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Histoire & Sociétés Rurales

2009/1 (Vol. 31)


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À l’heure où les éditions de sources se font assez rares en Suisse, les ruralistes trouveront dans le Journal d’Avully de Jacques-André Mallet, des informations irremplaçables sur le système agraire et le climat genevois de la fin du xviiie siècle [1][1] Gschwend et Sonderegger, 2008, p. 2-3.. Ce témoignage inédit assure de fructueuses comparaisons avec d’autres régions helvétiques ou européennes. Renfermée dans les écrits du « for privé » de cultivateurs, la source connaît un regain d’intérêt de la part des historiens [2][2] Nos collègues d’Outre-Rhin avec l’utilisation des livres-journaux....

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Dans son Journal de Jacques-André Mallet. a tout noté ; du moins ce qu’il juge digne d’être relaté de l’existence du quotidien du domaine familial de près de 36 ha sis au village d’Avully, à près de 420 m d’altitude, sur la rive gauche du Rhône, à une quinzaine de km à l’ouest de Genève entre 1773 et 1789 : uniquement le climat et son impact sur ses différentes cultures, l’évolution de ces dernières durant leur période végétative, les rendements de ses vignes, de ses terres céréalières, de ses arbres fruitiers et les différents travaux (carte 1).

Carte 1 - L’univers agricole genevois de Jacques-André Mallet (1773-1789) : les principaux lieux mentionnés dans le Journal d’AvullyCarte 1
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S’il est vrai qu’en rapportant le mois qui vient de s’écouler, Mallet opère une mise en ordre où, forcément, il trie parmi les faits, le travail d’écriture auquel il se livre forme le propre de ce qu’il retient de sa perception de la vie d’un grand domaine de la Champagne genevoise ouvert au changement agricole à la fin du xviiie siècle [3][3] La Champagne genevoise est une petite région située.... Néanmoins, nous aurions aimé avoir des renseignements supplémentaires notamment sur les superficies et la composition de chacune des parcelles emblavées ou sur la destination des ventes des différents produits du domaine [4][4] Toutefois, ces renseignements sont disponibles dans.... Mais ne boudons pas notre plaisir car, quand bien des livres de raison de grands exploitants de cette époque se limitent fréquemment à trois ou quatre références (salaires des ouvriers, achats divers et commercialisation des productions par exemple) pour quelques années tout au plus, parfois pour plusieurs décennies mais souvent entrecoupées de nombreuses lacunes, le Journal d’Avully, lui, offre une mine de renseignements précis et en quasi-continue pendant plus de quinze ans [5][5] Sur les lacunes dans les journaux : Moriceau et Postel-Vinay,....

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Les pages suivantes s’efforcent de dégager les grands points qui ressortent du Journal de Mallet et les éventuelles orientations de recherche, forcément discutables, qui en découlent. Dans les limites d’un article et compte tenu de la grande richesse du document, tous ne peuvent être abordés ou au mieux être traités en totalité.

L’auteur : professeur d’astronomie et cultivateur « éclairé »

Un scientifique de formation

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Jacques-André Mallet est né le 23 septembre 1740 à Genève. Il est le fils de Jean-Robert (1702-1777), bourgeois protestant et capitaine (lui même fils de Gédéon Mallet-De la Rive, riche banquier genevois) et de Dorothée Favre († 1802) qui possède le fameux domaine d’Avully. Un accident survenu sur sa cuisse lors de son enfance met un terme à l’espoir de ses parents de le voir embrasser une carrière de militaire. Cela n’empêche pas Mallet de recevoir une excellente éducation au Collège et de rentrer à l’Académie de Genève en 1755. Sur les conseils de Le Sage, il part à 20 ans suivre pendant deux années les cours de mathématique, de mécanique et d’astronomie par Daniel Bernoulli à l’Université de Bâle et s’intéresse notamment au calcul des probabilités. En 1765, Jacques-André effectue un voyage en Angleterre et en France. Il y rencontre les astronomes Jérôme Lalande et Nevil Maskelyne, afin de peaufiner ses connaissances en la matière [6][6] Choisy, 1930, p. 74-76..

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Ses qualités scientifiques lui valent d’être invité en avril 1768, par l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, en Laponie orientale pour analyser en compagnie du juriste Jean-Louis Pictet (1739-1781) un phénomène astronomique unique : le passage de la planète Vénus devant le soleil le 3 juin 1769 [7][7] Candaux, Capdeville, Grenon, Sigrist et Somov, 2005,.... Mallet quitte Saint-Pétersbourg le 3 février 1769 pour le village de Ponoï, lieu de l’observation, sur la péninsule de Kola.

Figure 1 - Jacques-André Mallet (1740-1790)Figure 1
Pastel anonyme et non daté, 50 × 40 cm ; collection privée François Pictet, Genève
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À cause d’un temps nuageux, il ne vit que l’entrée de Vénus sur le bord du disque solaire. Qu’importe, il revient le 29 octobre 1769 à Genève, où il est reçu avec tous les honneurs. Ce parcours lui permet d’être nommé Professeur honoraire d’astronomie à l’Académie de Genève le 26 mars 1771 et d’obtenir de la ville, un an plus tard, la création d’un observatoire sur le bastion Saint-Antoine, en face de l’actuel Collège Calvin. Mallet occupe dorénavant une place de choix dans le réseau des savants européens du siècle des Lumières. Johann III Bernoulli et Lalande le tiennent en haute estime. Dans la foulée, il devient correspondant de l’Académie Royale des Sciences de Paris et celle de Saint-Pétersbourg. Il relate dans leurs Mémoires respectifs ses différents travaux à l’instar des Oppositions de Mars et de Saturne (1776). C’est à partir de ce moment là qu’il vient se retirer à Avully à la belle saison avec ses instruments (lunette, quart de cercle, micromètre et pendule) et qu’il commence la tenue de son Journal d’Avully[8][8] Il est d’usage pour les bourgeois de Genève qui possèdent.... Ce dernier s’interrompt en 1789, peu de temps avant son trépas. Entre deux observations d’étoiles, Mallet y consigne toute la vie de l’exploitation agricole maternelle.

Un grand exploitant à Avully

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Comme tout bon bourgeois genevois de l’époque, Jacques-André Mallet supervise un des rares grands domaines au cœur de la Champagne. En effet, pas plus de 5 % des exploitations dans cette région de bocage, et dans le Genevois en général, ne dépassent les 20 ha. 7 % oscillent entre 10 et 20 ha. Les petites et moyennes unités prédominent : près de 30 % des exploitations ont une taille de moins de 0,5 ha, 29 % se situent entre 0,5 et 2,5 ha et 36 % entre 2,5 et 10 ha [9][9] Zumkeller, 1992, p. 95 et 96.. D’après la matrice cadastrale de 1784, le domaine de la mère de notre astronome est composé, en sus de deux jardins et d’un verger, de 18,7 ha en terres à labour, 8,3 ha en prés, 3,4 ha en « hutins », 1,5 ha en vignes basses [10][10] La matrice indique 0,83 ha, mais il convient de rajouter..., 0,6 ha en « teppes » (terres recouvertes de broussailles) et 3,9 ha en bois, éparpillés dans les multiples lieux-dits du village d’Avully : Susorme, Ramey, Deurre, Surplan, Vers, la Plantée, etc. [11][11] Arch. état. Genève, Cadastre brg 11.. Le cœur de l’ensemble se situe en bordure de la route du moulin Roget (figure 2). Il comporte une maison de maître, une cour pavée et des bâtiments agricoles. Le tout est prolongé à l’arrière par une terrasse surplombant des champs en pente vers le Rhône (figures 4 et 5).

Figure 2 - Structure parcellaire du domaine d’Avully en 1784Figure 2
Source : Arch. État. Genève, Cadastre brg 11.
Figure 3 - La maison du domaine d’Avully vue de la cour (début du xixe siècle)Figure 3

On remarque la présence dans la cour d’une fontaine et de marronniers. En arrière plan, derrière la palissade en bois, on devine la terrasse arborée faisant face au Jura. Mallet fait plusieurs fois référence à ces différents éléments dans son Journal d’Avully.

Source : Fondation des archives de la famille Pictet, apt 4.3.3 ; sépia anonyme.
Figure 4 - Le domaine d’Avully vu de la terrasse (état actuel ; canton de Genève)Figure 4

On distingue toujours la présence des bâtiments ruraux en équerre (grange, écuries et remise) à gauche, de la cour au centre et de la maison à droite surmontée d’une tourelle depuis laquelle Mallet réalisait ses observations astronomiques.

Cliché : Fulgence Delleaux, février 2009.

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Jusqu’au début de l’année 1777, Mallet est aidé par un « granger », sorte de métayer qui apporte une partie du matériel et avec qui il partage le produit de l’exploitation [12][12] Le domaine d’Avully, jusqu’en 1777, illustre le constat.... À sa mort, Mallet « change l’administration de [sa] campagne en prenant des domestiques » et en achetant l’équipement aratoire nécessaire : « 4 bœufs et deux asset bons chariots, ensuite divers autres outils de campagne, herses et 2 charrues non ferrées ». Il devient alors un exploitant en faire valoir direct à l’image de bon nombre de paysans de la région ; assisté de deux valets de charrue, d’un « boveiron » ou gardien de vaches, de deux servantes, tous nourris et logés sur place, et temporairement par des auvergnats pour des grands travaux comme l’arrachage automnal de certaines vignes.

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Après le décès de Jacques-André Mallet, le 31 janvier 1790, l’affaire est reprise en main par sa sœur, célibataire comme lui, Isabelle (1743-1798). Celle-ci poursuit la plupart des livres de comptes de Mallet relatifs au domaine. Il en va de même pour le Journal d’Avully. L’exploitation est ensuite sous le contrôle du neveu de Jacques-André, Jean-Pierre Pictet (1777-1857), née de l’alliance entre Jean-Louis et sa sœur cadette Marguerite (1745-1824). Il en deviendra le propriétaire à la mort de la grand-mère Dorothée Favre. Il publie plusieurs travaux agronomiques dont le Manuel des agriculteurs et des propriétaires ruraux ou recueil des principales dispositions civiles qui les concernent (1853) [13][13] Candaux, 1974, t. 2, p. 339-348.. Son oncle maternel est lui aussi passionné par le sujet – aspect moins connu de ses activités jusqu’à aujourd’hui. On savait qu’il avait écrit quelques mémoires sur la culture du froment et l’élevage des abeilles sans plus précisions [14][14] Michaud, 1820, t. 26, p. 259..

Un passionné d’agronomie

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Il est rare que l’on prenne sur le vif des grands exploitants en plein cœur de leurs essais agronomiques avec tout ce que cela peut comporter : tâtonnements, expériences maintes fois renouvelées, éventuelles erreurs, etc. Le Journal d’Avully nous en offre l’occasion et avec plus d’épaisseur que les rapports et les lettres publiés dans la presse spécialisée de l’époque. Jacques André Mallet se livre à des expériences dans plusieurs domaines de l’agriculture. Par exemple, le 11 octobre 1776, il sème « au jardin derrière la grange […] des grains de bled préparé de différentes manières ».

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En mars 1777, il « fait herser une place du grand champ Surplan pour voir si cela produisoit quelques bons effets au bled ». Le 25 juillet 1780, il « fait semer sur le sainfoin du Ramey un benon de gyp (corbeille de plâtre) sur deux bandes allant de vent à bise l’une entre les 2 piquets ; et [s]on intention est d’en semer 3 ou 4 fois par année à la même place pour voir s’il en résulte quelques effets ». Le lendemain, il « fait un essay de diverses quantités de trèfles semées dans des espaces égaux ; dans 5 espaces de 90 toises chacun », soit au total 3 ares.

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On le remarque, l’astronome ne pratique ces tests que sur de petites parcelles ou dans son jardin pour limiter les risques d’un déficit de récoltes, toujours considérables [15][15] Béaur, 2000, p. 173-174.. Il ne faut rien tenter qui puisse mettre en péril les acquis. Voyez plutôt : en octobre 1779, l’astronome souhaite « essayer si [des lentilles moisies] seroient bonnes pour semer ». Il en plante « 12 grains et 12 grains de saines » et constate que « ces derniers ont tous levé et aucun des autres ». Une autre fois, il ne constate « aucune différence dans les bandes de trèfles gypées de différentes quantités le 26 juillet [1780] ; il faudra [selon lui] répéter l’expérience ». Après la moisson de 1784, il estime que « l’essay fait à Susorme de la drogue de Mr Pictet n’a rien valu » Selon lui, cette drogue a été « jetée trop chaude sur le bled » et ce dernier « n’a levé qu’en partie et cette partie a toujours été faible et a peu prospéré ». De facto, seuls de grands exploitants, disposant de réserves monétaires, d’un capital foncier et d’un stock de semences et d’engrais importants, peuvent s’autoriser de telles expérimentations. L’agriculture pratiquée au sein du domaine de la famille Mallet ne saurait témoigner comme modèle référentiel régional. Le Journal d’Avully n’est que le témoin d’une élite de cultivateurs-propriétaires genevois entrés en agronomie à partir du second xviiie siècle [16][16] Zumkeller, 1992, p. 217-225.. À cette date, l’agronomie suscite un grand engouement en Europe [17][17] Bourde, 1967..

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Les ouvrages sur le sujet se multiplient. Les Sociétés d’Agriculture ou économiques « en vue de relever l’agriculture et le commerce » fleurissent en France, en Grande Bretagne, en Irlande et en Suisse [18][18] Un exemple français récemment étudié : la Société agronomique.... En 1759 est crée celle de Bern, puis celles de Lausanne, Yverdon, Nyon, Payerne, Vevey et en avril 1776 celle de Genève « pour l’encouragement des Arts et de l’Agriculture » [19][19] Pour Bern : Bütschi, Gerber-Visser, Moser, Pfister.... Les Mémoires de cette dernière conservés au Palais de l’Athénée à Genève sont inaccessibles pour l’instant et aucune référence dans la bibliographie ne permet de savoir si Mallet en a été membre. Quoi qu’il en soit, tous les moyens sont dorénavant bons pour améliorer et augmenter les différentes productions agricoles. Car au même moment, la population de Genève, banlieue comprise, connaît une importante croissance. Elle augmente de 25 % entre 1711 et 1755 et de plus de 48 % à l’échelle du siècle (on passe de 18 950 à 28 113 habitants) [20][20] Perrenoud, 1979, p. 35 et 47.. C’est vraisemblablement une manne providentielle pour les grands exploitants des environs.

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À l’affût de l’innovation et du profit immédiat, le message agronomique trouve alors un écho chez certains cultivateurs-propriétaires « éclairés », qui plus est chez un scientifique aux relations multiples et de surcroît aux avant-postes de l’information comme Mallet [21][21] Voir aussi en Alsace : Boehler, 1995, p. 77. Voir également.... Il suffit d’observer, à partir de son journal relatant son expédition scientifique en Laponie, l’importante correspondance échangée avec des savants suisses et étrangers [22][22] Candaux, Capdeville, Grenon, Sigrist et Somov, 2005,.... Le contexte familial et amical favorise aussi cet intérêt pour l’agronomie. L’un des deux assistants fidèles de Mallet à l’observatoire, Marc-Auguste Pictet, est lui aussi intéressé par le sujet, tout comme son frère Charles Pictet de Rochemont. Ils seront les co-fondateurs en 1796 de la Bibliothèque britannique, revue colportant les idées neuves qui circulent Outre-Manche en matière d’agriculture notamment [23][23] Bickerton, 1986.. Leur père, le colonel Charles Pictet, détient une grande exploitation à Cartigny. Mallet y fait fréquemment allusion dans son Journal d’Avully. Il ente même « 5 surjets de greffes de griottes de Turquie » en provenance de son domaine et teste à plusieurs reprises sa « drogue » en matière de préparation des semences.

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Hormis cela, l’astronome recopie méticuleusement à la fin de son Journal de longs extraits de l’Agriculture expérimentale à l’usage des agriculteurs, fermiers et laboureurs de Sarcey de Sutières (1765) et d’un Traité de l’irrigation des prés. En octobre 1776, il mentionne l’utilisation du Traité des prairies artificielles de La Salle de l’Étang (1762) et en septembre 1778, celle du Recueil de pieces oeconomiques et autres curieuses et utiles contenant la meilleure méthode de semer et de moissonner les grains, de cultiver la vigne, de cuver les vins nouveaux, de faire des prairies artificielles de luzerne, esparcette et treffle, des Engrais de terre, des labours, d’élever et tailler les Arbres fruitiers…, (Genève, 1774). À la suite, en 1775, Mallet ne fait-il pas faire « une conduite de tuyaux qui porte l’eau au sommet du pré de la Mouille » ? ne pratique t-il pas au préalable une culture de trèfle sur ses champs de blé en 1781 pour espérer produire de meilleurs rendements (car les nodules du trèfle transmettent de l’azote à la terre et la fertilise) ? ne sélectionne t-il pas et ne prépare-t-il pas minutieusement ses fruits ? En novembre 1774, il fait ainsi « établir une pépinière et y […] plante des sauvageons de poiriers, pommiers, cerisiers, amandiers, pruniers et transporte le prunautier enté de greffes ».

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L’usage abondant d’engrais est également conseillé par les tenants de l’agriculture nouvelle dans le but de favoriser un décollage de la productivité. Outre les traditionnels « chariots de bouses de vaches », boues urbaines et « matières des commodités », Mallet n’hésite pas en octobre 1777 et 1778 à tester des semences trempées dans la « préparation de Mr Tillet ». C’est une lessive avec de la cendre de bois mélangée avec de la chaux, préconisée par l’agronome bordelais. Dans la même optique, notre astronome s’efforce en septembre 1784 d’éprouver « divers essais des remèdes indiqués par Mr l’Abbé Tessier en semant plusieurs planches de bled ». S’ajoute à cela de nouveaux équipements destinés à rationaliser sa production, dont un moulin à vanner visant à assurer un meilleur conditionnement des grains. En août 1776, au lieu d’utiliser un crible à la main, l’astronome « fait faire une machine à vanner et cribler le bled par un tirolois, qui vanne très bien, et beaucoup plus vite que par la méthode ordinaire ».

