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Histoire & Sociétés Rurales

2009/2 (Vol. 32)


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Vendredi 13 mars 1739, à l’heure où le soleil couchant change la couleur des monts, André Izoard, s’est posté au quartier de la Coste [2][2] Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, C 94.. Cet habitant des Mées (Alpes-de-Haute-Provence), important bourg provençal d’environ 2 000 âmes, à la confluence de la Bléone et de la Durance, attend patiemment, à l’affût. Vers sept heures du soir, la rencontre tant espérée a lieu. Une louve s’approche lentement; il saisit sa chance. Le coup part. L’animal s’effondre dans le crépuscule. Le chasseur victorieux prend alors le chemin du retour, la dépouille sanglante portée fièrement aux pieds des Pénitents. Le lendemain, il l’apporte aux sieurs maires et consuls, premiers maillons de la procédure administrative d’octroi de la prime de chasse. Cette scène, dans sa répétition incessante, constitue la matière de notre propos.

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C’est autour de ce banal point de rencontre que se cristallise la complexité de la relation homme-loup. En dehors de ses activités, André Izoard trouve le temps de chasser un animal qualifié « d’odieux » par Buffon, « nuisible de son vivant et inutile après sa mort » [3][3] Buffon, 1752-1768, t. vii, p. 52.. Le loup est considéré comme tel par l’ensemble de la société. À travers la multitude des sources imprimées – traités, manuels ou journaux d’agronomie, d’économie rurale et domestique – l’animal nuisible est toujours opposé à la notion d’humanité et sa destruction jugée nécessaire. Qualifier un animal de « nuisible » (qu’il soit mammifère, insecte, parasite, etc.) c’est déclarer la guerre avec l’homme, mettre en cause ses activités [4][4] Planhol, 2004, p. 24-30 concernant la définition du....

La rencontre débouchant sur la mort du canidé résulte d’un système dynamique d’interactions qui fait entrer en jeu cinq éléments primordiaux (figure 1).

Figure 1 - Canevas de la relation hommes-loupsFigure 1
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Les deux protagonistes que sont l’homme et le loup doivent être identifiés afin d’observer les interactions directes qu’ils entretiennent: la nuisance exercée à l’endroit de l’homme, quelle soit réelle, matérielle, ou plus psychologique [5][5] Voir notamment la synthèse nationale proposée par Jean-Marc..., et sa contrepartie ou réponse, la chasse. Parallèlement, il existe une série d’interactions indirectes entre les deux acteurs biologiques, liée au milieu et ayant également une influence sur les interactions directes.

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Depuis les travaux pionniers réalisés dans les années 1980 par Alain Molinier et François Grout de Beaufort, nous bénéficions d’un certain recul historiographique [6][6] Molinier et Molinier-Meyer, 1981, p. 225-245; Beaufort,.... La logique de gestion du nuisible en Provence diffère-t-elle de celles que l’on a déjà retrouvées? Une première analyse, effectuée dans le cadre du Parc naturel régional du Verdon, l’avait laissé entendre [7][7] Alleau et Fabre, 2006.. Dans ses modalités, la destruction varie d’une région à l’autre. Quel est son impact sur les populations « lupines » et que nous apprend-elle sur les sociétés rurales elles-mêmes? Dans cette histoire, la place des deux protagonistes est fixe: l’homme est l’élément déterminant et le loup, la « victime ». Par cette position, l’animal ne peut que fournir un indicateur des relations de l’homme avec son environnement.

Dans cette perspective, notre propos s’organisera en trois étapes. En Provence, la chasse au loup répond à un contexte administratif et à des motivations spécifiques. Une fois ce cadre posé, nous observerons les chasseurs: au-delà de la diversité de leurs activités, ils évoluent dans un espace tributaire de conditions économiques et environnementales disparates. Enfin, en renversant la perspective, nous nous intéresserons au loup lui-même – ou tout au moins à ce que l’on peut en entrevoir – dans les limites inhérentes à notre prisme documentaire.

Un observatoire spécifique : la Haute-Provence

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Le laboratoire retenu est celui de la Haute-Provence, partie septentrionale de l’ancienne province de Provence intégrée au Royaume de France en 1481. Le corpus documentaire ne couvre pas uniformément cet espace. Six vigueries, subdivisions administratives propres à la Provence, ont particulièrement retenu notre attention: Seyne, Digne-les-Bains, Forcalquier, Moustiers, Castellane, Barjols. Ce choix intéresse un espace resserré où topographie et hydrographie diffèrent, entraînant des variations de l’utilisation de l’espace (carte 1). Les cartes des départements des Basses-Alpes et du Var, réalisées dans le cadre de la confection de l’Atlas national en offrent un aperçu à petite échelle à la fin du xviiie siècle (carte 2). Des montagnes de la viguerie de Seyne, annonçant les paysages dauphinois, à la viguerie de Barjols, un dégradé s’observe selon un axe Nord-Sud. Les plateaux calcaires du Verdon succèdent aux Préalpes de Digne avant de déboucher sur les plis provençaux. Au sein de cette aire méditerranéenne complexe, aux reliefs confus, l’aridité domine.

Carte 1 - La Haute-Provence, « bastion et château d’eau »Carte 1
Source : IGN, base de donnée Carthage. L’expression « bastion et château d’eau » est de Collier, 1973, p. 13.
Carte 2 - L’espace observé : la Haute-Provence à la fn du xviiie siècleCarte 2

Montage des cartes des Basses-Alpes et du Var

Source : Atlas national et topographique de la France en départements (1796)
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La forêt y est pour le moins réduite en cette fin de siècle. La « brèche durancienne » ouvre le passage entre Basse-Provence et Dauphiné et sépare la viguerie de Forcalquier des cinq autres.

Bordereaux et comptes des vigueries : les archives de la destruction

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Pour l’essentiel nos sources sont liées aux récompenses accordées pour la chasse aux loups. Sous l’Ancien Régime, un système de primes particulier était observé en Provence. Des procédures administratives, de nombreuses traces ont été conservées.

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Les mandats et certificats délivrés sous forme de bordereaux sont les archives les plus riches mais ont été très inégalement conservées. Elles sont complétées par les registres de comptes des vigueries. Ces états des recettes et dépenses de l’institution, dont les informations sont plus réduites, offrent la possibilité d’une utilisation quantitative propice àl’identification des phénomènes qui retiennent notre attention. Confronté à ces sources d’information, nous avons constitué une base de données sur la destruction des nuisibles. Pour cet espace, 2 740 actes de chasse ont été rassemblés: ils intéressent 1 115 loups adultes et 4 582 louveteaux entre 1632 et 1790 [8][8] Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, C 67 à 69, C82,.... Précisons dès à présent que la distinction entre loups et louves adultes n’est que très rarement opérée dans les archives.

Une Chasse démocratique?

L’institution des primes de chasse

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Si les primes de chasse ont fourni un instrument très répandu dans la lutte contre Canis lupus, leur généralisation fut vraisemblablement tardive. D’autres moyens de lutte ont pu intervenir: les battues collectives et l’action d’un organisme spécialisé comme la Louveterie [9][9] Planhol, 2004, p. 48.. Pourtant, un certain nombre de provinces semble avoir adopté, en sus des édits royaux, une manière propre de gérer la présence du canidé par les primes, s’accommodant, bon gré mal gré, des prohibitions de port d’armes, s’adaptant aux temps de prédation ou de relative accalmie. En Provence, la sollicitation du peuple pour chasser les loups semble n’avoir jamais cessé. Ce pourrait bien être l’une des premières régions à tenter de rationaliser sa destruction en la démocratisant (Tableau 1). Ce particularisme avait déjà été souligné dans les travaux de Paul Moulin ou de Sylvain Gagnière [10][10] Moulin, 1920; Gagnière, 1940, p. 145-201..

Les « États généraux » de Brignoles : comment organiser la destruction?

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Les « États généraux » du 12 décembre 1632 tenus à Brignoles, en Basse-Provence (actuel département du Var), débouchent sur un accord pour octroyer des primes, eu égard au « grand bestailh qui ce perd à cause des loups ». La disposition n’est pas sans incidence:

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« chasque loup petit ou gros quy sera tué en sera payé huit livres par la viguerie où le loup aura esté tué [11][11] Arch. dép. Bouches-du-Rhône, C 20, folio 255.. »

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En encourageant les particuliers à tuer, il s’agit de remédier « fort facillement » à la nuisance en créant une émulation.

