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Histoire & Sociétés Rurales

2010/1 (Vol. 33)


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En Espagne, les études sur le monde agraire et la société rurale pendant l’époque moderne ont donné lieu à une énorme production historiographique [1][1] Un excellent bilan dans le numéro monographique de.... L’objectif du présent travail est de situer cette production par rapport au panorama historiographique français, à son évolution et d’étudier son influence sur les méthodes et les directions de recherche. Et ceci à partir principalement des œuvres et des parcours des historiens français qui se sont occupés de ce thème.

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La fascination pour la terre et l’intérêt porté aux structures agraires expliquent, qu’à partir du milieu des années 1970, dans notre pays, l’histoire rurale ait été un des domaines de recherche les plus attractifs pour les historiens et peut-être celui où prit forme le plus clairement le processus de rénovation méthodologique qui se produisait alors dans notre discipline. Des thèmes comme la propriété, ses niveaux de concentration, ses titulaires, les relations socio-juridiques entre propriétaires et cultivateurs, les caractéristiques des exploitations et des régimes de possession, les racines du conflit agraire, l’élevage et son évolution, les implications du système agraire et le régime démographique, le paysage et les types de cultures, la production et les prix… devinrent les aspects les plus abordés par les chercheurs au sein d’un modèle opérationnel assez courant durant ces années-là, qui consacrait l’histoire régionale comme la pratique historiographique par excellence dans un cadre académique, institutionnel et éditorial favorable car parallèle au mouvement de construction de l’État des Autonomies institué par la Constitution de 1978.

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Il s’agit d’un type d’études qui reproduisait dans une large mesure les schémas suivis par l’historiographie française et qui, rapidement, donna lieu à l’éclosion d’un modèle de monographie rurale qui, surtout à partir de la Catalogne et de la Galice, devait s’étendre progressivement vers d’autres régions. Avec de légères variantes et différents degrés de détail selon l’amplitude du cadre spatial (régional, local ou villageois), ce modèle s’est maintenu jusqu’au milieu des années 1980 dans un contexte où l’on connaissait déjà très bien les possibilités qu’offraient les registres paroissiaux, les recensements et dénombrements, ou les sources de type fiscal, judiciaire et notarial. C’est ainsi qu’en général, après une introduction sur le milieu physique et historique, on partait toujours d’une étude de la population, des forces productives et des secteurs économiques ; puis, on passait à l’examen des caractéristiques de la structure et de la distribution de la propriété, et des relations sociales qui en découlaient ; on continuait ensuite par une analyse des institutions et, enfin, l’étude était couronnée par tout ce qui touche aux « mentalités » (vie quotidienne et coutumes, culture, religiosité, attitude devant la mort, etc.).

Grâce à l’expérience accumulée par tous ces travaux, les schémas analytiques des études acquirent un plus haut degré de maturité et de complexité et, rapidement, on put combiner des méthodes aussi précises et concrètes que celles de l’histoire quantitative avec celles, plus incertaines et diffuses, de l’anthropologie et des autres sciences sociales. Et, sur ce point, la microanalyse apportait ses possibilités incomparables pour le développement et la mise en place de nouveaux objectifs. Mais précisons un peu plus cette évolution en la mettant en relation avec l’influence de l’historiographie rurale française et, en même temps, avec le processus de croissance et d’internationalisation de l’historiographie rurale espagnole. Une réalité incontestable dans laquelle la France cessera peu à peu d’être la référence privilégiée.

En regardant la France paysanne : l’histoire rurale française comme référence

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En Espagne, un pays caractérisé par une importante présence socioculturelle du monde rural durant une bonne partie du xxe siècle, la tradition historiographique rurale française fut considérée comme une référence fondamentale. Beaucoup de nos historiens trouvèrent dans une France parfois décrite comme « parcellaire » ou « le pays de la petite propriété », non seulement une sensibilité spéciale devant la fascination exercée par la campagne dans ce pays aux profondes racines paysannes, mais aussi de nouvelles méthodes et directions de recherche.

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Parmi les thèmes variés qui furent l’objet de l’attention de la vigoureuse historiographie française après la Seconde Guerre, le monde rural fut sans aucun doute l’un des préférés. On essaya de lui appliquer quelques-uns des présupposés méthodologiques qui furent la marque d’identité de l’historiographie de ce pays. Ce sont ces propositions novatrices qui furent l’aspect le plus fécond de son apport en permettant les futurs progrès et le développement de l’histoire rurale sous d’autres latitudes, comme cela se produisit en Espagne, et en servant d’aiguillon à plusieurs générations de chercheurs. Qu’il s’agisse des aspects et des objets de la recherche ou des méthodes utilisées, son influence fut bien perceptible dans notre pays. Et, sur ce point, comme nous le verrons, le rôle des hispanistes fut décisif.

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Avec son œuvre fascinante Les Caractères originaux de l’histoire rurale française, Marc Bloch a été celui qui ouvrit au début des années 1930 la voie vers un territoire inexploré [2][2] Bloch, 1931 ; sur sa vie et son œuvre, voir, par exemple,.... Après cette première impulsion, suivirent les « trente glorieuses », entre 1945 et 1975, qui, selon Jean Jacquart, furent la période la plus éclatante de l’histoire rurale française sous l’influence de Marc Bloch lui-même, Ernest Labrousse et Jean Meuvret [3][3] Jacquart, 1995, p. 19.. Malgré tout, en recueillant et élargissant l’héritage de Lucien Febvre et son intérêt pour la géographie, ce fut aussi Fernand Braudel qui configura le modèle structurel géo-historique qui a tant marqué l’historiographie de cette période. Un modèle avec la longue durée et le binôme conjoncture-structure comme pierres angulaires.

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Comme on le sait, sous l’impulsion de Braudel, se dessinèrent les traits les plus caractéristiques de l’école des Annales à partir des années 1950[4][4] Sur Braudel et sa trajectoire intellectuelle, voir,.... Concédant un rôle déterminant à l’économie, ce fut dans ce domaine que se produisirent les premiers et plus spectaculaires élans rénovateurs, avec un intérêt particulier pour l’analyse des facteurs qui devaient activer la croissance économique et le développement des moyens de production. Le point culminant fut atteint une décennie plus tard, avec l’influence sur la méthode historique de la quantification, de la statistique et de la démographie. Des données sur la production, les prix, les salaires, des courbes de population… prolifèrent alors dans les travaux. Ces études, sous l’influence de La Méditerranée… de Braudel (1949), avec son don pour la globalisation et son attention à la géographie, donnèrent lieu à l’élaboration d’importantes thèses « régionales », se référant surtout au monde rural et à l’époque moderne, avec une préférence pour les xvie et xviie siècles.

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L’union entre l’économie et la démographie, et l’exemple de Braudel poussèrent de nombreux chercheurs vers l’élaboration de monographies régionales, comme nous l’avons dit, un format idéal pour l’expérimentation et l’exploitation exhaustive des nouvelles méthodes et des documents avec la prétention de faire une histoire totale. De fait, la majeure partie des grandes monographies apparurent à partir de la fin des années 1950 et, selon Anne Jollet, c’est encore sur elles, à l’heure de la synthèse, que se basent nos connaissances [5][5] Jollet, 1999, p. 105.. Entre autres, des auteurs très connus en Espagne comme Jacques Dupâquier, Pierre Goubert, Albert Soboul, Emmanuel Le Roy Ladurie ou Jean Jacquart, apportèrent des modèles de travail et une méthodologie à suivre [6][6] Dupâquier, 1956 ; Goubert, 1960 ; Le Roy Ladurie, 1966.... Dans cette optique, il faut encore mentionner les œuvres des hispanistes Pierre Vilar, Noël Salomon ou Bartolomé Bennassar, sur lesquels nous reviendrons [7][7] Vilar, 1962 ; Salomon, 1964 ; Bennassar, 1967..

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Entre les années 1960 et 1970 donc, explose en France une authentique passion des historiens pour l’étude de la vie rurale avec la multiplication du nombre des recherches et de celui des chercheurs. Et pas seulement parmi les historiens. L’intérêt pour la planification de la recherche sur le monde rural dans une vision interdisciplinaire est manifeste dans des œuvres collectives aussi ambitieuses que Les Études rurales en France : tendances et organisation de la recherche (1972) [8][8] Chiva et Rambaud, 1972.. Une année plus tard, un des grands spécialistes, Emmanuel Le Roy Ladurie, publiait, dans Le Territoire de l’historien, son article sur « la nouvelle histoire rurale » [9][9] Le Roy Ladurie, 1973, p. 139-298.. Son idée était de réactualiser les problèmes historiographiques qui étaient apparus depuis le début des année 1960[10][10] Dans une perspective plus générale a été publié à la.... Les premiers efforts de la recherche furent synthétisés dans la monumentale Histoire de la France rurale qui en mit également en valeur les lacunes régionales et thématiques [11][11] Duby et Wallon, 1975..

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Pour reprendre les mots d’Elena Hernández Sandoica, la France paysanne exhalait son « arôme » dans l’historiographie [12][12] Hernández Sandoica, 2004, p. 298.. Malgré tout, curieusement, à partir de ce moment-là, l’œuvre qui obtint le plus grand succès dans le grand public, n’a pas été une monographie régionale, mais le Montaillou du même E. Le Roy Ladurie [13][13] Le Roy Ladurie, 1975.. Ce travail peut être considéré comme l’une des tentatives les plus solides d’approche de l’étude d’une communauté à la manière des anthropologues. C’est quelque chose comme un exemple précoce de ce qu’il sera convenu plus tard d’appeler de la « microhistoire ».

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Commençait alors aussi ce qui allait se convertir par la suite en un véritable boom, l’histoire des mentalités – une dénomination ample qui recouvre des thèmes comme le sexe et l’amour, la famille, la mort, la culture et la religiosité populaire entre autres –, qui devint le contrepoids indispensable de l’histoire quantitative. Bien qu’en réalité, elle ne l’était pas tellement du point de vue des méthodes : tous les phénomènes, et pas seulement les économiques et démographiques, étaient susceptibles d’être présentés en séries régulières et homogènes et, par conséquent, de faire l’objet d’une analyse quantitative. C’est alors que naquit l’histoire sérielle, un terme que Pierre Chaunu généralisa pour la distinguer de l’histoire quantitative appliquée strictement et spécifiquement à l’économie. Il proposa, en 1973, d’appliquer la méthode quantitative à des études du « troisième niveau », celui des « civilisations » ou ce que certains commençaient à appeler les « mentalités » [14][14] Chaunu, 1978, p. 328 de l’édition espagnole (Mexico,.... Et, en effet, depuis lors, on utilisa des séries massives de testaments, inventaires, dots et toute une vaste gamme d’écriture notariales.

Parmi les modernistes français, l’intérêt pour l’histoire économique et sociale commença à faiblir en même temps que l’histoire macrostructurelle qui, depuis le milieu du xxe siècle, avait trouvé dans les monographies régionales sa meilleure expression. Au contraire, les thèmes les plus attractifs devenaient alors ceux qui étaient liés à l’anthropologie, à l’histoire culturelle et aux mentalités. Les sciences sociales qui, jusque là, avaient servi de références aux historiens français (la géographie, l’économie ou la sociologie) laissèrent rapidement la place à l’anthropologie, une discipline grâce à laquelle on prétendait élargir le répertoire des thèmes à aborder. Et, aussi, au-delà du quantitatif, offrir des systèmes d’explication multiples [15][15] Lepetit, 1995, p. 11.. Il convient de rappeler que le monde rural a toujours été un de ces territoires propices à l’interdisciplinarité où l’historien, l’anthropologue et le sociologue se rencontraient. Déjà, la fondation de la revue Études Rurales, en 1960, en avait fourni un exemple palpable. On put élargir alors l’ouverture des études rurales vers d’autres dimensions du passé, en étendant ainsi son champ de vision et en dépassant une histoire dont les protagonistes étaient des sujets collectifs et impersonnels.

Comme le signale Jean Jacquart, même si autour de 1980, on ne peut parler de « silence » de l’histoire rurale, l’ère des synthèses régionales est alors passée, la ruralité n’occupant plus une place centrale dans les recherches [16][16] Jacquart, 1995, p. 24.. On pariait alors plus sur des études sectorielles ou thématiques (la production agraire, la démographie rurale, les masses forestières, le crédit, etc.) et, le cas échéant, sur l’incorporation de nouveaux thèmes comme la religiosité populaire, l’alphabétisation, la violence et la conflictualité, les structures familiales, les systèmes d’héritage, etc. Une « conquête » qui aurait pu faire croire qu’on se rapprochait plus de l’aspiration à une histoire totale si l’on avait pu éviter quelques écueils comme la propension à la désagrégation (la fameuse histoire en miettes de François Dosse) [17][17] Dosse, 1987. Pour une étude détaillée et actuelle de..., au localisme ou la tendance à l’immobilisme : la fascination pour l’anthropologie entraîna souvent un intérêt plus grand pour le fonctionnement que pour les changements.

