Accueil Revues Revue Numéro Article

Histoire & Sociétés Rurales

2008/2 (Vol. 30)


ALERTES EMAIL - REVUE Histoire & Sociétés Rurales

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Pages 7 - 30 Article suivant
1

L’intervention soudaine, en 1976, de l’historien Robert Brenner a profondément renouvelé un thème de recherche délaissé depuis les nombreuses études qui lui furent consacrées au cours de la première moitié du xxe siècle, à savoir l’existence de plusieurs servitudes au cours du Moyen Âge central [1][1] Brenner, 1976. Pour la période antérieure, Bloch, 1996 ;.... L’auteur soulignait l’importance d’institutions serviles qui limitaient la croissance économique et favorisaient chez les seigneurs une tendance à privilégier l’exploitation paysanne au détriment d’autres investissements productifs. Le succès ou l’échec de cette politique seigneuriale dépendait de l’équilibre des forces entre les classes et l’auteur affirmait que la « structure de classe servile ou féodale » offrait des modèles de développement limités et, finalement, entraîna l’éclatement de conflits de classes sous-jacents.

2

Cette thèse suscita de très nombreuses critiques qui n’empêchèrent cependant pas Robert Brenner de développer cette idée dans uns analyse spécifique consacrée à l’Angleterre et la France. D’après Robert Brenner, en plein Moyen Âge, tandis que le servage s’était maintenu en Angleterre, les paysans étaient parvenus en France à obtenir la liberté juridique et la propriété de leurs terres [2][2] Brenner, 1982. Voir aussi The Brenner Debate, 1985,.... Une fois atténués les échos de ce débat, la question de la servitude médiévale perdit de son intensité et, malgré la publication de quelques travaux importants, elle demeura à nouveau en marge des principaux courants historiographiques [3][3] Pour une prise de position envers R. Brenner et R.....

3

Le problème de la servitude resurgit à l’occasion des débats nés autour de la « mutation féodale ». Dans un article constituant une véritable déclaration de principe, Pierre Bonnassie défendit la thèse d’un système esclavagiste qui se prolongeait jusque vers l’an mil, période autour de laquelle il discernait « un moment privilégié pendant lequel la société paysanne ignorait – d’un point de vue juridique – tout type de servitude avant que la réaction seigneuriale n’impose une nouvelle forme de domination banale très lourde » [4][4] Bonnassie, 1985.. Les formes de servitude que l’on observait dans le nord de l’Europe et dans certaines régions méditerranéennes à partir du xiie siècle seraient nées du développement interne du système seigneurial et non d’un héritage de l’esclavage antique. Cette affirmation suscita une vive réaction de la part de Dominique Barthélemy qui considérait impensable une telle dualité et qui, à l’inverse, insistait sur l’idée d’une « discipline servile » fondée sur une tradition antique mais nuancée par des situations régionales issues des équilibres de pouvoir entre seigneurs et paysans, conduisant à des traditions serviles, la plupart post carolingiennes [5][5] Barthélemy, 1992 et 1997..

4

Ces réapparitions étaient liées à des controverses historiographiques générales et prenaient ainsi une allure très abstraite. Il est difficile d’en dire autant des travaux publiés dans les années 1990 sur la dynamique des statuts serviles dans des espaces plus régionaux et souvent méditerranéens. En 1991, Paul Freedman décrivit ainsi l’évolution particulière d’un servage catalan qui trouvait ses origines dans l’expansion agraire et seigneuriale du xiie siècle lorsque s’institutionnalisa, vers 1202, le ius maletractandi qui légitimait l’usage de la force contre les serfs rebelles, et qui culmina vers 1300 avec la généralisation des « mauvais usages » et en particulier la remença – le rachat servile – cette dernière déterminant la condition des serfs. D’après cet auteur, à partir du milieu du xive siècle, le servage catalan fut l’objet de profondes tensions politiques et idéologiques au cours desquelles la monarchie appuya souvent les paysans remenças contre les seigneurs sans trouver pourtant le moyen de résoudre un problème social, marqué par une guerre civile, lequel prit fin en 1496 avec un accord conclu sous Ferdinand II [6][6] Freedman, 1991.. Sept ans plus tard, en 1998, Benoît Cursente mettait en évidence dans la Gascogne des xie-xiie siècles un peuplement en casaux qui constituait le support de structures de pouvoir peu concentrées et qui revêtait un caractère ambigu, à la fois servile et honorable. Par la suite, à mesure que les populations de ces régions se regroupaient dans des structures de peuplement fondées sur des bourgs planifiés et des bastides, la distinction entre les casaux serviles et les tenures libres devint plus marquée. Cependant, là où ils se maintinrent, ces casaux serviles, grâce à leur stabilité, au contrôle qu’ils exerçaient sur les biens communaux, et à leur capacité d’accueillir des paysans moins favorisés, devinrent des pôles de regroupement des communautés paysannes [7][7] Cursente, 1998 et 1996..

5

À la fin des années 1990, les travaux de Paul Freedman et de Benoît Cursente conduisirent à une révision des conceptions de la servitude telles qu’elles avaient été exprimées par Georges Duby, une trentaine d’années plus tôt [8][8] Duby, 1962.. Cette révision devait alors prendre en compte les formes de servitude présentes dans le monde méditerranéen, souvent dédaignées par l’historiographie, et celles liées à l’expansion médiévale des xiie et xiiie siècles, considérées comme peu évidentes pour nombre d’historiens de cette période. Sous l’impulsion de Monique Bourin et de Paul Freedman fut donc organisé un grand colloque à Rome, en 1999, sur les servitudes méditerranéennes, précédé par un autre à Nanterre, et suivi par un troisième à Göttingen regroupant des historiens français, allemands et anglo-saxons, qui témoignent de la diversité des servitudes dans le nord de l’Europe [9][9] Les Formes de la servitude, 2000 ; Forms of Servitude,.... Cette historiographie est cependant marquée par l’absence, soulignée par R. Brenner dans un article récent, de l’État et des structures de pouvoir étatique, alors en plein essor au cours de cette période, qui regroupent des compétences croissantes en matière l’autorité publique, le monopole de la violence, la bureaucratie, la justice et la fiscalité [10][10] Brenner, 1996.. Et c’est précisément à l’intersection de l’État et de la servitude, à l’échelle du nord de l’Aragon, que se placent les pages qui suivent.

Une servitude méditerranéenne et montagnarde

Aux origines du servage aragonais

6

Lors de la croissance agraire du xie siècle, un servage de type « méditerranéen » se développe le long de la chaîne pyrénéenne, de la Navarre à la Catalogne [11][11] Pour la Catalogne, la bibliographie est abondante :.... Les sources de cette période concernant l’Aragon et la Navarre révèlent l’existence de familles de paysans connus sous le nom de mezquinos (mesquini) qui, faisant l’objet de donations aux institutions ecclésiastiques et de transmissions héréditaires au sein des lignages nobiliaires, étaient sans aucun doute de condition servile [12][12] Une édition de sources selectionnées à propos de ce.... Le servage était alors associé au versement d’un cens en céréales, vin et moutons, dans des quantités variables, et à la prestation de services de travail ou de corvées qui semblent légers. D’autres éléments contribuent à définir ce servage, comme l’obligation de participer à l’ost qui, avec la contribution en journées de travail et le transport de bois et d’autres matériaux pour les fortifications, reçurent le nom d’origine arabe de azofras. La déférence envers les propriétaires terriens obligeait ces mezquinos à satisfaire une série variée d’exigences mineures qui avait essentiellement pour but de visualiser la soumission et de la rendre publique [13][13] Martín Duque, 1983, n° 310 [1136], dans le village.... Pendant la deuxième moitié de ce siècle, il est permis de penser que les seigneurs acquirent le pouvoir d’exercer un certain type de justice sur leurs serfs et il semble que l’on adopta dans certains cas extrêmes l’épreuve de l’ordalie du fer rouge pour les conflits concernant les mezquinos, au moins à titre de menace [14][14] Larrea, 1998, p. 546-547.. Le durcissement du servage, qui se concrétise par l’apparition d’expressions comme malos censos ou malos fueros (mauvais cens ou mauvaises coutumes) pour désigner ces devoirs serviles, différencia de plus en plus distinctement les services honorables des services déshonorants liés à la condition servile, de sorte que la liberté fut associée de manière vague mais effective à la noblesse [15][15] À titre de comparaison avec la Catalogne : Bonnassie,.... Les propriétaires paysans qui avaient réussi à échapper au filet de la dépendance servile étaient susceptibles de prêter un serment de fidélité, de disposer d’armes et de s’incorporer aux troupes des membres de l’élite nobiliaire à un moment où s’intensifie la lutte contre l’Islam et où l’ensemble de la classe aristocratique réalise d’énormes bénéfices matériels. Désignés par le nom d’infanzones, les membres de la strate supérieure de la paysannerie libre furent inclus dans la noblesse, situation qui fut ratifiée officiellement en 1134 et qui fit dès lors partie des normes du système légal aragonais [16][16] Lacarra, 1969, p. 176-177 : Hec est carta de fueros....

Une coupure géographique et sociale

7

La conquête sur les musulmans de la vallée de l’Èbre et du sud de l’Aragon, entre 1120 et 1170, créa une importante ligne de division sociale : la servitude fut confinée aux vallées des montagnes pyrénéennes tandis que dans les régions méridionales les immigrants consolidaient leur liberté personnelle, limitée uniquement par les conditions de la seigneurie banale qui s’étendait dans ces régions du centre et du sud de l’Aragon. Face à un monde montagnard d’infanzones et de mezquinos, sur les terres de conquête, les paysans étaient personnellement libres, bien qu’obligés de payer les rentes classiques de la seigneurie banale. Si l’émigration donnait la liberté aux émigrants qui affrontaient les incertitudes de se construire un futur sur des terres arrachées aux musulmans, l’évolution du servage dans les Pyrénées changea de tendance et les engrenages qui le durcissaient s’arrêtèrent dans cette conjoncture.