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La décision n’est pas prise sur un terrain vierge. En effet, certaines communautés géraient probablement cette question auparavant en encourageant la destruction. C’était sans doute le cas pour des localités comme Valensole (Alpes-de-Haute-Provence) ou Lorgues (Var; à la fois communauté et viguerie à elle seule).

Tableau 1 - Primes institutionnelles pour capture de loups. L’évolution des politiques incitatives à l’époque moderneTableau 1
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Pour cette dernière, les comptes trésoraires révèlent l’octroi de gratifications pour la destruction de loups bien avant 1632. En 1611, Pierre Gérard, dit Picoplan, bénéficie d’une prime de 3 livres:

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« pour avoir tué un loup au quartier de Flouage, apert du mandat et acquit daté du dix-neuvième août mil six cent onze [12][12] Voir par exemple Arch. com. Lorgues, CC II article...… »

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Ce système était sans doute assez proche de celui que l’on retrouve dans les communautés intégrées tardivement au Royaume. En Ubaye, à Jausier (Alpes-de-Haute-Provence), la communauté définit sa propre réglementation dans les capitulations municipales de 1681:

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« Pour donner occasion à un chacun d’user de diligence à tuer ou prendre des loups, a été capitulé que quiconque tuera ou prendra un loup dans le terroir du lieu aura quatre livres ducales pour chaque mâle et pour les femelles six, payables par le trésorier de la communauté pourvu que celui qui le prendra ou tuera le fasse, par tout le jour ou le lendemain, voir à deux officiers [13][13] Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, E dépôt 096/1,.... »

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Dès 1663, Barcelonnette (Alpes-de-Haute-Provence) avait adopté une mesure identique pour les loups et chiens enragés dans sa 37e capitulation communale, si souvent reprise jusqu’au xviiie siècle [14][14] Ibid., E dépôt 19/BBi.. Une entente existait probablement pour cette vallée frontalière devenue française en 1713.

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Si les primes n’étaient pas inconnues auparavant ici ou là, l’année 1632 marque un tournant en élargissant la procédure à toute la province. En la matière, la Provence devance le Dauphiné de près d’un siècle [15][15] Favier, 2002, p. 117-124.. La volonté d’uniformiser un système trop éclaté a pu prévaloir: une réponse locale à la nuisance n’est jamais une bonne solution. Les États généraux proposent un encadrement à l’échelle de la viguerie, en quadrillant le territoire pour réduire au mieux la distance avec le chef-lieu de viguerie. En outre, les relations intra-provinciales fortes ne sont peut-être pas étrangères à ce positionnement. Le poids de l’élevage dans l’économie [16][16] Sclaffert, 1959, p. I50-I58; Pichard, 1999, p. 362, l’importance que tient le secteur ovin avec la transhumance qui s’opère dans les montagnes sèches méditerranéennes ainsi que les migrations saisonnières qui s’observent ou en découlent [17][17] Certaines communes se vident de leurs habitants. C’est..., ont pu jouer un rôle dans la prise en compte du risque et dans la circulation des idées, des expériences et des règles mises en place.

Pour asseoir cette réglementation et anticiper les fraudes, plusieurs obligations sont énoncées. Tout d’abord, chaque viguerie se doit de gérer son territoire et de primer tout loup qui y sera abattu. Ensuite, une marque distincte doit être faite sur la dépouille pour que le chasseur ne puisse la présenter à plusieurs reprises – constante qui n’est pas pour surprendre. Ainsi formalise-t-on l’octroi de la prime qui d’une patte coupée, qui d’une oreille entaillée. Enfin, l’acte ne signale pas de distinction de prix en fonction de l’âge ou du sexe de l’animal. Il s’agit probablement là d’un détail important dans la mesure où les louveteaux sont nombreux au sein d’une portée. Un minimum de trésorerie est donc nécessaire: la décision n’est pas simple à appliquer.

Les résonances de la décision de Brignoles

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L’ensemble des vigueries provençales ne respecte pas la prime unique et, surtout, certaines refusent de s’y soumettre. Le premier à s’en inquiéter est le sieur d’Esclapon, procureur. À peine trois années plus tard, à l’assemblée générale du 19 mars 1636, il s’émeut de « plusieurs vigueries [18][18] Elles ne sont pas dénommées. [qui] se rendent refusantes à payer cette taxe et veulent faire composition [19][19] Arch. dép. Bouches-du-Rhône, C 22, F 212. ». Les États statuent: tout contrevenant sera contraint de payer le double.

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Le 4 avril 1655, de nouvelles plaintes sont portées à la connaissance de l’assesseur des États. Depuis l’accord de Brignoles, plus de vingt ans se sont écoulés. Les loups sont toujours aussi menaçants: « On ne prend pas le soin de dépeupler le pays [des loups] » [20][20] Ibid., C 35, F 122.. Les décisions précédentes sont alors reconduites. On précise même que les dédommagements financiers seront prélevés sur les chefs de vigueries. Lorsque les registres de compte sont conservés, les primes sont bien là: à Digne, Castellane, Moustiers ou Aix-en-Provence, le système a été adopté par tous. En 1684, les États des vigueries renouvellent le règlement de 1632 [21][21] Ibid., C 105. Article « Loup pris », F 345-346.. Malgré tout, les prédations se poursuivent [22][22] Viala, 2006, p. 143. et les dépenses s’alourdissent. Quelques décennies plus tard, la viguerie de Barjols décide de transférer le remboursement des loups tués aux communautés. L’Assemblée générale tenue en 1722 condamne cette délibération et impose son abrogation « à peine d’être privée de l’entrée aux assemblées » [23][23] Arch. dép. Bouches-du-Rhône, C 66, F 87.. Cet épisode est le dernier du genre et c’est en 1749 qu’une ultime délibération en assemblée a lieu. Elle renouvelle le règlement de Brignoles en distinguant pour la première fois les primes accordées pour les loups adultes et pour les louveteaux (respectivement 8 livres et 4 livres par individu) [24][24] Arch. dép. Bouches-du-Rhône, C 105. Article « Loup.... Les vigueries de Haute-Provence faisaient déjà la distinction et observaient des barèmes variés et variables. Cette étape nouvelle vient clarifier un état de fait et promeut à nouveau l’uniformisation. Les modulations tarifaires d’une viguerie à l’autre peuvent conduire à la constitution de marchés parallèles: les louveteaux pris dans une viguerie peuvent être déplacés dans une autre, plus généreuse. Il fallait l’empêcher.

La prise en main de la destruction par tout un chacun ouvre une brèche dans la réglementation royale en matière de chasse et de port d’armes. Doit-on lire, en filigrane de ces décisions politiques, le signe d’une faillite des autres moyens de destruction ?

Les moyens classiques marginalisés

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En fait, il s’agit plutôt d’une absence relative. Parmi les « moyens classiques » utilisés dans le reste du Royaume, les battues apparaissent rarement en Haute-Provence.

La rareté des battues

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Si quelques-unes se retrouvent en Basse-Provence, à l’occasion d’attaques répétées sur les troupeaux, notamment à proximité de la montagne Sainte-Victoire, ou encore sur les hommes, comme en 1788 dans l’Estérel [25][25] Alleau, 2006, p. 90., en Haute-Provence leur nombre est réduit. Aucun document officiel n’a pu être retrouvé. Le seul moyen d’en retrouver la trace est de scruter les primes. La battue n’est pas une action séparée du régime de primes; quiconque tue un loup peut prétendre à la gratification, et ce quel que soit le moyen mis en œuvre.