Il faut nuancer cette sensation de déclin. Pour Gérard Béaur, la question n’est pas tant le désintérêt pour le monde rural que la crise des méthodes de travail caractéristiques de l’histoire économique et sociale [18][18] Béaur, 1992, p. 67.. Et depuis le début des années 1990, des initiatives surgissent pour développer et rénover les études d’histoire rurale. La revue Histoire et Sociétés Rurales (1994), née sous les auspices de l’Association d’Histoire des Sociétés Rurales, en est une preuve tangible. Entre autres activités, cette association organisa un colloque à Rennes les 6, 7 et 8 octobre 1994 avec l’intention de faire un bilan des réalisations et un état des lieux qui devaient servir à orienter les recherches futures. Dans les Actes de ces journées, réunis par Ghislain Brunel et Jean-Marc Moriceau, nous pouvons trouver diverses réflexions sur la trajectoire et la place qu’occupe l’histoire rurale. Un dossier auquel participèrent des spécialistes réputés comme les éditeurs eux-mêmes, Jean Jacquart, Maurice Aymard ou Joseph Goy, remarquable aussi par l’importance de la bibliographie spécialisée qu’il contient [19][19] Brunel et Moriceau, 1995.. Un effort qui se poursuivra en 1999 avec l’extraordinaire compilation bibliographique réalisée par J.-M. Moriceau, en collaboration avec Annie Antoine et Gérard Béaur [20][20] Moriceau, 1999., un exemple que nous espérons voir bientôt suivi dans d’autres pays comme le nôtre.

Les hispanistes et l’influence de l’historiographie rurale française dans l’Espagne moderne

Les pionniers

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Si l’influence de l’historiographie française à l’extérieur connut, dans le cas de l’Espagne, une véritable prépondérance [21][21] Pellistrandi, 2002., celle-ci fut encore plus perceptible et directe en ce qui concerne l’histoire rurale à l’époque moderne. Les monographies « à la française » proliférèrent à partir des années 1970, après que quelques œuvres pionnières comme celles de Pierre Vilar, Noël Salomon ou Bartolomé Bennassar eurent étudié certaines des régions de la péninsule [22][22] Vilar, 1962 ; Salomon, 1964 ; Bennassar, 1967.. Beaucoup d’autres travaux furent réalisés par la suite, comme ceux de Pierre Ponsot sur l’Andalousie occidentale, Bernard Vincent sur le royaume de Grenade, Jean-Paul Le Flem, Francis Brumont ou Jean-Pierre Amalric sur la Vieille-Castille, Guy Lemeunier sur Murcie, etc.

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L’œuvre pionnière et novatrice de Pierre Vilar devint très rapidement le modèle de la synthèse régionale. Il est certain que, comme son maître Labrousse, Vilar n’était pas, en réalité, exclusivement un historien du monde rural, mais il connaissait très bien son importance pour la compréhension de la complexité du système économique et social de l’Ancien Régime. Peut-être plus qu’en France, ses réflexions théoriques devinrent un guide et une référence pour beaucoup de chercheurs en Espagne, en dynamisant véritablement l’intérêt pour l’histoire rurale. Son désir d’examiner les relations entre les structures économiques et sociales le conduisit à insérer l’économie rurale dans un mouvement d’ensemble général, sans oublier les conflits et les tensions sociales qui en découlaient [23][23] Pour un bilan récent sur sa production prolifique et....

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Il est très significatif que Pierre Vilar ait conclu le deuxième volume de la Catalogne par le chapitre « les hommes et la terre », un résumé de ce qui avait été l’axe central de cette partie de son travail consacrée à l’analyse des forces productives, depuis la démographie jusqu’à l’extension, l’intensification et la spécialisation des cultures, en passant par les prix, les revenus et la formation des capitaux. À ce sujet, les pages consacrées à la société rurale et à sa stratification en fonction des niveaux de propriété et d’exploitation des terres sont particulièrement intéressantes, tout comme celles qui traitent du rôle des fermiers et des détenteurs de droits seigneuriaux, nous mettant en garde contre l’idéalisation de l’image du mas catalan.

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Dès lors, parmi les multiples thèmes auxquels s’intéressa P. Vilar, l’histoire rurale occupa une place de premier plan. Mais, là comme ailleurs, il y projetait des idées et des méthodes novatrices, en invitant à avancer une explication plus globale et complexe. Prenant, en grande partie, l’histoire espagnole comme support, l’œuvre de Pierre Vilar est sans aucun doute un modèle d’unité entre une recherche empirique exigeante et concrète, et une réflexion théorique sur des phénomènes de grande portée [24][24] C’est surtout à partir de son œuvre Crecimiento y desarollo....

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Il a toujours existé, en France, une tradition théorique intéressante au sujet de la nature de la paysannerie et de l’économie rurale précapitaliste. Sur la base des propositions de Chayanov, il convient de signaler, dans les années 1960, les réflexions de Daniel Thorner sur la portée universelle du concept d’économie paysanne. Dans la décennie suivante, il faut distinguer Henri Mendras et ses travaux qui renouvelèrent la sociologie rurale, tandis que, dans les années 1980, Maurice Aymard interpelait en même temps Chayanov, Labrousse et Le Roy Ladurie en offrant une nouvelle perspective des relations de la paysannerie avec l’autoconsommation et le marché lesquels, sous diverses formes, étaient bien présents dans les sociétés rurales de l’Europe moderne. De son côté, Pierre Vilar, dans les conclusions qu’il tira du Séminaire d’Histoire Agraire organisé en 1977 par la fondation Juan March, remarquait qu’on devait se garder des concepts simplificateurs alors que l’histoire est complexité [25][25] Vilar, 1979, p. 378-379.. Et d’affirmer catégoriquement qu’en tant qu’instrument d’analyse sociale, il n’existait pas « de mode de production paysan », ni « d’économie paysanne ». Et, comme il le savait très bien, encore moins en Espagne. Pour lui, s’il existait plusieurs « Frances paysannes », il était encore moins pertinent de parler d’une « question agraire espagnole », alors que nous nous trouvons en face des latifundia andalous et des micropropriétés galiciennes, des huertas valenciennes, de la viticulture catalane, de la céréaliculture castillane et du caserío basque fondé sur la polyculture.

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Cependant, au Congrès hispano-français célébré à Madrid, Ségovie et Tolède du 13 au 16 octobre 1981, sous l’égide de l’Université Complutense de Madrid et de la Casa de Velázquez, il admettait que la réalité historique était divisée « en diverses couches » [26][26] Congreso de Historia Rural, 1984, p. 852.. Il considérait même comme raisonnables les propositions des Annales. Or, pour lui, la proposition d’histoire « totale » des « annalistes » se résumait dans la pratique au traitement particularisé des différents niveaux de la réalité sociale sans laisser apparaître clairement les relations et les interconnexions entre eux. Économies, sociétés, civilisations ajoutait-il, « superposées, si l’on veut. Mais surtout interactives » [27][27] Ibid.. Dans ce congrès, il pariait aussi sur la combinaison des échelles et des perspectives d’analyse : l’observation microéconomique et la macroéconomique, la synchronique et la diachronique. Une idée qu’il défendait depuis 1957 quand il voulait déjà combiner l’étude globale en guise de première approche et l’étude microscopique en profondeur, des points de vue qui, au contraire, apparaissaient, selon lui, trop fréquemment séparés au sein de l’historiographie française. Et, de même qu’il critiquait une histoire quantitative de type extensif et de longue durée réduite aux « purs chiffres », il considérait que les études microscopiques « excellentes, parfaites et vivantes » avaient un horizon trop limité. Pour lui, il était nécessaire de combiner les deux efforts :

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« les grandes courbes macroscopiques de conjoncture pour situer les problèmes, connaître les grandes répartitions et les grands mouvements d’avance ou de recul des économies, et l’observation sur l’exploitation ou sur le village isolé, au niveau microscopique, pour l’étude de la nature (et non plus des dimensions) d’un phénomène. Pour retourner près de la vie, en contact avec elle [28][28] Comme le rappelle Fontana, in Fernández, 1985, p. 13,.... »

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Dans la préface de La Catalogne..., Pierre Vilar signalait « qu’on est tenté de dire » que l’histoire des masses, dans la Péninsule Ibérique « reste à faire », mais, en même temps, il reconnaissait la dette qu’il avait contractée auprès des historiens espagnols, parmi eux, Carrera Pujal et Vicens Vives [29][29] Vilar, 1962, p. 25.. Dans ce sens, si, en général, Vicens peut être considéré comme le grand promoteur de la méthodologie de l’école des Annales dans notre pays – groupe dans lequel il incorporait même de jeunes historiens français – l’œuvre de Pierre Vilar eut aussi une grande influence sur certains de ses disciples comme Emili Giralt ou Jordi Nadal (même s’ils abandonnèrent assez rapidement l’histoire moderne), et, hors de Catalogne, sur d’autres historiens de l’économie. Des œuvres comme celle de Gonzalo Anes sur les crises agraires ou de J. Nadal sur l’évolution de la population devinrent très rapidement des références obligées [30][30] Anes, 1970 ; et Nadal, 1966.. On pourrait citer encore Miguel Artola et ses disciples, ce dernier ayant dirigé le Séminaire de la Fondation Juan March de 1977 dont nous avons déjà parlé.

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Malgré tout, comme l’a analysé récemment Patrice Poujade, là où l’influence de Pierre Vilar s’est d’abord fait sentir, c’est dans le développement de l’histoire en Catalogne et dans l’ancien royaume de Valence [31][31] Poujade, 2005.. Comme Bloch pour la France, Vilar a ouvert ici une voie dans un territoire à explorer. En prenant son œuvre comme référence, les travaux régionaux se multiplièrent et prouvèrent la diversité et l’originalité du puzzle catalan. C’est ainsi que, durant une bonne partie des années 1970 et 1980, l’histoire agraire et rurale y deviendra un objet privilégié de recherche.

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Mais l’influence fructueuse de Pierre Vilar fut beaucoup plus large comme il est manifeste dans le bilan régional et historiographique sur le xviiie siècle, coordonné par Roberto Fernández dans le cadre de l’hommage qui fut rendu au grand maître. Dans le prologue de l’œuvre qui recueillit les différentes communications, Josep Fontana est catégorique ; il affirme que

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« le livre de Braudel demeure impassible au passage du temps, stérile et pur comme une relique momifiée. Celui de Vilar, en revanche, a introduit parmi nous des propositions explicatives suffisamment vastes pour stimuler les nouvelles générations de chercheurs qui ont trouvé dans son œuvre un point de départ et un guide, et qui finiront, comme il advient pour tout ce qui est fécond, par faire de son travail la nourriture nécessaire pour aller plus loin [32][32] Fontana, in Fernandez, 1985, p. 14.. »

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En ce qui concerne l’hispanisme, Bartolomé Bennassar, en revanche, souligne le rôle essentiel joué par Fernand Braudel dans son orientation et son développement [33][33] Bennassar, 1990.. Le fait que beaucoup d’historiens français qui s’occupèrent du monde rural espagnol privilégièrent l’histoire économique et sociale est dû à l’influence et au prestige de Braudel. Peut-être parce que c’est lui qui mit en lumière l’importance de l’histoire espagnole pour comprendre celle de l’Europe durant les premiers siècles de la modernité, ainsi que l’existence de fonds documentaires extraordinaires quasiment inexplorés.

