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Histoire & Sociétés Rurales

2010/2 (Vol. 34)


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Les régions de la côte sud de la Baltique sont des régions linières : « Un sol argileux, un climat suffisamment humide et l’ensemencement de terrains qui venaient d’être déboisés favorisaient la culture du lin dans toute la zone forestière de l’Europe orientale » [1][1] Zoutis, 1960, p. 84.. L’aire de production comprend le nord-ouest de la Russie, les provinces baltiques, la Biélorussie et la Lituanie. Un grand nombre de variétés de lin, se différenciant par leur zone de production, leur qualité et leur prix, y sont cultivées. Le produit le plus renommé porte le nom de rakitzer et provient du district de Rakischeka en Lituanie. Chaque variété est commercialisée selon sa qualité, la catégorie supérieure étant identifiée sous l’appellation paternoster[2][2] Dunsdorfs, 1938, p. 268-269, donne les qualités suivantes :.... Les multiples qualités et variétés donnent un grand nombre de produits mis en vente sur les marchés des ports de la Baltique [3][3] Rigsarkivet, Copenhague, Kommercekollegiet, 1126, 1149….... Par contre, les documents maritimes ou fiscaux précisent rarement les variétés et les différents types de produits qui composent les cargaisons à destination de l’Occident.

Les comptes du Sund constituent la source principale utilisée pour cette recherche. Ces archives douanières représentent un corpus d’une importance exceptionnelle puisque, à partir de l’année 1429 et jusqu’en 1857, tous les navires qui sortent de la Baltique ou qui y entrent, doivent relâcher près de la forteresse danoise d’Elseneur pour acquitter un péage. À ce titre, les douaniers tiennent des livres de comptes où sont mentionnés le nom du capitaine, l’origine du navire, les lieux de départ et des destinations ainsi que des renseignements plus ou moins précis sur les marchandises transportées.

Carte 1 - La Baltique au xviiie siècleCarte 1

Les différents types de graines

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Les exportations issues de la culture du lin sont majoritairement composées de fibres brutes ou simplement peignées, destinées à l’industrie de la toile, matière première textile servant à la fabrication de vêtements, de linge de maison ou de voiles. Les graines sont également commercialisées soit comme semence, soit comme matière première pour la fabrication d’huile pour les industries de la savonnerie et de la teinturerie. Les graines pour l’huilerie et celles qui sont destinées à l’agriculture ne sont pas identiques, les semences exigeant une qualité supérieure. Les ports exportateurs veillent avec attention à la différenciation des deux produits. Il est communément admis que les graines provenant de Russie sont impropres à une utilisation en tant que semence alors que celles de Courlande et de Livonie sont appréciées par l’agriculture.

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La qualité supérieure des graines de la Baltique, leur grande variété et leur abondance en font un produit très recherché par les agriculteurs et industriels occidentaux. Si les sources occidentales, à l’exemple des comptes du Sund, permettent de connaître avec précision le trafic entre la Baltique et l’Europe de l’Ouest, elles ne font pas la différence entre les deux types de graines. Seules les sources des ports baltiques permettent d’obtenir une image précise des exportations, à l’exemple de Riga.

Tableau 1 - Les exportations de graines de lin de Riga (en tonneaux)Tableau 1
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Au xviie siècle, si la plus grande partie des graines exportées est destinée au renouvellement des semences, au siècle suivant, elles sont majoritairement utilisées par l’industrie de l’huile. À Riga, à partir de 1750, les exportations sont pour les deux tiers destinées à la fabrication d’huile. Une série de documents statistiques du bureau du commerce (Kommercekollegiet) de Copenhague concernant les exportations du port livonien confirment ces chiffres pour la fin du xviiie siècle [4][4] Rigsarkivet, Copenhague, Kommercekollegiet, 1136,1137,.... Entre 1784 et 1789, 32,6 % des graines sont destinées à l’agriculture et 67,4 % à la production d’huile.

Les sources prussiennes sont moins précises et ne différencient généralement pas l’utilisation finale des graines. Toujours selon Elisabeth Harder-Gersdorff, à la fin du xviiie siècle, la part des semences représente à peine 2 à 3 000 tonneaux au départ de Königsberg, soit 3 % de la totalité des exportations de graines du port prussien [5][5] Harder Gersdorff, 1980, p. 6.. Les chiffres sont par contre inversés pour Libau (actuellement Liep?ja) et les autres ports de Courlande (Windau, Pernau) dont 70 à 80 % des envois sont constituées de semence (83 % au cours de la période 1755-1760 et 72 % entre 1776-1780) [6][6] Dorošenko, 1978, p. 65.. Cependant, les quantités chargées dans ces derniers ports sont très inférieures à celles de Riga et de Königsberg et ne modifient pas la tendance générale des exportations.

Un important courant d’échanges avec l’Occident

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Les comptes du Sund posent un problème majeur pour l’étude du commerce des graines de lin. Les différents types de produits ne sont pas différenciés et, fait plus grave, sont mesurés soit en lasts, à la fois unité de poids et de volume, soit en tonneaux (tonde), unité de volume. Habituellement, un last est égal à douze tonneaux (norme utilisée par exemple pour la farine ou le goudron) mais passe à vingt-quatre tonneaux pour les produits oléagineux comme les graines de lin. Le problème se complique par le fait que le calcul en tonneaux est différent suivant les ports. À Königsberg et en Prusse, un last fait 22,6 tonneaux, chiffre proche de la norme habituelle de 24 tonneaux [7][7] Corps d’observation de la Société d’agriculture, de.... À Riga, la graine de Courlande est commercialisée dans de petits barils de bois de chêne pesant 160 livres, selon l’équivalence d’un last pour douze tonneaux (le last utilisé pour les mesures de poids étant égal à 892,8 kg, un baril de graines de lin devait donc peser autour de 75 kg) [8][8] Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines.... Les tables de Nina Bang et Knud Korst [9][9] Bang et Korst, 1930, 1939, 1945, 1953., compilation statistique des informations contenues dans les comptes du Sund et instrument indispensable à toute vérification des courants d’échanges à la sortie de la Baltique, ne font pas cette différenciation et calculent toutes les quantités à un last pour vingt-quatre tonneaux. Ce problème devait d’ailleurs gêner les rédacteurs des tables puisque pour les années 1720-1730, le last de graines de lin est, pour une raison inexpliquée, calculé pour douze tonneaux. Les informations sur les marchandises ainsi que sur les ports de départ et de destination laissent supposer que les graines destinées à l’huilerie étaient mesurées en lasts, chaque last étant égal à vingt-quatre tonneaux et les graines pour semences étaient calculées en tonneaux, douze tonneaux constituant un last.

À partir de ce constat et en utilisant les travaux d’Elisabeth Harder-Gersdorff, les sources du Kommercekollegiet de Copenhague et les comptes du Sund, il est possible de calculer d’une manière approximative les exportations des deux types de produits au xviiie siècle selon les ports de départ. Les résultats ne tiennent bien sûr pas compte du trafic intra-baltique de graines, excessivement important étant donné la place de premier ordre que joue l’Allemagne dans l’industrie toilière européenne. La Silésie est ravitaillée par les ports de Stettin et de Dantzig tandis que Lübeck fournit une partie des semences des provinces de l’Allemagne centrale (Westphalie, Basse-Saxe) [10][10] Kisch, 1959..

La fabrication d’huile de lin

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De la fin de la grande guerre du Nord (1720) jusqu’aux années 1750, les exportations de graines de lin destinées à l’industrie de l’huile sont relativement stables, s’établissant annuellement autour de 4 à 4 500 lasts. Les trois décennies suivantes sont marquées par une très forte augmentation des expéditions vers l’Occident, qui atteignent plus de 80 000 lasts pour les années 1780-1789. Königsberg est le principal port exportateur de ce type de marchandises. Saint-Pétersbourg apparaît pour la première fois en 1776 dans les comptes du Sund. Entre 1780 et 1789, la capitale de l’empire russe expédie 16,5 % des graines de lin pour huile qui sortent de la Baltique et devient certaines années, à l’exemple de 1787, le premier port exportateur vers l’Occident. Grâce à cette montée en puissance, le volume total des graines expédiées par les ports russes l’emporte sur celui des ports prussiens (Königsberg et Memel) dans les années 1770-1789.