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Observe-t-on l’intégralité des primes qu’on est frappé par la rareté des battues collectives. Seules cinq battues apparaissent. Elles concernent la communauté de Régusse (Var) à trois reprises en 1773, celles de Saint-Julien-le-Montagnier (Var) et d’Entrecasteaux (Var) une seule fois chacune, respectivement en 1765 et 1767. Pour ces deux dernières, l’autorisation du seigneur appuie le bordereau de prime. Tous ces cas concernent la viguerie de Barjols, pour laquelle les informations sont les plus riches, la quasi-totalité des bordereaux ayant été conservée. Si les carences de documentation pour les autres vigueries incitent à rester prudent, la pratique semble peu usitée. Les trois battues ordonnées à Régusse en janvier, février et décembre 1773 suggèrent une situation de crise où la chasse individuelle ne suffisait plus [26][26] Cette logique se retrouve dans d’autres provinces du.... Dans ce cas et au regard du faible nombre de loups tués lors de ces manifestations, ne s’agissait-il pas d’éloigner les prédateurs? Le caractère craintif de l’animal et sa capacité à la fuite sont connus [27][27] Voir notamment Buridan, 2004, p. 248.. L’hypothèse est d’autant plus pertinente que s’il n’y a pas de prise lors d’une battue, aucune prime n’est perçue, ce qui expliquerait leur absence quasi-générale du corpus documentaire. Le seigneur semble n’intervenir que pour autoriser les hommes à s’assembler et battre la campagne pour tuer les nuisibles: loups et sangliers. Son rôle est flou. Les archives ne précisent pas s’il prend part à l’expédition, s’il en est l’instigateur ou s’il énonce des conditions particulières.

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Lorsqu’il est question de battues sous l’Ancien Régime, le dimanche est bien souvent le jour choisi pour le rassemblement des hommes. En Haute-Provence, il n’en est rien. Les cinq occurrences relevées se déroulent le lundi, le mardi, le samedi et le dimanche [28][28] L’une des battues semble avoir lieu en semaine, sans.... La faible importance de l’échantillon analysé ne permet pas de tirer de conclusions assurées; nous sommes cependant très loin des battues dominicales de la belle saison qui dominent dans cet espace au xixe siècle [29][29] Alleauet Fabre, 2006, p. 31 et 33-35.. L’hiver est en effet l’unique saison pour cette activité au xviiie siècle. Les travaux agricoles étant alors abandonnés pour des activités d’intérieur, le choix du jour importe peu.

Certaines communautés, comme celle de Seyne, peuvent chasser les « loups, sangliers et autres bêtes sauvages ». Par autorisation royale du mois de février 1610, il est possible de « faire assembler quand besoin sera sous la conduite des officiers de ladite ville » [30][30] Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, E dépôt 205 AA.... Au regard de la politique menée par Henri IV, cela semble un peu tardif; l’autorisation intervient après une multiplication des permissions en 1599 puis leur révocation par l’article 6 de l’édit sur les chasses de janvier 1600 [31][31] Moriceau, 2007, p. 103-104.. Son originalité tient sans doute à sa portée, cassant le privilège détenu théoriquement par les seuls seigneurs haut-justiciers au profit d’une communauté à ménager. Sa position frontalière de l’Ubaye, et donc du duché de Savoie, n’y est point étrangère. Aucune mention de battue dans le finage de cette ville n’a été retrouvée jusqu’à présent. La seule détention d’un privilège comme celui-ci est-elle plus importante que son utilité réelle? Cette même année 1610 est pourtant marquée par les ravages d’une bête dans les villages circonvoisins; aussi la battue pourrait bien n’être qu’un levier mineur, une réponse ponctuelle à des ravages, sans être négligeable pour autant.

L’absence d’agents officiels

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Replacée dans le cadre du Royaume, la position provençale est assurément singulière. L’absence de Maîtrise des Eaux et Forêts – malgré les deux tentatives de création en 1689 comme en 1774, le pouvoir est de facto aux mains du Parlement [32][32] Pichard, 1999, p. 424. – annihile l’un des maillons essentiels de lutte contre le canidé alors que, dans les autres provinces, cette institution a le pouvoir d’organiser et de diriger des battues. Il en va de même pour la Louveterie, vieille institution dont les origines remontent au Moyen Âge. Les louvetiers sont nommés par le Roi. Ils chassent en équipage et peuvent eux aussi convoquer des battues [33][33] Beaufort, 1988, p. 336-337., mais il serait vain d’en chercher dans la Provence moderne. Aucune source ne fait état de leur présence. Les documents de l’institution conservés aux Archives nationales n’y font point allusion: les états de répartition financière engagés pour la Louveterie occultent systématiquement notre province [34][34] Arch. Nat. H 1407.. Si des louvetiers y ont existé, c’est probablement en tant qu’agents seigneuriaux, engagés par commission pour une durée déterminée, comme il était d’usage au Moyen Âge. Le roi René recruta ainsi deux « loubatiers » pour chasser les renards en 1474. En une semaine, ils n’en piégèrent pas moins de vingt-deux [35][35] Arch. dép. Bouches-du-Rhône, B 1663; Moulin, 1920,....

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Pas de Maîtrise des Eaux et Forêts ni de Louveterie: la Provence ignore deux des principaux organismes spécialisés du Royaume. Il y a probablement là l’indice d’un héritage des droits observés avant 1483, dans l’ancien comté de Provence. Toutefois, ne nous méprenons pas. Cette situation peut se révéler avantageuse. La Provence se trouve préservée de la concurrence entre deux institutions rivales pour le partage des territoires de chasse [36][36] Beaufort, 1988, p. 337. De véritables confits entre.... Elle est également épargnée de tous les abus et falsifications de commissions de louvetiers [37][37] Beaufort, 1988, p. 337.. En fait, l’alignement de la Provence sur le reste de la France n’a lieu qu’avec la Révolution. Après avoir été remerciés en 1787, les louvetiers connaissent un renouveau dès 1804. Dès lors, ils sont nommés et interviennent dans l’espace provençal sans pour autant être les moteurs principaux de la destruction [38][38] Alleau et Fabre, 2006, p. 30-31..

L’empoisonnement ignoré

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Des battues rares, des louvetiers inexistants, il en va de même des pièges et des empoisonnements. Les archives sont d’une rareté déconcertante en Haute-Provence. Nulle trace de l’instruction des communautés sur la manière de préparer le poison décidée par l’assemblée générale de janvier 1733 [39][39] Moulin et Paul, 1920, p. 9.. Celle de 1762 est conservée en un unique exemplaire aux Archives départementales des Alpes-de-Haute-Provence [40][40] Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence IJ 54.. Cette année-là, un mémoire du sieur de l’Estérel fut remis aux mains des procureurs du pays de Provence. Il estime qu’avec une dépense de 5 à 600 livres, il serait possible de préparer une dose de cette composition [celle de la viande empoisonnée à la noix vomique] pour toutes les communautés de Provence. À défaut de planifier un empoisonnement général, la position adoptée fut d’envoyer l’imprimé du « projet » à toutes les communautés pour qu’il soit mis en œuvre. Ce projet de généralisation fut donc rejeté en partie, reporté à l’année suivante: « Sur les connaissances que l’on pourra avoir à la prochaine assemblée de l’avantage que l’on en pourra tirer, il y sera statué pour la continuation, ou pour le rejet [41][41] Arch. dép. Bouches-du-Rhône, C 70, F 319.. » Le rejet pur et simple fut prononcé. Quelques années plus tard, une relation des procureurs du pays dresse un bilan négatif de ces opérations d’information sur les empoisonnements: « ces lettres n’étant pas ordinairement conservées avec tout le soin qu’elles méritent, les avis qu’elles contiennent tombent dans l’oubli [42][42] Ibid., C 85, F141. ». À cette occasion, l’un des mémoires concernant les méthodes d’empoisonnements imprimés sur ordre du roi est retranscrit dans le cahier des délibérations de l’assemblée des procureurs du pays et diffusé dans la Province.

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Contrairement au Queyras (Hautes-Alpes) ou à la Basse-Provence [43][43] Une recette pour empoisonner « les fauves » était utilisée..., où l’usage du poison est fréquent sous l’Ancien Régime [44][44] Tivollier, 1926, p. 128., la Haute-Provence n’a guère conservé de traces significatives de campagnes d’empoisonnement.