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Après la publication de l’œuvre de Vilar, Noël Salomon fit paraître en 1964 son travail sur la Nouvelle-Castille, traduit peu après en castillan [34][34] Salomon, 1964.. Dans cette œuvre, il présentait les problèmes économiques et sociaux de la paysannerie de cette zone grâce à une source d’une extraordinaire richesse, les Relaciones Topográficas[35][35] Enquêtes sous forme de questionnaire réalisées vers.... Cette source avait déjà donné lieu à des publications comme celles de R. Paz et de C. Viñas, mais leur potentiel se manifesta alors et le travail de Noël Salomon fut le premier d’une longue série d’études qui se poursuivent jusqu’à nos jours à partir de ce matériau. Il présente un caractère nettement descriptif en apportant fréquemment des citations de l’original pour corroborer ses affirmations et en ajoutant un vaste appendice de tableaux et de cartes. L’œuvre est structurée en sept chapitres, commençant par la répartition de la population, le milieu géographique et l’occupation du sol. Les deux chapitres suivants sont consacrés au secteur agro-pastoral et au monde de l’artisanat et des échanges. Il analyse ensuite un thème essentiel, celui de la propriété de la terre et d’autres se référant à la seigneurie et aux charges fiscales. N. Salomon conclut son travail par l’étude des catégories sociales à la campagne, depuis les journaliers jusqu’aux hidalgos en passant par les laboureurs et d’autres groupes. C’était là, en fait, son objectif : en tant que spécialiste de la littérature du Siècle d’Or, il désirait éclairer l’idéologie du théâtre relatif au thème paysan, posant la question de la relation entre cette idéologie et la société rurale de l’époque. Plus tard, Francis Brumont, d’une certaine manière, reprit beaucoup des aspects traités par N. Salomon pour la Vieille-Castille en prenant l’exemple d’un petit pays, la Bureba, en utilisant une source similaire, les Expedientes de Hacienda[36][36] Brumont, 1977 et 1984. Les Expedientes de Hacienda....

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En 1967, peu après donc la parution de l’ouvrage de Noël Salomon, et hors du domaine de l’histoire littéraire, parut la thèse de Bartolomé Bennassar, le plus important représentant du groupe des hispanistes de Toulouse, un des foyers de recherches sur la péninsule les plus féconds et dynamiques, où l’époque moderne jouait un rôle essentiel [37][37] Bennassar, 1967.. S’agissant d’un modèle d’histoire urbaine qui eut une longue et profonde influence, on oublie parfois que le Valladolid au Siècle d’Or consacre aussi son attention sur le monde rural, comme l’indique son sous-titre (Une Ville et ses campagnes…). Et c’est sans doute pourquoi un de ses regrets était de ne pas avoir pu étudier avec autant de profondeur qu’il l’aurait souhaité la structure de la propriété et la production agraire, faute de sources.

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B. Bennassar reconnaissait que les livres qui avaient compté le plus pour la réalisation de sa thèse étaient ceux de Fernand Braudel et de Pierre Vilar (et, parmi les auteurs espagnols, ceux d’Américo Castro, Menéndez Pidal, Claudio Sánchez Albornoz ou Jaume Vicens Vives). Sur le plan méthodologique, il se référait à Labrousse dont il s’était également inspiré en ce qui concerne le rôle moteur de la viticulture pour l’économie agraire, et à des études d’histoire régionale que nous avons déjà citées, comme celle de Baehrel et surtout celle de Goubert, qui devaient lui servir à établir des comparaisons. Mais comme son travail reflète le contexte dans lequel il a été élaboré, il accorde une grande importance à la démographie, à la géographie historique et, surtout, à l’histoire économique et sociale. Et, de fait, son étude du village de Villabáñez est un des premiers exemples en Espagne de reconstitution des familles selon la méthode Louis Henry. À côté d’E. Le Roy Ladurie et de R. Brunet, il cite les premiers travaux de géographie historique d’Alain Huetz de Lemps et, parmi les meilleurs élaborés en Espagne, ceux du géographe Jesús García Fernández [38][38] Ibid., p. 8-12.. En marge de l’œuvre de Ramón Carande qui lui paraissait fondamentale, il considérait que le travail de Carmelo Viñas y Mey était encore très valable et signalait comme « une excellente synthèse, claire et précise » la Sociedad española d’Antonio Domínguez Ortiz [39][39] Bennassar, 1967, p. 589-592 (Carande, 1943-1949, Viñas.... Parmi les hispanistes, il mentionnait spécialement M. Defourneaux et, bien entendu, Noël Salomon, dont l’œuvre présentait un grand intérêt comparatif pour lui à l’heure d’aborder les différences entre les deux Castilles. Il faisait allusion aussi à des travaux en cours alors comme ceux de Gonzalo Anes et de Jean-Paul Le Flem (sur Ségovie). Mais B. Bennassar introduisait dans sa problématique les questions issues de l’histoire des mentalités, de la religion et de la culture, suivant la voie tracée par Lucien Febvre et les travaux plus récents de Mandrou et son essai sur la « psychologie historique » dans la France moderne (1961).

Ce travail est ainsi structuré en trois grands blocs : d’abord, l’espace, la ville et les hommes, puis l’économie et ses rythmes, et, enfin, la définition d’un « style de vie ». Partout, avec plus ou moins d’intensité, la campagne est présente à côté de la ville. Les méthodes utilisées sont celles qui avaient été déjà éprouvées par l’historiographie française dont nous avons parlé plus haut (prix, salaires, revenus, production, cultures, population, etc.), la plus novatrice se situant au niveau de l’histoire sociale. Dans cette partie, « la définition d’un style de vie », l’auteur lui-même voyait l’élément le plus important de l’explication. Suivant un de ses maîtres, Ernest Labrousse, il y développe ce que ce dernier avait appelé autrefois le « troisième niveau », l’affectif, le mental, un type d’étude qui se généralisera plus tard, dans les années 1970. Les manifestations religieuses et le pouvoir de l’Église, la culture matérielle et l’ambiance de pauvreté dans laquelle se déroulait la vie des ruraux, les attitudes devant la mort, l’honneur, l’amour, les transgressions, la marginalité, la fête, les liens de parenté, lignages et conflits, les relations hiérarchiques et les inégalités… sont quelques-uns des thèmes traités. La conclusion de son analyse lancée à partir du cadre urbain était péremptoire : les véritables victimes dans la Castille de la fin du xvie siècle étaient les paysans.

B. Bennassar ne se cantonna pas au cadre géographique strict des campagnes vallisolétaines ; les données démographiques ou économiques qu’il maniait se référaient aussi à d’autres circonscriptions de Vieille-Castille, un espace sur lequel, à peu près au moment où paraissait sa thèse, travaillaient d’autres historiens français, comme Jean-Paul Le Flem, Jean-Pierre Amalric ou Francis Brumont, ce dernier sous la direction de Bennassar lui-même. Le premier d’entre eux n’arrivera pas à terminer sa thèse sur Ségovie, mais l’article novateur qu’il publia alors, avec Gonzalo Anes, eut une influence notable [40][40] Anes et Le Flem, 1965.. En même temps, il commença à prêter attention à l’histoire de la Mesta qui avait besoin d’être renouvelée et, de manière plus générale, à l’élevage [41][41] Le Flem, 1972.. Ses travaux postérieurs, ainsi que ceux de quelques autres historiens qui s’emparèrent de ce thème, comme Angel García Sanz, Jerónimo López Salazar ou Miguel Ángel Melón, furent fondamentaux pour approfondir un aspect de notre histoire rurale, l’élevage, jusque-là peu étudié. En même temps, vers le sud, Pierre Ponsot et Bernard Vincent s’occupaient de l’Andalousie ; le paysage et la production sont des thèmes récurrents chez le premier pour la Basse-Andalousie tandis que second apporte une dimension plus sociale à travers l’étude des morisques de Haute-Andalousie. Les pages des Mélanges de la Casa de Velázquez se feront l’écho de quelques-uns de ces travaux et présenteront aussi des synthèses sur l’état de la question [42][42] Drain et Le Flem, 1966 ; Ponsot, 1969. Sur les morisques,....

À l’autre extrême du pays, en Galice, il faut sans nul doute mettre en exergue le rôle fondamental d’Antonio Eiras Roel en tant que diffuseur de la monographie à la mode française dans toute la péninsule. Comme le signale Pegerto Saavedra [43][43] Saavedra, 2003, p. 325, n. 24., membre de cette école compostellane, dès 1965-66, Eiras implantait la méthodologie du ruralisme français à Saint-Jacques au moyen de la direction de thèses et de mémoires de maîtrise, de telle sorte que, lorsqu’il réunit le grand congrès de 1973, les premières thèses avaient été soutenues (Baudilio Barreiro) ou étaient sur le point de l’être (Pérez García) [44][44] Barreiro Mallon, 1973 ; Pérez García, 1979.. Sous son égide, furent réalisées des recherches qui suivirent la voie ouverte par les Annales, mais sensibles aussi aux influences de Labrousse et d’autres maîtres de l’historiographie française. Comme il était normal, c’est en premier lieu sur les terres galiciennes que les études ont proliféré jusqu’à nos jours, avec un caractère nettement localiste et une méthodologie de plus en plus affinée. Ont ainsi été étudiées la Tierra de Trasdeza, le Morrazo, le Salnés, Xallas, la vallée de la Ulla, la Tierra de Montes, Mondoñedo, Burón, Alta Limia, Chantada, Castroverde et l’intérieur de Lugo, entre autres, ce qui permet aujourd’hui de connaître dans ses détails et dans sa complexité le territoire galicien.

Á la fin des années 1960, avaient été initiées quelques études régionales « à la française » sur le vaste territoire de la Couronne de Castille. Pendant les deux décennies suivantes, des études de haut niveau vinrent compléter l’œuvre de Vilar pour la Catalogne et le reste du royaume d’Aragon, alors que les travaux d’Antonio Domínguez Ortiz restèrent la référence obligée pour celui de Castille [45][45] Ce n’est pas un hasard si A. Domínguez Ortiz participa....

En définitive, dans les années 1960, l’historiographie française centrée sur l’Espagne rurale a posé les bases de sa profonde influence et de l’étroite collaboration qui allait suivre. Une influence marquée surtout en ce qui concerne des aspects fondamentaux de l’histoire agraire comme l’évolution des prix et du produit agricole, et leurs mouvements conjoncturels, mais aussi la démographie et la géographie historique. En revanche, la méthodologie et les questions propres à l’histoire des mentalités ne furent introduites que très modestement.

Une décennie de rencontres et de travail en commun (1973-1982)

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Comme nous l’avons dit plus haut, au début des années 1970, en pleine montée du quantitativisme et de l’histoire sérielle comme signes d’identité de l’historiographie française, commence à se développer en Espagne un courant d’études d’histoire démographique et socio-économique du monde rural. Sous l’égide d’Antonio Eiras Roel, se déroulèrent à partir de 1973 toute une série de rencontres qui renforcèrent les liens entre les deux historiographies. La première eut lieu cette année-là à Saint-Jacques-de-Compostelle sous le titre de «1ères Journées de Méthodologie Appliquée aux Sciences Sociales » [46][46] Actas, 1975.. Une rencontre qui se déroula dans un climat de confiance totale dans le caractère scientifique de l’histoire où la rigueur équivalait à un désir de précision, en soumettant les données au calcul et à la mesure.

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Dans ces Journées, l’historiographie française joua un rôle de premier plan avec la présence d’Ernest Labrousse et Emmanuel Le Roy Ladurie (également de Pierre Goubert, rapporteur de la session de démographie) et des hispanistes B. Bennassar, J.-P. Amalric et F. Brumont. La majorité des 14 communications consacrées à l’histoire rurale se caractérisaient par l’application de la méthode sérielle, avec pour objets dominants l’évolution de la production agraire à partir des dîmes et autres variables (A. Eiras Roel, B. Barreiro Mallón, L. M. Bilbao et E. Fernández de Pinedo, Á. García Sanz). Notons aussi l’attraction pour les sources notariales (A. Eiras Roel, J. M. Pérez García), judiciaires (Yves Castan) et inquisitoriales (B. Bennassar), si utiles pour la connaissance en profondeur de la société rurale tandis qu’E. le Roy Ladurie attirait l’attention sur les révoltes et les mouvements de protestation à la campagne.

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Cette réunion donna une impulsion décisive à la Galice qui devint la région pionnière dans l’introduction systématique du modèle des monographies à la française sous la direction d’A. Eiras Roel. Pour nous donner une idée du contexte dans lequel furent élaborés ces divers travaux de recherche, l’introduction rédigée par José Manuel Pérez García pour sa thèse nous semble très suggestive. Il y reconnaissait sans ambages sa dépendance à l’égard de l’école française et ajoutait que dans l’histoire sérielle française « il avait trouvé les bases comparatives nécessaires à la connaissance historique, l’outillage méthodologique et une bonne partie des instruments pour la critique préalable des données » [47][47] Pérez García, 1979, p. 4.. Des instruments de caractère structuraliste, avec préférence pour le quantitatif, le travail en lui-même étant ordonné en trois niveaux : humain, économique, social [48][48] C’est ainsi qu’il précisait : « Nous analyserons en.... En ce qui concerne les sources, celles-ci étaient en accord avec ses méthodes et avec le traitement sériel prévu ; sources fiscales – surtout le cadastre de la Ensenada –, registres notariaux et paroissiaux constituaient pour lui la base documentaire « indispensable » pour toute analyse socio-économique locale.

