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Histoire & Sociétés Rurales

2009/2 (Vol. 32)


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Prix et coûts de transport dans l’Europe préindustrielle. Sources et méthodes, Journée d’études organisée à l’École Normale Supérieure de Cachan par Dominique Margairaz, professeure à l’université de Paris 1 et d’Anne Conchon, maître de conférences à l’université Paris 1, le 23 octobre 2009.

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Au cœur de toutes les interrogations durant cette journée, le rôle des prix et des coûts de transport dans l’économie d’échange de l’Europe préindustrielle, véritable angle mort de l’historiographie moderne. D’où l’intérêt d’avoir engagé une réflexion sur les sources et les méthodes permettant d’étudier le poids du transport dans le prix final des transactions marchandes. Dès lors, l’un des objectifs principaux de cette rencontre était de rassembler les connaissances acquises à ce jour.

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La journée a débuté par une introduction de Dominique Margairaz qui a dressé un bilan des recherches réalisées sur les transports. Elle a rappelé le peu de travaux réalisés par des historiens français sur ce sujet et a souligné que les publications récentes sont essentiellement le fait des Britanniques, ne faisant que confirmer l’avancée historiographique de ces derniers. Cet écart s’explique en grande partie par la présence outre-manche de sources inconnues en France, comme la réglementation des prix de transport, le recensement des transporteurs ou encore les réquisitions pour l’armée.

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Huit interventions d’une grande variété se sont ensuite succédées, chacune présentant des sources différentes pour faire l’histoire des prix et coûts de transports.

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David Plouviez a mené une première réflexion sur les prix et coûts de transport des fournitures de guerre en France au xviiie siècle. Les litiges commerciaux et les contrats d’approvisionnement pour les arsenaux sont ici les sources qui mettent en lumière le coût du fret, de la manutention ou encore le poids des péages dans le prix final des fournitures de guerre commandées par la Marine. Ils révèlent aussi qu’à la différence de la Grande Bretagne, qui a abandonné l’exploitation de ses arrière-pays lorsqu’elle devenait trop coûteuse, la France a toujours refusé d’importer des fournitures depuis l’étranger. C’est au prix d’un coût de transport exorbitant qu’elle a donc approvisionné ses arsenaux.

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À l’interface de l’histoire et de la géographie, la seconde intervention de la journée a rappelé l’enjeu de l’utilisation des sig dans le cadre de l’étude des coûts de transport. Nicolas Verdier a exposé une enquête originale, relative aux conséquences de l’homogénéisation du territoire sur les tarifs postaux entre 1708 et 1833. Les livres de poste et les cartes des postes ont ici permis d’établir deux bases de données. L’une, sur la situation des relais de poste et l’autre, sur les « tronçons » reliant ces relais. La cartographie établie permet dès lors d’analyser l’évolution du réseau des postes à la fin de l’époque moderne. Elle met en lumière la concomitance entre la densification du réseau routier et l’homogénéisation du tarif kilométrique de la poste à partir du milieu du xviiie siècle. Malgré les apports de la base sig, Nicolas Verdier souligne les limites de cette dernière. Elle ne prend pas en compte les courbes et détours du réseau routier, de même qu’elle ne permet pas d’appréhender la qualité des routes et des relais de poste.

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Travaillant initialement sur les activités des correspondants de la banque de France au début du xixe siècle, Emmanuel Pruneaux s’est, quant à lui, attaché à l’étude des transports de fonds en France. L’importance des transferts de monnaie métallique opérés par la Banque de France nécessite en effet de faire appel à des messageries pour le transport des fonds. Leurs tarifs sont publiés dans les almanachs de commerce et les almanachs nationaux, qui constituent une source essentielle pour la connaissance des coûts de transport au début du xixe siècle. Plusieurs éléments entrent en jeu dans les facturations affichées par ces messageries. La distance effectuée bien entendu, mais aussi le coût des aléas rencontrés par les diligences et le coût de la sécurité du transport.

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Appréhendés à partir des sources de la pratique, les prix et coûts de transport sont aussi évoqués dans les ouvrages d’économie politique de l’Europe préindustrielle. Si Anne Conchon constate l’importance des écrits relatifs à la circulation marchande au xviiie siècle, elle note que la question des prix de transport y est peu abordée. Les propos des auteurs portent avant tout sur le coût de revient du transport pour le transporteur, et l’avantage relatif représenté par le transport fluvial. Les auteurs ne se livrent pas à une collecte de chiffres absolus sur les coûts du transport et ne posent guère la question du coût du temps ou de celui des ruptures de charges. De la même manière, les questions de l’offre et de la demande, des itinéraires et des rythmes saisonniers de la circulation marchande ne sont pas pris en compte. Pour les contemporains, le nombre des péages est assurément une des raisons de l’augmentation des prix de transport, à l’instar de l’élargissement géographique des activités. Selon eux, multiplier les circuits courts et les centres de marchés permet de minimiser ces coûts et de limiter la durée des transports.