8

D’autres facteurs influencèrent aussi cette paralysie. Le premier fut la création de bourgs semi urbains dotés de chartes de franchise qui exemptaient les paysans qui s’y installaient des mauvais cens et donc du servage. Les propriétaires fonciers, nobles et ecclésiastiques, du nord de l’Aragon n’avaient alors plus en face d’eux que des habitats de type dispersé en cours de désertion dans lesquels les paysans ne payaient plus leurs rentes (ce qui causa de graves problèmes aux monastères et aux prieurés bénédictins, moins capables de faire pression sur les anciens serfs que les nobles laïques) ou occupés par des habitants qui continuaient de payer leurs rentes mais sans admettre les composantes les plus humiliants de la soumission servile [17][17] Parmi d’autres, on peut citer la charte de la fondation....

9

Le deuxième facteur, déjà partiellement évoqué, est celui de la résistance paysanne, dont un des instruments passait par l’installation dans ces villages groupés afin de bénéficier des franchises et des coutumes de tradition urbaine. Cette résistance s’exprimait surtout à travers le refus de remettre le cens qui, depuis le milieu du xiie siècle était appelé pecha (peyta), une expression au sens encore plus honteux. Les seigneurs marquaient les maisons des serfs de signes qui indiquaient le devoir de payer la pecha et ils élaboraient des listes nominales de serfs [18][18] Plusieurs exemples de listes dans Laliena Corbera,.... Toutefois, l’existence d’infanzones dans la plupart des hameaux et des fermes provoquait la confusion entre les uns et les autres. Les mariages mixtes, par exemple, ne transmettaient théoriquement la liberté que par voie paternelle, mais quand un pechero ou villano (termes qui remplacent mezquino au cours du xiie siècle) s’installait sur les terres d’une femme infanzona, il était exempté de la rente servile [19][19] Pérez Martín, 1999, p. 386 : De villa[no] que es casado.... Il est facile d’imaginer que ces mariages mixtes donnèrent lieu à des descendants infanzones par la voie maternelle. Dans l’un de ces villages montagnards, Larués, près de Jaca, on comptait près de 50 ménages vers 1320, dont 42 étaient des infanzones, mais selon un témoin local 15 ou 16 seulement étaient d’authentiques infanzones, puisqu’on disait

10

« que les infanzones de Larués qui ne pouvaient pas donner à leurs filles une part de leurs biens [comme dot pour les marier] avec des infanzones, les offrirent en noces à des hommes de service pour leurs richesses et se mélangèrent avec eux, et ce n’était pas bon si à cause d’eux les infanzones perdaient leur droit [20][20] Arch. Couronne d’Aragon, Cancillería, Infanzonías,.... »

Carte 1 - Les localités du nord de l’Aragon mentionnées dans le texteCarte 1
11

Le même témoin était toutefois incapable de distinguer les vrais infanzones de ceux qui avaient atteint cette position subrepticement. Ce phénomène se produisit de façon généralisée pendant le xiiie siècle et les seigneurs eurent de grandes difficultés à le maîtriser.

12

Le servage perdit enfin de sa force à cause de l’expansion du droit urbain connu sous le nom de Fuero de Jaca, octroyé initialement à cette ville par le roi Sancho Ramírez en 1077 [21][21] Ubieto Arteta, 1975, n° 8 : notum omnibus hominibus.... À partir de cette date, ces franchises s’enrichirent au point de former un corpus assez vaste et, en même temps, des concessions royales faites à différents bourgs et villes de l’Aragon et de la Navarre étendirent la zone d’influence de ce fuero[22][22] Molho, 2003 (1964). La diffusion du Fuero de Jaca a.... Les habitants des localités où il était appliqué étaient libérés des malos fueros, c’est-à-dire des restrictions serviles et des mauvaises coutumes : ils pouvaient librement acheter et vendre des terres (contrairement aux serfs) et surtout ils bénéficiaient d’un délai de prescription légale d’un an et un jour pour considérer une propriété de plein droit [23][23] Cf. texte cité à la note 3, qui se complète avec la.... D’autres aspects du Fuero de Jaca étaient aussi avantageux pour ces gens, en particulier la disparition de la responsabilité collective pour l’homicide et l’inviolabilité de leurs maisons, deux éléments importants de l’honneur accompagnant la liberté. Ils bénéficiaient d’une réduction à trois jours du service d’ost, un trait caractéristique de la condition libre et fréquemment lié au statut d’infanzon, ainsi que d’une nouvelle position dans les procédures judiciaires. Il convient de souligner que cette emprise sur la propriété intervint probablement dans la décision des grands propriétaires laïcs et ecclésiastiques de la région d’utiliser à partir de 1170 des contrats écrits à caractère emphytéotique pour concéder des terres aux paysans, textes dans lesquels on éliminait un bon nombre de charges liées à la servitude [24][24] Il s’agit de contrats dans lesquels les redevances....

Le développement de l’État et la servitude

L’État, le droit et le système judiciaire

13

Comme je l’ai déjà souligné en d’autres occasions, ce déclin de la servitude contraste avec la persistance des traits traditionnels de la condition servile en Navarre (royaume séparé de l’Aragon depuis 1134) et, comme l’ont montré Paul Freedman et Lluis To, il contraste aussi avec le renforcement des structures serviles dans le nord de la Catalogne [25][25] Laliena Corbera, 2000, p. 961-989 ; To, 2000, p. 827-865..... Autrement dit, chacune des trois grandes régions pyrénéennes connut des évolutions sociales différentes qui, comme on peut également le déduire de l’œuvre de Paul Freedman, sont liées à la dynamique de l’État dans chacune d’elles.Cet auteur insiste sur le développement du droit seigneurial à maltraiter les serfs – le ius maletractandi – dès 1202 et l’exigence du paiement pour l’émancipation – ou le passage dans une autre seigneurie –, la remença, intégrée dans la loi en 1283, comme autant de jalons pour un itinéraire par lequel le pouvoir royal a légitimé le servage catalan [26][26] Freedman, 1991.. Les seigneurs catalans ont réussi durant le xiiie siècle à stabiliser leur domination sur les paysans et à réduire les conséquences de l’immigration vers le sud valencien après la conquête (1233-1244). En Navarre, la persistance du servage est liée à une structure seigneuriale soutenue par les redevances payées par les serfs, avec des nobles et des institutions ecclésiastiques faibles et une royauté qui s’appuie sur le même type d’impositions. Ces servitudes paysannes continuent à être essentielles pour les seigneurs et elles s’inscrivent dans la formation des « nouveaux servages » européens au cours des xiiie-xive siècles [27][27] Feller, 2007, p. 163-191..

14

En ce qui concerne l’Aragon, je me limiterai à signaler quelques aspects liés au servage et à la dynamique de l’État. Il n’est pas nécessaire d’insister ici sur les transformations qui ont lieu à cette époque et qui peuvent se résumer à une croissance de la bureaucratie, un contrôle royal croissant du monopole du pouvoir militaire, l’apparition d’un principe de représentation dans les assemblées autour du roi, le développement des impôts et la cristallisation du droit, savant ou coutumier.

15

C’est ce dernier aspect qui retient l’attention afin de mesurer l’influence de la consolidation du système légal aragonais depuis le milieu du xiiie siècle et, en général, du droit écrit savant sur un servage déjà affaibli. Les Fueros de Aragón ont été promulgués par Jacques Ier en 1247, lors d’une réunion tenue à Huesca en présence du clergé, des nobles et des membres des élites urbaines du royaume. Ils reprennent en grande partie le Fuero de Jaca, tel qu’il était en usage à Huesca et Saragosse, mais ils sont organisés par matières, selon le droit romain, et laissent de côté les éléments les plus locaux pour insister sur les questions de procédure judiciaire sur la propriété des immeubles, la transmission des biens, les conflits et le droit pénal, mais aussi sur le statut nobiliaire et ses bornes [28][28] Une vision generale dans Delgado Echeverría, 1997 ;.... Dans cette perspective, la formalisation des Fueros et la diffusion du droit savant supposent une tension de plus en plus importante à propos des statuts juridiques mal définis des villanos (vilains) ou hombres de signo servicio (hommes de service), d’une part, et des infanzones, d’autre part. À partir de cette époque, la renommée ou fama locale et la pratique de remettre ou non la pecha ou d’autres rentes n’étaient plus suffisantes, et il était devenu indispensable de préciser qui pouvait alléguer sa noblesse, surtout lorsqu’il s’agissait d’infanzones, des petits et moyens propriétaires qui cultivaient directement leurs terres dans les vallées pyrénéennes. La similitude de leur vie quotidienne et de leurs activités avec celles de ceux qui, dans la même région, étaient obligés de rendre des services et des corvées, exigeaient une clarification des statuts [29][29] C’est un problème général : au cours du xiiie siècle.... Le chapitre des Fueros de Aragón intitulé Fatigatus pro sua infantionia, insiste clairement sur cette nécessité :

16

« Si quelque chevalier, infanzón ou autre affirme contre un autre homme qu’il s’agit de son serf (suus villanus), et si celui-ci, interrogé, le nie, il devra pour le prouver faire appel à deux infanzones qui jureront sur le Livre et la croix qu’il n’est pas serf de celui qui le prétend, et il sera libre, lui et ses descendants, à l’égard de celui qui le voudrait comme tel [30][30] Savall et Penén, 1866, p. 246 : Item, quicumque miles,.... »

17

Ce problème n’était pas nouveau et l’on observe des revendications de liberté (c’est-à-dire d’infanzonía) dès la fin du xie siècle [31][31] En 1092, García Galíndez de Cenarbe revendiquait sa.... Vers 1130, il existait déjà une procédure qui exigeait le serment de trois infanzones pour garantir qu’une autre personne puisse bénéficier de cette condition. Toutefois les exemples conservés par écrit sont très rares, ce qui conduit à penser qu’elle était peu appliquée ou que les serments étaient vérifiés par les seigneurs et les officiers royaux sans être copiés dans les parchemins [32][32] Le plus ancien, et pratiquement le seul exemple du.... Les Fueros de Aragón confirment depuis 1247 cette procédure et reconnaissent le roi comme la seule autorité pouvant ratifier le résultat de ces serments : seul le roi pouvait déclarer qu’un individu était infanzon avec tous les droits inhérents à la noblesse et dans le jeu social du nord de l’Aragon, ne pas être infanzon signifiait rester attaché au service des seigneurs et du roi, demeurer un serf [33][33] Pérez Martín, 1999, p. 382-384 : Ningun infançon no....