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Quatre ans plus tard, en mars 1977, se déroula le séminaire dont nous avons déjà parlé, parrainé par la Fondation Juan March et présidé par Miguel Artola. Pierre Vilar fut chargé de la conférence finale, après avoir animé très activement les débats qui suivirent les vingt-quatre communications. Parmi les participants, figurait Gonzalo Anes qui, l’année précédente, avait participé au colloque de Pau où fut débattu le thème de la « question agraire ». Son rapport portait sur les crises de subsistances et l’agitation sociale au Siècle des Lumières, un siècle sur lequel il avait présenté une synthèse suggestive deux ans auparavant qui complétait l’ouvrage écrit par Antonio DomÍnguez Ortiz pour la même collection, qui portait, lui, sur les xvie et xviie siècles [49][49] Anes, 1975 ; DomÍnguez Ortiz, 1973.. Ce dernier avait déjà avait publié, en 1976, une œuvre où il offrait une vision intéressante de la mosaïque du monde rural espagnol. La réunion de la Fondation Juan March ratifia cette perspective régionale. À côté de Gonzalo Anes se trouvait, en effet, une ample représentation des différentes régions de la Péninsule avec Emili Giralt, Eva Serra i Puig, Jaume Torras et Ramón Garrabou (Catalogne), Antonio Miguel Bernal et Antonio López Ontiveros (Andalousie), Jesús García Fernández et Ángel García Sanz (Vieille-Castille), Jaime García Lombardero (Galice), Luis María Bilbao et Emiliano Fernández de Pinedo (Pays Basque), Ricardo Robledo (Salamanque), Juan José Vidal (Majorque) ou José Miguel Palop (Valence). À l’exception de Jean-Paul Le Flem, qui parla d’élevage [50][50] Le Flem, 1979., et de Pierre Vilar, le Séminaire eut un caractère hispanique marqué comme nous l’avons vu, avec la présence de quelques-uns des auteurs qui devaient marquer le développement futur de l’histoire rurale de notre pays.

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Du point de vue thématique, des aspects tels que la propriété de la terre, les formes d’exploitation, l’évolution de la production, la commercialisation et la distribution des revenus furent abordés. Les aspects sociaux furent relégués au second plan. En tout cas, le séminaire fut particulièrement intéressant par les états de la question présentés, la réflexion sur les sources, notamment sur le cadastre de la Ensenada, et sur les méthodes et les problèmes.

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Les contacts avec les historiens ruralistes français devinrent de plus en plus fréquents comme en témoigne l’importante participation d’historiens espagnols et hispanistes au second colloque organisé à Paris sur les dîmes et la production agraire en 1977, où leurs communications couvraient l’ensemble de la géographie péninsulaire [51][51] Goy et Le Roy Ladurie, 1982, p. 293-461.. C’est là que, selon G. Anes et B. Vincent, naquit l’idée de célébrer une rencontre bilatérale d’histoire rurale [52][52] Congreso…, 1984, p. 11.. Celle-ci se tint du 13 au 16 octobre 1981 à Madrid, Ségovie et Tolède. Sur les 50 travaux présentés, un tiers provenait de collègues français, parmi lesquels se trouvaient quelques-uns des principaux ruralistes déjà consacrés ou en voie de l’être : à côté de Pierre Vilar, E. Le Roy Ladurie, Jean Jacquart, Joseph Goy, Michel Morineau, Abel Poitrineau, Maurice Aymard ou Jean Nicolas. Et, bien entendu, une cohorte nourrie d’hispanistes : outre B. Bennassar, entre autres F. Brumont et J.-P. Amalric, avec des travaux portant sur la Vieille-Castille, Jean-Paul Le Flem et Jean-Paul Molénat sur la Nouvelle-Castille, Guy Lemeunier sur Murcie et Pierre Ponsot ou Michel Drain sur l’Andalousie. De leur côté, témoignant de la prolifération des études rurales dans notre pays, les communications présentées par les historiens espagnols furent nombreuses et couvrirent presque la totalité du royaume. Citons notamment A. Domínguez Ortíz, A. Eiras Roel, B. Barreiro Mallón, J. M. Pérez García, A. García Sanz, J. M. Donézar, F. Sánchez Salazar, J. M. Palop, R. Benítez, G. Colás Latorre, F. Chacón, M. Ortega, A. Moreno Almárcegui, V. Pérez Moreda ou E. LLopis Agelán. La géographie historique, si développée en France à cette époque, mérite une mention spéciale avec les communications d’Alain Huetz de Lemps, Ángel Cabo Alonso, Antonio Gil Olcina ou Rafael Mata Olmo [53][53] Depuis le début des années 1960, la géographie historique....

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L’histoire économique fut privilégiée dans ce congrès, même si l’on y aborda quelques aspects sociaux élémentaires, les questions touchant les mentalités y étant réduites à la portion congrue. En fait, tout ce qui touchait aux forces productives fut abondamment traité : le paysage et les conditions naturelles, les cultures, les techniques et les rendements, le mouvement conjoncturel et les relations population/production… De même, alors qu’il y eut très peu de travaux portant sur l’élevage, on s’intéressa beaucoup à la propriété de la terre, à sa distribution, aux types de propriété et aux contrats de cession, aux communaux, aux régime seigneurial, aux conflits, etc.

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Après une intense décennie de contacts, en 1982, se déroula, de nouveau à Saint-Jacques, le 2e Colloque de Méthodologie, consacré à la documentation notariale, élargissement en quelque sorte de l’ouvrage qui, deux ans auparavant, avait été consacré par l’université de Saint-Jacques à la Galice vue à partir des registres notariaux [54][54] Actas…, 1984 ; Eiras Roel et al., 1980.. Pour Antonio Eiras, à ce moment, la recherche espagnole avait incorporé définitivement le nouvel horizon méthodologique du traitement de ces sources, même si l’on était loin d’en avoir épuisé toutes les possibilités. À cette occasion, la moitié des travaux était espagnole et, parmi les 24 étrangers, la prépondérance française reflétait, selon A. Eiras, la position d’avant-garde tenue par les modernistes français dans ce domaine, des spécialistes qui venaient de Paris, Toulouse, Strasbourg, Lyon, Nancy, Clermont-Ferrand, Aix-en-Provence, Nice, Poitiers ou Dijon, et qui confirmaient l’inévitable régionalisation des études historiques. Il voyait dans cette présence française majoritaire une expression des liens méthodologiques et humains que l’historiographie espagnole récente a noués avec les collègues du pays voisin, une historiographie prête à prodiguer et à admettre sans crainte le vaste échange d’expériences nécessaires et fructueuses dans le monde scientifique [55][55] Actas…, 1984, vol. i, p. 15.. Bien que le thème rural soit présent dans toutes les sections du colloque, il est significatif que celle qui avait été consacrée spécifiquement au monde rural ait eu comme président Pierre Goubert et comme rapporteur Jean Jacquart, lequel aborda de manière très suggestive la question de sources notariales et de l’histoire rurale. Parmi les communicants figuraient Abel Poitrineau, Guy Cabourdin et Jean-Pierre Amalric, tandis que, chez les Espagnols, les historiens de Saint-Jacques étaient très largement dominants (cinq contre deux provenant d’autres universités).

La ligne de recherche agro-démographique se poursuivit avec le iiie Colloque de Méthodologie (1984), consacré aux relations entre l’agriculture et la population, dont les résultats furent publiés par A. Eiras Roel [56][56] Eiras Roel, 1990.. C’est cette même année que se matérialisèrent les efforts que faisaient depuis un certain nombre d’années quelques-uns des hispanistes français. En 1977, F. Brumont avait publié un premier travail qui avait été sa thèse de troisième cycle [57][57] Brumont, 1977. ; sept ans plus tard, augmenté et révisé en prenant en compte les avancées qui s’étaient produites dans les historiographies française et espagnole, il fut édité en espagnol [58][58] Id., 1984.. Bien que centré sur un petit pays, la Bureba, ce livre allait rapidement devenir une référence pour tous ceux qui se lançaient dans ce type d’études, comme pour ceux qui voulaient confronter leurs résultats aux siens. Le parcours de ce livre était finalement assez semblable à celui d’Ángel García Sanz, thèse publiée en premier lieu en 1977 et actualisée en 1986 pour devenir le modèle indiscutable de la monographie régionale [59][59] GarcÍa Sanz, 1977 et 1986.. Quant à Jean-Pierre Amalric, il ne présenta sa thèse que quelques années plus tard, en 1990, et elle est demeurée inédite [60][60] Amalric, 1990.. En direction du Sud, le travail de Jerónimo López-Salazar sur la Manche est une preuve palpable des changements qui s’étaient produits dans la manière de faire de l’histoire rurale depuis la publication de Noël Salomon [61][61] LÓpez-Salazar Pérez, 1986.. Guy Lemeunier, pour sa part, réalisait un intense et fructueux travail sur l’ancien royaume de Murcie, travail qu’il poursuit toujours aussi activement. Avec Francisco Chacón et María Teresa Pérez Picazo, il a posé les fondations d’une histoire régionale murcienne, sans en exclure la zone d’Albacete, incluse dans cet ancien royaume jusqu’en 1833[62][62] ChacÓn, Pérez Picazo et Lemeunier, 1979 ; Pérez Picazo....

Encore plus au sud, Bernard Vincent a joué un rôle semblable en ce qui concerne l’histoire de Grenade. Suivant les travaux de Domínguez Ortiz, non seulement il approfondit la question des morisques et d’autres groupes marginalisés, mais il se lança aussi dans l’étude d’autres aspects de l’économie et de la société de cet ancien royaume [63][63] Vincent, 1980-81. Voir aussi Vincent, 1985 (recueil.... À l’autre extrémité de l’Andalousie, Pierre Ponsot contribua aussi aux avancées de l’histoire régionale en publiant en 1986 son Atlas… de la Basse-Andalousie, fruit de ses recherches d’histoire agraire et démographique sur la région de Cordoue [64][64] Ponsot, 1986..

Deux ans plus tard, en 1988, au congrès international « Carlos III y su siglo », B. Bennassar confirmait « l’interpénétration impressionnante » entre les deux historiographies et, de fait, en ce qui concerne l’histoire rurale, était une réalité évidente. Après plus de deux décennies de rapprochements et de contacts intenses favorisés par la participation à congrès et séminaires – organisés pour la plupart, ne l’oublions pas, grâce à l’action des hispanistes français –, les relations entre les ruralistes des deux côtés des Pyrénées atteignirent une grande fluidité et, comme on le voit aujourd’hui, sont marqués par la connaissance mutuelle des deux historiographies. Cependant, comme nous le verrons tout à l’heure, la fin des années 1980 fut une période difficile pour l’histoire rurale et le renouvellement des générations. Le niveau de relation et de collaboration atteint jusqu’alors ne se retrouvera plus. Concrètement, au sein de l’hispanisme, la présence des ruralistes sera bien souvent symbolique dans les revues et les rencontres scientifiques.

Vers l’internationalisation

Un terrain fertile, mais peu exploité

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Après les efforts réalisés depuis le début des années 1970, la bibliographie disponible sur le monde rural espagnol à l’époque moderne est impressionnante. Grâce essentiellement au modèle de la monographie régionale, nous pouvons observer les variations entre les territoires : coutumes, lois, cadre normatif, conjonctures démographiques et économiques, etc. [65][65] Pour citer certains auteurs, il suffit de signaler.... Selon P. Saavedra, avant 1990, la Galice, le Pays Basque, la Vieille-Castille et le Léon, l’Estrémadure, la Manche, Murcie Valence et la Catalogne avaient été les régions les mieux étudiées, alors que l’Andalousie, la Rioja ou l’Aragon avaient été relativement délaissées, faute justement de monographies [66][66] Saavedra, 2003, p. 326..

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Nombreuses sont les publications qui portent comme titre générique « économie et société » dans les années 1970-80. Mais il faut rappeler ici qu’il y avait à ce moment-là une véritable obsession pour la vieille question de la terre qui avait déjà été abordée pour l’époque des Habsbourg par Carmelo Viñas y Mey en 1941[67][67] Viñas y Mey, 1941.. Mais, alors, c’est surtout le Siècle des Lumières qui intéresse les chercheurs ainsi que les problèmes de rupture et de continuité par rapport au xixe siècle, ce qui contribua sans doute à centrer les études des modernistes sur le xviiie, tandis que se multipliaient les travaux suscités par la commémoration du iiie centenaire de la mort de Charles III (1988).