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Enfin, il lit et suit, nous le verrons ci-après, les conseils de l’agronome genevois Frédéric-Guillaume Maurice et très probablement ceux de ses « confrères » Michel Lullin de Châteauvieux et Nicolas de Saussure. En 1783, il donne libre cours à une espèce de sarrasin en provenance de la Tartarie ayant l’atout de « faire deux récoltes dans l’année » grâce à une croissance rapide. Dix ans auparavant, Saussure recommandait, dans son Produit des blés tirés de pays méridionaux, semés au printemps de l’année 1772, l’usage de blés étrangers qui « doublerait ainsi la récolte en beaucoup d’endroits » [24][24] Zumkeller, 2001..

Le Journal d’Avully : un observatoire privilégié pour reconstituer l’histoire du climat…

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Lorsqu’on parcourt le Journal d’Avully, on est frappé en premier par le fourmillement de données « agro-météorologiques ». Rien de bien original de la part d’un cultivateur dira-t-on. Mais il se trouve que Mallet a consigné avec soin des relevés hydrométriques, de températures et de pressions atmosphériques au sein de l’exploitation familiale, ainsi qu’avec force de détails les conséquences du climat sur ses cultures ; ce qui est exceptionnel pour l’époque (tableau 1). Rappelons que notre auteur fait partie de cette élite scientifique qui dispose évidemment d’instruments ad hoc (en tant qu’astronome, Mallet a besoin d’indications météorologiques pour calculer notamment la réfraction atmosphérique, elle même utile pour ses observations astrales) et de surcroît très coûteux. Même s’il est vrai que quelques riches fermiers (4 cas sur 28 observés par Jean-Marc Moriceau) à l’entour de Paris, au début de la deuxième moitié du xviiie siècle, possèdent eux aussi un thermomètre et un baromètre [25][25] Moriceau, 1994, p. 759-761.. Leurs relevés ne nous sont malheureusement pas parvenus. Ceux de Mallet en sont d’autant plus précieux.

Tableau 1 - La précision des annotations « agro-météorologiques » de Jacques-André Mallet sur le domaine d’Avully : quelques exemplesTableau 1
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De plus, en cultivateur attentif à l’environnement qui l’entoure, Mallet a inscrit dans son Journal de très nombreuses données phénologiques (répartition dans le temps des phénomènes périodiques caractéristiques du cycle vital des organismes dans la nature en fonction du climat) telles que l’apparition des premières feuilles aux marronniers de la cour du domaine, le premier vol des hirondelles, la défloraison des pommiers de son verger ou encore le début du chant du rossignol et du pinson [26][26] Ces données pourront venir enrichir celles déjà récoltées....

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Dans un article pionnier, Anne-Marie Piuz a naguère dressé les grandes tendances du climat à Genève et ses environs à la fin du xviiie siècle, en utilisant en particulier les annotations de Guillaume-Antoine de Luc (1768-1800) [27][27] Piuz, 1974.. Notre document fournit donc l’opportunité de les compléter avec précision, mais surtout d’apporter de nouvelles perspectives au sujet notamment de « l’extraordinaire fiabilité de la vigne en tant qu’indicateur climatologique » [28][28] Le Roy Ladurie, 2004, p. 272..

Volume de vin pressé et dates de vendange : reflets constants du climat ?

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En 1773, Nicolas de Saussure estime que

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« les années les plus fertiles en vin, sont toujours celles qui suivent les étés les plus chauds, et dans celles, au contraire, qui succèdent à des étés froids et pluvieux, il sort peu ou point de raisins [29][29] Saussure, 1773, p. 27-28.. »

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À partir de la quantité de vin produite, les historiens, au premier rang desquels Emmanuel Le Roy Ladurie et Christian Pfister, en ont alors souvent déduit, en l’absence de relevés météorologiques, le temps qu’il a fait durant la période végétative [30][30] Le Roy Ladurie, 2004 et 2006 ; et Pfister, 1988, p.... Pour cela, ils ont utilisé en général les dîmes (prélèvements ecclésiastiques d’une partie de la récolte viticole) qui regroupent de nombreux vignobles (où se mêlent souvent divers cépages à la croissance différenciée) dispersés au sein d’un espace qui englobe de temps à autre plus d’une dizaine de km2. Les cartes actuelles des fréquences annuelles des orages proches et lointains montrent de manière indirecte que l’espace en question peut cacher des disparités météorologiques importantes. Selon la trajectoire des orages de grêle, un vignoble peut être touché et un autre situé à 1 km de ce dernier ne l’est pas du tout. Dans ces conditions, le diagnostic météo peut parfois devenir discutable ou incertain.

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Nous possédons les résultats productifs des vignes du domaine d’Avully et l’influence du climat sur ces dernières lors de leur maturation, pour la séquence 1774-1788. Les volumes de vin transvasés se situent dans la moyenne de ce que l’on peut constater durant le second xviiie siècle dans le Genevois, soit environ 36 hl/ha [31][31] Zumkeller, 1992, p. 193.. On pourrait en déduire avec cette seule mention que la période végétative des vignes ne fut pas extrêmement chaude et si l’on en juge également les commentaires de Mallet : « 24 hl/ha : les vendanges ont été médiocres » (1774 et 1776), « 40 hl/ha : les vignes ont été passables » (1778), « 38 hl/ha : le rouge des vignes est très médiocre par la quantité » (1780). Or, l’astronome note la présence de saisons estivales frappées par la sécheresse et vient corroborer les résultats d’Anne-Marie Piuz parlant d’un bloc d’étés chauds de 1774 à 1784. Par exemple en 1774, il déplore « une très grande sécheresse depuis le milieu de juillet jusqu’à la fin d’aoust ». En 1778, il signale que « tout le mois de juillet a été très chaud et très sec » et que « la grande sécheresse a fini enfin le 7 septembre ». Situation analogue en 1780 où « hors une ou deux versées de pluye au commencement de juin, tout le reste du mois a été sec ». Le 26 juillet, « la sécheresse a toujours continué, on s’en plaint partout, raconte Mallet, les derniers jours de juillet et les premiers d’aoust ont été excessivement chauds. Le thermomètre a été jusqu’à 27 1?2 ». Face à un tel climat, on pouvait finalement escompter beaucoup mieux sur le plan du volume de la production viticole, puisque lors des très bonnes années, les rendements dans le Genevois dépassent allègrement les 90-100 hl/ha [32][32] Il semble qu’une très bonne récolte de raisins pour....

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La cause en revient, d’après l’auteur du Journal d’Avully, au trop plein de chaleur qui a « fait beaucoup de mal aux raisins » comme en 1778. Au cours d’un été chaud, la peau du raisin peut s’épaissir, les grains durcissent et rendent peu de moût. Il n’est pas étonnant que la vendange ne soit pas si précoce (6 octobre). Elle se situe tout simplement dans la moyenne pour un vignoble considéré comme tardif, compte tenu de la proximité des glaciers. Un excès de chaleur peut favoriser l’apparition de certaines maladies à l’image de la fouine et faire de temps à autre sécher les raisins comme en 1780 [33][33] « La vigne est sujette à une maladie qu’on appelle.... Il ne sert plus à rien d’espérer une meilleure maturation. La vendange a lieu dès le 29 septembre.

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Les travaux de Christian Pfister ont mis en lumière une corrélation entre le temps qu’il a fait durant la période végétative et les différentes étapes de la croissance des raisins. Les mois d’avril à juillet sont les plus importants pour la mûrissement d’un vignoble et pour ses résultats productifs [34][34] Pfister, 1985, vol. i, p. 86.. De fait, un été chaud ne suffit pas à donner une très grosse quantité de jus à des raisins déjà malmenés par un printemps froid ou/et humide. Et lorsque l’été justement n’est guère brûlant, le score ne peut qu’être faible. En 1786, le vignoble subit le 4 mai, une « gelée forte » qui le « gâte ». Malheureusement, « l’été n’a point eu de chaleur. Depuis la gelée du 4 may, les vignes et hutins ont asset repoussé et si l’été avoit été chaud, il y aurait eu une récolte passable, mais il n’y a presque rien eu (14,5 hl/ha) » regrette Mallet. En 1776, le vignoble parvient à un rendement de seulement 24 hl/ha, alors que le soleil a été extrêmement généreux au cours d’une période allant du 12 juin jusqu’à la fin août. Cependant, les 12 et 26 mai, des gelées ont « fait beaucoup de mal aux vignes et hutins ».

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En 1775, la période végétative des vignes se déroule sous un « tems favorable ». Nonobstant, Mallet repousse la cueillette au 16 octobre, car il préfère rechercher la qualité à une époque où le vin genevois est considéré comme « petit et de peu de garde » et concurrencé par les vins étrangers [35][35] Zumkeller, 1998, p. 37.. C’est pour cette même raison que notre astronome, en février 1779, importe 400 jeunes plants de vigne du village viticole réputé de Féchy, situé au flanc de la colline du Signal-de-Bougy dans la région de la Côte (Pays de Vaud). On le répète, Mallet fait partie de ces quelques cultivateurs « éclairés » qui sont influencés par la lecture d’articles à l’instar de ceux dans les Mémoires concernant l’oeconomie rurale de la Société de Berne et d’ouvrages agronomiques comme le Traité de la vigne de l’italien Cosimo Trinci reproduit dans « le recueil de pièces économiques imprimé par Pellet en 1774 » qu’il possède, recommandant, entre autres, de ne pas trop hâter la vendange afin d’obtenir un vin plus fin, plus alcoolisé [36][36] Aux pages 82-108 dudit recueil. Dans la bibliothèque.... La plupart des vignerons bourguignons pratiquent depuis 1750 ce genre de retard volontaire [37][37] Le Roy Ladurie, Daux et Luterbacher, 2006, p. 432.. Aux environs de Vevey, cela semble être aussi le cas [38][38] Radeff, 1987, p. 254.. En 1788, le printemps et l’été sont ensoleillés juste comme il faut, puisque Mallet précise qu’« il n’y a pas eu cette année de sécheresse nuisible à la terre. Il a plu un peu chaque mois ». Si bien que Mr Maurice peut débuter sa vendange dès le 19 septembre (date très précoce !). Mallet, lui, préfère attendre. Il ne commence à couper ses grappes « que le 1er octobre ».

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Les discordances que nous venons d’exposer, par le biais d’une analyse micro et combinatoire, donnent à penser que la maturation du raisin est capable, tout comme le vigneron, de saisir des opportunités périodiques qui se dérobent en partie à une codification mathématique [39][39] Au sujet des seules dates de vendanges voir Guerreau,.... En observant le Journal d’Avully, il apparaît malaisé de dresser un schéma simple qui relierait de manière constante le climat, les dates de vendange et la production du vin [40][40] Delleaux, 2008. Ce constat est peut être valable pour....

La qualité du vin : reflet constant du climat ?

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De la même façon, la qualité du vin est perçue fréquemment comme un excellent indicateur climatique de la période estivale. Un été chaud permettrait au raisin de produire une quantité suffisante de sucre, qui donnerait par la suite un important degré alcoolique et in fine un bon vin. À l’inverse, un été froid ou/et pluvieux ne produirait en général qu’un vin avec très peu de caractère. Notre astronome nous en apporte la démonstration. Après la sécheresse estivale de 1778, il goûte son vin au cours du transvasement en avril 1779 et le jauge « très bon ». En 1784, il estime que son vin « a peu de force ». L’été précédent fut marqué par de nombreux abats d’eau et un violent orage de grêle.

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Néanmoins, la prudence est de mise, une fois de plus, avec ce genre de corrélations automatiques. Elles ne sont peut être pas toujours valables aux dires mêmes d’Auguste Lardy, vigneron à Auvernier, près de Neuchâtel, à une centaine de kilomètres de Genève :

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« En 1835, l’année a été chaude et sèche ; chacun espéroit une bonne qualité dans le vin jusqu’en septembre ; mois qui a été très humide ainsi qu’octobre et qui a tout gâté pour la qualité du vin et diminué par la quantité par la pourriture, la pluie continuelle, les vents et ouragans avoient renversés une grande quantité de ceps, frottés et limés les grappes ; aussi Papa disoit toujours vous avez beau avoir quantité de raisins et un été chaud si vous n’avez pas septembre et octobre pour compléter la maturité vous n’avez rien pour la qualité. On l’a vu en 1835 [41][41] Arch. État. Neuchâtel, lrj 37 : livre de raison d’Auguste.... »

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Le Journal d’Avully le montre pareillement en 1782. Après vendanges le 14 octobre, le Professeur d’astronomie estime que « le vin blanc étoit fort dur, le salvagnin passable », en dépit d’une sécheresse présente quasiment tout l’été. Mallet rapporte que « le mois de juillet a été très sec et surtout très chaud ». Il a « vu le thermomètre 5 jours de suite à 26 ou 27 ». Le 14 août, il mentionne encore le même climat. La raison d’une qualité si moyenne incombe finalement à « une forte blanche gelée et […] de la glace » survenue le matin du 6 octobre, qui a eu pour conséquence que « toutes les feuilles des vignes et hutins sont tombées et cela arrêté complètement la sève pour mûrir les raisins ». Au passage, retarder quelque peu la vendange n’est pas toujours sans risque.

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En mars 1782, Mallet évalue le vin de 1781 du parchet du Ramey. Il l’estime « un peu dur ». L’été fut en effet chaud mais entrecoupé de pluies froides et d’un orage de grêle le 20 août. A contrario, le vin du parchet voisin du Vénébé est jugé « excellent ». On sait que cette parcelle fut épargnée par l’épisode grêleux. À nouveau, la variabilité du climat sur un territoire relativement étroit semble nous empêcher de formuler un diagnostic météo valable uniquement sur la base d’une mention viticole qualitative. Si nous n’avions disposé que de la seule notation pour Vénébé de vin « excellent », nous en aurions déduit une séquence estivale chaude et ensoleillée pour l’année 1781 dans le Genevois et nous serions passés à côté d’un « mois de juin un peu pluvieux » et légèrement frais, d’une fin août plutôt froide, etc.

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Ce que nous venons d’exposer a, au fond, peu d’importance pour la période moderne, car l’on possède d’importantes et fiables séries météorologiques. Par contre cela peut éventuellement questionner les médiévistes qui en détiennent peu ou prou et qui se basent justement sur la vigne de temps à autre pour restituer le climat. Quoi qu’il en soit, dès la fin du xixe siècle, grâce aux progrès de l’œnologie, les mesures très précises sur la qualité du vin (degrés d’alcool, teneurs en sucres) permettent de se faire une idée plus complète de l’été en question [42][42] Chevet et Soyer, 2007..

… et les mutations du système agraire genevois de la fin du xviiie siècle

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La vigne n’est pas la seule production du domaine d’Avully. À l’instar des autres cultivateurs (petits, moyens et grands) de la Champagne, Mallet est à la tête d’un domaine de polyculture. Cette polyculture montre d’importants signes de changements à la fin du xviiie siècle, principalement lorsqu’elle est aux mains de grands exploitants disposant de marges financières conséquentes et qui tirent parti des recettes valables distillées dans la littérature agronomique, pour tenter de répondre à la multiplication des bouches genevoises à nourrir. Le taux de croissance annuel de la ville et de sa banlieue est de 0,6 % entre 1746 et 1786 [43][43] Quasiment le double de la moyenne « nationale » : Head-König,....

L’éventail des productions

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Mise à part une production fruitière substantielle et très variée (principalement pêches, cerises, pommes, poires, noix et leurs dérivés commercialisés : vin de fruits et huile), Mallet élève des bovins (vaches, bœufs et veaux), plus d’une dizaine de têtes à des fins d’embouche, laitières et fromagères. En mars 1778, Mallet relève ainsi la fabrication de « tomes faites dans la maison » et en mars 1784 la vente « au boucher de Chancy [d’]une vieille vache peu grasse ». De mai à octobre, la majorité de ses bêtes à corne se nourrissent dans la montagne sous la garde du « boveiron ». L’hiver, elles sont nourries à l’étable. Jusqu’à la fin de la première moitié du xviiie siècle, cette provende hivernale est composée essentiellement de foins naturels, d’avoine et de feuilles d’arbres. Passé 1760, on observe une modification majeure sur ce point à l’échelle de la région [44][44] Zumkeller, 1992, p. 178 et 185..

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En effet, l’astronome précise que ses bœufs mangent du trèfle au cours de l’hiver 1778-1779. 8,3 ha de l’exploitation sont apparemment consacrés aux prairies naturelles et artificielles : trèfle, sainfoin et esparcette. Parfois, le trèfle pousse sous forme de culture dérobée. C’est le cas en avril 1773 où Mallet « sema au champ de Deurre, qui est d’environ 2 1?4 pauses (0,6 ha), 10 livres de trèfle par dessus le bled qui avoit été semé l’automne précédent ». Cette plante assure une récolte abondante, puisque Mallet va en faire jusqu’à trois coupes annuelles dans les bonnes années (mai, juillet et septembre). Curieux de tout ce qui peut améliorer cette production, il se hasarde à semer de nouvelles variétés. En juin 1779, c’est « de la graine de Sulla plante de Calabre pour du fourrage » qui s’est révélée par la suite être du « trèfle bitumineux qui étoit dans les pays chauds ». En mars 1786, c’est du trèfle de Flandre. Il suit ici le modèle de la dynamique agriculture des « provinces belgiques ». Toutefois, ce n’est qu’à partir du xixe siècle que les méthodes de l’agriculture flamande, par l’intermédiaire de la publication des bonnes feuilles de l’œuvre de Von Schwerz dans la Bibliothèque britannique, sont diffusées à plus grande échelle dans le Genevois [45][45] Barbian, 2007, p. 328..

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Les céréales ensuite. S’il est difficile d’établir leur proportion respective, par le biais du Journal d’Avully, au sein des 18,7 ha de terres à labour du domaine, on peut estimer, en s’en tenant aux autres exploitations des environs, que le froment y occupe une place prédominante. La mention de « bled » sous la plume de l’astronome renvoie le plus souvent à cette céréale. Le seigle, semé également à l’automne, est signalé de manière distincte. Le 14 septembre 1774, Mallet relate qu’il « a semé du seigle à la Cure ». Cette céréale est aussi mélangée avec le froment pour donner du « messel » [46][46] Le messel peut être aussi un mélange de seigle et de.... S’ensuit le « bled noir » ou sarrasin semé en juillet, bien souvent sur un champ qui vient d’être moissonné. L’avoine, quant à elle, sert en général à l’alimentation du bétail. Il en va de même au sujet des « pesettes » ou vesces semées en juin 1776 « pour faucher en verd ». Idem pour les lentilles, les fèves ou « fasiolons », ainsi que les « gesses » ou haricots.