Sociologie et pratiques des chasseurs

Chasse aux loups et position sociale

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Au regard des moyens utiles à la destruction, l’action individuelle tient une place non négligeable. La chasse des loups, comme celle des sangliers, en tant que « bêtes noires », n’est que rarement citée dans les textes juridiques nationaux. François Grout de Beaufort constatait par exemple qu’elle ne devait pas être sanctionnée: d’une part les pièges à loups ne semblent pas interdits et, d’autre part, les ordonnances de chasse n’ont été que relativement appliquées [45][45] Beaufort, 1988, p. 286.. Tandis qu’à l’échelle nationale une relative tolérance existe, en Provence la destruction est fortement encadrée. Malgré l’annexion au Royaume, on s’efforce de conserver les droits anciens [46][46] Moulin, 1920.. L’institution des primes stimule à la fois l’attention – croiser un loup et prendre le temps suffisant pour l’abattre – et l’intention – chercher un loup pour le chasser.

L’« homme des campagnes », acteur de la destruction

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Sur les 2 740 fiches consignées, 442 laissent apparaître un qualificatif ou un nom commun lié à une position économique ou sociale (figure 2).

Figure 2 - 442 bénéficiaires de primes : entre unicité et diversitéFigure 2
Sources : Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, C 67 à 69, C 82 et 83, C 93 à 95, C 107 et 108, E dépôt 205/II14; Arch. dép. Var, 1C 180 à 187.
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La stratification sociale des chasseurs ne laisse aucun doute. Les ménagers, laboureurs et rentiers représentent 34 % des mentions quand les bergers et « travailleurs » (dans un sens très large regroupant les catégories susmentionnées ainsi que les manœuvres) constituent respectivement 17 et 19 % du corpus. Ainsi les acteurs du paysage, ceux-là même qui sont les plus susceptibles d’entrer en contact avec le loup, dominent avec 70 % des mentions. Dans le même ordre d’idées, en Champagne, au xviiie siècle, les bénéficiaires de primes pour loups tués sont majoritairement « agriculteurs », « laboureurs et fermiers » (un tiers des relevés) [47][47] Cf. tableau I.. La participation des ouvriers de la forêt et des gardes forestiers ou garde chasse y est également importante [48][48] Cointat, 1955, p. 161.. Cependant, on peut difficilement comparer cette région avec la Haute-Provence où seulement 7 % des occurrences signalent un professionnel. Ces derniers sont soit les chasseurs d’une communauté, soit ceux d’un seigneur. Une situation économique très différente et une emprise seigneuriale plus ténue y sont pour quelque chose. Éloignés de ces représentations, les destructeurs de loups francs-comtois du xviiie siècle exerçaient une profession de garde (garde-chasse, garde-terre, etc.) dans plus de 45 % des cas [49][49] Vincent, 1996, p. 100-103 et p. 136..

Les artisans-commerçants sont faiblement représentés; les détenteurs de titre ou d’une qualification rassemblent 6 % des occurrences de notre corpus: point de prestige à chasser le loup [50][50] Salvadori, 1996, p. 86.. Contrairement à ce qu’avait pu observer Robert Delort, en Provence, il n’y a guère d’élitisme en la matière [51][51] Delort, 1993, p. 334.. Vient ensuite un panel regroupant, entre autres professions, quatre soldats ou encore deux chirurgiens. Les femmes sont quasiment absentes.

Chasseur de loup, chasseur de prime?

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Rares sont les chasseurs qui multiplient les primes. Parmi les quelques exemples recensés, retenons celui de César Simon. Entre 1734 et 1767, ce berger d’Aiguines (Var) revient 14 fois demander une gratification pour 62 louveteaux. Aucun loup adulte ne semble tué de sa main. De fait, les autres chasseurs dans cette situation ne font primer que des louveteaux et interviennent dans des finages où la chasse au canidé est particulièrement active. Le terme de « spécialisation » est inapproprié: la fréquence de chasse est assez faible (14 primes sur une trentaine d’années). César Simon est un cas marginal. Chez lui, le retour fréquent chez le viguier tenait à une bonne connaissance du terrain et des mœurs de l’animal. Des exemples analogues existent ailleurs, comme dans l’Oisans du xviie siècle ou pour la destruction d’autres nuisibles primés comme les blaireaux dans la viguerie de Castellane [52][52] François, 1998, t. 1. p. 376; Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence...; dans les Alpes du Sud, nulle trace de chasseurs spécialisés semblables à ceux de Franche-Comté [53][53] Vincent, 1996, p. 102..

L’appât du gain est réel et, lorsqu’une capture est réalisée, les chasseurs ne tardent pas à réclamer leur dû. Sur les 122 actes qui précisent à la fois le moment de la prise et celui de la délibération du mandat, trois fois sur quatre, la prime est retirée le jour même ou le lendemain de l’abattage. L’écart le plus important, de 19 jours, reste un fait unique: aucun autre ne dépasse le délai de 8 jours.

Le temps de la chasse

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En Haute-Provence, la chasse aux loups ne connaît guère de trêve. Dans l’examen du calendrier des captures, il importe de distinguer loups et louveteaux. Aussi le découpage chronologique est-il affiné à la quinzaine (figure 3).

Figure 3 - Calendrier de la chasse au loupFigure 3

(1 117 loups et 4 630 louveteaux)

N. B.: L’axe des ordonnées suit une échelle logarithmique.

Sources : Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, C 67 à 69, C 82, C 83, C 93 à 95, C 107, C 108, E dépôt 205/II14; Arch. dép. Var 1C 180 à 187.

De la naissance au sevrage : un risque de capture maximal

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Les prises de louveteaux se concentrent, sans surprise, dans les toutes premières semaines de leur existence: 76 % des petits sont capturés entre les 16 mai et 15 juin (soit 60 % des primes pour louveteaux). Cette recrudescence printanière tient moins à la mobilisation des chasseurs qu’à l’étendue des contacts alors que les travaux d’extérieur, notamment le gardiennage des troupeaux, reprennent. La faible mobilité des louveteaux facilite les captures. L’augmentation concomitante des prises d’adultes semble indiquer une corrélation: la proximité entre jeunes et adultes favorise le repérage des populations et, par voie de conséquence, leur destruction. À ce titre, l’exemple de Louis Gastaud, de Pontevés (Var), est éclairant. Le 22 mai 1751, tandis qu’il se trouve au quartier de Bessillon, son chien lui apporte un petit loup. Fort de cette découverte, il prévient trois de ses compagnons, Jean Dauphin, Pierre Dauphin et Joseph Maille. Ils cherchent ensemble la mère, l’arrêtent. Elle portait en son sein huit autres petits.

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Le sevrage une fois passé, les primes aux louveteaux diminuent fortement [54][54] Le sevrage s’observe après les quatre à six premières.... Le lien entre jeunes et adultes, dont les primes se rétractent aussi, resurgit. L’affaiblissement de la pression cynégétique observée entre août et octobre-novembre correspond pourtant à une période active de travaux d’extérieur. Le contact homme-loup, facteur important dans les premières semaines, tend à s’amoindrir au lendemain du sevrage. Avec une poussée de la destruction des adultes, l’hiver présente un tout autre visage. La population est disponible et le contexte environnemental propice. Le couvert végétal n’offre plus son camouflage à l’animal. Les conditions météorologiques favorisent son repérage. L’augmentation estivale et hivernale ne doit cependant pas faire oublier la constance de la pression exercée sur les adultes, sans comparaison possible avec la périodicité de la chasse aux louveteaux.

La « cueillette aux louveteaux »

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En attendant le seuil du sevrage, la chasse donnée aux louveteaux s’apparente à une véritable cueillette. Le nombre d’individus pris atteint d’importantes proportions après les naissances. Le nombre de louveteaux capturés par portée va de 1 à 10 (figure 4). La majorité concerne les prises de 1 à 6 individus pour une moyenne calculée à 3,9.