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La quasi-totalité des graines de lin pour huilerie est destinée aux Provinces-Unies et à l’Angleterre. Les Hollandais sont les premiers acheteurs de graines en Prusse (autour de 75-80 % jusqu’en 1770, 60 % ensuite), même si leur part diminue régulièrement au cours du siècle avec l’accroissement des achats britanniques qui, de chiffres très faibles dans la décennie 1720-1729 (un peu plus de 7 %), atteignent près de 40 % à la fin du siècle. À Saint-Pétersbourg, la majorité des exportations a pour destination l’Angleterre (77,1 %), le reste des cargaisons allant vers les Provinces-Unies (21,1 %). Si les Britanniques l’emportent dans la capitale russe, les exportations de Riga sont entre les mains des négociants hollandais qui enlèvent environ 90 % des produits mis en vente dans le port russe. Les exportations de graines pour l’huilerie traduisent un niveau de développement supérieur des structures industrielles de l’Angleterre et des Provinces-Unies, seuls pays pouvant transformer de grandes quantités de matière première, alors que les autres importateurs achètent majoritairement des graines de lin à semer.

Les semences

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Les exportations de graines pour semence présentent des caractéristiques très différentes. Les ports prussiens, notamment Königsberg, en exportent de faibles quantités. Selon une étude de la Société d’agriculture de Bretagne, le prix des graines à semer de Prusse est élevé comparativement aux productions concurrentes : cent lasts de graines de lin de Riga rendus en France reviennent à 31 736 livres 11 sous alors que la même quantité provenant de Königsberg vaut 40 162 livres 15 sous 7 deniers [11][11] Corps d’observation de la Société d’agriculture, de.... Ce coût élevé explique le faible volume exporté vers l’Occident. Les deux grands ports exportateurs de graines destinées à l’agriculture sont Libau et Riga. Ce dernier domine le marché des semences pendant la majeure partie du siècle. Il n’est dépassé par son voisin russe que dans la décennie 1780-1789. Riga augmente considérablement ses exportations à partir de 1770. Sa production très renommée se caractérise par une graine « mêlée d’une petite semence rousse et oblongue avec quelques brins de lins et un peu de terre du pays » [12][12] Diderot et d’Alembert, 1969, p. 549..

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Les sources des ports exportateurs permettent de connaître les destinations de la semence de lin pour la deuxième moitié du xviiie siècle.

Tableau 2 - Exportation de graines de lin à semerTableau 2

Moyenne annuelle pour la seconde moitié du xviiie siècle.

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La ville de Brême, favorisée par sa situation à l’embouchure de la Weser, est le port obligé pour la distribution de graines vers l’importante région toilière voisine de Westphalie et de Basse-Saxe ainsi que vers la Hesse et l’Allemagne centrale [13][13] Harder Gersdorff, 1980, carte p. 11.. Dans la seconde moitié du xviiie siècle, elle reçoit une moyenne annuelle de 17 500 barils de semences.

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La France, avec une moyenne de 11 500 barils par an, se fournit presque essentiellement à Libau et secondairement à Riga. Ses sources d’approvisionnement se modifient cependant au cours des années précédant la Révolution française. À Libau, où depuis le début du siècle elle enlevait plus de 40 % des graines de lin, rivalisant pour la première place avec Brême, elle est ensuite largement dépassée par le port de la Weser et par les Provinces-Unies au cours de la décennie 1780-1789. Par contre, à partir de 1785, les achats français à Riga se situent à des niveaux relativement élevés. Ceci s’explique par les mutations de l’industrie toilière française qui modifient les courants commerciaux entre la France et la Baltique, Riga devenant le nouveau port d’achat des graines au détriment de Libau.

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Les Provinces-Unies et l’Angleterre jouent un rôle secondaire et importent respectivement 4 500 et 1 500 barils chaque année. Une partie des semences à destination des Provinces-Unies est ensuite réexportée, notamment vers la France et l’Allemagne de l’Ouest. Selon un mémoire de 1765, la pratique du passage par les ports hollandais est courante :

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« Pour cacher à nos négociants les lieux d’extraction des graines à semer on les fait passer en Hollande d’où elles sont réexportées en France. Un négociant français qui voulut en faire passer 100 tonnes à Dunkerque et 100 tonnes dans un port de Bretagne directement a été obligé de faire embarquer les 200 tonnes dans un navire destiné pour Amsterdam [14][14] Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines.... »

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Les chiffres des importations des graines baltiques doivent donc être revus à la hausse en incluant la part des réexportations hollandaises.

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L’augmentation des exportations, tant en graines pour la fabrication d’huile qu’en semences, traduit l’expansion économique de l’Occident. Les ports de la Baltique répondent sans difficulté à cet accroissement de la demande, les prix des graines ne progressant guère au cours de cette période.

Les achats français, entre nécessité et fatalité

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La France, qui possède une importante activité de production de toiles de lin, fait partie des principaux acheteurs de graines pour semences. Tout naturellement se pose la question de la raison de ces importations. S’agit-il d’un préjugé des agriculteurs, de raisons biologiques ou de pratiques agricoles particulières ?

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La raison couramment admise est que la graine de lin produite dans la région baltique est de grande qualité et donne un rendement supérieur aux graines de même variété produites en Europe de l’Ouest. Selon l’Encyclopédie, le lin du Nord ou « lin froid », par opposition au lin indigène ou « lin chaud », « croît lentement. On en voit qui six semaines et plus après avoir été semé, n’a pas la hauteur de deux doigts ; mais il devient vigoureux et finit par s’élever au dessus des autres » [15][15] Diderot et d’Alembert, 1969, p. 549-551.. Les semences du Nord donnent un lin présentant une tige plus longue [16][16] Tanguy, 1994, p. 30. « Le nouveau lin (« linette de... susceptible de produire plus de filasse. D’autre part la graine de lin indigène, de médiocre qualité, s’épuise rapidement et l’on observe une dégénérescence de la plante lorsque les mêmes semences sont utilisées plus de trois ans. L’Encyclopédie explique que la semence de Riga est la meilleure,

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« se défend mieux contre la gelée que toutes les autres espèces. Mais comme la linuise (semence) n’est jamais parfaite, il vient à la récolte des plantes d’autres sortes de lin ; le mélange s’accroît à chaque semaille, les lins chauds produisant plus de graines que les lins froids et l’on est forcé de revenir à l’achat de nouvelle linuise tous les trois ou quatre ans [17][17] Diderot et d’Alembert, 1969, p. 549.. »

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Il est ainsi admis que le lin ne pouvait se régénérer que par l’importation de graines étrangères.

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La dégénérescence vient des pratiques locales de récolte où l’on arrache la plante avant sa maturité de manière à rendre moins difficile le travail de transformation [18][18] Martin, 2000, p. 116.. Les mêmes pratiques se retrouvent en Westphalie où les semis sont très serrés et où le lin est arraché environ onze semaines avant que les graines soient aptes à être récoltées. Cette technique garantit une fibre longue, fine et grasse, produit que réclament les producteurs de toiles pour la fabrication de leur lin fin destiné aux marchés étrangers [19][19] Harder Gersdorff, 1980, p. 20.. L’industrie linière française a les mêmes besoins et la pratique des semis serrés et des récoltes prématurées est dans l’ordre des choses malgré la dégénérescence des graines. En Bretagne, la récolte a lieu d’ordinaire au début de juillet alors que la période d’arrachage devrait se faire au mois de septembre [20][20] Quéré, 1992, p. 158..

