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Histoire & Sociétés Rurales

2009/2 (Vol. 32)


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Serge Brunet, avec le concours de Paul Fave (dir.), Relation de la mission des Pyrénées (1635-1649). Le jésuite Jean Forcaud face à la montagne, Paris, cths, 2008, 357 p., 50 €.

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Serge Brunet publie un manuscrit intéressant l’histoire des Pyrénées au moment de la mission du Père jésuite Jean Forcaud et de ses successeurs entre 1635 et 1649. Cette mission a visité successivement des parties des Pyrénées s’étendant du Béarn au Roussillon, en particulier dans les diocèses de Tarbes, de Comminges, de Couserans et d’Alet (entre autres les vallées de Lavedan, d’Aure, du Louron, de Larboust, d’Oueil, des Bareilles, de Luchon, de Layrisse, du Bavarthès, de la Barousse, de Biros, de la Bellongue ou de Bethmale)

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Cette relation avait été éditée, il y a un peu plus d’un siècle, en français, pour le Val d’Aran et le Capcir seulement, à l’initiative de Mgr de Carsalade du Pont, érudit gascon puis évêque de Perpignan. Le livre qui vient de paraître intègre aussi les autres textes produits par les pères jésuites, pour l’ensemble des Pyrénées. La structuration du document est complexe. Son élaboration confronte plusieurs versions plus ou moins complètes de la relation de la mission, copiées au xviie ou au xixe siècle, conservées à Rome, à Vanves et à Auch. Plusieurs auteurs ont corrigé et complété le texte initial. Si Forcaud en a écrit une partie, le Père Georges Dasquemie, son adjoint, en est cependant le rédacteur principal.

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Les jésuites écrivaient habituellement en latin. C’est pourquoi la relation a dû être traduite en français grâce au concours d’un professeur de lettres classiques, Paul Fave. La traduction est richement annotée par Serge Brunet, qui s’appuie sur une abondante bibliographie et sur sa bonne connaissance des lieux mentionnés et des faits relatés. Avant de livrer la source, il fournit une longue introduction d’une centaine de pages. Il compare notamment le caractère de Forcaud et sa méthode avec l’activité des autres missionnaires de son temps. Les notes de cette partie de l’ouvrage sont énormes et renseignent sur de nombreux détails. Suit la traduction, accompagnée du texte latin original, d’un glossaire, d’une bibliographie et d’un index, ainsi que de documents annexes liés à la mission et d’illustratrions.

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Après avoir été, entre autres, recteur de collège jésuite à Béziers, Aubenas et Le Puy, celui dont les faits et gestes édifiants sont contés par le(s) rédacteur(s) entreprend sa mission à l’âge de cinquante ans. Il peut se consacrer à sa tâche à plein temps, profitant du fait qu’un jésuite n’a pas charge d’âmes. Se comportant plus en catéchiste qu’en prédicant, Forcaud évite soigneusement les huguenots, pourtant nombreux en Béarn et pays de Foix. Il s’agit là d’une technique classique de séparation des deux confessions, plutôt que d’affronter les difficultés inhérentes à toute tentative directe de conversion des protestants. Forcaud a une prédilection pour les paysans, n’allant en ville qu’à contrecœur. Né en Armagnac et poussé par ses lectures jésuites, il se focalise sur les montagnes qu’il voyait de loin pendant son enfance.

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Si cette source est remarquable quant à la religion des rustres en ce temps où la réforme catholique commence à peine à atteindre les Pyrénées, elle n’aborde pas directement les questions proprement agropastorales. Le latin employé se caractérise par la rareté des termes concrets liés à la vie matérielle et agricole par exemple. L’apport pour l’histoire de l’environnement est très limité également. On notera cependant que les Pyrénées sont le lieu des mythes, de la peur de la foudre ou de la grêle. Les avalanches, aussi, sont redoutées. Le Capcir et le Val d’Aran, en particulier, sont décrits comme hostiles à cause de l’altitude.

