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Histoire & Sociétés Rurales

2009/2 (Vol. 32)


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Magali Watteaux, La Dynamique de la planimétrie parcellaire et des réseaux routiers en Vendée méridionale. Études historiographiques et recherches archéogéographiques, thèse de doctorat d’archéologie, soutenue le 3 juillet 2009 à l’Université de Paris 1. Jury : Daniel Pichot, professeur d’histoire médiévale à l’Université de Rennes 2 (président du jury), Gérard Chouquer, directeur de recherche au cnrs (directeur de thèse), Maria da Conceicao Lopes, professeure à l’Université de Porto-Coïmbra (rapporteur), Joëlle Burnouf, professeure d’archéologie médiévale à l’université de Paris 1, Anne Nissen-Jaubert, maître de conférences à l’Université de Tours (rapporteur).

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À travers l’analyse archéogéographique des formes paysagères de la Vendée méridionale, Magali Watteaux revisite différents concepts géohistoriques sur les formes médiévales : la dichotomie habitat groupé/dispersé, les formes radio-concentriques, la dichotomie bocage/openfield. En utilisant la distinction tracé – modelé proposée en archéogéographie, elle dissocie la forme des parcelles dont l’origine remonte parfois à la protohistoire, de la haie elle-même qui ressort à différentes périodes mais surtout à la période moderne. Ce faisant, elle quitte l’approche morpho-fonctionnelle héritée du xixe siècle qui tentait de caractériser une civilisation par un régime agraire symbolisé par un objet paysager surdéterminé. À la suite de la thèse de Samuel Leturcq sur les origines de l’openfield, c’est tout un modèle explicatif des paysages du Moyen Âge qui est revisité.

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La thèse de Magali Watteaux est composée de trois volumes dont un Atlas archéogéographique qui constitue un travail original composé de 149 cartes issues de la base de données sur sig qui a servi de base à l’étude. La fenêtre d’étude, soit environ 800 km2, recouvre trois types de paysages : le Marais Poitevin, les plaines calcaires de la partie centrale et les sols marqués par une hydrologie chevelue et couverts de haies dans le nord et l’est de la fenêtre. La dichotomie bocage/openfield constitue le point de départ de l’enquête de M. Watteaux. Elle indique d’emblée que le bocage constitue un système agraire surdéterminé à la fois par les paradigmes des chercheurs mais aussi par des associations idéologiques qui ont amené à considérer le bocage comme un paysage originel et traditionnel (les Chouans des bocages et les Républicains des plaines). L’attention est attirée sur l’embocagement de la période moderne sans exclure l’existence de haies à des périodes plus anciennes

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Pour Anne Nissen-Jaubert, la présentation historiographique de l’archéologie et de l’histoire médiévales explore les paradigmes qui ont marqué les approches des campagnes médiévales. M. Watteaux plaide notamment pour l’abandon du concept de parcellaires radioconcentriques au profit de celui de parcellaires radio-quadrillés. L’échelle d’étude est décisive. En raison de la très grande échelle des vestiges archéologiques, on accorde souvent trop d’importance aux décalages des tracés alors qu’ils se révèlent de faible importance quand ceux-ci sont observés à l’échelle des archéogéographes. L’étude le montre à travers l’examen détaillé de 43 sites archéologiques dont les enclos, les fossés et parfois les tronçons de voies constituent les principaux apports archéologiques. L’orientation des structures apparaît comme un indicateur essentiel pour comprendre les articulations. Elle se maintient ainsi souvent sur la très longue durée, même si l’implantation précise des tracés peut varier au fil du temps.

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Les analyses archéogéographiques portent à la fois sur des entités parcellaires et sur les réseaux viaires. L’état de la recherche met en avant les rôles pionniers de Marcel Gautier et d’Éric Vion. Les branches viaires des agglomérations sont utilisées pour proposer une hiérarchisation entre les centres. M. Watteaux note que ces tris numériques, conçus pour le transport terrestre, sous-estiment les agglomérations près des voies navigables et propose de pondérer les résultats pour les sites portuaires en ajoutant des branches « virtuelles ». Le tri numérique des branches viaires révèle des décalages intéressants : Doué-la-Fontaine qui ne comptait que 1 801 habitants en 1805 (392 en 1700) mais dont l’importance durant le haut Moyen Âge est bien connue, apparaît ainsi comme un centre régional.

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Au fil de ses analyses, M. Watteaux démontre que le parcellaire seul ne permet pas de caractériser un paysage bocager. Petites parcelles ne signifient pas forcément haies. Les plus grandes peuvent être subdivisées sans que le cadastre, document fiscal, en tienne compte. La plantation des haies sur les limites n’est ni systématique ni confinée à une période précise. Autre découverte importante, la trame dominante du parcellaire montre une forte corrélation avec les vestiges de La Tène indiquant que ses axes principaux peuvent remonter à la fin de la Protohistoire. Le haut Moyen Âge parait curieusement absent dans la mise en place des parcellaires et des réseaux viaires. Cela amène M. Watteaux à conclure sur l’importance de l’auto-organisation durant cette période. Les habitats apparaissent en effet s’intégrer à des trames viaires et parcellaires existantes qui sont adaptées, transformées et transmises en fonction des besoins locaux.