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Signalons que Mallet emploie encore pour la culture céréalière les « hutins » ou hautins (3,4 ha) [47][47] Aux lieux-dits Susorme levant, Susorme couchant, Genesy.... Ce sont des champs plantés principalement d’érables et d’arbres fruitiers (en novembre 1781, Mallet relève qu’il « a planté 16 pêchers aux hutins jeunes de Genesy ») dans lesquels circulent des pampres de vignes de « salvagnins » (cépage rouge s’approchant du Pinot) et de « malvoisie » (cépage blanc). Ce système de culture a l’avantage de donner sur une même surface trois récoltes différentes : raisins, fruits et céréales. Céréales, puisque notre astronome écrit le 13 septembre 1774 qu’il « commence à semer les hutins jeunes de Genesy, en froment, seigle et gesses, tous séparés ».

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La productivité des vignes hautes, arbustives ou « hutins » est assez faible à en juger les résultats du domaine d’Avully, confirmés par l’agronome genevois Lullin, et surtout comparés à ceux de ses vignes basses : 38 à 40 hl/ha pour ces dernières contre 19,3 hl/ha pour les « hutins » en 1780 [48][48] Lullin, 1820, p. 68.. L’année suivante : 72 hl/ha contre 23,5 hl/ha. À noter que Mallet n’entretient que 1,5 ha de vignes basses (de la Roussette en 1782 : cépage blanc et du Goy en 1774 : cépage rouge sur ses parchets de Chalu, Vénébé et Ramey), soit 4 % sur l’ensemble de ses cultures. C’est un chiffre dérisoire, mais Dominique Zumkeller rappelle, en citant Nicolas de Saussure, que « le vignoble genevois à la fin de l’ancien régime constitue la principale rente de nos campagnes, en dépit d’une emprise sur le sol relativement modeste » [49][49] Zumkeller, 1992, p. 186..

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En cultivateur féru d’agronomie, Mallet introduit également le maïs (« bled de Turquie ») et la pomme de terre [50][50] Influencé peut être par ce qui se passe dans la Savoie.... Au xvie siècle, ce tubercule n’est encore qu’une curiosité de botaniste à l’instar du bâlois Gaspard Bauhin. À la fin du xviie siècle, on le retrouve dans les jardins. Dans le dernier quart du xviiie siècle, il se développe cette fois en plein champ en tant que culture secondaire, dans le but de subvenir aux besoins d’une population plus nombreuse et de pallier les moissons déficitaires. C’est le cas surtout au moment des troubles révolutionnaires français où le Genevois est coupé de ses zones de ravitaillement frumentaire après septembre 1792 [51][51] Hiler, 1992.. En 1786, l’astronome note une première récolte « réussie » sur un de ses champs de la Plantée. L’année suivante, il en cultive de nouveau à la Plantée et au Rachey. L’essai est concluant et en 1788, il affirme que « les pommes de terre ont donné une très belle récolte » après en avoir planté sur plus d’un demi-ha au champ de la Teppe.

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Cette succession de différentes cultures s’insère dans un assolement qu’on peine à percevoir clairement à travers la lecture du Journal d’Avully. La présence importante du trèfle peut suggérer une absence de jachère – tant il est vrai que notre astronome n’en fait nullement allusion – et a fortiori une rotation sans trêve, complexe.

Des expériences profitables ?

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Il est reconnu que les nouvelles cultures fourragères favorisent une production de lait et une prise de poids plus importantes chez les bovins. C’est un avantage lorsque la consommation de lait et de viande connaît une demande accrue à Genève et dont le prix ne cesse d’augmenter à la fin du xviiie siècle [52][52] Piuz, 1975.. Un exemple parmi d’autres : en février 1782, Mallet a « engraissé une grosse vache noire », vendue par la suite 229 florins. Il est intéressant de souligner que la masse pondérale du troupeau genevois augmente de 62 % entre 1725 et 1781. Le poids moyen des vaches passe de 136 à 220 kg [53][53] Zumkeller, 1992, p. 182.. Nul doute que celles du domaine d’Avully suivent la même tendance, car l’astronome ne s’arrête pas aux seules prairies artificielles dans sa course aux nouveautés. Au printemps 1786, il décide de semer des « betteraves d’Allemagne » qui procurent « un abondant et excellent fourrage verd pour les vaches et ensuite des racines très grosses aussi pour les bestiaux ». Il les insère pour commencer dans son jardin. Cependant, l’agronome Frédéric-Guillaume Maurice « a fait l’essay en grand et s’en trouve très bien » [54][54] Cet agronome (1750-1826), secrétaire de la « Société.... Alors en 1788, Mallet saute le pas et en plante sur près d’un demi-ha aux hutins vieux de Genesy. Malgré la sécheresse de mars et avril, il récolte tout de même en octobre « 6 chariots de racines que les vaches et les cochons ont très bien mangé ». Avec une telle nourriture, il n’y a rien d’anormal à ce que le botaniste écossais Thomas Blaikie puisse rencontrer des « vaches […] de grandes tailles, très belles et paraiss[a]nt donner un lait abondant » au village de Bourdigny, à quelques km au nord d’Avully [55][55] Blaikie, 1775-1792, p. 55.. Ces bestiaux ne peuvent qu’engendrer une descendance d’aussi bonne qualité. Mallet affirme en novembre 1785 qu’un de ses veaux nés en août « est devenu magnifique ». Pour en revenir aux prairies artificielles, elles fournissent surtout de l’engrais par le biais de leurs racines pivotantes pour les « bleds » qui leur succèdent : le 20 septembre 1775, l’astronome « a semé le champ de Deurre après le trèfle rompu ». Ceci nous amène à la question des rendements.

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Ces derniers, dans la plupart des marges alpines, ne sont guère pléthoriques. Le domaine d’Avully ne déroge pas à la règle. Mallet les qualifie lui même régulièrement de « médiocres » : en moyenne 3/3,5 grains de froment récoltés pour un semé. Côté seigle, il n’est pas mieux loti : aux alentours de 3 pour un. Performances dérisoires en regard de ce qui se passe dans les riches plaines du Nord de la France et du Bassin parisien : aux alentours de 9-10 pour 1, voire plus. N’allons pas croire pour autant que toutes les expériences de l’astronome et toutes les initiatives en général visant à promouvoir un gain de productivité, avant l’utilisation des fertilisants chimiques ultra-performants après 1850, se sont révélées infructueuses à chaque fois, comme l’a expliqué Michel Morineau et d’autres par la suite [56][56] Morineau, 1971, p. 94.. Mallet n’a pas essuyé échec sur échec en testant des conseils soit disant semi-folkloriques et semi-éprouvés : en juillet 1786, il note qu’il a

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« fait pour la seconde fois à Susorme, l’essai des liquides dont se sert Mr Pictet et qu’il prétendoit bon non seulement contre la carrie mais aussi avantageux pour donner une récolte plus abondante ; le résultat [l]’a convaincu que la lessive de cendre chaulée étoit encore meilleure pour l’un et l’autre objet. »

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Quant à l’action fertilisante du trèfle, Mallet indique, lors de la moisson du froment en juin 1781, que « les plus beaux champs sont ceux après le trèfle ». Cinq ans auparavant, il relate au sujet de la même récolte que « le champ de Deurre où avoit été le trèfle a été le plus beau ». Témoignages ici sans intermédiaires d’un cultivateur, qui viennent interroger les résultats d’une enquête récente minimisant l’incidence des prairies artificielles sur les rendements céréaliers au xviiie siècle [57][57] Gautier, 2006, p. 41.. Il convient de se méfier des chiffres de rendements issus d’enquêtes administratives souvent sujets à être abaissés de peur qu’ils ne servent de base à de nouvelles taxations ou de prétexte à ne pas apporter d’aides supplémentaires. Les chiffres contenus dans des comptabilités agricoles permettent de se faire, vraisemblablement, une idée plus précise de la réalité. Veut-on une preuve supplémentaire ? En 1788, alors que le rendement réel moyen du froment est de 2,8 pour un, le champ de la Fin se voit gratifier d’un rapport à la semence de 3,8 pour un, en raison qu’« il avoit été semé après le trèfle ». « C’est [ce] champ […] qui a le mieux donné, soit en paille, soit en grain ». Cette précision de la part de Mallet écarte l’idée d’un semis moins dense qui diminuerait les pertes et améliorerait le rapport à la semence sans avoir aucune répercussion sur la production. On peut également mettre à l’actif de cette augmentation l’utilisation depuis le 18 mars 1780 par Mallet d’un nouveau modèle de charrue, concourant sans doute à réaliser des labours plus profonds que ceux réalisés à la bêche par les petits paysans voisins et de surcroît bénéfiques pour la productivité de la terre.

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Si le rendement moyen ne décolle pas réellement au cours des années 1774-1788, on observe néanmoins un bonus non négligeable sur certains champs qui bénéficient d’un soin particulier et d’une fumure soigneusement préparée. En 1786, la moyenne est de 3,9 pour 1 et au Rachey le rapport à la semence se hisse à 4,9 pour 1. On retrouve le même score en 1782 chez Horace-Bénédict De la Rive, riche exploitant à Genthod, à une vingtaine de km d’Avully. Lui aussi est soucieux constamment d’augmenter sa production par divers moyens : utilisation de blé blanc de Provence et d’Angleterre, d’un semoir mécanique, etc. [58][58] Zumkeller, 1992, p. 174, 224 et 225..

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En revanche, la culture du sarrasin concède de meilleurs résultats car elle se prête plus facilement à un sol pauvre. Toutefois, ses rendements sont assez irréguliers en raison de sa grande vulnérabilité aux aléas climatiques (le « bled noir » craint les fortes chaleurs estivales comme en 1780 et les premières gelées de début octobre fréquentes en milieu montagnard). Ils varient de 7 à 20 pour 1. Produits intéressants lorsqu’on sait que plus de 40 % de la récolte de Mallet est destinée à la vente sur les marchés ruraux uniquement [59][59] En effet, les genevois ne consomment principalement.... Le reste est réservé pour la nourriture des domestiques, de la volaille, des cochons et pour les semences [60][60] Information tirée d’un passage intitulé « récapitulation.... En 1788, alors que le rendement réel moyen est de 24 pour 1, l’astronome nous apprend qu’il a semé sur un de ses champs une variété « d’une qualité particulière qu’on prétend meilleur ». Le score du susdit champ est de 32 pour un. N’est-ce pas le résultat d’un mieux-faire technique effectué par Mallet en vue de produire plus ?

50

*

51

Il faut se garder de généraliser ce genre de cellule de production, qu’est le domaine d’Avully. Il n’occupe qu’une petite partie du plat pays genevois. On ne peut conclure à un décollage agricole quasi-général, excepté l’extension des prairies artificielles et l’amélioration concomitante du cheptel. Comme le note Dominique Zumkeller, « les incitations du marché ne sont donc pas restées [sur ce point] sans réponse » [61][61] Zumkeller, 1992, p. 182 et 322. Au sujet d’autres régions.... Il est raisonnable d’envisager que des cultivateurs modèles du type Mallet ont joué un rôle de relais pour ces innovations auprès des autres paysans. Quoi qu’il en soit, l’importation de blés de la Savoie (du Chablais et du Faucigny) et du Pays de Gex reste encore un des principaux moyens pour répondre au besoin d’une population urbaine croissante, sans oublier la contrebande [62][62] En cas de mauvaises récoltes, la Chambre des Blés de.... Les terres des campagnes genevoises ne produisent qu’un quart des besoins de la ville à la fin du xviiie siècle. En outre, la pratique d’une agriculture diversifiée contribue à amortir quelque peu les pannes des céréales traditionnelles, en cas de catastrophe phytopathologique ou météorologique, et par conséquent les crises de subsistances [63][63] Zumkeller, 1985, p. 268..


Annexe

271 - 1773-1789 - Journal d’Avully de Jacques-André Mallet

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Source : Archives privées François Pictet, Genève.

53

n. b. : Ce document inédit, qui se présente sous la forme d’un registre à la couverture cartonnée au format 18 cm sur 26, est manuscrit et paginé recto verso. Son titre, Journal d’Avully, est inscrit sur la couverture.

54

Le Journal d’Avully est truffé d’abréviations ou de mots tronqués. Par exemple « donné » est écrit « doé », « beaucoup » est écrit « bcp », « pendant » est écrit « pdt », « quarteron » est écrit « qter », « c’est-à-dire » est écrit « c. a. d. », etc. Publier le Journal tel qu’il est consigné, en respectant les graphies anciennes, nous contraint à le présenter de la manière suivante : « do[nn]é », « b[eau]c[ou]p », « p[en]d[an]t », « q[uar]ter[on] », « c[’est] à d[ire] ». À l’évidence, ceci ne facilite pas sa lecture et peut déconcerter le lecteur. Pour cette raison et dans un souci d’uniformité, nous avons délibérément choisi de supprimer la plupart des abréviations.

55

L’orthographe souvent fluctuante (« feuille » est écrit parfois « fueille », « murir » est écrit de temps à autre « meurir », « gyp » est écrit fréquemment « gyps », etc.) a été restituée à l’identique. Quant à la ponctuation, nous avons pris le parti de la régulariser, sans trahir le document, car nombre de virgules, quand elles ne sont pas absentes, s’apparentent plutôt à des points ou à des points virgules. L’emploi des majuscules a été également normalisé. À noter enfin que les adjonctions dans les marges ont été retranscrites en italique au dessus du paragraphe correspondant.

56

[p. 1 r.]

57

Avril 1773

58

On sema au champ de Deurre [64][64] Lieu-dit d’Avully., qui est d’environ 2 1?4 pauses [65][65] La « pose » genevoise, mesure de superficie qui équivaut..., 10 livres de trèfle par dessus le bled qui avoit été semé l’automne précédent. On n’y avoit point mis de fumier, ce champ avoit été en pré pendant quelques années et c’étoit la seconde récolte qu’on y faisoit depuis qu’il avoit été rompu.

59

Juillet 1773

60

La récolte du bled a été très belle ; il a rendu environ 6 1?4 pour un.

61

Octobre 1773

62

On y a fait une petite coupe de trèfle, environ 5 à 6 quintaux.

63

Avril 1774

65

Juin 1774

66

15 : On a fait la première coupe du trèfle qui a donné 4 chars médiocres, environ 40 quintaux. On avoit laissé une petite place sans gyps, le trèfle y étoit beaucoup plus court et moins épais et d’un verd beaucoup moins foncé.

67

21 : J’ai fait semer encore un quart de gyps sur ce même trèfle. La terre étoit toute mouillée et la pluye est venue dès qu’on a eu fini de semer.

68

Juillet 1774

69

5 : J’ai fait semer 3?4 de gyps sur du sarrasin à Vers [68][68] Lieu-dit d’Avully. qui avoit été semé 10 à 12 jours auparavant et commençoit à lever. Il avoit plu quelques heures et il en est retombé encore 36 lignes après.

70

6 : J’examinai le trèfle de Deurre. Je n’ai vu aucun effet du gyp que j’avois fait semer le 21 juin. Le trèfle m’a paru avoir 15 à 16 pouces de long et jusqu’à 18, tandis que celui qui n’avoit point été gypsé du tout avoit à peine 8 à 9 pouces.

71

22 : Le trèfle de Deurre à près de 2 1?2 de pieds de haut et est tout fleuri. La partie gypée deux fois ne m’a pas paru plus belle. On l’a coupé à la fin du mois. Il y a eu 3 chars médiocres ; j’estime 30 quintaux.

72

Aoust 1774

73

Il y a eu une très grande sécheresse depuis le milieu de juillet jusqu’à la fin d’aoust. Les sarrasins semés avant moisson ont beaucoup souffert. Le trèfle de Deurre paroissoit totalement brûlé en bien des endroits ; ce sont les parties les plus graveleuses.

74

28 : Il tomba 8 lignes d’eau.

75

29 : J’ai fait semer à Vers, trois quarts et une quarte d’esparcette de Féchy, dans un espace de 100 toises carrées [69][69] Toises : mesure de superficie qui équivaut à 0, 000675.... La terre s’est fort bien arrangée. Ces 3 1?2 quarts font 4 quarterons de Suisse.

76

Septembre 1774

77

Il tomba encore 8 lignes de pluye le [blanc].

78

13 : On commence à semer les hutins jeunes de Genesy [70][70] Lieu-dit d’Avully., en froment, seigle et gesses, tous séparés. La terre étoit déjà comme des cendres, très sèche.

79

14 : On a semé du seigle à la Cure [71][71] Idem..

80

16 : De l’orge et du froment aux hutins vieux de Genesy. Le baromètre descendoit beaucoup depuis quelques jours et le tems étoit cependant très beau.

81

[p. 2 v.]

82

17 : Il plut le soir et toute la nuit environ 15 lignes.

83

19 : On sema les Ferrages [72][72] Idem. en froment. La terre n’étoit pas trop humide.

84

20 : On sema la Grosse Terre [73][73] Idem..

85

Poudre de Jurine

86

21 : On sema du froment et du seigle au Grand Champ. Je préparai 9 quartes [74][74] Mesure de capacité qui équivaut à 4,95 l. de froment et 8 quartes de seigle avec de l’eau où j’avois fait dissoudre 4 à 5 livres de chaux vive et où je mêlai la poudre noire débitée par Mr Jurine [75][75] Il s’agit sans doute d’une poudre inventée par le chirurgien.... Je laissai tremper le grain dans cette liqueur depuis 2 heures jusqu’à 9 heures. Je l’étendis ensuite pour le faire sécher.

87

22 : On sema encore au Grand Champ du froment et du seigle. On y sema aussi le soir les 2 quarts de seigle chaulé, qui étoit asset sec pour être semé. Ces deux quarts en se gonflant ont fait 3 quarts et 1 quarte. On les a mis dans une place où l’on met ordinairement 3 quarts. La place pour le bled n’étoit pas encore labourée. Le baromètre descendoit beaucoup.

88

23 : Il a plu beaucoup tout le jour. À 6 heures du soir il étoit tombé 23 lignes.

89

Bled germé

90

24 : Je trouvai encore 6 lignes. Je m’aperçus que le bled chaulé étoit tout germé. Il y avoit des germes de 3 lignes. Il a plu encore 2 lignes dans le jour. Le baromètre descendoit et la pluye a recommencé le soir. J’ai mis de ces graines germées dans de l’eau, après en avoir coupé le premier germe, celui qui est comme un fil.

91

25 : J’ai trouvé encore 8 lignes de pluye, ce qui fait 3 pouces 1?4 dans deux fois 24 heures. La fontaine d’en haut qui étoit à sec depuis le printems alloit à moitié tuyau.

