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Histoire & Sociétés Rurales

2010/1 (Vol. 33)


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Dans la freguesia[1][1] Freguesia (en français, paroisse) est le nom donné... de Campo Grande, province du Rio de Janeiro, une « économie morale » s’est structurée pendant les xviiie et xixe siècles [2][2] Ce texte reprend une partie des conclusions de notre.... Tout au long d’une période de transition entre la situation de colonie portugaise et la consolidation de la nation indépendante, on observe, pour ce petit finage brésilien, des éléments de continuité avec l’héritage européen, surtout le système légal d’appropriation et de transmission des patrimoines fonciers, les droits de propriété et la « culture corporative ».

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Notre principale hypothèse est que la pérennité des exploitations agricoles en indivis atteste de la force et de l’élasticité d’un écheveau de droits traditionnels jusqu’à la fin du xixe siècle, incluant les droits sur les terres qui ont survécu à la crise économique et à l’introduction au Brésil de la notion de propriété privée lors de la promulgation de la Loi des terres (Lei de Terras) en 1850[3][3] En s’opposant à l’ancien code colonial portugais (les.... Un des points-clés de notre analyse sera de déceler la formation d’un système original de transmission et d’accès aux ressources naturelles. Dans ce contexte des stratégies de reproduction familiale et sociale contribuent au maintien, dans la longue durée, d’un système agraire traditionnel.

Pour comprendre le Brésil du xixe siècle, reprenons le concept d’« Ancien Régime dans les Tropiques » tel que l’a défini João Fragoso [4][4] Fragoso, 2001.. Selon ce concept, l’Ancien Régime s’est fissuré dans les diverses colonies tout en conservant quelques-uns de ses vieux instruments importés d’Europe. Ainsi en va-t-il des familles seigneuriales, détentrices de droits traditionnels, de monopoles ou de concessions spéciales typiques de l’Ancien Régime, comme le fief ou la seigneurie. Au Brésil, il s’agit de familles dont un descendant masculin est devenu seigneur de terres (sesmeiro[5][5] Sesmeiro est la personne qui reçoit, directement du...) et/ou seigneur d’une fabrique à sucre (senhor d’engenho)[6][6] Dans ce texte, nous avons préféré l’utilisation du.... Considérons aussi, à la suite de Gérard Bouchard, la reproduction sociale comme le résultat du processus à travers lequel une population, sur un territoire donné, parvient à perpétuer les structures et les relations qui la constituent [7][7] Bouchard, 2003..

Carte 1 - Le Brésil et la province de Rio de Janeiro. Localisation de la freguesia de Campo Grande et ses engenhos en 1855Carte 1
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Pour notre propos nous disposons d’une source ecclésiastique, une forme de visite pastorale, le Rol de Desobriga[8][8] La Desobriga était une habitude typique du Brésil...., rédigé en 1813. Cette année-là, un prêtre a parcouru la freguesia de Campo Grande pour recenser les catholiques, y trouvant 432 foyers et 3 058 habitants. Cette liste identifie les seigneurs de fabriques à sucre (senhores d’engenho). Pour les gros propriétaires, elle fournit les noms et prénoms des membres du ménage, la quantité exacte d’esclaves et le nombre d’autres familles libres qui vivaient sur leurs seigneuries respectives (agregados). Si la procédure laisse de côté la plupart des habitants les plus pauvres, certains d’entre eux ont été au moins énumérés avec leur nom, prénom et nombre d’esclaves. En outre, le document regroupe les ménages selon leur proximité de résidence par rapport à une fabrique à sucre (engenho). Cette source est donc très importante pour qu’on puisse, pour la première fois, se rapprocher des gens et des familles qui vivaient à la campagne carioca.

Un graphique synthétise les informations fournies par la Desobriga : les pôles (nœuds) sont les lieux où le prêtre arrivait et à partir desquels il recensait les divers foyers (figure 1). Dans ces lieux, chaque ménage a été représenté par un carré noir. Si les ménages appartenaient au seigneur d’une fabrique à sucre, ils ont été marqués en bleu ; mais si le curé n’a énuméré aucun sítio aux environs d’une fabrique, les ménages de leurs seigneurs ont été soulignés en rouge, pour renforcer leur condition atypique de « seuls seigneurs ». La dimension du carré représente la puissance productive du ménage [9][9] Pour le calcul de la dimension du carré, nous avons....

Figure 1 - Les seigneurs d’engenho et sitiantes dans la freguesia de Campo Grande en 1813Figure 1
Source : « Desobriga » de 1813.
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La Desobriga de 1813 a confirmé l’existence de quelques senhores d’engenho qui ne possédaient pas un nombre élevé d’esclaves et aucun sítio sur leurs terres. Le prêtre a noté aussi l’existence de 77 ménages modestes qui appartenaient aux agregados, c’est-à-dire des employés d’un engenho ne disposant que du droit d’y demeurer. Il y avait aussi 84 sítios sans aucun engenho proche, donc plus indépendants du circuit sucrier. Mais nul ne doute que c’était dans le continuum entre ces deux pôles où vivait la plus grande partie de la population, c’est-à-dire les ménages ayant jusqu’à quinze esclaves, à côté des engenhos qui avaient jusqu’à 70 esclaves.

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La Desobriga comptait enfin 196 sítios vivant dans une situation sociale proche des paysans pour le cas brésilien : des hommes libres et pauvres qui demeuraient sur des terres d’autrui sans leur payer de droits ou de rentes [10][10] Selon la Desobriga, en 1813, les senhores d’engenho....

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Dans un finage rural qui rassemble 3 000 habitants, il est clair qu’il faut considérer le rôle de toute la population libre dans l’économie agro-exportatrice du sucre, et pas seulement des esclaves, comme il se fait souvent [11][11] Pedroza, à paraître (b).. Mais le relevé du prêtre n’éclaire pas les rapports sociaux entretenus par les ménages des sitiantes et l’engenho plus proche. Les questions qui justifient notre recherche sont donc les suivantes : quels étaient l’origine et le rôle socio-économique des dizaines de ménages paysans recensés dans la Desobriga de 1813 ? Quels liens maintenaient-ils avec les engenhos voisins ? Quels droits possédaient ces familles sur les lopins qu’elles cultivaient ?

L’occupation de la frontière ouverte

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On peut voir que la particularité de la colonie brésilienne par rapport à la métropole portugaise est l’abondance de terres pour les colons d’origine européenne et la possibilité d’établissement des nouvelles générations dans des terroirs différents de la précédente, un phénomène étranger à l’expérience européenne depuis quelques siècles. Étant donné que la possibilité de défricher une nouvelle terre rendait théoriquement le patrimoine des fils partiellement ou totalement indépendant de l’héritage parental, on s’entend dans l’historiographie brésilienne à considérer que l’élasticité du territoire a diminué la pression des héritiers sur leur portion des biens familiaux.

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Mais la réalité, au moins pour notre étude de cas, a été beaucoup plus complexe. L’abondance ou le manque de bras ou des terres comme « frontière ouverte » ou fermée ne sont pas des données du monde physique, mais quelque chose de socialement construit. Au Brésil, l’« abondance de terres », ou les « terres libres » ont résulté de rapports de force fondés sur l’expulsion, l’extermination ou le génocide de la population indigène. Par exemple, à Rio de Janeiro, pour appartenir à la « noblesse de la terre », une famille devait descendre des conquérants, c’est-à-dire avoir quelque ancêtre qui avait fait partie des expéditions contre les Français et les Tamoios au xvie siècle. Ces conquérants ont d’abord réclamé des bras et des terres pour établir leurs engenhos et, dans un deuxième temps, ces hommes formèrent la première élite administrative et militaire de la colonie. Bien que ce processus se soit reproduit dans d’autres provinces, à travers le temps, dans la freguesia de Campo Grande, nous n’avons plus d’indices de présence d’indigènes ou de quilombos – les communautés formées par les esclaves en fuite dans les régions reculées –, à partir du xviiie siècle [12][12] Fragoso, 2000?; id., 2006, p. 6?; et Mattos 1987..

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La seconde moitié du xixe siècle a infligé des épreuves sévères aux exploitations agricoles de la province de Rio de Janeiro. La qualité moindre de ses denrées agricoles, la cessation du trafic international d’esclaves, qui fournissait la main-d’œuvre principale et, en plus, une série de fléaux, ont fait presque cesser la production commerciale. Une partie des champs se sont vidés. Déjà, en 1794, aucun nouvel engenho ne s’était installé dans la région et les anciens disposaient généralement d’un nombre plus réduit d’esclaves. À partir de 1813, ni les anciens, ni les nouveaux sesmeiros ou propriétaires n’ont acquis de grandes portions de terres à Campo Grande.

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Les locataires, fermiers et sitiantes de faible capacité économique ont été les premiers à ne plus pouvoir renouveler leurs esclaves. Plus que les autres, ils ont donc essayé de nouvelles alternatives économiques, comme la voie marchande ou la production agricole orientée vers le marché local. L’émigration a aussi servi d’exutoire dans un contexte de frontière fermée, de manque de main-d’œuvre servile, d’érosion du sol, d’endettement et de fragmentation des patrimoines dans un contexte général de rétrécissement de l’espace productif. De plus, deux grandes épidémies de malaria et de choléra, en 1833 et en 1845, ont frappé la région.

Nous découvrons que ni les conditions physiques et économiques (l’abondance de terres, la qualité du sol, le climat, la production agricole), ni les règlements juridiques rigides de l’empire portugais, ne peuvent être vus comme des déterminants mécaniques de la structure agraire. Ils ont simplement constitué, avec d’autres éléments, une des conditions de l’expérience et des possibilités qui se sont offertes aux familles cariocas. Ces familles ont transformé les conditions que leur ont été présentées à partir de leur culture, de leurs habitudes, mais aussi de leurs stratégies et de leurs objectifs spécifiques, donnant naissance à une pluralité de résultats et à une dynamique originale que nous essayerons de déchiffrer au long de ce texte.

La reproduction sociale au milieu rural

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Historiquement, les difficultés de reproduction sociale des familles qui dépendent de la terre comme source de travail, de revenu ou de statut surgissent surtout au moment de la transmission des biens fonciers, alors que se pose le dilemme entre l’héritage préférentiel ou la fragmentation du patrimoine. Le problème est assez ancien et pas seulement parmi les Brésiliens. La diversité des règles de transmission des biens varie selon les régions au gré des systèmes agraires, des modes d’organisation familiale, des règles de droit et des valeurs. Mais nous pouvons les rattacher à deux grands modèles concurrents. Jérôme Luther Viret a bien caractérisé ces deux modèles dont l’un, en favorisant un héritier préférentiel, cherche prioritairement la perpétuation du patrimoine, de la maison ; tandis que l’autre, en répartissant les biens de manière égalitaire, vise la transmission de statuts équivalents entre les héritiers [13][13] Viret, 2008.. Dans les faits, les pratiques réelles de transmission correspondent le plus souvent à « une combinatoire de la transmission des statuts et de la dévolution des biens » [14][14] Ibid., p. 167.. Même si les systèmes préciputaires sont plus répandus dans les terroirs pleins, les caractéristiques et les conséquences de ce type de système de transmission se retrouvent dans des terroirs en expansion, entre autres sous les tropiques [15][15] Fragoso, 2003?; et Silva, 1984..