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Cet engouement pour l’étude de la terre provient, entre autres causes, de la réactivation du débat sur la transition du féodalisme au capitalisme dans le contexte de la transition politique espagnole, de l’influence féconde de Pierre Vilar et de l’accueil favorable fait aux idées du marxisme, des apports des historiens du droit comme Bartolomé Clavero ou de publications comme celles de Miguel Artola sur la crise de l’Ancien Régime [68][68] Clavero, 1974 ; Artola, 1978.. Au début des années 1980 ont proliféré les travaux sur le sujet comme le montrent les titres de plusieurs des ouvrages publiés à ce moment-là [69][69] Il me suffit d’en citer quelques-uns : M. Bernal (1979).... En Catalogne et Pays valencien, où dominaient encore avec vigueur les normes édictées par Pierre Vilar, l’attrait pour la question de la seigneurie avait produit une avalanche de monographies qui, sans parler d’autres travaux consacrés à la Castille, contredisaient l’affirmation de Jean-Pierre Amalric qui prétendait que la seigneurie espagnole était une grande inconnue [70][70] Amalric, 1984, p. 711. Pour la Catalogne, nous pouvons.... Par ailleurs, en 1985, paraissait l’œuvre collective L’Exploitation des grands domaines… publiée par le cnrs et coordonnée par ce même Jean-Pierre Amalric et Pierre Ponsot [71][71] Amalric et Ponsot, 1985..

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Après une période de présence française intense, la maturité de l’historiographie ruraliste espagnole allait se manifester par l’organisation de rencontres scientifiques de haut niveau à partir du milieu des années 1980. C’est ainsi qu’un Symposium international d’histoire rurale réunit, fin 1988, à Saint-Jacques de Compostelle une trentaine de spécialistes espagnols originaires de différentes régions et disciplines [72][72] Saavedra et Villares, 1991.. À l’occasion du troisième centenaire de la mort de Charles III eut lieu la même année, à Ségovie, un séminaire intitulé Agriculture et Lumières en Espagne[73][73] Estructuras agrarias…, 1989.. Le colloque international, déjà cité, Charles III et son siècle, quoique plus général, eut aussi son lot de communications sur le monde rural [74][74] Coloquio…, 1990.. Dans tous ces événements, la participation des hispanistes fut nulle ou symbolique [75][75] Aucun hispaniste ne participa au colloque de Saint-Jacques,... et ils n’apparaissent pas non plus dans les différents congrès de l’Association d’Histoire Agraire qui se tiennent depuis 1987, pas plus qu’ils ne figurent parmi les très nombreux participants qui assistèrent à la session monographique consacrée au monde rural lors de la viie Réunion Scientifique de la Fondation Espagnole d’Histoire Moderne qui se déroula à Ciudad-Real en 2002[76][76] Aranda Pérez, 2004..

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Selon Erik Thoen,

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« l’histoire rurale française a perdu de son importance dans les recherches et de son rayonnement à l’étranger plus ou moins parallèlement à la chute de la popularité de l’histoire quantitative… pendant les années 1980[77][77] Thoen, 1995, p. 33, un intéressant article, mais dans.... »

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Cette histoire, malgré son caractère régional, reste tout de même macroéconomique. Le recul est particulièrement visible en Catalogne, une des régions où l’influence de l’historiographie rurale française s’était exercée de façon très directe. Si durant les trois dernières décennies, le principaux thèmes qui avaient été privilégiés étaient en relation avec l’histoire agraire ou rurale (poids de la seigneurie, conflictualité à la campagne, différenciation sociale et spécialisation agraire), à la fin des années 1990, la situation avait changé. Les données apportées par Patrice Poujade sont éloquentes : entre autres indicateurs, il compare les articles publiés dans une revue aussi emblématique dans ce domaine que Recerques entre 1975-79 et 1999-2003, faisant apparaître que, pour l’époque moderne, un tiers d’entre eux était consacré à l’histoire rurale dans la première période et 3 % dans la seconde. En revanche, la part de l’histoire culturelle passait de 10 à 50 % pendant le même laps de temps [78][78] Poujade, 2005, p. 65..

En tout cas, l’importance des monographies régionales et les apports des hispanistes français sont encore bien visibles quand il s’agit de faire un essai de synthèse, et ce, aussi bien dans celles qui sont destinée, aux lecteurs français, écrites par des hispanistes comme B. Bennassar ou J.-P. Amalric [79][79] Bennassar, 2001 ; Amalric et Domergue, 2001 ; ces deux..., que dans celles qui s’adressent aux Espagnols, comme l’excellent travail d’Alberto Marcos Martín [80][80] Marcos MartÍn, 2000 ; il s’agit d’une œuvre volumineuse,.... Et dans l’avenir ? Les pages de la revue Historia agraria (publiée d’abord sous le nom de Noticiario d’Historia Agraria en 1991) confirment la faible présence de l’hispanisme français à l’heure actuelle aucun article n’y ayant été publié ; on aurait aussi du mal à trouver des travaux significatifs dans l’excellente et très détaillée recension bibliographique annuelle sur l’histoire rurale de notre pays, coordonnée jusqu’à ces derniers temps dans cette revue par Juan Francisco Zambrana. Par chance, un certain contact a été maintenu avec l’historiographie rurale française moderniste grâce à de brefs états de la question qui y ont été publiés [81][81] Nous ne pouvons signaler que deux travaux, l’un pour... ou aux comptes rendus d’ouvrages parus en France [82][82] Sur cet aspect, il faut souligner l’effort réalisé..., mais surtout à l’intérieur d’un projet plus vaste d’échanges scientifiques avec d’autres historiographies européennes et latino-américaines (Italie, Angleterre, Allemagne, Argentine, etc.). Mais le panorama est similaire en ce qui concerne la présence de l’Espagne rurale en France, un peu plus positif toutefois : si nous feuilletons une revue analogue, comme Histoire et Sociétés Rurales, nous ne trouverons que quelques articles de ruralistes espagnols comme José-Manuel Pérez García, Pegerto Saavedra, Hortensio Sobrado ou Llorenç Ferrer i Alós [83][83] Pérez GarcÍa, 1997 et 2003 ; Saavedra, 1999 ; Sobrado.... Curieusement, des auteurs provenant de deux des régions pionnières pour la diffusion de l’historiographie rurale française, la Galice et le Catalogne. Enfin, depuis que les Mélanges de la Casa de Velázquez publièrent, en 1992 et 1993, deux numéros consacrés aux communautés rurales dans l’Espagne moderne, l’histoire rurale a presque disparu de leurs pages [84][84] Á côté de D. Vassberg et des hispanistes F. Brumont....

En définitive, comme le montre à l’évidence la revue Historia Agraria, à partir des années 1990, le processus de maturation et d’internationalisation de l’historiographie rurale espagnole est une réalité incontestable, un processus dans lequel la France a cessé d’être la référence privilégiée.

Un défi à relever : la comparaison

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Comme nous venons de le montrer, à partir des années 1960, en France comme en Espagne – avec un certain retard – on a produit une énorme bibliographie suite au très grand développement des études d’histoire rurale sur une époque comme l’âge moderne où les paysans étaient partout. Malgré tout, alors qu’il s’agissait d’un thème adapté aux études comparatives, il semble que les historiens aient été plus attirés par l’originalité des situations sur les deux rives de la Manche plutôt que sur les deux versants des Pyrénées. Les travaux récemment réunis par Gérard Béaur, Nadine Vivier, l’ouvrage collectif dirigé par Serge Bianchi ou le guide bibliographique déjà cité de J.-M. Moriceau, en sont des preuves manifestes [85][85] Beaur, 1998 ; Bianchi et al., 1999 ; Vivier, 2005.....

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La question de la terre et de sa possession a été un des thèmes fondamentaux quand il s’est agi d’offrir des explications globales à l’évolution historique. La longue polémique autour de la transition du féodalisme au capitalisme – qui n’intéresse guère les nouvelles générations d’historiens – a mis cet aspect au premier plan. Comme nous pouvons le voir dans ce que l’on appelle le débat Brenner, la comparaison entre les situations anglaise et française a été utilisée de préférence pour comprendre les voies différentes vers le triomphe du capitalisme [86][86] Ashton et Philpin, 1985 ; voir aussi une synthèse récente.... Une comparaison qui, traditionnellement, désignait le modèle français comme peu propice à un rapide progrès vers l’agriculture capitaliste à cause de la domination de la petite propriété paysanne qui constituait un frein à son développement. Ainsi, la France aurait incarné une voie lente vers la modernisation avec une faible productivité et le maintien de coutumes ancestrales qui auraient retardé le triomphe de l’industrialisation. La polémique a stimulé l’intérêt pour la comparaison des trajectoires historiques des deux pays.

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Au même moment paraissait un ouvrage qui aurait dû développer systématiquement les comparaisons puisque chacun des trois auteurs avait à traiter ensemble plusieurs régions européennes : Annie Antoine, la France nord-occidentale et l’Angleterre, Jean-Michel Boehler, la France orientale, l’Allemagne et les Pays-Bas, Francis Brumont, la France méridionale, l’Italie et la Péninsule ibérique [87][87] Antoine, Boehler et Brumont, 2000.. Mais, dans l’ensemble, comme en ce qui concerne les ouvrages que nous avons cités plus haut (France et Grande-Bretagne), il s’agit dans ce manuel plus de juxtaposition des situations locales que de véritable comparaison. Les travaux portant sur les agricultures française et anglaise étaient issus d’une question mise au concours de recrutement des professeurs du secondaire. Quelques années plus tard, une autre question portant sur les sociétés de ces mêmes pays auxquels on avait ajouté l’Espagne aurait pu ouvrir la voie à des comparaisons fécondes, notamment en ce qui concerne les sociétés rurales [88][88] Parmi les manuels parus à cette occasion, citons Cassan,.... Mais il n’en fut rien comme le montre la lecture des manuels parus à cette occasion, le juxtaposition étant de nouveau la règle, sauf exception, comme le travail de F. Brumont portant sur les élites paysannes, où il s’attache à déterminer, ce qui, au-delà des frontières, distingue ces élites de la masse des ruraux [89][89] Brumont, 2007..

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Erik Thoen rappelait, en 1995, que « dans les recherches futures, le comparatisme au-delà des frontières des États devra être mené avec vigueur » [90][90] Thoen, 1995, p. 35.. Et, déjà, en 1931, le maître Marc Bloch insistait sur l’importance de la comparaison de la situation française avec d’autres cas européens. Cinquante ans après, Pierre Vilar, dans ses conclusions au congrès hispano-français de 1981, insistait encore tout particulièrement sur la nécessité de promouvoir l’histoire comparée des campagnes française et espagnole Mais seule une quantité suffisante de comparaisons permettrait d’atteindre des conclusions généralisables ; or, dans ce congrès comme dans d’autres, « les Espagnols ont parlé de l’Espagne, et les Français de la France », remarquait P. Vilar, qui, en outre, regrettait profondément que, si des historiens français s’intéressaient à l’histoire de l’Espagne, la réciproque n’était pas vrai : « Pourquoi, ajoutait-il, les jeunes Espagnols qui décident de se consacrer à l’histoire et de travailler en France […] ne choisissent-ils pas des sujets français ? » [91][91] Vilar, 1984, p. 851.. Et même dans les thèmes sur lesquels la recherche espagnole avait le plus avancé, comme la production, il manquait une comparaison systématique avec les régions françaises et P. Vilar de suggérer une nouvelle rencontre pour

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« voir rapprocher nord-ouest espagnol et sud-ouest français pour le maïs, Jérez et Bordeaux pour le vin, Albufera et Camargue pour le riz, Provence et Castille pour la garance et poser pour la France le problème du choix entre le bœuf et la mule [92][92] Ibid., p. 866.. »

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Et dans la même direction, il plaidait pour l’établissement d’une chronologie comparée des échanges ville/campagne pour éclairer les particularités de chaque pays.

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Le seul travail présenté à ce congrès qui utilisât de façon claire la comparaison entre cas français et cas espagnol fut celui d’Abel Poitrineau. Il défendait, dans son travail sur l’Auvergne et la Galice, l’existence d’un modèle d’économie montagnarde dans les sociétés paysannes traditionnelles d’Europe occidentale, ce que confirmait sa comparaison entre ces deux régions [93][93] Poitrineau, 1984. D’autres réunions scientifiques franco-espagnoles.... Cet appel à s’intéresser aux zones de montagne était plus que nécessaire mais eut peu d’écho. La force des stéréotypes sur les sociétés montagnardes est inversement proportionnelle à l’intérêt manifesté par les historiens. Peut-être l’image qu’elle véhicule de son insignifiance historique provient de Fernand Braudel : pour lui, les montagnes ne représentaient rien de plus que de l’immobilisme, de véritables îlots en marge de la civilisation et de l’histoire. Éloignées des villes, des grandes voies de communication, leurs conditions naturelles, peu favorables à la culture ou à la commercialisation de la production, ont sans doute marqué leur avenir.