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De l’aveu même du rédacteur, la relation est plus détaillée au début, puis passe plus rapidement sur les formes de l’action missionnaire afin d’épargner au lecteur des longueurs répétitives. Ce document n’est donc pas une liste exhaustive des villages et vallées visités. Plus qu’une narration au jour le jour, il se veut davantage « une sorte de discours sur la méthode d’évangélisation des campagnes » (p. xvii). Il s’agit d’un écrit didactique, servant à inspirer et à justifier l’action d’un ordre religieux parfois contesté.

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Vallée après vallée, Forcaud manie prédication en langue vernaculaire, processions, pénitences, confessions, messes ou encore érections de croix et de monts calvaires. Les fidèles sont invités à pratiquer la résolution matinale et l’examen de conscience le soir; les nombreux enfants sont catéchisés prioritairement, pendant les quelques jours où la mission s’arrête dans chaque village.

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Forcaud commence par réunir des conférences ecclésiastiques afin d’exercer une emprise sur le clergé séculier des montagnes. Il fonde et fédère des confréries consacrées à la Vierge. Il diffuse aussi celles du Saint Sacrement, lesquelles deviennent de véritables tribunaux des mœurs. Il contraint les ennemis au pardon et à la réconciliation. Il impose de nouveaux règlements de police qui concernent la gestion municipale et les mœurs. Il fait construire ou entretenir les presbytères afin d’éviter la non-résidence des prêtres. Il impose la clôture des cimetières. Il traque une sorcellerie en plein essor. Il met fin à l’adultère et à la prostitution. Il lutte contre les danses et le carnaval. En Capcir, à Matemale, il parvient par exemple à détourner la jeunesse de la musique profane afin de mettre les hautbois au service de la splendeur d’une cérémonie religieuse.

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Horrifié par certaines habitudes, Forcaud souhaite extirper la superstition, trop répandue parmi le peuple des campagnes. Grâce à la relation, l’historien sent vivre une société en difficulté en un temps marqué par le retournement de la conjoncture économique, le récent soulèvement des protestants, la fermeture de la frontière du fait de la guerre franco-espagnole qui devient ouverte à la même époque, et de multiples vendettas liées au problème des lies et passeries. C’est aussi une source exceptionnelle, unique, sur les arrangements entre familles donnant lieu à un concubinage de fait avant le mariage religieux, sur la pratique de l’infanticide, et même sur certaines formes de polygamie.

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On comprend donc que le milieu dévot du Sud-Ouest, anciennement ligueur, où les jésuites sont bien implantés, accueille favorablement le projet missionnaire de Forcaud. Les réticences du clergé paroissial devant la concurrence des pères jésuites sont en revanche nombreuses. Car l’arrivée des pères dans un village fait affluer vers eux de nombreuses âmes rurales venues se nourrir de parole divine, tant les campagnes sont à la fois démunies et avides de secours spirituel. Aussi, Forcaud doit-il d’abord obtenir l’accord de l’épiscopat, comme avec Barthélemy de Donadieu de Griet en Comminges. Sa mission est étroitement liée aux visites pastorales. Ainsi, en 1640, en Capcir, il vient préparer la visite du nouvel évêque d’Alet Nicolas Pavillon. Ici, le rôle de Forcaud revêt aussi un caractère politique. Le ton de la relation de la mission en Capcir et en Val d’Aran, en pleine guerra dels Segadors ou révolte de la Catalogne, suggère une participation des pères jésuites à l’affirmation de la souveraineté de Louis XIII sur des vallées auparavant espagnoles mais relevant d’évêchés français. En Val d’Aran, la mission de 1642-1643 se déroule pendant les revirements de la région lors de la prise de possession par les Franco-Catalans, tout en préparant la venue de Mgr de Labatut, évêque de Comminges. Les très nombreux prêtres natifs organisés en confréries sacerdotales à vocation obituaire (les mesaus) résistent à Forcaud étant donnée leur participation, armée, aux milices aranaises. De plus, ces prêtres, rétribués en festins contre des messes pour les morts, sont évidemment réticents à l’application des projets réformateurs dont sont porteurs les jésuites.