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La transmission de biens crée des exclus de l’héritage au sein des familles et des exclus sociaux au sein des communautés rurales. Pour notre propos, la notion d’« exclu » se réfère à l’individu qui ne reçoit pas formellement une terre pour s’établir par le biais de la transmission familiale. Elle recouvre donc tous ceux qui ne se succèdent pas sur la terre principale (par remembrement ou donation) et ceux à qui les parents n’ont pas donné un autre bien-fonds [16][16] Cette définition a été précédemment employée pour l’étude.... Cette exclusion est le plus souvent synonyme de marginalisation, de mobilité spatiale ou d’exode [17][17] Bouchard, 1998.. Cependant, afin de préserver la cohésion des familles, on assiste aussi à la mise en œuvre de pratiques de réciprocité et de solidarité visant à atténuer le sort des exclus. En raison de la concentration extrême des droits de propriété et d’usage des terres aux mains des nobles, les stratégies de transmission méritent qu’on s’y arrête : une alchimie complexe s’opère entre l’exclusion de l’héritage, la solidarité familiale et les systèmes de transmission.

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En France, le débat sur la succession patrimoniale rurale remonte à deux articles publiés dans les Annales, en 1972, par Emmanuel Le Roy Ladurie et Pierre Bourdieu [18][18] Bourdieu, 1972?; et Le Roy Ladurie, 1972.. Ces derniers montraient le rapport entre les pratiques successorales, les structures familiales, l’économie domestique, les stratégies matrimoniales et la structure sociale, pour considérer la transmission du patrimoine comme un phénomène social global qui renvoyait à un vaste ensemble de pratiques, d’institutions et de manières de penser. Les questions qu’ils se posaient restent actuelles : quel est le rôle de la transmission foncière pour la structuration de la famille et aussi comme dispositif de reproduction économique et sociale de la paysannerie ?

Ce détour que nous venons de faire en présentant les deux modèles de transmission dans la société rurale européenne n’est pas inutile pour comprendre les modalités et les conséquences d’un système de transmission de biens dans les tropiques, mettant en scène le fonctionnement et l’évolution du mode de reproduction sociale de familles brésiliennes attachées au monde rural. Au Brésil, la réflexion sur les modalités de la reproduction sociale s’est amorcée il y a peu. En acceptant le défi, João Fragoso s’est penché sur les stratégies des « meilleures familles de la terre » dans le Rio de Janeiro du xvie au xviiie siècle [19][19] Fragoso, 2003?; et 2007, p. 24-28.. Il a vu comment celles-ci perpétuaient leur patrimoine et le gardaient intact, même dans des contextes de secousses économiques. Selon lui, ce groupe aurait développé une vraie économie politique qui passait par l’administration, les affaires, le crédit et, aussi, par l’élaboration d’un système d’alliances matrimoniales et de transmission des biens. Dans ce champ, les familles auraient adopté des tactiques pour contourner la législation portugaise qui favorisait théoriquement la fragmentation des biens.

N’oublions pas que la société qui nous occupe est dominée par des valeurs corporatives différentes des règles individualistes qui seront mises en valeur plus tard. Dans ce contexte, il semblait tout à fait naturel que les descendants d’une même famille ne fussent pas égaux et qu’ils n’eussent pas les mêmes droits. La morale du temps veillait pour que chacun vécût « selon sa loi » et « selon son statut », comme des parties distinctes qui composaient, avec leurs différentes « qualités », le corps social tout entier [20][20] Hespanha, 2006.. Des biens, des atouts et de la richesse n’étaient pas une fin en soi, mais plutôt un moyen de sauvegarder ces qualités distinctes. Donc, rien de plus naturel qu’au successeur choisi par le père soit transmis les principaux droits et le titre de senhor d’engenho, et à quelques autres fils des portions moindres de l’héritage, voire à d’autres rien ou presque rien. L’acceptation de l’inégalité économique entre apparentés n’a été, à aucun moment, remise en question dans nos sources. Loin d’une égalité légale ou de facto, tous savaient qu’ils possédaient des qualités, des statuts et des positions sociales très distincts. L’inégalité qui se reproduisait par le biais de ce système d’héritage se vérifie, entre autres, en suivant les destins sociaux différenciés des frères.

Une autre façon de se perpétuer

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Au Brésil, la législation coloniale (en vigueur depuis 1613[21][21] Les Ordenações Filipinas étaient le Code de lois en...) et la nouvelle loi sur les partages (appliquée depuis 1835[22][22] Seules les terres nobles (morgados) avaient la prérogative...) imposaient l’égalité entre tous les héritiers. Toutefois, dans la pratique, même aux tropiques, le patriarche-seigneur pouvait favoriser un héritier préférentiel et veiller ainsi au maintien de l’intégrité du patrimoine familial. À partir du dépouillement de testaments contenant des clauses relatives à la transmission des terres dans la freguesia, nous avons constaté que ces pratiques préférentielles liées à la culture seigneuriale de l’Ancien Régime ne dépendaient pas de la taille du terroir légué. Par ailleurs, ces pratiques successorales se sont maintenues jusqu’à la fin du xixe siècle [23][23] Ont procédé ainsi, par exemple, Ana Maria de Jesus,.... Mais la faible densité démographique et l’existence de terres libres ont rendu possible une solution originale pour le problème de la transmission des biens fonciers.

Sítios et réciprocités inégales

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Les familles seigneuriales ont pu créer une échelle inégale de droits entre les héritiers. Cette hiérarchie successorale commençait par l’héritier principal du seigneur et d’autres titres du père, passait ensuite par quelques gradations, comme les héritiers de menues portions du patrimoine familial, par les filles qui recevaient leurs dots, jusqu’aux fils presque sans droits d’héritage, que nous appelons les « exclus seigneuriaux ». Ces derniers disposaient seulement d’un petit sítio à l’intérieur d’un plus grand domaine familial où ils pouvaient désormais vivre avec leurs familles conjugales, en devenant sitiantes[24][24] Pedroza, 2009.. Ils ont ainsi obtenu des droits d’usage même sans être les propriétaires formels des lopins reçus.

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Les sítios correspondent à deux types de réalités foncières : soit de petites exploitations agricoles dirigées par des possédants indépendants, sans titres ni règlement légal ; soit de petites parcelles dans une plus grande propriété, données gratuitement en usufruit à des familles quel que soit leur rapport avec celle du propriétaire. Dans les deux cas, les sítios ne paient pas de rente, ni de loyer aux propriétaires légaux du terroir visé. Cependant, la persistance de ces droits d’usage a toujours été un facteur de tension sociale et agraire entre ces petits exploitants et la grande propriété [25][25] Castro, 1987?; Guimarães, 1968?; Muniz, 1979?; Pedroza,....

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Quels avantages présentaient les sítios ? Pour les agriculteurs non apparentés de la famille seigneuriale, mais rapprochés grâce aux liens de travail, matrimoniaux ou de parrainage, la formule garantissait le droit à une demeure et à un petit champ où cultiver des provisions pour la famille et la canne à sucre pour l’engenho, sans payer de rentes. En ce qui concerne les exclus de la succession, ils n’étaient ni obligés de quitter les domaines de leur famille, ni de rester célibataires comme serviteurs du frère successeur. Ils pouvaient se marier et avoir des enfants à volonté. Nos reconstructions généalogiques montrent des familles paysannes fécondes, avec un grand nombre d’enfants arrivant à l’âge adulte. Autre facteur important, presque tous restaient installés dans leur terroir d’origine.

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Si la concession d’un sítio fait partie d’un ensemble de pratiques reproduisant les hiérarchies sociales et économiques, on doit aussi avouer que cela contribue à atténuer l’exclusion complète d’une partie importante de la population des droits de propriété sur les ressources locales. Pour une part, l’impact de la transmission patrimoniale inégale – succession et exclusion – est corrigé par les droits d’usage sur le territoire. Certes, leur persistance empêche l’exclusion absolue de ceux qui dépendent de petites portions de terre pour vivre. Bref, les exclus seigneuriaux, qui restent comme sitiantes chez leurs frères plus chanceux, ne sont pas condamnés à l’exclusion totale, à l’émigration ou au célibat, et, en plus, leur nouvelle condition perpétue un réseau de réciprocités inégales qui confère une légitimité et une stabilité à un contexte de grandes inégalités économiques et sociales.

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Renata Paoliello nous rappelle que depuis l’éthique scolastique, l’un des éléments de la culture précapitaliste était la prémisse du droit à la subsistance, ou le « droit à ce qui est dû », c’est-à-dire, un principe de justice distributive [26][26] Paoliello, 1998, p. 197-204.. Alors, cette logique corporative et aristotélicienne accordait à chacun, selon sa qualité, ce que lui revenait de droit. En résumé, pour les plus humbles, avoir un sítio était la clé d’accès au principal moyen de production : la terre.

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De leur côté, quels avantages les seigneurs trouvaient-ils à maintenir cette population sur leurs terres ? La décision de ne pas aliéner leurs terres et de maintenir une couche de sitiantes si proches de leurs maisons d’habitation (casa grande) doit être évaluée à partir de paramètres non strictement économiques. Le contexte de difficultés économiques du xixe siècle, le manque de liquidités et de main-d’œuvre peut être perçu par des transferts relativement fréquents d’engenhos, de fermes et de sesmarias sur le marché foncier [27][27] Pedroza, à paraître (a).. Rappelons ici qu’il s’agit de seigneurs appauvris et endettés, propriétaires de terres fatiguées et incapables de bien les exploiter, faute d’esclaves.

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L’inégalité socio-économique qui portait les seigneurs au sommet de la hiérarchie sociale exigeait, même silencieusement, quelques contreparties pour se perpétuer. Ainsi s’expliquent, dans leurs testaments, les legs en argent aux neveux pauvres, les concessions de sítios aux frères exclus, les mariages contactés entre cousins et cousines riches et pauvres, les contributions pour faciliter l’établissement d’innombrables filleuls. De surcroît, en maniant une ressource importante, la terre, la concession de sítios donnait aux seigneurs les moyens de théâtraliser leur générosité, tout en manifestant leur omnipotence. Elle procurait aussi aux seigneurs des travailleurs, des fournisseurs de canne à sucre, des clients, des alliés, des témoins dans des procédures judiciaires, des débiteurs d’argent, et même des amis ou de coparrains, pourvu que tous respectassent leurs qualités.

Les sítios étaient comme des tuyaux au travers desquels pouvaient s’écouler les dons et les contre-dons symboliques et matériels qui soutenaient la légitimité de la position sociale des seigneurs. Ainsi, malgré leur déclin relatif sur la scène politique et économique du Brésil au xixe siècle, les seigneurs cariocas conservaient tout de même leurs titres honorifiques et militaires : capitaines de milices, seigneurs de terres et d’hommes, comme on aimait le répéter aux forains [28][28] Fragoso, 2006?; et Pedroza, 2008..

