collectifs sont immenses. Selon le mémoire de l’intendant des Gallois de la Tour, les terres incultes n’occupent pas moins de 42,7% de la superficie totale de la province [2][2] Antoine, 2000, p. 176, d’après Lemaître, 1999.. Elles se distinguent des terres cultivées par leur absence de clôture et, outre les terres non cultivées privées et closes, les droits d’usages s’exercent sur l’ensemble d’entre-elles.

La réalité communale en Bretagne

Des terres seigneuriales

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La Coutume de Bretagne attribue la propriété des communaux aux seigneurs qui laissent ces terres « vaines et vagues » à leurs vassaux. Les usages collectifs, même s’ils sont pris depuis longtemps ne constituent qu’une propriété précaire et de pure tolérance. En effet, à moins de prouver une transmission par le seigneur, les habitants qui « communent » ne peuvent acquérir aucun droit sur les communs par prescription. Les seigneurs peuvent donc les afféager librement et sans indemniser les usagers [3][3] Afféager une terre consiste en la concession d’une....

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Juridiquement, il n’y a pas de statut de la propriété collective en Bretagne, mais uniquement des droits ou servitudes d’usages concédés aux communautés villageoises à titre gratuit ou onéreux [4][4] C’est ce que confirme l’article 393 de la Nouvelle.... Au xviiie siècle, cette définition prévaut, en dépit d’une réalité plus nuancée. Les réponses à l’enquête administrative sur la question du droit de parcours et de l’existence de la vaine pâture lancée en juillet 1766 par le Secrétaire d’État Bertin auprès des intendants donnent un panorama des pratiques collectives dans la province. Précis, la plupart des 63 mémoires de subdélégués reconnaissent le droit des seigneurs mais n’en définissent pas moins les terres incultes, nommées communs ou communes, comme des réalités au statut localement différent. Ainsi, s’il n’y a pas à proprement parler de communaux en Bretagne, les pratiques collectives sont importantes et les définitions des espaces où se prennent les droits d’usage multiples.

Une réalité plurielle

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Dans un mémoire anonyme qui se rattache à l’enquête, l’auteur propose une synthèse des réponses des subdélégués [5][5] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 1629, Mémoire sur les.... Il détaille les « six espèces de communs » présentes dans la province en les classant selon leur plus ou moins grande obstruction aux progrès agricoles. Il énonce tout d’abord les communs sur lesquels les habitants n’ont qu’un droit d’usage collectif à titre gratuit, toléré par le seigneur. Ce sont les plus fréquents en Bretagne. Il distingue ensuite les terrains pour lesquels les vassaux sont inféodés par des aveux, à titre gratuit. Dans ce cas comme dans le précédent, le seigneur peut disposer des communs par afféagement. La troisième espèce évoquée concerne les incultes pour lesquels les vassaux sont également inféodés envers les seigneurs par des aveux mais cette fois-ci à titre onéreux. Ils lui paient une rente pour avoir le droit de communer. Ces espaces se rapprochent donc de ceux que possèdent en pleine propriété les communautés d’habitants et sur lesquels le seigneur n’a que la mouvance. Ils sont présentés comme appartenant de « temps immémorial » aux habitants. Dans ces deux cas de figure, le seigneur ne peut disposer librement des communs et les vassaux peuvent les partager sans son consentement. L’auteur distingue encore les communs dont la superficie n’excède pas 50 journaux ; ce sont souvent les issues des villages que le seigneur ne peut prétendre afféager, étant donné leur faible surface. Pour finir, il mentionne les communs de faible étendue, enclavés dans les villages et qui ont d’anciens afféagements pour origine.

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Ce mémoire confirme qu’à la question « qu’est ce qu’un communal ? », ne répond pas une acception unique. La majorité des terres vaines et vagues de la province dépendent des fiefs seigneuriaux mais leur définition comprend de multiples extensions. Selon des modalités variables, les habitants y exercent un droit de jouissance qui, sans généralement l’atteindre, tend parfois à se rapprocher d’une vraie propriété collective.

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Cette réalité plurielle des communaux ne fait pas exception dans les marais de Redon, elle s’y illustre même pleinement.

Les conditions de l’usage dans les marais de la Vilaine

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Dans les marais de la Vilaine, les règles de jouissance des communaux sont variables et liées à la seigneurie à laquelle ils sont rattachés. Le long de l’Isac, les terres qui dépendent des seigneuries de Carheil et de l’Épinay, comme celles du Port d’Or et de Penhouët sur les bords de Vilaine connaissent le statut le plus couramment admis. Les communaux appartiennent au seigneur et les riverains ont un droit d’usage à titre gratuit. Sur les terres dépendant de l’abbaye de Redon, les modalités sont différentes. Les vassaux sont inféodés à titre onéreux envers l’abbé et les religieux de Saint-Sauveur. Dans chacune des paroisses sous la mouvance de la seigneurie, le général de paroisse doit s’acquitter d’une rente féodale annuelle, divisée en 3 rentes d’appellations différentes, dues en argent à divers moments de l’année : la quize au terme de la Sainte-Croix de septembre, la taille au terme de mi-Carême, et la rente garde le compte, le premier dimanche avant Noël, sous peine de 60 sols d’amende.

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L’usage des communs est infra-paroissial et les rentes sont divisées entre les différentes frairies ou terroirs. Présentes de façon aléatoire dans les aveux ou les rôles rentiers de la seigneurie, les sommes à verser varient en fonction de la surface des communs et ne sont qu’imparfaitement et indirectement connues. Le croisement des différentes sources permet toutefois de retrouver sinon la totalité, du moins une partie de leur montant. Il s’élève au total à 8 sols 8 deniers à Redon, à 18 livres 2 sols 6 deniers pour la quize de Brain et à 24 livres pour celle de Masserac. Le montant de la rente garde le compte est peu mentionné ; 4 sols 2 deniers sont prélevés sur le terroir de Coedilo en Redon, 5 sols 8 deniers sur celui de Mussain également en Redon [6][6] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 10, Aveux de Jean Mahé.... Ces rentes en argent s’accompagnent parfois de redevances en nature ; les tenuyers de la frairie du pont de Renac doivent chaque année un dîner à l’abbé lors de son passage, ou une rente de 100 sols appelée le « manger de Prin » quand il ne vient pas. Quant à ceux de la frairie de Coulomel en Bains, ils s’acquittent de 4 mines d’avoine [7][7] Ibid., 3h 70-2, Rôle rentier et redevances dues à la....

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L’organisation de la collecte n’est pas du ressort de la juridiction seigneuriale mais relève du général de la paroisse. C’est lui qui, au nom des frairies de la paroisse, remet au seigneur les rentes dues pour les droits d’usage. Au sein de chacune d’elles, chaque habitant paie une partie de la somme due au seigneur en fonction de la superficie des terres qu’il possède. Sur le fief de la Riaudais, dépendant de la seigneurie vassale de Lanruas en Redon, les 10 livres 14 sols de rente garde le compte, sont ainsi divisées entre les tenuyers, « à raison de 3 deniers et la demi d’un denier par seillon de thésure, suivant l’égail fait entre eux » [8][8] Ibid., 3h 10, Aveux de la seigneurie de Lanruas, 1.... Le rôle rentier de Bains pour l’année 1722 (tableau 1) offre la claire répartition des rentes quize et taille entre les frairies [9][9] Ibid., 3h 70-2, Rôle rentier et redevances dues à la.... Si on ne dispose pas du prix à payer par surface de terre possédée, un dénombrement des frairiens du terroir des Bignons permet néanmoins d’évaluer la participation moyenne des propriétaires à 1 sol 3 deniers [10][10] Ibid., 3h 70 1 et 2, Aveu des frairiens des Bignons,.... Leur lieu de résidence, parfois différent de celui de la frairie, confirme une répartition des rentes établie sur la possession foncière (tableau 2).

Tableau 1 - Rentes féodales dues à l’abbaye de Redon par les frairies de Bains pour la jouissance des communs en 1722Tableau 1
Tableau 2 - Tenuyers de la frairie des Bignons en Bains en 1722Tableau 2
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En argent et en nature, présentes mais modiques, les rentes dues pour la jouissance des communs marquent la concession de l’usage par frairie et confirment leur statut de communs inféodés à titre onéreux. Dépassant le simple droit d’usage accordé par l’abbé, certains communaux de Bains paraissent pourtant relever de la propriété utile des habitants. L’aveu des frairiens des Bignons en 1722 semble ainsi confirmer la transmission des communs aux habitants. Ceux-ci arrentent un pré commun à des particuliers, contre le paiement de la rente quize de la frairie [11][11] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 70-2, Aveu des frairiens... et un acte de 1744 atteste enfin la cession d’un pré par les frairiens à un marchand-négociant de Redon. Pour cet afféagement, le sieur Mollié doit payer à la frairie 7 livres 10 sols tournois de quize et taille [12][12] Ibid., 3h 76-2, Acte d’afféagement de la frairie des.... De la même manière, en 1723, à Saint-Nicolas de Redon, les habitants de Quinsignac affichent leur volonté de vendre une partie de leurs prés et marais communs et s’affirment ainsi explicitement comme les propriétaires.

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Inexistante en théorie, la question de la propriété des communs se pose donc ici, dans la mesure où le droit de jouissance s’exerce comme un droit de propriété collective. L’importance des prérogatives laissées aux communautés d’habitants pour la gestion des communaux inféodés à titre onéreux confirme l’existence d’une frontière ténue, juridiquement subtile, entre propriété et usage, justifiant leur fréquente confusion.

