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Histoire & Sociétés Rurales

2008/2 (Vol. 30)


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La traduction d’un petit échantillon de lettres de paysans russes envoyées aux autorités, avant et surtout après la Révolution de 1917, a pour but de donner aux chercheurs qui n’ont pas accès aux sources en langue russe (maintenant très nombreuses et de grande qualité scientifique) une idée du contenu et de l’importance de ce type de documents pour la connaissance de la paysannerie russe et soviétique.

Les lettres de paysans : une source pour l’histoire

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Jusqu’à une époque récente – la perestroïka de la fin des années 1980 –, la paysannerie de l’époque soviétique était paradoxalement moins étudiée et moins bien connue que celle de l’Ancien Régime, pour laquelle avaient été publiés de nombreux recueils de documents : les revendications et les doléances des paysans venaient expliquer et justifier la Révolution. Mais pour la période soviétique, la paysannerie était étudiée « d’en haut », à travers les mesures économiques ou politiques prises par le pouvoir. Cette perspective a laissé place, depuis la perestroïka, à une approche « par le bas », rendue possible par l’ouverture des fonds d’archives soviétiques, riches de millions de lettres envoyées aux responsables du parti et du gouvernement ainsi qu’aux rédactions des journaux de l’époque. Plusieurs recueils de ces lettres ont été édités récemment, notamment aux éditions rosspen, à Moscou, spécialisées dans la publication de matériaux des archives soviétiques. En France, un choix de lettres, pour la plupart postérieures à notre période, envoyées à la Krestianskaïa gazeta (Le journal paysan) ou à des dirigeants, a été récemment publié [1][1] Nous autres paysans…, 2005 [vii]..

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En l’absence d’élections libres et de liberté de la presse, les lettres de lecteurs étaient pour le pouvoir, et maintenant pour l’historien, le seul moyen de connaître (avec les « collaborateurs secrets », i. e. les indicateurs) la température de l’opinion, et d’avoir une vision de la réalité plus fiable que celle donnée par les statistiques ou la propagande. Des synthèses (svodki) périodiques étaient effectuées par les rédactions des journaux, à destination des plus hautes autorités du parti et de la police politique (gpu, nkvd). Le pouvoir s’appuyait sur ces « voix du peuple » pour lancer telle ou telle campagne de production ou de répression. On trouvera un exemple de ces synthèses avec les sources 268 et 269, écrites par des journalistes ou des membres du parti.

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Le courrier des lecteurs, qui constitue à l’époque soviétique un phénomène sans précédent et de première importance pour l’étude de l’opinion publique, est devenu pour les historiens une source privilégiée de renseignements sur les mentalités, l’état d’esprit et les problèmes de la vie quotidienne [2][2] Fitzpatrick, 2002 [ii].. Malheureusement, le délai de conservation de ces lettres par les rédactions des journaux ou les administrations, fixé à trois ans, prive les historiens d’une masse considérable de documents précieux, ne leur laissant que les lettres publiées dans les journaux [3][3] Pour les années 1970 : Revuz, 1980 [vii].. Les archives sont cependant plus nombreuses pour les années 1920 et 30, avec notamment celles de la Krestianskaïa gazeta à laquelle sont adressées plusieurs de nos sources (259, 260, 266, 267).

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Pour mettre en perspective les lettres des années 1920, de publication récente, nous donnons quatre lettres des années 1905-1909 : encouragés en 1905 par le tsar Nicolas II à faire part de leurs souhaits, les paysans vont reprendre, dans quantité de pétitions, leurs revendications ancestrales : redistribution égalitaire de la terre, auto-administration intégrale, abolition des redevances – « la terre et la liberté » (source 254). Le « manifeste du 17 octobre 1905 », par lequel le tsar octroyait les libertés civiles et tempérait l’autocratie par un Parlement (Douma), libéra la parole sans régler les problèmes, notamment ceux du manque de terres (source 255). La majorité de nos lettres date des années 1924-1925, sommet de la nep (Nouvelle politique Économique) qui vit, en paroles plus que dans les faits, le pouvoir soviétique chercher à se concilier la paysannerie. Celle-ci avait cru un moment que la révolution bolchevique allait réaliser ses rêves, tels qu’ils sont exprimés dans la source 254. La politique de réquisitions, de lutte des classes, de collectivisation menée pendant le « communisme de guerre » (1918-1921) souleva une grande partie des paysans contre le nouveau pouvoir (la révolte de la région de Tambov, la plus importante, ne fut écrasée qu’en 1922), qui dut faire des concessions : ce fut la nep, avec le remplacement des réquisitions par un impôt en nature (puis en argent), la libéralisation du petit commerce (d’abord au niveau local), le slogan de l’« alliance » avec la paysannerie. « Enrichissez-vous, développez votre exploitation agricole, ne craignez pas qu’on vous opprime ! », avait lancé Boukharine en avril 1925, avant de se rétracter. Les paysans qui suivront ce conseil seront « dékoulakisés » (expropriés et souvent déportés) lors de la collectivisation forcée de 1929-1933… De fait, l’idéologie anti-paysanne des communistes, qui la tenaient de Marx et Engels (la paysannerie comme classe arriérée de petits-propriétaires individualistes, l’« idiotie de la vie rurale »), n’avait pas disparu avec la nep : les paysans travailleurs et entreprenants étaient stigmatisés comme « koulaks » (paysans riches), brimés et pressurés (source 260), avant d’être éliminés par la collectivisation. Les lettres publiées ici montrent combien est grand le ressentiment des paysans qui ont conscience d’avoir été le fer de lance de la révolution en province et de nourrir tout le pays, y compris les bureaucrates oisifs, car sans nous, dit l’un d’eux, tout le monde mourrait de faim, « c’est clair et net » (source 263). Selon le recensement de 1926, la rsfs de Russie comptait plus de 83 millions de ruraux et plus de 17 millions de citadins.

Un reflet des problèmes de la paysannerie

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Farouchement attachée à ses libertés communales, la paysannerie résistait donc au sein de la commune rurale (mir), qui avec sa forme de self-government plus ou moins démocratique (maire élu, décisions prises par l’assemblée générale des chefs de famille (qui pouvaient être des femmes), répartition de l’impôt, partage périodique des terres, etc.), avait survécu tant aux réformes de Stolypine (lancées en novembre 1906) qui avait autorisé les paysans à s’émanciper de l’organisation communale du mir afin de créer une couche de petits propriétaires dynamiques (source 257), qu’à la révolution bolchevique qui tâcha en vain (jusqu’à la collectivisation) de la remplacer par des soviets de village (sel’sovety) dirigés par des fonctionnaires du parti en général parachutés de la ville. L’hostilité des paysans à ce système était répandue (source 269). Les lettres ici traduites montrent l’ampleur des problèmes que connaissait la campagne soviétique, la profonde crise de confiance et le fossé idéologique qui séparaient les communistes des paysans ; elles expliquent, sans la justifier, la fuite en avant que représenta la collectivisation, qui fit table rase du passé et de sa riche civilisation paysanne – « grand tournant » (bolchoï perelom, littéralement « grande fracture ») dont la Russie peine toujours à se remettre.

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Si le principal sujet de mécontentement des paysans est, avant la Révolution, le manque de terres et, par suite, les relations parfois conflictuelles avec les propriétaires auxquels ils sont obligés de louer des terres (source 255), après la révolution, c’est le poids des impôts (sources 261-263, 267), la pauvreté (sources 261, 263, 266), la cherté de la vie (source 259), les inégalités qui existent entre la campagne et la ville (sources 261-263), la privation du droit de vote (sources 260, 267), etc. Les paysans se plaignent d’être brimés par rapport aux ouvriers et aux communistes (sources 261, 263, 268). La ville leur apparaît presque comme un pays de cocagne (ce qui était loin d’être le cas, mais les « nouveaux riches » étaient voyants), et surtout comme une sinécure pour les fonctionnaires du parti. Où est l’égalité et la fraternité, demande le paysan de la source 261 ? La plupart adhèrent aux principes de justice et d’égalité au nom desquels s’est effectuée la révolution, mais sont indignés par le fossé qu’il a entre ceux-ci et la réalité. Un jeune paysan veut savoir quelle est la différence entre le régime bolchevique et l’ancien régime, qu’il n’a toutefois pas connu (source 263). Deux femmes donnent un avis opposé sur les changements à la campagne (sources 265-266). La religion est évoquée dans les sources 256 et 267.

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Les premières lettres (sources 254-257) sont des lettres collectives, qui consignent les doléances d’une assemblée communale sur des questions politiques, agricoles ou religieuses ; elles sont relativement bien écrites, probablement par le scribe ou le greffier (pisar’) de la commune. Les destinataires des trois premières pétitions ne sont pas spécifiés, mais on voit qu’elles ont abouti au secrétariat du gouverneur de la province. La source 257 est un télégramme envoyé à Nicolas II pour se plaindre du remembrement effectué à la suite des réformes de Stolypine. Plus tard, on s’adressera aussi directement à Staline, « petit père des peuples » toujours considéré comme seul recours face à une masse de fonctionnaires corrompus (sources 262, 264). Les lettres de l’époque soviétique (1924-1925) sont des lettres individuelles (les lettres collectives seront plus tard considérées comme de l’« agitation contre-révolutionnaire » ; la source 261 est collective, mais les signatures sont illisibles). Elles sont envoyées pour la plupart à la Krestianskaïa gazeta, qui tirait à plus d’un million d’exemplaires en 1928. Les auteurs sont un paysan « moyen » (source 260), un sympathisant communiste de 18 ans (262), une paysanne pauvre (266), un étudiant communiste (264), un policier évangéliste (267). Pour deux lettres (258, 260), nous disposons de la réponse des juristes chargés de répondre au courrier reçu par la rédaction du journal.

Le courrier des lecteurs : une institution soviétique

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Les lettres aux autorités sont certes une pratique ancienne, et le courrier des lecteurs existait avant la Révolution, mais il a pris après celle-ci une ampleur sans précédent : La Krestianskaïa gazeta a ainsi reçu 5 millions de lettres de 1923 à 1933, qui ont été conservées. Les paysans écrivent à « leur » journal pour demander l’aide qu’ils ne trouvent pas au niveau local pour résoudre leurs problèmes, notamment juridiques (un formulaire spécial était prévu pour cela), mais aussi pour exprimer leur opinion, demander des renseignements sur des questions de droit ou de morale (source 258, 267). Mais c’est surtout le rôle et l’usage de ces lettres qui est un phénomène nouveau : un service spécial, au sein de la rédaction du journal les lit et les traite de différentes manières. Un petit nombre est publié (après correction plus ou moins importante de la forme et du fond) selon les besoins des campagnes du moment ; quand ces lettres mettent en cause des responsables locaux, ceux-ci sont tenus de répondre et leur réponse est parfois publiée également ; quand il s’agit de questions juridiques, un juriste attaché à la rédaction répond au demandeur (source 258, avec réponse du « juriste n° 5 »). Plus souvent, les lettres sont réexpédiées aux autorités dont se plaignent les signataires ou dont dépend la résolution des problèmes exposés : le retour du bâton est quelquefois douloureux pour les auteurs de ces plaintes, ce qui va entraîner la prolifération des lettres anonymes [4][4] Nérard, 2004 [vii].. En 1927, les lettres envoyées à la Krestianskaïa gazeta (plus de 700 000) avaient abouti à 461 limogeages de responsable locaux, 522 poursuites judiciaires, 63 exclusions du parti, 54 blâmes : de quoi faire apparaître le journal comme le défenseur du « peuple » contre les « bureaucrates », assurer sa popularité et maintenir, par ce semblant de démocratie, l’équilibre entre le pouvoir et les « masses ». Jouant le rôle de mécanisme de « contrôle populaire », les lettres permettent aussi de surveiller la société.

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Ce système est ensuite institutionnalisé avec la création d’un réseau de « correspondants paysans » (sel’kory) et ouvriers (rabkory), lancé dès le début des années 1920. De 115 710 sel’kory et 74 298 rabkory en 1925, on passe à près de 3 millions au début des années 1930. Le signataire de la lettre 267 se propose ainsi de devenir sel’kor, sous un pseudonyme, pour plus de sûreté (en 1924, 32 furent assassinés, 282 en 1926). Facilement malléables et dirigeables par des commissions spéciales, ils servaient de courroie de transmission du parti pour noyer sous leur « armée » (cf. source 262), note 1) journalistes et écrivains « professionnels » d’ancienne formation. Ils deviendront rapidement des propagandistes auxiliaires. En 1974 (où ils étaient près de 6 millions), la Pravda définissait ainsi leurs tâches :

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« Les correspondants ouvriers et ruraux sont appelés à propager adroitement les réalisations des héros du plan quinquennal, à montrer largement le rôle d’avant-garde de l’émulation socialiste pour remplir et dépasser les objectifs du plan, à critiquer de manière aiguë les insuffisances et à obtenir leur élimination [5][5] Pravda, 6 janvier 1974.. »

Principes de publication

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Notre choix de lettres s’efforce de refléter la diversité des sujets, des signataires et des destinataires, ainsi que les différents genres : pétition (prigovor), requête, appel, plainte, consultation, réflexions (source 265, « Ce que le pouvoir soviétique a donné aux femmes »), rapports (sources 268-69). La provenance géographique des lettres est elle aussi variée : provinces (goubernia) de Moscou, Kalouga, Toula, Voronèje, Penza, Minsk, Odessa, Kiev, république d’Abkhazie.