L’enquête judiciaire

18

Comme dans d’autres régions européennes où le servage était répandu, à l’exemple de l’Angleterre, l’État s’appropria la légitimité de décider si la prétention d’une personne à être libre ou l’affirmation d’une condition servile par le seigneur étaient fondées [34][34] Hyams, 1980.. Cette appropriation fut réalisée par les tribunaux et, en Aragon, à partir de 1265, par la cour du Justicia de Aragón, un juge nommé par le roi, responsable du système judiciaire du royaume. Il faut dire qu’après 1247, la justice royale en Aragon fut structurée de façon hiérarchique, avec des échelons successifs comprenant des juges locaux (justicias) dans les grandes villes (Saragosse, Huesca, Teruel, Calatayud, etc.) et, au sommet, le Justicia de Aragon. Ce magistrat reçut en 1265, après un grave conflit entre Jacques Ier et les nobles aragonais, la mission de résoudre les difficultés qui pouvaient surgir à l’avenir entre le roi et les nobles. Il prit ainsi un caractère particulier et quelques fonctions cérémoniales qui font de lui le dépositaire de la défense de la condition nobiliaire. Il est naturel qu’il bénéficie aussi des compétences pour juger les causes relatives à la reconnaissance de la condition noble (infanzonia) qui, par définition, s’oppose au servage. Au cours de ce conflit, il semble que l’on ait discuté des limites de la noblesse, en particulier à propos de certaines exigences fiscales du roi : le bovaje ou bovaticum, un impôt sur les attelages qui existait en Catalogne que le souverain prétendait imposer en Aragon, et le carnaje, un paiement sur l’usage des pâtures, les terres en friche étant réclamées par le roi, ainsi que sur quelques éléments du statut nobiliaire. Jacques Ier accepta que tous les infanzones puissent acheter des terres aux « hommes du roi » et que ces propriétés restent exemptes de tout prélèvement fiscal. Finalement, on refusa au roi la possibilité de faire appel contre les serments des nobles lors des procès d’infanzonía, sauf en cas de parjure, et on admit qu’il ne fallait pas que les nobles qui jurent soient des parents du clamant [35][35] Canellas López, 1978, p. 40-41. Les deux paragraphes....

19

Ainsi, dans ce type de procès, le Justicia enquêtait sur la cause au moyen de l’interrogatoire de témoins et rendait la sentence à l’égard de la demande d’infanzonía. Si elle était positive, il recevait le serment des deux infanzones pour expédier ensuite le texte écrit du procès au roi qui dictait la charte que l’on appelait salva de infanzonía, synonyme à la fois de liberté et de noblesse pour ceux qui l’avaient obtenue [36][36] L’apparition des registres de la Chancellerie royale.... Il est important de souligner que cette intervention de la justice supposait que la procédure se déroule par une « enquête », inquisitio, une investigation sur les faits à travers des témoignages, conformément aux normes du droit savant [37][37] Conde y Delgado de Molina, 1999, p. 313-328, présente.... Un formulaire de l’époque de Jacques II l’indique clairement : le roi ordonne au Justicia de Aragon

20

« que les témoins qui sont appelés pour prouver leur condition et qui peuvent faire la salva de infanzonia prêtent serment devant vous, que vous le receviez et que vous receviez leurs mots ou faites recevoir ces mots […] pour nous certifier selon votre capacité, quelle était sa condition et quelle foi, d’après le statut et la condition de vos témoins, il mérite [38][38] Le formulaire se trouve dans Arch. Couronne d’Aragon,.... »

21

Toutefois, l’application de ces règles marquait aussi les limites dans lesquelles pouvait évoluer le Justicia de Aragón. Ainsi, les interrogatoires portaient sur les deux points essentiels de la condition libre : déterminer si les ancêtres du sujet étaient libres (puisque la liberté, comme le servage, se transmettait héréditairement par voie masculine) et si lui-même ou ses ancêtres s’étaient acquittés un jour de la pecha, preuve palpable du statut servile. Plus précisément, on demandait si l’intéressé « était en possession de l’infanzonía et s’il n’avait effectué aucun service réel (servitutem regalem) au cours de sa vie » [39][39] Conde y Delgado de Molina, 1999, p. 324, qui édite.... C’est dire que toutes les questions posées aux témoins étaient liées à la possibilité que le présumé infanzón ou ses parents aient remis la pecha et soient donc des vilains. Par définition, était infanzón exempt celui « qui doit recevoir et non pas payer des choses propres aux vilains (villania) et qui peut montrer la maison (casale) d’où provient sa liberté », la lignée de ses ascendants [40][40] À titre d’exemple, Arch. Couronne d’Aragon, Cancillería,.... De cette manière, il suffisait de prouver lors de l’enquête que personne ne pouvait affirmer sous serment qu’untel était serf et qu’il avait remis autrefois la pecha pour que ce paysan soit définitivement qualifié d’homme libre et de condition noble.

22

Il est important de souligner que le poids de la preuve judiciaire incombait au seigneur ou aux officiers royaux qui devaient prouver la condition servile du paysan à l’aide de témoignages probants. Dans le cas de Domingo Ibanez de Ayerbe, un habitant de Larués, dans le procès que j’ai évoqué précédemment, les témoins du seigneur Juan de Logran, n’ont pu mettre en évidence devant le Justicia de Aragon que lui ou son père avaient payé la pecha, fait des corvées ou versé des cadeaux caractéristiques des serfs [41][41] Procès cité à la n. 10. L’enquête a été très méticuleuse.... Loin d’être une procédure judiciaire favorable aux seigneurs, l’exigence de rigueur dans la démonstration de la condition servile favorisait l’extension de la liberté pour tous les villageois qui avaient refusé avec succès de payer la pecha au cours des générations précédentes. D’après Emanuele Conte, un problème identique se posait aux juristes italiens à la même époque, ce qui traduit bien les difficultés des glosateurs du droit romain pour rendre compatible la liberté, définie comme la condition naturelle de l’homme, et les formes de dépendance rurale traditionnelles [42][42] Conte, 1996..

23

La consolidation des mécanismes judiciaires sous l’impulsion du droit et de l’État et la clarification des statuts nobiliaires exigée par les nobles dans le troisième quart du xiiie siècle firent que les paysans du nord de l’Aragon acquirent aisément la liberté liée à la noblesse. Il convient aussi de signaler qu’entre 1247 et 1265 se produisit un changement significatif dans la structure du processus judiciaire puisque, si dans un premier temps, il était précisé que le serf devait présenter deux nobles pour prouver sa liberté, à la fin du xiiie siècle la situation s’était inversée et c’était au seigneur ou au roi de faire la preuve de l’état de servitude. L’initiative restait aux mains des paysans et non des seigneurs. Il est nécessaire d’insister sur le fait que cette situation pouvait uniquement se produire dans les territoires du nord de l’Aragon, là où avait existé un servage créant une distinction juridique entre libres (et nobles) et serfs. Dans le reste de l’Aragon, tous les hommes étaient libres, mais ils payaient des impôts au roi et des tributs aux seigneurs, de telle sorte qu’ils ne pouvaient être considérés comme nobles [43][43] L’ambigüité néanmoins persistait : au xive siècle,.... L’effet miroir, qui permettait que la liberté soit associée à la noblesse, n’existait pas.

Le développement de l’impôt et la crise de la servitude aragonaise

24

Un système juridique et une ambiance favorable pour une définition plus précise des statuts formaient les conditions nécessaires mais non suffisantes pour attirer les paysans des montagnes vers les tribunaux royaux et revendiquer leur liberté. Or, vers la fin du xiiie siècle, l’État et les seigneurs contribuèrent de plusieurs manières à l’essor de ces revendications. La première fut l’implantation définitive de l’impôt. Depuis 1276 et surtout, après 1282, le financement de la conquête de la Sicile et de la guerre avec la France donna un élan exceptionnel à la fiscalité de l’État d’Aragon [44][44] En général, Sesma Muñoz, 1996, p. 221-291, et pour.... Aux impôts ordinaires, qui augmentèrent considérablement, furent ajoutés la gabelle du sel, un impôt sur le bétail extrêmement lourd, et diverses contributions sous forme de quantités d’argent très élevées [45][45] De grosses quantités d’argent étaient aussi demandées.... Ceci provoqua une révolte des villes et des nobles contre le roi Pierre III en 1283, au terme de laquelle la monarchie fut confortée dans l’idée qu’elle pouvait fréquemment percevoir des impôts extraordinaires, à condition de disposer de l’accord des assemblées parlementaires ou Cortes. Cette révolution fiscale fit que le privilège des nobles de ne pas payer d’impôts acquit un sens nouveau. Pour les familles montagnardes qui avaient réussi à échapper à la pecha et aux services déshonorants, la possibilité de revendiquer leur infanzonía (c’est-à-dire de régulariser leur liberté) devint l’unique moyen d’alléger le poids des impôts. Il n’est donc pas étonnant qu’à partir de 1280, au cœur de la tempête fiscale, les requêtes auprès du tribunal du Justicia de Aragón se soient multipliées pour obtenir une lettre accréditant que son possesseur était bien un infanzón[46][46] Même chose pour les immigrants d’origine pyrénéenne....