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La pluralité des définitions, l’ignorance des contemporains comme le chevauchement de différents droits expliquent aussi l’affrontement qui naît dans la seconde moitié du xviiie siècle. Du flou juridique qui entoure la question des communaux découle des conflits entre seigneurs locaux et populations riveraines.

Une réalité menacée

Les principes du démantèlement des communaux

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Les contentieux sur la propriété des communaux prennent source dans les dispositions de l’ordonnance sur les Eaux et Forêts du 8 août 1669, qui envisage le partage de ces derniers entre les seigneurs et les communautés d’habitants qui en ont l’usage.

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La méthode de partage proposée prend deux formes : le triage et le cantonnement. Le premier concerne le partage des communaux appartenant aux communautés d’habitants et concédés à titre gratuit par le seigneur [13][13] Ordonnance des Eaux et Forêts, titre 25, articles 4,.... La coutume de Bretagne faisant de ceux-ci les propriétaires des incultes, cette procédure est logiquement peu employée dans la province. Pierre Lefeuvre ne compte que deux triages en Bretagne : le premier proposé par l’abbé de Redon au général de paroisse de Bains en 1784 et un autre ordonné par arrêt du parlement de Bretagne en 1651 [14][14] Lefeuvre, 1907, p. 65..

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Le cantonnement s’applique dans le cas des communs soumis à une servitude d’usage gratuite ou onéreuse et suffisamment étendus pour être partagés [15][15] Ibid., p. 64-69.. Il est l’œuvre de la jurisprudence et n’a pas été réglementé par une ordonnance royale ; ses modalités d’application n’ayant pas été précisément ajustées, il est plus fréquemment et plus facilement utilisé. Les conséquences de cette pratique se traduisent en termes juridique et spatial. Les vassaux perdent leur droit d’usage sur une partie des communs et en contrepartie, ils reçoivent la propriété sur une portion de ces terrains dont la quotité n’est pas précisée (pour le triage, cette partition donne un tiers des communaux au seigneur et deux-tiers aux habitants). Le partage se fait parfois à moitié mais le plus souvent, il s’effectue au profit du seigneur dans la proportion deux tiers un tiers, ou dans une disproportion plus grande encore. En Bretagne, ce partage prend le nom d’afféagement, dont la pratique remonte à l’époque médiévale.

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Limitées après la promulgation de l’ordonnance, il faut attendre le triomphe physiocratique, et le mouvement de réaction féodale pour voir les procédures se multiplier dans la seconde moitié du xviiie siècle. Les seigneurs se disposent à pratiquer le triage et le cantonnement et, désormais convoités, les communaux sont à l’origine de sérieux conflits. Jusqu’alors secondaire voire même ignorée, la question de la propriété collective et des droits d’usage prend une toute autre dimension, parfois une tournure tragique.

L’application de l’ordonnance de 1669

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Le partage des communaux est largement pratiqué en Bretagne dans la seconde moitié du xviiie siècle. Si certains propriétaires sont réellement séduits par le paradigme agronomique, celui-ci est aussi et peut-être surtout, un prétexte pour de nombreux seigneurs bretons. Plus que la possibilité d’une mise en valeur des incultes, ils voient dans le partage des « terres vaines et vagues » une opportunité pour augmenter les revenus de leur fief, un moyen pour compenser la modicité des rentes féodales. Très tôt, le processus est encouragé par la Société d’Agriculture de Bretagne et légitimé par la décision des États de Bretagne de prendre position en faveur des défrichements, dès février 1759.

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La conviction des uns et des autres en faveur des nouveautés agricoles se heurte cependant à la contestation paysanne. Soucieux de conserver des pratiques jugées nécessaires et même profitables à leur subsistance et à l’équilibre des communautés rurales, les paysans refusent un démantèlement des communaux qui remet en cause l’existence même des espaces et des usages collectifs. Dans l’Ouest, où l’élevage extensif repose essentiellement sur les incultes, il entraîne sinon la disparition, du moins le bouleversement du système agraire. Aussi, les velléités vis-à-vis de l’accaparement des communaux par les seigneurs sont fortes. Pour le subdélégué de Redon en 1768,

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« on ne croit pas que dans aucun pays il paraisse un zèle aussi impétueux et une sensibilité aussi outrée que dans les paysans de cette province pour la défense des communs ; ils se sont souvent portés, et dans plus d’un endroit, aux excès les plus violents, à l’occasion de quelques afféagements faits de parties de communs » [16][16] Cité par Lefeuvre, 1907, p. 130..

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Ce mécontentement général, ces « tracasseries que les gens de la campagne sont très sujets à faire au sujet des arrentements ou afféagements » se manifestent en effet par de longs procès, la poursuite du pâturage en dépit des afféagements, mais aussi par des menaces à l’égard des afféagistes, l’arrachage des clôtures, le comblement des fossés ou l’abattage des haies et des talus [17][17] Sur les prés bordant la rivière d’Isac afféagés en....

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Sans atteindre la violence des émeutes observées dans le comté nantais, les communaux dépendants de l’abbaye de Redon n’échappent pas au mouvement et à ses nombreux conflits. Les tentatives d’afféagements commencées à la fin des années 1750 s’accompagnent d’une levée de bouclier des généraux des paroisses.

Les afféagements : un abus de l’autorité seigneuriale ?

La défense des communaux

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De nombreux procès verbaux conservés dans les fonds de l’abbaye ont trait aux conflits incessants au sujet des afféagements et des droits d’usage dans les marais. Une partie de ces procédures touche exclusivement au statut des communs. Les démonstrations adoptées sont toujours identiques ; pour témoigner de la propriété des habitants, il s’agit de regrouper le plus grand nombre et les plus anciens aveux non impunis et d’étudier les termes utilisés pour définir le mode de jouissance des communs. Dans un long mémoire sur les communs de Bains, Lanjuinais, avocat au Parlement de Bretagne réunit pas moins de 35 aveux de particuliers des frairies de Bains en plus de l’aveu de l’abbé Scotti de 1580 [18][18] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 77-2, Consultation au.... Faute de pouvoir prouver la propriété entière des riverains sur les communs, il évoque la concession des communaux à titre onéreux et conséquemment, en déduit que l’abbé de Redon ne peut les afféager.

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Mémoire pacifique défendant la cause des villageois, cette procédure ne reflète pas le climat ambiant. En pratique, les violences de populations ulcérées de se voir retirer des incultes indispensables au pâturage de leurs bestiaux sont quotidiennes. Le procureur fiscal de l’abbaye de Redon rapporte ainsi que

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« quantité de vassaux de l’un et l’autre sexe du prieuré de Saint-Nicolas s’assemblèrent pour voir entre eux les moyens les plus efficaces pour faire échouer le projet d’afféager le domaine inculte de la seigneurie et prieuré de Saint-Nicolas [19][19] Cité par Lefeuvre, 1907, p. 131-133.. »

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En septembre 1759, la violence du phénomène est telle qu’une femme de Saint-Nicolas est, avec d’autres paroissiens, condamnée et excommuniée après avoir démoli des fossés [20][20] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 4b 4284, Sentence d’excommunication,.... Nombreux, les procès relatifs aux violences paysannes et aux bris de clôtures donnent la mesure insurrectionnelle du mouvement.

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Dans ces opérations de destruction, les aléas climatiques s’allient parfois à la vindicte paysanne. Une crue de la Vilaine peut ainsi, en inondant les prés, détruire les talus nouvellement construits. S’appuyant sur un arrêt du Parlement de 1736 qui rend les habitants des campagnes civilement et solidairement responsables des dégradations de clôtures subies par les afféagements voisins, les afféagistes cherchent néanmoins à faire payer les riverains pour les dommages causés à leurs terres, quelle qu’en soit l’origine [21][21] L’arrêt du Parlement intervient après un mouvement.... Ils multiplient les procès et les font condamner à de forts dommages et intérêts (jusqu’à 30 000 livres), mais ne parviennent pas à altérer la détermination paysanne. Dépassant l’ordre du Tiers (auquel appartiennent la plupart des afféagistes), les vassaux de l’abbaye de Redon envoient deux d’entre-eux à Versailles en 1789 pour défendre leur cause. Le 20 mai, Jean Rapé et Julien Macé, laboureurs à Redon, présentent au roi une pétition en forme de plaidoyer signée par plus de 400 familles. Rédigée avec adresse, elle rappelle que les habitants de la paroisse tiennent les communs à titre d’inféodation à charge de rente dont ils font aveu aux religieux de l’abbaye de Redon. À cet effet, suivant l’ordonnance de 1669, les bénédictins ne sauraient les afféager [22][22] De Laigue, 1914, p. 114-116..

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Restée lettre morte, la pétition met toutefois en évidence l’importance accordée par la communauté paysanne à ces espaces et l’ardeur qu’elle met à les défendre. Nonobstant, son efficacité est à nuancer. L’exaspération paysanne, particulièrement forte sur les terres de la seigneurie de Redon, n’empêche pas l’abbaye de Saint-Sauveur d’afféager une partie de ses communs.