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Il est certain qu’il faut bien parler « d’adaptation au milieu » en ce qui les concerne, mais, pour nous, on n’a pas porté assez d’attention à ce qui nous paraît plus important : l’adaptation du milieu à un modèle [94][94] GarcÍa GonzÁlez, 2000.. L’organisation et l’exploitation du territoire reposaient sur des structures sociales et de domination déterminées. Le milieu physique influait sur les possibilités d’exploiter ces terres, mais leur orientation spécifique était marquée par la structure de la propriété. Effectivement, les difficultés causées par un relief accidenté, par l’altitude et l’isolement, par les pentes et les dénivelés, par une climatologie extrême et une période végétative plus courte qu’ailleurs, ont obligé à adopter des réponses dures pour s’adapter à ces circonstances. Cependant, nous ne devons pas ignorer l’existence d’une structure sociale au travers de laquelle ces conditions exercent leur influence. Pierre de Saint-Jacob avait déjà signalé que, s’agissant de la possession du sol, les conditions sociales influaient plus que les naturelles et, pour Pierre Vilar, la nature offre peu ou beaucoup, mais la technique et la société importent beaucoup plus [95][95] Saint Jacob, 1960 ; Vilar, 1984, p. 865. Pour développer....

Même si les références aux travaux français sont une constante dans les études sur la société rurale espagnole à l’époque moderne [96][96] Même si l’importance de ces références a tendance à..., les publications où l’on cherche la comparaison systématique et à approfondir similitudes et différences sont rares. Dans ce sens, il convient de souligner les réflexions de Bartolomé Bennassar à partir du modèle étudié par Jean Jacquart pour l’Île-de-France qu’il compare à la situation de diverses régions espagnoles, en particulier à la Castille et au Léon des xvie et xviie siècles [97][97] Bennassar, 1994.. En apparence, le modèle de société rurale de cette région est proche de celui qui avait été défini pour les campagnes parisiennes : coïncidence dans l’extrême inégalité des fortunes paysannes, protagonisme indiscutable de la communauté rurale, disparition progressive de la propriété paysanne au fur et à mesure que l’on s’approche d’une métropole, forte endogamie locale et sociale, etc. Et la situation du paysannat de Vieille-Castille pourrait même sembler plus favorable puisqu’il possédait la terre dans une plus large proportion et bénéficiait d’une plus grande indépendance vis-à-vis du régime seigneurial, à cause de sa nature exclusivement juridictionnelle et de la faiblesse des propriétés seigneuriales. Cependant, malgré les apparences, le paysan castillan n’avait finalement que peu de possibilités d’ascension sociale et était très vulnérable aux crises. Le groupe des riches laboureurs étant peu nombreux, les autres devaient arrondir leurs revenus avec l’exploitation de terres affermées, surtout au clergé, dont les propriétés étaient plus étendues que celles de la noblesse, mais à un prix assez élevé [98][98] Bennassar, 1994, p. 92, allègue les exemples de Ségovie.... Par ailleurs, le fermier receveur, intermédiaire essentiel dans la région parisienne, était presque inconnu en Castille. Comme l’avait déjà signalé Pierre Vilar au congrès de 1981, les études sur les types d’exploitation n’avaient pas permis de distinguer, en Espagne, une catégorie qui lui soit comparable [99][99] Vilar, 1984, p. 863-864.. Et si la gestion de la seigneurie par les laboureurs les plus habiles fut la voie la plus utilisée pour la mobilité sociale, il faut bien constater qu’en Espagne il n’existait pas les mêmes possibilités, pas plus que n’existaient les différents offices dépendant de la Monarchie qui servirent de tremplin aux laboureurs d’Île-de-France.

Quoi qu’il en soit, B. Bennassar pensait pouvoir tirer quelques conclusions de la comparaison des modèles parisien, galicien, castillan et catalan, en particulier le rôle essentiel joué par la rente foncière :

« Le poids très lourd de ce prélèvement condamne les paysanneries des zones de grande culture céréalière à la paupérisation (Île-de-France) et au laminage des catégories intermédiaires ou à l’immobilisme dans la médiocrité (Vieille-Castille), au bénéfice des privilégiés et de quelques fermiers capitalistes. La faiblesse de cette rente autorise soit une accumulation paysanne riche d’avenir (Catalogne), soit une poussée démographique insolite, génératrice d’une future diaspora [100][100] Ce qui sera le cas de la Galice : Bennassar, 1994,.... »

Des monographies régionales à la microanalyse

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Grâce à l’expérience accumulée avec les monographies régionales à la française dans les années 1970 et 1980, les études, comme en France, purent atteindre un degré de maturité et de complexité plus élevé et, rapidement, on put combiner des méthodes aussi précises et concrètes que les quantitatives avec celles, plus qualitatives, de l’antrhropologie et des autres sciences sociales. Dans cette perspective, le milieu local offrait les possibilités les meilleures pour le développement et la pratique de nouveaux points de vue. La réception toujours plus aisée d’expériences étrangères similaires, comme la local history anglaise ou la microstoria italienne, contribua à leur popularité. Et, bien entendu, l’anthropologie historique française. Cette influence plus diversifiée contribua à une nouvelle façon de pratiquer l’histoire locale. Alors, dans une claire orientation interdisciplinaire, le cadre spatial de référence n’est plus qu’un prétexte pour étudier des questions plus générales et de caractère théorique.

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Considéré, selon Ignasi Terradas, comme une sorte de test de vie [101][101] Terradas, 1991, p. 167. Il s’agit d’une direction de..., comme une preuve d’authenticité vivifiante de l’histoire générale qui faisait contamment le trajet entre les structures et la vie, ce nouveau type d’histoire locale, en se concentrant sur de petits univers spatio-temporels, permet à l’historien d’observer, comme en microbiologie, de petites interactions et de petites structures et d’examiner leur fonctionnement [102][102] Zemon Davis, 1991, p. 179..

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Pour comprendre les mécanismes sociaux, face au modèle plus traditionnel des monographies rurales, on se dirigea vers des études de communautés en utilisant la microanalyse pour capter la dynamique interne de la société. Ce ne fut pas sans utilité car l’orientation macroéconomique des recherches pouvait entraîner la tentation de considérer l’espace étudié comme un écosystème agraire autonome et indépendant, où l’homme était en réalité plus un objet qu’un sujet. Un modèle agrodémographique de recherche qui, porté à ses ultimes conséquences, impliquerait que même l’histoire économique et sociale n’était qu’un dérivé direct de l’histoire démographique. La double évolution des fluctuations de la population et des ressources était considérée comme le modèle explicatif de l’évolution historique, une vision mécaniste qui réduisait la trame historique à l’existence d’un écosystème implacable, mais, bien sûr, aisément quantifiable. Nous pouvons trouver quelques exemples de cette attitude parmi les défenseurs du néomalthusianisme, à la tête desquels se trouvent des auteurs tels qu’E. Le Roy Ladurie ou P. Chaunu. Il est logique donc que l’histoire rurale française perde de son importance et de son influence à l’étranger durant les années 1980, parallèlement à la chute de la baisse de popularité de l’histoire quantitative. Sans négliger une certaine « saturation » de ce type d’approche trop globale, une autre cause serait son absence de renouvellement, voire la faiblesse du cadre théorique et explicatif [103][103] Thoen, 1995, p. 35..

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Nous pouvons déceler un symptôme du changement d’orientation qui s’est produit durant les dernières années dans le traitement des sources. Un des premiers tenants et propagandistes de la monographie à la française, José-Manuel Pérez García, peut nous en fournir un exemple. Vers 1975, pour son étude sur la Lanzada, il sélectionna un certain nombre d’actes notariés qui lui semblaient les plus « expressifs » pour le type de recherches qu’il entendait mener : inventaires, partages, procurations des communautés, tutelles, sous-acensements, cens et affermages, alors que, pour les autres actes tels que testaments, achats, dots, rentes, protestations etc., il se contentait de recueillir des échantillons. Il leur appliquait alors la méthodologie typique de l’histoire sérielle [104][104] Pérez garcÍa, 1979.. À la fin des années 1990, une analyse de type qualitatif lui paraissait obligatoire comme le montre son étude sur la vallée de l’Esla (Léon) [105][105] Pérez garcÍa, 1997a et 1997b.. À côté de l’histoire à grands traits, l’histoire des structures, anonyme et collective, l’histoire individuelle y concentre une grande partie des efforts et de l’intérêt grâce au recours à la généalogie, aux trajectoires personnelles, à l’étude des réseaux. Parce que, ce qui importe ce sont les relations entre les individus et les groupes, comme de comprendre et d’expliquer les stratégies complexes qui les inspirent.

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Et ce justement aussi alors que – en grande partie sous l’influence de l’anthropologie sociale – les historiens commençaient à prêter une plus grande attention à la famille en tant qu’instrument d’analyse pour comprendre les bases sociales qui configuraient, soutenaient et maintenaient les différents systèmes agraires. Ainsi, la préoccupation, à partir de ce moment-là, pour des aspects comme l’organisation familiale, les pratiques successorales, la parenté ou les systèmes d’alliances en relation avec la propriété et l’exploitation de la terre, se traduisit-elle par un changement de perspective qui, s’ajoutant aux énormes progrès réalisés par la démographie historique dans la connaissance des groupes domestiques, permit le développement d’un autre type d’études d’histoire rurale.

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Personne ne conteste que les grands progrès réalisés durant presque quatre décennies dans la connaissance des aspects démographiques et économiques (milieu écologique, types et techniques de cultures, rendements, formes d’exploitation, évolution de la production, commercialisation, distribution des revenus) sont indispensables pour n’importe quelle analyse sociale. Cependant, il semble que la différence entre l’agraire et le rural n’a pas toujours été claire. Car, alors que le second terme englobe le premier, les études sur la société rurale sont très inférieures aux travaux d’histoire agraire. Sur ce point, comme le signale opportunément J. Fontana, si dans le domaine de l’histoire agraire, se sont produites de nombreuses avancées, « il s’est produit un certain oubli de leur trame sociale, un domaine dans lequel nous continuons à nous appuyer sur des lieux communs dépassés » [106][106] Fontana, Josep, « La trama social de la historia agraria.... À notre avis, si le développement de l’histoire rurale fut parallèle, comme nous l’avons dit, à la consolidation de la démographie historique et des études d’histoire économique, les symptômes du changement dans la façon d’aborder la société rurale et le paysannat sont à mettre en relation avec les perspectives rénovatrices qui s’ouvrent avec les voies nouvelles qu’emprunte l’histoire de la famille [107][107] Pour approfondir ces questions, voir GarcÍa GonzÁlez,....

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Même si dans l’évolution de l’histoire de la famille dans notre pays, l’influence ne fut pas seulement française à son origine et lors de son développement, elle fut très présente. En témoigne Francisco Chacón, un de ses principaux promoteurs de Murcie, à travers son séminaire « Famille et Élite de pouvoir », qui reconnaît sa dette envers la Maison des Sciences de l’Homme et son secrétaire général, Maurice Aymard, pour l’invitation reçue en novembre 1985 à y approfondir ses connaissances sur l’histoire de la famille [108][108] ChacÓn Jiménez, 1987, p. 13.. Et, de fait, parmi les nombreux participants, tant espagnols qu’étrangers, au séminaire murcien, la représentation française a toujours été significative [109][109] ChacÓn Jiménez et HernÁndez Franco, 2007, p. 39-42.... Il n’est pas non plus innocent que cette histoire de la famille se soit implantée dès le début dans les régions qui avaient entretenu de longues et étroites relations avec l’historiographie française comme la Galice (C. Fernández Cortizo, J. M. Pérez García, I. Dubert, O. Rey Castelao) ou l’ensemble catalano-aragonais (LL. Ferrer i Alós, I. Moll Blanes, M. Ardit), des territoires où, curieusement, le modèle de la monographie régionale avait été très développé [110][110] Pour un état plus étendu de la question, GarcÍa GonzÁlez,....