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Les lettres de paysans sont écrites dans un russe très fautif, presque phonétique. La traduction n’a pas tenté de faire du naturalisme linguistique. Par contre, la syntaxe et l’absence de ponctuation ont été conservées ; les noms russes sont transcrits selon l’usage courant. Les intitulés ont été donnés par l’éditeur. Les dates antérieures à 1917 sont en calendrier julien.

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Les lettres sont traduites d’après l’édition de S. S. Krioukova, Krestianskie istorii : Rossïiskaïa derevnia 20-kh godov v pismakh i dokumentakh (Histoires paysannes : La campagne russe des années vingt à travers lettres et documents), 2001, Moscou, rosspen. Les lettres retenues correspondent aux numéros 4, 7, 10, 17, 106-107, 37, 123-124, 43, 45, 78, 99, 161, 167, 191, 195, 194.

254 - 4 décembre 1905. Pétition de l’assemblée des paysans de 13 villages du canton de Seredino, district de Volokolamsk

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Archives régionales de Moscou, secrétariat du gouverneur de Moscou. Première publication in Agrarnoe dvizhenie 1905-1907 gg. v Moskovskoj oblasti (Le mouvement agraire de 1905-1907 dans la région de Moscou), Moscou, 1936.

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Cette pétition, comme toutes les pétitions semblables de 1905-1907, est une réponse à l’oukaze de Nicolas II, publié le 18 février 1905, qui autorisait tous les sujets de l’Empire « soucieux du bien général et des besoins de l’État » à adresser des réflexions et des propositions au souverain « sur les questions concernant le perfectionnement de l’organisation de l’État et l’amélioration du bien-être public », en conservant intangibles les lois de l’Empire. Le 6 août 1905, en liaison avec la création de la Douma (Parlement) d’État, l’oukaze du 18 février fut annulé, et les pétitions interdites, mais cela n’empêcha pas les assemblées de paysans de continuer à rédiger des motions, qui permettent de se faire une idée précise de leurs revendications. Bien qu’influencées souvent par les partis politiques (notamment socialiste-révolutionnaire, comme ici), ces requêtes, sous lesquelles on trouve les signatures de tous les paysans des assemblées, certifiées par le sceau du staroste (maire) du village ou du canton, reflètent donc des opinions largement répandues : sur 370 requêtes signées nominalement, on relève au total plus de 150 000 signatures. Pour les 16 provinces de la Russie centrale, on dispose de 664 requêtes. La moitié d’entre elles ont été publiées par la presse de l’époque, les autres sont conservées dans les archives. On peut les comparer aux doléances des paysans français au moment de la révolution. Sur ces « pétitions » (prigovory) paysannes, voir F.-X. Coquin, « Un aspect méconnu de la révolution de 1905 : les ‘motions’ paysannes », in id., et C. Gervais-Francelle (éd.), 1905. La première révolution russe, Paris, Publications de la Sorbonne - Institut d’études slaves, 1986, p. 181-200 (avec la traduction de deux pétitions).

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Le 4 décembre 1905. Nous, paysans de la province de Moscou, district [ouïezd] de Volokolamsk, canton [volost’] de Seredin, 13 villages, présents aujourd’hui à l’assemblée de canton, avons avant toute chose procédé à la lecture du manifeste du 17 octobre 1905 [6][6] Par le « manifeste du 17 octobre » 1905, le tsar Nicolas... et sur la base des paroles du souverain-empereur sur les fondements intangibles de la liberté civile, selon les principes de la sûreté effective de la personne, de la liberté de conscience, de parole, de réunion et d’association, nous avons décidé en premier lieu de nous occuper non des affaires courantes mais de la résolution des questions les plus importantes et vitales, sans lesquelles la vie elle-même ne serait pas la vie mais seulement un tourment, et en vertu de cette opinion, nous sommes unanimement arrivés à cette résolution :

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1. Les élections à la Douma d’État doivent avoir lieu au moyen du vote universel, direct, égal et secret pour un mandat maximum de 3 ans ;

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2. Ayant débattu de notre situation désastreuse, nous sommes également arrivés à cette conclusion que la raison de notre pauvreté et asservissement est due au manque de terre et aussi au grand coût du fermage que nous prennent les propriétaires des terres. Il est nécessaire de supprimer la propriété privée sur la terre et de mettre les terres privées, publiques, de la couronne, des monastères et des églises à la disposition de tout le peuple. Ne doit avoir la jouissance de la terre que celui qui avec sa famille ou dans une association agricole, mais sans recours aux journaliers, cultive la quantité qu’il est capable de cultiver [7][7] Ce rejet du travail salarié était très répandu, et....

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3. Il est indispensable qu’il y ait une instruction générale et obligatoire pour le peuple financée par l’État ;

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4. La suppression des catégories sociales et l’égalité de tous sans exclusion devant la loi ;

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5. Supprimer les impôts indirects en les remplaçant par un impôt direct progressif ;

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Pour la réalisation de nos exigences ci-dessus par la voie législative, nous soussignés adhérons à l’Union paysanne panrusse [9][9] Fondée après les décrets du 18 février 1905 sur la..., et élisons comme délégués les paysans de notre village Grigori Prokofiev et Fedor Fedorov Plotny. Nous certifions la présente pétition par nos signatures.

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[suivent 25 signatures de paysans.]

255 - 14 décembre 1905. Pétition de l’assemblée rurale des paysans du bourg de Griaznov, District de Likhvinsk, province de Kalouga

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Archives régionales de Moscou. Secrétariat du gouverneur de Kalouga. Même recueil que pour la source 254.

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Ce jour-ci, à notre assemblée rurale, en présence notre staroste [10][10] Le staroste (l’ancien) est une sorte de maire de la... Andreï Nikolaïev Averkin, nous avons discuté de nos besoins et nous sommes parvenus à de très tristes conclusions. Nous avons été libérés du servage par l’auguste manifeste du 19 février 1861. Dans un élan de reconnaissance nous avons construit dans notre village une chapelle en mémoire de ce grand événement pour nous.

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Maintenant, 45 ans après la libération, en regardant notre nouvelle situation, nous sommes parvenus à cette conclusion que le gouvernement avec le manifeste du 19 février 1861 nous a trompés, et de la dépendance des propriétaires nous a mis sous la dépendance et des propriétaires et de toute une bande de fonctionnaires. Commençons par le fait qu’à la libération, on ne nous a pas donné la terre que nous avions arrosée de notre sueur tout un siècle, mais on nous a donné juste ce qu’il fallait de terre pour ne pas mourir de faim. C’est des labours, mais des prés, à l’exception de marécages et de bois impropres à la culture, on ne nous en a pas donnés. Mais libérés de nos propriétaires, nous étions alors si contents que nous n’avions pas remarqué qu’avec ces lots de terres, le gouvernement nous rendait de nouveau au pouvoir des propriétaires [11][11] Les paysans devaient en effet louer à leur ancien propriétaires....

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Avec les années, la population de notre village a augmenté mais la terre est toujours la même, sans compter la diminution de la superficie des terres paysannes du fait que que le fossé de bornage qui se trouvait à distance de la source a été déplacé du côté de la terre des paysans, c’est pour cela que peu de temps après le manque de terre a commençé à se faire sentir. Les personnes en trop dans les familles ont commencé à aller chercher du travail en ville, et les familles nombreuses ont commencé à diminuer, et à procéder à des partages pour se nourrir. Ceux qui restaient au village devaient louer des terres aux propriétaires. Le fermage a augmenté d’années en années. La terre, qui n’était pas fumée par le propriétaire, s’épuisait, ce qui fait qu’on y récoltait à peine le prix du fermage. Pour pouvoir nourrir son bétail, il a fallu prendre en fermage en argent ou en corvées des prés à de dures conditions : en échange du pacage du bétail, – récolte du grain et du foin sur 65 déciatines [12][12] 1 deciatine = 1,092 ha. et enlèvement du fumier de l’étable des propriétaires. Si la récolte est en dessous de la moyenne, il faut recommencer ces travaux l’année suivante. Avec le bois, c’est la même histoire : pour chaque branche, il faut payer de l’argent, et quand on n’en a pas, y plus qu’à passer l’hiver dans une isba non chauffée.

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Des paysans ont voulu acheter de la terre au propriétaire. Le sénateur-propriétaire, le conseiller d’État [13][13] Sénateur : membre du Sénat, l’un des trois grands corps... E. K. Pribylski leur a tout d’abord expliqué qu’ils avaient assez de terre, qu’il avait vu comment chez les Allemands [14][14] Il s’agit des colons allemands, installés sur la moyenne... une famille entière prospère sur un champ de 3 sagènes carrées [15][15] 1 sagène carrée = 0,045 are., et que les Chinois font leur potager sur des radeaux, en oubliant avec cela qu’il vit lui-même dans la prospérité avec plus de 900 déciatines de terres, et ensuite il a demandé un tel prix que toute envie d’acheter sa terre est passée aux paysans.

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[Suivent les signatures des paysans de Griaznov,

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la signature et le cachet du staroste du village]

256 - 12 mars 1905. Pétition de la communauté rurale des paysans du village de Boutyrki (district de Bogoroditski)

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Archives régionales de Moscou. Secrétariat du gouverneur de Toula. Même recueil que pour la source 254.

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Le 12 mars 1905, nous, soussignés, paysans-propriétaires de la province de Toula, du district de Bogoroditski, du canton de Kazan, du village de Boutyrki, à cette date nous avons été réunis par notre maire du village Miron Ivanov pour l’assemblée rurale, à laquelle sur 46 chefs de famille ont participé 32 personnes ayant le droit de vote, et où entre autres affaires communes avons discuté des choses suivantes. Notre prêtre paroissial du bourg de Kazan Pavel Pokrovski ne répond pas à sa mission de pasteur de par sa vie indigne, ses actions, sa conduite. Il a établi des redevances impossibles en sa faveur pour les services religieux, pour les sacrements, il va voir les paroissiens de 10 à 15 fois par an pour différents prétextes en extorquant l’aumône, et son importunité n’a pas de limites, à maintes reprises il a été convaincu de nombreuses actions indignes, qui auraient mérité la prison pour n’importe qui, mais sur lui ça glisse comme l’eau sur les plumes d’un canard.

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Nous l’avons supporté 40 ans, moralement humiliés par lui, si bien que nous n’avons plus envie d’aller à l’église, où dans ses sermons le prêtre dit qu’on lui donne trop peu, qu’on l’évite, où le père spirituel crie sur ses ouailles : brutes, imbéciles, etc, en blessant non seulement le sentiment religieux mais également le sentiment de dignité humaine, pour lui rien ne coûte de déshonorer, de couvrir de honte celui qui lui a peu donné. Si on voulait compter ses actes négatifs, ni le temps ni la place ne suffiraient, nous n’avons pas besoin de le poursuivre pour ses actions, pour cela il y a la loi. Nous sommes croyants, nous ne pouvons renoncer à satisfaire nos besoins spirituels, ce qu’il ne peut pas faire avec ses qualités morales. Nous autres paroissiens constituons pour lui non pas des ouailles mais une source de revenus, une vache à lait, c’est pourquoi après avoir discuté de ce qui précède, nous tous, à la majorité de 19 contre 13, avons décidé : par cette pétition, intercéder auprès de Son Éminence l’évêque de Toula et de Belev, pour qu’il nous débarrasse de ce pasteur indigne et nous en donne un qui soit digne de cette haute mission. Cela nous ferait un mal inexprimable de nous séparer des tombes de nos ancêtres du bourg de Kazan [16][16] Les paysans des villages (derevni) avaient leur église..., mais si, Éminence, vous ne satisfaisiez pas notre prière arrosée de larmes, nous devrions passer dans une autre paroisse, ce pourquoi nous avons établi cette pétition, que nous signons [suivent 18 signatures de paysans et la signature et le tampon du maire rural]

257 - 22 juin 1909. Télégramme des paysans du bourg de Sverdlikovo, district d’Ouman, à Nicolas II pour se plaindre de l’injustice de la commission d’aménagement foncier

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Archives historiques centrales. Première publication in Krestianskoe dvizhenie v Rossii v 1907-1914 gg. (Le mouvement paysan en Russie, 1907-1914), M.-L. 1936.