Des contestations sans lendemain

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Les registres de défrichement et de dessèchement de la sénéchaussée de Rennes qui recensent les terres afféagées mises en valeur ou en passe de l’être entre 1768 et 1790 l’attestent [23][23] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 2b 321-333, Registres de.... La surface afféagée atteint environ 280 journaux pour l’ensemble de la seigneurie [24][24] 1 journal = 0,5 ha.. Sur les 1500 journaux de communaux répertoriés dans la seule paroisse de Redon, 153 dont 61 en marais sont promis à la mise en valeur, soit un peu moins de 20 % du total. Ce chiffre est largement supérieur à la moyenne provinciale, évaluée à 10,5 % de la superficie des incultes selon les statistiques établies par l’intendance de Bretagne pour les afféagements concédés entre 1758 et 1781. Il reflète la prédominance du phénomène en Haute-Bretagne, l’Ille-et-Vilaine concentrant à elle seule 80% du total des afféagements de la province.

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Ce taux d’incultes afféagés s’explique sans doute par les oppositions des communautés d’habitants mais aussi par l’attitude des seigneurs. Ils sont réticents à supprimer des herbages nécessaires aux bestiaux des riverains, ainsi qu’à l’idée de procéder à l’afféagement de terres dont la mise en culture, de surcroît coûteuse, ne serait probablement que temporaire. Le recul de certains seigneurs face à la procédure est aussi à prendre en considération ; l’incertitude des dispositions juridiques freine le partage. Critiquées car mal définies, les conditions d’application du cantonnement conduisent le gouvernement à vouloir mettre un terme à cette situation et à faire publier un édit sur les communs de Bretagne. Les États de Bretagne s’y attèlent de 1775 à 1881 et, avec l’intendant Caze de la Bove, tentent d’élaborer un plan qui permettrait le partage des communaux entre seigneurs et vassaux. De l’ensemble des projets proposés, aucun n’est toutefois promulgué et la réforme avorte avec la Révolution.

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De même que la portée de l’insurrection paysanne est à nuancer, l’objection systématique des riverains aux afféagements est à relativiser. Violence et répression ne sont pas toujours la voie souhaitée ou adoptée.

Entre partage des communs et préservation des usages, le choix du compromis

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Les paroissiens recherchent aussi des mesures plus consensuelles pour éviter l’affrontement. Le rôle du général de paroisse prend dès lors toute sa mesure, puisque c’est souvent lui qui négocie avec le seigneur pour la préservation des communs. Ce cas de figure intervient à Bains, alors que l’abbé et les religieux de l’abbaye de Redon aspirent à afféager sinon l’ensemble, du moins une partie des communs de la paroisse. En 1778, le général nomme deux procureurs spéciaux pour représenter l’ensemble des frairies et faire valoir leurs droits de propriété auprès des religieux. Le temps des négociations laisse présager de la stérilité des discussions mais les positions finissent par s’assouplir. En 1784, il ne s’agit plus pour les procureurs de dénoncer l’usurpation des communs afin d’en préserver la totalité, mais de trouver un compromis acceptable pour les frairiens. De leur côté, les religieux doivent également revoir leurs ambitions à la baisse ; l’afféagement des communs n’est plus à l’ordre du jour. La négociation entrevue par les parties se traduit finalement par une proposition de triage avancée au général [25][25] La nature de cette proposition confirmerait donc bien.... Elle permet aux paroissiens de conserver les deux tiers de leurs communs et aux religieux de posséder en propre le dernier tiers, sur lequel les paroissiens pourraient cependant mener leurs bestiaux après la fauche [26][26] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 78, Procédure concernant....

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Ce type d’action pour la préservation des communs fait parfois long feu et n’empêche pas toujours l’affrontement. L’opposition peut naître après une tentative avortée de négociation avec le seigneur. Dès 1759, une partie des paroissiens de Redon, résignée au démantèlement des communaux, se présente ainsi à l’abbaye pour demander l’afféagement des vagues de Saint-Nicolas. Cette démarche vise avant tout à préserver les usages qu’ils ont sur ces terrains car en écartant d’éventuels acquéreurs, ils évitent la clôture et la mise en culture de ces derniers. C’est le refus de l’abbé face au prix dérisoire proposé qui déclenche les violences et la virulente opposition des vassaux aux afféagements [27][27] Ibid., 3h 179-2, Procédures d’afféagements, 1759..

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Plusieurs fois adoptée, cette stratégie ne se solde pas obligatoirement par un échec. Elle aboutit en 1772 lorsque « tous [les] laboureurs habitans les villages de la Porte, du Chesnes Milan et de la Bigotais en Redon » se réunissent pour afféager une partie des communaux. Pour une rente féodale annuelle de 30 sols, ils deviennent propriétaires de 24 journaux de terre, dont 18 en marais. Afféagées, ces terres changent de statut, mais gardent le même visage et la même fonction. Le contrat stipule en effet aux afféagistes de

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« les laisser vague pour leur usage et celui des autres habitants desdits trois villages, qui en jouiront privativement aux autres habitants de ladite paroisse Notre Dame de Redon [et] pourront en améliorer partie [28][28] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 90, Procédures d’afféagements,.... »

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Sans rompre avec les équilibres anciens, l’afféagement établit donc clairement une propriété collective à l’échelle infraparoissiale. Prélude à la colère paysanne, l’afféagement est également un procédé pour l’apaiser. Certains ont sans doute pris leur parti du processus et plutôt que de s’y opposer, ou du moins après s’y être opposés, abdiquent et finissent par l’adopter.

Prévenir le vandalisme paysan

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La répression n’est pas la seule attitude choisie par les seigneurs pour faire face au vandalisme accompagnant les afféagements. Des mesures juridiques sont prises contre les débordements et les violences des paysans.

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Pour se prémunir des dommages, protéger l’afféagiste et prévenir les procès, les contrats d’afféagement présentent des modalités spécifiques. À la forme stéréotypée de l’acte s’ajoute une clause particulière qui prévoit l’indemnisation des afféagistes lorsqu’on les empêche de jouir de leur nouvelle possession. Dans les marais de la Fittière en Avessac, les religieux s’engagent à dédommager de 192 livres le sieur du Tertre Le Beau, pour les 12 journaux qu’il vient d’afféager. En plus de cette compensation, ils promettent de rembourser les clôtures qu’il aura fait construire autour de son terrain si elles sont endommagées. Sur 12 autres journaux afféagés dans les marais de la Fittière, à l’île Roux, par le même Julien Le Beau, les religieux s’engagent dans des conditions similaires à verser la somme de 300 livres. Enfin, les afféagements concédés dans les landes de Redon comportent des dispositions identiques, avec des dédommagements inférieurs cependant. Dans le pâtis Colobert, le sieur Joyaut, notaire royal à Redon et afféagiste de quatre journaux trois cordes de terrain est seulement assuré d’une compensation de 24 livres.

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Les multiples hésitations juridiques sur la détermination du statut des terres vaines et vagues, comme la résurgence de dispositions coutumières ancestrales mal connues, expliquent sans doute l’incompréhension des communautés paysannes face aux afféagements du second xviiie siècle. Elles témoignent d’une confusion des contemporains entre propriété et usage. Aussi, trop théorique pour étudier les communs, la problématique de la possession est sans doute à dissocier de celle de l’usage. Plus que la propriété, c’est la question de la jouissance de l’espace et les conséquences de son retrait éventuel qui importe. C’est à ses usages que la communauté paysanne est attachée et ce sont eux qu’elle souhaite préserver avant tout. La mise en afféagement, ou plus précisément la mise en clôture et en culture qu’elle implique, ne pose problème que parce que la clôture des incultes afféagés condamne l’existence d’un système agraire ancien, fondé sur l’usage collectif d’espaces déclos. Or, dans une région où les systèmes agraires sont de type semi-extensif, « l’inculte est nécessaire au fonctionnement de l’exploitation » [29][29] Antoine, 2000, p. 218.. Priver les riverains de la disposition des incultes, c’est mettre en péril l’organisation traditionnelle de l’espace.

L’exploitation des marais : les usages et leur intégration dans le système agraire

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La mise en valeur des communs repose essentiellement sur le droit de pâturage et le droit de cueillette. Dans les marais, les riverains ont aussi droit de pêche, de prise d’eau et de curage des rivières.

La pêche, une spécificité des zones humides

Les pêcheries, une construction paysagère

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Sédentaire ou mobile, la pêche est une activité indissociable des marais. Ses techniques sont multiples, aussi rudimentaires qu’ingénieuses, depuis l’haveneau à anguilles jusqu’aux nasses en osier, en passant par le filet courant. Dans la poissonneuse rivière de Vilaine, les pêcheries sont le principal support d’une activité d’abord sédentaire. Une partie d’entre-elles est construite dans le lit de la rivière avec des clayonnages disposés en forme de triangles orientés dans le sens du courant. Ces pêcheries sont affermées par le seigneur de Redon qui y a droit de pêche. Dans un style très conventionnel, une remarquable représentation réalisée dans le cadre des travaux d’amélioration du réseau de la navigation intérieure à la Bretagne offre une illustration de cette organisation. Le plan, levé en 1785 par un ingénieur des Ponts et Chaussées, décrit l’état des marais dont l’assèchement est prévu à l’issue des premiers aménagements de canalisation de la Vilaine [30][30] Plus précisément la canalisation de la Vilaine de Redon.... De plus, il figure la quinzaine de pêcheries de la rivière dont la destruction est alors envisagée.

Carte 1 - Les marais de RedonCarte 1
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Marqueurs de l’espace fluvial par leur ampleur et leur nombre, les pêcheries sont aussi des éléments à part entière de l’espace marécageux. Leurs dimensions comme leur implantation dans le système agraire font d’elles une réalité qui n’est en rien comparable avec celles de la rivière. Sans effet sur le trafic fluvial – au plus obstruent-elles l’écoulement des eaux par leurs branchages et contribuent-elles à l’accumulation des vases dans les douves – elles font partie intégrante des marais. Ici, un pré dont les douves qui le circonscrivent sont bordées de saules, se mue en pêcherie l’hiver venu. Lorsque les marais sont sous les eaux, ces douves forment les bras des pêcheries et se transforment en larges pièges. Creusées en triangle ouvert, elles guident le poisson vers un filet tendu en leur bout et offrent de vastes étendues pour la capture.