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Gérard Chouquer, directeur de la thèse, souligne qu’elle est une contribution à la construction d’une discipline nommée archéogéographie, terme utilisé pour la première fois en France par Robert Fossier. Elle est la cinquième thèse produite explicitement dans ce champ de recherches. Avec ses 333 planches, elle est la plus cartographique de toutes ! L’apport de l’archéogéographie est d’insérer l’observation dans un ensemble plus vaste : par exemple, de voir le phénomène de l’émergence de la planimétrie à l’âge du Fer plutôt qu’une succession de découvertes non reliées entre elles, qu’on interprète comme des isolats…. Claire Marchand avait posé dans sa thèse les bases de l’emploi du phénomène d’auto-organisation en archéogéographie. Sandrine Robert, dans la sienne, avait théorisé des outils majeurs comme la carte compilée ou des liens comme la relation local-global. Ici, M. Watteaux prend en charge un espace géographique de référence pour l’interroger intégralement du point de vue de ses formes. Dans la fenêtre d’étude, tout le planimétrique est utilisé. Et tout ou presque s’avère porteur d’héritages invraisemblables. La thèse comporte également des développements techniques particulièrement intéressants : la grille dite des itinéraires théoriques formalisée par Sandrine Robert; la cartographie des associations qui construisent un concept, appliquée ici au bocage; le log archéogéographique qui est une proposition neuve d’articulation des connaissances. Il montre que pour faire émerger les objets archéogéogaphiques, la question la plus importante est celle de la discontinuité : comprendre pourquoi des sociétés changent leurs instruments, leurs formes, les mots pour le dire.

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Maria de Conceiçao Lopes souligne que ce travail aura un impact définitif sur les recherches morphologiques en général, même dans des régions où on ne dispose pas du cadastre napoléonien. De nouveaux objets doivent être invoqués, ceux qui se fondent sur la dynamique plutôt que sur les actes, qui répondent au temps long plutôt qu’à la période, qui préfèrent le contenu plutôt que le dessin, appelant de nouveaux « actants » jusqu’ici éloignés de la « production » des parcellaires.

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Pour Joëlle Burnouf, la partie intitulée « archéologie des savoirs » constitue (comme on le dit dans le domaine de l’environnement) « un seuil d’irréversibilité ». M. Watteaux fait définitivement le point sur les théories qui ont conduit la recherche depuis quarante ans en matière de modèles explicatifs du monde rural médiéval : le mutationnisme, la révolution de l’an mil, la question de la naissance du village, celle des pratiques agraires et partant des paysages ruraux. Son travail de déconstruction-reconstruction est remarquable tout en étant élégant et respectueux des apports analytiques des études passées : inutile de « tuer les pères et mères », elle se situe « ailleurs ». Elle pose comme incontournable aujourd’hui dans toute recherche, la prise en compte de la longue durée et des héritages auxquels elle ajoute pour des secteurs où jusque là ce n’était guère usité, la mobilité. Elle fait un sort au trio ager/saltus/sylva et fait observer que la question des défrichements a été mal posée par méconnaissance des héritages. Elle montre aussi que le « castrum » doit être désormais vu comme la fin d’un processus et non comme un commencement. Bref comme elle le propose, on peut sortir de cet « espace paradigmatique construit à travers des topoi anthropofixistes ». Dans les apports majeurs, Joëlle Burnouf souligne la confirmation de la « bifurcation » du xiie siècle et la mise en parallèle faite par la candidate avec le « boom » urbain. Dans le processus de la « fabrique de l’urbain » (Cf. Hélène Noizet), l’état observé par les archéologues trouve un parallèle dans le monde rural avec « l’embourgagement ». Elle salue aussi la « réhabilitation » de la réalité archéologique de l’habitat « dispersé », qualifiée par défaut par les historiens d’« intercalaire ».

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Enfin Daniel Pichot, président du jury, a affirmé son intérêt et son admiration pour la thèse présentée, soulignant notamment la qualité du travail technique et l’élégance du récit. Il approuve cette vision historique du bocage. Le paysage rural est une longue histoire, un héritage sans cesse remanié dont les composantes évoluent à leur propre rythme. Il n’y a pas bocage mais embocagement. Sans doute s’est-on, comme souvent en histoire, polarisé sur le thème des origines souvent paralysant.

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Au passage, M. Watteaux, fait écho aux travaux d’A. Antoine sur la légende noire du bocage à laquelle a succédé aujourd’hui une légende dorée : le repoussoir réactionnaire est devenu symbole identitaire. Si le bocage à l’ancienne découlait largement d’une chouannerie mythifiée par des historiens républicains, aujourd’hui il devient un emblème écologique et urbain. Cela n’est pas sans répercussion sur l’organisation actuelle des programmes de recherche. En ce domaine, D. Pichot pense que l’analyse aurait même pu être poussée plus loin. Concernant l’enquête vendéenne, il précise que le long exposé critique sur les sources cartographiques et archéologiques pourrait servir à beaucoup de chercheurs. La recherche consacrée au réseau routier est utile, le thème retenant assez peu souvent le chercheur en raison sans doute d’un travail assez fastidieux et ingrat. En s’appuyant sur la distinction tracé et itinéraire, sont reconstitués ici des réseaux et l’animation des espaces. Comme pour l’analyse du parcellaire, M. Wateaux refuse de se positionner sur une période privilégiée a priori. Elle adopte un temps long et des analyses à multiples échelles, ce qui éclaire d’un jour nouveau des paysages souvent considérés comme illisibles. La « grande trame rouge » organise la structuration de l’espace et dépasse le clivage plaine-bocage, ce qui est extrêmement intéressant.