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Sire, père et maître bien-aimé, nous, paysans du bourg de Sverdlikovo, district d’Ouman, province de Kiev, tombons à vos pieds, Majesté, et vous prions en fidèles sujets d’intercéder pour nous, blessés et ruinés par la commission d’aménagement rural, qui nous fait violence en octroyant aux 277 propriétaires de notre village qui se détachent du terroir communal [17][17] Il s’agit des otroubniki, des paysans qui se « retranchaient »,... la meilleure terre, sur laquelle ont été semés des blés d’hiver et de printemps, et en nous laissant, à nous qui restons dans la commune et sommes 380, les mauvaises terres, escarpées et pierreuses. Notre demande de suspendre le découpage des terres jusqu’à la moisson et d’égaliser le partage n’est pas prise en considération par la commission, ce qui nous cause d’énormes pertes du fait des dégâts subis par les blés et de la répartition injuste ; le secrétaire perpétuel de l’assemblée des juges de paix, Maksimtchik, et l’arbitre de paix Nenioukov nous envoient promener et nous injurient grossièrement en nous menaçant de la garde et des cosaques. Ordonnez, V.M. [18][18] Votre Majesté. Dans le texte : v. i. v. (Vashe imperatorskoe..., de suspendre les agissements irréguliers de la commission et le partage de la terre jusqu’à la moisson.

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Ont signé les fidèles sujets de V. M., les délégués Vassili Savtchenko, Evstafi Zapadenko, Nikita Zapadenko, Afanassi Dzygarenko.

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Certifié authentique : pour le chef de bureau, baron N. Frederik

258 - 6 février 1924. Demande d’expulsion de « membres dépravés » du village

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Archives nationales de l’histoire sociale et politique de Russie.

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Nous vous demandons de nous expliquer si un notre voisin marié à une femme et qui a également des relations avec la voisine et qui toutes les deux mettent au monde des enfants a le droit de recevoir des lots de terre et comment se comporter avec un tel voisin, si tous les hommes de notre village ont une amie en plus de leur femme alors où nous prendrons la terre, et aussi nous vous demandons de nous dire si c’est possible d’expulser des membres dépravés du village pour ne pas avoir entretenu les clôtures pour abandon de terres labourables et pour d’autres raisons

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Le paysan Voronin A.

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[Tampon de la rédaction du « Journal Rouge » : arrivé le 6.02.19242158]

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Suscription : pour le juriste n° 5

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[Réponse]

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5. Au paysan Voronin

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Vous demandez : est-il possible d’expulser des membres dépravés du village ?

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Réponse : 1) Oui, c’est possible, mais non par décision de l’assemblée communale, comme cela se faisait sous le tsar [20][20] Cf. « Statut des paysans libérés du servage », article..., mais seulement par arrêté du Tribunal ; on expulse pour une durée allant jusqu’à trois ans les citoyens qui seront reconnus par le tribunal comme dangereux pour une localité donnée (article 49 du Code Pénal) ; nous n’avons pas compris le reste de votre lettre, écrivez plus clairement.

259 - 31 mai 1924. Plainte sur les difficultés de la commercialisation

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Archives économiques nationales de Russie.

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Porte une inscription de la rédaction : « Ciseaux. Coopération, assistance mutuelle ». Archivé le 31 mai 1924. « Ciseaux » désigne la « crise des ciseaux », c’est-à-dire l’augmentation des prix industriels et la baisse des prix agricoles (croisement de la courbe des prix en 1922). « Coopération » renvoie ici aux coopératives de distribution, mais désigne aussi les coopératives de production. Cf. Robert Miller, « Soviet Agricultural Policy in the Twenties : The Failure of Cooperation », Soviet Studies, 27, 2, 1975, p. 220-244.

52

La Krestianskaïa gazeta (Le journal paysan), organe du Comité Central du parti communiste, parut à Moscou de 1923 à 1939, avec un tirage qui va de 125 000 exemplaires au début à 3 millions en 1939. À sa fondation (25 novembre 1923), Kalinine, président de l’État, définit ses tâches : « Le journal doit éclairer la vie paysanne, aider en pratique les paysans à s’orienter dans les questions économiques, agricoles, judiciaires, etc., leur éclairer tout le sens des événements mondiaux et leur lien étroit avec la vie de notre République. »

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Est-ce que le prix des marchandises va bientôt baisser [?]

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Dans le bourg de Matrionovka du canton de Matrionovka du district d’Ousman de la province de Voronèje tous les hommes sont devenus bossus et cela précisément du fait que dans le bourg de Matrionovka il y a toutes les semaines le marché le lundi et voilà que le matin on se prépare pour le marché on remplit des sacs de seigle et on doit les porter jusqu’au marché sur son dos parce que la moitié de la population n’a pas de cheval et avant d’arriver au marché il faut se reposer plusieurs fois et pour ce sac de seigle tu peux seulement acheter une chemise d’indienne parce que l’archine [21][21] 1 archine = 0,711 m. de tissu coûte 45 kopecks et un poud [22][22] 1 poud = 16,38 kg. de blé 35 kopecks.

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Quand est-ce que l’indienne sera bon marché ?

260 - 30 décembre 1924. Protestation contre la privation du droit de vote

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Archives nationales d’économie de Russie

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Suscription : « Au juriste ». La réponse porte la suscription suivante : « Droit constitutionnel. Demande. Privation du droit de vote 4.05.1925 ».

58

Cette année au moment du renouvellement des Soviets le Comité exécutif du canton [Volispolkom] de Oulou-Teliak nous a privés moi et ma famille du droit de vote, la raison étant que nous avons une entreprise, c’est-à-dire un moulin. Nous avons effectivement un moulin, mais il est comme un appoint dans notre exploitation. Le moulin à une seule meule travaille de 5 à 6 heures par jour, il moud pas plus de 10 pouds de blé par jour, tourne dans l’année 6 à 7 mois. À part cela nos biens comprennent ceci : une maison, une grange, une autre dépendance, un cheval, deux vaches, du menu bétail, et 5 déciatines de terre sont à notre disposition. Nous n’embauchons pas de journaliers bien que la famille comprenne six personnes dont une seule personne en état de travailler. Bref notre exploitation fait partie des exploitations moyennes et en nous ôtant le droit de vote à moi et aux membres de ma famille il me semble que le Comité exécutif du canton a mal agi.

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30.12.1924

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Zaïtsev Nikita

61

À la rédaction de la Krestianskaïa gazeta

62

Citoyen du village de Mikhailovskaïa du canton de Oulou-Teliak, canton d’Oufa de la République socialiste soviétique autonome d’Abkhazie.

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Demande

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Je vous prie de me répondre dans la Krestianskaïa gazeta si le Comité exécutif du canton de Oulou-Teliak avait le droit ou non de me priver moi et ma famille du droit de vote. Signé

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Zaïtsev (Zaïtsev Nikita)

66

[Réponse]

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Citoyen Zajcev

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Vous demandez s’il est juste de vous avoir privé du droit de vote au Soviet en tant que propriétaire d’un moulin.

69

Réponse : d’après l’article 65 de la Constitution de la rsfsr, en tant que propriétaire d’une entreprise, ayant des revenus ne provenant pas du travail, vous pouvez être classé parmi les personnes déchues de leur droit de vote [23][23] L’article 65 de la Constitution de 1918 stipulait que....

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Chef de la Consultation [24][24] Consultation juridique. (Dounaev)

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Adjoint du spécialiste des questions agraires (Préobajenski)

261 - vers 1925. Au Comité exécutif panrusse de la rsfsr Contre les impôts excessifs

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Archives nationales de l’histoire sociale et politique de Russie.

73

Le Comité exécutif panrusse des soviets était présidé (de 1919 à 1946) par M. Kalinine (1875-1946), d’origine paysanne. Cf. Werth, 1995, p. 233-243.

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rsfsr : République socialiste fédérative soviétique de Russie.

75

Nous citoyens soussignés de trous perdus, demandons l’examen de nos plaintes, concernant les impôts excessifs du territoire de Biélorussie et également de toutes nos questions douloureuses suivantes : nous citoyens, paysans pauvres, du district de Bobrouïsk, de la province de Minsk et de la région de Bobrouïsk, faisons appel aux organes suprêmes du pouvoir et en même temps à notre cher guide mondial, le camarade Trotski, comme sont parvenus à nos oreilles les paroles de Trotski à propos de notre pauvreté et du côté du vvk[25][25] Probablement Vserossiïski Voenny Komissariat, Commissariat... l’oubli des insurmontables impôts pour elle [26][26] i. e. « pour notre pauvreté »., nous paysans, agriculteurs déclarons ceci au Com[ité] ex[écutif] panr[usse], Pourquoi une telle inégalité dans notre Biélorussie d’un côté les impôts insurmontables et de l’autre les grands salaires de certains, et il faut porter tout cela sur notre dos, il y en a beaucoup qui en restant seulement assis à un bureau ramassent beaucoup d’argent. Moi, paysan j’ai apporté une vache à vendre pour payer les impôts, on me donne en tout 15 roubles, je passe au restaurant y sont assis des commandants avec des demoiselles et on nous dit qu’un repas coûte 20 roubles, d’après ce que l’on voit y en a qui gagnent facilement de l’argent. Moi j’ai élevé ma vache 5 ans et j’en reçois 15 roubles et ici pour un repas ils mangent plus que le prix d’une vache et il y a beaucoup de faits comme celui-là, dès que quelqu’un devient une légume, dès qu’il occupe un poste un peu important il gagne tout de suite 100-136 roubles par mois. Et voilà l’égalité et la fraternité. Moi, paysan je ramasse du bois dans la forêt un jour et ensuite je l’apporte en ville, mais les policiers me le confisquent, et voilà la justice, pas moyen de trouver de l’argent pour les impôts, il y a aucun travail complémentaire pour les paysans. Si tu veux entrer au syndicat, ils ne te prennent pas, chercher du travail t’en trouves pas, pour entrer à l’école [27][27] Il s’agit probablement de l’école du parti (cf. source... non plus, alors qu’un ouvrier en moins de deux est admis à l’école, mais lorsque c’est un paysan on lui dit qu’il est propriétaire, apprends par tes propres moyens, il n’y a aucun avantage pour le paysan, mais lorsque c’est un ouvrier on lui dit que comme ouvrier il a une expérience professionnelle tandis qu’un paysan n’a ni expérience ni rien du tout, parce que toute la république repose sur les épaules des paysans, s’il n’y avait pas les paysans les fabriques ne voudraient pas travailler sans pain et sans matières premières. Les paysans produisent le principal et nourrissent tous les travailleurs et fainéants, tout cela est sûrement ainsi établi par notre Congrès panrusse, c’est mon premier fait. Un paysan membre de l’Union des jeunes communistes léninistes [lksmp] est arrivé à l’école du parti du soviet de la région, on a vu que c’était un paysan et le directeur de l’école a dit, que t’es un paysan, tu n’as pas d’expérience professionnelle alors rentre chez toi, voilà un exemple de la façon qu’on juge les paysans. Et c’est ainsi où qu’on aille, on méprise partout les paysans et eux-mêmes n’ont pas conscience que s’il n’y avait pas de paysans, alors tous crèveraient de faim, c’est que l’ouvrier ne produit pas le pain pour lui, c’est le devoir des paysans pour toute la république, alors il faut un peu plus d’attention pour les paysans et non pour les ouvriers [28][28] La vie des ouvriers, en majorité d’origine paysanne,.... Regarde en ville, tous les clubs [29][29] Club : local de culture et de propagande, rattaché... sont beaux, il y a de bonnes salles de lecture, tout est bien aménagé mais regarde à la campagne il n’y a rien seulement l’arriération et la saleté, mais on prend plus du paysan que de quiconque et on s’organise en ville une bonne vie – et bah voilà l’égalité, on plume le paysan tant et plus.

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[quelques signatures illisibles]

262 - 18 février 1925. Comment aider les « frères paysans »

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Archives nationales de l’histoire sociale et politique de Russie.

78

Staline était le secrétaire général du Parti communiste de l’URSS.

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Suscription : « Archives. 17.05.25. Arrivée au Comité central N° 20075/c. 18.02.25 ».

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J’ai lu par hasard dans la « Krestianskaïa gazeta » vos propos sur la paysannerie que tu as dits à la conférence [30][30] Il s’agit probablement du discours du 22 octobre 1924....