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Au cours du xviiie siècle, des études et des mémoires sont consacrés à la régénération du lin indigène pour soustraire les agriculteurs à la dépendance des pays du Nord. Certains spécialistes proposent de « renouveler les graines du pays en semant de petits cantons forts clairs pour produire de la graine mieux nourrie, usage pratiqué en Hollande » [21][21] Sée, 1930-31, p. 303.. D’autres proposent de cultiver des graines au Canada, « ainsi l’on aurait le double avantage de faire tomber celles de Riga et de procurer une consommation avantageuse à nos colonies » [22][22] Pinczon du Sel des Monts, 1756, p. 41.. Ces propositions n’ont guère de suites. Les diverses tentatives expérimentées, qui changent les habitudes traditionnelles, donnent des résultats décevants et les graines étrangères restent indispensables [23][23] Corps d’observation de la Société d’agriculture, de....

La Bretagne, première province importatrice de graines de lin

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L’Ouest de la France est la grande région toilière de France, « assumant 73,4 % de la production recensée dans 14 généralités, les plus importantes… » [24][24] Léon, 1968, p. 526.. La Bretagne présente des conditions favorables à la culture du lin :

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« La frange côtière située entre Lannion et Saint-Brieuc, correspondant aux régions du Trégor et du Goëllo, grâce à son climat océanique doux et humique, aux qualités de son sol (placages de loess), et à la possibilité d’enrichissement des terres avec le goëmon, est une région privilégiée pour la culture du lin. Elle fournit tout particulièrement en fibres la manufacture des toiles ‘bretagnes’, située dans la région de Quintin-Pontivy, qui ne produit pas de lin sur son territoire [25][25] Martin, 1988, p. 182.. »

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Depuis la fin du xvie siècle, elle importe des semences de Zélande et du Nord [26][26] Minois, 1984, p. 118.. Les graines des Pays-Bas puis des Provinces-Unies sont employées exclusivement dans l’évêché de Saint-Malo et dans une partie de celui de Rennes [27][27] Corps d’observation de la Société d’agriculture, de.... Ailleurs, dans les grandes régions productrices de fibres du Trégor et du Léon, elles sont moins estimées et se vendent moins cher que celles de Riga et de Libau [28][28] Sée, 1925, p. 186.. Si les documents évoquent parfois la « linette de Flandre », la dénomination recouvre toutes les semences du Nord [29][29] Tanguy, 1994, p. 28. Un document de 1636 « sur la culture.... Au cours des années 1727-1731, la Bretagne reçoit la plus grande partie des importations françaises de la Baltique, soit 92,7 %, mais sa part a tendance à diminuer régulièrement : 79,3 % pour les années 1750-1754 et 52,3 % pour 1784-1788. Les produits arrivent généralement à Roscoff, parfois à Morlaix. Quelques autres ports bretons apparaissent irrégulièrement pour de petites quantités, à l’exemple de Saint-Malo ou de Nantes.

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La plus grande partie des achats bretons s’effectue dans le port de Libau en Courlande : 88,6 % pour 1727-1731, 73,3 % pour 1750-1754, 94,2 % pour 1784-1788. Au cours de ces quinze années, la totalité des navires de semences au départ de Libau et à destination de la France a pour destination Roscoff-Morlaix, soit 86 navires transportant 96 215 barils de graines. Le complément des achats bretons se fait généralement à Riga, plus rarement à Windau ou Memel.

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Jean Tanguy a relevé dans les sources bretonnes 211 navires ayant apporté 281 332 barils de graine de lin à Roscoff entre 1700 et 1783 [30][30] Arch. dép. Finistère, 23 B, Juridiction des régaires.... Les cargaisons à destination de la Bretagne enregistrées dans les comptes du Sund donnent des chiffres beaucoup plus importants. Pour la période 1720-1759, c’est-à-dire 40 années, 256 navires chargés de 303 937 barils de semences de lin à destination de Roscoff ou Morlaix sont inscrits dans les registres de la douane danoise. Ce chiffre est vraisemblablement inférieur à la réalité puisqu’un certain nombre de navires ne donnent pas leur port de destination finale mais indiquent simplement qu’ils vont en France. Sur le nombre total de barils recensés, 93,1 % viennent de Libau, 4,5 % de Riga et 2 % de Prusse [31][31] Ces chiffres sont proches de ceux de Jean Tanguy :.... La moyenne des achats annuels au cours de ces quarante années est de 7 600 barils. La décennie 1750-1759 est la période où les arrivées sont les plus importantes avec une moyenne de 12 600 barils par an, soit le tiers des graines qui sont mises en terre dans la province [32][32] Martin, 1988, p. 97.. Ce chiffre correspond au constat de l’inspecteur Coisy qui évalue les importations de Roscoff à 12 000 barils en 1750 et à 12 500 barils en 1751, « chacun pesant cent soixante livres, pour les évêchés de Saint-Pol de Léon, Tréguier et Saint-Brieuc » [33][33] Arch. dép. Ille-et-Vilaine, C 3929.. Les graines sont ensuite redistribuées avec des barques vers les ports de Morlaix, Tréguier, Pontrieux ou Saint-Brieuc, et vendues dans les zones productrices de fibres, sept mille barils étant destinés au Trégor, trois mille au Léon et deux mille au Goëllo.

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Au cours de la décennie 1780-1789, les chiffres montrent une baisse des achats bretons alors que les ports de Normandie (Le Havre, Saint-Valéry) et surtout Dunkerque reçoivent un nombre plus important de navires. Ces moindres achats s’expliquent par le déclin de la manufacture des toiles bretonnes qui, après une progression régulière au cours du xviiie siècle, s’effondre après la guerre d’Indépendance américaine. La fabrication des « crées », provenant du Haut-Léon, chute à partir de 1750 mais la production de fil se maintient grâce aux envois vers d’autres provinces du royaume, notamment vers Rouen. Les ventes hors de la province permettent de compenser la baisse de la production de toiles [34][34] Tanguy, 1994, p. 11 et suiv.. Cette évolution correspond à un changement de la géographie de l’industrie des toiles à la fin du xviiie siècle :

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« […] des signes de ralentissement apparaissent au cours de la seconde moitié du siècle. À Laval, si le taux de croissance s’établit à 1,9 % entre 1735 et 1764, il s’abaisse à 0,8 % pour l’ensemble de la période 1735-1788. Des symptômes identiques ou plus graves apparaissent dans la région bretonne et à Cholet [35][35] Léon, 1978, p. 519.. »

L’Ouest, qui dominait jusqu’alors, est supplanté par le Nord de la France, région où l’industrie linière atteint son apogée à la veille de la Révolution française [36][36] Deyon, 1979, p. 89.. Trois raisons peuvent être avancées pour expliquer le déclin de la manufacture bretonne : la multiplication des intermédiaires, l’imperfection des méthodes inchangées depuis le xviie siècle et la dynamique sociale interne qui n’a pas donné naissance à une véritable bourgeoisie d’affaires [37][37] Martin, 2000, p. 124 et suiv..