Situation conflictuelle anti-seigneuriale et affranchissement au début du xive siècle

25

L’une des raisons pour lesquelles le servage déclina dans le nord de l’Aragon réside dans la faiblesse relative des seigneurs, aussi bien laïcs qu’ecclésiastiques. Les grands propriétaires fonciers nobles déplacèrent leurs intérêts vers la vallée de l’Èbre durant le xiie siècle et les domaines de la montagne perdirent dès lors tout leur attrait, tout comme les revenus modestes qu’ils obtenaient des serfs. Les monastères bénédictins, en particulier San Juan de la Peña, se trouvaient pour leur part dépourvus de moyens pour obliger les paysans à respecter leur autorité. Cette absence de pouvoir encouragea quelques nobles de rang modeste à conforter leur pouvoir en dépouillant les institutions ecclésiastiques et en luttant entre eux. À titre d’exemple, les nobles qui avaient reçu dans le passé des concessions provisoires sur les domaines de San Juan de la Peña s’érigèrent en seigneurs de ces lieux aux dépens du monastère. Tel fut le cas de Artal de Luna, de Aznar López et de Pedro Cornel : ceux-ci s’étaient emparés des châteaux et des villas de Bailo, Mianos, Miramont, Lucientes, Aspirilla y Bayétola, et quand les moines voulurent récupérer ces lieux, ils durent recourir au fils de Jacques Ier, l’infant Pedro, qui se dressa en 1275 contre ces nobles et rendit les biens à San Juan de la Peña [47][47] Arch. Histórico Nacional de Madrid, Clero, carp. 725,.... Vingt ans plus tard, Rodrigo Jiménez de Luna réussit à fonder un nouveau village, Santa María de Jaz, au cœur des possessions monastiques, avec des paysans dépendants de San Juan de la Peña, qu’il établit au moyen de franchises et de contrats qui éloignèrent ces familles serviles du monastère [48][48] L’affaire produisit un immense dossier documentaire ;.... Les seigneurs locaux durcirent enfin leurs exigences en plusieurs lieux pour transformer les pechas et les autres versements des familles paysannes en une domination de type banal qui leur permettrait de percevoir le monedaje (un impôt général sur la monnaie que percevaient les nobles à la place du roi depuis le milieu du xiiie siècle), de contrôler les pâturages, d’obtenir des revenus sur ces terres, d’exiger des cenas (droit d’albergue) et peut-être même des revenus complémentaires. Un bon exemple de cette dynamique fut le conflit qui opposa les Logran, seigneurs de Larués, et les habitants de cette localité. Selon les témoins présents lors du procès, Pedro de Logran s’était emparé de Larués (qui appartenait à l’évêque de Huesca-Jaca) pendant les années 1290-1300 et il avait tenté d’imposer de nouvelles coutumes fiscales aux habitants du lieu. Vers 1317, il dut reconnaître que la majorité des habitants étaient infanzones et qu’il ne pouvait leur imposer ni rentes ni services. Toutefois, lorsqu’il mourut, son fils Juan de Logran, réclama à nouveau ces droits, ce qui conduisit 42 habitants à demander la confirmation de leur infanzonia devant le Justicia de Aragon[49][49] Cf. n. 10. On conserve, en outre, les procès de trois....

26

La région traversa au début du xive siècle une période de conflits nobiliaires qui provoqua des réactions de la part des communautés paysannes, victimes de ces nouvelles seigneuries banales nées du désordre régnant. Ces réactions anti-seigneuriales prirent des formes assez diverses, depuis la « résistance occulte » dont parle James Scott, jusqu’à l’affrontement direct [50][50] Scott, 1985.. L’une d’elles consista à essayer de prouver la infanzonía devant la justice royale afin d’obtenir la protection du roi contre les menaces des nobles. De cette manière, aux bénéfices fiscaux qui pouvaient être obtenus grâce à une déclaration officielle de noblesse, s’ajoutait la protection que l’autorité publique devait à tous ceux qu’elle avait libérés de toute forme de villanía ou de service. La combinaison de ces deux éléments conduisit, entre 1280 et 1340, plusieurs milliers de paysans à revendiquer avec succès leur liberté devant des tribunaux royaux obligés de respecter les mesures légales que l’État lui-même avait fixées dans les lois générales. Ainsi, entre 1300 et 1325, 21 maisons de Buesa réussirent ainsi à se dégager de toute servitude, 21 autres à Undués de Lerda, 16 à Aísa, 12 à Gistaín, 9 à Aragüés, 9 à Sallent, 42 à Larues, 101 à Murillo, etc. [51][51] Falcón Pérez, 2003. Il s’agit de sondages faits par.... La législation prévoyait que les frères de ceux qui avaient obtenu la reconnaissance de la infanzonía étaient aussi des hommes libres et nobles. Il faut donc ajouter à ces chiffres tous les cas de ceux qui ne nécessitaient pas de procédure judiciaire pour être reconnus infanzones en raison de leurs liens de parenté avec ceux qui l’étaient déjà [52][52] La liste fournie par Falcón Pérez, 2003, comprend un....

27

Les dangers de ce mouvement d’affranchissement à grande échelle étaient évidents pour le roi Jacques II qui, au Parlement de Saragosse de 1300, fit approuver une norme légale justifiée par le fait que

28

« tout le royaume et le pays sont touchés parce que beaucoup de lettres d’infanzonía sont faites contre la vérité, et pour cette raison toute la Chevalerie et l’Infanzonía sont vilipendées. »

29

Ceux qui parjureraient pour faire d’un villano un infanzón seraient dorénavant soumis au servage sans rémission possible [53][53] Savall et Penen, 1866, p. 247 : Cum totum regnum et.... De plus, Jacques II interdit de prêter serment plus d’une fois pour convertir un villano en infanzón étant donné que les mêmes personnes se portaient garantes pour des villages entiers. À titre d’exemple, entre 1283 et 1302, Juan Pérez de Rufas jura en faveur de 4 personnes revendiquant l’infanzonia, Pedro Ortiz de Rufas le fit au profit de 10 personnes provenant de Tauste, El Bayo, Biota et Aínsa, et Pedro Gil de Rufas prêta serment pour garantir l’infanzonia de 17 individus originaires de Luna, Tauste, Uncastillo, Ayerbe et Aísa [54][54] Falcón Pérez, 2003, p. 37-72. Il est impossible de.... Les noms portés par ces individus révèlent qu’ils n’étaient pas apparentés à ceux qui juraient pour eux. Les soupçons de Jacques II étaient donc bien justifiés, mais la fréquence de ces actes dans la documentation de la Chancellerie royale pendant les trois décennies suivantes montre bien que les précautions prises par le roi n’eurent guère d’effet.

30

Le mémorial présenté en annexe montre clairement que le roi et ses conseillers étaient parfaitement conscients du problème que soulevait le nombre croissant d’infanzones. En 1344, Blasco de Aísa, informa ainsi le roi Pedro IV que si l’on n’y prêtait pas attention :

31

« tous les hommes qui vivent dans les différents lieux des montagnes de l’Aragon se feront infanzones au moyen d’une grande tromperie, car là où il y avait vingt, trente ou quarante ménages, ils ont fait des arrangements entre eux, certains faisant des témoignages pour les autres en disant qu’ils sont infanzones et qu’ils n’ont jamais payé le cens. Après avoir obtenu leurs lettres d’infanzonia, ils témoignent de la même manière en faveur des autres. »

32

Le conseiller royal ajoutait qu’il convenait de prendre une mesure au cours de la prochaine réunion des Cortes et qu’en attendant, le roi devait s’abstenir d’autoriser toute recherche judiciaire au sujet de ceux qui revendiquaient cette situation étant donné que, dans le cas contraire, son autorité serait affectée dans tout le nord du royaume. Blasco de Aísa concluait en disant au roi Pedro IV :

33

« Qu’il vous plaise, seigneur, de prendre soin de ces affaires et de bien faire respecter vos droits, parce qu’en Aragon tout le monde veut accroître ses libertés mais il y a très peu de personnes qui sont favorables à vos droits [55][55] Le document a été publié par Canellas, 1974, n° 5 [1344.03.9],.... »

34

La menace devint évidente quand Alphonse IV voulut percevoir des fonds extraordinaires pour financer une campagne contre le royaume de Grenade au cours des années 1329-1335. Il se heurta alors dans le nord de l’Aragon à une réponse négative, car les habitants de plusieurs localités se retranchèrent derrière leur condition d’infanzones pour accepter de ne payer que le minimum et à ce que cela apparaissent comme un don gratuit. Ce fut le cas de Canfranc, de Murillo et de La Peña, et d’autres villages de vallées telle que celle d’Echo. Le refus de payer fut probablement général si l’on tient compte des instructions que le roi adressa à Ferrer de Lanuza au sujet des localités « qui voudraient payer des quantités minimes et qui refuseraient de contribuer à l’impôt », de telle sorte qu’il devait vérifier « lesquelles étaient exemptes de ce versement par privilège ». Celles qui ne disposaient pas de documents explicites les dispensant de ces aides devaient être contraintes à satisfaire ce que le roi Alphonse demandait dans ses lettres [56][56] Sánchez Martínez, 2003, p. 81-120, cite doc. n° 3,....

*

35

À partir de 1330, cette foule de demandes de franchises individuelles et de causes judiciaires diminua lentement, surtout parce que la servitude était devenu un phénomène résiduel, limité à quelques maisons isolées et à quelques communautés qui n’avaient pas pu profiter de cette opportunité du fait de la présence de seigneurs particulièrement exigeants ou attentifs à leurs prérogatives. La dénomination officielle pour les familles tenues à l’écart de ce mouvement était celle de hombres de signo servicio, probable allusion aux marques que l’on plaçait au-dessus de la porte des maisons de ceux qui continuaient d’être obligés de payer la pecha à leurs seigneurs et les impôts au roi. Néanmoins, la distinction restait importante, puisque les infanzones et les hombres de signo servicio disposaient d’assemblées séparées pour discuter des problèmes de la communauté et nommaient des représentants distincts pour les résoudre. D’autres aspects symboliques méritent d’être soulignés, comme l’inviolabilité du domicile des infanzones, ce qui permit pendant tout le bas Moyen Âge à ces lieux de servir de refuge. Ces résidences étaient parfois des tours ou des maisons fortes, ce qui accentuait le prestige de leurs propriétaires. Il en va de même de l’emploi de signes distinctifs imitant les armoiries des nobles pour revendiquer une position particulière au sein des communautés rurales [57][57] Abella Samitier, 2007, p. 305-316, présente plusieurs.... Ces nuances, qui perdurèrent jusque pendant l’époque moderne, étaient toutefois secondaires au regard des caractéristiques du servage des xie-xiie siècles telles que la possession de la terre et l’encadrement des familles par les grands propriétaires nobles et ecclésiastiques [58][58] L’importance de l’honneur dans les sociétés du nord.... Après la Peste noire, la servitude aragonaise disparut presque totalement et il n’en resta plus guère que quelques vestiges servant surtout à marquer la distinction au sein de communautés rurales isolées.