92

Bled germé dont on coupe le germe

93

26 : On pouvoit déjà labourer, malgré l’humidité. Les grains dont j’avois coupé le germe et mis dans l’eau poussoient, mais par l’autre germe moins effilé. Le soir je mis dans de la terre humide plusieurs de ces grains de bled germés, qui s’étoient tout à fait séché, pour voir s’ils pourroient lever.

94

Bled semé plus épais que l’ordinaire

95

28 : On sema au champ des teppes du froment. De cette façon, je fis partager le champ en trois parties égales de 357 toises chacune ; le tiers de ce qu’on sème ordinairement est 13 1?3 quartes et de ce qu’on devroit y semer (en mettant la coupe à 336 toises) est 17 quartes. J’ai fait mettre 1) dans le tiers voisin du tirage, côté de bise, les 9 quartes de bled chaulé et poudré qui étoit germé depuis 4 jours. Ces 9 quartes ont fait deux coupes. J’ai fait mettre 2) dans le tiers du milieu 13 1?3 quartes comme à l’ordinaire et 3) dans le tiers, côté du vent, 17 quartes pour voir s’il convient mieux de le semer plus épars [76][76] Résultat de cette expérience le 31 août 1775..

96

29 : On a semé 1 1?2 quart de froment à Genesy après le bled de Turquie [77][77] Sous l’appellation « Bled de Turquie », Mallet semble.... L’esparcette de Vers étoit bien levée. On apercevoit aucun effet du gyps sur le sarrasin de Vers. J’ai fait préparer encore du froment avec la chaux et la poudre de Jurine pour [p. 3 r.] semer aux Hutins Susorme [78][78] Lieu-dit d’Avully. et j’en ai mis avec la chaux sans poudre pour voir la différence.

97

30 : On sema aux hutins Susorme du levant le froment chaulé et préparé le jour précédent. De cette façon, les 3 lignes vers le levant contiennent 314 toises. On y sème ordinairement 13 1?2 quartes et j’y ai fait mettre 10 quartes de bled chaulé sans poudre. Les 3 lignes du milieu contiennent 322 toises. On y sème 14 quartes. J’y fait semer la même quantité de blé sans chaux et sans préparation [79][79] Résultat de cette expérience le 31 août 1775..

98

Poudre de Jurine

99

Les 3 lignes vers le couchant contiennent 358 toises. On y sème ordinairement 16 1?2 quartes. J’y fait mettre 9 quartes de bled chaulé et préparé avec de la poudre de Jurine. Le bled étoit asset sec pour être semé 10 heures après être sorti de l’eau, à cause du vent qui avoit souflé. On a mis du fumier dans aucun de ces 3 espaces ; mais la seconde ligne vers le levant doit être un peu meilleure. On y a un peu étendu de terre et l’espace étant un peu moindre, le bled se trouvera plus épars. J’ai appris qu’on avoit mis 4 chars de fumier dans la ligne du milieu, mais du fumier peu pourri et après avoir semé [80][80] Idem..

100

Bled germé

101

J’ai visité les grains de bled que j’avois mis dans la terre le 26. J’en avois mis une vingtaine et j’en trouvai 19 qui avoient poussé de forts longues racines jusqu’à 2 pouces de long et une tige de plus de 1?2 pouce. Quelques uns avoient deux racines, d’autres davantage, jusqu’à 5. J’en ai remis 5 de ces grains dans la même terre ; savoir un entier, deux dont j’ai coupé 3 ou 4 lignes de la tige et un autre dont j’ai coupé la moitié de chaque racine et le cinquième dont j’ai coupé toutes les racines près du grain. La fontaine d’en haut étoit redevenue à sec.

102

Octobre 1774

103

1 : Il a plu le soir et dans la nuit et j’ai trouvé le lendemain dimanche matin 10 lignes.

104

Bled germé

105

6 : Les premières semailles étoient très bien levées. Le bled germé qu’on avoit mis au champ des Teppes a été plus vite levé que l’autre non germé du même champ. Mais à Susorme et au Grand Champ on n’apercevoit pas encore de différences. Les sarrasins sont presque mûrs. Les brouillards qui durent tout le matin les ont préservés des gelées blanches. Ceux qui avoient été semés avant moisson ne sont pas plus avancés que les autres.

106

8 : On commença les vendanges à la Plantée [81][81] Lieu-dit d’Avully.. Les blancs de bon plant ont manqué. Le goy [82][82] Gouay (cépage rouge). a beaucoup donné.

107

10 : On vendange Chalu [83][83] Lieu-dit d’Avully. et les Genesy [84][84] Parchets de Genesy vieux et Genesy jeunes.. En général les hutins très médiocres.

108

Trèfle de Deurre. 3e coupe

109

On avoit semé le 4 du mois un bon 1?2 char de trèfle. C’est la troisième coupe de Deurre qui avoit pourri depuis la sécheresse.

110

Bled germé

111

14 : J’ai visité les 5 grains mis dans la terre le 30 septembre. Il y en a trois qui ont bien repris ; savoir l’entier, celui à qui j’avois un peu rogné la moitié des racines et l’un de ceux dont la tige étoit rognée. Les 2 autres ont péri.

112

[p. 4 v.]

113

16 : Il y a eu une petite blanche gelée. C’est la première de cette année. On a déjà commencé à moissonner les sarrasins. Ceux d’avant moisson sont très médiocres. Les derniers semés sont courts mais bien grenés.

114

27 : Il y a eu le 27 et le 28 deux fortes blanches gelées et de la glace. C’est la première forte gelée de cette année.

115

Vendanges

116

On a pressé les rouges de Salvagnin [85][85] Hutins., 10 jours après les avoir vendangés ; ils sont très bons. Le résultat des vendanges est d’environ 12 à 14 setiers [86][86] Mesure de capacité qui équivaut à 0,54 hl. par pause.

117

Novembre 1774

118

5 : Il est tombé 8 lignes de pluye. Il n’avoit point plu depuis un mois. Il a fait beaucoup de brouillards et alors le baromètre étoit plus haut qu’il n’avoit été de toute l’année.

119

7 : Il est encore tombé environ 2 à 3 lignes de pluye en différens intervalles.

120

13 : Il a encore plu environ 20 lignes. Les fontaines ont augmenté. Celle d’en haut coule.

121

Pépinière

122

J’avois fait miner [87][87] Défoncer un terrain, le fouiller à deux ou trois pieds... un coin au bas du Ramey [88][88] Lieu-dit d’Avully. pour y établir une pépinière et on y a planté des sauvageons de poiriers, pommiers, cerisiers, amandiers, pruniers. J’ai fait transporter au verger le prunautier enté de greffes d’Yverdon de Mr Jeanneret.

123

Plantée

124

J’ai fait arracher un coin de la vigne de la Plantée, un peu sujet à la gelée ; il en reste à présent 2 1?2 pauses.

125

Rigole à la Coudre

126

J’ai fait faire une rigole pour conduire au pré de la Coudre [89][89] Idem. une source qui couloit dans le chemin creux du Boulat.

127

Aqueduc à la Mouille

128

J’ai fait rechercher au haut de la Mouille [90][90] Idem. un ancien aqueduc par lequel il ne couloit plus d’eau. J’ai retrouvé la source asset abondante et j’ai fait refaire l’aqueduc.

129

Aqueduc à la Coudre

130

J’ai fait aussi rechercher un aqueduc qu’on avoit anciennement construit au haut du pré de la Coudre du côté de vent, lorsqu’il étoit en vigne. Il se trouve à 8 pieds de profondeur près de la haye de Mr Rey. Il y avoit un petit filet d’eau en haut, mais qui ne va pas à deux toises plus bas. J’ai laissé le tout ouvert.

131

Sarrasins

132

Les bleds sarrasins ont réussi médiocrement. On a été obligé de les tous arracher et on a laissé les plus mauvais qui n’en valoient pas la peine. Le reste a donné environ 9 pour un.

133

19 : Le baromètre est très bas. Il a plu environ 2 lignes.

134

Froid violent

135

20 : Le froid a commencé à se faire sentir et a duré pendant 8 jours très serrés. Le thermomètre est descendu jusqu’à 5. On alloit en patin aux fossés de Rive le 22 et on prenait de la glace pour les glacières.

136

[p. 5 r.]

137

22 : Il est tombé de la neige, environ 2 à 3 pouces à Avully, qui n’a commencé à fondre que le 29.

138

Mars 1775

139

L’hyver a été fort doux, un peu humide, mais cependant peu de pluye au printems. Les terres étoient fort sèches et la pousse s’est faite tard.

140

10 : Les hayes commencent à reverdir à Avully ; c’est à dire les groseilles. Dans les jardins, les abricotiers fleurissoient, mais point encore de fueilles aux arbres.

141

Avril 1775

142

Portions remises en prés

143

On a fait ensemencer au commencement du mois les portions labourées à la Coudre et à la Mouille pour les remettre en pré. On y a mis par coupe de semature [91][91] Ce qu’on peut semer dans une certaine étendue de terrain.... environ 100 livres de fenasse [92][92] Graine de prairie fournie par les herbes les plus élevées..., une livre de sainfoin, une livre de trèfle jaune et une livre d’esparcette. On a aussi semé 2 quarts d’aveine à la partie de la Plantée qu’on a arrachée.

144

Pousse des arbres

145

20 : Les arbres commencent à se fueiller. Les arbres fruitiers en plein vent [93][93] Arbres sur tige qui est laissé à lui même après une..., poiriers, pommiers, cerisiers, pêchers sont fleuris et les abricotiers et pêchers d’espaliers [94][94] Arbres plantés le long d’un mur sur lequel on a palissé... n’ont plus de fleurs. Les noyers commencent à pousser. On n’y voit point encore de fueilles. La vigne pousse point encore de raisins. Les meuriers n’ont aucune apparence de fueilles.

146

Gyp sur l’esparcette

147

22 : On a semé un quart de gyps sur l’esparcette de vers le Rhône. Il pleuvoit un peu. On finissoit chez nous les premiers labours.

148

May 1775

149

Tout le mois de may a été fort sec. La bise a toujours souflé et souvent très forte et froide.

150

Gelée

151

19 : Il y eut blanche gelée. On dit même de la glace. Cela a fait du mal aux prés, aux vignes dans quelques endroits, mais peu parce qu’il n’y avoit pas d’humidité.

152

20 et 21 : Bise violente, très froide ; thermomètre tout le jour à 7, 8.

153

Juin 1775

154

Il a un peu plu au commencement du mois. Les vignes poussent beaucoup de raisins à Avully ; il y a des ceps très beaux et d’autres où il n’y a rien. Les hutins sont très beaux.

155

Grêle

156

11 : Il est tombé de la grêle entre Nyon et Genève qui a fait très peu de mal.

157

14 : Il en est tombé sur la montagne de Gex et peut être derrière.

158

Pépinière

159

17 : J’ai visité la pépinière établie le 19 novembre dernier. Je n’ai trouvé que 3 arbres manqués ; savoir le huitième de la quatrième ligne, le sixième de la huitième et le premier de la neuvième.

160

19 : On a commencé à faucher. On avoit déjà coupé le trèfle le 16, il y en a eu 2 chars.

161

25 : Le tems continue toujours très au sec et la chaleur s’est faite sentir fortement le 21. Il fait depuis 13 jours un vent asset fort ce qui fait craindre que les bleds ne meurrissent trop vite.

162

[p. 6 v.]

163

27 : Le baromètre a descendu. Il a plu très peu. Il est remonté.

164

Esparcette à Vers

165

J’ai visité l’esparcette de Vers. La moitié au couchant est très épaisse, sans être longue. Quelques plantes commencent à donner de la graine. L’autre moitié est très claire et paroit avoir manqué en grande partie ; on voit que là, le terrein est très graveleux.

166

Foins

167

29 : On a fini les foins qui ont été serrés très secs. Nous avons eu 24 chars entre nous et le granger, ce qui fait les 3?4 de l’année dernière. Le pré de la Mouille a presque autant donné, mais les endroits secs comme la Coudre beaucoup moins.

168

30 : Il a plu avec orage. Il est tombé au village quelques grains asset gros mais peu. Cela a couché les bleds à Chancy.

169

Juillet 1775

170

Grêle

171

1 : Il est tombé asset de grêle sans orage à Passeiry.

172

2 : Il a asset plu.

173

Moisson du seigle

174

3 : On a commencé à moissonner les seigles. Il pleuvoit un peu. Le tems s’est rafraîchi et on a dit qu’il étoit tombé un peu de neige sur la montagne de Gex.

175

4 : Le baromètre a beaucoup remonté et le beau tems est revenu.

176

Sarrasin semé

177

5 : On a semé le sarrasin à Vers, ce qui avoit été retardé par la sécheresse et ensuite par la pluye.

178

Moissons

179

16 : Les moissons se sont faites par un très beau tems. Il ne reste chez nous que quelques gerbes à lier. Le résultat est d’environ 15 gerbes par coupe pour le bled et 12 pour le seigle. Je renvoye le résultat de mes essais sur le bled chaulé ou semé plus épais lorsqu’on aura battu. On a coupé l’esparcette de Vers que j’avois laissé en graine, mais il y en a eu que quelques poignées.

180

Arbres entés

181

23 : Le tems continue à être fort sec. On ne peut pas labourer en quelques endroits. J’ai fait enter par Gautier quelques pêchers et abricotiers sur les sauvageons de la pépinière.

182

Terres levées et chariées

183

24 : Il a un peu plu, environ 1 ligne. On a commencé à charier les terres au champ de la Fin qui avoient été levées pendant l’hiver et j’en ai fait lever à la petite teppe à côté de la Plantée.

184

Bled pourri

185

Il y a eu du bled pourri dans bien des endroits d’Avully, mais point chez nous. J’en ai vu beaucoup aux hutins Susorme à côté des nôtres qui en étoient exempt, ce qui me fait croire que cela vient de la semence et non du tems. Il est vrai aussi que j’en ai vu des épis où il y avoit des grains entièrement pourris et d’autres très sains.

186

[p. 7 r.]

187

Grêle

188

27 : Il est tombé à Avully, Chancy, de la grêle sans orage et petite, mais encore asset. Toutes les grappes exposées ont été touchées. Il n’en est point tombé à Cartigny, ni plus loin.

189

Terre à la Fin

190

28 : On a fini de charrier la terre au champ de la Fin. Il y a eu 287 brouettées, ce qui n’a garni qu’une place d’environ 2 quarts.

191

Place essertée aux Châtaigniers

192

29 : On a commencé d’esserter [95][95] Défricher en arrachant les bois et les épines : Humbert,... une petite place inculte au bout du champ des Châtaigniers [96][96] Lieu-dit d’Avully..

193

Trèfle à Deurre

194

On a serré le trèfle de Deurre ; seconde coupe : un bon chariot.

195

Aveine à la Plantée

196

31 : On a serré et battu l’aveine de la Plantée. Il n’y a eu que 7 quarts pour 2 de semature. La partie du côté du vent, terre grasse, n’a point donné.

197

Aoust 1775

198

Grêle à Genève

199

3 : Il a fait une bonne pluye qui a permis de labourer ce qui étoit déjà en culture. Il est tombé de la grêle à Genève asset grosse, mais en petite quantité, qui n’a pas fait de mal.

200

4 : Il plut le soir et dans la nuit 12 lignes.

201

Fontaine

202

5 : Il plut presque tout le jour. Je mesurai la fontaine d’en bas que la pluye n’avoit point encore fait augmenter. Elle donnoit 1 1?2 quarteron par minute [97][97] Mesure de capacité qui équivaut à 2,25 litres..

203

Pluye abondante

204

7 : Il a plu abondamment la nuit précédente et une partie de la matinée. Il est tombé 30 lignes sans discontinuation. On a commencé à battre.

205

Fontaine

206

8 : Mesuré la fontaine d’en bas. Elle donne environ 24 quarterons par minute.

207

13 : Il a plu toute la soirée et la nuit 16 lignes, quoique le baromètre fut asset haut.

208

14 : Mesuré la fontaine qui avoit diminué. [Elle] ne donne plus que 18 quarterons par minute.

209

16 : Il a fait de fort gros tonnerres et encore de la pluye. Mesuré la fontaine : [elle] donne environ 40 quarterons par minute ou 100 setiers par heure.

210

Fenasse à la Coudre et Mouille

211

17 : On a coupé la fenasse de la Mouille et de la Coudre. La première asset jolie, mais l’autre médiocre. Il auroit fallu les couper plutôt. La sécheresse l’avoit attaquée. Il y en a eu un petit chariot.

212

Esparcette à Vers

213

18 : On a semé l’esparcette à Vers dans un espace de 1050 toises. J’en ai fait acheter 31 quarterons de Suisse qui pesoient à Avully 290 livres et ont fait 25 1?2 quarterons de Genève. On les a semés à raison de 2 coupes pour un espace de 336 toises ; c’est à dire en double quantité que le bled.

214

Prix de l’esparcette

215

Le quarteron de Suisse coûte sur les lieux 12 batz. La coupe de Genève rendue à Avully coûte 22 florins et pèse 45 1?2 livres [98][98] Sur les différentes monnaies en cour dans la région,.... Elle vaut environ 5 quarterons de Suisse moins 1.2 de Genève. On la sème environ 10 quarterons de Suisse par coupe de Genève ou 4 6/7 quarterons.

216

[p. 8 v.]

217

Raisin

218

29 : On a déjà des grappes de raisins mûres dans les treilles.

219

Trèfle de Deurre

220

On avoit dessein de ne pas couper le trèfle de Deurre, pour le renverser avec la charrue. Mais le tems favorable l’ayant fait croître beaucoup, il a fallu le couper.

221

Bled battu

222

31 : Il tomba 7 1?2 lignes de pluye avec asset d’orage. On finit de battre. Le bled n’a pas grené comme on s’y attendoit. Le résultat moyen est 5 2/5 gerbes pour la coupe de froment et les gerbes de seigle ont rendu chacune leur quart.

223

Résultat des moissons

224

Le résultat de la récolte est que chaque coupe de froment semée en a rendu 15 gerbes qui ont fait 2 coupes [99][99] Mesure de capacité qui équivaut à 79,34 litres. et 3 quarts et pour le seigle chaque coupe semée a rendu 12 gerbes qui ont fait 3 coupes et une quarte. Voici aussi le résultat des essays fait avec la poudre de Jurine :

Hutins Susorme coté du levant

Le n° 1 comprend 3 lignes levant.

Le n° 2 comprend 3 lignes milieu.

Le n° 3 comprend 3 lignes couchant.

Champ des Teppes

Le n° 1 est le côté de bise.

Le n° 2 est au milieu.

Le n° 3 est du vent.

225

1/ Relativement à la poudre de Jurine. Il paroit par l’essay fait aux hutins Susorme qu’elle a fait un très bon effet ; on a eu 7 quartes de plus par pose que dans l’espace non poudré. Mais il est vrai qu’il y a eu 2 3?4 gerbes de moins. Il a beaucoup plus grené. Au contraire, au champ des Teppes, cette poudre a donné moins de gerbes et moins de grains. Mais il faut remarquer que le grain étoit germé quand on a semé, ce qui peut y avoir fait date.

226

2/ Relativement à la chaux sans poudre. Il paroit que cela a donné moins de gerbes et moins de grains. Peut être le fumier qu’on a mis par erreur au n° 2 Susorme rend-t-il la différence plus considérable.

227

3/ Relativement au semer plus épais. Cela a donné 2 1?3 gerbes et 3?4 quartes de plus par pose.

228

[p. 9 r.]

229

Septembre 1775

230

La première semaine de septembre a été très chaude ; le thermomètre souvent à 20 degré.

231

Esparcette

232

J’avois semé dans un vase 25 grains d’esparcette pour éprouver sa bonté ; il en est levé 22 grains.

233

Regain

234

11 : On commence à faucher le regain [100][100] Seconde coupe des foins. La première ayant aux alentours.... Il a plu.

235

Neige

236

12 : Le tems s’est si fort rafraîchi que le thermomètre étoit à 9. Il est tombé de la neige sur la montagne. On en a même eu quelques brins à Avully.

237

Blanche gelée

238

13 : Le matin j’ai vu le thermomètre à 6. Il y a eu une légère blanche gelée dans quelques endroits. La pluye est revenue.

239

14 : Il a plu toute la nuit précédente 2 pouces, ce qui a abîmé 4 à 5 toises de pavé que je faisois faire au Boula.

240

15 : On a rompu le trèfle de Deurre.

241

Nivelage du verger et Ramey pour conduire l’eau

242

17 : J’ai nivelé depuis la fontaine d’en bas tout le long du bas du verger et en suivant le bas de la vigne jusqu’au premier pommier qui est au dessous des osiers près du pré [de Mr] Demole, parce que j’ai dessein de faire une conduite de bournaux [101][101] Tuyau : Humbert, 2004, t. i, p. 59. qui porte l’eau au sommet du pré de la mouille. Depuis le bas du bachet [102][102] Auge, abreuvoir, bassin, pierre ou pièce de bois creusée... jusqu’à 2 pieds de la haye de la vigne : 32 toises et 28 pieds de pente. Depuis la haye du verger à 2 pieds dedans jusqu’au plus bas, près de la pépinière : 22 toises et 5 pieds et 13 pieds et pouces de pente. Depuis le plus bas en remontant jusqu’au pommier : 20 toises et 6 pieds et 4 pieds et 2 pouces de pente.

243

Semailles

244

19 : On a commencé à semer aux Châtaigniers.

245

20 : On a semé le champ de Deurre après le trèfle rompu.

246

Bled pourri et chaulé

247

J’ai semé dans une caisse au jardin une trentaine de grains de bon bled, que j’avois mêlé avec de la poussière de bled pourri. C’est du bled dont les épis paroissent asset bons à l’œil, seulement un peu plus hérissés et au milieu chaque grain plus court et plus gros qu’un grain de bled contient une poudre noire qui a une odeur de corruption insoutenable, la paille est un peu picotée de noir. J’ai aussi mis dans un vase une vingtaine de ces mêmes grains de bons bleds couverts de cette poussière, après les avoir fait tremper dans de l’eau où on avoit [fait] dissoudre de la chaux vive [103][103] Résultat de ces expériences le 25 juin 1776..

248

22 : On a semé le champ de Rachey.

249

24 : J’ai mis en terre 14 grains de bled qui paroissent sains, qui s’étoient trouvés dans les mêmes épis avec des grains pourris. Il y avoit ainsi 2 ou 3 bons grains dans l’épi [104][104] Résultat de ces expériences le 16 juillet 1776..

250

30 : Les 15 derniers jours du mois ont été très beaux, quoique le baromètre ait presque toujours été très bas. Les premières semailles lèvent. On commence à moissonner le sarrasin.

251

[p. 10 v.]

252

Octobre 1775

253

Les premiers jours ont été froids et pluvieux.

254

7 : On a fini de semer.

255

Commencement des vendanges

256

9 : On a commencé les vendanges à Lancy ; les raisins pourissoient sans être mûrs.

257

13 : Mr Rey a commencé à vendanger l’Essert [105][105] Lieu-dit d’Avully..

258

16 : On a commencé les vendanges.

259

26 : Tout le mois d’octobre a été beau. Le froid commence. Il y a eu une petite gelée ce matin.

260

Gelée

261

27 : Il a très fortement gelé. On vendange le Ramey qu’on avoit laissé pour couper les bleds noirs.

262

Résultat des vendanges

263

Les vendanges ont été superbes dans tous les environs de Genève. Chez nous les vignes ont donné environ 23 setiers par pause, l’une dans l’autre. Il y a eu asset de pourri dans le blanc, mais le rouge et Salvagnin paroit bien mûr et asset doux.

264

Rigole au Boula

265

J’ai fait faire une rigole pavée depuis le temple jusqu’à la Coudre et autour de la fontaine publique, ainsi qu’une traverse au chemin creux du Boula ; cela fait 18 toises carrées que j’ai payé à 3 florins 6 en nourrissant le parent qui en fait environ 2 par jour. Cet objet, en comprenant les journées des manœuvres, le vin, et sans les charriages du sable et des pierres, monte à 119 florins.

266

Rigole pavée au verger / conduite de bournaux au bas du Ramey

267

J’ai fait faire une rigole pavée depuis la fontaine du verger jusqu’à la haye de la vigne et delà une conduite de bournaux jusqu’au haut du pré du Molard [106][106] Idem. au dessous des osiers. La rigole de 29 1?2 toises faisant 11 toises carrées revient à 89 florins tout compris sans les matériaux et la conduite de bournaux de 52 toises revient à 213 florins ; c’est à dire le total pour cet objet environ 300 florins. En supposant que la rigole dure 20 ans et les bournaux 10 ans, cette dépense revient à 40 florins par année pendant 20 ans. J’ai compté en faisant faire le creux pour les bournaux d’environ 1 1?2 ou 2 pieds de profondeur et 2 pieds [de] largeur en haut sur 1 en bas, que la toise m’est revenue plus de 7 sols. Tandis que le fontenier m’a dit qu’il l’auroit fait pour 4 sols. En général, un fossé de 4 pieds de large en haut sur 2 en bas et 3 de profondeur se paye ordinairement 1 florin la toise. Ce qui revient à environ 7 florins la toise cube. J’ai compté que pour paver une toise carrée, il falloit environ 3 brouettes de pierres médiocres.

268

Novembre 1775

269

Pluye abondante

270

6 : Il n’a pas plu depuis le commencement d’octobre. La nuit passée, il est tombé 25 lignes.

271

7 : La nuit suivante, il a plu 35 lignes. Tout étoit couvert d’eau. [La] Laire [107][107] Rivière. de Chancy a entraîné le pont neuf qu’on y avoit fait.

272

Fontaine

273

9 : J’ai mesuré la fontaine qui donne 60 quarterons par minute. Le réservoir regorge beaucoup d’eau et cependant l’eau ne sort pas au haut du pré à plein tuyau, seulement à moitié ; de sorte qu’il faut qu’il ait quelques embarras, car j’ai renivelé de nouveau et trouvé 14 1?2 pieds de pente depuis le réservoir jusqu’au plus haut des bournaux sur environ 50 toises, ce qui fait 3 1?2 pouces par toises.

274

[p. 11 r.]

275

Défaut dans la conduite de bournaux

276

Comme l’eau regorge au réservoir, je craignois que le trou des bournaux ne fut trop petit. Ils ont 2 pouces de diamètre, hormis les 6 premiers qui ont 2 1?2 pouces. Pour m’en assurer, j’ai ajusté un de ces bournaux de 2 pouces de diamètre et d’environ une toise au trou du bachet qui sert à le vider et j’ai vu qu’il en sortoit par le tuyau à peu près autant qu’il en entroit. Le bachet s’est vidé, mais il s’en perdoit un peu. L’eau sortoit à peu près à plein tuyau, d’où je conclus que 60 quarterons par minute peuvent passer par un tuyau de 2 pouces de diamètre lorsque l’eau est forcée à la pente convenable. J’ai fait lever un ou deux bournaux pour voir s’il n’y avoit point d’embarras et on n’a rien trouvé. Ce qui me fait croire que l’eau quoique avec 3 1?2 pouces de pente par toise n’est cependant pas asset forcée. Il faudroit, je crois, que la surface du réservoir fut élevée au dessus du trou par où l’eau sort.

277

Prés rigolés

278

J’ai fait rigoler les prés par Chavanne à raison de 6 deniers par toise. Il y a eu à la Coudre : 214 toises, à la Mouille : 267, au pré de Jean Louis : 56 et à Avusy : 30 ; en tout 567.

279

Aqueduc aux Ferrages

280

J’ai fait prix avec le même pour faire un fossé aux Ferrages de 2 pieds [de] profondeur et 1 pied [de] largeur en bas à 4 sols la toise. C’est pour remplir la moitié de pierre pour servir d’écoulement aux eaux. Il y aura deux bras d’aqueducs qui iront tomber dans celui qu’on fit il y a deux ans.

281

Parties des hutins jeunes de Genesy arrachés et replantés

282

Comme nous avons dessein de replanter les hutins jeunes de Genesy qui n’ont point du tout réussi, ayant à ce qu’on prétend été plantés trop bas, nous commençons cette année par 2 tires [108][108] File, rangée : Humbert, 2004, t. ii, p. 206.. Les fossés doivent avoir 3 pieds de largeur et 1 1?2 de profondeur. On mettra 9 pouces de bonne terre au fond et ensuite les hutins à 9 pouces de profondeur. Veillard s’est chargé de faire ces fossés et d’arracher les hutins pour 5 sols la toise. Il fera aussi pour le même prix un fossé au bas de cette pièce pour faire un aqueduc.

283

Sarrasins

284

Les sarrasins très beaux en apparence n’ont pas grainé autant que l’on espéroit. Nous en avons eu dans le haut qui ont donné 17 pour un, mais près du Rhône beaucoup moins. En sorte que l’un dans l’autre cela n’a pas été à plus de 10 1?2 pour un.

285

Fruits

286

Il y a eu une grande abondance de fruits, surtout de poires.

287

Neige

288

25 : Il est tombé un peu de neige, la terre étoit couverte, mais elle a fondu dans le jour.

289

Décembre 1775

290

Tems

291

On a fait quelques réparations aux hutins Susorme du levant. Les trois premières semaines de décembre ont été asset froides et le temps serein, presque toujours de la bise. Le thermomètre le matin à 6, 7 et 8 au dessous. Les derniers jours de l’année ont été pluvieux, le tems doux et au vent.

292

[p. 12 v.]

293

Janvier 1776

294

Il est tombé de la neige au commencement du mois et à différentes reprises pendant le mois. Le commencement a été humide et doux et la fin très froide. Le thermomètre à 8, 9, 10 les derniers jours du mois. La campagne a été couverte de neige pendant tout le mois. On a vu des cygnes sur le lac [109][109] Le Léman..

295

Passage d’alouettes extraordinairement

296

Il y a eu des quantités prodigieuses d’alouettes dans les environs de la ville [110][110] Genève. et à Avully. On en a beaucoup tuées. Pendant ce mois, on a charié la terre qu’on avoit levée à la teppe de la Plantée, au haut de la vigne et celle qu’on a levée en bas, on l’a mise par le milieu.

297

Février 1776

298

Pluye

299

Le dégel est venu le 3 février. Tout le mois a été fort pluvieux. Il est tombé plus de 4 pouces d’eau. On a fait le fossé pour l’aqueduc d’écoulement au champ des Ferrages. On a arraché les deux tires des hutins neufs à Genesy et replanté de nouveau.

300

Haye à Vers

301

On a planté une haye à l’esparcette de vers le Rhône, seulement du côté de vent. On a aussi fait l’aqueduc d’écoulement aux hutins neufs de Genesy.

302

Mars 1776

303

Les 15 premiers jours de mars ont été fort pluvieux.

304

Violettes

305

14 : On finissoit de tailler et provigner [111][111] Travail qui consiste à multiplier des plants de vigne... à la Plantée. On voit des violettes depuis quelques jours.

306

Fueilles aux arbres

307

20 : Les fueilles commencent à paroitre aux bastions [112][112] Mallet fait référence à l’emplacement de son observatoire....

308

27 : On en voit aux arbres de la Cour de Saint Pierre [113][113] C’est là où se situe la vaste maison familiale à Genève,....

309

Avril 1776

310

2 : Nous avons été à Avully pour transvaser [les vins]. La terre est fort sèche. La bise soufle depuis le milieu du mars. Quelques personnes ont fini de fossoyer [114][114] Labourage afin d’aérer la terre qui a été tassée par... les vignes. Nous n’avons pas commencé. Elles commencent à pleurer [115][115] Sève qui coule des jeunes bois de la vigne après la.... C’est la bise qui arrête les progrès. J’ai trouvé les prés asset verds, surtout là où il va de l’eau. Les bleds n’ont pas encore tallé ; quelques places de Rachey ont souffert par les eaux.

311

Fleurs aux arbres

312

On voit quelques fueilles aux maroniers. Les abricotiers d’espaliers sont fleuris. Les pêchers en espaliers, les cerisiers en plein vent, commencent à fleurir. Les autres arbres poussent.

313

Trèfle aux Courtils

314

Le trèfle a été semé au champ des Courtils [116][116] Lieu-dit d’Avully. ; on en a mis 25 livres. Il n’a pas encore plu dessus.

315

Gyp sur l’esparcette

316

L’esparcette de vers le Rhône est très jolie. On attend la pluye pour y semer le gyp.

317

Raisins poussent

318

J’ai vu à la treille du jardin derrière la grange 2 ou 3 grappes de raisin asset grosses.

319

May 1776

320

Blanche gelée

321

3 : Il y a eu une blanche gelée qui a fait du mal en quelques endroits. Le tems est très au froid, toujours à la bise et sec. Il n’a pas plu comme il faut depuis le milieu de mars. Les bleds et les près souffrent. Il y a encore eu blanche gelée le 7 et le 8. Il a un peu plu le soir.

322

9 : Le tems très froid. Le thermomètre à 5 1?2 vers les 8 heures. On avoit semé le gyp, il y a environ 10 jours, sur l’esparcette environ 3 ou 4 coupes. On a pris pour cela un tems un peu humide.

323

[p. 13 r.]

324

Gelée / vignes gelées

325

12 : Il y a eu encore ce matin une forte blanche gelée et de la glace. J’ai vu à ma fenêtre le thermomètre à 2 au dessus de 0 ; le tems très clair. Cela a fait beaucoup de mal aux vignes et hutins. Il n’y a presque pas de mal à la Côte et en général dans les endroits élevés, beaucoup plus. Mr Pictet de Cartigny a beaucoup de mal et beaucoup plus que les paysans ses voisins. Il attribue cela à ses ceps plus près de terre. Les hutins de Fenière [117][117] Ibid. sont plus maltraités. Susorme la pièce vers le Rhône a moins de mal quoique semé que l’autre (sic), peu de mal à Genesy et très peu au Ramey.

326

24 : Le tems continue à être au sec et à la bise. Il y a eu encore ce matin une petite blanche gelée. La bise est très forte. Les prés qui ne sont pas arrosés, quoique très fumés, ont très peu d’herbe.

327

Rareté du foin

328

Le foin se vend depuis longtems un écu neuf le quintal et à présent 4 et même 5 livres.

329

26 : Encore une blanche gelée. Le tems se réchauffe cependant et la bise est baissée.

330

Juin 1776

331

5 : Nous sommes allés nous établir à Avully. Il a plu la nuit passée un peu. Cela a ôté la poussière. Les bleds sont fort courts et clairs, passables dans les grosses terres. Il y asset d’herbe dans nos prés là où il y a eu de l’eau. La fontaine d’en bas est faible. L’eau coule asset bien dans la rigole pavée et par les bournaux.

332

Esparcette à Vers

333

7 : J’ai vu l’esparcette de Vers. La moitié au couchant est très belle et épaisse, toute en fleur. La partie au levant est beaucoup moins belle. Et pour le milieu tout du long, il n’y a presque rien. La sécheresse l’a gâtée. C’est là où le terrain est plus graveleux.

334

Blanche gelée

335

8 : Le tems est froid. On a vu ce matin de la blanche gelée en quelques endroits.

336

10 : On a commencé à faucher.

337

11 : On a serré l’esparcette, un très fort chariot. Il a plu toute la nuit suivante.

338

Foins

339

25 : Depuis le 12, la sécheresse est revenue très forte. Les prés ont été fini de faucher. Dans les prés gras près de la ville on n’a pas trouvé la moitié de l’année dernière. Nous avons fait environ les 2?3 de l’année dernière qui n’étoit que les 3?4 de 1774. Nous avons eu environ 16 chars de foin en tout outre la fenasse et l’esparcette. La fenasse de la Coudre a donné un bon demi char et celle de la Mouille 1 1?2. Ce qui fait 18 chariots dans les prés naturels. Il a plu environ un pouce.

340

Résultat du bled pourri semé

341

Le bled, que j’avois semé le 20 septembre dans la caisse, a plusieurs épis remplis de grains déjà pourris. Il y en a eu d’autres qui paroissent sains. Ceux du vase qui avoient été chaulé paroissent tous sains, de même que ceux semés en terre le 24 septembre. Voyer 16 juillet.

342

Toits recouverts

343

Nous avons fait visiter nos toits à tuile plate par des couvreurs de la ville. Ceux des dépendances ont pas été seulement rhabillés, mais [illisible] maison, le pan du midy a été entièrement refait et les autres. On a aussi tout retenu l’avant toit qui avoit beaucoup de mal.

344

Aveine semée pour fourrage

345

27 : À cause du peu de fourrage du granger, j’ai fait semer au champ des Teppes 10 quarts d’aveines et 2 quarts [de] pesettes [118][118] Vesces : plante fourragère qui donne des grains ro... pour faucher en verd ; il auroit fallu la semer plutôt.

346

[p. 14 v.]

347

Fontaine

348

29 : Quoiqu’il ait encore plu, la fontaine d’en bas ne s’en est pas encore ressentie. Je l’ai mesurée : elle donne 6 quarterons en 3 minutes 5 secondes ; c’est-à-dire un peu moins de 2 quarterons par minute.

349

Juillet 1776

350

Moissons

351

1 : On commence à moissonner les seigles.

352

8 : Les bleds sont mûrs et paroissent grenés. C’est la grande semaine de moissons pour nous.

353

Résultat du bled pourri

354

16 : J’ai cueilli mon bled semé au jardin le 20 et 24 septembre de l’année passée. 1) Les 30 grains environs mêlés avec la poussière de bled pourri ont donné environ 80 épis dont peut être 70 à peu près entièrement pourris et le reste contenoit des grains sains et des grains pourris. Je n’ai trouvé que deux épis sans grains pourris. Le grain pourri se trouve quelque fois tout à fait à côté d’un sain. J’ai vu aussi un grain moitié sain et moitié gâté. 2) Les grains sains, pris dans des épis pourris semés le 24 septembre, ont donné des épis dans lesquels je n’ai trouvé aucun grain de gâté. 3) Les grains poudrés de bled pourri et ensuite chaulés ne m’ont donné que du bled sain sans aucun grain de gâté. Les grains sont un peu étranglés, mais il faut attribuer cela à la sécheresse, étant venu dans un vase trop petit.

355

Résultat des moissons

356

18 : On a fini les moissons. Le seigle a donné à raison de 12 gerbes par coupe et le blé 12 1?2. Le champ de Deurre où avoit été le trèfle a été le plus beau ; on y a fait 16 gerbes par coupe et j’ai remarqué que la place non gypée où le trèfle avoit été beaucoup moins beau a de même donné du bled plus court et plus clair. J’attribue cela à l’engrais produit par le trèfle, moins considérable dans cette place là. Les moissons sont aussi à peu près finies dans le mandement [119][119] Sorte de circonscription militaire, juridique et administrative... et ont été très médiocres. Il paroit que les Grosses Terres ont moins donné à proportion que les autres. Les bleds sarrasins semés à la fin de juin sont déjà très beaux. Il a asset plu en juillet.

357

Trèfle du champ des Courtils

358

23 : Le trèfle qu’on avoit semé au printems au champ des Courtils n’est levé qu’en partie à cause de la sécheresse. On en voit même des plantes levées depuis peu de jours. J’y ai fait resemer à cause de cela 12 livres de trèfle et j’ai mêlé 3 livres de trèfle de gyp ; en sorte que tous les grains étoient gypés. On les a mis le long de la haye du chemin de Genève.

359

Trèfle semé parmi le bled noir

360

Plusieurs de nos paysans ont semé du trèfle parmi le bled noir ; il a été levé au bout de peu de jours, la terre étant très humide. Ces 3 livres de trèfles gypées n’ont été semées que le 25 par un beau tems.

361

Fontaine

362

24 : La fontaine du bas ne donne plus que 1 1?3 quarteron par minute.

363

Racines ôtées de la conduite

364

J’ai fait ouvrir une partie de l’aqueduc d’où l’on a tiré beaucoup de racines d’arbres et après avoir fini, la fontaine donne 3 3?4 quarterons par minute.

365

[p. 15 r.]

366

Aoust 1776

367

Sécheresse

368

24 : Quoiqu’il ait plu 15 lignes le 6 aoust, comme il avoit fait sec pendant les 15 jours précédents et très chaud pendant les 15 jours qui ont suivi, la campagne a souffert, surtout les regains qui promettoient asset en juillet. L’esparcette de Vers a été presque entièrement grillée, peut être ne pourra-t’on la faucher. La pluye est venue abondamment le 22, 23. J’ai mesuré la fontaine le 21 elle ne donnoit plus que 1 1?3 quarteron par minute.

369

Résultat des moissons

370

On a fini de battre aujourdhuy. Voici le résultat des moissons : le froment a donné environ 12 1?2 gerbes par coupe et chaque gerbe l’une dans l’autre a fait le quart ; ce qui fait 3 1?8 pour un. Le seigle a donné 12 gerbes qui ont fait chacune leur quart ; c’est à dire 3 pour un. Le bled de Deurre a plus rendu. Les 32 gerbes ont donné 36 quarts ; ce qui fait 4 1?2 pour un. Et Rachey a moins rendu de grains que les autres ; le bled étoit plus étroit.

371

Machine à vanner

372

J’ai fait faire une machine à vanner et cribler le bled par un tirolois, qui vanne très bien, et beaucoup plus vite que par la méthode ordinaire. On peut vanner environ 5 coupes par heure et avec très peu de fatigue.

373

Septembre 1776

374

5 : le tems a été fort dérangé depuis le commencement de la pluye il y a 15 jours. Il a beaucoup plu. La fontaine donne 20 quarterons par minute.

375

Regain

376

6 : on a commencé à faucher les regains.

377

Esparcette semé à Vers

378

J’ai fait semer à Vers 30 quarterons d’esparcette, faisant 6 coupes de Genève dans un espace d’environ 1000 toises. La portion semée en 1775 a environ 20 toises de large. Celle semée actuellement en a environ 16 1?2. Il reste une portion non semée qui a environ 2 toises de large côté de vent et environ 10 toises vers le Rhône. Cette esparcette est beaucoup plus chère que celle de l’année dernière. Le quarteron [120][120] Un quarteron de paille équivaut à huit quintaux de... de Suisse coûte 16 batz au lieu de 12. Ce qui fait avec le port 30 florins et 6 sols la coupe de Genève.

379

Neige à la montagne

380

9 : Il a plu cette nuit asset et neigé tout le long du Jura asset abondamment. Le thermomètre étoit à 8. Le baromètre est très bas. On m’a dit qu’on avoit vu à Genève le thermomètre à 6 et même à 5.

381

Semailles

382

14 : Depuis le 9, il a fait pendant deux jours une grosse bise et ensuite un tems très beau, ce qui a beaucoup séché les terres. On a commencé à semer Susorme et les hutins jeunes de Genesy.

383

Octobre 1776

384

Aveine à fourrage

385

2 : On a semé aujourdhuy l’aveine en verd semée au champ des Teppes pour augmenter le fourrage du granger. Il y en a eu un chariot donnant 20 quintaux. Le tems a été fort dérangé à la fin de septembre. À présent il est au beau. On a beaucoup avancé les semailles et les sarrasins d’avant moisson sont très mûrs.

386

[p. 16 v.]

387

Bled semé plus épais qu’à l’ordinaire

388

5 : On a semé le champ des Teppes où étoit l’aveine de messel, moitié froment et moitié seigle. J’ai voulu essayer de semer une partie plus épais. On a mis à la partie du côté de bise qui contient 542 toises carrées, cinq quarts de semence et [à] la partie côté de vent de 535 toises [carrées], six quarts et demi. Je regarde ces deux portions comme d’égale étendue, parce que la haye de Mr Lianna doit porter quelque dommage du côté de bise. C’étoit là la fin des semailles, à la réserve d’une coupe au grand champ après le bled noir [121][121] Résultat de cette expérience en septembre 1777..

389

Nouvel essay sur le bled pourri et la poudre de Jurine

390

11 : J’ai semé au jardin derrière la grange à l’angle vers [Mr] Delasara, des grains de bled préparé de différentes manières. Il y a sept portions différentes et séparées chacune de 6 pieds sur 5 1?2 ; c’est à dire 33 pieds carrés. On a semé dans chacune 59 grains en 5 lignes à environ 6 pouces l’un de l’autre. On a mis dans la première planche, côté de bise : du bled mêlé avec de la poussière de pourri. Dans la seconde : du bon bled. Dans la troisième : du bled poudré de pourri et ensuite chaulé. Dans la quatrième : du même et ensuite lavé dans de l’eau. Dans la cinquième : du bon bled mêlé avec la poudre de Jurine et chaulé. Et dans la sixième, côté de vent : du même simplement chaulé sans poudre [122][122] Premier constat de cette expérience le 5 novembre 1776,....

391

Blanche gelée

392

14 : Il y a eu ce matin une petite blanche gelée. C’est la première de cette année. Les sarrasins étant à peu près mûrs n’en ont pas souffert. On les moissonne déjà depuis huit jours. Ils ont moins de grains que l’on ne comptoit. Les vendanges ont commencé aujourdhuy à Avully. Elles sont finies en plusieurs endroits comme à Lancy.

393

Essay sur du bled étranglé

394

21 : J’ai semé dans la terre, qui est autour du meurier rouge au verger, une ligne de 15 gros grains de bled les plus nourris, que j’ai pu trouver et parallèlement une quinzaine des plus petits grains les plus étranglés. Celle-ci est du côté du Rhône et l’autre du côté du pied de l’arbre [123][123] Premier constat de cette expérience le 19 novembre....

395

Espèce de fenasse

396

J’ai aussi semé de l’autre côté une cinquantaine de grains de ce que je crois être du fromental suivant la description qui est dans le Traité des prairies artificielles[124][124] Il s’agit selon toute vraisemblance de celui de La..., mais j’ai vu ensuite dans le Dictionnaire d’Histoire Naturelle que le vrai fromental ou raygrass [125][125] Graminée fourragère à épillets latéraux : Lachiver,... étoit autre chose.

397

Novembre 1776

398

Bleds sarrasins

399

1 : On a fini de battre le sarrasin. Il nous a rapporté environ 14 pour un de semé. Mais celui qui a été semé avant moisson [est] très beau en paille, a moins grainé. J’estime qu’il n’a rapporté qu’environ 12 1?2 pour un et celui d’après moisson 17 pour un.

400

Résultat des vendanges

401

5 : On a fini de presser les rouges. Les vendanges ont été médiocres. Nous avons fait dans les vignes à peu près 1 char par pause, mais beaucoup plus en rouge qu’en blanc.

402

[p. 17 r.]

403

Bled pourri et poudre de Jurine

404

J’ai visité le bled semé au jardin le 11 octobre. Il y a quelques grains qui ont manqué mais toutes les planches m’ont paru également avancées. La 1ère du côté de bise avoit 52 grains de levés, la 2nde: 54, la 3ème : 52, la 4ème : 52, la 5ème : 55 et la 6ème : 54. On avoit semé à chacune 59 grains.

405

Ruclon mené à la Coudre

406

14 : J’ai fait mener sur la fenasse de la Coudre le monceau de ruclon [126][126] Ruclon ou raclon : fumier des rues, boue, matières... qu’on avoit sorti du creux. Il y avoit trois fois plein le creux. Cela a fait 40 chariots peu chargés. Deux bœufs ont employé 3 jours pour cela. J’ai vu que chaque chariot contient environ 9 à 10 pieds cubes.

407

Esserter le long des noyers des prés

408

J’ai fait esserter tout le long des hayes de la Coudre et de la Mouille et autour des chênes.

409

Prés rigolés

410

J’ai fait rigoler les prés par Chavanne. Il y a mis 3 journées et je lui ai donné un ouvrier avec lui. Je l’ai payé 21 sols et nourri.

411

Pêchers plantés

412

J’ai fait planter au jardin 4 pêchers et un abricotier de la pépinière.

413

Bled étranglé

414

19 : J’ai visité le bled semé au pied du meurier le 21 octobre. Les 15 grains de gros bled sont levés et il en est levé 14 du petit. On n’aperçoit rien de cette espèce de fenasse semée au pré.

415

Noix plantées

416

25 : J’ai fait planter dans l’allée de la vigne du Ramey, le long des jardins de Favre, des noix. Il y a 3 lignes à 2 1?2 pieds l’une de l’autre et chaque ligne contient 28 noix à 1 1?2 pieds l’une de l’autre.

417

Noyers plantés

418

J’ai fait planter à la haye de la Fin [127][127] Lieu-dit d’Avully., le long du grand chemin, [blanc] noyers. L’année dernière on en avoit planté et il y a deux ans.

419

Noyaux de pêches et amandes

420

J’ai fait planter au fond du jardin d’en bas environ 70 noyaux de belles pêches d’espalier et une trentaine d’amandes.

421

[p. 18 v.]

422

Janvier et février 1777

423

Hyver

424

L’hyver a été asset froid pendant le mois de janvier. Ensuite il est tombé de la neige abondamment en février. Elle a fini de fondre à la fin du mois. La campagne n’a pas souffert du froid. Mais les rats et taupes ont fort travaillé sous la neige.

425

Granger mort / établissement du ménage de campagne

426

Notre granger est mort et nous avons changé l’administration de notre campagne en prenant des domestiques. Nous avons engagé Pierrot, Georgeon et le boveiron de Jean-Marc ; le 1er avec 25 écus de gage, le 2nd : 20 et le boveiron : 9 et deux servantes, la gouvernante : 12 écus et un tablier et la plus jeune : 6. Nous nous sommes chargés des 4 bœufs pour 20 louis neufs et de deux asset bons chariots pour 8 louis ensuite divers autres outils de campagne, herses, 2 charrues non ferrées pour 4 louis, une vache et une génisse pour 4 louis, de la graine et du vin pour 7 1?2 louis et quelques ustensiles.

427

Fond mis à ferme

428

Nous avons pris à ferme le fond de Jean-Marc pour 40 écus par année, sans réserve et sans bois.

429

Mars 1777

430

10 : Nous sommes venus passer 4 à 5 jours pour l’établissement de notre ménage [128][128] Ce que Mallet appelle dans d’autres documents son « ménage....

431

Premières fueilles

432

Les boutons des arbres commencent à grossir. On voit déjà de petites fueilles aux arbres de groseille piquante.

433

Commodités

434

J’avois fait vider les commodités pendant l’hyver et mettre de la terre grasse au fond pour que la matière puisse sortir immédiatement par le canal pour aller au creux [129][129] Fameux creux de ruclon..

435

Labourage

436

On n’a pas commencé le labourage à cause du mauvais tems, mais on ne tardera pas.

437

Entés

438

11 : J’ai fait enter 5 surjets de greffes de griottes de Turquie de chez Mr Pictet ; les 2 devant la maison, un près [de] la haye de la vigne et deux à la pépinière. J’ai vu là que 13 à 14 entés de l’été passé ont réussi.

439

29 : Le tems a été très chaud depuis 8 ou 10 jours, surtout le 28 et 29. Le thermomètre a été jusqu’à 15 à 16. Cela a fort avancé la campagne.

440

Premières fueilles

441

Les maroniers commencent à avoir des fueilles, les abricotiers et pêchers ont fleuri, les noyers commencent à pousser et les boutons de la vigne grossissent. Les prés ont bonne apparence et les bleds [p. 19 r.] aussi, surtout dans les bonnes terres.

442

Vers dans les bleds

443

Chez nous, il y a plusieurs places qui ont asset souffert des vers [130][130] Probablement des larves de hannetons (cf. avril et... en automne ; c’est surtout les bleds semés de bonne heure. On a commencé à labourer il y a quelques jours.

444

Trèfle semé

445

On a semé il y a une dizaine de jours 15 livres de trèfle au champ des Ferrages et 5 livres dans celui de Jean-Marc aux Ferrages, mais le terrain étoit trop humide pour pouvoir le herser.

446

Esparcette et trèfle gypsée

447

On a gypé l’esparcette de Vers avec 4 coupes de gyp. On a aussi gypsé avec 5 quarts le peu de trèfle du champ des Courtils.

448

Bled hersé

449

J’ai fait herser une place du grand champ Surplan pour voir si cela produisoit quelques bons effets au bled.

450

Entés

451

30 : Pierrot a fait à la pépinière 83 entés de poiriers et pommiers.

452

Chapon de la Côte

453

31 : On a planté à Chalu et Vénébé 300 chapons [131][131] Sarment fiché en terre prenant racines lors de la première... de bon plant de la Côte.

454

Plantée taillée en ruine

455

On a taillé la vigne de la Plantée en ruine [132][132] On a surchargé la taille de cette vigne, se situant... pour l’arracher l’automne prochain. On a commencé à rompre les vignes en plusieurs endroits. Chez nous, on doit les commencer incessamment.

456

Avril 1777

457

Gelée

458

Les huit premiers jours du mois ont été très froids, avec une forte bise. Il a gelé très fortement tous les jours. La glace portoit. Cela a fait du mal aux prés artificiels et aux noyers.

459

9 : Je suis allé m’établir en campagne pour commencer quelques réparations à la maison.

460

Vins transvasés

461

10 : On a transvasé. Les vins rouges sont très bons.

462

12 : On a achevé de rompre les vignes et presque les hutins.

463

14 : Il a plu hier et cette nuit 14 lignes, ce qui fait un très grand bien. Le tems ne s’est pas rafraîchi.

464

15 : J’ai fait semer encore 2 quarts de gyp sur le trèfle des Courtils le long de la haye [de Mr] Auvergne où on n’en avoit point mis.

465

Chanvre et courges semés

466

25 : On a semé les courges et le chanvre.

467

Blanche gelée

468

26 : Il y a eu ce matin une blanche gelée asset forte et même de la glace. Cela a fait beaucoup de mal à la vigne, mais peu parce qu’elle n’ont pas encore beaucoup poussé.

469

Raisins

470

On voit des raisins depuis plusieurs jours.

471

Hannetons

472

C’est l’année des hannetons. Ils sont déjà sortis en abondance.

473

Blanche gelée

474

28 : Il y a encore eu ce matin une légère blanche gelée.

475

[p. 20 v.]

476

May 1777

477

4 : Il a plu abondamment ces jours et il a neigé sur la montagne. Les boutons des meuriers commencent à s’ouvrir.

478

12 : Le tems a été chaud ces jours passés. Il est à la pluye et il s’est fort rafraîchi.

479

Neige à la montagne

480

Il est tombé de la neige sur la montagne, le vent est [de] nord ouest.

481

16 : Le froid et l’humide continuent. Il est tombé de la neige presque au pied de la montagne.

482

Fasiolons

483

23 : On a semé un quart et demi de fasiolons [133][133] Féveroles. ; on l’auroit plutôt fait sous la pluye. On a hersé les lentilles levées pour servir de culture.

484

Grêle

485

24 : Il a fait à 4 heures du matin une forte versée de pluye avec grêle et tonnerre, mais sans orage.

486

Froid

487

25 et 26 : Il a fait très froid ces jours ; le thermomètre étoit à 5 ou 6. Il est tombé de la neige jusqu’au milieu de la montagne et on craignoit beaucoup une blanche gelée qui n’a pas eu lieu.

488

Esserter à Vers

489

J’ai fait esserter la partie de notre champ de Vers qui descend vers le Rhône pour y semer de l’esparcette ; cela fait environ 1?3 de pose.

490

Juin 1777

491

2 : On a commencé à effeuiller les vignes et fossoyer la seconde fois. Le tems s’est fort réchauffé et tous les jours il pleut quelques versées avec tonnerre.

492

Esparcette

493

7 : J’ai fait couper les 2?3 de l’esparcette de Vers semée en 75. Elle étoit fleurie. Il y en a eu 3 chariots d’environ 10 quintaux. L’autre tiers est laissé pour graine. On a semé le millet [134][134] Ou « messel » : mélange de froment et de seigle. le 5.

494

17 : On a commencé à faucher le verger.

495

Essay de bled pourri et autres

496

J’ai examiné plusieurs fois les 6 planches de bled semée le 11 octobre. Je n’y ai aperçu aucune différence, sinon à la première où le bled est plus court et moins avancé, mais j’attribue cela à la proximité de la haye. Il a extrêmement bien tallé, quoique les grains soient à 5 à 6 pouces l’un de l’autre. Le terrain paroit asset garni. Il y a des grains qui ont produit jusqu’au delà de 30 épis ; ils sont actuellement en fleurs. Il y a des épis qui ont plus de 5 pieds.

497

24 : Le tems est toujours fort inconstant. Il est fort rafraîchi.

498

Juillet 1777

499

2 : Il a plu hier et la nuit passée 15 lignes.

500

Rhône très haut

501

Le Rhône passe au dessus des piquets de la nasse d’environ 2 pieds. On dit ne l’avoir pas vu si grand. Il est venu jusque sur le bord de la partie de notre champ de Vers achetée d’Abraham. Il y a un petit peuplier entre notre champ et celui de F.-L. Durand. J’ai vu que l’eau est venue a environ 13 pieds au dessous. L’autre vieux peuplier qui est plus bas étoit dans l’eau qui est montée encore à 9 pieds au delà.

502

Bled noir semé

503

4 : On a semé le bled noir à Vers et Surplan [135][135] Lieu-dit d’Avully..

504

6 : On a commencé à moissonner.

505

Neige à la montagne

506

7 : Le tems s’est très rafraîchi, il a un peu plu, ça été de la neige sur la montagne.

507

Foins

508

On a fini les foins le 5. La récolte a été très abondante partout. Nous avons [p. 21 r.] fait 35 chars dans les prés naturels et 8 de trèfle ou esparcette. C’est à peu près le double de l’année dernière dans les prés naturels.

509

Esparcette pour graine

510

9 : J’ai fait couper l’esparcette qu’on avoit laissé pour graine. Il y a plusieurs plantes où elle est asset meure, d’autres encore vertes. On l’a laissée sécher deux jours, en la tournant doucement une seule fois. Il y a eu deux petits chariots. On l’a amenée à la maison en mettant des draps aux chariots et on a pu la battre que deux jours après. Il y en a eu 10 chars, dont 4 ont beaucoup de fenasse. On l’a passée au crible à vanner pour en séparer la fenasse, mais il en reste encore beaucoup. Je crois que cette méthode de la recueillir en fait perdre beaucoup. J’en ai vu une grande quantité qui est restée sur la place. En Suisse on va en cueillir à la main sur plante. J’ai fait passer l’esparcette au crible long. La fenasse a été parfaitement séparée. Il y en a eu que 7 1?2 quarts.

511

Moissons

512

19 : On a fini les moissons qui sont fort chétives. Les bleds paroissoient superbes au mois d’avril. Il s’y est mis beaucoup de vers qui ont fait périr plusieurs plantes et ont affaibli les autres. Encore que les vents du mois de juin qui ont été asset forts les ont renversés. Il y a beaucoup de plumasse, de pesés [136][136] Tige de la céréale sans épis ou du moins abîmés par... et d’yvrage [137][137] Plante dont le fruit, débarrassé de ses enveloppes,.... On croit que les gerbes ne feront que demi char. Le froment nous a donné environ 15 gerbes par coupe et le seigle ou messel seulement 13 1?2.

513

Septembre 1777

514

1 : Il a bien plu au 1er aoust et plus du tout pendant tout le mois, sinon une versée de 5 1?2 lignes. Les bleds noirs et les regains souffrent.

515

Creux de fumier

516

J’ai fait vuider le creux de fumier et un peu agrandir. Actuellement, il contient environ 400 pieds cubes.

517

2 : Le tems s’est fort rafraîchi. Il y a eu une légère blanche gelée. On dit que cela paroit sur les jeunes trèfles.

518

Neige à la montagne

519

3 : Il a plu encore une versée et il est tombé de la neige sur la montagne.

520

Graine de trèfle

521

On a fauché le trèfle des Courtils pour en tirer la graine. J’avois essayé de le faire cueillir à la main, mais ce que 4 ouvrières ont fait dans le jour étant si peu de chose, on l’a fauché et on l’a battu dès qu’il a été sec. Il en reste beaucoup à la paille. Il y a eu deux chariots. Le second, on l’a battu en plein air au soleil et alors il en restoit beaucoup moins à la paille.

522

9 : Le tems est toujours fort sec. Les sarrasins souffrent, les hutins aussi. Les raisins demandent beaucoup la pluye.

523

Regains

524

On a commencé hier à faucher les regains qui sont tous secs.

525

[p. 22 v.]

526

Résultat des moissons

527

On a fini de battre. Le résultat est des plus mauvais. Personne ne se souvient d’avoir vu si peu de bled. Nous avons fait environ 15 gerbes par coupe de semée, qui n’ont produit que 1 coupe, 2 bichets [138][138] Mesure de capacité qui équivaut à une demi coupe, soit..., 2 1?4 quartes ; c’est à dire environ 1 2?3 pour un. Encore y a t-il beaucoup de petits pesés et d’autres saletés. En sorte que de bled passable, il n’en reste guère que 1 1?4 pour un. Le seigle a rendu 13 1?2 par coupes qui ont produit 2 coupes, 3 bichets, 2 quartes ou environ 2 10/11 pour un. Le bled n’est cependant pas bien cher. Il a bien réussi dans la Franche-Comté. Le bled pour semer coûte environ une pistole.

528

Résultat de l’essay fait sur le bled pourri

529

Voici le résultat de l’essay fait sur le bled pourri semé le 11 octobre 1776. La planche n° 1 a produit du bled entièrement pourri hormis trois plantes. La planche n° 3 du bled pourri et chaulé, sur 50 plantes on a eu 10 qui ont eu du pourri. La planche n° 4 de bled pourri et lavé, sur 49 plantes on a eu 9 qui ont eu du pourri. Les planches n° 5 et 6 ne m’ont pas paru avoir de différence pour la beauté, ni plus belles que les autres. De tout cela, il résulte que le simple lavage du bled pourri dans de l’eau fait autant d’effet que le chaulage, mais que l’effet n’est pas complet, puisqu’il y est reste encore 1/5 de plantes attaquées de pourri. Je n’ai vu aucun effet de la poudre de Jurine sur la planche 5.

530

Bled étranglé

531

L’essay que je voulois faire en semant du bled très étranglé le 21 octobre n’a pas eu un succès complet, parce qu’il lui est arrivé des accidents avant que d’être venu à maturité. Cependant, il est resté 2 à 3 plantes de ce bled étranglé qui ont donné de fort beaux épis dont le grain paroissoit aussi beau que le bled ordinaire.

532

Bled semé plus épais

533

Je ne puis rien conclure de l’essay fait au champ des Teppes dont la moitié a été semée plus épais, parce que le bled ayant presque entièrement manqué ; il n’est resté que le seigle.

534

[p. 23 r.]

535

Regains

536

20 : On a fini les regains sans aucune pluye. Le tems est toujours au sec. Il y en a eu environ 9 chariots outre l’esparcette qui a donné un bon chariot. Elle étoit si brûlée qu’on n’en n’a pas fauché plus du tiers. Lorsqu’elle commence à jaunir, si le tems de faucher approche, il faut la couper.

537

Esparcette semée en partie

538

22 : Le tems ayant toujours été sec, je n’ai pu faire semer l’esparcette. J’ai essayé seulement la partie en pente vers le Rhône où on a mis de celle que nous avons recueillie environ 6 quarts.

539

Semailles

540

24 : Quoique la terre soit si sèche, nous avons cependant commencé à semer à Deurre.

541

Octobre 1777

542

Essays de bled pourri et de bled étranglé

543

7 : J’ai encore fait un essay de bled étranglé et de bled pourri. J’ai semé une planche de jardin divisée en 6 portions comme suit. Les grains à environ 6 pouces l’un de l’autre. N° 1 côté du vent : 60 grains de bled noirci de poussière de pourri. N° 2 côté du vent : 60 grains de gros bled bien nourri. N° 3 côté du vent : 60 grains de bled extrêmement étranglé et petit. N° 4 côté du vent : 60 grains de bled noirci de pourri et ensuite lavé dans 2 à 3 eaux pures. N° 5 côté du vent : 60 grains de bled noirci de pourri et ensuite lavé comme le précédent puis encore chaulé. N° 6 côté du vent : 60 grains idem et ensuite lavé dans 2 à 3 eaux et puis dans la lessive de cendre chaulée, préparation de Mr Tillet [139][139] Mathieu Tillet (1714-1791), agronome français. Premières....

544

Essay de bled semé plus épais

545

On a semé il y a quelque jours à la Fin, deux espaces égaux de 400 toises, l’un vers la haye de bise avec une coupe de bled et l’autre à côté avec une coupe et 3 quartes.

546

Essay de la drogue de Mr Nourrisson

547

On a semé aussi un chariot de Susorme celui du levant à côté de Ducostet avec cinq quartes de bled préparées avec de la drogue de Mr Nourrisson.

548

Semailles finies

549

10 : Nous avons fini nos semailles.

550

Vendanges commencées

551

17 : On a commencé les vendanges par les vignes. Les pluyes continuelles qu’il fait depuis 5 à 6 jours commencent à faire pourrir les raisins [qui] sont extrêmement mûrs et rendent asset.

552

Grape de raisin moitié salvagnin moitié malvoisie

553

On m’a apporté de Susorme deux grapes d’un cep de malvoisie qui étoient toutes mêlées de Salvagnins et malvoisie ; c’est à dire chaque épaule [140][140] Grappillon au haut d’une grappe : Humbert, 2004, t.... étoit toute salvagnin ou toute malvoisie. Chaque grain avoit bien son goût propre.

554

Sarrasin germé

555

Les pluyes continuelles ont fait germer le sarrasin qui étoit coupé. Malgré des germes de près d’un pouce, le grain m’a paru encore bien rempli de farine.

556

[p. 24 v.]

557

Novembre 1777

558

Récolte des sarrasins

559

La récolte des sarrasins a été meilleure qu’on ne comptoit. Il a rendu environ 7 1?4 pour un. Il a fallu l’arracher presque partout.

560

Résultat des vendanges

561

Les vendanges ont été passables dans les vignes qui ont donné l’une dans l’autre 21 setiers par pause. La Plantée avoit été taillée en ruine et auroit donné une récolte magnifique sans la gelée du printems. Le Ramey a donné environ 25 setiers par pause. Les hutins ont beaucoup moins donné qu’on attendoit. La sécheresse a empêché les raisins de grossir. Ils sont extrêmement mûrs et s’égrènent très facilement. Les vins salvagnins se vendent autour de 2 écus le setier.

562

Vin rouge fait en blanc

563

J’ai fait cueillir le haut du Ramey qui étoit très mûr en grapes sans les remonter. On les a apportées entières sur le pressoir et il a été pressé tout de suite. On a mis dans un tonneau ce qui est sortit d’abord environ 6 setiers. Le reste de 4 setiers a été mis dans la cuve avec le reste. Ce tonneau de 6 setiers devoit faire du vin blanc pour être mêlé avec le vin blanc, une petite portion sur chaque tonneau. On dit que cela l’empêche de se graisser. Je l’ai examiné environ 15 jours après qu’il a été pressé. La couleur est un rouge faible. J’en ai mêlé dans un verre une 1?8 partie parmi du vin blanc et il m’a paru qu’il en altéroit sensiblement la couleur, qui devenoit un peu rousse. En sorte que je n’ose pas le mêler dans les tonneaux [141][141] Cette opération s’apparente à la création d’un vin....

564

9 : Il a plu et neigé aux montagnes jusqu’au pied.

565

11 : Il a fait une blanche gelée. C’est la première de cette automne.

566

Auvergnats pour scier

567

Nous avons fait arracher un gros noyer au bas du verger qui commençoit à sécher. Le pied a été scié par des auvergnats [142][142] Sur les aires géographiques du recrutement de la main.... Il a donné 8 plateaux de 20 à 22 pouces sur 15 1?2 pieds de long. On les a nourris et donné 21 sols par jour. On a encore tiré d’autres plateaux de la partie supérieure du pied.

568

Moitiés de grains de froment semées

569

J’avois partagé des grains de froment en deux parties à peu près égales transversalement et j’avois mis en terre ces portions. Celles qui ont le germe ont fort bien levé. Au moins de 7 mises dans un verre, il en est levé 6. Pour les autres portions, qui sont la partie pointue du grain, ils n’ont rien produit.

570

Partie de la vigne de la Plantée arrachée

571

J’ai fait arracher à peu près la moitié de la vigne de la Plantée par des auvergnats qui font un espèce de ménage. C’est à dire qu’ils vont à 2 fois la hauteur de leur pêle, environ 18 à 20 pouces de profondeur. On les paye 6 sols par toise carrée de 8 pieds et la soupe et le vin (demi pot par repas pour chacun). Ils ont fait 470 toises que comprend cette partie arrachée avec les allées, dans environ 50 journées. Ce qui fait à peu près 9 1?2 toises par jour. Il y a eu de bois environ 6 bons chariots.

572

[p. 25 r.]

573

Chapons plantés à Chalu

574

J’ai fait mettre à part tous les sarments de bon blanc de cette partie arrachée pour les replanter à Chalu.

575

3 tires de Genesy arrachées et replantées

576

J’ai fait arracher les 3 lignes qui restoient des hutins jeunes de Genesy et on les a replantés de nouveau les deux du milieu au même endroit. Mais celle de vent à environ 3 pieds plus à bise pour les mettre à égales distances. On les a aussi prolongées toutes cinq plus loin au levant. Tout cet ouvrage a demandé environ 74 journées. Il y a eu 3 bons chars de bois.

577

(à suivre)


Bibliographie

  • Sources imprimées

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    • La Salle de l’Étang, Simon Philibert de, Prairies artificielles ou moyens de perfectionner l’agriculture dans toutes les provinces de France, surtout en Champagne, par l’entretien et le renouvellement de l’engrais, 3e édition augmentée d’un traité sur la culture de la luzerne, du trèfle et du Sainfoin, Paris, Desaint et Saillant, 1762, 330 p.
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    • Maurice, Frédéric-Guillaume, Traité des Engrais, tiré des différents Rapports faits au département d’Agriculture d’Angleterre, avec des notes; suivi de la traduction du Mémoire de Kirwan sur les engrais, et de l’explication des principaux termes chimiques employés dans cet ouvrage, Genève, Paschoud, 1800, 411 p.
    • Michaud, Louis-Gabriel, Biographie universelle, ancienne et moderne, ou Histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes…, Paris, 1820, t. 26, 696 p.
    • Morat, Felice de, « Essai sur les moyens de perfectionner les vins du canton de Berne », Recueil de mémoires concernant l’oeconomie rurale par une société établie à Berne en Suisse, t. vii, 1766.
    • « Observations météorologiques en 1762 … », in Recueil de mémoires concernant l’oeconomie rurale par une société établie à Berne en Suisse, t. iv, 1763.
    • Recueil de pieces oeconomiques et autres curieuses et utiles contenant la meilleure méthode de semer et de moissonner les grains, de cultiver la vigne, de cuver les vins nouveaux, de faire des prairies artificielles de luzerne, esparcette et treffle, des Engrais de terre, des labours, d’élever et tailler les Arbres fruitiers, des Figuiers, de la culture des fèves, des haricots… enfin la manière de gouverner avantageusement les mouches à miel, d’élever les poulets d’Inde, Genève, Imprimerie Jean-Léonard Pellet, 1774, 376 p.
    • Rozier, François et Parmentier, Antoine-Augustin, Nouveau cours complet d’agriculture théorique et pratique… ou Dictionnaire raisonné et universel d’agriculture : ouvrage rédigé sur le plan de celui de feu l’abbé Rozier…, Paris, Deterville, 1809, 582 p.
    • Saussure, Nicolas de, « Manière de provigner la vigne sans engrais », Recueil de mémoires concernant l’oeconomie rurale par une société établie à Berne en Suisse, t. xiv, 1773, p. 3-30.
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Notes

[*]

Docteur en histoire, 390, route de Maubeuge, 59550 Maroilles. Courriel : <fulgence. delleaux@ wanadoo. fr>

[**]

Nous tenons à remercier François Pictet, pour avoir déposé le manuscrit original du Journal d’Avully à la Fondation des archives de la famille Pictet (Genève) afin que nous puissions le consulter librement, et Laurent Christeller pour son accueil et sa grande disponibilité. Nous remercions également Antoine Follain pour ses commentaires critiques afin d’améliorer la version finale de cet article.

[1]

Gschwend et Sonderegger, 2008, p. 2-3.

[2]

Nos collègues d’Outre-Rhin avec l’utilisation des livres-journaux ou Anschreibebücher de cultivateurs l’ont bien compris : voir Konersmann, 2004, p. 113-114. En France, ils font l’objet d’un vaste recensement sous la houlette de Jean-Pierre Bardet et Jean-François Ruggiu : « Les écrits du for privé en France de la fin du Moyen Âge à 1914 », gdr n° 2649 cnrs et daf, cf. Mouysset, 2007.

[3]

La Champagne genevoise est une petite région située à l’ouest de Genève qui comprend principalement les villages d’Avusy, Avully, Aire-la-ville, Cartigny, Chancy, Laconnex et Soral.

[4]

Toutefois, ces renseignements sont disponibles dans les livres de compte de Mallet, tel son Livre pour le ménage d’Avully commencé en 1777, conservés au sein des archives privées de François Pictet. Nous en exposerons les enseignements dans un prochain article.