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La France reste une référence historiographique fondamentale quand il s’agit de faire de l’histoire de la famille de l’Espagne rurale. Concrètement, plus que pour l’histoire du foyer dont la méthodologie avait été établie par Peter Laslett et le Groupe de Cambridge, son influence se fit particulièrement sentir sur tout ce qui concerne la mariage et l’héritage. Face au quantitativisme dominant, par le biais de l’intérêt pour l’histoire des systèmes de succession, se fit jour une orientation de caractère plus culturel et qualitatif, une ligne qui permit d’ouvrir la voie à l’interdisciplinarité si désirée et qui ouvre aujourd’hui d’excellentes perspectives. Isac Chiva et Joseph Goy représentent mieux que personne cette fructueuse relation entre historiens et anthropologues. Ensemble ou séparément, leurs séminaires se sont convertis en des espaces de rencontre et de collaboration. Nous y retrouvons quelques-uns des noms les plus significatifs dans l’histoire de la famille paysanne (Martine Ségalen, Françoise Zonabend, Alain Collomp, Rolande Bonnain, Antoinette Fauve-Chamoux, Gérard Béaur, Bernard Dérouet, etc.), un groupe important dont, sans aucun doute, il faut détacher André Burguière [111][111] Bourdelais et Gourdon, 2000..

En Espagne, en ayant comme référence beaucoup de ces auteurs, les hispanistes furent également présents dans le développement de cette ligne de recherche. Le peu d’intérêt prêté à la dimension la plus démographique de la famille avec la méthode de reconstruction de Louis Henry contraste avec l’abondance du recours à la généalogie et à l’analyse des réseaux sociaux. Quelques œuvres significatives sont apparues au cours des dernières décennies : au livre pionnier de François Héran sur la bourgeoisie agraire sévillane avec l’exemple de la famille Vázquez, il faut ajouter, au début des années 1990, celui de Francis Brumont sur l’oligarchie castillane à travers le cas de la ville de Fuentes de Nava et, dans les années 2000, le travail de Marie-Catherine Barbazza sur Pozuelo de Alarcón (province de Madrid) [112][112] Héran, 1980 et 1989 ; Brumont, 1993 ; Barbazza, 2000.... Depuis Montpellier, M.-C. Barbazza maintient d’étroites relations avec d’autres groupes espagnols, comme il ressort clairement de sa participation à l’ouvrage Tierra y familia[113][113] Sur ses contacts avec le Séminaire « Famille et Élite..., ou en organisant des colloques de grande ampleur comme celui qui se tint à l’université de Montpellier en 2000 sur Familles, Pouvoirs, Solidarités. Et précisément, à ce congrés, ont été entendues de nombreuses contributions, les unes sur des cas français (É. Pélaquier, A. Jouanna), d’autres émanant d’équipes espagnoles, comme celles de Valladolid (Máximo García) et d’Estrémadure (I. Testón, J. P. Blanco Carrasco, Rocío Sánchez) et d’autres, la majorité, sur des thèmes espagnols par des auteurs français (G. Lemeunier, G. Salinero, R. Chaulet, V. Parello, C. Couderc, N. Noyaret, etc.). Parmi ces interventions, il convient de détacher celles qui furent consacrées aux morisques et celles qui s’appuyaient sur des sources littéraires.

Le recours à la microanalyse ne doit pas être considéré, cependant, comme une nouveauté absolue pour les historiens, mais l’étude des relations sociales au sein de la paysannerie avec ces nouvelles perspectives est encore peu développée. Et, en outre, quand les historiens s’y sont intéressés, ce sont essentiellement les groupes privilégiés qui ont fait l’objet d’études.

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Il y a peu, Gérard Béaur réfléchissait sur les nouvelles façons d’aborder l’étude sociale à la campagne [114][114] Béaur, 1999.. Pour lui, à une époque d’incertitude méthodologique dérivée de la mise en question des grands paradigmes historiographiques, il n’est pas difficile de se laisser porter par la nouveauté sans aucune attitude critique. Ou pire encore, se laisser entraîner par les aspects les plus superficiels de pratiques historiographiques qui, comme la microhistoire, ont un potentiel plus important que ce que montrent de nombreux travaux étiquetés sous ce label. Des travaux qui n’ont pas compris la portée de ses principes et se sont simplement contentés de réduire leur échelle d’observation pour poursuivre des études traditionnelles d’histoire locale. Nous sommes également d’accord avec cet auteur quand il nous rappelle que les enseignements de cette façon de faire de l’histoire qui permettait d’établir le cadre structurel, le contexte dans lequel des groupes et des individus tissaient leurs liens et déployaient leurs stratégies de reproduction sociale, demeurent encore valables. Un aspect que l’insistance sur le microanalytique tend à faire oublier. Nous revendiquons aussi le maître hispaniste, Pierre Vilar, qui, en 1957, pariait sur la combinaison de l’étude globale et de l’étude microscopique en profondeur pour situer les problèmes dans le cadre des structures et pour revenir ensuite, avec la microanalyse « près de la vie, en contact avec elle ». Et, suivant son exemple, nous pensons aussi que c’est le moment d’intensifier à nouveau la collaboration et les échanges scientifiques entre l’histoire rurale française rénovée et l’espagnole pour promouvoir les travaux d’histoire comparée, encore à réaliser. Et, pour atteindre cet objectif, il ne fait pas de doute que la Sociedad Española de Historia Agraria comme la Société d’Histoire des Sociétés Rurales pourraient jouer un rôle fondamental en développant les rencontres bilatérales entre historiens des deux côtés des Pyrénées.


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Notes

[1]

Un excellent bilan dans le numéro monographique de la revue Studia Histórica. Historia moderna (Saavedra, coord., 2007, p. 23-275) où se trouve un état de la question à l’échelle régionale réalisé par des experts de la taille de Ardit, 2007 ; Pérez García, 2007 ; Rubio Pérez, 2007 ; Cortés Peña, 2007 ; et López-Salazar Pérez, 2007. Tous ces articles sont disponibles sur le site http://dialnet.unirioja.es.

[2]

Bloch, 1931 ; sur sa vie et son œuvre, voir, par exemple, Fink, 1997, p. 124-125 de l’éd. espagnole (Valence, 2004) et Le Roy Ladurie, in Bloch, 2002.

[3]

Jacquart, 1995, p. 19.

[4]

Sur Braudel et sa trajectoire intellectuelle, voir, par exemple, Aguirre Rojas, 1994, le dossier de la revue Manuscrits, (Aguirre Rojas,1996) ou Aymard, 2002.

[5]

Jollet, 1999, p. 105.

[6]

Dupâquier, 1956 ; Goubert, 1960 ; Le Roy Ladurie, 1966 ; Jacquart, 1974. La liste pourrait être allongée avec des travaux comme ceux de Pierre de Saint-Jacob, 1960 ou de René Baehrel, 1961.

[7]

Vilar, 1962 ; Salomon, 1964 ; Bennassar, 1967.

[8]

Chiva et Rambaud, 1972.

[9]

Le Roy Ladurie, 1973, p. 139-298.

[10]

Dans une perspective plus générale a été publié à la même époque par Jacques Le Goff et Pierre Nora, Faire de l’histoire (Paris, Gallimard, 1974), un ouvrage qui rappelle l’ambitieux projet de systématisation des théories et des méthodes apparu quelque dix ans plus tôt sous la direction de Charles Samaran, L’Histoire et ses méthodes (Paris, Gallimard, 1961). Quatre ans plus tard, paraît La Nouvelle Histoire, dirigée par J. Le Goff, avec Roger Chartier et Jacques Revel.

[11]

Duby et Wallon, 1975.

[12]

Hernández Sandoica, 2004, p. 298.

[13]

Le Roy Ladurie, 1975.

[14]

Chaunu, 1978, p. 328 de l’édition espagnole (Mexico, 1987).

[15]

Lepetit, 1995, p. 11.

[16]

Jacquart, 1995, p. 24.

[17]

Dosse, 1987. Pour une étude détaillée et actuelle de l’historiographie française, Delacroix et al., 2007, où sont analysés l’apogée de l’histoire sociale « à la française » à partir du binôme Labrousse-Braudel, l’expansion et la fragmentation avec la « nouvelle histoire » et la prétendue « crise » des années 1980 et 1990.

[18]

Béaur, 1992, p. 67.

[19]

Brunel et Moriceau, 1995.

[20]

Moriceau, 1999.

[21]

Pellistrandi, 2002.

[22]

Vilar, 1962 ; Salomon, 1964 ; Bennassar, 1967.

[23]

Pour un bilan récent sur sa production prolifique et sa trajectoire intellectuelle, voir Cohen et al., 2006, où l’on trouvera, en outre, une longue liste de ses publications, qu’elles soient en relation avec le monde rural ou avec d’autres thèmes, à laquelle nous renvoyons (p. 307-315).

[24]

C’est surtout à partir de son œuvre Crecimiento y desarollo (Vilar, 1964) que ses propositions dans une perspective marxiste eurent une grande influence sur les historiens espagnols.

[25]

Vilar, 1979, p. 378-379.

[26]

Congreso de Historia Rural, 1984, p. 852.

[27]

Ibid.

[28]

Comme le rappelle Fontana, in Fernández, 1985, p. 13, citant une lettre qui lui avait été adressée par P. Vilar.

[29]

Vilar, 1962, p. 25.

[30]

Anes, 1970 ; et Nadal, 1966.

[31]

Poujade, 2005.

[32]

Fontana, in Fernandez, 1985, p. 14.

[33]

Bennassar, 1990.

[34]

Salomon, 1964.

[35]

Enquêtes sous forme de questionnaire réalisées vers 1575, couvrant l’ensemble de la Nouvelle Castille et publiées sous ce titre par Viñas y Mey (Viñas y Paz, 1949-1971).

[36]

Brumont, 1977 et 1984. Les Expedientes de Hacienda sont une série d’enquêtes fiscales très détaillées, couvrant l’ensemble du royaume de Castille pour les années 1557-61, 1579-86 et 1590-97.

[37]

Bennassar, 1967.

[38]

Ibid., p. 8-12.

[39]

Bennassar, 1967, p. 589-592 (Carande, 1943-1949, Viñas y Mey, 1942, DomÍnguez Ortiz, 1963). L’histoire rurale a toujours présenté un attrait pour les hispanistes français (Defourneaux, 1957).

[40]

Anes et Le Flem, 1965.

[41]

Le Flem, 1972.

[42]

Drain et Le Flem, 1966 ; Ponsot, 1969. Sur les morisques, Vincent, 1970. Comptes rendus de débats, Aymard, 1968 ; Vilar et Vincent, 1970.

[43]

Saavedra, 2003, p. 325, n. 24.

[44]

Barreiro Mallon, 1973 ; Pérez García, 1979.

[45]

Ce n’est pas un hasard si A. Domínguez Ortiz participa aux côtés de Pierre Vilar au colloque international sur l’abolition de la féodalité qui se tint à Toulouse en 1968, le premier abordant le cas de la Castille et le second de la Catalogne (Godechot, 1971).

[46]

Actas, 1975.

[47]

Pérez García, 1979, p. 4.

[48]

C’est ainsi qu’il précisait : « Nous analyserons en premier la variable démographique, en nous appuyant sur sa primauté hypothétique et sa plus grande sensibilité, pour connaître ses mouvements conjoncturels et de longue durée, mouvements qui, ensuite, intégrés de forme appropriée, doivent servir de clés pour interpréter les changements introduits dans le domaine de l’économie. Finalement, ces deux variables nous permettront de mieux détecter ces légers mouvements que l’on peut déceler à l’intérieur de la variable sociologique qui s’impose à nous comme quasiment immobile » (ibid., p. 6).

[49]

Anes, 1975 ; DomÍnguez Ortiz, 1973.

[50]

Le Flem, 1979.

[51]

Goy et Le Roy Ladurie, 1982, p. 293-461.

[52]

Congreso…, 1984, p. 11.

[53]

Depuis le début des années 1960, la géographie historique connut en Espagne un développement notable avec des auteurs comme Ángel Cabo Alonso, Jesús García Fernández ou José Ortega Valcárcel, Alain Huetz de Lemps, 1967, étant la référence. Suivant cette tradition, voir par exemple Mignon, 1982, surtout p.169-226 ; ou Humbert, 1988.

[54]

Actas…, 1984 ; Eiras Roel et al., 1980.

[55]

Actas…, 1984, vol. i, p. 15.

[56]

Eiras Roel, 1990.

[57]

Brumont, 1977.

[58]

Id., 1984.

[59]

GarcÍa Sanz, 1977 et 1986.

[60]

Amalric, 1990.

[61]

pez-Salazar Pérez, 1986.