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Ces imposantes structures se tiennent à la fois sur des prés en possession individuelle et sur une partie des communs. Lorsque les marais sont inondés, une partie des prés sur lesquels s’exercent des pratiques collectives après le retrait des eaux est réservée à un usage individuel, moyennant une rente féodale au seigneur. En 1722, le rôle rentier des différentes frairies de Bains donne les rentes des cinquante écluses de la paroisse [31][31] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 70-2, Rôle rentier des.... Celles-ci oscillent entre 10 deniers et 22 sols 6 deniers tournois par an, mais la plupart s’élèvent à 5 sols ; une seule d’entre-elles s’exprime en nature, sa rente se montant à 5 sols ou à une grosse anguille. La modicité de la rente payée au seigneur cache mal l’importance de la rémunération que fournissent les pêcheries à leurs détenteurs. D’un rapport économique réel, elles sont une composante essentielle du système agricole de la vallée.

Une activité complémentaire essentielle

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Pluriactifs, les propriétaires des pêcheries sont le plus souvent des laboureurs qui, parfois en consortage, complètent leur activité par la pêche. Ils peuvent vendre leur poisson aux halles de Redon, ou plus couramment sur le pont de Lamée et sur les chemins des paroisses avoisinantes. Cette vente est réglementée par le « droit de préférence sur le poisson » dû à l’abbaye [32][32] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 24, Extrait de l’aveu.... Avant de le mettre en vente, chaque vendeur doit en effet se rendre à l’abbaye pour que les religieux s’approvisionnent. Cette coutume ancienne prévaut jusqu’à la fin du xviiie siècle où différents procès verbaux et sentences évoquent le non-respect d’une pratique jugée « dépouilleuse », notamment lors du Carême [33][33] Ibid., Remontre de police pour la vente du poisson,.... Aussi, nombreux sont les poissonniers qui préfèrent frauder que présenter leur poisson à l’abbaye. En 1703, Pierre Monnier, sergent de Redon saisit ainsi 6 aloses, 4 brèmes, une lamproie, un brocheton et « quelques autres poissons de peu de valeur » que Jan et Julien Les, métayers du village de la Rifles en Bains, ont vendu à Jean le Maignon « pour un prix convenu par avance et sans présentation préalable à l’abbaye ». L’acheteur et les poissonniers sont finalement condamnés à 10 livres d’amende chacun et le poisson confisqué revient à l’hôpital de Redon [34][34] Ibid., Audience de police, sentence du 28 avril 17.... Malgré ces contraintes coutumières, la pêche demeure rémunératrice. En 1790, Jean Ricordel et Luc Bauthamis qui possèdent les trois écluses ou pêcheries du pré des Hayes en Avessac soulignent l’importance pécuniaire qu’elles représentent. Ils rappellent que la vente de la coupe des saules plantés dans les douves des prés leur rapporte plus de 15 livres annuelles. De plus, le produit d’une écluse s’élève à plus de 200 livres chaque année. Ainsi, même si le pré des Hayes qu’ils arrentent au seigneur est jugé d’un très bon rapport en foin, ses revenus sont surpassés par ceux de la pêche [35][35] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 1998, Commission de la.... Plus généralement les habitants de Brain estiment que le produit annuel des pêcheries est compris entre 5 000 et 6 000 livres pour l’ensemble de la paroisse [36][36] Ibid., 3h 84-2, Lettre de Lanjuinais, procureur et....

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Davantage qu’une activité nourricière d’appoint pour la communauté rurale, la pêche est un usage essentiel. Irriguant le marché local, elle draine une branche commerciale à part entière et représente donc une activité prépondérante dans l’économie des marais.

La cueillette des herbages

Un droit d’usage traditionnel

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Selon leur situation, les riverains ne font pas la même utilisation des espaces dont ils ont la jouissance. Dans les marais, cette donne est fondamentale. Le taux d’humidité conditionne la présence et l’abondance des espèces végétales. Les foins, joncs et roseaux ne se récoltent pas aux mêmes endroits. Deux types d’espaces se différencient nettement : les plus bas sur lesquels les riverains ne font que cueillir des herbages et ceux, plus hauts, sur lesquels ils fauchent le foin.

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Couplé au droit de pâturage, le ramassage des herbages s’insère aux pratiques agraires en répondant au besoin de fertilisation des terres et à celui des fourrages. Retrouvée dans le val de Loire sous l’appellation « droits d’herbaiges », cette pratique est générale dans les vallées humides où elle est un élément très important du cycle agraire [37][37] Follain et Pleinchêne, 2001, p. 21-52.. Sur les terrains dont l’humidité est prégnante tout au long de l’année, la cueillette des herbages convie au ramassage de plants, indispensables pour « engraisser » convenablement les terres. Bien plus riche que l’engrais issu de l’étrépage ou de l’écobuage des landes acides, les bourriers aquatiques fournissent un fertilisant recherché par les paysans [38][38] L’étrepage de la lande consistait à enlever quelques.... Goémon, glaïeul, ou sohel se cueillent au printemps, lorsque le niveau d’eau des marais redescend, et sont ensuite étendus sur les terres en labeur [39][39] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 85-1, Aveu au seigneur.... À Brain, ce « marnissage » a lieu tous les deux ans, avec les herbes prélevées dans les marais du Marbout et de Murin [40][40] Ibid., c 4998, Lettre du général de paroisse de Brain....

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Ces terrains, souvent les plus médiocres et les plus mal drainés de la vallée, sont aussi viabilisés par l’ensemble des paroissiens afin d’augmenter leurs ressources. Ainsi, en 1717, les communiers des prés de Heinlée en Langon

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« s’y estoient tous transportés avecq leurs harnois et oustils nécessaires pour remplir et applanir de terre les endroits quy estoient dans ladite pièce ou l’eau croupissoit en sorte qu’on n’y pouvoit couper d’herbe dans les années mouillées [41][41] Ibid., 4b 756, Procès verbal de descente de gruerie.... »

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La plupart du temps, les travaux effectués consistent donc au creusement de fossés afin de mieux évacuer les eaux. Parfois, il s’agit d’exhausser des digues pour former des bassins de rétention. En amont du bourg de Brain, la carte de l’ingénieur Gotrot indique ainsi la présence de quatre batardeaux que les habitants dressent pour inonder les terrains.

Des fonctions variées

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Essentielles pour la fertilisation des terrains en labour, les herbes entretenues en bordure d’étang ou prélevées dans les marais servent également l’ordinaire de la population locale. Le jonc, qui est avant tout la nourriture des bestiaux lorsqu’il est pilé, est un matériau utilisé pour l’ameublement des maisons. Les inventaires après décès témoignent de tables mais surtout de chaises « joncées », plus nombreuses que les chaises de bois ou de paille [42][42] Marquet, 2001, p. 72.. Les branches de roseaux sont, elles, utilisées pour la toiture des maisons [43][43] Hosdez, 1998, p. 83. Les toitures en roseau sont minoritaires.... Le saule est encore une ressource de qualité pour la vannerie ou la confection de certains engins de pêche. L’osier n’est cependant pas fourni par les seuls communs ; il est parfois l’objet d’une plantation entretenue et réglementée par les baux de location. Certains fermiers sont chargés de planter, d’entretenir et de couper des oseraies sur les prés qu’ils tiennent à bail [44][44] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 33-2, Seigneurie de.... Cette production demeure toutefois bien marginale au regard des plantations exploitées dans le comté nantais voisin.

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La récolte du foin reste la principale activité des riverains dans les marais. Elle se fait sur des prés humides, totalement à sec en été et, a priori, tous tenus privativement. On ne peut néanmoins attester de l’exclusivité de ces prés comme espaces de fauche, leur mode d’exploitation ne permettant pas de les distinguer des communs. Dans cette partie de la vallée, la faible superficie des parcelles interdit en effet la clôture. Dès lors, les récoltes se font collectivement, même si la jouissance de ces dernières demeure privée [45][45] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 1632, Réponse du subdélégué....

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En distinguant les différents espaces du marais (en labour, prairies, pâturage, jonc et roseaux), la carte de Brain fait apparaître les principaux usages mais n’apporte pas d’indication sur le statut des terrains. On ne saurait attester ici de la pérennité des communs au moment où le plan est levé car une procédure d’afféagement attribue en effet 710 des 1 200 arpents des marais de Brain à un particulier en 1780. Une procédure d’afféagement attribue en effet 710 des 1 200 arpents des marais de Brain à un particulier en 1780 [46][46] Ibid., c 1929, Vente par accensement des marais de.... Aussi, la différenciation entre prairie de fauche et simple pâturage prête à confusion. Si les prairies sont probablement laissées en pâture aux animaux après la fenaison – l’absence de tracé de clôture tendrait à confirmer le maintien de cette pratique collective – qu’en est-il des pâturages mentionnés ? Sont-ils des espaces communs, uniquement laissés aux bestiaux ? Des espaces privés sur lesquels le pâturage a cours après la première, voire la seconde fauche des foins ? Sans y apporter de réponse, le plan témoigne implicitement du système d’exploitation et de l’équilibre agraire des marais de Vilaine.