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D. Pichot retient quelques points. Sans défendre des conclusions que l’on ne peut partager aujourd’hui, il reconnaît la puissante vision d’André Meynier qui a fait vraiment émerger le bocage dans le champ de la recherche. De même, pour lui, le paradigme de la naissance du village a peut-être été moins une impasse qu’on ne le croit. Certes le village de l’an Mil n’est plus guère retenu et la longue durée lui convient bien. Par contre, l’on doit à Robert Fossier, le concept d’encellulement, concept globalisant qui aide à penser la société féodale, même si l’on ne partage pas sa vison radicalement mutationniste. Le village groupé peut en être le témoin mais le village éclaté sous une autre forme, aussi. Nous avons besoin de concepts qui permettent de penser la complexité et la globalité.

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La mise à l’écart justifiée des documents d’archives soulève des difficultés pour la datation de l’embocagement. La naissance du bocage, c’est-à-dire la multiplication des clôtures et, en conséquence, la différenciation des paysages ruraux est difficile à situer en l’absence d’enquête paléoenvironnementale et sans textes. M. Watteaux adopte, non sans raison, le modèle de la Gâtine voisine et ses métairies du xvie siècle. Le rôle des grands paraît fort et la haie est sans doute un moyen de faire échapper leurs terres aux usages communs. Au vu des quelques textes connus pour la région, il se pourrait que le processus se soit enclenché un peu plus tôt, il faudrait vérifier. Par contre, ce mouvement pose la question de la différenciation des paysages et de l’habitat. Si la trame générale peut recouvrir des espaces aujourd’hui différenciés, quels en ont été les facteurs, en dehors du sous-sol, objet favori des géographes anciens? Les différences sociales, les structures de la seigneurie sont difficiles à invoquer. On doit s’interroger… Enfin, les territoires paroissiaux sont assez peu évoqués alors que leur constitution s’insère bien dans la périodisation. La rupture de 1100 correspond au succès de l’entreprise grégorienne et au succès de l’inecclesiamento. Même si archéologues et historiens ne peuvent pas avoir toujours les mêmes problématiques, la question vaudrait d’être posée.

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Ces interrogations se placent plus dans le prolongement de l’enquête qu’elles ne se posent en termes de contradiction. En conclusion, M. Pichot souligne que la Vendée a trouvé son archéogéographe mais surtout que la connaissance de l’Ouest et de ses paysages a progressé. Au-delà, les acquis méthodologiques et la qualité de la réflexion générale laissent penser que cette excellente thèse a tout pour faire un livre remarquable.

Après en avoir délibéré, le jury a attribué à la thèse la mention très honorable avec les félicitations du jury.

La thèse de Magali Watteaux est consultable sur hal-shs à l’adresse suivante: http:// tel. archives-ouvertes. fr/ tel-00421955/ fr/

Sandrine Robert

Jean-Marc Olivier, Petites industries, grands développements, France, Suisse, Suède (1780-1930), Habilitation à diriger les recherches d’histoire moderne et contemporaine soutenue le 6 décembre 2008 à l’Université Toulouse 2-Le Mirail. Jury : Claude-Isabelle Brelot (professeur à l’université Lumière-Lyon 2), Rémy Cazals (professeur émérite, université Toulouse 2-le-Mirail), Lars Magnusson (professeur à l’université d’Uppsala), Jean-Luc Mayaud (professeur à l’université Lumière-Lyon 2), Rémy Pech (tuteur de l’hdr, professeur à l’université Toulouse 2-le-Mirail), Jack Thomas (professeur à l’université Toulouse 2-le-Mirail), Patrick Verley (professeur à l’université de Genève).

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L’histoire économique et sociale est à l’honneur à l’université Toulouse-le-Mirail, avec la soutenance de l’Habilitation à Diriger les Recherches de Jean-Marc Olivier dont l’intitulé de l’inédit donne le ton : « Petites industries, grands développements, France, Suisse, Suède, 1780-1930 » ce samedi 6 décembre aprèsmidi.

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Jean-Marc Olivier expose la teneur de l’ensemble de ses travaux d’histoire industrielle, conduits dans le Jura, durant la thèse, puis, après son recrutement à l’université de Toulouse-le-Mirail, dans les territoires du Midi toulousain, s’échappant même jusqu’en Suède et ses archives Bernadotte. Dans une première partie, Jean-Marc Olivier replace ses travaux dans leur contexte historiographique en insistant sur les réflexions et débats ayant trait à l’idée de protoindustrie. Après une thèse de micro-histoire enrichie d’une prosopographie et d’un suivi généalogique des descendants des lunetiers du Jura, il convenait de changer d’échelle. Mais la grande industrie ne concerne en réalité qu’une minorité des espaces industrialisés alors que les petites industries en maillent l’espace d’un réseau parfois dense. Considérer ces petites industries nécessiterait à l’évidence d’adopter une approche micro-historique car les enquêtes administratives ne rendent compte que très mal, voire pas du tout, de leurs singularités : c’était matériellement impossible dans une optique comparatiste étendue à trois pays. Les bornes retenues, des années qui précèdent la Révolution à l’Entredeuxguerres, courent de la suppression des jurandes et des corporations, à la crise généralisée.