Une série de parrainages intraparentaux et de mariages entre cousins, ainsi que le recours à des apparentés comme fournisseurs de canne à sucre ou comme créanciers et débiteurs d’un engenho, signalent des mécanismes qui renforçaient, dans le temps, les liens entre les frères seigneurs et les frères exclus, de même qu’avec leurs neveux et filleuls. Mais, plus que des actions isolées, prétendument motivées par la générosité individuelle, ces réciprocités généralisées tissaient des liens et attachaient tous, pauvres et riches, senhor et sitiante, agriculteurs, coparrains, agregados, esclaves, dans un engrenage complexe de rapports sociaux communautaristes, hiérarchiques et paternalistes.

La Loi des Terres de 1850

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Le cadre légal pour l’appropriation et la transmission de terres dans l’empire colonial portugais garantissait le droit de possédant indépendant sur des lopins défrichés même sans titre, sans que cela contredît le pouvoir plus étendu du sesmeiro sur le territoire. Ce dernier pouvait, lui aussi, déléguer quelques-uns de ses droits à des tiers, à titre onéreux ou non [29][29] Lima, 1988.. Après l’indépendance, en 1822, le droit de propriété a connu une période d’indétermination juridique jusqu’à la décennie de 1850, pendant laquelle la possession indépendante a pris encore plus d’importance.

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La décennie de 1850 est considérée comme stratégique pour l’avenir de la propriété foncière brésilienne en raison d’un bouleversement dans le système de droits : la promulgation de la nouvelle Loi des Terres en 1850. Cette mesure établissait l’achat comme seule forme d’accès à la terre et supprimait définitivement l’ancien régime qui concédait les sesmarias. La Loi des Terres est mise en application le 30 janvier 1854, par le décret impérial n° 1318, qui a créé les registres paroissiaux des terres. Désormais, pour rendre légitime leur possession, les propriétaires doivent procéder à l’enregistrement de leurs biens dans leurs paroisses respectives. À cette occasion, ils devaient prouver la possession pacifique, présenter les titres ou autres preuves d’avoir au moins commencé à cultiver ces mêmes terres.

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L’exécution et la conservation des registres paroissiaux des terres, quoique déficientes et partielles, ont rendu possible une première approximation historique de ce qui se passait dans les campagnes. Plusieurs auteurs ont déjà relativisé la validité de cette source qui, selon eux, ne permet pas de tracer un portrait fidèle de la structure agraire, de la forme d’acquisition et d’utilisation des terres [30][30] Motta, 1998?; et Silva, 1996.. Une critique externe superficielle révèle le sous-enregistrement de la plus grande partie des terres tandis qu’une critique interne indique les carences de ces registres. À Campo Grande, quelques grands domaines n’ont pas été déclarés même s’ils étaient bien établis. D’autres domaines, qui ont été déclarés, comme des propriétés privées exclusives, étaient dans la pratique entièrement loués ou déjà partagés entre des cohéritiers. En outre, la production agricole de ces fermes n’était pas indiquée et leurs dimensions rarement précisées. Ces divers éléments montrent les limites de cette source qui ne constitue pas un reflet fidèle de la structure agraire, au moins dans cette freguesia.

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Mais notre critique va plus loin. Même en minimisant ces carences, nous jugeons les informations contenues dans le registre paroissial des terres comme étant souvent simplistes et réductrices, sinon trompeuses. En fait, ce relevé essayait de traduire et de figer la situation agraire de cette freguesia dans un langage juridique étranger aux populations locales. Voyons quelques exemples.

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Quelques sitiantes ont traduit leurs droits aux sítios comme s’il s’agissait de situações[31][31] Avoir une situação voulait dire qu’on avait fait des..., alors que d’autres se déclaraient comme cohéritiers possédant l’ensemble d’une même exploitation agricole, sans préciser qu’ils n’avaient guère de droits formels sur le domaine familial. D’autres sitiantes ont déclaré des datas précises [32][32] Selon la législation agraire, la data est une terre..., bien délimitées, provenant d’un héritage, et ont été reconnus comme voisins, même si formellement cet héritage n’avait jamais existé [33][33] Cela a été le cas de Inacio Coelho Borges et de ses.... D’autres ont déclaré des datas dans une ferme, une construction légale impossible [34][34] Cela a été le cas de Jose Antonio da Silva Amaral et..., étant donné les droits indivisibles et non superposables que la nouvelle loi accordait à chacune de ces entités juridiques.

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Parfois, une seule personne a déclaré des terres en usufruit possédées par un ensemble de cohéritiers d’un même ancêtre. Dans d’autres cas, ils déclaraient détenir en propriété commune des terres sur lesquelles ils devaient avoir droit individuellement parce que ces terres n’étaient pas délimitées dans la pratique. Il y eut encore ceux qui ont déclaré posséder individuellement des terres qui, dans la pratique, étaient partagées entre plusieurs [35][35] Cela a été le cas de Manoel Antunes Susano Sobrinho....

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D’autres enfin ont déclaré posses, partidos, terras, prazos, etc., déclinant une myriade de termes pour traduire leur situation juridique par rapport à leurs droits réels de propriété sur la terre. Par exemple, le même individu a pu déclarer avoir un prazo[36][36] Prazos signifiaient grands terrains, loués par le gouvernement... dans une terre indivise avec ses frères, une situação héritée de sa femme et une data achetée au voisin. À côté de lui comparaissait devant le curé son cousin, aussi sitiante, mais peut-être aussi le seigneur du même domaine.

L’existence de menus lopins à l’intérieur d’autres patrimoines ne nous renvoie ni à des conflits entre propriétaires, ni à la fragmentation de ces terroirs. Aucun des déclarants ne s’était trompé, ni ne s’appropriait des biens d’autrui. Ils essayaient seulement de traduire leurs droits coutumiers dans les termes juridiques requis par le registre sans y parvenir, compte tenu de l’incommunicabilité de ces deux langages. Nous savons par d’autres sources que leurs lopins étaient insérés dans les domaines de leurs apparentés [37][37] Pedroza, 2008.. Ils n’étaient donc ni des possédants de terres vacantes (posseiros), ni de petits propriétaires. Cependant, ils avaient du mal à traduire leurs droits traditionnels dans les termes exigés par les registres.

Il faut se méfier des termes indiqués dans les registres, sinon nous courons le risque de nous embourber dans un langage juridique étranger à la logique de la dynamique agraire locale. Par exemple, nous constaterions l’existence de grands propriétaires exclusifs à la place de cohéritiers. Nous verrions des exploitations agricoles bien tenues à la place de domaines seigneuriaux décadents. Nous multiplierions les possessions isolées (posses), alors qu’il s’agissait de parcelles complètement intégrées au système patri-matrimonial local (sítios). Nous distinguerions l’émergence de propriétés privées modernes plutôt que de constater la persistance d’un système agraire plus ancien. Ainsi, lus à travers les termes moraux locaux, les registres paroissiaux des terres nous ont plutôt montré que chaque agent, s’il était intéressé, pouvait tenter de légitimer ses droits inégaux sur le même terroir.

Les terres en indivis

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En 1854, la plus grande partie des grands domaines de la freguesia a été déclarée comme copropriété d’un ensemble de cohéritiers, presque toujours frères et beaux-frères. Ceux-ci l’ont fait de deux façons différentes : d’une part, en déclarant les lopins idéaux auxquels ils avaient individuellement droit, mais qui ne s’individualisaient pas dans la pratique ; et, d’autre part, en déclarant la dimension totale partagée entre tous. Ici, nous devons une fois de plus dépasser la confusion produite à cause des termes utilisés par les déclarants qui tentaient de s’ajuster au langage officiel. Il n’est donc pas facile de saisir la situation réelle de ces terres et de ces gens. Cependant, en confrontant ces registres avec les inventaires post mortem se rapportant aux domaines Sapopemba, Pedregoso, Inhoaíba, Viegas, Coqueiros et Capoeiras, et les arbres patri-matrimoniaux des dites familles, nous avons pu en déduire que leurs domaines étaient restés indivis sur plusieurs générations. Les actes de partage de ces terres indiquaient un seul propriétaire – l’héritier préférentiel – mais, dans la pratique, les héritiers principaux partageaient la possession du vieux bien avec leurs frères, cousins, oncles et coparrains sitiantes. Ces derniers jouissaient de droits inégaux sur le territoire, bien sûr.

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En termes juridiques contemporains, la perpétuation d’une exploitation agricole indivise sanctionnait la coexistence de droits distincts de possession et d’usage, héréditaires et individuels, sur un même finage. Juridiquement, le condominium en indivis désigne une situation où tout l’immeuble est utilisé par tous les copropriétaires, sans que personne n’ait sa part idéale comme une part exacte. Dans ce type de propriété, tous utilisent le tout selon les normes légales et utilitaires du groupe condominial.

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Pour se perpétuer, la solution de l’indivision ne prenait pas en compte la transmission de droits égaux, complets et exclusifs sur les terres. Le système de transmission des biens reproduisait les clivages socioéconomiques à l’intérieur de la famille seigneuriale ; mais, pour le bien général, il fallait « congeler » le droit d’aliénation du seigneur au profit des droits d’usage de plusieurs sitiantes, exclus, apparentés, pauvres, mais alliés nécessaires. Le droit d’abusus de quelqu’un était limité par les droits d’usus et d’usufrutus des autres, équilibré par l’enchevêtrement de réciprocités inégales, des accords parentaux, des besognes quotidiennes et des hiérarchies sociales. En dehors d’une confusion possible dans les termes employés, il y avait des dissonances réelles entre la façon de gérer localement les droits fonciers et celle qui était prévue par la Loi des Terres.

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Néanmoins, en procédant selon ces principes, la dynamique agraire contredisait soit le modus operandi de l’appropriation collective, soit la possession indépendante individuelle, soit la propriété privée moderne. Ce cadre légal permettait donc la concurrence de différents types de droits sur le sol, une caractéristique des anciens régimes avant le triomphe de la propriété foncière absolue [38][38] Congost, 2007.. Cependant, la dualité entre le droit d’usage et le droit de la propriété demeure jusqu’à nos jours l’une des caractéristiques majeures de l’appropriation du territoire brésilien. Cet apparent paradoxe légal – possession versus titres – a déjà été analysé et discuté à plusieurs reprises. Nous le prenons ici comme une prémisse et nous tentons d’en évaluer les conséquences pratiques [39][39] Motta, 1998?; Paoliello, 1998?; et Silva, 1996..