Pâturage et droit de parcours

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Aucun règlement ne décrit le système d’exploitation des marais de la Vilaine. Au rythme des saisons, des caprices du fleuve et des aléas météorologiques, les usages s’y perpétuent sans codification écrite. Une approche du cycle d’exploitation est néanmoins possible à travers le prisme des droits d’usage qui s’exercent sur les prés des particuliers. Si nous avons vu que l’absence de communaux n’excluait pas l’existence de pratiques collectives, il convient aussi de prendre en compte leur tenue sur les terres cultivées.

Un droit en vigueur sur les terres décloses

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Les modalités d’exercice du pâturage sont réglementées par la très ancienne Coutume de Bretagne. Elle en fixe les moments en distinguant deux périodes : le temps de la « guerb » ou d’« yvenage » et le reste de l’année. La « guerb » désigne le temps du pâturage sur des terres cultivées une fois la récolte faite ; l’« yvenage », celui des labours d’automne [47][47] Antoine, 2000, p. 204.. C’est durant la première, qui court de mi-septembre à la première semaine de décembre, que les bestiaux peuvent librement pâturer sur toutes les terres, sauf sur celles qui sont brandonnées et sur les domaines nobles [48][48] Les parcelles brandonnées ont à leurs extrémités des.... Le reste de l’année, le bétail doit être gardé de jour comme de nuit.

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Reconnues par l’ancienne Coutume, ces modalités d’utilisation collective des espaces cultivés sont absentes de la Coutume réformée de 1580. On y trouve au contraire la volonté de protéger les cultures par un système de haies et le désir de supprimer le droit d’usage. Toutefois, si la vaine pâture n’est pas reconnue par la nouvelle coutume, les usages collectifs demeurent substantiels. Ils concernent surtout les incultes mais intéressent aussi certains espaces cultivés. Une fois la récolte terminée, ces terrains sont déclos et laissés aux animaux. Dans leur réponse à l’enquête sur les clôtures de 1768, les subdélégués soulignent qu’on rencontre ces derniers surtout dans les gaigneries du sud de la Bretagne et sur les bords de la Loire [49][49] Antoine, 2000, p. 212..

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Ces pratiques collectives s’observent aussi sur les prés humides des bords de Vilaine. De la même façon, une partie des terrains dont la propriété individuelle est attestée est laissée à l’utilisation collective au terme des récoltes. Macé de la Porte, subdélégué de Redon, souligne ainsi qu’après le fauchage des foins, les prairies restent décloses et communes jusqu’à leur clôture, en mars-avril, afin de protéger la nouvelle récolte de l’incursion des bestiaux [50][50] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 1632, Réponse du subdélégué.... Ce cas de figure semble se retrouver dans les marais de Bains et dans la prairie de Lanruas à Redon. En 1784, elle est possédée par plus de 200 particuliers qui, une fois la fenaison faite, laissent leurs 230 journaux de prés au libre pâturage des bestiaux [51][51] Ibid., c 5000, Requête de 33 propriétaires de la prairie.... Ouverte aux animaux des propriétaires et des habitants de Redon, cet espace permet de palier à la médiocrité des landes et sans doute à l’insuffisance des marais communs.

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Cette prégnance du pâturage dans les prairies cultivées est mise en lumière par les clauses des procédures d’afféagement. Dans certaines paroisses, les terres ne sont afféagées ou arrentées par les seigneurs

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« qu’aux conditions de les laisser à galoy après la faux ; c’est à dire que lorsque les foins en seroient enlevés, ces prairies resteroient sans clôtures afin que les bestiaux pussent aller paître en liberté jusqu’à la saison de les rendre défensables [52][52] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 1632, Réponse du subdélégué.... »

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Ces pratiques collectives sont indispensables et se perpétuent donc sur ces terres en dépit de leur passage dans la sphère privée. Maintenues après leur afféagement, elles confirment, sinon la confusion, du moins la faible distinction entre les notions d’espace privé et d’espace public. Comme dans les pays d’openfield, on a ici une gestion concertée d’espaces complémentaires. Au cycle des usages, se superpose un cycle d’attribution de la terre, faisant émerger parallèlement à un cycle de l’exploitation, un cycle de la propriété.

Le pâturage dans les marais

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L’organisation saisonnière du pâturage n’est pas uniforme. Elle s’adapte de façon plus ou moins fine à la réalité topographique et géographique du lieu. Leur périodisation demeure toutefois imprécise. À l’inverse du comté de Beaufort où des règlements établissent précisément les dates d’ouverture des prairies aux usages collectifs, aucun document ne donne de telles précisions pour les marais de Redon [53][53] Pour le comté de Beaufort, voir Follain et Pleinchêne,.... Une reconstitution lâche du calendrier de pâturage sur les terres de parcours et, par extension, sur les communaux est toutefois permise.

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Le pacage de l’ensemble des prés se fractionne en trois temps selon un calendrier qui se calque sur celui du taux d’humidité des terrains. Au terme de l’hiver, dès que le niveau des eaux est moindre, les marais sont laissés aux bêtes. Cette période se prolonge jusqu’à la clôture des prairies afin de protéger la croissance des herbes de fauche. Le parcours reprend ensuite à la fin de la récolte des premiers foins et jusqu’au début de l’été, à l’aube de la croissance des regains. Une dernière période court de la fin de la seconde fenaison aux premières inondations d’automne.

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Toutes les prairies ne connaissent pas ce régime. Certaines d’entre-elles supportent le bétail sur un temps plus long et sont définitivement ouvertes dès le printemps. Les regains sont alors pâturés à mesure de leur croissance. C’est le cas à Redon où, dans une lettre aux commissaires de la Navigation Intérieure, le sieur Alexis Joyaut, notaire royal de la ville, confirme que

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« les regains ou pâtures n’appartiennent point au propriétaire mais à tous ceux qui veulent les faire pacager, attendu que la prée de Lanrua fut toujours soumise au droit de parcours après la récolte des foins [54][54] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 5000, Lettre à la Commission.... »

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Les dispositions du parcours convergent donc en faveur des riverains. En laissant une partie des prairies aux bestiaux pendant l’été, la superficie des prés en parcours additionnée à celle des incultes est suffisante pour nourrir le gros bétail ; les landes demeurant un complément pour les autres bestiaux.

Une réglementation au cas par cas

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Généralement, les seigneurs locaux bénéficient de prérogatives pour le pâturage de leurs bestiaux. En se réservant ou en interdisant le pâturage de certains prés, ils instaurent une codification informelle, révélatrice des hiérarchies et des intérêts locaux, mais aussi génératrice de conflits. Les prés affermés connaissent parfois des modalités de parcours différentes, stipulées dans les baux. Sur les bords de l’Isac en Plessé, la ferme du pré de la Haye précise ainsi que le pâturage y est seulement autorisé de la Saint-Matthieu (21 septembre) à Noël [55][55] Arch. dép. Loire-Atlantique, e 335, Bail du pré de.... À Redon, sur le pré de la grande Houssaye tenu en propre par les religieux de l’abbaye, les conditions du pâturage sont plus restrictives encore : ces derniers s’y réservent le droit de faire paître leurs bestiaux tandis que le droit de « prendre l’herbe des crues et prés » est affermé aux fermiers de la métairie de Bua pour « 30 livres de beurre net poids de 20 onces dans les saisons du bon beurre » [56][56] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 33-2, Bail de la métairie.... Certains baux interdisent même totalement la pâture des prés en précisant que le fermier ne doit ni les « desgater ny les faire paître » [57][57] Ibid., 3h 33-1, Abbaye de Redon, fermes et retraits.... Les périodes d’usage peuvent encore être transgressées par les seigneurs locaux. Dans la prairie d’Estriel en Saint-Nicolas de Redon, les droits octroyés au prieur de l’abbaye négligent les récoltes qui s’y prennent. En dépit du piétinement qu’occasionne le bétail, celui-ci conserve un droit de gallois de quatre bœufs avant la récolte des premiers foins. Une fois la première herbe fauchée, il a « au même titre que ses sujets », le droit d’y faire pâturer l’ensemble de ses bestiaux, comme dans les autres prés de la paroisse [58][58] Ibid., 3h 178, Aveux du prieuré de Saint-Nicolas de....

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Reposant sur le classique et complémentaire binôme fourrage-pâturage, les droits d’usage n’obéissent donc pas à une réglementation précise. Leur gestion consiste en une superposition de droits et de privilèges juridiquement encadrés, sources potentielles de conflits entre les riverains.

La gestion de l’usage dans les marais ou le maintien de l’équilibre agraire

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Le mode de gestion pluriel des communaux repose sur des réglementations seigneuriales qui en définissent les modalités d’accès. Celui-ci est planifié et cantonné géographiquement en fonction de la récolte des foins et selon la frairie du tenuyer [59][59] Moriceau, 2005, p. 235.. Une ordonnance de 1687 apporte un éclairage sur le droit de pâturage dans le fief de Saint-Nicolas. Elle établit d’abord des quotas pour limiter le nombre de bestiaux et préserver ainsi les pâtures, puis précise que chaque communier ne peut faire pacager plus de 50 moutons dans les marais destinés aux vaches. Enfin, pendant le « garde pré », les ovins ont droit de pâturage, mais uniquement sur les landes [60][60] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 176-2, Ordonnance touchant.... Cette restriction numérique qui permet de réguler la proportion du bétail dans les marais se double donc d’une différence de traitement selon le type de cheptel ; le bétail de trait est favorisé au détriment des « bêtes à laine ». Discriminant, ce type de réglementation survient surtout en cas d’insuffisance des ressources et a avant tout pour vocation d’écarter le bétail horsain. Il s’agit de préserver et d’optimiser la jouissance des marais pour les frairiens. Parce que le pâturage est fondamental au fonctionnement agricole de la vallée, sa gestion doit être rationnellement organisée, au moins en droit.