Voilà donc enfin éditée une source remarquable qui restait encore largement méconnue des chercheurs, même si Serge Brunet, son découvreur et éditeur scientifique, avait eu l’occasion de l’utiliser dans ses précédents travaux.

Sylvain Olivier

Jordi Curbet Hereu (ed.), Les Llibretes de memòries de Joan Serinyana (1818-1903), vinyater llançanenc, Girona, Biblioteca d’Història Rural, Col.lecció Documents 5, Associació d’Història Rural de les Comarques Gironines, Centre de Recerca d’Història Rural (ilcc-Seccio Vicens Vives) Universitat de Girona i Documenta Universitària, 2007, 212 p.

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Joan Serinyana i Mallol (1818-1903), paysan de Llançà, (Catalogne), comarque du Haut Ampourdan, est un de ces mémorialistes catalans qui a laissé des traces écrites de sa vie quotidienne même si le xixe siècle représente la décadence productive des écrits du for privé dont la concentration se situe aux xviie et xviie siècles comme en France. Une grande partie des écrits de Serinyana, avaient été transcrits et connus, notamment par Josep Clavaguera, érudit et archiviste de la Bibliothèque-Archive privée du château de Peralada. Cependant Jordi Curbet, philologue, s’est attaché à transcrire intégralement les trois cahiers et la partie du quatrième retrouvé dans le cadre de sa thèse. La transcription de ces mémoires est précédée d’une étude introductive de Curbet.

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Le lecteur trouvera un étendu recueil d’anecdotes rattachée à l’histoire locale de Llançà et de ce territoire ampourdanais situé au sud du massif de l’Albera (du Perthus à la mer). L’époque et la situation géographique de ce village situé près de la frontière ont des incidences dans l’œuvre du scripteur. En effet des courants politico-culturels rénovateurs — de la Révolution française aux idées révolutionnaires du républicanisme ampourdanais incarné par la franc-maçonnerie et la vie associative très prisée en Catalogne — y ont pénétré. Ces constants échanges transfrontaliers d’idées et de productions font partie de la société catalane et en particulier de celle du Haut Ampourdan. Par ailleurs, il existait à l’opposé un intégrisme conservateur incarné par le carlisme. Serinyana se situe entre ces deux factions et devient par la même un homme de son temps qui s’est intéressé aux grandes convulsions du xixe siècle et qui les a vécues. 70 ans de ce xixe siècle vus par le regard d’un homme qui nous révèle sa réalité sociale. Il note les aspects les plus prosaïques, comme les catastrophes, les fléaux qui atteignent le vignoble et qui ont des incidences sur l’agriculture en général. Curbet dans son introduction n’hésite pas à percevoir Serinyana comme un authentique littérateur de la calamité qui nous livre ses questionnements sur la politique, la religion ou le progrès technique passant des trombes d’eau au phylloxéra, de l’intégrisme catholique à la maçonnerie, de l’arrivée du chemin de fer aux carlistes ou à la guerre de Cuba.

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Jordi Curbet fait partie de ces chercheurs catalans qui participent activement à l’épanouissement international des études sur les écrits du for privé. Reconnaissons-lui le mérite de sérier au plus juste non seulement les formes linguistiques de ces écrits mais de permettre que les livres de raison soient « un vrai gibier » pour tout historien et philologue qui se donne la peine d’analyser ce corpus. Soulignons au passage l’intense activité de l’Association d’Histoire Rurale des Comarques de Gérone — Associació d’Història rural de les Comarques Gironines – et du Centre de Recherche d’Histoire Rurale – Centre de Recerca d’Història Rural – dirigés par notre collègue historienne Rosa Congost, spécialiste de l’histoire rurale catalane et qui par cette collection « Documents » s’emploie par l’édition à la diffusion et à la valorisation de ces écrits.