Les achats des autres provinces toilières françaises

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Le Havre et parfois Dieppe ou Fécamp reçoivent des semences pour la zone de production toilière normande, située pour l’essentiel au sud de la Seine et à l’ouest de Rouen [38][38] Bottin, 1988, p. 977.. Saint-Valéry approvisionne l’Artois [39][39] Rosselle, 1987, p. 744. Selon un mémoire de l’abbé... et la vallée de la Somme. Au cours de la dernière décennie de l’Ancien Régime, l’industrie des toiles fines de lin autour de Saint-Quentin connaît une prospérité sans précédent, la production atteignant en 1784 le chiffre record de 170 000 pièces. Contrairement à ce qui se passe en Bretagne, le retour à la paix après la guerre d’Amérique relance « la demande des marchés coloniaux d’Amérique dont l’approvisionnement avait été interrompu par les hostilités » [40][40] Engrand, 1979, p. 66-67.. Les comptes du Sund ne montrent cependant pas une poussée notable des importations de graines à destination de Saint-Valéry dans la seconde moitié du xviiie siècle. Ceci confirme l’affirmation de V. Prévot qui indique qu’en Picardie, les linières de la vallée de la Brèche ne reçoivent qu’une graine indigène [41][41] Prévot, 1957, p. 220.. Par contre, les arrivées de semences à Dunkerque progressent régulièrement et jouent un rôle de première importance dans l’activité du port flamand puisqu’elles représentent 16 % du montant total des importations (en livre tournois) en provenance du Nord en 1789 [42][42] Pfister, 2000, p. 163.. Elles sont destinées aux cultures linières de Flandre intérieure (« lin de gros ») des arrondissements de Bergues, Hazebrouck et Lille (de part et d’autre de la Lys) [43][43] Deyon, 1979, p. 89., qui alimentent les manufactures de la frontière française (Armentières, Comines) et des Pays-Bas autrichiens (Ménin, Courtrai, Ypres) [44][44] Sabbe, 1945, p. 87-88.. Selon l’historien E. Sabbe, il existe une concurrence entre les manufactures de part et d’autre de la frontière pour se procurer les fibres de lin. L’influence et les investissements en capitaux de la Flandre autrichienne dans l’industrie de la toile du Nord de la France [45][45] Terrier et Toutain, 1979, p. 22-23. conduit à penser qu’une partie des graines débarquées à Ostende – port recevant 2 000 barils par an au cours de la décennie 1770-1789 – a pour destination les zones de production de fibres de l’arrondissement de Douai et de la région de Saint-Amand, fournisseurs de « lin de fin » [46][46] Deyon, 1979, p. 89. au Cambrésis et au Valenciennois dont la production triple entre 1746 et 1788 [47][47] Léon, 1978, p. 519.. En effet, il est plus facile d’approvisionner cette zone à partir d’Ostende par l’Escaut et la Scarpe que par les ports du Nord de la France comme Dunkerque. Un document de 1770 indique que l’industrie des toiles fines du Valenciennois nécessite l’achat de graines de lin à Riga pour un montant annuel de 60 000 livres [48][48] Arch. Nat., F12 556, cité par Prévot, 1957, p. 225, ce qui donne, pour un prix moyen de 35 livres, 1 700 barils de semence.

Un monopole lübeckois

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Les comptes du Sund enregistrent un premier navire chargé de graines de lin à destination de Roscoff en 1583, puis un second en 1595. Au cours des années suivantes le port breton « envoie régulièrement deux à trois navires chaque année dans la Baltique, jusqu’en 1633, date de leur disparition définitive » [49][49] Tanguy, 1994, p. 30.. À partir de cette date, les navires bretons sont supplantés par les Hollandais dont les tarifs de fret sont beaucoup plus attractifs. Au xviiie siècle, ce sont les Lübeckois qui prennent en main ce trafic, créant un véritable monopole d’importation des graines de lin en Bretagne.

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Les Lübeckois utilisent prioritairement leurs navires pour transporter la graine de lin. Sur les 257 navires qui viennent livrer des semences à Roscoff-Morlaix entre 1720 et 1759, 204 sont lübeckois, soit 79,4 %. Le marché breton est en effet d’un grand intérêt pour les armateurs du port hanséatique puisqu’il est proche de Bordeaux et Nantes, ports où il est possible de recharger du vin et des denrées coloniales à destination de leur cité. Un grand nombre de navires participent régulièrement au circuit Libau-Roscoff-Bordeaux-Lübeck. Entre 1720 et 1732, le navire du capitaine Johan Nippe se rend onze fois en France. Il livre dix chargements de graines de lin à Roscoff, et, en retour, recharge quatre fois à Bordeaux, deux fois à Nantes et cinq fois au Croisic des marchandises à destination de Lübeck.

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Au xviiie siècle, les marchands de Roscoff ont définitivement perdu le contrôle de l’importation des graines de lin de la Baltique. Les Lübeckois qui organisent les livraisons se sont rendu maîtres de ce commerce et les « cultivateurs de Bretagne le regardent comme un monopole » [50][50] Corps d’observation de la Société d’agriculture, de.... Cambry, dans son Voyage dans le Finistère, confirme que « les commerçans de Roscoff n’étaient que les commissionnaires de ceux de Dantzig, de Lübeck, etc., qui leur donnaient trois francs par baril débité » [51][51] Cambry, 2000, p. 59.. Les Bretons qui veulent se lancer dans le commerce direct avec le Nord abandonnent généralement leur projet devant les difficultés engendrées par leurs concurrents qui protègent avec efficacité leur domaine réservé. En 1729, le négociant morlaisien Guillotou de Kérever veut importer des graines de Libau. Pour ce faire, il prend contact avec une maison de négoce d’Amsterdam et lui propose une entreprise en participation. Celle-ci lui indique un correspondant dans le port courlandais qui doit se charger de l’envoi des graines mais l’affaire s’arrête là par suite de la mauvaise volonté de la maison hollandaise [52][52] Sée, 1925, p. 186. Le négociant insiste pourtant auprès.... Cambry donne un autre exemple :

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« Depuis 1783 jusqu’en 1787, un négociant fit à St-Pol-de-Léon, le commerce graine de lin, mais pour son compte particulier. Tous les ans, deux navires lui arrivaient d’Hollande dans la baie de Penpoul […] Cette concurrence effraya le commerce du Nord ; il baissa le prix de ses marchandises, et le pauvre homme fut ruiné [53][53] Cambry, 2000, p. 59-60.. »

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Les Lübeckois pratiquent une politique commerciale très habile. Ils « accordent le terme d’un an pour le paiement » et « ils consentent à reprendre la quantité des grains qui reste invendue » [54][54] Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur les avantages d’un.... Les avantages sont multiples pour les négociants de la ville hanséatique. Tout d’abord, la reprise des invendus, « diminuant leur demande dans le Nord, y tient les graines à plus bas prix ce qui leur fait gagner infiniment plus qu’ils ne peuvent souffrir de diminution dans leur profit par le renvoi des graines » [55][55] Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines.... La reprise des invendus n’est pas très risquée car les graines repartent vers l’industrie de l’huilerie de Zélande ou de Hollande ou peuvent être remises à nouveau sur le marché breton l’année suivante [56][56] Ibid.. Selon Pinczon du Sel de Monts, les Bretons sont doublement fautifs :

« Il n’y a en Bretagne qu’un seul moulin à faire l’huile de cette graine. Les Hollandais, toujours attentifs à leurs intérêts, profitent de cette négligence pour enlever toute notre graine de lin dont ils nous revendent l’huile et souvent la même graine [57][57] Pinczon du Sel des Monts, 1756, p. 41.. »

Ces retours de vieilles graines pénalisent les producteurs car ils « ne produisent ni une récolte aussi abondante ni aussi belle » [58][58] Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur les avantages d’un..., la fraîcheur de la semence étant une qualité indispensable.

La fraude sur la qualité des graines

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La fraude sur les graines de lin est une pratique excessivement courante puisque difficilement discernable. Ainsi, la graine du pays « quand elle est belle, ne se distinguant pas facilement de celle de Riga, les commissionnaires l’enferment dans des tonneaux semblables et la vendent pour telle » [59][59] Diderot et d’Alembert, 1969, p. 549.. La qualité du produit ne peut véritablement être constatée qu’environ quatre à six semaines après les semis [60][60] Harder Gersdorff, 1980, p. 13.. Pour réduire les problèmes, un contrôle a lieu au départ et à l’arrivée. Dans les ports baltiques, la graine est soigneusement vérifiée par les acheteurs :

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« Quoique les graines de lin soient ordinairement bien purgées de toute matière étrangère, les acheteurs les font passer une fois par un crible propre à les débarrasser de la poussière qui y reste. Cette opération se fait à la livraison et au mesurage. Le vendeur supporte les déchets [61][61] Corps d’observation de la Société d’agriculture, de.... »

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Parfois, les autorités certifient la marchandise qui est ensuite conditionnée avec soin pour être facilement identifiable. À Libau, les barils sont dits « à la couronne brûlée » ou « Libau couronné à feu », c’est-à-dire marqués au fer rouge par un expert-juré (ou « braqueur ») d’une couronne surmontée de flammes [62][62] Tanguy, 1994, p. 29.. Par contre, à Riga, « il n’y a point de braqueur ou expert-juré pour certifier la qualité de la graine, c’est aux connaissances du commissionnaire qu’il faut se rapporter » [63][63] Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines.... En Bretagne, à l’arrivée des graines, les juges des régaires de Léon à Saint-Pol-de-Léon procèdent à une autre vérification de la bonne qualité des graines. Leurs exigences portent sur la fraîcheur de la semence, difficile à déceler, et l’origine, identifiable par la marque et la pureté, c’est-à-dire l’absence de graines autres que celles de lin.