Figure 4 - Louveteaux capturés dans l’annéeFigure 4

(1172 primes pour louveteaux)

Sources : Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, C67 à 69, C 82 et 83, C 93 à 95, C 107 et 108, E dépôt 205/II14; Arch. dép. Var, 1C I80 à I87.
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Ces chiffres incitent à la prudence. Les bordereaux ne distinguent pas les louvarts (loups d’un an) des plus petits. Une part de subjectivité est à prendre en compte. Passés les premiers mois d’existence, elle induit un biais statistique croissant. On peut être surpris de constater l’existence de captures de louveteaux en janvier et février. A contrario, des louveteaux âgés ont peut-être été primés au titre de « loup », ce qui expliquerait l’augmentation significative des prises d’adultes entre octobre et février. La période du rut, que l’on observe généralement entre janvier et avril, est parfois plus précoce. N’a-t-on pas octroyé une prime au comtois Jean Marquis pour avoir tué une louve pleine de cinq petits à Myons en décembre 1786 [55][55] Vincent, 1996, p. 105.?

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En parallèle, la représentativité des prises comparées aux portées réelles crée quelque doute. François Grout de Beaufort, comparant son corpus de primes pour le xixe siècle à l’observation de portées fœtales, proposait une méthode de correction des données [56][56] Beaufort, 1988, p. 610-627.. Celles ne concernant que 1 à 2 louveteaux subissent une importante majoration – en raison de la quasi-inexistence de portées d’un seul louveteau. La méthode est difficilement applicable aux données de Haute-Provence. Nous ne bénéficions pas d’informations relatives au poids des animaux présentés à l’administration: il nous manque l’un des moyens d’identification de l’âge de chaque individu.

Posons néanmoins ce postulat: si la mobilité se développe à mesure que l’animal grandit, la probabilité de trouver une portée complète se réduit au fil du temps. Les prises de louveteaux entre les 16 mai et 15 juin sont donc les plus pertinentes à observer (figure 5).

Figure 5 - Louveteaux capturés entre le 16 mai et le 15 juinFigure 5

(704 primes pour louveteaux)

Sources : Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, C67 à 69, C 82 et 83, C 93 à 95, C 107 et 108, E dépôt 205/II14; Arch. dép. Var, 1C 180 à 187.
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Ici les différences sont nombreuses. Les captures de 5 individus dominent. En revanche, les petites prises déclinent. Dans ce rééquilibrage, les portées de 7 louveteaux sont aussi nombreuses que celles d’un seul individu. La moyenne passe de 3,9 à 4,39. Pour le xixe siècle, à données comparables, de Beaufort observait une moyenne de 4,93 louveteaux par portée (et 5,06 selon sa méthode corrective). À moins que des facteurs biologiques, liés au milieu, n’entraînent une réduction de la natalité, c’est avant tout la difficulté de la chasse dans un paysage accidenté comme celui de Haute-Provence qui peut expliquer cette différence.

Procédés et zones de chasse

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La plupart du temps, la prise est le fait d’un homme isolé (dans 85 % des cas, soit 2 321 fois sur un corpus total de 2 740 primes). La dispersion des bénéficiaires conforte l’idée selon laquelle, dans une majorité de cas, il s’agit d’une rencontre fortuite. L’exemple d’André Isoard, saisi lors d’une chasse à l’affût, n’est pas le mode opératoire le plus commun. Bien au contraire, la présence d’un loup va être un stimulus.

Les armes utilisées contre le loup : du rudimentaire au sophistiqué

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Les procédés sont plus difficiles à débusquer. Les archives sont peu prolixes: elles ne sont pas rédigées dans ce but. À 21 reprises seulement, les conditions de la chasse aux loups adultes sont signalées. Il serait illusoire de tenter une hiérarchisation des techniques ou des armes en fonction de leur récurrence. Ressortent le fusil et l’arquebuse (à 6 reprises) ou encore le bâton (une seule fois). L’usage d’une pierre (deux fois) ou l’attaque à mains nues (quatre fois) existent aussi, témoignant de la précarité de l’armement dans les campagnes ou, plus simplement, d’une chasse non préméditée, d’une occasion saisie sur le fil. Dans ces quelques cas, le loup ne devait pas être d’une taille extraordinaire. Le choix des armes de destruction demeure l’une des interrogations latentes. Les armes prohibées était-elles exceptionnellement tolérées? Les cachait-on en maquillant les dépouilles ou était-elles simplement inexistantes? La répartition des armes à feu auprès des populations haut-provençales nous échappe et les quelques sondages auprès des registres notariés des communautés les plus sensibles à la destruction restent infructueux. L’usage de ces instruments ne doit cependant pas passer en second plan. Il s’agit là d’un élément majeur retrouvé dans d’autres provinces comme en Champagne, où les primes mentionnent le fusil dans près de 60 % des cas [57][57] Cointat, 1955, p. 158..

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Certaines pratiques, plus originales, avaient cours. Des loups sont primés après avoir été « précipités ». Le 12 mai 1762, Marc Antoine et Jean Grenon, travailleurs d’Aiguines (Var), communauté du Verdon située en aval du Grand Canyon, reçoivent ainsi 8 livres « pour avoir fait précipiter un loup dans le terroir dud(it) lieu » [58][58] Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, C108.. C’est aussi le chien qui vient parfois à l’aide de son maître pour tuer son lointain cousin (une seule occurrence).

Chasser chez soi, pour soi

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L’analyse comparative des lieux de chasse et de résidence des chasseurs insiste un peu plus encore sur l’idée d’une chasse au hasard. Sur les 1 553 primes faisant état de ces deux informations, 1 451 sont octroyées pour des loups tués dans la paroisse de résidence du chasseur (soit plus de 93 %). La prise s’effectue dans près de 5 % des cas dans une paroisse limitrophe. Très majoritairement, on chasse dans son finage.

Mais si la chasse semble bénéficier essentiellement aux habitants du cru, qu’en est-il de la transhumance et de son impact sur la chasse aux loups? Observe-t-on un lien entre le déplacement des troupeaux et celui des meutes [59][59] Se rapporter à la mise en perspective de cette question...? L’absence de chasseurs tout à fait étrangers ne semble pas valider cette hypothèse. Les bergers précédemment évoqués résident presque exclusivement là où ils travaillent. Pour autant, ceux qui chassent le loup ne sont pas toujours ceux qui transhument avec leurs troupeaux. Seule une analyse contextualisée, dans un espace précis et selon une chronologie fine, permettrait d’y voir plus clair.

Un tableau de chasse en croissance constante?

Une chasse sans répit

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Nous ne pouvons que constater la constante progression des prises de loups au fil des années (figure 6).

Figure 6 - Loups et louveteaux primés entre 1636 et 1792Figure 6

(1115 loups et 4582 louveteaux)

Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, C 67 à 69, C 82 et 83, C 93 à 95, C 107 et 108, E dépôt 205/II14; Arch. dép. Var, 1C 180 à 187.
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Cette augmentation continue doit tenir compte de la conservation des archives. Les registres des vigueries sont lacunaires et n’ont pas tous été conservés avec le même soin.

Un siècle et demi de progression

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Pour appréhender la pression cynégétique distinguons trois périodes. La plus ancienne, de 1636 à 1687 (annexe 1), n’intéresse que les vigueries de Castellane, Moustiers et Digne. Ces deux dernières rivalisent quantitativement dans la destruction quand Castellane présente des données extrêmement parcellaires, en raison de la disparition des registres de comptes. Les informations ténues dont nous disposons signalent cependant une activité de chasse. Dans les années 1630-1655, la destruction des louveteaux est modeste avant de connaître une effervescence. Le nombre des loups abattus présente quant à lui deux pics: l’un situé au milieu des années 1640 et l’autre au début des années 1660. Les primes distribuées indiquent des montants hétérogènes et inférieurs à ce que prévoyait le règlement de Brignoles de 1632 dont l’impact est toutefois difficilement mesurable. Cette première phase correspond sans doute à une reprise démographique après un épisode de peste survenu au début des années 1630.