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C’est justement sur le coût des transports de longue distance que s’est penchée Anne Wagener. L’historienne a proposé une analyse des coûts de transport à travers l’étude de comptes marchands du xviie et xviiie siècles, issue de sa thèse de doctorat sur Le vin français aux Provinces-Unies au xviiie siècle. Dix manuels de marchands, français et néerlandais, sont parmi les sources de son travail. Ils donnent des précisions sur les structures de comptabilité et les prix de transport pour certaines marchandises et font référence aux livres de frais que tiennent les capitaines de navires et les grands négociants. Ces livres de frais sont les sources de renseignement les plus détaillées sur les prix de transport. Ils contiennent des lettres de voiture, des notes orales transcrites, des contrats, et permettent de mettre en évidence les rythmes saisonniers des prix de transport, les perturbations éventuelles du marché ou encore le poids des droits de circulation et leur influence sur l’itinéraire choisi. Trop rare dans les fonds d’archives, ces sources sont d’une grande valeur pour l’étude des prix de transport. Associées au mémorial, elles permettent de mettre en valeur les liens entre stratégies marchandes et prix et coûts de transport.

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Puis, Sylvain Négrier s’est précisément attaché à l’étude des marchés de voitures sur la Loire aux xviie et xviiie siècles. Il rappelé que ces lettres sont des contrats passés devant notaire, entre un marchand et un voiturier, et qu’elles sont obligatoires pour passer les différents péages installés sur la Loire. L’offre et la demande, la distance, mais aussi le type de marchandises et leur sensibilité plus ou moins grande à l’humidité font ici varier le coût du transport. Les contrats à jour donné, c’est-à-dire la fourniture de marchandises pour un prix et un jour donnés sont, en revanche, peu utilisés. L’intérêt de ces sources pour l’étude des prix de transport est donc réel mais pose néanmoins la question de leur repérage dans les actes notariés. Tous les notaires n’établissent pas ce type de contrats et lorsqu’ils le font, un répertoire des actes n’est pas toujours disponible.

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Transporter des marchandises implique donc, pour un négociant, de faire le choix de ses voituriers mais aussi, au préalable, de choisir l’itinéraire qu’ils devront employer. C’est cette question, à travers l’exemple de l’acheminement des vins de champagne à la fin du xviiie siècle, qu’a analysée Fabrice Perron. La conjoncture, la législation commerciale des pays importateurs mais aussi les exigences des clients sont les différents paramètres que les négociants prennent en considération pour organiser l’expédition de leurs marchandises. Soucieux de la qualité du conditionnement de leurs vins, ces derniers sont aussi très attentifs à la sécurité des moyens de transport. Pour assurer leurs livraisons, ils font donc appel à des commissionnaires ou à des familiers, comme certains entrepreneurs strasbourgeois qui sont chargés du transport vers l’Allemagne. La vitesse de circulation des marchandises et la date d’échéance de livraison de celles-ci sont aussi des contraintes fortes pour les négociants champenois, surtout lorsque la conjoncture est délicate. Dans ce cas, ils n’interrompent nullement leurs livraisons mais choisissent des itinéraires détournés pour que leurs marchandises arrivent à bon port. Acheminer des marchandises ne consiste donc pas seulement à la prise en compte des coûts effectifs du transport, il s’agit aussi, pour ces entrepreneurs, de prendre des risques dans une économie où l’imprévisibilité est une donnée fondamentale.

Lors de la dernière intervention de cette journée, Mohamed Ali Dakkan, dans une réflexion plus contemporaine, a posé la question du coût et de la tarification des voyageurs et des marchandises par les compagnies de chemin de fer au xixe siècle. Il a souligné que la tarification des distances était avant tout une tarification politique. Seul l’État décide les tarifs ferroviaires, reléguant les compagnies à la marge lorsqu’il s’agit de fixer ces derniers.

Au final, cette journée d’études a permis de faire un premier état des lieux des sources permettant d’analyser les prix et coûts de transport en France à l’époque préindustrielle et a démontré la nécessité de poser la question des méthodes pour les étudier. Elle ouvre des pistes de réflexion sur une question laissée en friches par les historiens français. Dominique Margairaz et Anne Conchon engagent donc à la poursuite et à l’approfondissement des travaux pionniers et prévoient d’ores et déjà l’organisation d’une nouvelle journée en 2010 afin de faire un premier bilan des résultats obtenus par ces recherches.

Titres recensés

  1. Prix et coûts de transport dans l’Europe préindustrielle. Sources et méthodes, Journée d’études organisée à l’École Normale Supérieure de Cachan par Dominique Margairaz, professeure à l’université de Paris 1 et d’Anne Conchon, maître de conférences à l’université Paris 1, le 23 octobre 2009.

Pour citer cet article

Scuiller Sklaerenn, « Colloques et Journées d'études », Histoire & Sociétés Rurales 2/2009 (Vol. 32) , p. 289-291
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2009-2-page-289.htm.


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