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Ces précautions n’évitent pas les fraudes. À Brême, on organise la lutte contre la semence de lin néerlandaise conditionnée dans des barils qui ressemblent à ceux de la Baltique [64][64] Harder Gersdorff, 1980, p. 14.. En 1729, Guillotou de Morlaix « a été peu satisfait des six barils de lin qui lui ont été fournis précédemment ; cependant, il aime mieux les garder que d’engager un procès » [65][65] Sée, 1925, p. 186.. En 1758, selon le Président de la Bourdonnaye Montluc,

39

« On se plaint de toutes parts dans l’évêché du Léon de la mauvaise qualité des graines du Nord ; on prétend qu’on les mêle et qu’on reçoit beaucoup de vieilles graines. On a éprouvé que les graines du pays réussissaient mieux que les étrangères [66][66] Sée, 1930-31, p. 303.. »

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Toujours dans le Léon, on accuse les marchands locaux de tromper les paysans, de remettre sur le marché des graines invendues l’année précédente, d’écouler comme graine du Nord un produit dégénéré originaire du Trégor [67][67] Corps d’observation de la Société d’agriculture, de.... Selon Pinczon du Sel des Monts, les graines en provenance de Dunkerque sont des graines du Nord invendues, reconditionnées en sac en Hollande après avoir été « bénéficiées », c’est-à-dire après avoir « ôté tout ce qui paraît défectueux » [68][68] Pinczon du Sel des Monts, 1756, p. 41..

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Les négociants de Lübeck ont une réputation qui laisse penser que les manipulations sur la fraîcheur ou l’origine des graines doivent être monnaie courante. Un mémoire de 1777 affirme que les Lübeckois sont spécialisés dans les trafics divers :

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« C’est à ce métier que la plupart des patrons de navires lübeckois font une fortune considérable. Le négociant auquel ils répondent… ne court aucun risque et fait ses spéculations avec autant de sûreté et de profit qu’aucun autre [69][69] Arch. Nat., B3 426, Allemagne, mémoire sur les villes.... »

Si la fraude dont sont conscients les producteurs – sans avoir de véritables preuves – est réelle, la spéculation due aux nombreux intermédiaires est une pratique connue que subissent tous les acheteurs de graines.

Un long chemin entre le producteur et le consommateur

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Comme pour le chanvre, les particularités de la culture du lin sont l’importante quantité de travail qu’il réclame et le faible volume produit par les exploitations agricoles. En conséquence, le lin est cultivé de préférence sur les parcelles des serfs des régions est de l’Europe, où une grande partie de la récolte est utilisée à des fins domestiques, plutôt que sur les grandes propriétés [70][70] Kahan, 1985, p. 175.. Les surplus de graines, récoltés en septembre [71][71] Harder Gersdorff, 1980, p. 13., approvisionnent les petits marchés ruraux où ils sont collectés par des paysans-commerçants de détail ou par la communauté juive, qui les revendent généralement à des grossistes ou les acheminent directement vers les ports exportateurs [72][72] Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines... où se tiennent de grands marchés. La multitude des vendeurs freine la spéculation et « empêche qu’il y ait des intelligences », même s’il y a des abus « au mois de février ou mars parce qu’alors la graine est assez rare et entre les mains de beaucoup moins de personnes » [73][73] Corps d’observation de la Société d’agriculture, de....

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Dans les ports de la Baltique, les collecteurs de graines ne peuvent vendre leurs produits qu’aux habitants ayant droit de bourgeoisie. Ces derniers revendent les graines aux commissionnaires étrangers ou les expédient eux-mêmes lorsqu’ils reçoivent des ordres directs. Dans les faits, la communauté étrangère contrôle financièrement ces négociants locaux. Les paiements sont effectués à l’avance, ce qui met le vendeur sous la dépendance de l’acheteur et limite la spéculation : « Il est d’usage que l’acheteur paye la majeure partie du montant des achats à la conclusion du marché, le restant est payé à la livraison ». Les Lübeckois ont les moyens de s’accaparer ce commerce :

45

« Ils se servent du ministère des commissionnaires qui sont sur les lieux, leur envoient les navires nécessaires aux extractions et leur ouvrent un crédit sur Amsterdam ou sur Hambourg les mettant en état de remplir les ordres avec célérité et exactitude [74][74] Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines.... »

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Les graines arrivent dans les ports exportateurs « jamais plus tôt que le mois de septembre et jamais plus tard que le mois d’octobre » [75][75] Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines.... Les ventes commencent vers le mois de novembre et se poursuivent jusqu’en mars. Les navires à destination de la France chargent habituellement leurs cargaisons à la fin de l’automne, contrairement à ceux de Brême qui partent des ports de la Baltique au début du printemps. La distance entre le port exportateur et les ports de destination explique cette différence. La sortie des ports livoniens et courlandais, pris par les glaces, est généralement interrompue entre la fin du mois de décembre et le début du mois de mars et il est alors trop tard pour aller en France.

47

Les navires passent le détroit du Sund au cours des mois de décembre ou de janvier. Sur les quarante-trois navires qui viennent livrer de la graine à Roscoff entre 1751 et 1754, vingt-neuf établissent leur déclaration à la douane d’Elseneur entre le 11 décembre et le 8 janvier. En cette période hivernale, relativement difficile pour la navigation, il faut au moins un mois et demi dans le meilleur des cas voire deux mois ou plus pour parcourir la distance Elseneur-Roscoff. Les navires arrivent donc dans le port breton entre fin janvier et début mars, période relativement tardive puisque les semailles ont lieu « à la fin de mars ou au commencement du printemps, selon le tems » [76][76] Sée, 1930-31, p. 302, 303 et 305. « À Lamoian, sur....

48

Cette organisation des transports est une manœuvre volontaire : « Il est à remarquer que les graines de lin peuvent toujours être rendues aux portes de France longtemps avant de les semer » [77][77] Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines.... Cependant les passages relativement groupés laissent penser que les acheteurs sont approvisionnés en quantité suffisante avant les semailles. La réalité est tout autre et l’arrivée des navires se fait successivement pour donner lieu à de nouvelles spéculations. Les capitaines, qui jouent le rôle d’agent pour les marchands hanséates et sont intéressés dans la vente des graines [78][78] Harder Gersdorff, 1980, p. 12., organisent leurs arrivées de la manière la plus profitable. Ensuite, les commissionnaires de Morlaix ou de Roscoff, aux ordres des Lübeckois, distribuent la semence en quantités réduites (de 6 à 10 tonneaux) et à diverses reprises [79][79] Corps d’observation …, t. 2, années 1759-1760, Paris,... « à certains seconds commissionnaires qui les vendent dans les campagnes » [80][80] Sée, 1930-31, p. 304.. Et,

« s’il arrive que les vents contraires ou d’autres accidents retardent les vaisseaux et les fassent aborder au premier port l’un après l’autre, la distribution pour les autres ports se fait successivement et en petites parties […] Les paysans qui sont venus de 4, 5, 6, 8 lieues et qui ont séjourné plusieurs jours dans le port s’ennuient et craignant de n’avoir plus de graines, se déterminent à l’acheter au prix que les marchands veulent [81][81] Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines.... »

Le « mystère impénétrable » du commerce des graines de lin

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La chaîne commerciale entre le producteur de graines en Livonie ou en Courlande et le producteur de fibres apparaît fort complexe et n’est pas maîtrisée par les principaux intéressés, c’est-à-dire le fournisseur et le consommateur. Pour la Société d’Agriculture de Bretagne, l’action des intermédiaires, tout particulièrement les Lübeckois, est un « mystère impénétrable » [82][82] Corps d’observation …, t. 2, années 1759-1760, Paris,.... Pour se renseigner sur ce commerce, elle s’adresse au duc de Choiseul et plusieurs enquêtes sont diligentées afin que les négociants français puissent se procurer directement des semences dans le Nord. Si les mémoires éclaircissent certains aspects du commerce, d’autres restent obscurs pour des raisons inconnues, en particulier en Courlande, où le marché des graines est bien contrôlé par les villes hanséatiques et où le silence semble de rigueur :

50

« On n’a pu obtenir de détails sur les frais jusqu’à l’embarquement. Il y avait vraisemblablement des raisons qui empêchaient les négociants de Libau qu’on a consultés de répondre sur cet article [83][83] Ibid., p. 366.. »

51

Les composantes de la formation des prix entre le fournisseur de Courlande et le revendeur breton restent mystérieuses et le contrôle des autorités est impossible. Selon Cambry, les négociants du Nord « vendaient à des prix qu’ils établissaient à volonté » [84][84] Cambry, 2000, p. 59..

52

Le résultat de cette organisation commerciale est naturellement le prix élevé des semences, « exploitation vicieuse qui assure des profits importants aux étrangers » [85][85] Corps d’observation …, t. 2, années 1759-1760, Paris,.... En 1760, le prix d’un baril de graine de première qualité de Courlande coûte au départ environ 16 livres 8 sous [86][86] Rigsarkivet, kommercekollegiet, 1149, En novembre 1789,..., passe à 26 livres 9 sous avec les différentes taxes et le coût du fret, pour être enfin vendu sur le port de Roscoff 33 à 36 livres selon la qualité des graines [87][87] Corps d’observation …, t. 2, années 1759-1760, Paris,.... Le bénéfice pour les Lübeckois se monte ainsi, pour la première qualité, autour de 38,5 %, sans compter le gain sur le transport qui est assuré par leurs navires, ni la fraude éventuelle sur la revente de graines dépréciées.

53

Les marchands bretons qui revendent aux paysans font un bénéfice tout aussi confortable puisqu’ils proposent parfois la graine 60 à 75 livres le baril selon les circonstances (vaisseaux retardés, faibles quantités attribuées par les Lübeckois…). L’agriculteur est totalement dépendant de son fournisseur, tant pour la qualité des semences que pour le prix qu’il doit payer. Même si le montant des achats de graines représente une valeur très faible par rapport au chiffre d’affaires généré par la vente des toiles, ce fonctionnement du marché de la graine crée un état de dépendance pour la paysannerie et augmente de façon sensible le coût des toiles destinées à l‘exportation [88][88] Martin, 1988, p. 97.. Le prix élevé des semences réduit les achats effectués par les paysans, empêche l’expansion des cultures, limite l’approvisionnement de l’industrie linière, occasionne un surcoût des produits bretons et est de ce fait un frein au développement économique [89][89] Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur les avantages d’un.... L’une des causes avancées par Jean Martin pour expliquer le déclin de la manufacture des toiles bretonnes apparaît à nouveau : la multiplicité des intermédiaires « parasites », mais cette fois entre les lieux de production des graines et les lieux de production des fibres de lin [90][90] Martin, 2000, p. 124..

54

*

55

Le maintien des relations commerciales entre les fournisseurs du Nord et les marchands bretons repose toutefois sur une certaine confiance, et la fraude sur la qualité des graines est savamment organisée pour que personne ne soit totalement lésé. Les Lübeckois et les Bretons y trouvent leur compte à l’exemple de Guillotou qui ne veut pas entrer en conflit avec son fournisseur malgré une fraude évidente concernant les produits qui lui sont livrés. Les facilités commerciales offertes aux négociants leur épargnent tout risque potentiel et leur garantissent un profit certain. Le Corps d’observation de la Société d’agriculture, de commerce et des arts établie par les États de Bretagne indique que la reprise des invendus « livre les agriculteurs aux vendeurs qui n’ont aucun risque à courir sur les parties des graines qu’ils n’auront pas vendues » [91][91] Sée, 1930-31, p. 360-375.. La seule obligation pour les marchands bretons est « de payer exactement au bout de l’an sans pouvoir s’en dispenser sous prétexte qu’ils n’ont pas été payés par les paysans » [92][92] Corps d’observation …, t. 2, années 1759-1760, Paris,....

Lübeckois et Bretons se satisfont du système mis en place. Le seul problème pour ces derniers est que l’information est entre les mains des Lübeckois et que ce sont eux seuls qui déterminent la qualité, la quantité et le prix du produit. La majeure partie des gains profite à Lübeck, mais à l’intérieur d’une structure où les deux protagonistes gagnent et ont intérêt à la continuité des échanges.


Annexe

Mémoire sur le commerce des graines de lin à semer à Königsberg. Source : Arch. Nat., B3 432

56

Les paysans et les juifs de Pologne y apportent les graines de lin à semer dans des tonnes. Il ne leur est permis de les vendre qu’aux bourgeois ou négociants ayant droit de bourgeoisie. Ceux-ci les revendent aux négociants étrangers établis dans la ville où les expédient eux-mêmes lorsqu’ils en reçoivent les ordres ce qui les rend en même temps vendeurs et commissionnaires.

57

La graine de lin à semer, avant d’être chargée dans les navires doit avoir été certifiée telle par un braqueur ou expert juré qui appose sur chaque tonne une marque pour désigner que la graine qui y est contenue est propre à servir de semence.

58

Les ventes de graines de lin commencent vers le mois de novembre et continuent jusqu’en mars. Le prix de cette denrée varie beaucoup, on l’a vendue à 8 florins au plus bas prix et à 16 florins au plus haut. Cela dépend de l’abondance ou de la médiocrité des récoltes ainsi que des demandes plus ou moins fortes de la part des étrangers. Les quantités qui s’en exportent chaque année roulent de 12 à 18 tonnes.

59

Il arrive quelquefois que la graine de lin ne peut être chargée immédiatement après l’achat. Il est d’usage alors que l’acheteur paye la majeure partie du montant des achats à la conclusion du marché, le restant est payé à la livraison.

60

Quoique les graines de lin soient ordinairement bien purgées de toute matière étrangère, les commissionnaires les font passer une fois par un crible propre à les débarrasser d’une même poussière qui reste. Cette opération se fait avant la livraison. Le déchet qui en résulte est supporté par le vendeur.

61

Il est très difficile de faire des monopoles à l’égard de ce commerce à cause de la multitude des vendeurs. Si cela arrive quelquefois, ce qui est cependant très rare, ce n’est qu’en février et en mars, qu’il reste peu de graines à vendre, et entre les mains de peu de personnes. Les manœuvres qu’on peut mettre en usage pour exercer les monopoles ne réussissent pas même toujours.

62

Comme cette marchandise a un prix courant dans le temps de ventes, les commettants ne limitent point leurs ordres à cet égard, ils s’en rapportent à l’intelligence et à la probité de leurs commissionnaires. La nécessité où sont les étrangers d’envoyer des navires pour prendre les graines, parce qu’il est incertain qu’il y en ait à accoster rendrait dangereuse la précaution des limites touchant le prix, puisqu’on serait exposé à payer le fret en pure perte.

63

La tonne contient 2 boisseaux ½ de Prusse. Il en faut 60 pour faire 19 septiers de Paris. Le fret de Königsberg à Amsterdam roule de 50 à 60 stuyvers ou sols courant d’Hollande pour une tonne.

Commerce des graines de lin à semer à Riga

64

Les graines de lin à semer y viennent de la Livonie et de la Courlande dans des tonnes de chêne et très rarement en tonnes de sapin. Les paysans qui les apportent ne peuvent les vendre qu’aux négociants bourgeois de la ville. Les commissionnaires étrangers les achètent de ces derniers. Ce commerce a lieu en septembre et en octobre, temps de l’arrivée des grains. Il dure jusqu’à la fin de décembre, que les glaces interrompent la navigation.

65

Il n’y a point de braqueur ou expert juré pour certifier la qualité de la graine, c’est aux connaissances du commissionnaire qu’il faut s’en rapporter.

66

Les graines de lin sont en général bien nettoyées et purgées de toute semence, ou matière étrangère. Cependant on le fait passer par un crible propre à les purger de la poussière même.

67

Le prix de cette marchandise est ordinairement de 8’’ à 10’’ frentz Albers la tonne. Trois frentz font une rixdalle alberts qui équivaut selon le cours actuel à ……… d’Hollande.

68

Selon les dimensions qu’on a marquées à Riga, la tonne a un pied et cinq pouces de diamètre aux deux fonds et 2 pieds 6 pouces de hauteur. La circonférence du milieu est de 5 pieds 6 pouces, le tout mesure de Hollande.

69

On compte 12 tonnes pour un last dont le fret pour la Hollande coûte 15’’ à 20’’ florins courant d’Hollande et pour les cottes de France de 20’’ à 25’’ florins. Du reste le commerce des graines de lin à semer s’exploite à Riga ainsi qu’à Königsberg.

70

Libau fournit aussi des graines de lin à semer, celles qu’on exporte dans des tonnes marquées à la couronne brûlée et estimée la meilleure.

Les Hollandais et les Lübeckois en tirent la plus grande partie. Ils en font des envois en France asses considérables. Il est des années ou ils en écoulent à Rosko [Roscoff] seul 8 à 10 florins mille tonnes. Les prix les plus ordinaires sont de 10 à 14 florins de Pologne qui valent environ 25 sols de France. On l’y a vu à 6 ½ florins la tonne au plus bas prix. On en exporte de 20 à 25 mille tonnes ou barils chaque année.

Exploitation du commerce des graines de lin en Bretagne

71

Il l’y fait par des négociants de Lübeck et d’Hollande. Ils les font acheter par des commissionnaires à Königsberg, à Riga et à Libau d’où elles sont envoyées aux ports de Bretagne soit directement soit par Amsterdam. Elles arrivent principalement à Rosko [Roscoff]. De là, on les distribue dans les différents ports en proportion des grains qui arrivent. On les divise encore aux marchands détailleurs de chaque port.

72

Le prix ordinaire que les marchands bretons paient aux Hollandais et Lübeckois est de 33’’ le baril ou tonne et 36’’ celui à la couronne brûlée. Les Bretons ont un an de crédit et peuvent renvoyer les graines qu’ils n’ont pas vendues. Ils sont seulement tenus de payer exactement au bout de l’an sans pouvoir s’en dispenser sous prétexte qu’ils n’ont pas été payés des paysans. Ce sont leurs affaires.

73

Le grand abus qui règne dans ce pays est très préjudiciable à la nation et particulièrement à la Bretagne. Le marchand ou plutôt le commis breton qui paie le baril de lin 33’’, le vend quelquefois 75’’ suivant les circonstances. S’il arrive que les vents contraires ou d’autres accidents retardent les vaisseaux et les fassent aborder au premier port l’un après l’autre, la distribution pour les autres ports se fait successivement et en petites parties. C’est dans ces temps où les Bretons qui ne reçoivent que 6 ou 10 barils à la fois augmentent le prix d’une marée à l’autre au point que par ces retards, il en est de vendu jusqu’à 75’’. Les paysans qui sont venus de 4, 5, 6, 8 lieues et qui ont séjourné plusieurs jours dans le port s’ennuient et craignant de n’avoir plus de graines, se déterminent à l’acheter au prix que les marchands veulent. Les principaux ports ou arrivent les graines de lin à semer sont Rosko, Tréguier, Pontrieux, St Brieuc et Morlaix.

74

On ne saurait imaginer une manutention de commerce plus mal entendue, ni plus préjudiciable puisqu’elle porte sur la culture d’une matière essentielle et nécessaire et par une suite infaillible sur les fabriques des toiles si importantes à la nation et à la Bretagne. Quelques réflexions sur l’exploitation actuelle qu’on vient d’expliquer suffiront pour les démontrer.

75

On vient de voir que les Lübeckois et les Hollandais font seuls le commerce de graines de lin à semer et que les Bretons ne sont proprement que les facteurs des premiers, de là ces monopoles odieux dont la culture des lins et les fabriques de toile sont les victimes. Il est facile de concevoir combien celles-ci doivent avoir de peine à soutenir la concurrence des fabriques des autres nations dans les marchés étrangers. L’extrême importance de cette fabrication invite la France et la Bretagne en particulier à rendre ce commerce direct et à détruire par les moyens les plus efficaces ces monopoles destructeurs.

76

L’accord qui règne entre les fournisseurs des graines de lin et les marchands bretons dévoile les profits considérables que font les étrangers en France dans ce commerce et combien ils ont de cœur à s’en conserver la possession. Ils accordent aux nationaux un an de ferme et la liberté de renvoyer la graine qu’ils n’ont pas vendue.

77

Rien n’est plus séduisant et plus commode pour les détailleurs bretons, ni plus funeste aussi aux laboureurs et aux fabricants de toile sans fonds et sans mettre un sol de leur argent, ils font un commerce très lucratif et certain.

78

La liberté de renvoyer les graines les met en état de ne proposer à la vente que des quantités médiocres pour en soutenir ou faire hausser le prix. À cette manœuvre toujours efficace vis-à-vis du besoin, ils en joignent une autre, c’est de faire arriver les graines que peu de temps avant les semailles et successivement pour rendre leurs opérations plus sûres et plus avantageuses.

79

Les Hollandais et les Lübeckois fournisseurs n’ignorent pas ces menées qui leur font revenir beaucoup de graines mais comme le prix sur ce qui est vendu les dédommage surabondamment, ils supportent sans peine le désavantage des renvois et cette espèce de dépendance où ils sont de leurs facteurs. D’ailleurs ils ont en cela une double ressource : ils font servir les graines à faire de l’huile ou ils les renvoient l’année suivante. Cette réexpédition diminuant leur demande dans le Nord, y tient les graines à plus bas prix ce qui leur fait gagner infiniment plus qu’ils ne peuvent souffrir de diminutions dans leurs profits par les renvois des graines.

80

Pour cacher à nos négociants les lieux d’extraction des graines à semer on les fait passer en Hollande d’où elles sont réexportées en France. Un négociant français qui voulut en faire passer 100 tonnes à Dunkerque et 100 tonnes dans un des ports de Bretagne directement a été obligé de faire embarquer les 200 tonnes dans un navire destiné pour Amsterdam.

81

Il est à remarquer que les graines de lin peuvent toujours être rendues aux portes de France longtemps avant le temps de les semer.

82

Une exploitation de commerce aussi pernicieuse à la France ne saurait être détruite trop promptement pour lui substituer la seule qui lui convienne. Les Hollandais et les Lübeckois lui ont montré la route du Nord et les moyens simples des extractions.

83

Ils se servent du ministère des commissionnaires qui sont sur les lieux, leur envoient les navires nécessaires aux extractions et leur ouvrant un crédit sur Amsterdam ou sur Hambourg les mettant en état de remplir les ordres avec célérité et avec exactitude. On observera que dans toutes les villes commerçantes de la Baltique, il n’y a de chargement établi que sur les deux villes ci-dessus annoncées. Petersbourg, Narva, Viborg, et Reval ne chargeant qu’avec Amsterdam.