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Une deuxième période se distingue, de 1687 à 1737. Les registres de la viguerie de Seyne sont alors disponibles (annexe 1). Dans les quatre circonscriptions qui entrent en observation, le déclin économique et démographique, perceptible à travers les estimations cadastrales ou fiscales, est patent [60][60] Pichard, 1999, p. 58-65.. La pression cynégétique reste constante avec une augmentation des prises de louveteaux et de loups adultes entre 1709 et 1725-1730 pour les vigueries de Digne, Moustiers et Seyne, et entre 1725 et 1737 pour celle de Castellane. Dans le contexte difficile de la fin du règne de Louis xiv, l’animal aurait-il eu plus de place à occuper? L’accroissement des louveteaux tués le suggère, à moins qu’une occupation plus fine de l’espace par l’homme, en multipliant les opportunités de rencontre avec Canis lupus,n’ait favorisé une augmentation des prises. Tout au long de cette période, les montants distribués varient entre les vigueries du simple au double. Quand la viguerie de Barjols rémunère la prise d’un loup adulte à hauteur de 8 livres, celle de Castellane n’en offre que 4 ! Cette divergence peut biaiser l’analyse spatiale des données. Cependant, la non-spécialisation massive des chasseurs et la proximité des zones de chasse avec les paroisses résidentielles réduisent le risque d’artéfact, d’autant qu’il eut été nécessaire que chacun fût informé des tarifs en vigueur dans les vigueries proches et puisse s’y déplacer sans éveiller les soupçons. Par ailleurs, Castellane connaît des années de chasse fécondes: la faible rémunération n’a peut-être pas infléchi la lutte mais elle en est la conséquence.

Enfin, une troisième période s’étend de 1737 à la Révolution (annexe 1), lorsque interviennent les données pour la viguerie de Barjols en 1737 puis celle de Forcalquier en 1759. Les prises de loups et de louveteaux augmentent et atteignent leur maximum dans les années 1760-1770, en particulier pour la viguerie de Moustiers. Cette tendance surprend puisque la période coïncide aussi avec le sombre contexte observé par Georges Pichard. Pauvreté et érosion, appauvrissement du troupeau ovin, notamment autour de Castellane, le contexte est difficile alors que la décroissance du nombre de feux s’observe dans les vigueries situées à l’est de la Durance entre 1728 et 1775: Digne et Castellane sont sévèrement touchées [61][61] Pichard, 1999, p. 26-34.. La fragilité est-elle un moteur rendant insupportable la présence lupine? Castellane connaît un surcroît de loups tués en 1766, peut-être lié à une nuisance accrue et donc à un effort de destruction plus structuré. Des battues ont-elles encadré ce mouvement? L’existence d’un droit de compascuité entre les dix-sept communautés de la viguerie est peut-être un élément important dans le partage des enjeux [62][62] Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, C 25, voir l’article.... Depuis l’assemblée générale de 1749, les primes sont établies à 8 livres pour un loup adulte et à 4 livres pour un louveteau. Seule la viguerie de Digne reste contrevenante – sans être sanctionnée pour autant – avec un système n’offrant que 6 livres pour un loup et 1,5 livre pour un louveteau [63][63] Arch. dép. Bouches-du-Rhône, C 105. Article « Loup.... Le contrôle réduit les fluctuations et annihile par là-même les biais précédemment évoqués.

Entre régulation et extermination

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À l’aube de la Révolution, la pression cynégétique observée dans les six vigueries demeure constante, ce qui tend à prouver que, a minima, une approche de régulation des populations de loups, tributaire des moyens de destruction à la disposition des chasseurs des xviie et xviiie siècles, avait cours. Cette régulation anticipait la nuisance jusqu’au moment où, dépassée, elle faisait place à de courts épisodes de destruction intense, répondant à des réalités urgentes. À Castellane, l’accroissement des années 1765-1767 en porte sans doute témoignage. Il s’agissait d’entraver la nuisance, autant que faire se pouvait, avant de retrouver une situation plus stable. Sous ces conditions, l’idée d’un « grand massacre des loups » s’engageant à partir de la fin de l’époque moderne ne se vérifie guère pour la Haute-Provence [64][64] Delort, 1993, p. 338.. La chasse ne cesse pas, même en période de crise. Au contraire, au fil des décennies, elle gagne en importance, tente de couper court à la nuisance. Cette progression globale sur deux siècles est sans doute à mettre en parallèle avec la prégnance des défrichements. Les espaces refuges étant de moins en moins étendus, la place du canidé s’en trouvait remise en question.

Au cours du xixe siècle, les progrès de l’armement, l’amélioration des armes à feu en termes de précision et de fiabilité, la suppression du privilège de chasse, les moyens mis en œuvre par l’État ainsi que le maximum démographique dans les campagnes renouvellent l’approche cynégétique et concourent à la dynamique de disparition de l’espèce. Dans le même temps, la définition de la nuisance ne reste pas figée. Suivant les contextes économiques et humains, la présence du canidé est vécue différemment d’une année à l’autre. La mobilité de l’animal sur des territoires relativement vastes, l’évolution variable de sa population en fonction des conditions environnementales et climatiques sont autant de facteurs susceptibles d’en modifier la perception. Ils concourent à une volonté de destruction progressive, dont le fondement n’est pas remis en cause en cause. Il y a peut-être là une explication de l’évolution annuelle et décennale. Mais la forte irrégularité des courbes résulte aussi d’autres facteurs: hasard de la rencontre avec l’animal ou modifications environnementales à court terme ayant une incidence sur le loup [65][65] Alleau et Fabre, 2006, p. 41.. Par ailleurs, les louveteaux tués une année sont autant de loups adultes en moins à abattre l’année suivante. La mobilité d’une meute et ses liens avec l’intensité de la chasse perturbent enfin les analyses.

Des loups confrontés au peuplement humain

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La Provence a connu une forte expansion démographique entre le xvie et le xviiie siècle. Elle est passée de 400 000 habitants environ en 1550, à 800 000 à la veille de la Révolution [66][66] Emmanuelli, 2003, p. 1034-1036.. Mais cette évolution n’est ni générale ni linéaire. À une régression du peuplement aux xviie et xviiie siècles, succède une longue période de croissance des années 1760 jusqu’au maximum observé dans la première moitié du xixe siècle [67][67] Pichard, 1999, p. 112; Alleau et Fabre, 2006, p. 8....

Jeux de contrastes, enjeux territoriaux contradictoires

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Un dualisme géographique apparaît (carte 3). Alors que la Basse-Provence concentre les densités les plus fortes et l’urbanisation la plus élevée, la Haute-Provence connaît une pression humaine moindre. En toute logique, l’espace que peut s’octroyer le loup y est plus important. Dans ce cadre, la basse vallée de la Durance, entre les vigueries de Forcalquier et de Sisteron, joue un rôle de transition.

Carte 3 - La population provençale en 1765Carte 3
Source : Abbé d’Expilly, Dictionnaire géographique, historique et politique des Gaules. (données publiées par Baratier, 1961, annexe II)
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À partir des données disponibles, cartographions les loups et les louveteaux tués dans nos six vigueries (carte 4). Retenons 1774-1783, période pour laquelle les lacunes sont relativement rares. Quelques prises n’ont pu être reportées avec précision, faute d’informations sur les lieux de chasse: un loup et quatre louveteaux pour Forcalquier, un loup pour Digne, treize loups et vingt-quatre louveteaux pour Castellane.

Carte 4 - Loups adultes tués entre 1774 et 1783 dans les 6 vigueries provençales étudiéesCarte 4

(152 animaux)

Sources : Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, C 69, C 82 et 83, C 95, C 108, E dépôt 205/III4; Arch. dép. Var, 1C 183 à 185.
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L’importance numérique des louveteaux tués, visible dans l’évolution chronologique des prises, se retrouve spatialement (carte 5). La répartition géographique diffère selon l’âge. Ainsi, 62 paroisses différentes sont mentionnées pour les loups adultes contre 45 pour les louveteaux capturés, soit une distribution géographique supérieure de près d’un tiers. La mobilité des adultes peut facilement l’expliquer.

Carte 5 - Louveteaux tués entre 1774 et 1783 dans les 6 vigueries provençales étudiéesCarte 5

(462 animaux)

Sources : Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, C 69, C 82 et 83, C 95, C 108, E dépôt 205/III4; Arch. dép. Var, 1C 183 à 185.
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Deux aspects se dégagent. D’une part, la localisation spatiale des loups et louveteaux chassés présente des similarités évidentes. D’autre part, il n’est aucune zone qui en soit exempte. Trois espaces plus marqués se démarquent.