[5]

Sur les lacunes dans les journaux : Moriceau et Postel-Vinay, 1992 et Delleaux, 2007. À l’exception du Journal de 1748 à 1767 de Pierre Bordier ; Vassort, 1999. Pour une réflexion d’ordre général sur ce type de documents et apparentés voir Antoine, 2000.

[6]

Choisy, 1930, p. 74-76.

[7]

Candaux, Capdeville, Grenon, Sigrist et Somov, 2005, p. 223-314.

[8]

Il est d’usage pour les bourgeois de Genève qui possèdent une maison de plaisance à la campagne, de venir s’y établir du printemps à l’automne ; voir Barde, 1937, p. 152 ; Amsler, 1999 et Ackermann, Hans-Moëvi, Roland et Zumkeller, 2006, p. 180. L’arrière saison venue, Jacques-André se retire dans la maison familiale de la Cour Saint-Pierre à Genève, à l’exception de 1782 lors de la Révolution genevoise où après le soulèvement, la ville est occupée au printemps par des troupes françaises, bernoises et sardes. La cathédrale située juste à côté de la maison Mallet est d’ailleurs transformée en dépôt de poudre : Golay, 2001, p. 32-35. Dans plusieurs notices biographiques consacrées à Mallet, il est mentionné que celui-ci, suite à cette crise politique intérieure, se retire définitivement dans le domaine d’Avully. La lecture de son Journal montrera qu’il n’en est rien.

[9]

Zumkeller, 1992, p. 95 et 96.

[10]

La matrice indique 0,83 ha, mais il convient de rajouter le parchet de Chalu qui est de 0,67 ha (mentionné dans les comptes de Mallet).

[11]

Arch. état. Genève, Cadastre brg 11.

[12]

Le domaine d’Avully, jusqu’en 1777, illustre le constat d’Annie Antoine au sujet de « la légende noire du métayage ». Ce type d’amodiation revêt, il est vrai, un certain archaïsme : paternalisme de la part du propriétaire, paysan soumis, etc. C’est le cas au domaine d’Avully. En effet, Mallet habite sur place grosso modo d’avril à novembre, surveille de très près les cultures, prend des initiatives en la matière. Mais tout ceci n’a pas constitué un obstacle à la modernisation et au décollage agricole. Bien au contraire, en propriétaire « éclairé », notre astronome fait adopter à son métayer ou « granger » de nombreuses nouveautés telles que le moulin à vanner, les prairies artificielles, l’usage de la chaux ; voir Antoine, 2003, p. 457-470.

[13]

Candaux, 1974, t. 2, p. 339-348.

[14]

Michaud, 1820, t. 26, p. 259.

[15]

Béaur, 2000, p. 173-174.

[16]

Zumkeller, 1992, p. 217-225.

[17]

Bourde, 1967.

[18]

Un exemple français récemment étudié : la Société agronomique des Thesmophores de Blaison en Anjou : Follain, 2007. L’ensemble des mémoires de cette Société sera édité prochainement dans un livre collectif.

[19]

Pour Bern : Bütschi, Gerber-Visser, Moser, Pfister et Stuber, 2009.

[20]

Perrenoud, 1979, p. 35 et 47.

[21]

Voir aussi en Alsace : Boehler, 1995, p. 77. Voir également Moriceau, 2002, p. 260.

[22]

Candaux, Capdeville, Grenon, Sigrist et Somov, 2005, p. 223-314.

[23]

Bickerton, 1986.

[24]

Zumkeller, 2001.

[25]

Moriceau, 1994, p. 759-761.

[26]

Ces données pourront venir enrichir celles déjà récoltées au sein du programme ophelie (Observations phénologiques pour reconstruire le climat de l’Europe) dirigé entre autres par Emmanuel Garnier.

[27]

Piuz, 1974.

[28]

Le Roy Ladurie, 2004, p. 272.

[29]

Saussure, 1773, p. 27-28.

[30]

Le Roy Ladurie, 2004 et 2006 ; et Pfister, 1988, p. 335-336.

[31]

Zumkeller, 1992, p. 193.

[32]

Il semble qu’une très bonne récolte de raisins pour l’astronome se situe au dessus des 60 hl/ha. En 1787, alors qu’il évalue la productivité de son vignoble à 50 hl/ha, Mallet affirme que cette dernière « sans être magnifique a été passable ». En revanche, l’année suivante, « la récolte est [selon lui] belle ». Un de ses parchets atteint les 67 hl/ha. En 1781, Mallet remarque dans le Genevois des rendements allant même jusque 192 hl/ha. Cette annotation n’a rien d’extravagant puisqu’au même moment Anne-Marie Piuz relève 216 hl/ha pour une vigne à Féchy : Piuz, 1974, p. 617. Ces résultats sont confirmés par Costa de Beauregard, 1774, p. 124 : « nous le voyons clairement dans les parties de la Savoie qui approchent de Genève, et sur le territoire de la République : il y a là des vignes d’un produit étonnant ».

[33]

« La vigne est sujette à une maladie qu’on appelle fouine […]. Ce mal se fait sentir ordinairement dans les étés chauds et secs. Quelques fois il paroît n’attaquer que les feuilles, d’autres fois il fait tomber les grappes. Le cep ayant perdu une partie de ses feuilles, les raisins prospèrent peu […]. On prétend qu’elle est düe à des pluies suivies d’un soleil ardent » : « Observations météorologiques… », Recueil de mémoires concernant l’oeconomie rurale par une société établie à Berne en Suisse, 1763, p. 155-156.

[34]

Pfister, 1985, vol. i, p. 86.

[35]

Zumkeller, 1998, p. 37.

[36]

Aux pages 82-108 dudit recueil. Dans la bibliothèque de Mallet conservée par François Pictet, subsistent plusieurs volumes des Mémoires de la Société de Berne. Entre autres Anet, 1762 ; Morat, 1766 et Bourgeois, 1766.

[37]

Le Roy Ladurie, Daux et Luterbacher, 2006, p. 432.

[38]

Radeff, 1987, p. 254.

[39]

Au sujet des seules dates de vendanges voir Guerreau, 1995.

[40]

Delleaux, 2008. Ce constat est peut être valable pour d’autres productions agricoles comme le blé (contrairement à ce que démontre Zumkeller, 1989). Voir à ce sujet la controverse opposant Grenier, 1996 et Morineau, 2003.

[41]

Arch. État. Neuchâtel, lrj 37 : livre de raison d’Auguste Lardy (1834-1836).

[42]

Chevet et Soyer, 2007.

[43]

Quasiment le double de la moyenne « nationale » : Head-König, 1992, p. 119.

[44]

Zumkeller, 1992, p. 178 et 185.

[45]

Barbian, 2007, p. 328.

[46]

Le messel peut être aussi un mélange de seigle et de « gesse » ou haricot.

[47]

Aux lieux-dits Susorme levant, Susorme couchant, Genesy vieux et Genesy jeunes.

[48]

Lullin, 1820, p. 68.

[49]

Zumkeller, 1992, p. 186.

[50]

Influencé peut être par ce qui se passe dans la Savoie voisine au même moment : en 1782, les pommes de terres représentent 24 % du volume total des récoltes : Morineau, 1985, p. 139.

[51]

Hiler, 1992.

[52]

Piuz, 1975.

[53]

Zumkeller, 1992, p. 182.

[54]

Cet agronome (1750-1826), secrétaire de la « Société pour l’encouragement des Arts et de l’Agriculture » de Genève, aurait vanté l’utilité de cette betterave dans un mémoire (lu à la société ?) intitulé Sur une manière économique de nourrir les chevaux. Ce personnage est aussi le cofondateur de la Bibliothèque Britannique et l’auteur en 1800 d’un Traité des Engrais.

[55]

Blaikie, 1775-1792, p. 55.

[56]

Morineau, 1971, p. 94.

[57]

Gautier, 2006, p. 41.

[58]

Zumkeller, 1992, p. 174, 224 et 225.

[59]

En effet, les genevois ne consomment principalement que du froment et délaissent même le seigle, sauf en cas de disette : Wiedmer, 1993, p. 32.

[60]

Information tirée d’un passage intitulé « récapitulation de l’emploi du sarrasin du pays en 1784 » dans un des livres de compte de Mallet (Archives privées François Pictet). La récolte est de 47,4 hl. Pour ce calcul, nous avons supprimé les déchets après le battage et rajouté le surplus restant en août.

[61]

Zumkeller, 1992, p. 182 et 322. Au sujet d’autres régions helvétiques, comme les cantons de Glaris et de Bern, pour la même problématique, voir Head-König, Hubler et Pfister, 1987.

[62]

En cas de mauvaises récoltes, la Chambre des Blés de Genève importe du blé de Franche-Comté, du Lyonnais, du Languedoc. Et lorsque l’exportation de grains français est interdite, elle a recourt à la Sardaigne, la Sicile et la Toscane, voire l’Afrique du Nord ; se reporter à Wiedmer, 1993, p. 42-43.

[63]

Zumkeller, 1985, p. 268.

[64]

Lieu-dit d’Avully.

[65]

La « pose » genevoise, mesure de superficie qui équivaut à 0,27 ha.

[66]

Mesure de capacité qui équivaut à 19,83 litres.

[67]

Le gyp ou gypse est une roche saline composée de sulfate naturel hydraté de calcium. Une fois chauffée, cette roche perd de l’eau et donne du plâtre : Rozier, 1809, p. 579-580. Elle sert à l’amendement des terres et permet d’améliorer la structure des sols argileux sodiques (à teneur élevée en sodium).

[68]

Lieu-dit d’Avully.

[69]

Toises : mesure de superficie qui équivaut à 0, 000675 ha.

[70]

Lieu-dit d’Avully.

[71]

Idem.

[72]

Idem.

[73]

Idem.

[74]

Mesure de capacité qui équivaut à 4,95 l.

[75]

Il s’agit sans doute d’une poudre inventée par le chirurgien et naturaliste genevois Louis Jurine (1751-1819) : Rieder, 2005.

[76]

Résultat de cette expérience le 31 août 1775.

[77]

Sous l’appellation « Bled de Turquie », Mallet semble désigner ici le maïs. Cependant, elle renvoie parfois au sarrasin, plus couramment dénommé « bled noir » comme dans le Journal d’Avully. Sur ce piège linguistique voir Ponsot, 2005. Si Mallet sème sur son champ de Genessy du froment après avoir fait une culture de maïs, c’est que ce dernier constitue une culture nettoyante qui prépare l’ensemencement en blé à cause des multiples sarclages et de la fumure abondante qu’il nécessite.

[78]

Lieu-dit d’Avully.

[79]

Résultat de cette expérience le 31 août 1775.

[80]

Idem.

[81]

Lieu-dit d’Avully.

[82]

Gouay (cépage rouge).

[83]

Lieu-dit d’Avully.

[84]

Parchets de Genesy vieux et Genesy jeunes.

[85]

Hutins.

[86]

Mesure de capacité qui équivaut à 0,54 hl.

[87]

Défoncer un terrain, le fouiller à deux ou trois pieds de profondeur, en ôter les pierres, y mettre du fumier ou de la terre nouvelle ; Humbert, 2004, t. ii, p. 45.

[88]

Lieu-dit d’Avully.

[89]

Idem.

[90]

Idem.

[91]

Ce qu’on peut semer dans une certaine étendue de terrain. Le mot français « contenance » ne rend pas exactement l’expression genevoise : Humbert, 2004, t. ii, p. 178. La coupe de semature oscille entre 330 et 333 toises.

[92]

Graine de prairie fournie par les herbes les plus élevées dont on coupe les panicules avant la fenaison : Lachiver, 1997, p. 669-670.

[93]

Arbres sur tige qui est laissé à lui même après une taille de ramification réalisée sur les trois branches principales : ibid., p. 1331.

[94]

Arbres plantés le long d’un mur sur lequel on a palissé les branches afin de favoriser l’ensoleillement et protéger des intempéries les fleurs et les fruits : ibid.

[95]

Défricher en arrachant les bois et les épines : Humbert, 2004, t. i, p. 191.

[96]

Lieu-dit d’Avully.

[97]

Mesure de capacité qui équivaut à 2,25 litres.

[98]

Sur les différentes monnaies en cour dans la région, nous renvoyons le lecteur à l’ouvrage de Körner, Furrer et Bartlome, 2001.

[99]

Mesure de capacité qui équivaut à 79,34 litres.

[100]

Seconde coupe des foins. La première ayant aux alentours de la Saint Jean.

[101]

Tuyau : Humbert, 2004, t. i, p. 59.

[102]

Auge, abreuvoir, bassin, pierre ou pièce de bois creusée et qui sert à abreuver les animaux : ibid., p. 33.

[103]

Résultat de ces expériences le 25 juin 1776.

[104]

Résultat de ces expériences le 16 juillet 1776.

[105]

Lieu-dit d’Avully.

[106]

Idem.

[107]

Rivière.

[108]

File, rangée : Humbert, 2004, t. ii, p. 206.

[109]

Le Léman.

[110]

Genève.

[111]

Travail qui consiste à multiplier des plants de vigne en mettant en terre des sarments.

[112]

Mallet fait référence à l’emplacement de son observatoire en ville.

[113]

C’est là où se situe la vaste maison familiale à Genève, juste à côté de la cathédrale.

[114]

Labourage afin d’aérer la terre qui a été tassée par les vendangeurs en octobre dernier, puis par les pluies de l’hiver (notamment février et mars) et enfin par les opérations de taille.

[115]

Sève qui coule des jeunes bois de la vigne après la taille du printemps.

[116]

Lieu-dit d’Avully.

[117]

Ibid.

[118]

Vesces : plante fourragère qui donne des grains ronds.

[119]

Sorte de circonscription militaire, juridique et administrative sous le contrôle d’un châtelain.

[120]

Un quarteron de paille équivaut à huit quintaux de paille : Humbert, 2004, t. ii, p. 123.

[121]

Résultat de cette expérience en septembre 1777.

[122]

Premier constat de cette expérience le 5 novembre 1776, puis le 17 juin 1777 et résultat définitif en septembre 1777.

[123]

Premier constat de cette expérience le 19 novembre 1776 et résultat définitif en septembre 1777.

[124]

Il s’agit selon toute vraisemblance de celui de La Salle de L’Étang, 1762. À notre connaissance, il n’existe qu’un ouvrage portant le titre exact de Traité des prairies artificielles, mais il est postérieur à la référence citée par Mallet. Il s’agit de celui de De Mante, 1778.

[125]

Graminée fourragère à épillets latéraux : Lachiver, 1997, p. 1424.

[126]

Ruclon ou raclon : fumier des rues, boue, matières fécales humaines, immondices ramassées dans les rues ou sur les routes pour servir d’engrais : Humbert, 2004, t. ii, p. 167.

[127]

Lieu-dit d’Avully.

[128]

Ce que Mallet appelle dans d’autres documents son « ménage de campagne », c’est-à-dire l’ensemble des domestiques et ouvriers au service du domaine d’Avully en opposition au « ménage des maîtres », c’est-à-dire lui-même, sa mère et sa sœur.

[129]

Fameux creux de ruclon.

[130]

Probablement des larves de hannetons (cf. avril et 19 juillet 1777).

[131]

Sarment fiché en terre prenant racines lors de la première année.

[132]

On a surchargé la taille de cette vigne, se situant sur le lieu-dit « La Plantée », de manière à lui faire produire beaucoup de fruits, sans s’inquiéter si on l’épuise. Ce procédé est mis en pratique l’année ou les années qui précèdent l’arrachement : Humbert, 2004, t. ii, p. 194.

[133]

Féveroles.

[134]

Ou « messel » : mélange de froment et de seigle.

[135]

Lieu-dit d’Avully.

[136]

Tige de la céréale sans épis ou du moins abîmés par les vers.

[137]

Plante dont le fruit, débarrassé de ses enveloppes, peut se confondre avec un grain de seigle. Il est en général toxique et donne un mauvais goût au pain : Lachiver, 1997, p. 975.

[138]

Mesure de capacité qui équivaut à une demi coupe, soit 39,67 l.

[139]

Mathieu Tillet (1714-1791), agronome français. Premières constations de cette expérience en avril 1778, puis en juin 1778 et résultats définitifs en août 1778.

[140]

Grappillon au haut d’une grappe : Humbert, 2004, t. i, p. 186.

[141]

Cette opération s’apparente à la création d’un vin gris. Pour plus de précisions sur l’élaboration délicate (délicate d’après les traités de viticulture et à en juger aussi les difficultés rencontrées par Mallet ci dessus) de vin blanc à partir de raisins noirs, dont la réussite dépend de la rapidité du pressurage, se reporter à l’exemple français des vins gris de Champagne à la même époque, dont la production dépend pour la plupart d’exploitations bourgeoises comme celle de Mallet, voir Musset, 2008, p. 74 et suivantes.

[142]

Sur les aires géographiques du recrutement de la main d’œuvre temporaire à Genève et aux alentours : Perrenoud, 1979, p. 334-348.

Résumé

Français

Les écrits du for privé de cultivateurs ou apparentés sont sans doute l’un des meilleurs moyens pour reconstituer au plus près l’histoire des mutations agricoles. Ainsi, le Journal d’Avully de l’astronome Jacques-André Mallet est le témoin sans détour d’une élite de cultivateurs-propriétaires genevois dynamiques, attentifs à leur environnement climatique, entrés en agronomie et résolument engagés dans le progrès agricole à partir du second xviiie siècle.

Mots-clés

  • agronomie
  • climat
  • grands exploitants
  • journal
  • progrès agricole
  • Suisse
  • viticulture

English

The astronomer in the fieldsThe diary of Jacques-André Mallet on the d’Avully estate in Genevois (1773-1789)The private writings of cultivators and the like provide probably one of the best tools to trace in detail the history of agricultural change. Thus, the Journal d’Avully by astronomer Jacques-André Mallet is a direct witness to the activities of a dynamic elite of owner-cultivators from the Geneva region. This elite was a close observer of the climate, used agronomic theory and was deeply committed to agricultural progress from the second half of the 18th century on.

Keywords

  • agricultural progress
  • agronomy
  • climate
  • diaries
  • large cultivators
  • Switzerland
  • wine-growing

Pour citer cet article

Delleaux Fulgence, « L'astronome aux champs. Le journal de Jacques-André Mallet sur le domaine d'Avully en Genevois (1773-1789) – 1re partie», Histoire & Sociétés Rurales 1/2009 (Vol. 31) , p. 141-194
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2009-1-page-141.htm.


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