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L’impétrant rappelle que les travaux présentés s’appuient sur l’encadrement d’une dizaine de masters qui se sont attachés à redécouvrir l’importance des petites industries dans la région toulousaine (balais de Grisolles, peigne de la vallée de l’Hers, etc.) et dans le Var (en particuliers les bouchons et les parfums du pays de Grasse) alors qu’une thèse en cours s’intéresse au fromage de Roquefort. Des liens privilégiés avec la Suède ont permis à une dizaine d’étudiants de participer, grâce aux échanges Erasmus, à la découverte du fonds Bernadotte.

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Les apports majeurs de l’inédit proposé par Jean-Marc Olivier sont les suivants. Si la petite entreprise reste, justement, de petite taille, ce n’est pas par incapacité de croissance mais parce que les individus veulent rester indépendants : une masse salariale ne s’agglomère pas. En effet, la plus grande souplesse de fonctionnement de l’entreprise et d’adaptation à la conjoncture est atteinte avec 10 à 15 ouvriers. Cela n’empêche pas que les années 1820 voient l’expansion des petites industries, stimulées par la croissance de la demande, au moins pour les lunettes et les montres, en même temps que les modalités de la division du travail et l’adoption d’innovations techniques ne marginalisent pas cette façon de produire, par rapport au modèle industriel classique. De même, l’aptitude à exporter est un gage du maintien de l’activité alors que, face à une politique protectionniste, la solution passe par la baisse des coûts de production.

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Au terme du travail, des perspectives sont soulevées : qu’en est-il, après 1930, de la dynamique des petites entreprises, situées le plus souvent dans un milieu rural en pleine rétractation? Et aujourd’hui, le télétravail n’en est-il pas en quelque sorte un renouveau?

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Rémy Pech, tuteur de l’hdr, rappelle le cursus de Jean-Marc Olivier, des terres de l’Est au soleil toulousain. Il insiste sur un point fort : c’est la capacité qu’a eu Jean-Marc Olivier à s’insérer dans une recherche collective, à l’animer dans un souci permanent de conciliation et de consensus. Selon lui, le mémoire original, au demeurant bien rédigé et qui évite l’écueil d’une analyse réduite à sa composante quantitative, est un modèle d’étude comparative. La sélection de vingt articles du dossier montre que l’industrie douce peut concerner la grande ville : il ne faut pas penser le modèle comme strictement adapté à un cadre rural, et Toulouse est un centre industriel important avant la Grande guerre, produisant des « articles de Paris ». Rémy Pech pose la question d’une éventuelle filiation dans les mutations des productions, sous l’effet de la modernité qui en abandonne certaines alors que d’autres naissent : les carrossiers toulousains deviennent-ils les premiers constructeurs d’avions, alors en bois? Cette interrogation sur le rôle de la crise dans la mutation des activités se double d’une autre sur l’éventuel rôle d’accompagnement de l’État dans ces changements. Il regrette toutefois que la discussion des limites de l’artisanat et de la petite industrie, que l’analyse des grèves et conflits, ne soient pas approfondies.

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Claude-Isabelle Brelot souligne dès l’abord la solidité du dossier : beaucoup d’encadrements d’étudiants; une grande continuité de la maîtrise à l’original d’hdr; une volonté d’histoire quantitative. Le tout permet de repenser le processus d’industrialisation douce avec des apports nouveaux concernant la ville. L’hdr présentée apporte donc « un vrai avancement de la connaissance historique » puisqu’elle fait entrer dans le domaine historique des choses souvent considérées comme relevant du domaine des arts et traditions populaires ou du folklore, l’activité industrielle déconcentrée ayant échappé aux historiens par l’insaisissable de la valeur marchande des productions. Elle regrette toutefois l’absence de développement d’exemples précis, qui auraient donné plus de force à la démonstration, ainsi que d’une réflexion sur l’homéostasie ville-campagne. Enfin, une conceptualisation aurait, toujours selon elle, pu être tentée pour renforcer ou atténuer l’importance des « voies régionales de développement ». Finalement, pour tout cela, elle invite à un retour vers le quantitatif.

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Patrick Verley insiste à son tour sur la très grande cohérence intellectuelle des 351 pages du recueil d’articles. Il s’interroge sur la définition de l’objet étudié : en quoi le seuil quantitatif de cent ouvriers est-il un critère? Considérer le marché semble plus approprié, en particulier lorsque l’exportation (fromage, lunettes) le caractérise. Autre élément soulevé par la discussion : « industrie » réfère à la fois au produit et à l’entreprise, donc à un mode d’organisation : peut-être faudrait-il conduire là une réflexion qui individualiserait mieux les objets. Patrick Verley se dit impressionné par la qualité de la partie analytique questionnant le succès des petites industries et met en exergue l’effet de la souplesse de la main d’œuvre qui bascule de, et vers, l’activité agricole selon le contexte économique. La grande question est celle de la non croissance, de l’absence de basculement vers la grande industrie. Faut-il y voir seulement l’effet de circuits de commercialisation singuliers, qui coûtent chers et sont donc limitants? L’analyse de la structure des marchés et des modalités de modernisation est peut-être aussi une voie : ainsi de l’horlogerie qui ne sort de la crise que par le haut de gamme, la mécanisation permettant d’améliorer la qualité et non la quantité.