Annexe

9 mars [1344]. Blasco de Aísa, conseiller de Pierre IV d’Aragon, informe le roi de la prolifération des lettres de infanzonía dans le nord du royaume

36

Ed. A. Canellas, « Fuentes de Zurita : documentos de la alacena del cronista relativos a los años 1302-1478 », Cuadernos de Historia Jerónimo Zurita, 23-24, 1970-1971, n° 5, p. 328-330 (nous ne reprenons ici que la partie concernant le problème du servage).

Otrosi, senyor, sabet que si no y dades recaudo quantos hommes ha en los lug[ares de las] montanyas de Aragon se faran infanzones con una grant collusion que fazen, porque el lugar do habia vint ho trenta ho quaranta casados, fazen emprendemiento que los unos fagan testimonio por los otros que son infanzones et que nunca peytaron, et desque ayan salvado sus infanzonias, que depues en semblant manera los vos fagan testimonio por ellos ; et [en esta] manera se [ficier]on bien cient et vint salvas de infanzonias de que vos partiestes de Zaragoza, lo que no se solia fer en X anyos.

Et porque adiesso no se puede prender remedio final entro que vos, si a Dios plaze, fagades Cort General en Aragon, e por mano podedes proveyt que a tiempo de hun anyo ho quanto vos sera justo, mandedes a vuestro vicecanceller e a don Garcia Perez que no den ninguna comission sobre infanzonia ni atorguen ninguna actorizacion de salva de [infanzo]nia enta ni mientre aca castiga[dos seran] estos qui fazen aquestas fraus, et despues vos, si a Dios place, seredes en Aragon et por Cort [dare]des alguna provision.

Placia vos, senyor, que destos afferes ayades cura, et que querades seyer por vuestra jurisdiccion, porque en Aragon todas las gentes es[tan a] acrecer su libertad et ay muy pocas personas que sean por vuestra jurisdiccion.

En outre, seigneur, vous savez que si vous n’y prenez pas soin, tous les hommes qui vivent dans les différents lieux des montagnes de l’Aragon se feront infanzones au moyen d’une grande tromperie, car là où il y avait vingt, trente ou quarante ménages, ils ont fait des arrangements entre eux, certains faisant des témoignages pour les autres en disant qu’ils sont infanzones et qu’ils n’ont jamais payé le cens. Après avoir obtenu leurs lettres d’infanzonia, ils témoignent de la même manière en faveur des autres. De cette façon, ils ont bien obtenu cent vingt lettres d’infanzonia depuis que vous êtes parti de Saragosse, ce que l’on n’avait pas coutume de voir, jusqu’à présent, en dix ans.

C’est pourquoi, suite à cela, il n’est pas possible de trouver une issue à cette situation avant que, s’il plaît à Dieu, vous ne réunissiez un plaid général en Aragon. Et par votre main, vous pourriez y pourvoir d’ici un an, ou quand bon vous semblera. En attendant, vous ordonnerez à votre vice-chancelier et à dom Garcia Perez qu’ils ne donnent aucun ordre sur l’infanzonia et qu’ils n’attribuent aucune lettre d’infanzonia tant que ceux qui commettent ces fraudes ne seront pas punis. Ensuite, s’il plaît à Dieu, vous tiendrez des assises en Aragon et, par le Parlement, vous leur donnerez une certaine provision.

Qu’il vous plaise, seigneur, de prendre soin de ces affaires et de bien faire respecter vos droits, parce qu’en Aragon tout le monde veut accroître ses libertés mais il y a très peu de personnes qui sont favorables à vos droits.

Ce texte reprend la communication presenté au Colloque « Nouveaux servages » et société en Europe (xiiie-xixe siècle), Besançon, 4-6 octobre 2007. Que Nicolas Carrier, Jean-Marc Moriceau et Bernard Bodinier soient assurés de ma reconnaissance pour m’avoir permis de participer à ce colloque. Je remercie aussi Philippe Sénac son aide pour la traduction du texte. Toutes les imperfections, cependant, sont de ma responsabilité.