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Je te salue au nom de toute la paysannerie et te suis très reconnaissant. Mais c’est impossible de se tourner vers la campagne [31][31] C’était le slogan de la nep, au milieu des années ... dans la situation, dans les circonstances existantes. Avec le pompage de l’impôt en nature il y a un tas de malentendus, un tas de conflits qui montent les paysans contre le pouvoir soviétique et le parti. Par exemple, le 8 février au canton de Bolchaïa Golitsynskaïa il y a eu une vente de bétail saisi pour l’impôt en nature. On prend aux paysans leur dernière vache, leur dernière brebis et on les envoie au marché. Une vache a crevé, on a enlevé les brebis aux agneaux et ça aigrit les paysans. J’ai de mes propres oreilles entendu maudire une centaine de fois le pouvoir soviétique, les communistes et Moscou. On dit qu’ils montent des trotteurs, conduisent des automobiles, mangent ce qu’ils veulent, et aux paysans on leur prend leur dernier bétail. Non, on dit, la vie est pire sous le pouvoir soviétique. On envoie une requête sur une épidémie du bétail – ça retient pas l’attention.

82

Il faut mettre fin à tout cela. Les paysans se traînent de nouveau aux pieds des fonctionnaires soviétiques, demandent, implorent, ont perdu toutes leurs forces, toute croyance en la Révolution et à une vie meilleure. Moi, par exemple, j’ai à grand peine terminé le 2e niveau, j’ai perdu ma vue à cause de mauvaises conditions et on ne me prend pas au Komsomol [32][32] Organisation de la jeunesse communiste.. Je suis vexé, je vais sciemment à cette organisation aider mes frères paysans arriérés. Puisqu’on ne m’a pas pris à l’Union des jeunes communistes léninistes [rlksm], alors envoyez-moi si possible la charte de l’Internationale paysanne [33][33] L’Internationale paysanne (Krestintern, abréviation... et les règlements pour savoir comment y adhérer. Je souhaite organiser les paysans de ma région, mais comment, je ne le sais pas. Mon choix est tombé sur l’Internationale paysanne, elle n’est pas encore connue dans notre district de Saransk et les paysans ne sont pas organisés. Je demande encore une fois, si c’est possible de m’envoyer la charte pour entrer comme membre de l’Internationale paysanne. Je ne le demande pas pour moi, mais pour la cause commune, pour mes chers frères paysans. Écrivez moi quelque chose en réponse. Le mieux serait que vous ayez avec moi chaque mois une correspondance, et je vous ferais part de beaucoup de choses sur la province de Penza, sur la paysannerie, sur ce milieu où je me trouve. Je suis un paysan de 18 ans.

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Écris et envoie la charte de l’Internationale paysanne à l’adresse suivante : village de Mamatovka, canton de Bolchaïa Galichtchenskaïa, district de Saransk, province de Penza. Mikhaïl Mikhaïlovitch Lachmanov.

263 - vers 1925. En quoi le pouvoir soviétique est-il différent de celui du tsar ?

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Archives nationales d’économie de Russie.

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Dites en quoi le pouvoir soviétique est différent du pouvoir du tsar, nous sommes des paysans et ne le savons pas, avant nous payions une seule redevance et rien d’autre mais maintenant nous payons un grand impôt direct et une quantité d’impôts indirects. Mais on nous dit et on écrit que le pouvoir soviétique est meilleur. Mais celui qui dit ça hélas c’est celui qui est au pouvoir et qui travaille de sa tête et non de ses mains pour se nourrir comme tout un chacun. Mais il est évidemment plus facile et plus rapide de pondre un décret sur la remise du blé que de travailler sans relâche 14 heures c’est pourquoi le pouvoir est le même et s’il changera alors ce n’est pas mieux pour les paysans, mais si nous les paysans nous ne donnons pas de blé aux gens oisifs et à tous les autres pareils alors ils mourront de faim ça c’est clair et net.

86

Mais les gens pour se nourrir plus facilement fuient la campagne pour les travaux faciles de la ville et du gouvernement, mais pour les paysans qui sont restés dans les champs c’est devenu de plus en plus difficile avec la diminution des travailleurs physiques et l’augmentation des intellectuels. Bien sûr l’instruction ne gêne pas la paysannerie, mais ce serait mieux si les ouvriers dirigeants et les paysans se nourrissaient de leur propre travail agricole.

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Mais le pouvoir soviétique a beau essayer de former la Russie soviétique voilà déjà six ans qu’elle est toujours aussi sale ignorante seules ses souffrances ont augmenté.

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paysan de 15 ans Alfeï Kitchilin demande de renvoyer le manuscrit s’il [biffé : n’est pas [lu]]

264 - 17 février 1925. Sur la propagande à la campagne

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Archives nationales d’histoire sociale et politique de Russie.

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Suscription : « Arrivée au Comité central N° 20467/c 23.02.25 17 février 25 ».

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Je suis un étudiant communiste mobilisé en tant que paysan pour travailler dans un village pendant l’hiver. Je m’occupe de la propagande dans le district de Nikolaïev, dans la province d’Odessa. Je voudrais vous faire part de quelques anomalies dans le travail du parti au village, qui doivent être éliminées sans tarder. Hier j’ai participé au plenum des cellules des villages de la région. J’ai fait un exposé sur les tâches immédiates du parti. À l’assemblée, camarade Staline, les communistes des villages étaient très remontés contre les communistes des villes. Ils déclaraient tout le temps : « En ville ils gagnent 150 roubles, et nous n’avons même pas 15 roubles » et autres choses du même genre. L’irritation est extrême, ça ne conduira à rien de bon, en outre c’est un phénomène général. J’ai visité beaucoup de villages et c’est partout pareil. Ensuite, la coupure de nos cellules d’avec la masse paysanne est inimaginable. Dans certains villages avant toute élection, la cellule s’entend sur la manière de flouer les paysans, tandis que ceux-ci s’entendent pour battre les candidats de la cellule et en fin de compte il y a deux camps ennemis. Le Komsomol n’a pas d’autorité à la campagne, parce que les membres de la cellule s’occupent de l’exécution de tâches administratives. Ils perquisitionnent les distillateurs clandestins, ils confisquent les biens des mauvais payeurs, procèdent à des arrestations, souvent sous la pression des présidents des soviets ruraux. Au Komsomol, on a besoin de militants, d’organisateurs intelligents, mais il n’y en a pas à la campagne. Ça serait pas un mal, camarade Staline, d’en retirer quelques uns des villes, où il y en a beaucoup qui traînent en gaspillant de l’argent pour rien. Et il est difficile de s’imaginer à quel point on a besoin de communistes politiquement instruits pour les organisations du parti à la campagne. Par exemple je dirige maintenant l’école du parti de la région au village et j’ai appris que je suis « instruit », c’est à dire que j’ai un certain bagage de connaissances, même les paysans sans parti viennent me trouver et me demandent de leur raconter quelque chose. Un jour ils m’ont demandé de leur faire un exposé sur le thème de la religion et de la science. Ce sont, camarade Staline, réellement des paysans sans parti. Mais leurs questions après mon exposé sont intéressantes : 1) comment expliquer l’origine des sexes, 2) comment expliquer la différence des couleurs des animaux et des oiseaux, l’énergie solaire va-t-elle suffire pour longtemps, etc… Imaginez ma situation de militant antireligieux, ne connaissant pas les bases des sciences naturelles ! Les paysans ont été satisfaits et en partant m’on dit en chœur merci ! Il faut encore, camarade Staline, porter une attention particulière à un autre point – l’envoi de militants à la campagne. Souvent on les envoie à la campagne comme en « exil » ou bien ce sont des bons à rien en ville. C’est vrai. J’ai souvent rencontré à la campagne, camarade Staline, des gens apeurés et pitoyables. Il s’est avéré que ce sont des envoyés des villes, mais il se trouve qu’ils sont « faibles » et la campagne les a « achevés ». Pour la campagne, il faut beaucoup de militants, et des meilleurs. Ne tardez pas, camarade Staline [34][34] Staline avait prononcé le 22 octobre 1924 un discours.... La campagne a tellement besoin de forces vives. Il est à noter que les paysans sont très mécontents du fait que notre gouvernement s’appelle ouvrier-paysan et non paysan-ouvrier.

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Avec mes salutations communistes. I. Kondrachov

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Bourg de Privolnoïe, district de Nikol., province d’Odessa

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17.02.25

265 - Vers 1925. Ce qu’a donné le pouvoir soviétique aux femmes paysannes

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Archives nationales d’économie de Russie.

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Sous le pouvoir de Nicolas [35][35] Nicolas II. la femme a vécu presque comme l’esclave de l’homme, on ne voyait nulle part les femmes elles n’étaient rien et on ne les prenait même pas pour un être humain, on disait l’oiseau n’est pas une bête et la paysanne n’est pas un être humain, un homme qui parfois ne valait pas sa femme disait je suis le maître de ma femme ce que je veux je le fais si je veux je l’aime si je veux je la tue, voilà comment les femmes ont vécu sous le pouvoir de Nicolas. Mais le pouvoir soviétique a porté son attention sur ceci que tous les gens sont pareils, que l’homme et la femme sont tous deux des êtres humains et il doit y avoir une égalité et je pense que le pouvoir soviétique a justement agi, par exemple aller à une réunion la femme ne le pouvait pas parce qu’elle n’en avait pas le droit, et si l’homme dupait la femme mais bien qu’elle soit intelligente, elle devenait stupide par la volonté du mari, mais maintenant la femme commence à aller aux réunions et partout, et elle travaille dans les administrations et elle gère les affaires pas plus mal que les hommes mais cependant nos hommes n’arrivent pas à s’habituer qu’elles puissent participer à des réunions ou qu’elles aient un emploi quelque part ils se moquent tous que vous devez pas traîner dehors mieux vaut rester à la maison et filer la laine, y a par exemple des familles où les vieux tiennent aux vieilles coutumes quand il y a une dispute les vieux disent dégage et va où tu veux je suis le chef ! On a cassé le nez à quelques uns, attends vieux tous sont tous égaux, toi et moi, ta part est égale et la femme et le petit enfant tous doivent partager également, mais ça ne plaît pas aux vieux, mais je pense tout de même le pouvoir soviétique a prévu l’égalité c’est juste et légal, mais y a tout de même des femmes arriérées d’aucune façon tu ne peux les convaincre elles s’entêtent, mais tout de même petit à petit les femmes commencent à prêter attention à ces faits et ont commencé à voir que ce qu’a fait le pouvoir soviétique pour les femmes est juste et les femmes ont commencé à vivre plus librement qu’avant, maintenant elle est bien libre, vit avec son mari, si c’est pas bien ils se séparent c’est la liberté des femmes.

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M. Polouboïarinova.

266 - Vers 1925. Un triste sort de paysanne

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Archives nationales d’économie de Russie.

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Chère rédaction. Camarades je voudrais vous raconter mon triste sort de paysanne. Je suis une pauvre femme totalement illettrée mes parents étaient des domestiques ils travaillaient seulement pour le barine, ils travaillaient jour et nuit et ne pouvaient pas le satisfaire il criait tout le temps que tout est mal va t’en avec ton isba de ma propriété et va au diable, non seulement le lopin mais même l’isba se trouvait dans une autre propriété voilà comment j’ai vécu chez mon père dans une très grande misère et on m’a donnée en mariage à un indigent comme moi il n’avait ni feu ni lieu il vivait toujours comme ouvrier chez le barine j’ai donné naissance à des enfants j’ai travaillé chez des gens, et en plus j’ai supporté tellement de malheur et de pauvreté mais le plus amer c’est que mon petit mari me frappait à sang je n’ai jamais eu aucune joie j’ai mis des enfants au monde ça a ajouté encore plus de soucis il faut les habiller les chausser et les nourrir mais où prendre les moyens et ainsi ma vie s’écoule tous mes enfants sont pieds-nus sans vêtements gelés et affamés et voilà maintenant mon tyran de mari est mort il me reste deux enfants que dois-je faire où aller alors que l’hiver arrive, et je dois geler avec mes enfants c’est que je n’ai pas d’isba, pas de cheval, ni de vache, en un mot rien du tout que faire personne ne m’aide ne me protége et bien que j’aie tout ce temps vécu et vis dans la pauvreté que j’ai courbé mon dos pour le barine et maintenant voilà le pouvoir soviétique et c’est la même chose je vis de la même manière qu’avant combien de fois je me suis tournée vers le soviet vers le comité d’entraide mais partout je reçois la même réponse que vous êtes beaucoup et on a rien à vous proposer, [c’est que viendra bientôt – barré] et vous nous racontez tous des histoires et ce sont toujours les mêmes mots, et en réalité on ne voit pas comment nous vivons dans le besoin et y mourrons, mais les koulaks [36][36] Voir source 269, note 2. continuent à bien vivre où est donc la vérité où est la protection des pauvres miséreux paysans je vous demande de publier mon article à la rédaction de la Krestianskaïa gazeta qu’ils sachent comment je vis et m’afflige Chevtsova Fedora paysanne illettrée…

267 - Vers 1925. À propos de la liberté de conscience

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Archives nationales d’économie de Russie.