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Lars Magnusson discute plus particulièrement de l’inédit en revenant aux questions qui lui paraissent fondamentales. En particulier, dans quelle mesure la proto-industrie est-elle un premier pas vers l’industrie? Lars Magnusson souligne la qualité d’une réflexion personnelle dans un contexte de forte imprégnation des concepts liés à la proto-industrie. Il déclare être impressionné par la maîtrise de la bibliographie générale sur le thème, et en particulier celle concernant la Suède. Il félicite l’impétrant pour sa démarche d’histoire comparative. La discussion entre approches quantitative et qualitative réapparaît, témoin des sensibilités particulières. Selon lui, la démonstration de Jean-Marc Olivier est trop pauvre en quantitatif pour prétendre à prouver.

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Jack Thomas, comme Rémy Pech, se félicite de l’esprit d’équipe de Jean-Marc Olivier, qui a réussi le prodige de mobiliser des étudiants autour de l’histoire économique ! L’impétrant est un acteur important du retour de cette histoire, portant trop souvent délaissée, à l’université de Toulouse-le-Mirail. À propos du mémoire inédit, Jack Thomas souligne que la bibliographie anglo-saxonne récente se focalise sur les grandes entreprises et qu’il y a donc à la fois une utilité et une nouveauté intellectuelle à se pencher sur la petite et moyenne entreprise. Aux USA, alors que la concentration industrielle est forte, beaucoup de domaines d’activité restent peu concentrés et ne s’intéresser qu’aux industries concentrées, c’est grossièrement oublier toute une partie de l’activité industrielle. En effet, la grande usine n’est qu’un modèle psychique qui commande notre vision, dont celle de l’historien, de ce qu’est l’industrie. Il félicite donc Jean-Marc Olivier d’être allé au-delà. Attiré par l’approche comparatiste, Jack Thomas se pose la question de la difficulté de comparaison de sources fondamentalement différentes. Quels sont les indicateurs pertinents? Quelle stratégie adopter pour construire des bases de données? Comment homogénéiser ces données?

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Rémy Cazals souligne le courage de Jean-Marc Olivier, qui n’a pas hésité à s’attaquer à un sujet d’histoire économique, qui plus est dans un grand espace géographique avec des langues, des législations et des logiques de source différentes. Il souligne la démarche exemplaire de l’historien « qui sait profiter de tout », c’est-à-dire ajouter à la bibliographie classique une nébuleuse de petits articles de monographie locale. Il relève le souci d’une histoire sociale qui met en avant les acteurs de cette histoire économique, tout en recherchant un lien avec l’évolution générale de la société. Enfin, Rémy Pech revient, après deux de ses collègues de framespa, sur la capacité d’organisation et d’écoute de l’impétrant.

Jean-Luc Mayaud, tout comme Claude-Isabelle Brelot, se déclare particulièrement satisfait de la continuité intellectuelle de la production de Jean-Marc Olivier, de la maîtrise à l’hdr; continuité doublée d’une ouverture géographique et de l’ampleur des sources qui l’accompagne inévitablement. Reprenant un point déjà discuté par le jury à propos du défaut de théorisation de cette forme d’activité économique, Jean-Luc Mayaud se demande si elle peut être théorisée. Quoi qu’il en soit la richesse scientifique de la synthèse comme de l’inédit est considérable. Il reproche en revanche à l’impétrant une approche historiographique trop respectueuse ainsi que le risque de patchwork induit par la multiplication et la juxtaposition des cas étudiés. La question s’ouvre alors de ce qui « fait réellement système ». Il préconise une approche territorialisée qui aborderait les jeux d’acteurs, les représentations de la modernité et des liens aux lieux.

Après une brève délibération, le jury accorde l’Habilitation à Diriger les Recherches à Jean-Marc Olivier, en reprenant succinctement les points majeurs de l’apport scientifique du travail qui a été discuté.

Eric Fabre

Jean Michel Derex, Les espaces inconstants. Les terres humides françaises xviiie-xxie siècle, Habilitation à Diriger des Recherches, présenté et soutenu le vendredi 19 décembre 2008 à l’Université Paris iv - Sorbonne. Jury : Andrée Corvol, cnrs-ihmc, (tuteur de l’hdr); Nadine Vivier, professeur d’histoire contemporaine à l’université du Maine; Gérard Béaur, directeur de recherches, cnrsehess; Bruno Cinotti, directeur de l’Agence de l’eau Adour-Garonne; Christian Dugas de la Boissonny, professeur de droit à l’université de Nancy II; Pascal Griset, professeur à l’université Paris IV-Sorbonne.

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Jean Michel Derex adresse en préambule ses remerciements à Andrée Corvol, directrice du mémoire, à tous les membres du jury, et à la salle, puis présente son travail (trois volumes dactylographiés de 771 pages, plus un volume d’annexes de 74 p. et un volume d’addenda de 28 p.). Sa recherche porte sur l’histoire des espaces humides français (marais, étangs, tourbières, fonds de vallée) du milieu du xviiie siècle à aujourd’hui. L’étude constitue un essai de synthèse, la dernière ayant été écrite par le comte de Dienne en 1891. Le travail est structuré autour de quatre axes. Le premier valorise les produits. Le second porte sur la transformation de l’espace réalisée à des fins sanitaires, économiques, politiques ou militaires. Dans un troisième temps, l’aspect social est abordé : tiraillés par des logiques antagonistes, (implantation de productions spéculatives dans des espaces où les usages communautaires étaient essentiels), ces espaces ont été analysés comme lieux de conflits mais aussi de solidarités. Enfin, dans un dernier temps, l’analyse du regard posé sur ces espaces a été tentée.

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Plusieurs conclusions sont avancées. Ces espaces humides ne sont pas « naturellement » marécageux. La Nature n’explique pas tout. Ici, les choix des sociétés sont déterminants. De ce constat émerge la notion d’héritage. Elle se décline dans le domaine patrimonial mais également dans celui de la biodiversité dont la richesse ou la pauvreté dépendent de la pression ancienne de l’homme sur l’environnement. Ces espaces furent des lieux de production importants. Leurs produits ont rompu ou ont joué avec les systèmes agraires dominants basés sur les céréales, la vigne ou la forêt. On a ainsi vu que ces espaces n’étaient « marges » que par rapport aux espaces dits « nobles ». Cette étude nuance donc le tableau d’une France céréalière, viticole et forestière. Elle ajoute, par conséquent, encore un peu à la complexité des rouages sociaux et économiques des sociétés rurales anciennes.

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L’étude montre également que productions et savoir-faire ont été agencés en fonction de paramètres techniques (maîtrise des crues), sociaux (associations), de conditions de transport (pour celui du poisson), de considérations médicales (insalubrité des marais) et religieuses (consommation du poisson). La plupart ont complètement disparu aujourd’hui. Mais si ces espaces sont ingrats, ils ne sont en rien répulsifs. Cette remarque permet d’affirmer l’adaptation de l’homme à des milieux dangereux. La chronologie des dessèchements montre que ces opérations spéculatives étaient plus sensibles aux mouvements politiques et monétaires qu’aux éléments climatiques. L’étude a encore permis de souligner l’écart qui existait entre les représentations des élites et celles des communautés. Deux visions s’opposent : celle des habitants qui voient leur marais sain et pourvoyeur de richesses, et celle des entrepreneurs qui considèrent le marais comme insalubre et inculte aux xviiie et xixe siècles, comme conservatoire de la biodiversité à la fin du xxe siècle.

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Dans ce duo que joue la nature avec l’homme, les bases ne sont jamais stables. Tout bouge constamment : les hommes comme la nature. D’où cette instabilité, cette inconstance des paysages. Ces espaces évoluent avec des lois qui leur sont propres et qui en font, plus qu’ailleurs, des terres capricieuses et inconstantes. Inconstantes d’abord parce que l’évolution naturelle des milieux y est forte : colmatage des côtes, crues qui modifient le cours des rivières et dessinent les fonds de vallées, sécheresses ou, au contraire, pluies saisonnières ou exceptionnelles qui modifient le niveau des étangs, des mares et des marais. Inconstantes encore l’action ou l’inaction des hommes : qu’ils négligent un moment le curage des fossés ou l’entretien des digues et la nature reprend ses droits. Inconstant également, le regard des hommes sur ces terres, hier déconsidérées, aujourd’hui valorisées.

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Louant d’emblée la belle composition du dossier, Andrée Corvol en commente rapidement les quatre parties : première partie (l’utilisation des terres humides, 197 p.), le meilleur et de loin ! deuxième partie (des terres maîtrisées, 294 p.), grand décalage entre chaque chapitre de longueurs inégales; troisième partie (appropriation des zones humides, 115 p.), intéressante, alors que la quatrième (ambivalence, 36 p.), trop brève, aurait mérité d’être fondue dans les précédentes. Au final, il s’agit pour elle d’un ouvrage très agréable à lire, assorti de nombreuses cartes, bien rédigé, mais il faudra, pour la publication, en remanier le plan en supprimant les nombreux sous paragraphes qui fractionnent la pensée.

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Pour A. Corvol, l’apport de ce mémoire est indiscutable même s’il demande à être légèrement restructuré. Après avoir passé en revue les principales thématiques abordées, elle revient, en conclusion, sur ce qui lui semble essentiel. Dans une perspective d’histoire environnementale, elle souligne les similitudes des zones humides avec les autres milieux naturels (forêt, montagne,…) La volonté de maîtrise pour augmenter les productions multiplie d’abord les initiatives privées, puis traverse les populations locales, avant que les dessèchements étatiques ne s’effectuent, contre leur volonté, au nom de l’hygiène et de la salubrité (en arguant de la moindre espérance de vie). Enfin, la désertification des zones humides enclenche une nouvelle dynamique dans le dernier tiers du xixe siècle. Il faudrait, en la matière, suivre les décalages de cette chronologie des lieux d’eau avec celle affectant les autres milieux de nature. Enfin, dans une perspective d’histoire des techniques, le mémoire se situe dans la lignée de la belle thèse de Raphael Morera sur l’assèchement des marais au xviie siècle.

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En réponse, Jean-Michel Derex reconnaît bien volontiers des failles, notamment dans la régionalisation des acteurs, et souscrit à l’intérêt de l’histoire comparative. A. Corvol lui signale alors que de nombreuses archives non dépouillées sont encore disponibles sur le Nord de la France et dans les Pays Bas.

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Christian Dugas de la Boissonny, juriste, rappelle son compagnonnage avec Jean Michel Derex puisqu’il figurait dans son jury de thèse en 1999. Il estime ce travail passionnant, ouvrant de nouvelles perspectives pour les historiens du droit. Il ne fait pas de remarques sur la structure du mémoire, se bornant à signaler l’existence de quelques répétitions, et construit son intervention sous forme de questions ponctuelles à J.-M. Derex : sur le référencement des coutumes cirées, sur le sens du terme de « privilégié », sur l’idéologie révolutionnaire en matière de dessèchement, sur le rôle des marais comme obstacles militaires, sur le droit de propriété, sur la possession des fusils…

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Au final, il insiste sur la qualité de ce travail qui se rattache par certains aspects, à la sociologie du droit.

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Bruno Cinotti, directeur de l’Agence de l’eau Adour-Garonne, bien qu’ayant été gêné par le déséquilibre entre les chapitres, les répétitions trop nombreuses et les fautes d’orthographe, reconnaît avoir beaucoup appris à la lecture de ce travail, y compris sur son propre métier, par le croisement des regards disciplinaires. Il regrette le manque de contact avec les spécialistes des sciences du sol pour expliquer la perte de richesse pédologique et l’altération de la biodiversité après le dessèchement : l’apport aurait été intéressant sur l’appréhension du temps, notamment sur le temps des biologistes avec la saisonnalité phénologique. Les questions de psychologie sont également trop rapidement évoquées. La mentalité des gens des marais est une mentalité d’insulaire, les zones humides constituent des microcosmes sociaux. Il s’agit donc d’insister sur ce point en multipliant les exemples comportant des analyses d’échec et de réussites et en montrant que les projets n’aboutissent que si les gens de l’intérieur sont écoutés, voire associés. De même, pourquoi ne pas avoir davantage développé les aspects juridiques? B. Cinotti a ressenti une grande gêne dans le quatrième tome où aucune évaluation des politiques publiques n’est tentée. Il signale que manquent des développements sur la Politique Agricole Commune qui continue de financer certaines activités agricoles imposant drainage et irrigation. Il observe également que le Ministère de l’Écologie et du Développement Durable continue de délivrer des permis de construire en zones inondables pendant qu’une autre veut protéger et qu’une troisième veille à la ressource en eau !

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Bruno Cinotti constate également l’absence d’analyse du contentieux dans le marais de poitevin et demande de ne pas négliger le Domaine Public Fluvial, pourtant responsable de la disparition des zones humides car il a été institué pour la navigation. Enfin, il souligne qu’il n’y a pas de politique européenne en matière de zones humides. Il s’agit donc d’une politique nationale qui privilégie la filière agricole au détriment de la préservation de l’environnement. Il n’est pas exclu que l’UE se retourne un jour contre l’État français qui ne respecte pas ses engagements. En conclusion, B. Cinotti réaffirme que cette thèse apporte énormément car elle permet d’expliciter de nombreux dysfonctionnements actuels. Il s’agit d’un travail excellent, qui mérite d’être connu et publié après quelques réaménagements rédactionnels.

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Nadine Vivier se déclare admirative devant ce travail qui mérite une publication… avec de nombreuses retouches. Il subsiste ainsi quelques problèmes d’apposition au sujet. Il s’agit de recomposer le sujet : pourquoi mettre l’historiographie en annexe? pourquoi attendre la troisième partie pour aborder les questions des propriétaires? Elle revient sur la question de l’individualisme agraire (peut-il y avoir individualisme en zones humides dès lors que la gestion de l’eau est nécessairement commune?) et sur la question des dessèchements. Pourquoi l’échec du xviiie siècle et la réussite de 1820-1870? Selon elle, les échecs du xviiie siècle ne sont pas liés au manque de moyens techniques ou financiers, mais relèvent de la question de la propriété du sol. C’est ce qui change avec la Révolution Française, et c’est ce qui permet les succès du xixe siècle. Elle croit que l’analyse du xviiie siècle n’est pas assez fouillée, notamment dans les liens entre la monarchie et les compagnies privées. Les conflits sont-ils de même nature au xviiie qu’au xixe siècle? De même, peut-on véritablement mettre la législation révolutionnaire comme responsable des succès des dessèchements du xixe siècle? Quel est le poids de l’importance des capitaux mobilisés, celui des progrès techniques?

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Au final, N. Vivier réitère ses félicitations devant l’ampleur et la réussite du projet. Elle souligne également la grande aptitude de J.-M. Derex à orchestrer la recherche, et donc à la diriger, avec notamment la présidence du Groupe d’Histoire des Zones Humides et l’organisations de nombreuses manifestations.

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Le rapport de Pascal Griset, absent, est lu et commenté par le président du jury. S’il signale, comme les autres membres du jury, quelques problèmes dans la cohérence d’ensemble du travail, ceci s’expliquant sans doute en partie par la quantité de sujets abordés dans ce travail, il souligne également la grande valeur et l’originalité de ce travail. Il rappelle également l’excellente intégration de J.-M. Derex dans une communauté de recherche dynamique.

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Gérard Béaur, président du jury, conclut alors cette soutenance. Il signale à son tour l’ampleur du travail, son caractère ambitieux et, en définitive, sa réussite. Mais est-il vraiment légitime de dire qu’il s’agit d’un sujet mal connu lorsque l’on observe la bibliographie – 45 pages de références collectées et logiquement organisées — ? Mises à part quelques redites, le plan lui est apparu cohérent, sauf en ce qui concerne la quatrième partie, mal intégrée à l’ensemble, qui aurait été mieux placée au début de l’étude. Il estime que J.-M. Derex a bien mis en valeur l’éventail des ressources, avec toutefois une attention un trop grande à l’insertion dans les marchés, car les zones humides sont souvent isolées et loin des routes. De même, tout ne commence pas en 1760 ! Pareillement, ne verse t-on pas dans l’anachronisme quand on évoque l’assèchement des marais? La pression démographique n’est-elle pas plus forte que la volonté étatique d’hygiénisme? La population ayant augmenté d’un tiers au xviiie siècle, la recherche de terre à blé est grande, quitte à dessécher les étangs. C’est aussi le sens des décrets révolutionnaires.

G. Beaur s’interroge alors sur certaines affirmations contenues dans ce travail. L’inconstance est-elle une spécificité des zones humides? Le concept de zones humides est-il en lui-même pertinent dès lors que l’on constate la difficulté de plaquer un même raisonnement sur les estuaires, les plaines alluviales et les marais. Y a-t-il une spécificité réelle du marais par rapport aux terres incultes? Est-il franchement original, en dehors de la gestion collective et du besoin de capitaux? À propos du paludisme, Gérard Béaur s’étonne de la thèse de Jean-Michel Derex soutenant qu’il n’y a pas de vrais rapports entre les zones humides et le paludisme. L’historien a-t-il rêvé? Qu’en est-il de la Sologne et du « massacre des innocents »?

En conclusion, Gérard Béaur rappelle les qualités de ce travail considérable, novateur, interdisciplinaire, dans la longue durée.

Après délibération, les membres du jury décernent l’Habilitation à Diriger les Recherches à Jean-Michel Derex.

Bertrand Sajaloli

Titres recensés

  1. Magali Watteaux, La Dynamique de la planimétrie parcellaire et des réseaux routiers en Vendée méridionale. Études historiographiques et recherches archéogéographiques, thèse de doctorat d’archéologie, soutenue le 3 juillet 2009 à l’Université de Paris 1. Jury : Daniel Pichot, professeur d’histoire médiévale à l’Université de Rennes 2 (président du jury), Gérard Chouquer, directeur de recherche au cnrs (directeur de thèse), Maria da Conceicao Lopes, professeure à l’Université de Porto-Coïmbra (rapporteur), Joëlle Burnouf, professeure d’archéologie médiévale à l’université de Paris 1, Anne Nissen-Jaubert, maître de conférences à l’Université de Tours (rapporteur).
  2. Jean-Marc Olivier, Petites industries, grands développements, France, Suisse, Suède (1780-1930), Habilitation à diriger les recherches d’histoire moderne et contemporaine soutenue le 6 décembre 2008 à l’Université Toulouse 2-Le Mirail. Jury : Claude-Isabelle Brelot (professeur à l’université Lumière-Lyon 2), Rémy Cazals (professeur émérite, université Toulouse 2-le-Mirail), Lars Magnusson (professeur à l’université d’Uppsala), Jean-Luc Mayaud (professeur à l’université Lumière-Lyon 2), Rémy Pech (tuteur de l’hdr, professeur à l’université Toulouse 2-le-Mirail), Jack Thomas (professeur à l’université Toulouse 2-le-Mirail), Patrick Verley (professeur à l’université de Genève).
  3. Jean Michel Derex, Les espaces inconstants. Les terres humides françaises xviiie-xxie siècle, Habilitation à Diriger des Recherches, présenté et soutenu le vendredi 19 décembre 2008 à l’Université Paris iv - Sorbonne. Jury : Andrée Corvol, cnrs-ihmc, (tuteur de l’hdr); Nadine Vivier, professeur d’histoire contemporaine à l’université du Maine; Gérard Béaur, directeur de recherches, cnrsehess; Bruno Cinotti, directeur de l’Agence de l’eau Adour-Garonne; Christian Dugas de la Boissonny, professeur de droit à l’université de Nancy II; Pascal Griset, professeur à l’université Paris IV-Sorbonne.

Pour citer cet article

« Soutenances de thèses », Histoire & Sociétés Rurales 2/2009 (Vol. 32) , p. 292-302
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2009-2-page-292.htm.


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