Bibliographie

  • Abella Samitier, Juan, La Villa aragonesa de Sos en la Baja Edad Media : economía, sociedad y manifestaciones de poder, Thèse de doctorat inédite, Saragosse, 2007.
  • Ashton, T. H., et Philpin, C. H. E., (éd..), The Brenner Debate: Agrarian Class Structure and Economic Development in Preindustrial Europe, Cambridge, 1985
  • Barthélemy, Dominique, « Qu’est-ce que le servage, en France, au xie siècle ? », Revue Historique, 582, 1992, p. 233-284 ;
    —, La Mutation de l’an Mil a-t-elle eu lieu ? Servage et chevalerie dans la France des xe et xie siècles, Paris, Fayard, 1997.
  • Benito i Monclús, Pere, Senyoria de la terra i tinença pagesa al comtat de Barcelona (segles xi-xiii), Barcelona, 2003.
  • Berthe, Maurice, Famines et épidémies dans les campagnes navarraises à la fin du Moyen Âge, Paris, 1984.
  • Bisson, Thomas N., « The Crisis of Catalonian Franchises (1150-1200) », in Portella i Comas, J., (éd.), La Formació i expansió del feudalisme català, Actes del Col.loqui organitzat pel Col.legi Universitari de Girona, Estudi General, 5-6, 1986, p. 153-174 ;
    —, Tormented Voices. Power, and Humanity in Rural Catalonia, 1140-1200, Cambridge (Mss.) et London, 1998.
  • Bloch, Marc, Rois et serfs et autres écrits sur le servage, Paris, 1996.
  • Bonnassie, Pierre, « Survie et extinction du régime esclavagiste dans l’Occident du haut Moyen Âge (iv-xi s.) », Cahiers de civilisation médiévale, 28, 1985, p. 307-343 ;
    —, « Le servage : une sous-féodalité. Le témoignage des documents catalans (fin xie-xiie siècle) », Les Formes de la servitude. La servitude dans les pays de la Méditerranée occidentale chrétienne, Mélanges de l’École Française de Rome. Moyen Âge, 112 /2 (2000), p. 643-661.
  • Bourin, Monique, et Freedman, Paul H., « Conclusion », Les Formes de la servitude. La servitude dans les pays de la Méditerranée occidentale chrétienne, Mélanges de l’École Française de Rome. Moyen Âge, 112 /2 (2000), p. 1039-1055.
  • Brenner, Robert, « Agrarian Class Structure and Economic Development in Preindustrial Europe », Past and Present, 70, 1976, p. 30-76.
    —, « Agrarian Roots of European Capitalism », Past and Present, 97, 1982, p. 16-113.
    —, « The rises and declines of serfdom in medieval and early modern Europe », in Bush, M. L., (éd.), Serfdom and Slavery. Studies in Legal Bondage, London, 1996, p. 247-276.
  • Canellas López, Ángel, « Fuentes de Zurita : documentos de la alacena del cronista relativos a los años 1302-1478 », Cuadernos de Historia Jerónimo Zurita, 23-24, 1970-1971, p. 267-405.
    —, « Fuentes de Zurita. Anales iii, 66-67. Las asambleas de Calatayud, Huesca y Ejea en 1265 », Cuadernos de Historia Jerónimo Zurita, 31-32, 1978, p. 7-42.
  • Conde y Delgado de Molina, Rafael, « La salva de la infanzonía aragonesa : Fueros, praxis documental y archivo », Aragón en la Edad Media. xiv-xv. Homenaje a la profesora Carmen Orcástegui Gros, Saragosse, 1999, p. 313-328.
  • Conte, Emanuele, Servi medievali. Dinamiche del diritto comune, Roma, 1996.
  • Cursente, Benoît, « Puissance, servitude, liberté. Les ‘casalers’ gascons au Moyen Âge », Histoire et Sociétés Rurales, 6, 2e semestre 1996, p. 31-50.
    —, Des Maisons et des hommes. La Gascogne médiévale (xie-xve siècle), Toulouse, 1998.
  • Delgado Echevarría, Jesús, Los Fueros de Aragón, Saragosse, 1997.
  • Díaz de Durana y Ortiz de Urbina, José Ramón, La Otra nobleza. Escuderos e hidalgos sin nombre y sin historia. Hidalgos e hidalguía universal en el País Vasco al final de la Edad Media (1250-1525), Vitoria, 2004.
  • Duby, Georges L’Économie rurale et la vie des campagnes dans l’Occident médiéval, Paris, 1962.
  • Falcón Pérez, María Isabel, Prosopografía de los infanzones de Aragón (1200-1400), Saragosse, 2003.
  • Feliu i Monfort, Gaspar, « La pagesia catalana abans de la feudalització », Anuario de Estudios Medievales, 26/1, 1996, p. 19-41.
  • Feller, Laurent, Paysans et seigneurs au Moyen Âge. viiie-xve siècles, Paris, 2007.
  • Freedman, Paul H., « La servidumbre catalana y el problema de la revolución feudal », Hispania, lvi/2, n° 193, 1996, p. 425-446.
    —, The Origins of Peasant Servitude in Medieval Catalonia, Cambridge, 1991.
    —, et Bourin, Monique, (éd.), Forms of Servitude in Northern and Central Europe. Decline, Resistance and Expansion, Brepols, 2005.
  • Hatcher, John, « English serfdom and villeinage: towards a reassessment », Past and Present, 90, 1981, p. 3-39.
    —, et Bailey, Marc, Modelling the Middle Ages. The History and Theory of England’s Economic Development, Oxford, 2001.
  • Hilton, Rodney H., Bond Men made Free. Medieval Peasant Movements and the English Rising of 1381, London, 1973.
    —, The Decline of Serfdom in Medieval England, Basingstoke, 1969.
  • Huici Miranda, Ambrosio, et Cabanes Pecourt, María Desamparados, (éd.), Documentos de Jaime I de Aragón, t. iii., 1251-1257, Saragosse, 1978.
  • Hyams, Peter R., Kings, Lords and Peasants in Medieval England. The Common Law of Villeinage in the Twelfth and Thirteenth centuries, Oxford, 1980.
  • Ibarra Rodríguez, Eduardo, (éd.), Documentos correspondientes al reinado de Sancho Ramírez (1063-1094) : documentos particulares procedentes de la real casa y monasterio de San Juan de la Pena, Saragosse, 1913.
  • Jordan, William Ch., From Servitude to Freedom. Manumission in the Sénnonais in the Thirteenth Century, Philadelphia, 1986.
  • Lacarra, José María, « ‘Honores’ et ‘tenencias’ en Aragon (xie siècle) », in Les Structures sociales de l’Aquitaine, du Languedoc et de l’Espagne au premier âge féodal, Paris, 1969, p. 143-186 ;
    —, et MartÍn Duque, Ángel J., Fueros derivados de Jaca, t. 1, Estella-San Sebastián, Pamplona, 1969, et 2. Pamplona, Pampelune, 1975.
  • Laliena Corbera, Carlos, « Documentos sobre la servidumbre en la sociedad navarro-aragonesa del siglo xi », Príncipe de Viana, 58, n° 211, 1997, p. 371-392 ;
    —, « La servitude dans le nord de la Péninsule Ibérique : modalités d’un déclin », in Les Formes de la servitude. La servitude dans les pays de la Méditerranée occidental chrétienne, Mélanges de l’École Française de Rome. Moyen Âge, 112 /2, 2000, p. 961-989 ;
    —, « El impacto fiscal en la economía campesina en Aragón a finales del siglo xiii » in Monnaie, crédit et fiscalité dans le monde rural. La conjoncture de 1300 en Méditerranée occidentale, t. iii, Madrid, 2007, à paraître ;
    —, « La servidumbre en Aragón durante los siglos xi al xiii : naturaleza y evolución de una estructura de dominación feudal », Revista de Història Medieval, 13, à paraître.
  • Lapeña Paúl, Ana Isabel, (éd.), Selección de documentos del monasterio de San Juan de la Pena (1195-1410), Saragosse, 1995.
  • Larrea, Juan José, « La condición del campesinado navarro-aragonés entre los siglos ix y xii : una revisión crítica », En la España Medieval, 29, 2006, p. 383-409 ;
    —, La Navarre du ive au xiie siècle. Peuplement et société, Paris, Bruxelles, 1998.
  • Ledesma Rubio, María Luisa, (éd.), Cartas de población del reino de Aragón en los siglos medievales, Saragosse, 1991.
  • Lema Pueyo, José Ángel, (éd.), Colección Diplomática de Alfonso I de Aragón y Pamplona (1104-1134), San Sebastián, 1990.
  • Martín Duque, Ángel J., (éd.), Documentación medieval de Leire (siglos ix a xii), Pamplona, 1983.
  • Molho, Mauricio, (éd.), El Fuero de Jaca. Edición crítica, Saragosse, 1964, reéd fac similé, Saragosse, 2003.
  • Morsel, Joseph, L’Aristocratie médiévale. ve-xve siècle, Paris, 2004.
  • Mousnier, Mireille, « Jeux de mains, jeux de vilains. Hommage et fidélité serviles dans le Languedoc médiéval (xiie-xiiie siècles) », Histoires et Sociétés Rurales, 14, 2e semestre 2000, p. 11-54.
  • Pérez Martín, Antonio, (éd.), Los Fueros de Aragón. La Compilación de Huesca. Edición crítica de sus versiones romances, Saragosse, 1999 ;
    —, « La primera codificación oficial de los fueros aragoneses : las dos Compilaciones de Vidal de Canellas », Glossae, 2, 1989-1990, p. 9-80.
  • Sánchez Martínez, Manuel, « Sobre la fiscalidad real en el reino de Aragón durante el primer tercio del siglo xiv : los subsidios para la campaña granadina (1329-1335) », in id., Pagar al rey en la Corona de Aragón durante el siglo xiv, Barcelone, 2003, p. 81-120.
  • Savall y Dronda, Pascual, et Penen Debesa, Santiago, (éd..), Fueros, Observancias y Actos de Corte del Reino de Aragón, Saragosse, 1866.
  • Scott, James C., Weapons of the Weak. Everyday Forms of Peasant Resistance, New Haven, 1985.
  • Sesma Muñoz, José Ángel, « La transformación de la fiscalidad real en la Baja Edad Media » in xv Congreso de Historia de la Corona de Aragón, t. i, vol. 1, Zaragoza, 1996, p. 221-291.
  • Tilander, Gunnar, (éd.), Vidal Mayor.Traducción aragonesa de la obra « In excelsis Dei thesauris » de Vidal de Canellas, Lund, 1956.
  • To Figueras, Lluis, « El nom dels masos (el domini de Santa Maria de Vilabertran en els segles xi-xiii) », in Congost, Rosa, et To, Lluis, (éd.), Homes, masos, història. La Catalunya del Nord-Est (segles xi-xii), Monserrat, 1999, p. 23-42 ;
    —, « Le mas catalan du xiie siècle : genèse et evolution d’une structure d’encadrement et d’asservissement de la paysannerie », Cahiers de Civilisation Médiévale, xe-xiie siècles, 36/2, 1993, p. 151-177 ;
    —, « Servitude et mobilité paysanne : les origines de la ‘remença’ catalane (xiie-xiiie siècle) », in Les Formes de la servitude. La servitude dans les pays de la Méditerranée occidental chrétienne, Mélanges de l’École Française de Rome. Moyen Âge, 112 /2, 2000, p. 827-865.
  • Ubieto Arteta, Antonio, (éd.), Jaca : documentos municipales (971-1269), Valence, 1975.

Notes

[*]

Université de Saragosse (Espagne), Faculté de Filosofía y Letras, rue Pedro Cerbuna, 12, 50009, Saragosse. Courriel : <claliena@ unizar. es>

[1]

Brenner, 1976. Pour la période antérieure, Bloch, 1996 ; Hilton, 1969 et 1973.

[2]

Brenner, 1982. Voir aussi The Brenner Debate, 1985, avec les articles critiques. Plus récentement, Hatcher et Bailey, 2001.

[3]

Pour une prise de position envers R. Brenner et R. H. Hilton : Hatcher, 1981. Jordan, 1986.

[4]

Bonnassie, 1985.

[5]

Barthélemy, 1992 et 1997.

[6]

Freedman, 1991.

[7]

Cursente, 1998 et 1996.

[8]

Duby, 1962.

[9]

Les Formes de la servitude, 2000 ; Forms of Servitude, 2005.

[10]

Brenner, 1996.

[11]

Pour la Catalogne, la bibliographie est abondante : Freedman, 1991 et 1996 ; To Figueras, 1993 ; Feliu, 1996 ; elle est plutôt rare pour l’Aragon et la Navarre : Laliena Corbera, à paraître ; Larrea, 1998 et 2006. Les caracteristiques des servages « méditerranéens » sont décrites par Bourin et Freedman, 2000.

[12]

Une édition de sources selectionnées à propos de ce sujet : Laliena Corbera, 1997.

[13]

Martín Duque, 1983, n° 310 [1136], dans le village d’Añués, l’abbé de San Salvador de Leire renonce aux malas peitas et malos fueros quos debent dare et peitare usque ad hanc diem, uidelicet saionias, gallinas, uirgas, circulos, singulos almutes de gisso, et in diebus messis equas debent refferire in area : saion est l’intermediaire seigneurial ; gallinas, « poules» sont des cadeaux sous la forme de ces animaux ; uirgas, « poutres » ou « pieux » sont des matériaux pour la construction ; circulos, peut-être « cerclages de tonneaux » ; almutes de gisso, « certaines quantités de plâtre ». Les « bonnes coutumes » étaient liées à la pleine proprieté de la terre et leur transmission : Ubieto Arteta, 1975, n° 8 [1077]: et ubicumque aliquid comparare vel acaptare potueritis in Iacam, vel foras Iacam, hereditatem de ullo homine, abeatis eam liberam et ingenuam sine ulo malo cisso. La azofra, Lema Pueyo, 1990, n° 62 [1115], charte de Alphonse Ier pour les habitants d’El Frago : et non faciatis ulla açofra nisi hoste.

[14]

Larrea, 1998, p. 546-547.

[15]

À titre de comparaison avec la Catalogne : Bonnassie, 2000, p. 643-661.

[16]

Lacarra, 1969, p. 176-177 : Hec est carta de fueros et usaticos quod habuerunt infançones et barones de Aragone cum rege don Pedro, cui sit requies.

[17]

Parmi d’autres, on peut citer la charte de la fondation du bourg de Puy de Pintano par Alphonse II (1162) qui souligne la possibilité pour les infanzones de déplacer leur résidence dans la villeneuve, sans rien perdre de leur franchise fiscale. Les paysans serfs pouvaient s’y installer en laissant les terres de leurs seigneurs – et ils devenaient libres par la suite –, mais s’ils préferaient conserver ces possessions, ils devaient payer les cens dus : et nullo populatore qui venerit ibi populare et steterit cotidie in ista populatione si habet hereditates regalencas in aliis locis, quod habeat illas franchas et liberas ad foro de Iacha. Similiter, nullo homine qui teneat hereditate de i[n]fanzone in alio loco et venerit populare et stans cotidie in ista populatione et voluerit tenere ipsa hereditate de ipso i[n]fanzone, faciat ei inde directum, sicut solet facere, et si noluerit eam tenere (…) dimittat eam et sedeat franchum et liberum in ista populatione ad foro de Iacha. Le roi distribue aussi des terres aux paysans et permet de défricher les zones incultes. Il faut penser que ces cultivateurs essayèrent de conserver leurs anciennes tenures avec la nouvelle liberté sans en payer les redevances, en particulier aux monastères : Ledesma Rubio, 1991, n° 86.