Une économie des marais

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L’évaluation chiffrée des rendements, de la qualité du foin, et des revenus de l’élevage relève du mirage. L’absence de comptabilités de métairie et l’incertitude pesant sur la qualité et la quantité des récoltes, soumises aux caprices du fleuve, interdisent toute évaluation systématique.

L’importance des foins

Qualité de production et prix du foin

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Les procès verbaux de vente de foin ou les prisées des inventaires après-décès mentionnent de temps à autre la quantité de foin possédée par le défunt ainsi que son évaluation monétaire. Les procédures engagées pour l’indemnisation des riverains expropriés lors des travaux de canalisation de la Vilaine en 1784 sont d’un apport encore plus précieux [61][61] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 5000, Lettres Patentes....

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Celles-ci impliquent un mesurage de la surface des prés et permettent de mieux appréhender la valeur et le rendement des productions. Ainsi, l’estimation de l’indemnisation versée par les États de Bretagne en 1787 donne des écarts importants du prix des prés et permet de graduer les marais en fonction de leur production et de la qualité des terrains (tableau 3) [62][62] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 4998, Vente des prés....

Tableau 3 - Estimation de la valeur des prés situés sur le nouveau canal de la Vilaine en 1787Tableau 3
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Les espaces en oseraie sont les plus valorisés. Les prés affichent quant à eux des valeurs très différentes selon qu’ils sont en prairie ou en pâture, plus ou moins vaseux, précocement inondés, etc. Les prix du foin varient alors du simple au triple selon la conjoncture annuelle (tableau 4) [63][63] Ibid., c 5000, Requête auprès du Parlement de Bretagne....

Tableau 4 - Valeur du prix du foin dans les marais de RedonTableau 4
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La situation et la localisation des prés dans les marais importent beaucoup dans l’établissement des prix du foin, mais ces variations méritent d’être nuancées. Dans les prisées comme dans les procès verbaux retrouvés, le prix du foin paraît stable : il est en général estimé à 10 livres le millier, mais les regains sont moins appréciés que les foins de la première coupe [64][64] 1 millier = 500 kg.. Une distinction s’opère également entre les prés humides de la Vilaine et les « prés hauts » des prairies de plateau, comme en témoigne un procès verbal de 1790, concernant une livraison de foin : celui des « prés hauts » est estimé à 20 livres le millier contre 10 livres le millier pour celui des marais [65][65] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 4b 4023, Procès verbal....

Les rendements des prés

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L’évaluation du rendement des prairies implique une connaissance de leur surface et de leur production. Ces deux éléments ne sont guère évoqués par les sources et une nouvelle fois, les procédures entamées par les riverains au moment de la canalisation de la Vilaine sont d’un secours appréciable. La production annuelle est estimée à 5 milliers de foin par journal dans la prairie de Lanruas alors qu’à Bains, la quantité de foin fauchée dans les 300 journaux de marais communs situés entre deux bras de la Vilaine serait comprise entre 2 000 et 3 000 charretées pour l’année 1786 [66][66] Ibid., c 5000, Requête auprès du Parlement de Bretagne.... Ces données sont donc limitées et peu exploitables.

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Dès lors, la seule conclusion qui s’impose est d’affirmer que les quantités de foin produites suffisent en année normale à nourrir les bestiaux des riverains. Et si le prix de vente du foin est possible à retrouver, il est d’un intérêt limité. Son rapport n’est pas à rechercher dans sa vente mais à reporter sur les bestiaux qu’il nourrit. Dans une lettre aux membres de la Commission de la Navigation Intérieure, le recteur de Bains, G. Poisson, résume parfaitement l’importance de cette production :

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« Cette denrée est essentiellement nécessaire pour l’agriculture. Il est impossible de nourrir des bestiaux sans fourrage, il est impossible de labourer la terre sans bestiaux, d’où il s’en suit évidemment que les terres demeureroient incultes, et que le très grand nombre des habitants de Bains seroient réduits à la dernière misère [67][67] Ibid., c 4992, Requête à la Commission de la Navigation.... »

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Indispensables pour nourrir les bêtes en hiver, les marais sont aussi précieux à la belle saison où une fois exondés, ils constituent des espaces de pâturage privilégiés pour les animaux. En conséquence, l’approche économique des marais nécessite une analyse de l’activité d’élevage qui s’y exerce.

L’élevage, rouage essentiel d’un système agraire « semi-extensif »

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Parce qu’il influe sur la gestion et l’organisation des espaces non cultivés et qu’il met en lumière les enjeux des pratiques collectives, l’élevage est un marqueur du paysage agraire [68][68] Moriceau, 2005, p. 13.. Il constitue aussi une source de revenus à prendre en compte. Les bestiaux, qu’ils soient libres ou gardés, pâturent dans les marais au rythme de l’avancée et du retrait des eaux et, lorsqu’ils ne sont plus utilisés comme force de trait, sont vendus sur les foires et marchés de Redon. Le cheptel paraît ici conséquent tout comme le marché qu’il génère.

Des bestiaux destinés au marché local

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Dans la prairie de Lanruas en Redon, les propriétaires qui se partagent les 230 journaux de la prairie assurent qu’en 1784, elle fournit plus de 600 pièces de bétail dont 150 « harnois » (bovins) à chacune des 7 foires annuelles de Redon [69][69] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 5000, Requête auprès.... Le nombre de ces foires a considérablement varié au fil des décennies. Elles étaient 6 en 1580 d’après l’aveu de l’abbé Scotti, puis 14 en 1733 d’après l’enquête de l’intendant des Gallois de la Tour [70][70] Lemaitre, 1999.. Dans cette étude, il souligne la bonne tenue de 12 d’entre elles, ce qui mérite d’être souligné car la plupart des foires bretonnes sont jugées médiocres. Aussi, cette qualité des foires explique la venue à Redon de marchands rennais et de normands. La Coutume par terre de la seigneurie de Redon atteste aussi de l’existence d’un marché aux bestiaux puisque chaque bœuf vendu sur le marché de Redon est taxé à hauteur d’un denier. De même, la Coutume par eau témoigne de la circulation des bestiaux ; elle précise qu’un denier obole est dû pour « chacune beste d’aumaille ou autre » passant au pont de La Mée à l’entrée de Redon. Des sommes identiques sont prélevées sur la majorité des passages de la Vilaine depuis Messac jusqu’à l’embouchure de la rivière où le prix des péages s’élève à un sol par bœuf ou vache, six deniers par cochon ou porc, et trois deniers par brebis ou mouton. En cas de crue, ces taxes sont doublées [71][71] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 2438, Droits et péages....

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Les ventes sont cependant principalement destinées au marché local, comme le précise en 1758 dans ses observations générales sur le produit des récoltes, le subdélégué de Redon :

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« Les bestiaux dans la subdélégation de Redon n’y sont pas un objet considérable, […] on n’y fait aucune élèves pour sortir du lieu, et il n’y en a qu’autant qu’il est nécessaire pour la culture des terres et pour la consommation du pays. »

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Pour les années qui suivent, il souligne également qu’« on ne fait pas d’élève de bestiaux dans ce département » [72][72] Ibid., c 1652-1, Récoltes, observations générales sur....

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La forte présence des bestiaux dans les marais ne signifie donc pas qu’on y pratique un élevage spéculatif. Cette concentration trompeuse des bêtes souligne davantage l’existence d’une hiérarchie entre les espaces de pâturage. À Brain, la faiblesse des « terres froides » est ainsi évoquée par les riverains. L’exemple de cette paroisse ne peut pourtant être généralisé. De même, le pourcentage de terres en labour évalué par l’intendant des Gallois de la Tour mérite d’être considéré avec précaution. En assurant que 80 % de la surface de la subdélégation de Redon est cultivée, il néglige l’assolement, qui laisse une grande partie des terres en jachère. Dans ce pays, l’inculte domine et l’enquête préfectorale de 1816 sur l’agriculture dans le département d’Ille-et-Vilaine ne manque pas de le rappeler. Elle souligne qu’avec 90 000 ha dont 48 000 de landes, l’arrondissement de Redon est le plus mauvais du département [73][73] Cité par Letaconnoux, 1908-1909, p. 602..

87

Entre landes et marais, le choix de ces derniers comme pâturages tient donc davantage à leurs prédispositions naturelles au pacage qu’à l’absence des landes. En conséquence, l’ensemble des bestiaux des paroisses bordant la Vilaine s’y concentre, créant par la même une impression de surnuméraire. L’élevage n’est pas spéculatif et demeure au service des cultures qui restent la première activité des paysans.

Élever pour cultiver, le bétail au service des labours

88

Les bovins restent avant tout au service des travaux agricoles, et seuls les habitants des alentours de la Roche-Bernard, en Basse Vilaine, les destinent à l’embouche [74][74] Meyer, 1985, p. 453-454.. Lorsque les bœufs sont présents, ils n’excèdent guère une paire par foyer et restent l’apanage des laboureurs. Posséder deux bœufs est un signe extérieur de richesse au sein d’une paysannerie redonnaise majoritairement pauvre. Les métairies se distinguent cependant par un cheptel plus conséquent, souvent deux paires de bovins et au moins un taureau. À l’image du reste de la province, ce sont les « petites vaches à tout faire » qui priment dans les paroisses des bords de la Vilaine, la « vache du pauvre » qui sert à la fois au travail et à la production de lait, et que l’on mène paître dans les marais [75][75] Nous empruntons l’expression « petite vaches à tout....