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En tant qu’abonné je prie de me dire si l’on a agi justement avec moi en me privant du droit de vote au renouvellement du soviet rural cause que je suis Évangéliste [37][37] Les chrétiens évangélistes (et d’autres courants protestants)... et ils exigent pour cela douze roubles. Selon moi ce n’est pas la liberté de conscience mais une pression je ne suis pas prêtre [38][38] L’article 65 de la Constitution de 1918 stipulait que... mais un simple chrétien évangéliste de plus je joins mon certificat de travail comme policier rural. Si du centre [39][39] C’est-à-dire du pouvoir central (à Moscou). il y a une instruction pour percevoir de l’argent de gens comme moi je paierai sans rouspéter. Dans le cas contraire je demande qu’on me défende comme citoyen honnête sachez qu’ici y a pas que moi comme injustice criante dites moi vite Si je dénonce ceux qui passent les bornes est-ce que je serai protégé. Sachez que chez nous il y a de quoi dire. Vous demandez d’écrire sur la vie de la campagne [40][40] Les journaux demandaient aux lecteurs, dont certains... je dirai brièvement sur la base de la dissolution des mariages il y a beaucoup de femmes libres abandonnées l’auxiliaire médecin est préoccupé par les infections sexuelles et il y en a beaucoup pour la noël un orchestre est venu de la ville deux fois il y a eu du cinéma public. La bibliothèque rurale fonctionne nous recevons régulièrement les journaux la production clandestine d’alcool se développe le combat est mené mais les combattants trébuchent souvent mais tout de même ils font peur aux distillateurs clandestins [41][41] Cf. Neil Weissman, « Prohibition and Alcohol Control... on peut encore écrire beaucoup de choses mais pour l’instant ça suffit.

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Dimitri Iv. Khoriakov, mon pseudonyme sera Zaria [l’aube]

268 - Vers 1925. Questions posées par les paysans lors du renouvellement des soviets ruraux

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(district de Volokolamsk, province de Moscou, canton de Chakhovskaïa)

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Archives nationales d’histoire sociale et politique de Russie.

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1. Le pouvoir soviétique a beaucoup donné aux ouvriers – aux paysans rien.

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2. Ce ne sont pas les ouvriers qui ont fait la révolution, mais les paysans.

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3. Dans la révolution, il ne faut pas miser sur les ouvriers mais sur les paysans, sinon les paysans feront la guerre contre les ouvriers [42][42] Ces déclarations vont à l’encontre de la politique....

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4. Vous vous taisez à propos des impôts indirects, pourtant ils étouffent les paysans. Les ouvriers ne veulent pas travailler plus de huit heures.

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5. Donnez la liberté du commerce avec l’étranger aussi.

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6. Union des paysans.

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7. Il y a beaucoup d’ouvriers au chômage mais pas au Parti communiste.

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8. Donnez la liberté de presse.

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9. Tous nos impôts en nature vont aux appointements des communistes.

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10. À bas les communistes des Soviets (c’est le président du soviet rural du village de Gorki qui a lancé ce slogan et il a été soutenu par trois paysans seulement).

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12. Il faut augmenter la représentation des paysans dans les Congrès [du Parti], sinon nous l’exigerons, si vous avez peur.

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13. Trotski voulait libérer les paysans des impôts et vous l’avez arrêté [44][44] En janvier 1925, Trotski perd le commissariat à la.... Il voulait admettre [les paysans] au Parti mais vous craignez cela.

118

14. Les communistes boivent du vin, donnez nous de la vodka [45][45] La prohibition de l’acool, décrétée au début de la....

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15. Pourquoi nous sommes affamés et Rykov [46][46] Rykov (1881- fusillé en 1938), succéda à Lénine à la... donne des bals.

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Ces informations ont été reçues par la rédaction de Bednota[47][47] Journal (« Le paysan pauvre »), édité par le Comité... de la part de S. P. Gretchkin, délégué du Comité de Moscou du Parti communiste pour les élections de la province de Moscou.

269 - 29 mars 1925. Au camarade Molotov. Ce dont parlent les lettres des paysans

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(À propos des tâches immédiates du Parti à la campagne)

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Archives nationales d’histoire sociale et politique de Russie.

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V. Molotov (1890-1986) ; en 1921-1930, secrétaire du Comité central du Parti.

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La Krestianskaïa gazeta reçoit à elle seule ces derniers temps en moyenne pas moins de 1000 lettres par jour. D’après les renseignements (approximatifs) de la section des correspondants ruraux de la Krestianskaïa gazeta, d’autres journaux centraux et institutions reçoivent quotidiennement en moyenne près de 2000 lettres de paysans. Au total on arrive à un chiffre très important, et cela seulement pour Moscou. Il n’y a pas de données exactes sur les expéditeurs, mais en général on peut constater que les lettres viennent de tous les coins de l’Union soviétique.

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En examinant les lettres des paysans reçues à la Krestianskaïa gazeta, d’après leurs principaux groupes, on remarque tout de suite qu’elles concernent en général (de février à mars) les questions :

  1. fiscales (plaintes sur le poids des impôts, demande d’exonérations, erreurs de perception, etc)

  2. sur le pouvoir local,

  3. sur les mœurs, et

  4. l’aménagement foncier et la coopération.

Dans presque toutes les lettres il y a beaucoup de considérations générales, d’irritation, de franches injures, mais il y a aussi des propositions pratiques. Dans les grandes lignes ces propositions se résument à peu près à ceci :

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1. Les impôts. L’impôt doit être baissé. La campagne doit connaître le taux d’imposition beaucoup plus tôt, dès le printemps. Les délais doivent être fixes et ne doivent pas changer. Seule la terre doit être taxée et non le bétail, l’outillage et les bâtiments. Les amendes et indemnités de retard doivent être exigées seulement des riches et des mauvais payeurs avérés. Aucun autre impôt supplémentaire. Pour la cotisation et les dons à l’Association volontaire d’aide à l’industrie chimique [Dobrochim], à l’Association des amis de la flotte aérienne [odvf] [48][48] Associations paramilitaires, fondées respectivement... etc, il ne doit pas y avoir de pression etc. Moins de perquisitions.

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2. Le pouvoir local. Les membres des soviets ruraux et des comités exécutifs de canton doivent être du pays et élus librement. Nommer quelqu’un de la ville ne devrait se faire que dans les cas où la population locale n’y est pas opposée et ne peut désigner un candidat parmi elle. Les soviets ruraux et les comités exécutifs de canton doivent avoir le droit de fixer de manière indépendante les catégories de rendement, les avantages et les réductions d’impôt. L’impôt local doit servir à la réparation des routes, des ponts, des écoles et des hôpitaux etc. Les soviets ruraux et les comités exécutifs de canton doivent rendre compte de leur travail aux assemblées rurales et se démettre des leurs fonctions si leur activité est estimée insatisfaisante. Tous les certificats et documents doivent être fournis gratuitement et sans lenteurs administratives. Les concussionnaires et les voleurs doivent être soumis à un tribunal public avec une large participation des assesseurs paysans.

128

3. Les questions morales. Il faut expliquer, qui convient-il d’appeler koulak, paysan moyen et paysan pauvre ? Dans les régions où il y a beaucoup de terres libres, pour qu’elle soit cultivée, il ne faut pas traiter le propriétaire de koulak [49][49] Koulak : paysan « riche ». Un des critères suivants..., même s’il emploie un salarié agricole, mais travaille avec lui et ne mène pas une grande vie. Les travailleurs saisonniers agricoles (journaliers) doivent être libérés des cotisations obligatoires pour le syndicat et l’assurance. Les communes qui louent un berger pour garder leur bétail ne doivent pas non plus payer ces cotisations.

129

Des mesures doivent être prises pour qu’il y ait moins de partages dans les familles et pour que les exploitations agricoles soient plus grandes.

130

Il faut faire quelque chose pour que les jeunes (komsomols et futurs conscrits) prennent un peu tout en compte l’autorité des plus âgés et ne les « engueulent » pas à propos de tout et de rien, et surtout qu’ils ne ridiculisent pas les croyants.

131

Il y a une proposition tout à fait originale des paysans de l’Oural de leur accorder les mêmes droits que ceux des ouvriers de leur région (Tioumen) c’est-à-dire d’imposer seulement les exploitations dont le revenu global annuel dépasse celui d’un ouvrier moyen.

132

4. L’aménagement foncier. Les travaux d’aménagement foncier doivent être ou bien gratuits ou bien moins chers, il faut promulguer une loi obligeant les paysans de la région des steppes à effectuer chaque année des plantations d’arbres et l’administration agraire à donner des plants. L’État doit aider les colons, au moins dans les limites de l’avant-guerre. Il faut la promulgation d’une loi sur le transfert rapide des forêts d’intérêt local aux paysans et sur leur exploitation.

133

Les sovkhozes [50][50] Exploitations agricoles d’État (avec des ouvriers salariés),... qui n’apportent aucun profit à la population, mais qui seulement énervent les paysans par leur incurie et leurs manières d’exploiteurs doivent être liquidés en transférant la terre aux paysans : et le plus vite sera le mieux.

134

5. La coopération. Les directions des coopératives doivent être librement élues par les propriétaires et répondre devant eux de leur travail. La direction, sans raison particulière, ne doit pas changer durant deux ans. La coopérative doit vendre moins cher que les commerçants privés. Le taux des prêts ne doit pas être supérieur à celui d’avant-guerre et doit être confirmé par une assemblée générale des membres de la coopérative. Les conseils d’administration des coopératives ne doivent pas répondre de l’activité des syndicats, même si ils en sont membres. La coopérative doit travailler pour l’intérêt de ses membres et parvenir à ce que les prix des produits issus de l’agriculture et de l’industrie des villes soient avantageux pour les paysans.

135

29.03.1925


Bibliographie analytique

  • Cette bibliographie analytique permettra de replacer les problèmes évoqués par les paysans dans le contexte de l’histoire de la paysannerie russe et soviétique : elle se limite aux ouvrages en français, anglais et allemand, s’arrête à la fin des années 1920, donc avant la collectivisation, qui à elle seule pourrait faire l’objet d’un travail semblable, et ne prétend pas à l’exhaustivité.
  • I – Études générales (fin xixe-années 1920)

    • (Économie, politique, sociologie)
    • Bensidoun, Sylvain, L’Agitation paysanne en Russie de 1881 à 1902 : étude comparative entre le tchernozem central et la nouvelle Russie, préface de Pierre Pascal. Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1975, x-482 p., ill.
    • Burbank, Jane, Russian Peasants go to court : Legal Culture in the Countryside, 1905-1917, Bloomington, Indiana University Press, 2004, xxi-374 p., ill.
    • Burds, Jeffrey, Peasant Dreams & Market Politics : Labor Migration and the Russian Village, 1861-1905, Pittsburgh, University of Pittsburgh Press, 1998, xix-314 p., ill.
    • Edelman Robert, Proletarian Peasants. The Revolution of 1905 in Russian Southwest, Ithaca ; London, Cornell University Press, 1987, 195 p.
    • Eklof, Ben, « ‘Ways of Seeing’ : Recent Anglo-American Studies of the Russian Peasant (1861-1914) », Jahrbücher für Geschichte Osteuropas, 36 (1), 1988, p. 57-79 ;
      —, Russian Peasant Schools : Officialdom, Village Culture, and Popular Pedagogy 1861-1914, Berkeley, Los Angeles, London, University of California Press, 1990, xiii-652 p. ;
      —, et Frank, Stephen, (éd.), The World of the Russian Peasant : Post-Emancipation Culture and Society, Boston, London, Sydney, U. Hyman, 1990, vi-234 p., ill.
    • Frank, Stephen P., Crime, Cultural Conflict, and Justice in Rural Russia, 1856-1914, Berkeley, Los Angeles, London, Univ. of California Press, 1999, xxii-352 p. ;
      —, et Steinberg, Mark D., (éd.), Cultures in Flux. Lower-class Values, Practices and Resistance in Late Imperial Russia, Princeton University Press, 1994, vi-214 p.
    • Gaudin, Corinne, Ruling Peasants : Village and State in Late Imperial Russia, DeKalb, Northern Illinois University Press, 2007, x-271 p.
    • Haimson, Leopold H., (éd.), The Politics of Rural Russia : 1905-1914, Bloomington, London, Indiana University Press, 1979, x-309 p.
    • Kerblay, Basile, « A. V. ?ajanov : un carrefour dans l’évolution de la pensée agraire en Russie de 1908 à 1930 », Cahiers du Monde russe et soviétique, 5 (4), 1964, p. 411-460.
    • Kingston-Mann, Esther, et Timothy, Mixter, Peasant Economy, Culture and Politics of European Russia, 1800-1921, Princeton, Princeton University Press, 1991, xviii-443 p., ill.
    • Kotsonis, Yanni, Making Peasants backward : Agricultural Cooperatives and the Agrarian Question in Russia, 1861-1914, London, Macmillan ; New York, St. Martin’s Press, 1999, x-245 p.
    • Kovalevsky, W. de (dir.), La Russie à la fin du xixe siècle, Paris, P. Dupont, 1900, xx-990 p. [Exposition internationale. Paris. 1900]
    • Krukones, James H., To the People : the Russian Government and the Newspaper Sel’skii vestnick (Village herald), 1881-1917, New York, London, Garland, 1987, ix-279 p., ill.
    • Pallot, Judith, (éd.), Transforming Peasants : Society, State and the Peasantry, 1861-1930 : selected papers from the Fifth World Congress of Central and East European Studies, New York, St. Martin’s Press, 1998, xix-264 p., ill.
    • Pascal, Pierre, « Le paysan dans l’histoire de la Russie », Revue historique, t. 173, 1934, p. 32-79.
    • Robinson, G. T., Rural Russia in the Old Regime. A History of the Landlord-Peasant World and a Prologue to the Peasant Revolution of 1917, London, Allen & Unwin, 1932, x-342 p.
    • Rustemeyer, A., et Siebert, D., Alltagsgeschichte des unteren Schichten im russischen Reich (1861-1914). Kommentierte Bibliographie zeitgenössischer Titel und Bericht über die Forschung, Stuttgart, Franz Steiner Verlag, 1997, 279 p., + disquette.
    • Shanin, Theodor, The Awkward Class. Political Sociology of Peasantry in a Developing Society : Russia 1910-1925, Oxford, Clarendon Press, 1972, xviii-253 p.
    • Stanziani, Alessandro, L’Économie en révolution. Le cas russe, 1870-1930, Paris, Albin Michel, 1998, 522 p.
    • Tchayanov, Alexandre, L’Organisation de l’économie paysanne, trad. d’Alexis Berelowitch, préface de Daniel Thorner, postface de Basile Kerblay. Paris, Librairie du Regard, 1990, 344 p. ;
      —, « À propos de l’organisation du crédit rural », Économie rurale, 10, 1998, p. 3-10.
    • Viola Lynne, « Les paysans de 1917 à nos jours », in Dreyfus, Michel, Groppo, Bruno, Ingerflom, Sergio Claudio, et al., (dir.), Le Siècle des communismes, Paris, L’Atelier, 2000, p. 165-172. (rééd. Seuil (Points), 2004).
    • Williams Stephen F., Liberal Reform in an illiberal Regime : the Creation of Private Property in Russia, 1906-1915, Stanford, Calif., Hoover Institution Press, Stanford University, 2006, xii-320 p., ill.
    • Yermoloff, A., La Russie agricole devant la crise agraire, Paris, Hachette, 1907, 349 p.
  • II - La paysannerie après la révolution bolchevique (années 1920)