[18]

Plusieurs exemples de listes dans Laliena Corbera, 1997.

[19]

Pérez Martín, 1999, p. 386 : De villa[no] que es casado con muller infançona. Todo villana que sia casado con muller infançona deve seer franco de servicio del rey, como infançon, tanto quanto querra bevir en el heredamiento d’aquella muller, mientre que ella sia muerta o biva. Mas de sus heredades que avya d’antes o que gano despues, deve peytar e fer servicio al rey como villano. E todos los fillos e todas las fillas que avran amos seran todos tienpos villanos […] De infançon casado con muller villana. Si el infançon se casara con villana, todos los fillos que ayan entramos seran todos tienpos buenos infançones […]. On peut résumer ce texte en disant que les fils suivent la condition du père, qu’un serf (villano) peut obtenir un franchise temporelle s’il réside à la maison et sur les terres de sa femme libre (infanzona), mais que les biens fonciers qu’il avait ou qu’il pourrait acquérir restent serviles ; il doit aussi payer la pecha pour ces biens.

[20]

Arch. Couronne d’Aragon, Cancillería, Infanzonías, leg. 6, n° 74, f. 55r-56v : temoignage de Miguel Gil de Berdún, serf, dans un procés sur l’infanzonia reclamée par Domingo Ibanez de Ayerbe, voisin de Larués : fama est quod infancones de Larues qui non poterint dedise filiabus suis de bonis suis cum infançonibus, dederunt eis nuptii hominibus signi servicii propter divitias ipsorum, et inmistuerunt se cum illis, et erit malum si occasione illorum amitate infancones ius suum […] Interrogatus si sciebat qui sunt illi qui debent esse infançones et qui non, dixit quod non. Le chiffre des familles d’infanzones est donné par le temoignage de Miguel Jiménez de Larués, fos 58v-59.

[21]

Ubieto Arteta, 1975, n° 8 : notum omnibus hominibus qui sunt usque in orientem et hoccidentem et septentrionem et meridiem quod ego [le roi Sancho Ramírez] volo constituere civitatem in mea villa qui dicitur Iaka. In primis, condono vobis omnes malos fueros quos abuistis usque in hunc diem… concedo et confirmo vobis (…) totos illos bonos fueros quos michi demandastis ut mea civitate sit bene populata.

[22]

Molho, 2003 (1964). La diffusion du Fuero de Jaca a été étudiée par Lacarra et Martín Duque, 1969-1975.

[23]

Cf. texte cité à la note 3, qui se complète avec la clause : Et postquam anno uno et die supra eam tenebitis sine inquietatione, quisquis eis inquietare vel tollere vobis voluerit, det michi [au roi] lx solidos; et insuper confirme vobis hereditatem. Le cisso est le censum, le cens.

[24]

Il s’agit de contrats dans lesquels les redevances sont qualifiées de tributum et non de peyta, ils incluent la dîme, et ils sont stipulés pour deux ou trois vies, avant de devenir normalement perpétuels au cours du xiiie siècle. Ces contrats ne permettent pas vendre ou de diviser la tenure et ils ne sont pas définis comme des emphytéoses avant la fin du siècle. Dans certains cas, ils excluent clairement les exigences serviles : Arch. Histórico Nacional, Clero, carp. 717, n° 20 [1171.01], Alphonse II au nom de San Juan de la Peña donne une maison et leur tenure à Villamuerta à un certain Domingo de Avuorta, contre une rente en céreales et un mouton, et hoc dando non faciatis inde host neque precaria neque aliud usaticum. La precaria est une exigence du seigneur, propre aux vilains. Il n’est pas rare que ces contrats soient liés à l’obligation de construire ou refaire les maisons. Autres exemples tirés des fonds de San Juan de la Pena : Arch. Histórico Nacional, Clero, carp. 718, n° 9 [1195], 10 [1198.01], carp. 719, n° 9 [1195-1219], carp. 720, n° 12 [1202.07], carp. 721, n° 7 [1206.03.31], carp. 722, n° 8 [1215.08.30], n° 14 [1221.04.22], etc. Les contrats pour la location des vignes sont aussi de ce type. Il est utile de les comparer avec Benito i Monclús, 2003. Savall et Penén, 1866, p. 230, législation sur l’emphytéose à l’époque de Jacques Ier (1247) ; le même texte en langue vernaculaire, avec un commentaire qui montre quelques détails sur l’usage du iure emphiteatico fait par l’évêque Vidal de Canellas, dans Tilander, 1956, p. 362-368.

[25]

Laliena Corbera, 2000, p. 961-989 ; To, 2000, p. 827-865. Bisson, 1986 et 1998, souligne que la crise de la paysannerie catalane est plus ample et concerne aussi les communautés de certaines parties de la Catalogne méridionale.

[26]

Freedman, 1991.

[27]

Feller, 2007, p. 163-191.

[28]

Une vision generale dans Delgado Echeverría, 1997 ; un analyse plus spécifique sur l’origine des Fueros dans Pérez Martín, 1989-1990, p. 9-80.

[29]

C’est un problème général : au cours du xiiie siècle s’impose la nécessité de séparer les services honorables qui sont liés à la vassalité noble des services déshonorants propres aux serfs ou, en tout cas, aux paysans soumis à la seigneurie : Morsel, 2004, p. 216-220. Pour la Gascogne, Cursente, 1998, et pour le Languedoc, Mousnier, 2000, p. 11-54.

[30]

Savall et Penén, 1866, p. 246 : Item, quicumque miles, infantio aut alius dixerit contra alium hominem quod suus villanus est et debet ei servire ratione de villano, et negaverit interrogatus quod non est suus villanus, ad hoc probandum debet dare duos infantiones qui iurent pro eo super librum et crucem quod non est suus villanus qui cum demandat per villanum et sint ille et descendentes ab illo liberi ab illo qui quaerebat eum per villanum et de successoribus suis.

[31]

En 1092, García Galíndez de Cenarbe revendiquait sa liberté à l’égard du monastère de San Juan de la Pena et, aprés avoir reconnu l’autorité de l’abbé, il reussit à prêter un service comme cavallarius, s’il le pouvait, et, dans le cas contraire, il devrait s’acquitter du cens, comme le reste des serfs de ce village. À la même epoque, Galindo Dacones de Lecueita refusa de payer les redevances serviles et il accepta seulement de faire les devoirs liés à la cavalleria dans le groupe des vassaux du monastère : Ibarra Rodríguez, 1913, n° 77 [1092] et 85 [vers 1088].

[32]

Le plus ancien, et pratiquement le seul exemple du xiie siècle : Lema Pueyo, 1990, n° 231, Alphonse Ier dit facio hanc cartam franquitatis tibi, Enneco Exemenons de Iassa et ad totam tuam generationem […] Et volo quod homines de totam meam terram sciant quod tres infancones venerunt iurare prot te et pro tua infanconia ad meam cappellam in Ardenes. Il y a des notices de plusieurs de ces chartes dans Falcón Pérez, 2003.

[33]

Pérez Martín, 1999, p. 382-384 : Ningun infançon no es tenudo de responder sobre demanda que ninguno li faga de infançonia sino en poder del rey o d’otro a qui el rey lo oviesse comendado. La forme de prouver la condition d’infanzon ou libre c’est : aquel infançon deve aver dos caveros que sian sus parientes de partes de padre, e aquellos caveros deven iurar sobre libro e cruz en presencia de muytos como aquel lur parient es infançpm lealmientre por partes de su padre.

[34]

Hyams, 1980.

[35]

Canellas López, 1978, p. 40-41. Les deux paragraphes fondamentauxs sont : quod de cetero duo milites possint salvare quemlibet infancionem, aut sit consanguineus eorum aut non; et dominus rex nullum retornum habeat contra eos quousque probentur periurium; et quando unus fratrum fuerit salvus quod omnes alii fratres sint salvi, et quod omnis infancio de cetero possit libere emere ad hominibus regis hereditates et possessiones prout regales homines possunt ab hominibus infancionum; et hereditates sive possessiones quas emerint ab eis sint de cetero infancione, franche et libere ab omni regali servicio.

[36]

L’apparition des registres de la Chancellerie royale permet, dès 1257, de retrouver des copies des chartes octroyées aux bénéficiaires de ces salvas de infanzonía. La première insérée dans ces registres est celle concédée à Domingo Pérez de Filera : Arch. Couronne d’Aragon, Cancillería, reg. 9, f. 49, publiée par Huici-Cabanes, 1978, n° 846 [1257.11.19].

[37]

Conde y Delgado de Molina, 1999, p. 313-328, présente toute la réglementation des Fueros à propos de la procédure.

[38]

Le formulaire se trouve dans Arch. Couronne d’Aragon, Cancillería, reg. 123, f. 1, éd. par Conde y Delgado de Molina, 1999, p. 31-318 : Forma infançonie […] Volumus tamen quod testes qui fuerint nominati, tam super possessione probanda, quam super salva infançonie predicte, iurent in posse vestro, vosque ipsorum dicta recipiatis vel, vobis presente, eorum dicta recipi faciatis, cum ad hoc persone vestre industriam duxerimus eligendam, ut inde nos certificare valeatis, prout vobis possibile fuerit, et quae fuerit condicio eorumdem quantaque fides, secundum ipsorum testium statum et condicionem, sibi debeat adhiberi. Le formulaire utilise le pluriel parce qu’il se réfère à des frères, je l’ai traduit librement au singulier. Ce formulaire date de 1302, parce qu’il est placé dans un registre de cette année et, en tout cas, il est postérieur à la réunion des Cortes aragonnaises de Saragosse de 1300, parce qu’il le signale dans le texte.