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Même si la formule de l’indivision des terres était prévue dans la réglementation officielle, sa perpétuation dans le temps n’allait pas de soi Selon les Ordenações Filipinas, qui réglementaient la transmission de biens dans l’empire portugais, seulement les aînés nobles – les morgados[40][40] Les morgados étaient l’ensemble de biens indivisibles... – avaient la prérogative de l’indivisibilité. Cependant, ils devaient garder la succession unique et non la copropriété parmi les héritiers [41][41] Ordenações Filipinas, 1870, Livre 4, Titre c, p. 9.... Aussi, dans le régime de transmission de biens du menu peuple, les Ordenações prévoyaient le partage de tous les biens et la création de nouveaux propriétaires légaux, mais non la conservation de l’héritage sous forme de condominium entre les cohéritiers [42][42] Ibid., Titre xcvi, p. 955.. L’indivision, par la législation officielle, était seulement une situation transitoire, comme pour la masse successorale avant le partage.

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Pourtant, la réalité des terres indivises subsistait et se prolongeait malgré la législation, les registres et les écritures. Après l’inventaire post mortem formalisé et le partage homologué, le propriétaire officiel avait théoriquement le pouvoir d’aliéner « ses » terres, tandis que les exclus ne détenaient plus aucun droit sur les mêmes terres. Dans la pratique, tous se maintenaient dans le domaine indivis en conservant des droits différents et inégaux sur les ressources. Néanmoins, en tant que solution locale dissonante par rapport aux orientations légales, ces domaines indivis ne pouvaient point être déclarés en tant que tels. D’où la difficulté pour l’historien d’en déchiffrer la nature tellement les désignations sont occultées par les formules légales et les détours discursifs qui imprègnent les sources.

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En outre, l’indivision ne peut pas être due seulement à l’imposition du dessein du seigneur-testateur, expression directe de l’autorité patriarcale sur ses héritiers. Cette solution, sans être présente dans le testament, est explicitement soutenue par la descendance dans le but de sauvegarder la « qualité » de la « maison » et la puissance de l’unité productive. Alternative possible au moment de la transmission, l’indivision exigeait une négociation active entre les cohéritiers. Cette formule impliquait même la mise en œuvre de tactiques subtiles pour contourner la législation. Ce type de solution ne pouvait pas découler seulement d’un engagement pris dans la chaleur du décès. Il s’appuyait sur un accord continuellement renforcé malgré le passage des décennies, étant donné qu’il posait des embûches au droit d’aliénation de l’héritier sur « ses » terres au profit de ses apparentés plus pauvres.

C’est ce qui s’est produit pour les huit fils de l’avocat Manoel Antunes Susano, disparu en 1770, et entre ses petits-fils, en 1850, qui ont hérité du domaine appelé Pedregoso. À ces deux moments, ils ont décidé de ne pas le partager [43][43] Anb. Fonds Inventaires post mortem. Disparu?: Manoel.... Nous trouvons la même disposition entre les neuf fils d’un autre Manoel, disparu en 1819, qui se sont divisés en deux groupes pour mieux gérer les deux engenhos du père, en gardant les terres indivises [44][44] Anb. Fonds Inventaires post mortem. Disparu?: Joaquim.... Quand, en 1831, l’intégrité d’un des engenhos a été menacée par les exigences d’un beau-frère, on a arrangé judiciairement l’aliénation d’autres immeubles (auparavant inaliénables) pour que les terres du domaine Coqueiros demeurent indivises [45][45] Anb. Fonds Inventaires post mortem. Disparus?: Manoel....

Donc, rien n’indique que la perpétuation de l’indivision était quelque chose de naturel, simple ou automatique. Néanmoins, pour la plupart des exploitations agricoles de la freguesia, ce système n’a guère changé pendant les décennies postérieures à 1850. Quelques-unes de ces exploitations ont été maintenues indivises jusqu’en 1920, d’après le recensement des propriétaires agricoles [46][46] C’est le cas, par exemple, des fermes Santa Rosa, Coqueiros..., une évidence de plus que la dynamique du système agraire local continuait d’évoluer selon des principes d’économie morale plutôt que d’être guidée par les termes de la législation dominante.

Le modèle seigneurial d’exploitation agricole

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Pour suivre l’évolution des patrimoines seigneuriaux de la freguesia de Campo Grande pendant 70 ans, nous avons entrepris une lecture à rebours d’un autre type de sources. Comme on ne dispose plus de registres de propriété comme en 1854, nous avons utilisé les présentations des agriculteurs de la freguesia de Campo Grande dans l’Almanak Laemmert et leurs inventaires post mortem entre 1850 et 1889. Nous avons suivi les propriétaires et la production agricole d’un même domaine durant cette période, quelques-uns jusqu’à 1920.

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Que découvre-t-on ? Dans la seconde moitié du xixe siècle, la tendance de la production agricole locale a d’abord été marquée par le rétrécissement progressif des plantations de café, puis par l’abandon de la production de sucre, ce qui a fait converger les plus grandes exploitations familiales vers la plantation de canne à sucre et la fabrication de cachaça[47][47] La cachaça est une eau-de-vie brésilienne obtenue par... et rapadura[48][48] La rapadura est le sucre de canne complet ou intégral,..., des produits moins coûteux mais moins rentables que le sucre. La famille seigneuriale n’a pas quitté ses domaines et n’a pas abandonné la façon traditionnelle de gérer ses affaires. Nous avons tenu compte, dans ces sources, de 33 rubriques qui nous ont fait entrevoir que plusieurs exploitations agricoles et fabriques traditionnelles ont été exploitées par un ensemble d’apparentés ou de successeurs. De plus, nous avons mis au jour de très nombreux exemples confirmant la persistance de l’indivision des domaines [49][49] Quelques exemples de ces domaines familiaux indivis?:.... Les seigneurs continuaient de cultiver et de gérer leurs engenhocas[50][50] Engenhoca est un engenho plus petit et plus pauvre... avec des techniques archaïques, une main-d’œuvre servile, des terres indivises et une transmission préférentielle. L’alanguissement de ce modèle seigneurial frappe l’attention, surtout si l’on connait les gênes financières auxquelles ont été acculés les nouveaux maîtres de ces vieilles manufactures.

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Enfin, la déclaration de propriété individuelle de terres ou de fabriques à sucre dans les registres paroissiaux de 1854 a dissimulé plusieurs fois une exploitation plus familiale, même s’il s’agissait d’un ensemble hiérarchisé, avec une division différenciée des profits, on suppose. La durabilité d’une manufacture agricole traditionnelle dirigée par la descendance seigneuriale commandait que leurs domaines soient maintenus indivis, même lorsqu’ils avaient été déclarés comme propriété individuelle ou partagée lors des inventaires post mortem.

La continuité d’anciens patrimoines seigneuriaux décadents, mais indivis et chargés de sitiantes, jusqu’à la fin du xixe siècle, ne nous étonne pas non plus. Notre hypothèse est que la crise agricole n’a pas modifié le modus operandi traditionnel. Pendant la période de crise économique plus aiguë, entre 1870 et 1889, on n’a pas trouvé de veuves ou de successeurs qui modernisaient leurs moyens de production, lotissaient leurs terres, ou qui vendaient leurs engenhos à un inconnu. Même les veuves et leurs fils maintenaient les activités économiques des seigneurs disparus, conformément à la norme traditionnelle. On voit que les familles seigneuriales n’ont pas ménagé leurs efforts pour assurer leur reproduction sociale dans un contexte économique chaque fois plus défavorable, mais elles n’ont pas intégré de nouveaux moyens de production, de nouvelles relations de travail, de nouveaux droits pour faire face à la crise. Elles percevaient peut-être cela comme une menace pour les bases de leur pouvoir et pour leur façon de concevoir le monde et les rapports sociaux. Nos seigneurs et leur descendance ont seulement accepté les innovations qui les favorisaient et ont soutenu la continuité de la situation précédente, d’autant plus qu’ils avaient pour eux la force de l’inertie [51][51] Levi, 1981, p. 210.. Assurant la continuité de l’entreprise familiale, ils réaffirmaient aussi leurs droits traditionnels, divulguaient leurs anciens titres et leurs insignes, de telle façon qu’ils reproduisaient l’ordre culturel et social où ils étaient nés.

L’économie morale carioca

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Écartant l’inertie comme cause de la perpétuation du système agraire traditionnel, nous retournons au point de l’indivision de terres comme le résultat d’un rapport de force local continu, mettant en jeu des tensions et des carcans entre couches sociales. Selon nous, il s’agissait d’un aboutissement négocié et soutenu, à travers des générations, même contre les intérêts strictement économiques de l’équipe plus forte : les propriétaires, les créanciers, les successeurs préférentiels, les seigneurs, les capitaines, les parrains aisés, les barons, les échevins locaux. Des gens qui pouvaient incarner, en même temps, tous ces rôles sociaux pour conserver leurs prérogatives devant les plus pauvres : sitiantes apparentés, fermiers, employés, soldats, locataires, métis, débiteurs, humbles anonymes [52][52] Pedroza, 2008.. Comment expliquer l’équilibre créé à partir du choc et des accords entre ces groupes politiques et économiquement si différents ?

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Nous croyons que la réponse se trouve hors du champ économique, dans une conception relativement commune du monde et, surtout, des rapports sociaux. Nous considérons que les sitiantes et les seigneurs participaient d’un univers commun qui avait été construit auparavant grâce aux liens matrimoniaux, au parrainage, au clientélisme, aux relations commerciales et religieuses [53][53] Pedroza, 2008.. De cet univers découlaient une mentalité corporative et quelques règles pratiques sur la façon de bien marier un fils, de bien transmettre le patrimoine et sur la personne qui parviendrait à accéder aux terres, aux futaies, aux friches et aux ruisseaux locaux, et dans quelle mesure cela se ferait quand il s’agissait formellement de l’entourage des domaines seigneuriaux. Ce système, même s’il n’était ni formalisé dans des textes, ni explicité dans des discours, guidait néanmoins efficacement les stratégies familiales sur le patrimoine, les alliances entre les familles, les droits d’usage et les rituels qui encadraient les hiérarchies sociales (parrainages, mariages, affermages, testaments, etc.).

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Il nous est apparu nécessaire de cartographier quelques règles pratiques qui ont transparu dans les actions et les conflits. Cette démarche nous a permis d’entrevoir ce qui constituait dans la communauté un consensus plus ou moins étendu à propos des comportements, des notions ou des droits considérés légitimes ou pas pour chaque groupe social, selon leurs qualités distinctes. C’est le sens original que donne E. P. Thompson à l’« économie morale » [54][54] Thompson, 1998. : un code guidant les actions de tout le corps social, assujettissant les intérêts purement économiques et les atouts individuels aux intérêts de la « maison », aux engagements du passé, à l’équilibre entre les personnes de statuts différents, à la sauvegarde des positions acquises à travers l’accomplissement des exigences morales. D’ailleurs, même si cela était plutôt commun dans les sociétés non capitalistes [55][55] Polanyi, 1980, p. 62., il ressort que cette économie morale reposait sur des valeurs partagées par tous les groupes de la communauté. C’est pourquoi elle a pu soutenir une dynamique agraire locale si éloignée de ce qui était légalement déterminé et attendu au regard d’une rationalité purement économique. Nous croyons avoir identifié la raison de sa pérennité.