    • Armand, M., et Aymard, M., « Le village soviétique. Bibliographie sélective en langues occidentales », Archives internationales de sociologie de la coopération et du développement, 36, 1974, p. 149-194.
    • Berelowitch, Wladimir, « L’ancien et le nouveau. La vie du village russe pendant la nep dans les monographies soviétiques de l’époque », Cahiers du monde russe et soviétique, xxiv, 4, 1983, p. 369-410.
    • Bettelheim, Charles, Les Luttes de classes en URSS, 2e période, 1923-1930, Paris, Seuil/Maspero, 1977, 606 p.
    • Boukharine, Nicolaï, La Question paysanne, Paris, Librairie de l’Humanité, 1925, 40 p.
    • Channon, John. « Tsarist Landowners after the Revolution: Former Pomeshchiki in Rural Russia during nep », Soviet Studies, 39, 1987, p. 575-598.
    • Conquest, Robert, Sanglantes moisson. La collectivisation des terres en URSS, in Id., La Grande terreur, Paris, Robert Laffont (Bouquins), 1995, p. 1-372.
    • Crisenoy, Chantal de, Lénine face aux moujiks, Paris, Seuil, 1978, 380 p.
    • Danilov, Viktor P., Rural Russia Under the New Regime, translated by Orlando Figes, Bloomington, Indiana University Press, 1988, 351 p.
    • Figes, Orlando, Peasant Russia, Civil War : the Volga Countryside in Revolution, 1917-1921, London, Phoenix press, 2001, xiv-400 p.
    • Fiztpatrick, Sheila, Stalin’s peasants : resistance and survival in the Russian village after collectivization, New York, Oxford University Press, 1996, xx-386 p. ;
      —, Le Stalinisme au quotidien (La Russie soviétique dans les années trente), tr. de l’américain et du russe par J.-P. Ricard et Fr.-X. Nérard, Paris, Flammarion, 2002.
    • Grosskopf, S., L’Alliance ouvrière et paysanne en URSS (1921-1928). Le problème du blé, Paris, Maspero, 1976, 460 p.
    • Heinzen, James W., Inventing a Soviet Countryside : State Power and the Transformation of Rural Russia, 1917-1929, Pittsburg, University of Pittsburgh Press, 2004, x-297 p.
    • Hoffman, David L., Peasant Metropolis : Social Identities in Moscou, 1929-1941, Ithaca, Cornwell University Press, 1994, xiii-282 p., ill.
    • Kamenev, L., Préobajensky, E., et Boukharine, N., La Question paysanne en URSS (1924-1929), présenté par M. Fichelson et A. Derischebourg, Paris, Maspero, 1973, 265 p.
    • Kremniov, I. [Tchayanov, A.], Voyage de mon frère Alexis au pays de l’utopie paysanne [1920], tr., notes et postface de Michel Niqueux, Lausanne, L’Age d’homme, 1976, 142 p.
    • Lewin, Moshe, La Paysannerie et le pouvoir soviétique. 1928-1930, Paris, La Haye, Mouton, 1966, 480 p. ;
      —, « Who Was the Soviet Kulak? », Soviet Studies, 18, 2, 1966-67, p. 189-212.
    • Linhart, R., Lénine, les paysans, Taylor (Essai d’analyse matérialiste historique sur la naissance du système productif soviétique), Paris, Seuil, 1976, 172 p.
    • Siebert, Diana, Bäuerliche Alltagsstrategien in der belarussischen SSR (1921-1941): die Zerstörung patriarchalischer Familienwirtschaft, Stuttgart, Steiner, 1998, 414 p., ill.
    • Smith, R. E. F., (éd.), The Russian Peasant 1920 and 1984, The Journal of Peasant Studies, 1976, 4 (1).
    • Sumpf, Alexandre, « Les ‘forces culturelles locales’ : histoire du malentendu entre les bolcheviks et les campagnes dans les années 1920 », Le Mouvement social, 219-220, 2007 (2-3), p. 169-194.
    • Van Regemorter, Jean-Louis, L’Insurrection paysanne de la région de Tambov : luttes agraires et ordre bolchevik, 1919-1921. Documents traduits du russe et précédés par Le concept d’une révolution paysanne unique de 1902 à 1922, édition annotée par Régis Gayraud, Paris, Ressouvenances, 2000, 210 p.
    • Viola, Lynne, « The Peasant Nightmare. Visions of Apocalypse in the Soviet Countryside », Journal of Modern History, 62, 4, 1990, p. 747-770 ;
      —, The War against the peasantry, 1927-1930 : the tragedy of the Soviet countryside, New Haven, Yale University Press, xx-427 p.
    • Wehner, Markus, Bauernpolitik im proletarischen Staat : die Bauernfrage als zentrales Problem der sowjetischen Innenpolitik 1921-1928, Köln, Böhlau Verlag, 1998, x-436 p., ill.
    • Werth, Nicolas, La Vie quotidienne des paysans russes de la révolution à la collectivisation, Paris, Hachette, 1984, 410 p., ill.
  • III - La commune rurale

    • Atkinson, Dorothy, The End of the Russian Land Commune, 1905-1930, Stanford University Press, 1983, xii-457 p.
    • Bartlett, Roger P., (éd), Land Commune and Peasant Community in Russia. Communal Forms in Imperial and Early Soviet Society, London, Macmillan, School of Slavonic and East European studies, University of London, 1990, xv-435 p., ill.
    • Grant, Steven A., « Obshchina and Mir », Slavic Review, 35 (4), 1976, p. 636-651.
    • Macey, David A. J., Government and Peasant in Russia. 1861-1906 : the Prehistory of the Stolypin Reforms, DeKalb, Northern Illinois Univ. Press, 1987, xviii-380 p.
    • Male, D. J., « The Village Community in the USSR, 1925-1930 », Soviet Studies, 14, 3, 1962-63, p. 225-248 ;
      —, Russian Peasant Organization before Collectivization : A Study of Commune and Gathering, 1925-1930, Cambridge, England, 1971.
    • Millar, J. R. (éd.), The Soviet Rural Community, Urbana, Universitet of Illinois, 1971, 420 p.
    • Mironov, Boris, « The Russian Peasant Commune after the Reforms of the 1860s », Slavic Review, 44 (3), 1985, p. 438-467.
    • Mokeevsky, A. de, « La réforme agraire en Russie », Revue des deux mondes, vii, 1912, p. 419-444.
    • Pascal, P., « La commune paysanne après la révolution », in Stoliaroff, I., Un Village russe, Paris, Plon, 1992, p. 321-335.
    • Taniuchi, Y., The Village Gathering in Russia in the Mid-1920’s, Birmingham, 1968.
  • IV - La famille et la condition féminine

    • Chasles, R., « La famille paysanne russe d’après le droit coutumier », Revue des Études slaves, 1 (3-4), 1921, p. 250-260.
    • Engel, Barbara, « Peasant Morality and Pre-marital Relations in Late Nineteenth-Century Russia », Journal of Social History, 23 (4), 1990, p. 695-714 ;
      —, Between the Fields and the City : Women, Work, and Family in Russia. 1861-1914, New York, 1994, xi-250 p., ill.
    • Farnsworth, Beatrice, et Viola, Lynne, (éd.), Russian Peasant Women, Oxford, Oxford University Press, 1992, 304 p.
    • Worobec, Christine D., Peasant Russia : Family and Community in the Post-Emancipation Period, Princeton University Press, 1991, xiv-257 p.
  • V – Études ethnographiques

    • Conte, Francis, L’Héritage païen de la Russie. Le paysan et son univers symbolique, Paris, Albin Michel, 1997, 426 p.
    • Ethnologie française, t. xxvi (4), 1996 : numéro spécial sur la Russie (« Paroles russes »)
    • Gruel-Apert, Lise, La Tradition orale russe, Paris, puf, 1995, 300 p., ill.
    • Kerblay, Basile, L’Isba hier et aujourd’hui, Lausanne, L’Âge d’homme, 1973, 248 p., ill. ;
      —, Du Mir aux agrovilles, Paris, Institut d’études slaves, 1985, 422 p. [Recueil d’articles ; cf. bibliographie des travaux de B. Kerblay sur la campagne russe et soviétique à l’adresse : http:// cercec. ehess. fr/ document. php? id= 378]
    • Mead, Margaret, Rickman, John, et Gorer, Geoffrey, Russian Culture, New York, Berghahn Books, 2001, xx-324 p.
    • Netting, Anthony, « Images and Ideas in Russian Peasant Art », Slavic Review, 35 (1), 1976, p. 48-68, ill.
    • Pascal, Pierre, Civilisation paysanne en Russie, Lausanne, L’Âge d’homme, 1969, 140 p.
    • Propp, Vladimir, Les Fêtes agraires russes, Paris, Maisonneuve & Larose, 1987, 158 p.
    • Roty, Martine, Mariages paysans en Russie, aux xixe et xxe siècle : terminologie et symbolique, Paris, Institut d’études slaves, 2005, 348 p., ill.
    • Russkie. Istoriko-ètnograficheskij atlas. Zemledelie. Krest’janskoe Zhilishche. Krestjanskaja odezhda (seredina xix-nachalo xx v.) [Les Russes. Atlas ethnographique historique. L’agriculture. L’habitation paysanne. Le vêtement paysan (milieu du xixe–début du xxe siècle], Moscou, Nauka, 1967, 360 p., ill.
    • Siniavski, André, Ivan le Simple. Paganisme, magie et religion du peuple russe, Paris, Albin Michel, 1990, 438 p.
    • Smith, R. E. F., Bread and Salt: A Social and Economic History of Food and Drink in Russia, Cambridge, 1984, 362 p.
    • Sokolov, Iouri, Le Folklore russe, Paris, Payot, 1945, 388 p.
  • VI – Religion populaire

    • Chulos, Chris J., Converging Worlds. Religion and Community in Peasant Russia, 1861-1917, DeKalb, Northern Illinois University Press, 2003, 202 p.
    • Evdokimov, Michel, Pèlerins russes et vagabonds mystiques, Paris, Cerf, 2004, 208 p.
    • Heller, Leonid, et Niqueux, Michel, Histoire de l’utopie en Russie. Paris, puf, 1995, 296 p. [chap. II : « L’utopisme populaire, xviie-xxe siècles »]
    • Ivanits, Linda J., Russian Folk Belief, New York, Armonk, 1989, xiv-257 p.
    • Leroy-Beaulieu, Anatole, L’Empire des tsars et les Russes. Le pays et les habitants. Les institutions. La religion, Paris, Laffont (Bouquins), 1990, 1392 p.
    • Lewin, Moshe, « La religion populaire dans la Russie du xxe siècle », in Id., La Formation du système soviétique. Essais sur l’histoire sociale de la Russie dans l’entre-deux guerres, trad. de l’anglais par Pierre-Emmanuel Dauzat, Paris, Gallimard, 1987, p. 82-101.
    • Niqueux, Michel (dir.), Vieux-croyants et sectes russes du xviie s. à nos jours, Revue des études slaves, t. lxix (1997), fasc. 1-2.
    • Pascal, Pierre, La Religion du peuple russe, Lausanne, L’Âge d’homme, 1973, 156 p.
    • Traedgold, Donald W. «The Peasant and Religion», in Vucinich, W. (éd), The Peasant in xix Century Russia. Stanford University Press, 1968, p. 72-107.
  • VII – Mémoires, lettres, rapports

    • Belliustin, I. S., Description of the Clergy in Rural Russia : the Memoir of a nineteenth-century Parish Priest, translated with an interpretive essay by Gregory L. Freeze, Ithaca, Cornell University Press, 1985, 214 p.
    • Danilov, V. P., et Berelowitch, A., « Les documents des vtchk-ogpu-nkvd sur la campagne soviétique, 1918-1937 », Cahiers du monde russe, 35, 1994, p. 633-682.
    • Engelgardt, A. N., Lettres de la campagne, 1872-1887, extraits traduits par B. Kerblay in Portal, R. (éd.), Le Statut des paysans libérés du servage, Mouton, 1963, p. 267-310, repris in Kerblay, 1985, p. 27-70.
    • Khokhlov, G., Le Voyage de trois cosaques de l’Oural au Royaume des Eaux-Blanches, préface de V. Korolenko, présentation, traduction et notes de Michel Niqueux, Paris, L’Inventaire, 1996, 206 p.
    • Labry, Raoul, Autour du moujik, Paris, Payot, 1923, 266 p.
    • Memoirs of Peasant Tolstoyans in Soviet Russia, translated, edited, and with an introduction by William Edgerton, Bloomington, Indiana University Press, 1993, xxviii-264 p., ill.
    • Miglioli, Guido, Le Village soviétique, Paris, Librairie du Travail, 1927, 190 p. [vision idyllique]
    • Nérard, François-Xavier, 5% de vérité. La dénonciation dans l’urss de Staline, Paris, Tallandier, 2004.
    • Nous autres paysans. Lettres aux Soviets, 1925-1931, introduction, notes et trad. d’Hélène Mondon, Paris, Verdier, 2005, 150 p.
    • Revuz, Christine, Ivan Ivanovitch écrit à la Pravda, Paris, Éd Sociales, 1980.
    • Archimandrite Spiridon, Mes missions en Sibérie, tr. et introduction de Pierre Pascal, Paris, Cerf, 1968, 164 p.
    • Stoliaroff, Ivan, Un Village russe, Paris, Plon, 1992, 438 p., ill. [suivi de quatre témoignages (négociant, médecin, prêtre, secrétaire de tribunal), de quatre études de P. Pascal, d’un index des thèmes, d’un glossaire]
    • Werth, Nicolas, « ‘Cher Kalinouchka…’ Lettres paysannes à Kalinine, 1930 », in De Russie et d’ailleurs. Mélanges Marc Ferro, Paris, Institut d’études slaves, 1995, p. 233-243 ;
      —, « Le pouvoir soviétique et la paysannerie dans les rapports de la police politique, 1918-1929 », Bulletin de l’Institut d’histoire du temps présent, n° 78 (second semestre 2001), 200 p. (disponible à l’adresse : http:// www. ihtp. cnrs. fr/ spip. php? rubrique84) ;
      —, et Moullec, Gaël, Rapports secrets soviétiques, 1921-1991, Paris, Gallimard, 1994 [p. 95-112, rapports du gpu sur l’état d’esprit des paysans en 1922-1925].
    • Yokoyama, Olga T., Russian Peasant Letters, Wiesbaden, Harrasowitz, 2007, 2 vol., 984 p., 350 ill. [époque d’Alexandre III]
  • VIII – Le paysan dans la littérature et l’art

    • Donskov, A., « The Peasant in Tolstoi’s Thought and Writing », Canadian Slavonic Papers, 21, 2, 1979, p. 183-197.
    • Fanger, D., « The Peasant in Literature », in Vucinich, Wayne S., (ed), The Peasant in Nineteenth-Century Russia, Stanford 1968, p. 231-262.
    • Frierson, Cathy A., Peasant Icons. Representations of Rural People in Late Nineteenth-Century Russia, Oxford University Press, 1993, 248 p.
    • Klytchkov, Sergueï, Le Livre de la Vie et de la Mort, tr. et présentation de Michel Niqueux, Lausanne, L’Âge d’homme, 1981, 272 p.
    • Jurgenson, L., (dir.), Tolstoï et les paysans, Paris, Institut d’études slaves, 2006, 106 p., ill. (= Cahiers Léon Tolstoï n° 16).
    • The World of the Peasantry in Russian Art, Saint-Pétersbourg, Palace Editions, 2005, 279 p., ill. [Catalogue de l’exposition présentée au Musée national russe de Saint-Pétersbourg en 2005]

Notes

[*]

Respectivement étudiante de Master (Département d’études slaves, Université de Caen, crislapituca@ yahoo. fr) et Professeur à l’Université de Caen (michel. niqueux@ unicaen. fr).

Le choix des lettres, la bibliographie annexe et les notes ont été réalisés par Michel Niqueux ; la traduction des lettres (à l’exception des lettres 4 et 14) a été effectuée par Christine de Armengol et revue par Michel Niqueux, dans le cadre d’un mémoire de Master. La présentation a été remaniée et augmentée par Michel Niqueux.

[1]

Nous autres paysans…, 2005 [vii].

[2]

Fitzpatrick, 2002 [ii].

[3]

Pour les années 1970 : Revuz, 1980 [vii].

[4]

Nérard, 2004 [vii].

[5]

Pravda, 6 janvier 1974.

[6]

Par le « manifeste du 17 octobre » 1905, le tsar Nicolas II octroyait les libertés civiques fondamentales (liberté individuelle, libertés de conscience, de parole, de réunion et d’association) et annonçait l’élection d’un Parlement (Douma) investi du pouvoir législatif (texte complet du manifeste in D. Colas, Les Constitutions de l’urss et de la Russie (1905-1993), Paris, puf (« Que sais-je ? »), 1997, p. 30-31). L’autocratie devenait une monarchie constitutionnelle (Cf. Marc Seftel, « Le manifeste du 17 octobre et son rôle dans l’évolution constitutionnelle de l’Empire » in F.-X. Coquin, C. Gervais-Francelle, op. cit., p. 13-30). Le préambule reprend les termes du manifeste.

[7]

Ce rejet du travail salarié était très répandu, et défendu notamment par Léon Tolstoï (cf. M. Niqueux, « Tu pétriras ton pain à la sueur de ton front. Tolstoï et Le triomphe du cultivateur de T. Bondarev », Cahiers Léon Tolstoï 17 (Tolstoï et les paysans), 2006, p. 93-105.

[8]

Il s’agit des indemnités qu’après l’abolition du servage (1861) les paysans devaient payer à leurs anciens propriétaires pour les dédommager des terres qu’ils leur octroyaient. Le 3 novembre 1905 un manifeste annonça l’effacement de la dette pour le 1er janvier 1907.

[9]

Fondée après les décrets du 18 février 1905 sur la liberté d’association, l’Union paysanne panrusse comptait à la fin de l’année au moins 200 000 membres. Elle était animée par des socialistes-révolutionnaires, plus proches des revendications égalitaristes paysannes que les bolcheviks, partisans de la nationalisation et de la collectivisation. Son programme correspondait aux revendications qui sont exposées ici (cf. le tableau des revendications de l’Union paysanne en novembre-décembre 1905 in Crisenoy, 1978, p. 177 [ii]). Ici, il s’agit visiblement d’une réunion organisée et d’une pétition rédigée par des propagandistes de cette Union (cf. les souvenirs de Stoliaroff, 1992, p. 193-200 [vii]). L’Union paysanne fut interdite fin 1906.

[10]

Le staroste (l’ancien) est une sorte de maire de la communauté rurale, élu pour trois ans.

[11]

Les paysans devaient en effet louer à leur ancien propriétaires les terres qui leur faisaient défaut, le lot qui leur avait été attribué (contre rachat) étant souvent insuffisant.

[12]

1 deciatine = 1,092 ha.

[13]

Sénateur : membre du Sénat, l’un des trois grands corps de l’État, avec le Conseil de l’Empire et le Saint-Synode. Le Sénat remplissait les fonctions de Haute cour de justice, de Tribunal administratif suprême et de Cour des comptes. Le conseiller d’État était au 5e échelon de la hiérarchie civile, qui en comportait 14 (le premier échelon étant le plus important).

[14]

Il s’agit des colons allemands, installés sur la moyenne Volga depuis Catherine II.

[15]

1 sagène carrée = 0,045 are.

[16]

Les paysans des villages (derevni) avaient leur église et leur cimetière au bourg voisin (selo), plus important. Les prêtres de campagne ne vivaient que du casuel et des offrandes des paroissiens, et de leur lopin de terre.

[17]

Il s’agit des otroubniki, des paysans qui se « retranchaient », grâce à la réforme de Stolypine, de la commune rurale (mir) tout en continuant à vivre dans le village (contrairement à une autre catégorie de partants qui construisaient ou transportaient leur ferme (khoutor) sur leurs terres), pour exploiter des terres d’un seul tenant (alors que les terres allouées aux membres de la commune étaient des champs en lanières dispersés en différents lieux, censés répartir égalitairement bonnes et mauvaises terres). Ici, ceux qui restent dans le système communal (380 familles contre 277 otroubkini) s’estiment lésés par la nouvelle répartition des terres entraînée par ces départs.

On sait que la réforme de Stolypine avait pour but de faire accéder les paysans à la propriété individuelle, afin de moderniser l’agriculture. Les paysans qui quittaient le mir devenaient propriétaires de leurs terres à titre héréditaire (jusqu’à la révolution bolchevique !). Au 1er mai 1915, près de deux millions de foyers paysans avaient fait ce choix, soit 22,1 % des paysans « communautaires », avec 14 % des terres du mir (les communaux [prairies à faucher, pâturages, forêts] restant à la disposition de tous). Dans la province de Kiev, dont il est question ici, ces pourcentages étaient respectivement de 48,6 % et 50,7 % (Recueil statistique du Ministère de l’Intérieur pour 1915, cité in Rossija. 1913 god (La Russie en 1913), SPb., 1995, p. 66).

[18]

Votre Majesté. Dans le texte : v. i. v. (Vashe imperatorskoe velichestvo, Votre Grandeur impériale).

[19]

Krasnaïa gazeta (Le journal rouge) : paraissait à Petrograd-Leningrad de 1918 à 1939.

[20]

Cf. « Statut des paysans libérés du servage », article 51.

[21]

1 archine = 0,711 m.

[22]

1 poud = 16,38 kg.

[23]

L’article 65 de la Constitution de 1918 stipulait que « ne peuvent élire ni être élus a) ceux qui exploitent le travail d’autrui pour en tirer du profit ; b) ceux qui vivent d’un revenu non produit par leur travail : rente de capitaux, revenu d’entreprises industrielles ou de propriétés foncières, etc. […] » (cf. Colas, 1997, p. 46). La possession d’un moulin (même « à une meule ») ou de deux vaches suffisait à classer le paysan dans la catégorie des « koulaks » (voir note 2 de la source 269).

[24]

Consultation juridique.

[25]

Probablement Vserossiïski Voenny Komissariat, Commissariat [du peuple] pan-russe à la Guerre, dirigé par Trotski en 1918-1925.

[26]

i. e. « pour notre pauvreté ».

[27]

Il s’agit probablement de l’école du parti (cf. source 264).

[28]

La vie des ouvriers, en majorité d’origine paysanne, était également très dure : Solomon Schwartz, Les Ouvriers en Union soviétique, Paris, Rivière, 1956, 536 p. ; William J. Chase, Workers, Society and the Soviet State: Labor and Life in Moscow, 1918-1929, Urbana and Chicago, University of Illinois Press, 1987, xviii-345 p. ; Jean-Paul Depretto, Pour une Histoire sociale du régime soviétique : 1918-1936, Paris, L’Harmattan, 2001, 366 p. Sur cette rancœur des paysans à l’égard des ouvriers, voir sources 263 et 268.