Martine Camiade

Ivo Scarpetti, Museo della Frutticoltura « Adolfo Bonvicini » di Massa Lombarda, Provincia di Ravenna, 2003, 79 p.

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Ce guide publié par la province de Ravenne est consacré au Musée de la culture fruitière qui fut ouvert en 1983 dans une ferme (casa colonica) de Massa Lombarda. À la fin du xixe siècle, cette commune joua un rôle précurseur dans l’introduction des cultures fruitières en Italie et, pendant la première moitié du xxe siècle, elle demeura à l’avant-garde de cette activité économique marquée par la production, la transformation et la commercialisation des fruits.

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Après un rappel des étapes de la muséographie ethnographique en Italie, l’auteur décrit le musée dont les concepteurs ont voulu replacer la culture fruitière dans son contexte géographique et social. Les salles, aménagées sur deux niveaux, présentent donc successivement les travaux d’assainissement entrepris dans cette région parcourue par de nombreux petits affluents du delta du Pô, les conditions de vie des paysans, les contrats de métayage, la production du pain, du vin et du chanvre et, bien sûr, la culture fruitière car, dans l’entre-deux-guerres, la région de Massa Lombarda connut le développement des pêchers, des poiriers et des pommiers ainsi que l’ouverture de hangars pour la sélection des produits, la construction d’usines de conserves alimentaires et de scieries pour fabriquer des cageots et des caisses.

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Le musée est centré sur trois thèmes fondamentaux : l’eau, la culture des arbres fruitiers et la plantation. Le visiteur y apprend comment les alluvions charriées par les fleuves ont fertilisé la plaine et permis la coltura promiscua, une culture intensive et spécialisée des arbres fruitiers qui était déjà pratiquée dans la région au xvie siècle. Il découvre les transformations dues aux grands travaux d’assainissement du xixe siècle et de la première moitié du xxe siècle. La culture des arbres fruitiers a supplanté l’ancien système de la coltura promiscua et modifié la structure des fermes et des exploitations : l’agrandissement des champs a gêné l’écoulement des eaux, la surface moyenne des cultivateurs est passée à 4-5 ha alors que celle des exploitations des métayers était auparavant de 10 ha environ, et le recours aux engrais chimiques a provoqué des phénomènes de cimentation superficielle de la terre.

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Le musée insiste sur le rôle d’Adolfo et de Gaetano Bonvicini, deux entrepreneurs qui surent conclure des alliances familiales, politiques et économiques afin de développer des cultures industrielles. Il souligne aussi l’importance de la création de la coopérative des arboriculteurs en 1926. Elle favorisa un début d’enrichissement des ouvriers agricoles qui y étaient employés à la journée. Ils travaillaient surtout pour le marché international, allemand notamment, qui, entre 1920 et 1950, absorbait plus de 60% de la production fruitière de Massa Lombarda.

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Sans nostalgie, le musée évoque un « monde perdu ». Il abrite une très riche collection d’instruments pour la greffe et la taille des arbres fruitiers et décrit les activités économiques qui ont aujourd’hui disparu, comme la production de chanvre avec lequel on fabriquait des toiles pour le trousseau, des nappes et des cordes. Il présente aussi la singularité des familles de métayers qui étaient l’unité de travail de base du domaine. Chacune d’elles comptait environ 15 à 20 personnes et dépendait du chef de famille, le reggitore. Ce dernier était le responsable des rapports avec le propriétaire foncier et il dirigeait le travail de la ferme et assignait des tâches précises à ses fils et petits-fils. Sa femme, la reggitrice, était chargée des tâches domestiques. Toutes les femmes de la maison lui étaient subordonnées. À Massa Lombarda, la famille patriarcale commença à se désagréger dans le courant du xixe siècle et le processus s’accéléra après 1880. Les ouvriers agricoles adoptèrent alors le modèle de la famille nucléaire.