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Dans cet univers, le senhor d’engenho était le sommet dirigeant les réciprocités, mais pas seulement parce qu’il était une personne riche et puissante. Certains de ces seigneurs, pourtant riches, ont eu du mal à légitimer socialement ce qu’ils jugeaient être leurs prérogatives. Les seigneurs respectés étaient des figures qui incarnaient le système moral local dans une place privilégiée, bien sûr, mais dont le statut était compris par tous comme un droit et un héritage légitimes. Pourtant, afin de demeurer toujours respectés, riches et puissants, ces capitans étaient tenus d’endosser des actions régulatrices exigées par leurs parents, leurs coparrains, leurs voisins. Ils tenaient le rang qu’on attendait d’eux. De cette façon, le peuple les respectait et leurs domaines ne se partageaient pas.

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Ayant comme objectif principal de soutenir les « qualités » d’une « maison » et d’entretenir un réseau dense de liens horizontaux et verticaux, cet ordre moral a été capable d’incorporer les exclus seigneuriaux comme les sitiantes dans les domaines familiaux. Le bail à ferme, à son tour, ne semble pas indiquer la disponibilité ni la situation juridique des terres, mais plutôt la limitation du droit d’accès à celles-ci, et qui conditionnait pour ceux qui étaient en dehors de la maison le paiement d’un loyer.

Même si elle maintenait au sommet des privilèges le fils successeur du seigneur, cette économie morale accordait des parcelles, quelques pièces de bois, une position sociale, des legs, des parrains, des mariages et, enfin, certains droits et espoirs à presque tous les autres membres de la famille. Qui étaient-ils ? Il y avait d’abord tous les frères et sœurs d’un successeur préférentiel, surtout ceux qui continuaient à demeurer et à travailler conjointement dans les fabriques de la famille. Il y avait aussi tous les exclus seigneuriaux, frères ou cousins pauvres de la branche seigneuriale. Ces derniers utilisaient le nom de leur famille et, grâce à des stratégies patri-matrimoniales traditionnelles, restrictives et vicinales, continuaient à profiter de l’usufruit viager de sítios, de taillis et de fleuves. Enfin, nous pouvons inclure parmi ces défenseurs du système tous les anciens possédants et habitants reconnus comme de bons voisins qui, grâce à leurs divers liens avec la famille seigneuriale, surtout le parrainage ou le mariage, pouvaient se sentir stables dans leurs datas à l’intérieur des fermes d’autrui.

Notre but a été de caractériser les réflexes de ce système touchant au droit d’usage des terres, la ressource indispensable à la reproduction sociale (simple ou élargie) de cette communauté rurale. L’indivision des terres assurait la perpétuation de cette dynamique sociale et agraire. Ainsi, cette « économie morale » locale a été le moteur et l’essence d’une dynamique agraire de type traditionnel, qui faisait partie d’un système économique plus vaste dirigé par des motivations non économiques. Nous la qualifions de « traditionnelle » pour souligner qu’elle n’était pas déterminée seulement par des considérations rationnelles, libérales, individualistes (comme la maximisation des profits), caractéristiques des économies modernes. Nous estimons que l’accès inégal aux ressources disponibles venait aussi des rouages de ce système moral. Voilà pourquoi on pourrait aussi le voir comme un type d’« économie politique » traditionnelle.

Esquisse d’un modèle local des droits coutumiers

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À partir de tous les cas analysés, nous avons construit un modèle de fonctionnement des droits coutumiers qui définissait les prérogatives d’usage en temps de paix, mais aussi lors des conflits relatifs à l’accès aux ressources. Ce modèle est fort dépendant du système patri-matrimonial construit localement et, pour le démontrer, nous sommes partis du cas de l’engenho das Capoeiras, acheté par le capitan João Pereira Lemos en 1768 (le premier seigneur), passé au capitan José Antunes Susano, son beau-fils, à partir de 1796 (le second seigneur), puis à son fils João Antunes Susano en 1813 (troisième seigneur). Le modèle affiche une hiérarchie décroissante de droits, démarrant au seigneur et finissant au fermier, comme l’illustre le tableau ci-dessous.

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Pour des questions pratiques, nous nous limitons à tracer les rapports entre les hommes libres. Cependant, nous jugeons qu’en partant des mêmes présupposés nous trouverions probablement une hiérarchie qui englobait les droits des esclaves, des métis, des Amérindiens ou d’autres groupes sociaux. Ces droits acquièrent leur cohérence à l’intérieur d’un système normatif pratique qui attribue des rôles économiques et des obligations sociales très particuliers à chaque corpus de cette société.

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Vaccinés contre le regard libéral et téléologique qui nie la condition des droits réels de propriété aux droits qui ont disparu durant le xixe siècle, nous avons remarqué dans la freguesia de Campo Grande une gamme de pratiques d’usage qui, quoiqu’inégales et contestées, ont fait obstacle à l’épanouissement de la propriété privée moderne. Nous les appelons des droits traditionnels parce qu’ils s’organisaient et se légitimaient non par la richesse, ni par les titres, mais par les principes d’une économie morale construite localement. Même le plus humble gardait le nom de sa « maison », veillait sur ses petits droits, réclamait ses legs en argent, comptabilisait la valeur de ses vieux meubles hérités, exigeait deux esclaves comme indemnisation de ses frères mieux nantis et, même dans son dénuement, gardait soigneusement son sítio et ses petits lopins emblavés à l’intérieur des domaines familiaux, puis les léguait à ses enfants et les déclarait devant le prêtre.

Tableau 1 - Hiérarchie locale des droits de propriétéTableau 1
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Rosa Congost propose le défi de dépouiller la vision naturelle, libérale, absolue et étatiste incrustée dans l’historiographie pour découvrir, dans l’histoire, les différentes façons de posséder des droits de propriété et d’usage sur la terre. Selon elle, nous devrions déceler les pratiques quotidiennes de distribution sociale des revenus et les mécanismes d’accès aux ressources, qui peuvent être conditionnés par des formes différentes de jouissance de la terre que les « droits de propriété » [56][56] Congost, 2007.. Nous jugeons que, pendant tout le xixe siècle, dans la freguesia de Campo Grande, la propriété dans le sens moderne du terme n’a guère été exercée. Au contraire, les droits traditionnels ont été bien défendus par tous, seigneurs ou sitiantes, et sa violation entraînait la parenté dans de longues disputes. C’est clair que, quand il s’agit de menus droits conquis, les sources les montrent à l’inverse, comme des donations ou des faveurs des riches envers les pauvres.

Les contre-épreuves du modèle

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Les contre-épreuves, c’est-à-dire les engenhos et leurs terres appartenant aux familles anciennes, qui ont été précocement désorganisés, délaissés, fragmentés ou vendus, peuvent nous faire entrevoir certains moyens qui rendaient possible (ou non) la reproduction sociale seigneuriale traditionnelle. Dans toute la freguesia, jusqu’au milieu du xixe siècle, il y eut seulement trois cas : les domaines de Cabuçu, Juari et Pedregoso.

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Dans le premier cas, si nous retraçons les stratégies patrimoniales de cette famille depuis qu’elle avait acheté sa sesmaria, en 1748, nous pouvons constater que ces seigneurs n’avaient pas réussi à établir des rapports durables entre eux, leurs descendants et le voisinage. Ces seigneurs ne reconnaissaient pas des sitiantes dans leurs domaines, ils n’échangeaient pas de filles en mariage et ne parrainaient pas des enfants dans la freguesia[57][57] Pedroza, 2010.. Pas de sítios, pas d’apparentés, pas d’échanges. À partir du décès du sergent-major José Cardoso dos Santos, en 1809, qui n’avait pas institué un successeur préférentiel pour son énorme patrimoine d’environ 500 000 braças de terres et plus d’une centaine d’esclaves [58][58] Anb. Fonds Inventaires post mortem. Nom?: Angélica..., celui-ci a été progressivement lacéré par les luttes entre six branches d’héritiers [59][59] Anb. Fonds Inventaires post mortem. Origem?: juízo.... Quand la succession de Cabuçu a été réglée, un capitan a pu acheter les parts d’un couple d’héritiers, qui attendaient seulement l’homologation du partage. Un autre couple, Francisco et Marcolina, a aussi vendu sa part. D’ailleurs, 125 braças de terres semblent avoir été la dimension des terres qui sont parvenues à la quatrième génération d’héritiers (arrière-petit-fils du sesmeiro), ce qui n’était pas plus que la mesure d’un sítio moyen. En 1844, l’année où s’est finalement effectuée la transmission définitive des biens, personne parmi les héritiers n’avait ni un patrimoine remarquable, ni de liens sociaux hors de la famille d’origine, ni des postes dans le pouvoir local. Bref, ces héritiers ont tous disparu des sources en se noyant dans l’océan des agriculteurs pauvres locaux.

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Dans le second cas, le lieutenant Bernardo José Dantas avait acheté l’engenho de Juari à la fin du xviiie siècle. À partir de ce moment-là, ce seigneur s’est disputé avec tous ses voisins, tant seigneurs que sitiantes, à propos de quelques arpents de terre. Trente ans après, déjà veuf, il a préféré vendre toutes ses terres et déménager de la freguesia. Les nouveaux propriétaires, la famille marchande Coelho da Silva [60][60] Nous inférons que Antonio José Coelho da Silva était..., en alléguant défendre leurs droits à partir des écritures (titres de propriété), ont aussi combattu pour quelques braças de terres, mais ils ont perdu un litige contre une sitiante qui alléguait appartenir à une plus ancienne « maison » de la freguesia. Les héritiers de Coelho da Silva ont ainsi préféré, à partir de 1844, diviser les terres de Juari entre eux, en ayant probablement comme stratégie de consolider leurs carrières individuelles et leurs statuts devant les familles voisines.

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Le domaine du Pedregoso était le vieux bien de la famille seigneuriale la plus ancienne et traditionnelle de la freguesia, les Antunes Susano. Nous avons eu la chance de retrouver deux inventaires post mortem des domaines de Pedregoso, exécutés en 1853 et en 1873, ainsi que son registre paroissial, de 1856, ce qui augmente nos possibilités explicatives [61][61] Anb. Fonds Inventaires post mortem. Disparu?: Manoel.... Premièrement, les sources sur Pedregoso ont explicité la situation inhabituelle d’« absentéisme préférentiel ». Manoel Antunes Susano, le premier héritier, était avocat et a vécu dans la ville de Rio de Janeiro jusqu’à son décès en 1780. Son fils et successeur, Joaquim José Susano, était aussi avocat, et il lui a probablement succédé dans les affaires en ville parce qu’il n’apparaît dans aucun registre paroissial de la freguesia.

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Depuis sa transmission à son premier héritier préférentiel, le fils avocat du sesmeiro, il nous semble que ce domaine circulait plutôt comme propriété formelle de propriétaires forains. Mais, à partir de 1853, leurs héritiers ont vendu leurs droits d’héritage sur leurs terres. En cherchant le lieu où ils demeuraient, nous avons constaté que personne n’habitait précisément sur ces terres. Quoiqu’ils maintenaient leurs droits, nous croyons qu’ils n’avaient pas fait partie activement des fêtes, des mariages, des enterrements et des baptêmes qui créaient des liens avec la population locale. De plus, aucun de leurs propres fils ou de leurs frères ne dépendait de sítios pour survivre. Enfin, ils n’entretenaient pas de rapports soutenus avec leurs voisins, leurs cousins locaux, et leurs histoires.

Les cas des domaines de Cabuçu, Juari et Pedregoso présentent un élément en commun : leurs propriétaires formels – ceux qui avaient le droit d’aliénation, donc particulièrement impliqués dans l’avenir de ces terres – n’ont pas voulu ou n’ont pas pu s’insérer dans le « bouillon culturel » local. L’exclusivisme patrimonial des Cardoso dos Santos, l’avidité territoriale de Dantas et l’absentéisme préférentiel des héritiers de Pedregoso ont fait sauter les réseaux de réciprocités inégales qui gardaient les patrimoines seigneuriaux indivis. En procédant ainsi, ces héritiers ont pu se percevoir comme des individus libres, sans obligations, ni liens sociaux à entretenir et à préserver. En d’autres termes, l’avenir de leur patrimoine n’était pas ancré dans des rapports, habitudes et valeurs qui étaient normalement partagés par l’ensemble de cette communauté. Indéniablement l’indivision des terres ne pouvait se perpétuer qu’au moyen de réciprocités liées au choix des acteurs. La décision se prenait à une échelle plutôt personnelle et locale.

Un marché particulier pour les droits coutumiers

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Les droits de propriété traditionnels circulaient dans un marché très particulier. Pendant tout le xixe siècle, dans une contrée guère emblavée et faiblement peuplée, l’absence de haies et l’indétermination des lopins individuels ne semblaient déranger personne, même lorsqu’ils changeaient de mains. Mieux que les écritures d’achat et de vente, l’instrument juridique de la « cession de droits d’héritage » a été préféré pour procurer des liquidités aux héritiers impatients. De fait, les acheteurs de droits d’héritage ont été généralement des voisins, parfois fermiers, sitiantes ou autres familles déjà impliquées dans l’exploitation des terres dont ils acquéraient des droits plus vastes. Ce fut, entre autres, le cas de Francisco Cardoso de Santos Peixoto, qui, en 1860, est devenu administrateur et cessionnaire de l’un des héritiers de l’engenho de Guaratiba [62][62] Anb. Fonds Procédures sdj Divers. Libelo, Apelação..., ainsi que de Marcolino de Costa Borges qui, en 1881, a acheté une partie controversée des droits d’héritage des domaines Guandu et Capoeiras [63][63] Anb. Fond Inventaires post mortem. Nom?: José Antunes.... Également insérés dans l’univers local et dans le système d’économie morale, mais n’ayant pas accès aux ressources par legs ou héritage, ils ont réussi à acheter des héritiers désintéressés un papier qui leur conférait les droits d’usage fort convoités.

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Les cessionnaires, pour leur part, devaient faire preuve de leur patience : les inventaires post mortem s’étalaient sur des années, quelquefois sur des décennies. Ils étaient souvent retardés par d’innombrables appels de rectification et de surpartage [64][64] Le surpartage (sobrepartilha) est une seconde répartition..., parce que ces actes successoraux étaient le forum privilégié des familles pour discuter et pour réaffirmer une gamme infinie de droits, différenciés selon chaque membre de la parenté et qui engageaient aussi les amis, les filleuls ou les alliés du seigneur décédé. Même après le jugement final du partage, l’acquéreur des droits pouvait assister, impuissant, à l’ajournement ad infinitum de la mesure des parcelles dues à chacun des cohéritiers et à la continuité tacite de l’état indivis des terres, ce qui ne lui plaisait point. Aucun problème pour ceux qui avaient déjà l’usufruit des biens, mais c’était un exercice pas toujours facile pour ceux qui pensaient à les vendre ou à en jouir immédiatement. Dans le cas de conflits entre cessionnaires et vendeurs, les possesseurs du titre ne pouvaient pas encore faire valoir leurs nouveaux droits : un individu bien placé dans les réseaux de pouvoir local avait fait pression pour forcer la division des biens (dont il avait acheté les droits d’un héritier) maintenus indivis par une famille seigneuriale. Cet individu a été sévèrement puni par la Justice pour ne pas avoir attendu le temps requis.

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Alors, en étant très patients, ces acquéreurs de droits d’héritage ont réussi à mettre la main sur quelques morceaux du patrimoine seigneurial dans la seconde moitié du xixe siècle. Ils ne visaient toutefois pas une valorisation considérable de ces biens, d’autant plus qu’il s’agissait de terres indivises, chargées de dettes et couvertes de sítios, de bâtiments en ruines et de fabriques décadentes. Dans ce cas-là, l’attrait du titre seigneurial et les racines locales guidaient davantage leur décision que la stricte rationalité économique. Les biens acquis, en plus d’exiger patience, investissements et travail, étaient peu rentables et difficilement aliénables dans le contexte économique où se trouvaient les tenanciers de la freguesia au xixe siècle. Il n’est donc guère étonnant que les acheteurs et les cessionnaires fussent le plus souvent des voisins : des investisseurs de plus grande taille auraient certainement préféré acquérir ailleurs des exploitations agricoles plus profitables.

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En dépouillant les mutations foncières, nous avons constaté le morcellement de certains héritages seigneuriaux au moment du partage des biens. Toutefois, ceux-ci étaient ensuite fréquemment reconstitués à un point proche de la situation initiale au profit d’un apparenté, quelquefois d’un membre inattendu du groupe. Ainsi, au milieu du xixe siècle, le principal acquéreur des droits d’héritage sur le domaine des Capoeiras a été José Antunes Pereira Susano, l’un des petits-fils d’un ancien propriétaire des lieux, le capitaine José Antunes Susano [65][65] Anb. Fond Inventaires post mortem. Nom?: José Antunes.... Nous avons relevé dans son inventaire la propriété de trois fermes ayant autrefois appartenu à sa famille : Pedregoso, Guandu et Capoeiras, ainsi que plusieurs sítios à l’intérieur de Capoeiras et trois maisons dans les environs. Il a non seulement concentré les propriétés familiales, mais il les a revitalisées, en profitant intelligemment des réseaux de parenté présents sur les terres qu’il acquérait. Ses titres honorifiques, son patrimoine et ses relations avec la population locale nous montrent qu’il est devenu un vrai senhor d’engenho comme son grand-père, quoique tardivement.

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D’autres fois, on voit ces patrimoines poursuivre leur itinéraire seigneurial entre les mains d’autres propriétaires, hors de la parentèle. On peut aussi entrevoir ce processus à travers le cas du domaine das Capoeiras, le plus grand de la freguesia pendant tout le xixe siècle. Son morcellement a probablement commencé après la fin du partage de la masse successorale du capitaine José Antunes Susano en 1839. À compter de ce moment-là, au moins 4 des 9 fils du capitaine ont vendu leur part de l’héritage à Joaquim José Pereira de Abreu. Ces ventes représentaient la perte du patrimoine par la parenté et sa concentration dans les mains d’un inconnu. Mais cette situation s’avère seulement temporaire. Dans une seconde phase, après 1856, Abreu revend sa part des terres à Antonio da Silva Marques et autres, qui n’étaient pas étrangers à la vie locale. Antonio da Silva Marques était déjà un habitant de la freguesia, où il parrainait des enfants pauvres depuis 1848. Grâce cette acquisition, Silva Marques a pu devenir senhor d’engenho au moins jusqu’à la décennie de 1870. De ces acheteurs, nous pouvons dire qu’ils ont eu la possibilité de monter une marche dans l’échelle des droits d’usage, du statut social et du pouvoir local par le biais d’un marché de papiers. Après l’achat, ils commençaient à exhiber leur titre de seigneur et à parrainer les fils des anciens collègues.

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Tel a été le cas du fermier Marcolino de Costa Borges [66][66] Ibid.?; Fond sdj Divers. n°?64, Boîte 747, galerie.... En 1877, il a parrainé le fils de Manoel Joaquim Barbosa, qui était lui aussi fermier de la ferme das Capoeiras. En 1881, après avoir acheté les droits d’héritage d’une partie de ce domaine, Marcolino s’est hissé socialement. En veut-on une preuve ? En 1883, il s’est présenté à l’Almanak Laemmert comme producteur d’eau-de-vie et a été invité à parrainer le fils de Francisco Pereira da Costa. Son nouveau coparrain se déclarait tenancier et marchand. Ce dernier parrainait les fils des fermiers et des sitiantes de la région depuis longtemps. En 1883, Marcolino a aussi parrainé le petit-fils de Joaquim José Santana de Camargo, possédant reconnu comme voisin depuis 1856, dont le beau-fils était aussi fermier du domaine das Capoeiras. Pendant presque 40 ans, le nouveau seigneur fut à son tour très actif sur le marché de la terre. Il eut beaucoup de liens familiaux et sociaux, soit par le parrainage, soit par des rapports de travail. Il fut aussi présent dans plusieurs conflits concernant les droits d’usage et de propriété.

59

Par l’acquisition de droits sur des domaines seigneuriaux indivis, ces individus soutenaient leur projet d’ascension sociale, mais ils conservaient avec soin le mode de production agricole, les manufactures et les réseaux sociaux typiques de l’ordre social et économique traditionnel. En suivant leurs trajectoires, nous avons pu vérifier qu’ils n’ont pas vraiment restructuré les engenhocas. Ils ont maintenu un grand nombre de sitiantes comme fournisseurs de canne à sucre et de fermiers comme source de revenus. Puis, à la fin de leur vie, ils ont aussi transmis ces domaines indivis à leurs héritiers. Ainsi, on qualifiera ces agents d’« acheteurs traditionnels » parce que, même s’ils n’appartenaient pas originalement aux familles seigneuriales, ils ont soutenu les mêmes projets et les mêmes pratiques favorables à la reproduction de la dynamique agraire traditionnelle.

60

L’instrument juridique de la cession de droits d’héritage avait la flexibilité indispensable pour s’adapter à la structure agraire locale. On cédait des droits, n’importe lesquels, n’importe où, sans savoir combien de temps cela prendrait pour en profiter vraiment. En outre, en tant que droit limité moralement, pour les plus puissants comme pour les plus pauvres, la cession de droits d’héritage rendait possible la circulation de terres, fabriques et bâtiments ce qui équilibrait la demande, mais n’affectait pas les piliers de l’économie morale locale : l’inégalité des droits d’usage et du système de transmission, l’indétermination des limites, l’indivision des domaines, la continuité des sítios. Les cessionnaires, à travers ces moyens, n’ajoutaient que de nouveaux nœuds au même système. Bref, les pièces se déplaçaient, mais le plateau demeurait le même.

61

*

62

Nous voulions saisir l’impact de cette économie morale sur les droits d’usage des ressources naturelles indispensables à la reproduction sociale (simple et élargie) et la façon dont une économie morale a survécu dans un contexte de difficultés économiques dans la seconde moitié du xixe siècle. Nous avons dû recomposer la dynamique locale en démontrant l’inclusion de tous les acteurs dans une même culture de droits d’usage et de réciprocités inégales.

63

Cependant, on a découvert que le mode de reproduction sociale mettait aussi en œuvre des mécanismes qui assuraient la cohésion sociale. Un système de réciprocités inégales joue entre l’héritier principal et les autres descendants de la famille seigneuriale – ses frères, ses cousins et ses neveux – qui continuent à vivre sur le domaine familial. Ceux que l’on appelle les « exclus seigneuriaux » sont des membres de la communauté locale dont la solidarité envers la maison seigneuriale se fonde sur le lien du sang, ainsi que sur les droits d’usage et d’accès privilégiés aux ressources qui se perpétuent souvent durant plusieurs générations.

En 1854, la déclaration des groupes de cohéritiers dans les registres paroissiaux des terres de plusieurs domaines seigneuriaux gardés indivis pouvait laisser croire au dernier souffle de la manière traditionnelle de gérer les terres. La décadence de la production agricole, faute d’esclaves, le manque de liquidités et l’endettement accru des producteurs pouvaient imposer l’abandon de la production, la vente de la terre, de même que l’émigration et le dépeuplement de ces champs. Mais ce n’est pas ce que nous avons constaté.

Nous avons pu percevoir l’utilisation stratégique des registres paroissiaux des terres pour affirmer les droits traditionnels ; le maintien des fabriques et des exploitations familiales au détriment de l’existence formelle d’un seul propriétaire ; le rôle du marché dans la concrétisation du rêve seigneurial, archaïque et traditionnel des acheteurs ; la persistance des pratiques traditionnelles comme l’héritage préférentiel, l’inégalité à l’intérieur de la fratrie et le système matrimonial local ; la continuité des activités agricoles et des fabriques familiales archaïques ; et, finalement, l’existence jusqu’à la fin du siècle des domaines indivis tenus en usufruit par beaucoup d’exclus seigneuriaux, de sitiantes et d’anciens fermiers. Nous avons même pointé l’apparition de quelques nouveaux seigneurs, de nouveaux domaines et de nouvelles fabriques.

En corroborant les conclusions d’autres chercheurs selon qui la Loi des Terres de 1854 a eu très peu d’effets pratiques [67][67] Carvalho, 1996?; Motta, 1998?; et Silva, 1996., soutenons que, dans la freguesia de Campo Grande, il y a eu peu de changements avant et après cette loi : se sont maintenus plusieurs formes d’accès à la terre et la plupart des anciens droits d’usage. Était-ce la faute du texte ambigu de la loi ou de la faiblesse de ses exécutants ? Bien au contraire. Nous ne croyons pas qu’une loi était en mesure, à elle seule, même après un assez long délai, d’imposer le développement de nouvelles formes de propriété. Nous croyons que cela a été le produit de l’action des hommes. Dans notre cas d’étude, nous jugeons que cette économie morale et les droits de propriété traditionnels sous-jacents ont survécu grâce à l’action effective de plusieurs acteurs locaux qui disposaient de droits traditionnels et étaient intéressés à leur maintien.

Remarquons le rôle actif de la descendance seigneuriale, mais aussi de quelques plébéiens avec de forts desseins seigneuriaux. Ces gens ont volontairement redoublé leurs efforts de soutien aux anciennes réciprocités locales afin de conserver l’autorité politique et sociale qu’ils avaient acquise naguère. Ainsi, ils perpétuaient la dynamique agraire qui les attachait aux apparentés moins aisés, coparrains pauvres, voisins, fournisseurs de l’engenho, étant donné que ce capital relationnel constituait leur principale source de légitimité sociale et économique. Considérons qu’au moins dans la freguesia de Campo Grande, le modus operandi traditionnel s’est maintenu, même déformé, tout au long du xixe siècle. Décadence productive, démembrement des domaines et mise sur le marché de droits d’usage, qui étaient jadis des monopoles, n’ont pas empêché la perpétuation de pratiques liées à l’économie morale locale. La dynamique agraire locale a réussi à contourner des obstacles liés à la conjoncture pour continuer à se reproduire sous la peau de nouvelles familles. Le système a démontré sa capacité à « changer en restant le même ».


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Notes

[1]

Freguesia (en français, paroisse) est le nom donné au Portugal (et aussi dans les pays colonisés par les Portugais) à la plus petite division administrative du territoire. Chaque freguesia dispose d’un conseil et d’un comité. Au Brésil, la reconnaissance comme freguesia d’un groupement de population marquait dans le passé la première étape de la croissance d’une agglomération. Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Freguesia.

[2]

Ce texte reprend une partie des conclusions de notre thèse de doctorat soutenue en mars 2008 au Brésil?: Pedroza, 2008. La rédaction et la révision de l’article ont été rendues possibles au cours d’un stage post-doctoral pendant l’année 2009 à l’Université de Montréal, financé par le Ministère des Affaires étrangères du gouvernement du Canada. Nous tenons particulièrement à remercier le professeur Christian Dessureault, notre superviseur, qui a patiemment lu, commenté et révisé la version française de cet article. Toute critique, tous commentaires ou suggestions sont bienvenus par l’e-mail manoelap@gmail.com.

[3]

En s’opposant à l’ancien code colonial portugais (les Ordenações Filipinas), la Loi des Terres de 1850 a introduit au Brésil la notion de la propriété privée moderne, en essayant de mettre en valeur les droits de ceux qui avaient des titres légaux par rapport à ceux qui jouissaient de droits coutumiers sur les terres. Pour plus d’informations sur la promulgation et l’efficacité de cette loi, voir Martins, 1986?; Silva, 1996?; et Varela, 2005.

[4]

Fragoso, 2001.

[5]

Sesmeiro est la personne qui reçoit, directement du roi du Portugal, les droits les plus étendus sur une portion du territoire de la colonie (la sesmaria). Comme seigneur d’une sesmaria, cette personne disposait de droits administratifs, judiciaires, policiers, commerciaux, en plus de celui de percevoir des droits et des rentes de ses censitaires. Pour plus d’informations sur le rôle de ce personnage, voir Faoro, 1958?; Guimarães, 1968?; et Prado Jr, 1979.

[6]

Dans ce texte, nous avons préféré l’utilisation du terme «fabrique à sucre» à «moulin à sucre», étant donné que la fabrique à sucre a un sens plus large, puisqu’elle comprend l’ensemble des installations nécessaires à la production du sucre dont le moulin à sucre. La fabrique nous semble plus proche du terme original engenho, en portugais, si on y ajoute la partie des résidences. Dans le Brésil de l’époque coloniale, un engenho était l’endroit aménagé pour la fabrication du sucre, regroupant aussi les plantations de canne à sucre, la résidence du propriétaire (casa-grande) et les habitations des esclaves (senzala), soit l’ensemble de la propriété. Le propriétaire de cet ensemble a été nommé senhor d’engenho. Ce terme signifiait beaucoup plus que la fonction de la personne dirigeant le processus de fabrication du sucre, il sous-tendait pour son détenteur posséder autorité, puissance et richesse. Pour en savoir plus, voir Ferlini, 1988?; Fragoso, 2000 et 2007?; Lamego, 1942?; Pedroza, à paraître (b)?; et Sigaud, 1996.

[7]

Bouchard, 2003.

[8]

La Desobriga était une habitude typique du Brésil. Le prêtre visitait des villages et des familles à la campagne, une fois par année, pour permettre aux fidèles isolés ou éloignés des paroisses urbaines d’accomplir le précepte de la confession et de la communion pascales comme le prescrit l’Église depuis le ive Concile de Latran (1215) ou encore pour recevoir d’autres sacrements, tels le baptême et le mariage. Cf. http://www.brasilcatolico.com.br/diversos/politica.htm.

[9]

Pour le calcul de la dimension du carré, nous avons créé une nouvelle unité de mesure: l’umo (Unité de main-d’œuvre). L’umo comprend le nombre de personnes du ménage (les époux et leurs enfants, bien que nous ne disposions pas de l’âge de chacun), ainsi que le nombre d’agregados et d’esclaves lorsqu’il y en avait. Pour une analyse plus détaillée de la main-d’œuvre des sitiantes et sa relation avec les engenhos au xviiie siècle, voir Pedroza, à paraître (b).

[10]

Selon la Desobriga, en 1813, les senhores d’engenho possédant 63,4 esclaves côtoyaient plusieurs familles de sitiantes ayant de 1 à 15 esclaves. Outre ces sitiantes voisins des engenhos, il y avait encore 38 familles dans la région de Palmares, 26 familles dans la région de Campinho, et 20 à Viegas. Le prêtre a marqué la différence entre ces petits sítios et les maisons d’agrégats, qui comptabilisaient 45 dans Saint Antônio du Juari et 32 à Rio da Prata du Cabuçu.

[11]

Pedroza, à paraître (b).

[12]

Fragoso, 2000?; id., 2006, p. 6?; et Mattos 1987.

[13]

Viret, 2008.

[14]

Ibid., p. 167.

[15]

Fragoso, 2003?; et Silva, 1984.

[16]

Cette définition a été précédemment employée pour l’étude de la reproduction sociale dans un terroir en expansion en Amérique en Nord. Voir Dépatie, 2001, p. 559.

[17]

Bouchard, 1998.

[18]

Bourdieu, 1972?; et Le Roy Ladurie, 1972.

[19]

Fragoso, 2003?; et 2007, p. 24-28.

[20]

Hespanha, 2006.

[21]

Les Ordenações Filipinas étaient le Code de lois en vigueur dans l’empire portugais à partir de 1603, et au Brésil jusqu’en 1916. Elles sanctionnaient la coutume selon laquelle les mariages étaient des contrats à moitié. Au décès de l’un des conjoints, l’autre était responsable d’entreprendre le partage, gardant pour lui sa moitié et divisant entre tous les enfants légitimes du défunt les deux tiers de l’autre moitié. Le disparu pouvait accorder la tierce par testament à qui il lui plaisait. Cf. Ordenações Filipinas, 1870.

[22]

Seules les terres nobles (morgados) avaient la prérogative de l’indivisibilité, mais la Loi des Partages (loi du 6 octobre 1835) a éteint l’institution du morgadio au Brésil.

[23]

Ont procédé ainsi, par exemple, Ana Maria de Jesus, avec ses 5?000 braças de testada «?insuffisantes pour les satisfaire tous?», en 1794?; Antonio de Oliveira Galindo, sur sa situação avec 200 braças de testada, en 1871?; et le capitaine-major José Antunes Pereira Susano, pour ses fermes Capoeiras et Pedregoso, en 1876. Cf. Archives Nationales du Brésil (anb). Fonds?: Inventaires Post Mortem (code?: 3j). Disparue?: Ana Maria de Jesus. Inventariante?: João Pereira Lemos. Année 1795. Document n°?10, boîte 3636. Disparu?: Antonio de Oliveira Galindo. Année 1871. Document n°?28, boîte 3644. Disparu?: José Antunes Pereira Susano. Année 1876. Document n°?4458, boîte 3610 et document n°?35, boîte 3610.

[24]

Pedroza, 2009.

[25]

Castro, 1987?; Guimarães, 1968?; Muniz, 1979?; Pedroza, 2009?; et Prado Jr, 1979.

[26]

Paoliello, 1998, p. 197-204.

[27]

Pedroza, à paraître (a).

[28]

Fragoso, 2006?; et Pedroza, 2008.

[29]

Lima, 1988.

[30]

Motta, 1998?; et Silva, 1996.

[31]

Avoir une situação voulait dire qu’on avait fait des labours ou des améliorations dans les friches d’autrui. Légalement, elles étaient reconnues par l’instance judiciaire locale, non seulement pour effet d’héritage, comme dans des transactions commerciales dans les greffes de notaire en l’absence du propriétaire légal. Pour en savoir plus?: Castro, 1987.

[32]

Selon la législation agraire, la data est une terre légalisée avec des dimensions inférieures à une sesmaria. Silveira, 1998, p. 104.

[33]

Cela a été le cas de Inacio Coelho Borges et de ses frères, voir agcrj 68-3-75: Livre des registres paroissiaux des terres de la Freguesia de Nossa Senhora do Desterro de Campo Grande Município da Corte, lrpt-cg, fl. 3v et 4.

[34]

Cela a été le cas de Jose Antonio da Silva Amaral et ses frères et de Manoel de Jesus e Melo, entre autres. Voir lrpt-cg, fl. 20v et 21.

[35]

Cela a été le cas de Manoel Antunes Susano Sobrinho et d’autres déclarants de datas dans la ferme de Pedregoso. Voir lrpt-cg, fl. 16v.

[36]

Prazos signifiaient grands terrains, loués par le gouvernement portugais à des particuliers pour une certaine période de temps?: Silveira, 1998.

[37]

Pedroza, 2008.

[38]

Congost, 2007.

[39]

Motta, 1998?; Paoliello, 1998?; et Silva, 1996.

[40]

Les morgados étaient l’ensemble de biens indivisibles que le seigneur noble, après son décès, avait le droit de transmettre à son aîné. Par extension, le morgado est aussi l’aîné d’un couple noble.

[41]

Ordenações Filipinas, 1870, Livre 4, Titre c, p. 990.

[42]

Ibid., Titre xcvi, p. 955.

[43]

Anb. Fonds Inventaires post mortem. Disparu?: Manoel Antunes Susano. Année 1783. Document n°?2, boîte 3629.

[44]

Anb. Fonds Inventaires post mortem. Disparu?: Joaquim José Susano. Année 1853. Document n°?424, boîte 3629.

[45]

Anb. Fonds Inventaires post mortem. Disparus?: Manoel Antunes Susano e Maria Januária Galvez Palença. Inventariante??: João Gomes de Campos. Année 1819. Document n°?77, boîte 3629.

[46]

C’est le cas, par exemple, des fermes Santa Rosa, Coqueiros et Viegas?: cf. Ministério da Agricultura, 1928.

[47]

La cachaça est une eau-de-vie brésilienne obtenue par fermentation du jus de canne à sucre. Alcool blanc paysan par excellence, il en existerait plus de 4?000 sortes, fabriquées surtout par les très nombreuses «?maisons?» locales?: http://fr.wikipedia.org/wiki/Cachaça.

[48]

La rapadura est le sucre de canne complet ou intégral, non raffiné et pourvu de sa mélasse, résultat direct du pressage de la canne et obtenu après évaporation de l’eau. Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Sucre.

[49]

Quelques exemples de ces domaines familiaux indivis?: Albino Cardoso dos Santos & Beaux-frères, Albino de Oliveira dos Santos & Beaux-frères?; Veuve & fils de Luis José Dantas?; Antonio de Oliveira Galindo & héritiers?; Teresa Cardoso de Oliveira & Fils?; Veuve & fils de José Cardoso de Paiva?; Veuve & fils de Agostinho José Coelho?; Veuve & Fils de Justo José da Silva Amaral?; Joaquina Gomes de Aguiar & Fils?; entre autres. Voir Almanak Laemmert, années 1850, 1860, 1870, 1877, 1883 et 1889.

[50]

Engenhoca est un engenho plus petit et plus pauvre où l’on ne fabrique que de la rapadura et de la cachaça.

[51]

Levi, 1981, p. 210.

[52]

Pedroza, 2008.

[53]

Pedroza, 2008.

[54]

Thompson, 1998.

[55]

Polanyi, 1980, p. 62.

[56]

Congost, 2007.

[57]

Pedroza, 2010.

[58]

Anb. Fonds Inventaires post mortem. Nom?: Angélica Maria Ignácia de Paiva, inventariante. Origem?: Juízo de Órfãos, Apelação de Partilha. Année?: 1826. N°?34, maço 3 (fl. 253, 336 et 583?passim).

[59]

Anb. Fonds Inventaires post mortem. Origem?: juízo da 1a Vara Cível. Nom?: Angélica Maria Inácia de Paiva. Année 1845, Boîte 282, n?°3372?; et Fróes et Gelabert, 2004.

[60]

Nous inférons que Antonio José Coelho da Silva était déjà marchand en 1819, parce que l’administrateur de l’engenho Viegas, cette année-là, a déclaré lui avoir vendu 47 tonneaux d’eau-de-vie et 67 arrobes de sucre. En 1835, un de ses beaux-fils était créancier du sitiante Luiz Antunes Susano. Dans la décennie 1850, Agostinho Coelho Da Silva, neveu de Antonio, se déclarait comme marchand à l’Almanak Laemmert. Il était en outre producteur de canne, de café et d’eau-de-vie. Un de ses beaux-frères, José Antonio Mendes da Fonseca, était propriétaire d’un grand comptoir à la freguesia, jusqu’en 1877. Voir Almanak Laemmert, 1860, p. 357?; Almanak Laemmert, 1870, p.?347?; Almanak Laemmert, 1877, p.?467.

[61]

Anb. Fonds Inventaires post mortem. Disparu?: Manoel Antunes Susano. Année 1783. Document n°?2, boîte 3629?; Disparu?: Joaquim José Susano. Année 1853. Document n°?424, boîte 3629?; et lrpt-cg.

[62]

Anb. Fonds Procédures sdj Divers. Libelo, Apelação Cível. N°?1364, maço 1661. Année 1877.

[63]

Anb. Fond Inventaires post mortem. Nom?: José Antunes Pereira Susano. Année 1876, document n°?4458, boîte 3610, (fl. 243).

[64]

Le surpartage (sobrepartilha) est une seconde répartition des biens qui n’ont pas été répartis lors d’un premier partage. Il se produit un surpartage quand on a découvert des biens qui, par ignorance, oubli, retard ou distance, n’ont pas été inclus dans le premier inventaire. Dans ce cas, on n’a pas besoin d’ouvrir un nouveau processus, car le surpartage est intégré au même inventaire, s’y rattachant. Au Brésil, l’utilisation du surpartage est très répandue.

[65]

Anb. Fond Inventaires post mortem. Nom?: José Antunes Pereira Susano. Année 1876, document n°?4458, boîte 3610?; et document n°?35, boîte 3610, s-d.

[66]

Ibid.?; Fond sdj Divers. n°?64, Boîte 747, galerie a?; acmarj ap 294, fl. 54?; ap 295, fl. 138, 138v et 142?; agcrj, 39-1-38?; Almanak Laemmert, 1889, p. 412-413.

[67]

Carvalho, 1996?; Motta, 1998?; et Silva, 1996.

Résumé

Français

Jusqu’à la fin du xixe siècle, une « économie morale » régissait la dynamique agraire dans une freguesia rurale brésilienne. À partir de sources primaires, l’auteur analyse comment cet ensemble de normes restreignait la transmission des biens fonciers, les conditions des baux et la circulation des droits fonciers sur le marché. Support territorial à ce système, les domaines conservés indivis indiquent la perpétuation de réciprocités inégales et de droits traditionnels sur ces patrimoines, comme la pratique de concéder des sítios à l’intérieur des domaines seigneuriaux. La gestion de ces éléments était conditionnée par des notions communes, locales et perçues comme légitimes, ensemble qu’on appellera l’« économie morale », et qui différait, en principe et dans la pratique, soit des impératifs de la législation, soit des visées des fonctionnaires du gouvernement, soit des principes de la propriété privée.

Mots-clés

  • domaines en indivis
  • droits de propriété traditionnels
  • économie morale
  • système de transmission des biens fonciers
  • sítios

English

Up to the end of the xixth century, a « moral economy » governed the agrarian dynamics of rural freguesias in Brazil. Using primary sources, this paper studies how this set of norms limited the transmission of landed properties, leasing clauses and the market circulation of land rights. Those estates which were in joint tenancy served as a territorial basis for this system, and pointed to the continuation of unequal reciprocities and traditional rights burdening these properties, such as for instance the practice of granting sitios within seignorial estates. The management of these elements was predicated on a series of common concepts, both localized and seen as legitimate, which together constituted what we call a « moral economy ». Both substantively and in practice, these concepts diverged as much from the legal rules and regulations, as from the programmatic schemes evolved by State civil servants, or from the principles of private property.

Keywords

  • joint tenancy
  • moral economy
  • sitios
  • systems of transmission of landholding
  • traditional property rights

Español

Hasta finales del siglo xix, une « economía moral » regía la dinámica agraria en una freguesia rural brasiliana. A partir de fuentes originales, el autor analiza cómo este conjunto de normas restringía la trasmisión de los bienes, las condiciones de los arrendamientos y la circulación en el mercado de los derechos sobre la tierra. Base territorial del sistema, las haciendas conservadas en indivisión permitían la perpetuación de reciprocidades desiguales y de derechos tradicionales que gravaban estos dominios, como la práctica de conceder sítios en el seno de las propiedades señoriales. Ideas comunes, locales y percebidas como legítimas condicionaban la gestión de estos elementos, un conjunto que llamaremos « economía moral » que difería, en la teoría y en la práctica, bien de las normas legales, bien de las intenciones de los funcionarios del gobierno, bien de los principios de la propiedad privada.

Palabras claves

  • derechos tradicionales de propiedad
  • economía moral
  • haciendas en indivisión
  • sistema de trasmisión de las tierras
  • sítios

Plan de l'article

  1. L’occupation de la frontière ouverte
  2. La reproduction sociale au milieu rural
  3. Une autre façon de se perpétuer
  4. Sítios et réciprocités inégales
  5. La Loi des Terres de 1850
  6. Les terres en indivis
  7. Le modèle seigneurial d’exploitation agricole
  8. L’économie morale carioca
  9. Esquisse d’un modèle local des droits coutumiers
  10. Les contre-épreuves du modèle
  11. Un marché particulier pour les droits coutumiers

Pour citer cet article

Pedroza Manoela, « Terres en indivis, économie morale et réciprocités inégales au Brésil du xixe siècle. L'exemple de la paroisse de Campo Grande, Rio de Janeiro », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2010 (Vol. 33), p. 81-116.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2010-1-page-81.htm


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