Une répartition lupine hétérogène

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C’est dans le territoire du Verdon, grossièrement représenté par les vigueries de Barjols, Castellane et Moustiers, que se concentre la majeure partie des prises de loups et de louveteaux. Les paysages sont ouverts avec des disparités mettant en évidence un triptyque. L’analyse du cadastre napoléonien apporte à ce propos un éclairage intéressant [68][68] Alleau et Fabre, 2006, p. 21 à 23 et p. 33.. La prégnance forestière de la partie méridionale du Verdon offre des refuges pour le loup et ses petits. Les espaces plus montagneux de l’Est, victimes des déprédations et des débordements torrentiels sont caractérisés par un saltus dominant à la fin du xviiie-début du xixe siècle et une pratique de la vaine pâture

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importante [69][69] Pichard, 1999, p. 285.. La place accordée aux labours sur le plateau de Valensole complète ce tableau alors que les densités humaines y sont relativement faibles. Dans cette trilogie spatiale, traversée par les drailles [70][70] Sclafert, 1959, p. 133-14O., l’animal bénéficie d’une complémentarité propice.

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La Haute-Provence occidentale, « pays sauvage, tourmenté, aride » [71][71] Collier, 1973, p. 13., témoigne d’une distribution des primes quantitativement inférieure, avec une concentration des louveteaux pris notamment autour de la montagne de Lure et un étalement des loups adultes tués à proximité. Là aussi, la complémentarité des paysages entre les trois grandes catégories agronomiques –ager, silva et saltus – joue à plein alors que, pour les communautés installées à proximité du massif, les densités de population sont plus faibles. Un dégradé Nord-Sud se dessine. Les communes adossées à la montagne sont dotées d’un espace de silva dominant quand les collines du sud témoignent d’une vocation nettement plus marquée à la culture [72][72] Fabre et Vernet, 2006, p. 35-42..

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Dans la viguerie de Digne, fortement éprouvée par la rareté des bois et la torrentialité [73][73] Pichard, 1999, p. 313-314., les prises de louveteaux se concentrent dans les terroirs de la Robine et de Lambert. Les loups adultes tués se retrouvent le long de la haute vallée de la Bléone. Cet espace de transition débouche au nord sur les montagnes de Seyne où la chasse semble avoir été plus importante. Une fois de plus, la densité de population est faible comparativement aux communautés de la basse vallée de la Bléone (entre Digne et Les Mées). Cet espace s’ouvre aux montagnes orientales des vigueries de Barcelonnette, Allos ou Colmars, et forme une transition propice à la présence lupine.

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Au final, le loup profite des paysages complémentaires aux densités de population faibles: là où l’homme est en retrait, là est le territoire du loup.

Dès 1632, la Provence s’est singularisée des autres provinces françaises dans sa politique de lutte contre le loup. Première à chercher dans la relation entre la population et son territoire une solution pérenne à une destruction souhaitée par tous, elle s’affirme par sa précocité. S’il implique toute la population, le mode de destruction le plus efficace n’est-il pas guidé par le hasard de la rencontre au cours des activités quotidiennes? Au demeurant, les communautés provençales devancent la politique d’incitation menée à l’échelle nationale de plus d’un siècle et demi.

L’effort conduit au niveau local par les populations les plus confrontées à la présence de l’animal et à la nuisance qu’il génère s’intensifia jusqu’à la Révolution, en dépit de quelques oscillations. Dans les six vigueries examinées – un espace aux densités humaines faibles par rapport au reste de la province –, le loup trouvait une place et l’occupait même s’il était tenu à distance. Les disparités géographiques mises en évidence dans le dernier quart du xviiie siècle indiquent-elles un processus de rétractation du territoire du loup? La focalisation de la chasse autour des trois zones précédemment évoquées (Verdon, Digne, Montagne de Lure) est sans doute l’avatar de la tumultueuse histoire qui lie l’homme à Canis lupus, avant son extermination au cours du xixe siècle.


Annexe

Annexe 1 - Loups et louveteaux primés entre 1636 et 1686Annexe 1
Sources : Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, C 67, C 93, C 94, C 107.

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  • Gaultier, Frédéric, La Bête du Val de Loire, Saint-Cyr-Sur-Loire, Alan Sutton, 2007, 160 p.
  • Lepetit, Martin, Quand les loups étaient méchants. Les relations entre l’homme et le loup en Normandie du xviie au xixe siècle, Université de Caen – Basse-Normandie, Mémoire de Master 1 d’histoire moderne sous la direction de Jean-Marc Moriceau (multigr.), 2008, 229 p.
  • Lescureux,Nicolas, Maintenir la réciprocité pour mieux coexister? Ethnographie du récit Kirghiz des relations dynamiques entre les hommes et les loups, Muséum d’Histoire Naturelle, Thèse de doctorat en Ethno-écologie, 2007, 495 p.
  • Molinier, Alain, et Molinier-Meyer, Nicole, « Environnement et histoire: les loups et l’homme en France », Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, 28, 1981, p. 225-245.
  • Moriceau, Jean-Marc, Histoire du méchant loup: 3 000 attaques sur l’homme en France (xve-xxe siècle), Paris, Fayard, 2007, 623 p.
  • Moulin, Paul, « La chasse en Provence (xiiie-xviiie siècle). Étude historique et juridique », Annales de Provence, 1920, 53 p.
  • Pichard, Georges, Espaces et nature en Provence. L’environnement rural 1540-1789, Aix-en-Provence, thèse de doctorat d’Histoire (multigr.), Université de Provence, 1999, 776 p. + 2 vol. d’annexes.
  • Planhol, Xavier de, Le Paysage animal. L’homme et la grande faune: une zoogéographie historique, Paris, Fayard, 2004, 1 127 p.
  • Platret, Gilles, Les Loups dans l’histoire de Bourgogne, Chagny, La Voix des siècles, 2007, 203 p.
  • Salvadori, Philippe, La Chasse sous l’Ancien Régime, Paris, Fayard, 1996, 462 p.
  • Sclafert, Térèse, Cultures en Haute-Provence. Déboisements et pâturages au Moyen-Âge,Paris, 271 p.
  • Tivollier, Jean, Monographie de Ceillac, Gap, Jean et Peyrot, 1926, 150 p.
  • Veyne, Paul, Comment on écrit l’histoire, Paris, Seuil, 1971, p. 50-85.
  • Viala, André, Chasse et société en Provence. Deux mille ans d’histoire, Aix-en-Provence, Edilaix, 2006, 198 p.
  • Vincent, Céline, Histoire des loups en Franche-Comté au xviiie siècle, Université de Franche-Comté, Mémoire de Maîtrise d’histoire moderne sous la direction d’André Ferrer (multigr.), 1996, 154 p.

Notes

[1]

Doctorant allocataire de recherche du Conseil Régional de Basse-Normandie, sous la direction de Jean-Marc Moriceau, Centre de Recherche d’Histoire Quantitative – crhq (umr cnrs 6583), et Pôle Rural de la mrsh, Université de Caen – Basse-Normandie, Esplanade de la Paix, 14032 Caen cedex. Courriel: <julien. alleau@ wanadoo. fr>.

[2]

Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, C 94.

[3]

Buffon, 1752-1768, t. vii, p. 52.

[4]

Planhol, 2004, p. 24-30 concernant la définition du concept de nuisible et son évolution dans la littérature agronomique, cynégétique, etc.; p. 43-44 pour observer le lien entre ce concept et Canis lupus.

[5]

Voir notamment la synthèse nationale proposée par Jean-Marc Moriceau sur cette question: Moriceau, 2007, 623 p.

[6]

Molinier et Molinier-Meyer, 1981, p. 225-245; Beaufort, 1988.

[7]

Alleau et Fabre, 2006.

[8]

Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, C 67 à 69, C82, C83, C93 à 95, C 107, C 108, E dépôt 205/II14; Arch. dép. Var, iC 180 à 187.

[9]

Planhol, 2004, p. 48.

[10]

Moulin, 1920; Gagnière, 1940, p. 145-201.

[11]

Arch. dép. Bouches-du-Rhône, C 20, folio 255.

[12]

Voir par exemple Arch. com. Lorgues, CC II article 44.