Un cheptel diversifié et de médiocre tenue

89

Animé par les bovins, le paysage des marais l’est aussi par ses porcs, et surtout ses ovins. Les chevaux sont également présents, en général un par laboureur, souvent deux en fin de siècle. Ils servent de force motrice mais bien moins qu’en Basse Bretagne où ils dominent comme animal de labour et de charroi [76][76] Roudaut, 1991, p. 325.. Les ovins sont les bestiaux les plus nombreux. Ils sont en général prisés une livre dans les inventaires après-décès ; parfois moins et jusqu’à trois livres en fin de siècle chez les bons laboureurs. Les « bêtes à laine » servent à la fumure des terres et fournissent aussi de la viande. Elles alimentent aussi un marché des étoffes dont une partie est exportée vers les Amériques [77][77] Lemaître, 1999, p. 168..

90

La Coutume de Redon rend compte de ce commerce et précise que 4 deniers sont dus pour « chacun fardeau de draps et de laine descendus audit port de Redon ». Ce commerce des étoffes n’implique cependant pas que les laines utilisées soient produites localement. Ici comme dans l’ensemble de la province, les fabricants préfèrent importer des laines étrangères plutôt qu’utiliser des laines locales de mauvaise qualité. Dans une réponse à l’Intendant sur les moments de tonte des moutons, le subdélégué de Redon justifie cette qualité médiocre par la tonte des agneaux, effectuée durant le mois de septembre qui suit leur naissance. Elle serait responsable de « moutons faibles […] hors d’état de porter de bonnes laines » [78][78] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 1600, Réponses à l’intendant.... Mais c’est avant tout dans le manque de soin apporté à l’élevage de ces « pauvres choses noires » qu’il faut chercher leur chétivité [79][79] Young, 1931, vol. 2, p. 768.. La sélection des races et l’implantation des moutons mérinos n’est pas une préoccupation paysanne. Ces bestiaux élevés sur la lande ne sont essentiels que dans la mesure où ils fournissent de l’engrais à une production céréalière dominante. En aucun cas, ils ne justifient un traitement particulier. Malgré la médiocre qualité de la laine et le ralentissement d’un marché des étoffes fortement concurrenciel, les bords de la Vilaine continuent de nourrir de nombreuses bêtes faibles et mal soignées.

91

Chétives, les bêtes y sont souvent d’une valeur médiocre ; en témoignent les prisées du bétail dans les inventaires après-décès. Les bœufs sont souvent qualifiés de « petits » ou « moyens » ; mais rares sont les mentions de bestiaux gras ou grands. Ceci ne favorise pas l’essor d’un marché spéculatif, ce que déplore le subdélégué de Redon dans son rapport sur la cherté des vaches, rédigé après la dure année de sécheresse de 1785. Sans doute éclairé par les incitations des agronomes de la Société d’Agriculture à l’amélioration des espèces, il fait remarquer que dans sa subdélégation,

92

« les vaches comme toutes les autres espèces de bestiaux sont de petites ovines [sic], de petite race dans le pays ici. Par cette raison la seule, il seroit peut être fort avantageux d’en faire venir de l’étranger d’une espèce supérieure à celle ci [80][80] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 1600, Réponse du subdélégué.... »

93

De tous les subdélégués, il est le seul avec celui de Lamballe à se prononcer pour la venue de bêtes extérieures à la province.

94

Qualitativement variés, numériquement limités et qualitativement médiocres, tels sont les qualificatifs qui caractérisent les troupeaux des marais de Vilaine. En nombre tout juste suffisant, les bêtes à cornes servent avant tout au travail des cultures et à la fumure des terres. Leur vente permet sans doute de payer une partie des rentes et des impôts mais guère davantage. L’élevage du menu bétail, lui, est avant tout alimentaire.

95

*

96

Les marais de la basse vallée de la Vilaine apparaissent comme une entité géographique et juridique particulière et s’assurent une place préférentielle dans une province où le pacage s’effectue d’ordinaire sur des landes pauvres et acides. La fauche des foins et le droit de pâture sont ici les points nodaux du système d’exploitation. Indispensables, ils structurent et nourrissent une économie dont les revenus restent fondés sur la céréaliculture.

97

Les droits d’usage sont un élément à part entière d’un système agraire reposant sur l’élevage et constituent sans doute la meilleure entrée pour étudier les communaux en Bretagne. Caractérisés par l’absence de clôtures, les espaces où ils s’exercent sont souvent difficiles à délimiter géographiquement comme à définir juridiquement. Absents en temps que propriétés collectives, les communs répondent à des définitions diverses et sont gérés selon des droits et des réglementations différents.


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  • Moriceau, Jean-Marc, Histoire et géographie de l’élevage français du Moyen Âge à la Révolution, Paris, Fayard, 2005, 477 p.
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    —, « L’Enquête sur les clôtures en Bretagne », Annales de Bretagne, t. 38, 1928-1929, p. 752-767.
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    —, « Les Biens communaux en France au xixe siècle. Perspectives de recherches », Histoire et Sociétés Rurales, n°1, 1er semestre 1994, p. 119-140.
  • Young, Arthur, Voyages en France en 1787, 1788 et 1789, première traduction complète et critique par H.Sée, Paris, Armand Colin, 1931, 3 vol.

Notes

[*]

9 rue Jacques Léonard 35 000 Rennes. Courriel : <sckaerenn. scuiller@ libertysurf. fr>.

[1]

Pour une bibliographie complète sur la question des communaux, se reporter à Vivier, 1998.

[2]

Antoine, 2000, p. 176, d’après Lemaître, 1999.

[3]

Afféager une terre consiste en la concession d’une partie du domaine seigneurial à un particulier, l’afféagiste, chargé de son défrichement et de sa mise en culture.

[4]

C’est ce que confirme l’article 393 de la Nouvelle Coutume de Bretagne, cité par Lefeuvre, 1907, p. 30.

[5]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 1629, Mémoire sur les obstacles qui s’opposent aux progrès de l’agriculture en Bretagne et sur les moyens qu’on propose pour lever ces obstacles et pour encourager les agriculteurs, s. l. n. d.

[6]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 10, Aveux de Jean Mahé de Coedilo et de Joseph Priou de Mussain, les deux en Redon, 1751.

[7]

Ibid., 3h 70-2, Rôle rentier et redevances dues à la châtellenie de Bains, 1722.

[8]

Ibid., 3h 10, Aveux de la seigneurie de Lanruas, 1714.

[9]

Ibid., 3h 70-2, Rôle rentier et redevances dues à la châtellenie de Bains, 1722.

[10]

Ibid., 3h 70 1 et 2, Aveu des frairiens des Bignons, 1722.

[11]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 70-2, Aveu des frairiens des Bignons, 1722.

[12]

Ibid., 3h 76-2, Acte d’afféagement de la frairie des Bignons, 14 juin 1744.

[13]

Ordonnance des Eaux et Forêts, titre 25, articles 4, 5, 6.

[14]

Lefeuvre, 1907, p. 65.

[15]

Ibid., p. 64-69.

[16]

Cité par Lefeuvre, 1907, p. 130.

[17]

Sur les prés bordant la rivière d’Isac afféagés en 1774, les riverains ne consentent à renoncer au pacage de leur bestiaux qu’en 1787, au moment ou le sieur de Lambaison, propriétaire, décide d’entamer les travaux d’assèchement des marais : Arch. dép. Loire-Atlantique, e 526.

[18]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 77-2, Consultation au sujet des communs de Bains, Lanjuinais, 1777.

[19]

Cité par Lefeuvre, 1907, p. 131-133.

[20]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 4b 4284, Sentence d’excommunication, 8 septembre 1759.

[21]

L’arrêt du Parlement intervient après un mouvement de bris de clôtures dont le phénomène demeure très localisé.

[22]

De Laigue, 1914, p. 114-116.

[23]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 2b 321-333, Registres de défrichement et dessèchement de la sénéchaussée de Rennes, 1768-1790.

[24]

1 journal = 0,5 ha.

[25]

La nature de cette proposition confirmerait donc bien la propriété utile des habitants de Bains sur les communs.

[26]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 78, Procédure concernant les communs de Bains, 1778-1784.

[27]

Ibid., 3h 179-2, Procédures d’afféagements, 1759.

[28]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 90, Procédures d’afféagements, 1772.

[29]

Antoine, 2000, p. 218.

[30]

Plus précisément la canalisation de la Vilaine de Redon à Messac, commencée en 1784, s’inscrit dans la première phase des travaux prévue entre Redon et Rennes. Le but affiché par la Commission de la Navigation Intérieure des États de Bretagne, responsable des chantiers, est d’augmenter au maximum le tirant d’eau de la rivière pour faire remonter des bateaux de 20 tonneaux jusqu’à la capitale provinciale. Il s’agit de redynamiser un commerce stagnant, en améliorant les écluses de la rivière et le chenal de son lit. Une série de plans du cours de la Vilaine est levée à cette occasion par des ingénieurs des Ponts et Chaussées ; elle est conservée aux Archives départementales d’Ille-et-Vilaine.

[31]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 70-2, Rôle rentier des frairies de Bains, 1722.

[32]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 24, Extrait de l’aveu de l’abbé Hector Scotti rendu au roi le 8 juin 1580, copie du 22 juillet 1740.