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Ce guide, agrémenté de nombreuses photographies, permet de se faire une idée de la rapidité et de l’intensité des transformations que connut l’agriculture de cette partie de l’Émilie-Romagne au tournant du xxe siècle. Pratique et pédagogique, il ne néglige pas les conséquences des innovations techniques sur le milieu naturel, et il fait découvrir une page souvent mal connue de l’histoire économique et sociale de l’Italie : l’introduction de méthodes capitalistes de gestion et d’organisation du travail dans le monde rural.

François Brizay

Archives nationales, Archives de la présidence de la République Valéry Giscard d’Estaing 1974-1981, répertoire numérique détaillé établi par Pascal Geneste, assisté de Violaine Chatelain et Gabrielle Vitali, Paris, Somogy, 2007, 707 p.

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Publié 26 ans après la fin du septennat de Valéry Giscard d’Estaing, cet instrument de recherche largement illustré montre un fonds volumineux et riche : 4 500 cartons pour 600 m linéaires. Il atteste l’intérêt soutenu du président Giscard d’Estaing pour l’archivage des dossiers produits au sein de la présidence de la République, sa volonté de laisser aux historiens un matériau de qualité, son souci pour sa postérité historique. Dès son entrée à l’Élysée en 1974, Valéry Giscard d’Estaing crée un service des archives. Placé sous la responsabilité d’un conservateur « en mission » des Archives nationales et sous l’autorité du directeur de cabinet, ce service assure la collecte et le classement des archives de la présidence de la République. Jusqu’alors les fonds présidentiels rejoignaient les Archives nationales de manière très aléatoire.

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Le fonds de la Présidence de Valéry Giscard d’Estaing est conservé au Centre historique des Archives nationales sous la cote 5 ag 3; le 3 signifiant 3e président de la République. Il se compose non seulement des archives produites par le Président et ses collaborateurs mais également de celles du secrétariat général de la présidence de la République comme de celles de l’état-major particulier et du Conseil supérieur de la magistrature. La structuration de ce fonds, reposant sur le principe du respect des fonds, est simple et pratique. Trois ensembles peuvent être distingués. Les dossiers produits par le Président forment un premier ensemble où se trouvent notamment les brouillons des interventions présidentielles, les lettres reçues quotidiennement par l’Élysée (1 200 par jour en 1975), le courrier du secrétariat particulier, les dossiers de séances du conseil des ministres, ainsi que les « notes pour les urgences » transmises quotidiennement au président de la République par ses collaborateurs. Ces dernières, estimées à environ 30 000, forment une série chronologique permettant de suivre les activités présidentielles au jour le jour. Le deuxième ensemble est constitué des dossiers du secrétariat général de la présidence de la République, dont le nombre de conseillers techniques et de chargés de mission passe de 12 au début à 25 à la fin. Occupant une grande place, cet ensemble est formé des archives des secrétaires généraux, des secrétaires généraux-adjoints, des directeurs de cabinet, des chefs de cabinet, des conseillers techniques et des chargés de mission. Il comprend principalement les dossiers préparatoires aux conseils restreints, les dossiers des réunions interministérielles, les notes et correspondances échangées avec les cabinets ministériels, les rapports adressés à l’Élysée par les grands corps de l’État. Les sous-fonds des services permanents de la présidence de la République composent le troisième ensemble du fonds. Il s’agit, en particulier, de ceux constitués par le commandement militaire, le service du protocole, le service de presse, le service photographique, le service du courrier, le service des associations et des élus, le service social, le service des télécommunications. Le classement effectué par l’équipe d’archivistes de la section du xxe siècle des Archives nationales n’est guère différent de celui des collaborateurs de Valéry Giscard d’Estaing. Les dossiers provenant d’un même sous-fonds mais versés en plusieurs fois ont été regroupés. Le plan de classement des 35 sous-fonds répertoriés ne varie guère. Après les chronos des notes et de la correspondance établies par les collaborateurs viennent les dossiers de travail formant des séries organisées selon les cas par thème, évènement et institution. Ces dossiers sont regroupés dans des cartons, chacun d’eux possédant une fiche sur laquelle sont indiqués entre autres le nom de l’autorité versante, sa position dans le plan de classement, ses dates extrêmes, son analyse.