[39]

Conde y Delgado de Molina, 1999, p. 324, qui édite le document en appendice : le roi dit au Justicia de Aragon si inveneritis dictum Dominicum in possesion infançonie, et non fecisse in vita sua servitutem regalem, nec hostensum fuerit vobis quod eius pater et avus fecerunt servitutem regalem ne doit permettre que ce Domingo Sieso soit obligé à faire aucun service et, après la déposition des témoins, il doit donner sa sentence favorable à ce personnage.

[40]

À titre d’exemple, Arch. Couronne d’Aragon, Cancillería, Infanzonías, n° 102, procès sur la demande d’infanzonía de Sancho Marraco, voisin de Murillo de Gállego, serment des chevaliers, ff. 15v-16 : Ego, dompnus Michael d’Alvero, vicinus de Ponpien del Rey, predictus, juro per Deum et hoc sancta eius quatuor evangelia et crucem Domini Nostri Ihesu Christi coram mei ponita et a me corporaliter tacta quod dictus Sancius Marracho es infancion hermunius, qui debet recipere et non dare pro aliqua villania, et hostendam, si necessarie fuerit, casalem unde sua processit ingenuitas, quod casale est in Barchao, quod dicitur « de los Marrachos ». Ici, casal indique à la fois le lieu, la maison et la proprieté qui sont à l’origine de la liberté familiale et la lignée qui, malgré sa dispersion, continue à être identifiée grâce au casal. On peut comparer avec Cursente, 1998, p. 108-111, et To Figueras, 1999, p. 23-42. Finalement, hermunius signifié « celui qui a l’inmunité » (fiscale ou seigneuriale).

[41]

Procès cité à la n. 10. L’enquête a été très méticuleuse au sujet des rumeurs selon laquelle les infanzones du village de Larués auraient fait des travaux serviles pour Juan de Logran comme : apporter des pierres pour la construction de leur résidence, aller travailler aux champs seigneuriaux pendant la moisson et au battage, etc. Au cours de ces travaux, ils auraient offert des repas à leurs serviteurs et vassaux, comme doivent faire les « hommes de service ». Les infanzones affirmaient quand à eux qu’ils avaient donné ces repas (cenas) de leur plein grè et non pour accomplir une obligation.

[42]

Conte, 1996.

[43]

L’ambigüité néanmoins persistait : au xive siècle, les habitants de Ejea et de Tauste, deux gros villages de la vallée de l’Èbre, réclamaient le statut nobiliaire collectif parce qu’ils s’y étaient établis avec les libertés propres des infanzones et ils exigeaient une place parmi les nobles dans les assemblées parlementaires du royaume, les Cortes, malgré les protestations justifiées du reste des villes, qui avaient des franchises du même type. Aujourd’hui encore, Ejea s’appelle Ejea de los Caballeros pour cette raison.

[44]

En général, Sesma Muñoz, 1996, p. 221-291, et pour la conjoncture 1276-1285, Laliena Corbera, 2007.

[45]

De grosses quantités d’argent étaient aussi demandées en échange des services militaires que les milices des villes n’avaient pas voulu faire contre les nobles catalans opposés au roi vers 1280.

[46]

Même chose pour les immigrants d’origine pyrénéenne dans les villages de la plaine de l’Èbre: Arch. Couronne d’Aragon, Cancillería, reg. 41, f. 19 [1278.11.17] : le roi ordonne que tous les habitants d’Alquézar qui affirment être infanzones prouvent leur condition. Avec un contenu presque identique, reg. 41, f. 19 [1278.11.17] (Pina de Ebro) ; reg. 41, f. 16v [1278.11.20] (Ejea); reg. 41, f. 15v [1278.11.20] (El Castellar) ; reg. 48, f. 96 [1280.07.24] (Alagón) ; de nombreux autres exemples de réclamations individuelles pour ces années dans Falcón Pérez, 2003.

[47]

Arch. Histórico Nacional de Madrid, Clero, carp. 725, n° 3 [1275.06.26], édité par Lapeña Paúl, 1995, p. 329-331.

[48]

L’affaire produisit un immense dossier documentaire ; je citerai seulement un texte : Arch. Couronne d’Aragon, Cancillería, reg. 86 f. 190v édité par Lapeña Paúl, 1995, p. 333 [1292.09.4] : le roi signale à un de ses fonctionnaires qu’il a ordonné à Rodrigo Jiménez de Luna quod villas, fortitudines, hereditamenta, tributa et alios redditus sive iura que absque iusto titulo tenet de monasterio Sancti Iohannis de Penna restituat incontinenti.

[49]

Cf. n. 10. On conserve, en outre, les procès de trois de ces 42 infanzones : Arch. Couronne d’Aragon, Cancillería, Infanzonias, leg. 5, n° 68, 69 ; leg. 6, n° 76.

[50]

Scott, 1985.

[51]

Falcón Pérez, 2003. Il s’agit de sondages faits par cet auteur dans les registres de la Chancellerie royale et non de résultats définitifs. Pour chaque village il peut exister des chartes qui n’ont pas été découvertes.

[52]

La liste fournie par Falcón Pérez, 2003, comprend un grand nombre de chartes pour des infanzones qui habitent dans les villes et bourgades de la Vallée de l’Èbre, et qui indiquent leur provenance des casaux montagnards dont ils sont des descendants par voie masculine.

[53]

Savall et Penen, 1866, p. 247 : Cum totum regnum et terra sit damnificatum pro eo quia multae salvae infantionum sunt factae contra veritatem et ex hoc etiam tota Militia et Infantionia sit quodam modo vilipensa, statuimus quod de cetero milites qui salvam facient diligenter interrogentur per illum qui recipiet ipsam salvam, videlicet, in quali et in quod gradu est eorum consanguineus ille pro quo volunt facere salvam. Ils doivent dire le nom du père et des aïeuls et signaler le casal de provenance de la lignée. La punition pour les fraudeurs figurait déjà dans la Compilation de Huesca de 1247, mais elle a ici une dimension un peu différente.

[54]

Falcón Pérez, 2003, p. 37-72. Il est impossible de savoir s’il existait une relation de parenté entre tous ces personnages. Pedro Ortiz de Rufas habitait à Lupiñén en 1283 ; Pedro Gil de Rufas à Luesia (1283) et puis à Biel (1302). Il semble que leurs biens se trouvaient au nord de Saragosse et de Huesca, mais il est difficile d’établir une quelconque conclusion.

[55]

Le document a été publié par Canellas, 1974, n° 5 [1344.03.9], voir l’annexe pour la partie qui concerne le déclin du servage.

[56]

Sánchez Martínez, 2003, p. 81-120, cite doc. n° 3, p. 112 : le roi dit à Ferrer de Lanuza quantum vero ad alias universitates predictas, in modicis quantitatibus subvenire volentibus, et ad alias eciam dare subsidium denegantes, vos volumus sic habere, quam ab illis quas inveneritis a prestation subsidii per privilegia fore inmunes, dictum subsidium nisi gratanter nobis subvenire concesserint minime exigatis. Ab aliis autem non habentibus franquitatem subsidium supradictum per vos exigi et haberi volumus […] et ad hec ipsas universitates compellatis et compellere faciatis.

[57]

Abella Samitier, 2007, p. 305-316, présente plusieurs exemples relatifs à Sos, une grande bourgade rurale de la région.

[58]

L’importance de l’honneur dans les sociétés du nord de la péninsule Ibérique au bas Moyen Âge et à l’époque moderne a assuré la réussite de ces signes de distinction, tout comme l’éxonération des impôts. On peut établir de fructueuses comparations avec le Pays Basque et la Navarre : Díaz de Durana y Ortiz de Urbina, 2004, et Berthe, 1984.

Résumé

Français

Cet article examine l’une des causes par lesquelles la servitude aragonaise, qui s’était développée au xie siècle, décline lentement au cours des xiie et xiiie siècles. Il s’agit de l’intervention de l’État qui, au moment où il procède à la normalisation du droit, tente de définir les statuts légaux. Ce processus permet aux paysans serfs du nord de l’Aragon de réclamer devant la justice royale une condition nobiliaire qui, en même temps, équivaut à la liberté. Entre 1280 et 1300, une grande partie des paysans de cette région ont ainsi échappé à une ancienne servitude « méditerranéenne ».

Mots-clés

  • Aragon
  • État
  • fiscalité
  • justice
  • Moyen Âge central
  • noblesse
  • péninsule Ibérique
  • réaction anti-seigneuriale
  • résistance paysanne
  • servage

English

This paper examines the slow decline of Aragonese servitude, a social form which had appeared in the xith century and focusses on State intervention throughout the xiith and xiiith centuries as one of its causes. At the time, the State was in the process of normalizing the Law and defining legal statutes. This allowed serf peasants from Northern Aragon to claim before royal tribunals a noble condition which was tantamount to freedom. Thus, from 1280 to 1300, a large proportion of the peasants of this region escaped a « Mediterranean » servitude already quite old then.

Keywords

  • Anti-nobility backlash
  • Aragon
  • Iberian peninsula
  • justice
  • mid Middle-Age
  • nobility
  • peasant resistance
  • State
  • tax system
  • serfdom

Plan de l'article

  1. Une servitude méditerranéenne et montagnarde
    1. Aux origines du servage aragonais
    2. Une coupure géographique et sociale
  2. Le développement de l’État et la servitude
    1. L’État, le droit et le système judiciaire
    2. L’enquête judiciaire
    3. Le développement de l’impôt et la crise de la servitude aragonaise
  3. Situation conflictuelle anti-seigneuriale et affranchissement au début du xive siècle
  4. *

Pour citer cet article

Laliena Corbera Carlos, « État, justice et déclin de la servitude au nord de l'Aragon au début du xive siècle », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2008 (Vol. 30), p. 7-30.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2008-2-page-7.htm


Pages 7 - 30 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback