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Histoire & Sociétés Rurales

2008/2 (Vol. 30)


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F. Cavazzana Romanelli et E. Orlando (dir.), Gli Estimi della Podesteria di Treviso, Rome-Venise, Pubblicazioni degli Archivi di Stato, 2006, 908 p. + cd

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Cet ouvrage, traitant d’archives de dimensions considérables contenant des fonds réputés pour leur richesse, est le fruit d’un long travail dont le projet remonte aux années 1990. Le minutieux travail de recensement et d’édition qui le caractérise a donné le jour à un indispensable outil pour les chercheurs travaillant sur les cadastres de la fin du Moyen age à l’Époque moderne dans le département de Trévise (département de la région Vénéto dans l’Italie du nord-est). Son élaboration a représenté pour les participants un vrai laboratoire archivistique et historiographique dont le lecteur tirera expérience et bénéfice. Ce volume s’avère donc constituer un modèle à suivre des plus intéressants pour les archivistes et, plus en général, pour tous ceux qui doivent rédiger un inventaire d’archives ou préparer un catalogue de documents historiques.

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Le volume se compose de deux parties : la première (comptant presque 200 pages) comprend plusieurs contributions concernant l’histoire des estimes du Trevisan et de leurs archives ainsi que l’explication de la nature des documents répertoriés; la deuxième est constituée de l’Inventaire des Archives des estimes du Trevisan et du Catalogue des cartes d’estime (comptant plus de 650 pages dont l’analyse est cependant facilitée par la présence d’un disque compact à l’usage très simple). Le volume s’enrichit en outre de 18 reproductions concernant le territoire et les documents analysés et comprend des annexes reprenant une bibliographie mise à jour ainsi qu’un précieux glossaire des termes techniques, des mots du patois Trevisan ainsi que des documents répertoriés. Ce glossaire permet en effet au lecteur de comprendre la nature des documents contenus dans les estimes, mais aussi les contributions de la première partie du volume.

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Ces dernières suivent l’introduction des deux éditeurs et étudient sous différents aspect les estimes du Trevisan, « entre tradition et innovation ». Elles expliquent l’importance des estimes comme source primaire pour l’histoire économique et sociale à l’époque moderne en indiquant leur nature composite et les raisons de leur création par le gouvernement de la « Serenissime ». Elles soulignent également que les estimes remontent aux origines de la fiscalité moderne et marquent les relations entre le centre politique et économique de la région (Venise) et la « périphérie » (le « Stado de Terraferma » dans lequel le Trevisan est englobé). Elles sont réparties en trois catégories principales : d’une part les « estimes réelles » (subdivisée en « estimes générales » et « estimes particulières ») et d’autre part les « estimes personnelles ». La procédure d’estime se modifie au cours du temps et représente dans le Trévisan un grand chantier qui, entre « continuité et expérimentation », portera à la construction d’un « dessin général » de la campagne du Trevisan aux xvie et xviie siècles.

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En ce qui concerne la typologie documentaire, les contributions expliquent les principales étapes de déroulement de la recherche de la « structure perdue » des archives et illustrent la nature et la structure des registres des estimes, des « vacchette » (les petits registres utilisés pour annoter et élaborer toutes les données relatives aux biens de chaque personne) et des livres « mare » (les registres remplis après la révision et la correction des données contenues dans les « vacchette »). Elles montrent en outre la types d’informations contenues dans les « polices d’estime » (documents contenant l’identité des propriétaires des biens immobiliers et la description de ces derniers) ainsi que le langage utilisé et les techniques suivies pour la création des cartes. Ces contributions sont importantes car elles livrent en même temps des informations sur les documents mais aussi sur leurs modes d’analyser afin de les comprendre et de les décrypter au mieux.

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Le principal outil de travail est tout naturellement représenté par la deuxième partie du volume, c’est-à-dire l’inventaire et le catalogue qui couvrent la période comprise entre le xve siècle (les documents plus anciens datent de 1415) et le début du xviiie siècle (les documents plus récents remontent à 1719). Les estimes sont recensées en ordre chronologique et par paroisse et les toponymes sont indiqués lorsqu’ils existent dans le document : la consultation des données est simple et rapide si l’on a recourt au disque compact. Enfin, les 364 plans et cartes répertoriés du catalogue permettent d’apprécier la capacité des estimes à reproduire le panorama géographique et économique du Trevisan : les informations relatives aux cartes « anciennes » données par les auteurs du catalogue montrent en effet comme chacune d’elles représentait de manière très détaillée le territoire du Trevisan, ses édifices et ses plantations.

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Paolo Tedeschi

Benoît Hubert, Jean-Baptiste-Henri-Michel Leprince d’Ardenay, Mémoires d’un notable manceau au siècle des Lumières, Rennes, pur, 2007, 293 p.

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Benoît Hubert, auteur d’une thèse sur le mémorialiste manceau Leprince d’Ardenay, présente aux Presses Universitaires de Rennes une nouvelle édition des Mémoires laissés par un négociant en cire au Mans à la fin du xviiie siècle, Jean-Baptiste-Henri-Michel Leprince d’Ardenay (1737-1819). Rédigés entre 1801 et 1817, ces mémoires ont fait l’objet d’une première édition en 1880, par l’abbé Esnault, érudit local spécialisé dans la publication revue et corrigée au goût du jour de journaux intimes du Maine, et de l’époque moderne. Cette première édition tronquée, réarrangée, reformulée, censurée, laisse donc désormais la place à celle de Benoît Hubert. Celui-ci rappelle dans une introduction le contexte dans lequel paraît la première édition des Mémoires, mais bien sûr aussi celui où vécut Leprince d’Ardenay : le siècle des Lumières, le Maine et la ville du Mans, ainsi que la manufacture de cire et bougies familiale.

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Les 37 chapitres des Mémoires sont ainsi rétablis dans leur intégralité, d’« Origine, naissance, première éducation » à « Nouvelle adoption en action de grâce du Rétablissement de ma santé (1816) » ; orthographe et ponctuation d’époque y compris. Le mémorialiste y consigne ses quelques souvenirs d’enfance, son éducation, le choix de son épouse, sa carrière professionnelle et des anecdotes familiales, mais aussi, fidèle en cela à la tradition des mémoires, Leprince d’Ardenay relate les événements nationaux et leur répercussion sur son entourage proche comme il les voit. Accompagnés d’illustrations en couleur (photos, cartes, généalogie, portraits), les Mémoires de Leprince d’Ardenay sont aussi complétés par des annexes, composées d’extraits de livres de comptes de la manufacture Leprince, des notes de contemporains manceaux de Leprince d’Ardenay, ou même de chansons, citées par le mémorialiste dans ses écrits. S’il faut se contenter des notes de bas de page en guise de bibliographie, la liste des sources historiques utilisées pour cette publication est classée en fin d’ouvrage.

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Cette édition, complétée, donc, de notes de bas de page documentées, avec références, met à disposition de tous la version originelle du texte. Elle permet de mettre en évidence le caractère de cet écrit propre au xviiie siècle et aux notables provinciaux, dans lequel chaque personnage cité est « poli, affable et prévenant », où les plaisirs de la vie sont forcément « vrais et purs » ou encore « délicieux et touchants ». De même, ressort mieux ici la personnalité de Leprince d’Ardenay, ou en tout cas ce qu’il veut bien en montrer à ses lecteurs : son sentimentalisme, sa sensibilité, par exemple. Ainsi, il se plaît entre autres à rappeler les « heureux jours » de ses promenades dans la campagne environnante d’Ardenay, avec sa femme et ses amis proches, et les distractions qui y sont de mise.

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Les événements privés et publics, sont croisés par Benoît Hubert, quand cela est possible, avec ceux relatés dans les journaux du chanoine Nepveu de la Manouillère et de Ménard de la Groye, deux autres notables manceaux contemporains de Leprince d’Ardenay. Cet enrichissement des Mémoires permet ainsi de les intégrer au corpus plus vaste des écrits du for privé du Maine, et, par la même occasion, montre que les mémoires de Jean-Baptiste Leprince d’Ardenay peuvent se lire et pour le récit de sa vie, et pour sa vision des événements de la fin du siècle, à l’échelle locale de la ville du Mans. Cet ouvrage pourra donc intéresser les historiens curieux de ce genre de sources, et de la vision des espaces ruraux qu’ont ces élites provinciales du Siècle des Lumières.

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Mathilde Chollet

Titres recensés

  1. F. Cavazzana Romanelli et E. Orlando (dir.), Gli Estimi della Podesteria di Treviso, Rome-Venise, Pubblicazioni degli Archivi di Stato, 2006, 908 p. + cd
  2. Benoît Hubert, Jean-Baptiste-Henri-Michel Leprince d’Ardenay, Mémoires d’un notable manceau au siècle des Lumières, Rennes, pur, 2007, 293 p.

Pour citer cet article

« Instruments de travail », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2008 (Vol. 30), p. 201-204.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2008-2-page-201.htm


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