[33]

Ibid., Remontre de police pour la vente du poisson, 13 février 1673.

[34]

Ibid., Audience de police, sentence du 28 avril 1703.

[35]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 1998, Commission de la Navigation Intérieure, indemnisation des pêcheries du pré des Hayes pour la construction du chemin de halage de la Vilaine en Painfaut, 1790.

[36]

Ibid., 3h 84-2, Lettre de Lanjuinais, procureur et avocat du général de paroisse de Brain au sujet de la vente des marais, 3 septembre 1780.

[37]

Follain et Pleinchêne, 2001, p. 21-52.

[38]

L’étrepage de la lande consistait à enlever quelques centimètres de terre avec les végétaux et à faire de cet ensemble des litières pour les étables avant de les rapporter engraisser les champs.

[39]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 85-1, Aveu au seigneur abbé de Redon, paroisse de Brain, 1724 ; ibid., 3h 24, Extrait de l’aveu de l’abbé Hector Scotti rendu au roi le 8 juin 1580, copie du 22 juillet 1740.

[40]

Ibid., c 4998, Lettre du général de paroisse de Brain à la Commission de la Navigation Intérieure, s. d.

[41]

Ibid., 4b 756, Procès verbal de descente de gruerie dans les communs de Langon, 10 juillet 1719.

[42]

Marquet, 2001, p. 72.

[43]

Hosdez, 1998, p. 83. Les toitures en roseau sont minoritaires dans une région où l’ardoise prédomine (71 % des toitures sont en ardoises dans le pays de Redon).

[44]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 33-2, Seigneurie de Redon, fermages, xviiie siècle.

[45]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 1632, Réponse du subdélégué de Redon à l’enquête sur les clôtures, 1768.

[46]

Ibid., c 1929, Vente par accensement des marais de Brain, 29 juillet 1780.

[47]

Antoine, 2000, p. 204.

[48]

Les parcelles brandonnées ont à leurs extrémités des bâtons plantés pour indiquer qu’elles sont soustraites à la vaine pâture.

[49]

Antoine, 2000, p. 212.

[50]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 1632, Réponse du subdélégué de Redon à l’enquête sur les clôtures en Bretagne, 27 septembre 1768.

[51]

Ibid., c 5000, Requête de 33 propriétaires de la prairie de Lanruas pour l’indemnisation des terrains perdus lors de la canalisation de le la rivière, 1785.

[52]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 1632, Réponse du subdélégué de Redon à l’enquête sur les clôtures en Bretagne, 27 septembre 1768.

[53]

Pour le comté de Beaufort, voir Follain et Pleinchêne, 2000, p. 217-242.

[54]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 5000, Lettre à la Commission de la Navigation Intérieure, 1785.

[55]

Arch. dép. Loire-Atlantique, e 335, Bail du pré de la Haye en Plessé, 11 mars 1766.

[56]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 33-2, Bail de la métairie de Bua, paroisse Notre-Dame de Redon, 7 janvier 1746.

[57]

Ibid., 3h 33-1, Abbaye de Redon, fermes et retraits de dîmes.

[58]

Ibid., 3h 178, Aveux du prieuré de Saint-Nicolas de Redon, 1682.

[59]

Moriceau, 2005, p. 235.

[60]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 3h 176-2, Ordonnance touchant au pâturage des bestiaux, 10 mai 1687. Le « garde pré » est le temps pendant lequel le gardiennage des bestiaux est obligatoire. Ses périodes ne nous sont pas connues.

[61]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 5000, Lettres Patentes en forme d’édit, qui autorisent les Etats de Bretagne à faire faire les Canaux & autres Ouvrages nécessaires pour la navigation intérieure de ladite Province, 1783.

[62]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 4998, Vente des prés pris pour la construction du nouveau canal de Vilaine, 1787.

[63]

Ibid., c 5000, Requête auprès du Parlement de Bretagne de trente-trois propriétaires de la prairie de Lanruas pour l’indemnisation de leurs terrains, 26 décembre 1784.

[64]

1 millier = 500 kg.

[65]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, 4b 4023, Procès verbal d’une visite de grenier, 15 mai 1790.

[66]

Ibid., c 5000, Requête auprès du Parlement de Bretagne de trente-trois propriétaires de la prairie de Lanruas pour l’indemnisation de leurs terrains, 26 décembre 1784 ; ibid., c 4994, Requête à la Commission de la Navigation Intérieure pour la mise en place d’un bac à Bains, 12 juillet 1785 ; ibid., Requête à la Commission de la Navigation Intérieure des habitants de Bains pour la reconstruction du pont de Grand Pas, 16 juillet 1786.

[67]

Ibid., c 4992, Requête à la Commission de la Navigation Intérieure du recteur G. Poisson, au nom des habitants de Bains, pour la reconstruction du pont de Grand Pas, 1784.

[68]

Moriceau, 2005, p. 13.

[69]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 5000, Requête auprès du Parlement de Bretagne de trente-trois propriétaires de la prairie de Lanruas pour l’indemnisation de leurs terrains, 26 décembre 1784 ; Ogée, 1845.

[70]

Lemaitre, 1999.

[71]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 2438, Droits et péages sur la Vilaine, 1731-1766.

[72]

Ibid., c 1652-1, Récoltes, observations générales sur le produit d’une année commune, 1758.

[73]

Cité par Letaconnoux, 1908-1909, p. 602.

[74]

Meyer, 1985, p. 453-454.

[75]

Nous empruntons l’expression « petite vaches à tout faire » à Antoine, 1999, p. 15.

[76]

Roudaut, 1991, p. 325.

[77]

Lemaître, 1999, p. 168.

[78]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 1600, Réponses à l’intendant des subdélégués de la province de Bretagne, sur les moments de la tonte des moutons dans leur subdélégation, 1741.

[79]

Young, 1931, vol. 2, p. 768.

[80]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, c 1600, Réponse du subdélégué de Redon Macé de la Porte à l’intendant, sur la cherté des vaches dans ses cantons, 23 août 1786.

Résumé

Français

Au xviiie siècle, les marais de Redon sont une matrice essentielle du système agraire de la basse vallée de la Vilaine. Réservés aux usages collectifs, ils sont un espace privilégié pour le pacage qui, dans la province, s’effectue le plus souvent sur des landes pauvres et acides. La fauche des foins et la pêche complètent ce système d’exploitation. L’importance de ces usages est mise en exergue dans la seconde moitié du siècle lorsque les propriétaires des marais décident, encouragés par la monarchie, de démanteler ces terres qu’ils laissaient jusqu’alors à la jouissance aux riverains, moyennant une rente modique. Dans une province où juridiquement, la propriété collective n’existe pas, le conflit porte donc essentiellement sur le droit de jouissance des paysans dans les marais. La défense farouche des communaux atteste de l’importance de ces territoires qui structurent et nourrissent l’économie locale.

Mots-clés

  • Bretagne
  • communaux
  • conflits
  • marais
  • production
  • usages

English

In the xviiith century, the Redon swamps provided a core ingredient of farming systems in the lower Vilaine valley. These swamps were put aside for collective use, and were a prime area of pasture, which took place regionally mostly on poor and acid moor soils. This scheme of use was completed by haymaking and fishing. In the second half of the century, the crucial character of these uses was made abundantly clear when the legal owners of the swamps, encouraged by the monarchy, started dismantling these spaces which had heretofore been left open to neighborhood use in exchange for a modest fee. Since collective use was not recognized by provincial law, the conflict bore primarily on whether local peasants could claim a right of use on the swamps. The bitterness of the fight to save these common lands bears witness to the importance of the role these areas played in structuring and strengthening the local economy.

Keywords

  • Brittany
  • common lands
  • production
  • rural conflicts
  • swamps
  • uses

Plan de l'article

  1. Les communaux, une entité juridique singulière
    1. La réalité communale en Bretagne
      1. Des terres seigneuriales
      2. Une réalité plurielle
    2. Les conditions de l’usage dans les marais de la Vilaine
    3. Une réalité menacée
      1. Les principes du démantèlement des communaux
      2. L’application de l’ordonnance de 1669
    4. Les afféagements : un abus de l’autorité seigneuriale ?
      1. La défense des communaux
      2. Des contestations sans lendemain
      3. Entre partage des communs et préservation des usages, le choix du compromis
      4. Prévenir le vandalisme paysan
  2. L’exploitation des marais : les usages et leur intégration dans le système agraire
    1. La pêche, une spécificité des zones humides
      1. Les pêcheries, une construction paysagère
      2. Une activité complémentaire essentielle
    2. La cueillette des herbages
      1. Un droit d’usage traditionnel
      2. Des fonctions variées
    3. Pâturage et droit de parcours
      1. Un droit en vigueur sur les terres décloses
      2. Le pâturage dans les marais
      3. Une réglementation au cas par cas
      4. La gestion de l’usage dans les marais ou le maintien de l’équilibre agraire
  3. Une économie des marais
    1. L’importance des foins
      1. Qualité de production et prix du foin
      2. Les rendements des prés
    2. L’élevage, rouage essentiel d’un système agraire « semi-extensif »
      1. Des bestiaux destinés au marché local
      2. Élever pour cultiver, le bétail au service des labours
      3. Un cheptel diversifié et de médiocre tenue

Pour citer cet article

Scuiller Sklaerenn, « Propriété et usages collectifs. L'exemple des marais de Redon au xviiie siècle», Histoire & Sociétés Rurales 1/2008 (Vol. 29) , p. 41-71
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2008-1-page-41.htm.


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