[29]

Club : local de culture et de propagande, rattaché à une entreprise ou à une administration, et géré par le syndicat.

[30]

Il s’agit probablement du discours du 22 octobre 1924 (cf. source 264, note 1).

[31]

C’était le slogan de la nep, au milieu des années 1920.

[32]

Organisation de la jeunesse communiste.

[33]

L’Internationale paysanne (Krestintern, abréviation du russe Krestianskiï internatsional) ou Conseil Paysan International, dénommé aussi Internationale Rouge paysanne, était une organisation de masse du Komintern qui exista d’octobre 1923 à 1933. Elle était dirigée par le commissaire du peuple à l’agriculture de la rsfsr, également secrétaire général du Komintern, A. P. Smirnov (1877-fusillé en 1938). Le Krestintern était dirigé par un secrétariat de trois personnes, avait comme responsables A.P. Smirnov (secrétaire général) et Thomas Dombal (son adjoint). Les membres du premier présidium sont Smirnov (urss), Dombal (Pologne), Buergi (Allemagne), Vazeilles (France), Rydlo (Tchécoslovaquie), Gorov (Bulgarie), Hero (Scandinavie), Green (usa), Galvan (Mexique), Ten Hajasi (Japon), Nguen Ai-Quonc (Indochine et colonies). Après une embellie liée à la phase boukharinienne, le Krestintern subit les contrecoups de la stalinisation et connaît une mort lente ; en 1930, il est définitivement mis en sommeil au profit de l’Institut agraire international qui doit valoriser coûte que coûte la politique stalinienne de collectivisation et de modernisation de l’urss. Cf. George D. Jr. Jackson, Comintern and Peasant in East Europe (1919-1930), Columbia University Press, 1966 ; Annie Kriegel, « Note sur le Krestintern », in Pierre Barral (dir.), Aspects régionaux de l’agrarisme français avant 1930. Le Mouvement social, n° 67, avril-juin 1969, p. 163-167 ; Franco Rizzi, « L’Internazionale comunista e la questione contadina », in Eric J. Hobsbawm, (dir.), Storia del Marxismo, 3, Il marxismo nell’eta della terza internazionale, 1, Dalla rivoluzione d’ottobre alla crisi del’29, Turin, Giulio Einaudi Editore, 1980, p. 487-513 ; Jean Vigreux, « Les archives du Krestintern : inventaires et pistes de recherches », in Serge Wolikow, (dir.), Une Histoire en révolution. Du bon usage des archives de Moscou et d’ailleurs, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 1997, p. 151-158 ; ou Henryk Cimek, Wplywy Miedzynarodowski Chlopskiej na Balkanach, Annales Univesitatis Mariae Curie-Sklodowska, Lublin Polonia, vol lvii, Uniwersytet Rzeszowski, 2002, p. 211-225 (Influence de l’Internationale Paysanne dans les Balkans) ; Jean Vigreux, « La Faucille après le marteau », le communisme au champs, à paraître en 2009.

[34]

Staline avait prononcé le 22 octobre 1924 un discours sur « Les tâches immédiates du parti à la campagne » devant les secrétaires des cellules paysannes. Il expliquait ainsi la « faiblesse » du parti à la campagne : « Il y a un mince fil de cellules du parti à la campagne. Puis il y a un fil aussi ténu de paysans sans-parti mais sympathisants. Et derrière, il y a un océan de sans-partis, des dizaines de millions de paysans que ne lie et ne peut lier au parti le mince fil des militants sans-parti. Cela explique que ce fil ne résiste pas, qu’il se casse souvent, et au lieu d’un pont qui les réunisse, il se forme parfois un mur aveugle entre le parti et les masses sans-parti des campagnes » (Pravda, 23 octobre 1924). En octobre 1928, les paysans n’étaient que 198 000 dans le parti (sur 1,36 million de membres).

[35]

Nicolas II.

[36]

Voir source 269, note 2.

[37]

Les chrétiens évangélistes (et d’autres courants protestants) connaissaient un vif développement dans la Russie des années 1920, mais subissaient comme les autres confessions la lutte antireligieuse. Cf. W. Kahle, Evangelischen Christen in Russland und der Sovetunion, Wuppertal und Kassel, Oncken Verlag, 1978, 600 p.

[38]

L’article 65 de la Constitution de 1918 stipulait que « ne peuvent élire ni être élus […] d) les moines et serviteurs des églises et des cultes religieux ».

[39]

C’est-à-dire du pouvoir central (à Moscou).

[40]

Les journaux demandaient aux lecteurs, dont certains devenaient correspondants ruraux (sous un pseudonyme), de leur envoyer des informations sur la vie de leur village. Des synthèses étaient ensuite rédigées pour les autorités (notamment le gpu, la police politique). C’était un moyen de connaissance et de contrôle de l’opinion publique.

[41]

Cf. Neil Weissman, « Prohibition and Alcohol Control in the ussr : The 1920’s Campaign against Illegal Spirits », Soviet Studies, 38,3, 1986, p. 349-368 ; Marie-Rose Rialand, L’Alcool et les Russes, préface de Basile Kerblay, Paris, Institut d’études slaves, 1989, 248 p.

[42]

Ces déclarations vont à l’encontre de la politique officielle. Le 17 novembre 1924, la Krestianskaïa gazeta publiait le message suivant de Staline : « Krestianskaïa gazeta ! Retiens trois commandements : 1. Prends soin de tes correspondants ruraux comme de la prunelle de tes yeux : c’est ton armée ; 2. Établis les liens les plus solides possibles avec les paysans les plus honnêtes et les plus conscients, en particulier avec les anciens soldats de l’armée rouge : c’est ton soutien ; 3. Propage la vérité dans les campagnes et claironne au monde entier, claironne sans relâche que la libération des paysans est impensable sans une union fraternelle avec les ouvriers, que la victoire du travail sur le capital est impossible si les paysans ne sont pas dirigés par les ouvriers. »

[43]

Le code pénal de 1922 prévoyait la peine de mort pour 28 délits (politiques, économiques, administratifs). Depuis 1996, un moratoire est appliqué de facto à son utilisation.

[44]

En janvier 1925, Trotski perd le commissariat à la Guerre, il sera exclu du parti en 1927, relégué à Alma-Ata, banni d’urss en 1929, assasssiné en 1940. Sa critique de la bureaucratie, plus que son programme de collectivisation rapide (que Staline reprendra à son compte), était susceptible de lui attirer la sympathie des paysans. Cf. le tract de 1927 publié par N. Werth, « Le pouvoir soviétique et la paysannerie dans les rapports de la police politique, 1918-1929 », Bulletin de l’Institut d’histoire du temps présent, n° 78, 2001 (http:// www. ihtp. cnrs. fr/ spip. php? article440&lang= fr).

[45]

La prohibition de l’acool, décrétée au début de la première guerre mondiale, fut assouplie en 1922 (autorisation du vin et du « cognac ») et surtout fin 1924, avec la vente d’une vodka à 30° (au lieu de 40°), surnommée la « rykovka », d’après le nom de Rykov (note ci-dessous). La prohibition n’avait toutefois jamais empêché la distillation clandestine (voir sources 264 et 267). Cf. les notations de Mikhaïl Boulgakov sur cette vodka (Journal confisqué, Solin, 1992) : « Nuit du 20 au 21 décembre [1924]. Événement à Moscou : on a mis en vente une vodka à 30°, que le public a fort justement nommée « rykovka ». Elle se distingue de celle du temps des tsars en ce qu’elle a dix degrés de moins, qu’elle est moins bonne et quatre fois plus chère. […] 29 décembre [1924]. Lundi. On appelle la vodka «rykovka » ou « demi-rykovka » parce qu’elle est à 30° et que Rykov lui-même (un ivrogne invétéré) en boit une à 60°. »

[46]

Rykov (1881- fusillé en 1938), succéda à Lénine à la présidence du Conseil des commissaires du peuple (1924-1930).

[47]

Journal (« Le paysan pauvre »), édité par le Comité central du Parti de 1918 à 1931.

[48]

Associations paramilitaires, fondées respectivement en 1924 et 1923, auxquelles il était mal vu de ne pas cotiser. Elles fusionnèrent en 1925 pour former l’osoaviachim (qui disparut en 1947).

[49]

Koulak : paysan « riche ». Un des critères suivants suffisait à classer un paysan dans la catégorie des koulaks, avec toutes les conséquences qui s’ensuivaient (lourdes impositions, inégibilité, déportation au moment de la collectivisation) : possession de deux vaches et/ou de deux chevaux, emploi d’un ouvrier agricole, possession d’une machine agricole et/ou de moulin, surface cultivable supérieure à 10 (ou 15) déciatines. C’étaient souvent des anciens otroubniki de la réforme de Stolypine (source 257, note 1). La collectivisation (1929-1933) s’accompagnera de la « dékoulakisation », c’est-à-dire de la déportation et de l’extermination de la paysannerie laborieuse (quatre millions de paysans expropriés (pas seulement des « koulaks »), deux millions de déportés, qui moururent en grand nombre, et six millions de morts dûs à la famine provoquée par les autorités en 1932-1933 ; cf. Nicolas Werth, « Collectivisation forcée et dékoulakisation » in Stéphane Courtois et al., (dir.), Le Livre noir du communisme, Robert Laffont, 1997, p. 164-188 ; Id., L’Île aux cannibales. 1933, une déportation-abandon en Sibérie. Perrin, 2006. « Propriétaire » est à entendre au sens de chef d’exploitation, les paysans n’ayant que la jouissance de la terre, qui avait été nationalisée après la révolution.

[50]

Exploitations agricoles d’État (avec des ouvriers salariés), à distinguer du kolkhoze, exploitation collective en principe autogérée.

Résumé

Français

Cet article présente un corpus de seize lettres de doléances de paysans russes adressées aux autorités (autorités religieuses, politiques, ou même simplement rédaction d’un journal), sur deux périodes : entre 1905-1909 et, après la Révolution d’Octobre et la guerre civile, entre 1924-1925. Il propose une bibliographie thématique sur la paysannerie russe de la fin du xixe siècle aux années 1920, avant la traduction de l’ensemble des documents.

Mots-clés

  • doléances
  • journaux
  • lettres de paysans
  • paysannerie
  • Révolution
  • Russie
  • soviétiques
  • urss

English

This paper presents a corpus of sixteen letters of complaints Russian peasants wrote to various authorities, religious, political or merely newspaper editors, over two periods, from 1905 to 1909 on one hand, and after the October Revolution and the Civil War, in 1924-25. We provide first a thematic bibliography on the Russian peasantry from the end of the 19th century to the 1920s, then the translation of the whole set of documents.

Keywords

  • complaints
  • newspapers
  • peasant correspondence
  • peasantry
  • October Revolution
  • Russia
  • Soviets
  • ussr

Plan de l'article

    1. Les lettres de paysans : une source pour l’histoire
    2. Un reflet des problèmes de la paysannerie
    3. Le courrier des lecteurs : une institution soviétique
    4. Principes de publication
  1. 254 - 4 décembre 1905. Pétition de l’assemblée des paysans de 13 villages du canton de Seredino, district de Volokolamsk
  2. 255 - 14 décembre 1905. Pétition de l’assemblée rurale des paysans du bourg de Griaznov, District de Likhvinsk, province de Kalouga
  3. 256 - 12 mars 1905. Pétition de la communauté rurale des paysans du village de Boutyrki (district de Bogoroditski)
  4. 257 - 22 juin 1909. Télégramme des paysans du bourg de Sverdlikovo, district d’Ouman, à Nicolas II pour se plaindre de l’injustice de la commission d’aménagement foncier
  5. 258 - 6 février 1924. Demande d’expulsion de « membres dépravés » du village
  6. 259 - 31 mai 1924. Plainte sur les difficultés de la commercialisation
  7. 260 - 30 décembre 1924. Protestation contre la privation du droit de vote
  8. 261 - vers 1925. Au Comité exécutif panrusse de la rsfsr Contre les impôts excessifs
  9. 262 - 18 février 1925. Comment aider les « frères paysans »
  10. 263 - vers 1925. En quoi le pouvoir soviétique est-il différent de celui du tsar ?
  11. 264 - 17 février 1925. Sur la propagande à la campagne
  12. 265 - Vers 1925. Ce qu’a donné le pouvoir soviétique aux femmes paysannes
  13. 266 - Vers 1925. Un triste sort de paysanne
  14. 267 - Vers 1925. À propos de la liberté de conscience
  15. 268 - Vers 1925. Questions posées par les paysans lors du renouvellement des soviets ruraux
  16. 269 - 29 mars 1925. Au camarade Molotov. Ce dont parlent les lettres des paysans

Pour citer cet article

de Armengol Christine, Niqueux Michel, « Lettres de paysans russes aux autorités (1905-1925) », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2008 (Vol. 30), p. 105-134.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2008-2-page-105.htm


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