[13]

Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, E dépôt 096/1, disposition 64.

[14]

Ibid., E dépôt 19/BBi.

[15]

Favier, 2002, p. 117-124.

[16]

Sclaffert, 1959, p. I50-I58; Pichard, 1999, p. 362.

[17]

Certaines communes se vident de leurs habitants. C’est le cas d’Esparron-du-Verdon où « la plus part des travailleurs vont en hiver travailler dans la Basse Provence ». Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, C 25.

[18]

Elles ne sont pas dénommées.

[19]

Arch. dép. Bouches-du-Rhône, C 22, F 212.

[20]

Ibid., C 35, F 122.

[21]

Ibid., C 105. Article « Loup pris », F 345-346.

[22]

Viala, 2006, p. 143.

[23]

Arch. dép. Bouches-du-Rhône, C 66, F 87.

[24]

Arch. dép. Bouches-du-Rhône, C 105. Article « Loup pris », F 345-346.

[25]

Alleau, 2006, p. 90.

[26]

Cette logique se retrouve dans d’autres provinces du Royaume. Voir par exemple Platret, 2007, p. 155; ou Vincent, 1996, p. 92.

[27]

Voir notamment Buridan, 2004, p. 248.

[28]

L’une des battues semble avoir lieu en semaine, sans qu’aucun jour ne soit indiqué avec précision.

[29]

Alleauet Fabre, 2006, p. 31 et 33-35.

[30]

Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, E dépôt 205 AA21.

[31]

Moriceau, 2007, p. 103-104.

[32]

Pichard, 1999, p. 424.

[33]

Beaufort, 1988, p. 336-337.

[34]

Arch. Nat. H 1407.

[35]

Arch. dép. Bouches-du-Rhône, B 1663; Moulin, 1920, p. 10.

[36]

Beaufort, 1988, p. 337. De véritables confits entre personnalités ont ainsi vu le jour. Voir l’exemple de l’Orléanais: Gaultier, 2007, p. 35-55; ou celui de la Normandie: Lepetit, 2008, p.113-115.

[37]

Beaufort, 1988, p. 337.

[38]

Alleau et Fabre, 2006, p. 30-31.

[39]

Moulin et Paul, 1920, p. 9.

[40]

Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence IJ 54.

[41]

Arch. dép. Bouches-du-Rhône, C 70, F 319.

[42]

Ibid., C 85, F141.

[43]

Une recette pour empoisonner « les fauves » était utilisée aux xive et xve siècles dans des communautés comme Aubagne. Voir L. Barthélemy, Histoire d’Aubagne, 1889, t. II, chap. xxxi (cité par Moulin, 1920, p. 10).

[44]

Tivollier, 1926, p. 128.

[45]

Beaufort, 1988, p. 286.

[46]

Moulin, 1920.

[47]

Cf. tableau I.

[48]

Cointat, 1955, p. 161.

[49]

Vincent, 1996, p. 100-103 et p. 136.

[50]

Salvadori, 1996, p. 86.

[51]

Delort, 1993, p. 334.

[52]

François, 1998, t. 1. p. 376; Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence C 68 et 69.

[53]

Vincent, 1996, p. 102.

[54]

Le sevrage s’observe après les quatre à six premières semaines de vie. À trois semaines, le louveteau sort de la tanière; à deux mois, il la quitte définitivement: Beaufort, 1988, p. 611.

[55]

Vincent, 1996, p. 105.

[56]

Beaufort, 1988, p. 610-627.

[57]

Cointat, 1955, p. 158.

[58]

Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, C108.

[59]

Se rapporter à la mise en perspective de cette question au Kirghiztan par Nicolas Lescureux. Lescureux, 2007, p. 255.

[60]

Pichard, 1999, p. 58-65.

[61]

Pichard, 1999, p. 26-34.

[62]

Arch. dép. Alpes-de-Haute-Provence, C 25, voir l’article 5 des procès-verbaux d’affouagement de chacune des communautés de la viguerie.

[63]

Arch. dép. Bouches-du-Rhône, C 105. Article « Loup pris », F 345-346.

[64]

Delort, 1993, p. 338.

[65]

Alleau et Fabre, 2006, p. 41.

[66]

Emmanuelli, 2003, p. 1034-1036.

[67]

Pichard, 1999, p. 112; Alleau et Fabre, 2006, p. 8-14.

[68]

Alleau et Fabre, 2006, p. 21 à 23 et p. 33.

[69]

Pichard, 1999, p. 285.

[70]

Sclafert, 1959, p. 133-14O.

[71]

Collier, 1973, p. 13.

[72]

Fabre et Vernet, 2006, p. 35-42.

[73]

Pichard, 1999, p. 313-314.

Résumé

Français

La Provence de la seconde modernité se singularise des autres provinces françaises par sa politique de lutte contre les loups. Depuis le début du xviie siècle, l’effort de destruction organisé à l’échelle de la province est mené au niveau local par l’ensemble de la population. Les primes accordées aux acteurs de la destruction, éclipsant les moyens classiques que sont les battues ou les chasses de louvetiers, offrent une manne privilégiée au chercheur: 2 740 récompenses – pour 1 115 loups adultes et 4 582 louveteaux – distribuées en Haute-Provence entre 1632 et la Révolution Française, fournissent notre corpus. Elles témoignent d’une destruction constante dans le temps long, au rythme quotidien des activités économiques qui favorisaient les rapprochements spatiaux entre l’homme et l’animai. Cette lutte incessante, tributaire de rencontres fortuites mais favorisée aussi par une bonne connaissance du finage, est à la mesure de l’importance locale des loups.

Mots-clés

  • chasse
  • dynamique d’espèce
  • environnement
  • Haute-Provence
  • loup
  • période moderne
  • structures sociales

English

Provence during the Early Modern Era was exceptional in its wolf control policy. From the beginning of the xviith century on, the local population was enlisted to implement a policy of eradication instigated at the provincial level. The bounties granted to anybody who killed a wolf dwarfed other, more traditional means of wolf-hunting such as battues or calling in louvetiers. These bounties also provide the historian with rich material, with an available corpus of 2,740 grants for the killing of 1,115 adult wolves and 4,582 wolflings throughout Haute-Provence from 1632 to the French Revolution. These bounties bear witness to a sustained eradication effort maintained in the long run, and were patterned upon the economic activities which favored most spatial proximity between humans and animals. The importance of this unending struggle reflected the widespread local presence of the wolf, and depended on random encounters, but also on an in-depth knowledge of the local territory.

Keywords

  • Early Modern era
  • ecology
  • Haute-Provence
  • Hunting
  • social structures
  • species dynamics
  • wolf

Plan de l'article

    1. Un observatoire spécifique : la Haute-Provence
    2. Bordereaux et comptes des vigueries : les archives de la destruction
  1. Une Chasse démocratique?
    1. L’institution des primes de chasse
      1. Les « États généraux » de Brignoles : comment organiser la destruction?
      2. Les résonances de la décision de Brignoles
    2. Les moyens classiques marginalisés
      1. La rareté des battues
      2. L’absence d’agents officiels
      3. L’empoisonnement ignoré
  2. Sociologie et pratiques des chasseurs
    1. Chasse aux loups et position sociale
      1. L’« homme des campagnes », acteur de la destruction
      2. Chasseur de loup, chasseur de prime?
    2. Le temps de la chasse
      1. De la naissance au sevrage : un risque de capture maximal
      2. La « cueillette aux louveteaux »
    3. Procédés et zones de chasse
      1. Les armes utilisées contre le loup : du rudimentaire au sophistiqué
      2. Chasser chez soi, pour soi
  3. Un tableau de chasse en croissance constante?
    1. Une chasse sans répit
      1. Un siècle et demi de progression
      2. Entre régulation et extermination
    2. Des loups confrontés au peuplement humain
      1. Jeux de contrastes, enjeux territoriaux contradictoires
      2. Une répartition lupine hétérogène

Pour citer cet article

Alleau Julien, « Sociétés rurales et chasse aux nuisibles en Haute-Provence. L'exemple du loup (XVIIe-XVIIIe siècle) », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2009 (Vol. 32), p. 49-80.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2009-2-page-49.htm


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