[62]

ChacÓn, Pérez Picazo et Lemeunier, 1979 ; Pérez Picazo et Lemeunier, 1984. Voir le recueil de ses travaux antérieurs à 1990 (Lemeunier, 1990) où l’on trouvera les références à ses nombreuses publications.

[63]

Vincent, 1980-81. Voir aussi Vincent, 1985 (recueil d’articles) et sa contribution au tome iii de l’Histoire de Grenade publiée en 1986 (Cortés Peña et Vincent, 1986).

[64]

Ponsot, 1986.

[65]

Pour citer certains auteurs, il suffit de signaler B. Barreiro Mallón (1973) pour Xallas en Galice ; E. Fernández de Pinedo (1974) et P. Fernández Albaladejo (1975) pour le Pays Basque, Á. García Sanz (1977) pour Ségovie, J.-M. Pérez García (1979) pour le Salnés galicien ; J. E. Gelabert (1982) pour Saint-Jacques-de-Compostelle et sa terre ; F. Brumont (1984) pour la Bureba ; P. Saavedra pour Mondoñedo, encore en Galice (1985) ; A. Marcos Martín (1985) et B. Yun Casalilla (1987) pour la Tierra de Campos en Vieille-Castille ; J. López-Salazar (1986) pour La Manche ; L. Rubio Pérez (1987) pour le Léon ; L. Ferrer i Alós (1987) pour la Catalogne centrale ; E. Mateu (1987) pour Valence ou Á Melón Jiménez (1989) pour l’Estrémadure. Pour une liste détaillée des titres, voir le numéro monographique La Historia rural, ayer y hoy déjà cité (Saavedra, 2007).

[66]

Saavedra, 2003, p. 326.

[67]

Viñas y Mey, 1941.

[68]

Clavero, 1974 ; Artola, 1978.

[69]

Il me suffit d’en citer quelques-uns : M. Bernal (1979) ; M. Peset, (1982) ; R. Villares, (1982) ; D. E. Vassberg, (1986) ; M. Ortega LÓpez, (1986).

[70]

Amalric, 1984, p. 711. Pour la Catalogne, nous pouvons citer les travaux de M. DurÁn (1984), E. Serra (1988), J. Danti (1988) ou R. Congost (1990) et pour Valence, A. Gil Olcina (1979), P. Ruiz Torres (1981), J. MillÁn (1984), I. Morant (1984) ou E. Mateu (1987). Voir aussi l’ouvrage collectif Terra y treball… (Sales et al., 1986) qui a fortement incité à entreprendre ce type de recherches comme, à une plus large échelle, le congrès de Saragosse de 1989 (Sarasa SÁnchez et Serrano MartÍn, 1993).

[71]

Amalric et Ponsot, 1985.

[72]

Saavedra et Villares, 1991.

[73]

Estructuras agrarias…, 1989.

[74]

Coloquio…, 1990.

[75]

Aucun hispaniste ne participa au colloque de Saint-Jacques, un seul à Ségovie (Guy Lemeunier) et à celui de Charles III, Bartolomé Bennassar aborda le thème de l‘historiographie française du xviiie siècle espagnol (Bennassar, 1990).

[76]

Aranda Pérez, 2004.

[77]

Thoen, 1995, p. 33, un intéressant article, mais dans lequel l’Espagne reste en dehors du champ des réflexions de l’auteur.

[78]

Poujade, 2005, p. 65.

[79]

Bennassar, 2001 ; Amalric et Domergue, 2001 ; ces deux ouvrages n’ont pas été publiés en français.

[80]

Marcos MartÍn, 2000 ; il s’agit d’une œuvre volumineuse, qui, à notre avis, et en ce qui concerne le monde rural, est le point culminant d’une série de synthèses et de manuels d’histoire d’Espagne, comme ceux qui furent édités par Alfaguara dans les années 1970 (DomÍnguez Ortiz, 1973 ; Anes, 1975), par Planeta (DomÍnguez Ortiz, 1995-98) et Espasa Calpe dans les années 1980 (Jover Zamora, 1989-2007) et par Historia 16 la décennie suivante (GarcÍa Carcel, 1991 et FernÁndez Diaz, 1993).

[81]

Nous ne pouvons signaler que deux travaux, l’un pour la période moderne (Toscas i Santamans, 1991), l’autre pour le Moyen Âge (Cursente et Brunel, 2003).

[82]

Sur cet aspect, il faut souligner l’effort réalisé par María Teresa Pérez Picazo à qui nous devons sept des dix comptes rendus d’ouvrages d’histoire rurale française portant sur la période préindustrielle, nous informant de l’existence et du contenu des œuvres d’auteurs aussi importants que J.-M. Moriceau, G. Postel-Vinay, G. Béaur, N. Vivier, S. Bianchi entre autres. Sur l’hispanisme, voir le compte rendu de l’ouvrage de J. P. Molénat (Molénat, 1997) par Pascual Martínez Sopena (n° 23, 2001, p. 197-202).

[83]

Pérez GarcÍa, 1997 et 2003 ; Saavedra, 1999 ; Sobrado Correa, 2004; Ferrer i AlÓs, 2007. Voir aussi Congost, 1999 et Torrente, 1997. Pour d’autres périodes que la moderne, cette revue a également accueilli des articles de Miquel Barceló, Pau Viciano et Carlos Laliena Corbera (époque médiévale) et María Teresa Pérez Picazo (contemporaine).

[84]

Á côté de D. Vassberg et des hispanistes F. Brumont (Brumont, 1992) et G. Lemeunier (Lemeunier, 1992), les autres participants, très nombreux, étaient espagnols (Mélanges de la Casa de Velázquez, tomes 28 et 29).

[85]

Beaur, 1998 ; Bianchi et al., 1999 ; Vivier, 2005. La France aégalement développé des échanges intéressants avec le Canada (Goy et Bonnain, 1986 ou Bonnain, Bouchard, Goy, 1992) et dernièrement aussi, avec l’Allemagne (Beaur et al., 2004).

[86]

Ashton et Philpin, 1985 ; voir aussi une synthèse récente en castillan qui fait le point sur la comparaison entre les deux situations : Campagne, 2005.

[87]

Antoine, Boehler et Brumont, 2000.

[88]

Parmi les manuels parus à cette occasion, citons Cassan, 2006 ou Antoine et Michon, 2006.

[89]

Brumont, 2007.

[90]

Thoen, 1995, p. 35.

[91]

Vilar, 1984, p. 851.

[92]

Ibid., p. 866.

[93]

Poitrineau, 1984. D’autres réunions scientifiques franco-espagnoles se tinrent sur le même thème à la même époque (Supervivencia…, 1981 ; Los Pirineos…, 1986).

[94]

GarcÍa GonzÁlez, 2000.

[95]

Saint Jacob, 1960 ; Vilar, 1984, p. 865. Pour développer quelques-uns de ces aspects, La Montagne…, 1998.

[96]

Même si l’importance de ces références a tendance à diminuer avec le temps : Brumont, 2009, p. 100-101.

[97]

Bennassar, 1994.

[98]

Bennassar, 1994, p. 92, allègue les exemples de Ségovie où le fermage représente 30 % de la récolte pour les fermiers du chapitre de la cathédrale, de la Bureba (35 %) avant le déclenchement de la crise du xviie siècle, de la Rioja (20 %) alors qu’en Galice, le prèlevement oscillait entre 6 et 10 %, un des taux les plus faibles d’Europe.

[99]

Vilar, 1984, p. 863-864.

[100]

Ce qui sera le cas de la Galice : Bennassar, 1994, p. 97.

[101]

Terradas, 1991, p. 167. Il s’agit d’une direction de recherche assez développée en Catalogne où nous pouvons trouver quelques anthropologues entretenant d’étroites relations avec la France (Joan Bestard Camps, Dolors Comas d’Argemir, Xavier Roigé, Ferrán Estrada), qui étudient les problèmes dans une perspective historique, en particulier sur le thème de la famille paysanne.

[102]

Zemon Davis, 1991, p. 179.

[103]

Thoen, 1995, p. 35.

[104]

Pérez garcÍa, 1979.

[105]

Pérez garcÍa, 1997a et 1997b.

[106]

Fontana, Josep, « La trama social de la historia agraria », in http://www.iaeu.es/etextos.

[107]

Pour approfondir ces questions, voir GarcÍa GonzÁlez, 1998 et ChacÓn Jiménez, 2005.

[108]

ChacÓn Jiménez, 1987, p. 13.

[109]

ChacÓn Jiménez et HernÁndez Franco, 2007, p. 39-42 (liste de tous les participants au séminaire à l’occasion de son 25e anniversaire).

[110]

Pour un état plus étendu de la question, GarcÍa GonzÁlez, 2008, et sur ce point particulier, GarcÍa GonzÁlez, 2007.

[111]

Bourdelais et Gourdon, 2000.

[112]

Héran, 1980 et 1989 ; Brumont, 1993 ; Barbazza, 2000 (publication de sa thèse soutenue en 1992) ; suivant également la méthode microanalytique, Ghazali Martinez, 1989 et, en partie, Brunet, 2001.

[113]

Sur ses contacts avec le Séminaire « Famille et Élite de pouvoir », voir Barbazza, 1998 et antérieurement, Barbazza, 1992 ; le colloque de Montpellier, in Barbazza et Heusch, 2002.

[114]

Béaur, 1999.

Résumé

Français

Si la forte influence de l’historiographie française à l’extérieur de ses frontières a été particulièrement marquée en ce qui concerne l’Espagne, elle fut encore plus perceptible et directe dans le domaine de l’histoire rurale de l’époque moderne. L’objectif de ce travail est de situer cette influence et son évolution, pour ce qui est des méthodes et des domaines de la recherche, grâce à l’analyse de l’œuvre et du parcours des hispanistes français. Il ressort de cette étude qu’après avoir accumulé de l’expérience grâce à la réalisation d’un grand nombre de monographies « à la française », les Espagnols cessèrent peu à peu de se référer à la France lors du processus de croissance et d’internationalisation de leur histoire rurale. Il serait nécessaire, cependant, d’intensifier de nouveau la collaboration et les échanges scientifiques entre les historiens ruraux des deux pays pour promouvoir des travaux d’histoire comparée d’un côté et de l’autre des Pyrénées.

Mots-clés

  • Espagne
  • hispanisme français
  • histoire moderne
  • histoire rurale
  • historiographie

English

While the powerful influence of French historiography abroad was generally strongly felt in neighboring Spain, it was particularly visible and immmediate in the field of Early Modern rural history. The goal of this paper is to replace in context this influence and its evolution, both in the methods and objects of research, through an analysis of the works and careers of French specialists of Spain. The study concludes that once they had built a body of experience through the realization of a large number of monographies modelled on the French tradition, the Spaniards progressively stopped referring to France once their rural history started to grow and internationalize. Still, it would seem necessary to revitalize the collaboration and scientific exchange between the rural history of both countries in order to promote works of comparative history encompassing both sides of the Pyrenees.

Keywords

  • Early Modern history
  • French specialists of Spain
  • historiographyrural history
  • Spain

Español

Si la amplia influencia de la historiografía francesa en el exterior tendría en el caso de España una especial preponderancia, su repercusión fue aún más perceptible y directa en el ámbito de la historia rural durante la Edad Moderna. Situar dicha influencia y su evolución en cuanto a métodos y líneas de investigación a través del análisis de la obra y de la trayectoria de los hispanistas galos es el objetivo de este trabajo. De su estudio se desprende que, tras la experiencia acumulada con la proliferación de monografías a la manera « francesa », en el proceso de crecimiento e internacionalización de la historiografía rural española Francia poco a poco dejó de ser el referente privilegiado. Sería necesario, sin embargo, intensificar de nuevo la colaboración y el intercambio científico entre la renovada historia rural francesa y española impulsando los trabajos aún pendientes de historia comparada a un lado y otro de los Pirineos.

Palabras claves

  • España
  • hispanismo francés
  • historia moderna
  • historia rural
  • historiografía

Plan de l'article

  1. En regardant la France paysanne : l’histoire rurale française comme référence
  2. Les hispanistes et l’influence de l’historiographie rurale française dans l’Espagne moderne
    1. Les pionniers
    2. Une décennie de rencontres et de travail en commun (1973-1982)
  3. Vers l’internationalisation
    1. Un terrain fertile, mais peu exploité
    2. Un défi à relever : la comparaison
    3. Des monographies régionales à la microanalyse

Pour citer cet article

García González Francisco, « L'histoire rurale de l'Espagne moderne. De l'influence de l'historiographie française à l'internationalisation », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2010 (Vol. 33), p. 117-158.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2010-1-page-117.htm


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