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Les archives de la présidence de la République, à la fois techniques et politiques, permettent de connaître les opinions et les activités du Président et de son entourage, le fonctionnement quotidien de l’Élysée dans les années 1974-1981, la circulation de l’information aux sommets de l’État. Elles présentent donc un grand intérêt pour la compréhension du processus de décision politique à son ultime niveau. Toutefois elles ne peuvent être d’une part correctement abordées qu’avec une connaissance préalable de l’institution présidentielle, de la personnalité du Président et de ses collaborateurs, des liens particuliers unissant le premier aux seconds, et d’autre part correctement interprétées qu’en les confrontant avec d’autres sources, en particulier celles de Matignon, des ministères, des assemblées. En outre, on regrettera plusieurs absences, dont celle des agendas du Président Valéry Giscard d’Estaing, celle de la plupart des notes manuscrites prises en conseil des ministres par les secrétaires généraux de la présidence de la République, celle des dossiers de certains conseillers officiels, celle enfin des dossiers préparatoires aux conseils de défense. Les archives relatives aux questions agricoles font partie des archives du secrétariat général de la présidence de la République. Elles sont rattachées aux versements des deux conseillers techniques alors en charge des affaires agricoles : François Polge de Combret de 1974 à 1978 puis Emmanuel Rodocanachi de 1978 à 1981. Les cotes de leurs versements respectifs sont 5 ag 3/1791 à 1828 et 5 ag 3/2557 à 2590. Elles correspondent à une quarantaine de cartons classés autour de six thématiques : politique agricole, production agricole, enseignement et recherche, représentants agricoles, industrie agro-alimentaire, dossiers particuliers (machinisme agricole, engrais, Crédit agricole, etc.).

Ces archives présidentielles sont considérées, non plus comme des archives privées, mais comme des archives publiques selon la loi du 3 janvier 1979 sur les archives. Cependant un décret du 3 décembre 1979 précise qu’elles ne sont pas pour la plupart communicables avant un délai de 60 ans, sauf par dérogation individuelle. Toute demande de consultation de ces archives est soumise à l’autorisation du Président ou à celle de son mandataire alors qu’elles impliquent aussi ses collaborateurs, les ministres, des dirigeants politiques, des chefs d’État étrangers, des particuliers… Seuls les discours présidentiels et les clichés du service photographique ne sont pas soumis aux délais spéciaux de communicabilité. Il est vrai que ces documents-là ne sont pas susceptibles de remettre en cause la sûreté de l’État, la défense nationale, la vie privée des personnes.

Michel Boivin

Titres recensés

  1. Serge Brunet, avec le concours de Paul Fave (dir.), Relation de la mission des Pyrénées (1635-1649). Le jésuite Jean Forcaud face à la montagne, Paris, cths, 2008, 357 p., 50 €.
  2. Jordi Curbet Hereu (ed.), Les Llibretes de memòries de Joan Serinyana (1818-1903), vinyater llançanenc, Girona, Biblioteca d’Història Rural, Col.lecció Documents 5, Associació d’Història Rural de les Comarques Gironines, Centre de Recerca d’Història Rural (ilcc-Seccio Vicens Vives) Universitat de Girona i Documenta Universitària, 2007, 212 p.
  3. Ivo Scarpetti, Museo della Frutticoltura « Adolfo Bonvicini » di Massa Lombarda, Provincia di Ravenna, 2003, 79 p.
  4. Archives nationales, Archives de la présidence de la République Valéry Giscard d’Estaing 1974-1981, répertoire numérique détaillé établi par Pascal Geneste, assisté de Violaine Chatelain et Gabrielle Vitali, Paris, Somogy, 2007, 707 p.

Pour citer cet article

« Instruments de Travail », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2009 (Vol. 32), p. 282-288.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2009-2-page-282.htm


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