Les Anglais, malgré leur grand commerce dans tous les ports de la Baltique et leurs tentatives réitérées n’ont encore pu parvenir à arracher aux Hollandais les avantages du change. La raison en est que la majeure partie des fonds qu’on y a à remettre sont dus directement ou indirectement à la France et aux États du Midi de l’Europe d’où viennent originairement presque toutes les denrées et marchandises propres aux consommations de ces contrées.

La France tient sans contredit le premier rang parmi ces États par la variété et l’abondance des produits de son cru et de son industrie qu’elle y écoule et par l’étendue de ses extractions. Cependant elle ne prend presque aucune part dans l’un et l’autre commerce qu’elle abandonne en entier aux Hollandais, Anglais et Hambourgeois.


Bibliographie

  • Bang, Nina E., et Korst, Knut, Tabeller over skibsfart og Varentransport gennem Øresund 1661-1783 og gennem Strorebælt 1701-1748 (Tables de la navigation et du transport passant par le Sund, 1661-1783 et par le Grand Belt, 1701-1748) ;
  • t. iv. Première partie, Tables de la navigation, Copenhague-Leipzig, 1930 ;
  • t. v. Deuxième partie, Tables du transport des marchandises. Premier demi-tome, 1661-1720, Copenhague-Leipzig, 1939 ;
  • t. vi. Deuxième partie, Tables du transport des marchandises. Deuxième demi-tome, 1721-1760, Copenhague-Leipzig, 1945 ;
  • t. vii. Deuxième partie, Tables du transport des marchandises. Deuxième demi-tome, Transport par le Sund 1761-1783 et par le Grand Belt, 1701-1748, Copenhague-Leipzig, 1953.
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  • —, Toiles de Bretagne. La manufacture de Quintin, Uzel et Loudéac, Rennes, pur, 1998 ;
  • —, « Un échec proto-industriel : la manufacture des toiles Bretagne », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 107, 2, 2000, p. 101-134.
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  • —, « Un mémoire du Président de la Bourdonnaye Montluc sur la culture et le commerce du lin (juin 1758) », Annales de Bretagne, 39, 3, 1930-31, p. 301-305.
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Notes

[1]

Zoutis, 1960, p. 84.

[2]

Dunsdorfs, 1938, p. 268-269, donne les qualités suivantes : Qualité supérieure : 1) Paternoster ; 2) Mattenflachs ; 3) Samoitisches ; 4) Nerritz ; 5) Bauskescher gehechelt ; - Seconde qualité : 1) Rositisches ; 2) Preussisches ; 3) Bauskescher ungehechelt ; 4) Moskovitisches (Russisches).

[3]

Rigsarkivet, Copenhague, Kommercekollegiet, 1126, 1149… Les listes de prix à Riga au cours de la décennie 1780-1789 recensent les variétés suivantes : Marienburger, Marienburger geschnitten, Marienburger Risten Dreiband, Drujaner Rakitzer, Drujaner Badstuben Geschnitten, Drujaner Risten Drieband, Littausch Rakitzer, Littausch Pater Noster, Thisenhausen, Badstuben Pater Noster, Liefländisch Dreiband.

[4]

Rigsarkivet, Copenhague, Kommercekollegiet, 1136,1137, 1139, 1141, 1142, 1144, 1145, 1146, 1148 et 1149.

[5]

Harder Gersdorff, 1980, p. 6.

[6]

Dorošenko, 1978, p. 65.

[7]

Corps d’observation de la Société d’agriculture, de commerce et des arts établis par les États de Bretagne, t. 2, années 1759-1760, Paris, 1772, p. 362 et 365.

[8]

Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines à semer à Königsberg et à Riga.

[9]

Bang et Korst, 1930, 1939, 1945, 1953.

[10]

Kisch, 1959.

[11]

Corps d’observation de la Société d’agriculture, de commerce et des arts établis par les États de Bretagne, t. 2, années 1759-1760, Paris, 1772, p. 362 et 365.

[12]

Diderot et d’Alembert, 1969, p. 549.

[13]

Harder Gersdorff, 1980, carte p. 11.

[14]

Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines de lin à semer à Königsberg et à Riga, du 21 janvier 1765.

[15]

Diderot et d’Alembert, 1969, p. 549-551.

[16]

Tanguy, 1994, p. 30. « Le nouveau lin (« linette de Flandre ») demande moins de travail et d’engrais et surtout, alors que l’ancien lin, cultivé seulement dans les court-ils ne mesurait qu’un pied de haut, le nouveau, semé maintenant en plein champ, atteint trois à quatre pieds, soit de 0,96 m à 1,28 m ».

[17]

Diderot et d’Alembert, 1969, p. 549.

[18]

Martin, 2000, p. 116.

[19]

Harder Gersdorff, 1980, p. 20.

[20]

Quéré, 1992, p. 158.

[21]

Sée, 1930-31, p. 303.

[22]

Pinczon du Sel des Monts, 1756, p. 41.

[23]

Corps d’observation de la Société d’agriculture, de commerce et des arts établis par les États de Bretagne, t. 2, années 1759-1760, Paris, 1772, p. 197 et suiv.

[24]

Léon, 1968, p. 526.

[25]

Martin, 1988, p. 182.

[26]

Minois, 1984, p. 118.

[27]

Corps d’observation de la Société d’agriculture, de commerce et des arts établis par les États de Bretagne, t. 2, années 1759-1760, Paris, 1772, p. 370.

[28]

Sée, 1925, p. 186.

[29]

Tanguy, 1994, p. 28. Un document de 1636 « sur la culture du lin dans les environs de Saint-Brieuc parle de l’arrivée de nouvelles graines de lin ‘de danzic de flandre’ » (Arch. dép. Côtes d’Armor, B 1135).

[30]

Arch. dép. Finistère, 23 B, Juridiction des régaires du Léon. Tanguy, 1994, p. 29.

[31]

Ces chiffres sont proches de ceux de Jean Tanguy : 91,6 % pour Libau, 5,2 % pour Memel, 2,3 % pour Riga et 0,1 % pour Königsberg.

[32]

Martin, 1988, p. 97.

[33]

Arch. dép. Ille-et-Vilaine, C 3929.

[34]

Tanguy, 1994, p. 11 et suiv.

[35]

Léon, 1978, p. 519.

[36]

Deyon, 1979, p. 89.

[37]

Martin, 2000, p. 124 et suiv.

[38]

Bottin, 1988, p. 977.

[39]

Rosselle, 1987, p. 744. Selon un mémoire de l’abbé Raymond de Fabry, daté de 1788 (Arch. dép. Pas-de-Calais, IJ 342), « les Artésiens font aussi quelque commerce de lin en tige qu’ils font passer en Normandie ».

[40]

Engrand, 1979, p. 66-67.

[41]

Prévot, 1957, p. 220.

[42]

Pfister, 2000, p. 163.

[43]

Deyon, 1979, p. 89.

[44]

Sabbe, 1945, p. 87-88.

[45]

Terrier et Toutain, 1979, p. 22-23.

[46]

Deyon, 1979, p. 89.

[47]

Léon, 1978, p. 519.

[48]

Arch. Nat., F12 556, cité par Prévot, 1957, p. 225.

[49]

Tanguy, 1994, p. 30.

[50]

Corps d’observation de la Société d’agriculture, de commerce et des arts établis par les États de Bretagne, t. 2, années 1759-1760, Paris, 1772, p. 199. Les rédacteurs stigmatisent ce monopole des Lübeckois et l’absence de maisons françaises à Riga.

[51]

Cambry, 2000, p. 59.

[52]

Sée, 1925, p. 186. Le négociant insiste pourtant auprès de son correspondant hollandais : « Ne négligez pas les graines de lin car je compte fort sur cette entreprise… » (lettre du 16 septembre 1729).

[53]

Cambry, 2000, p. 59-60.

[54]

Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur les avantages d’un commerce direct entre la France et la Russie (1767).

[55]

Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines de lin

[56]

Ibid.

[57]

Pinczon du Sel des Monts, 1756, p. 41.

[58]

Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur les avantages d’un commerce direct entre la France et la Russie (1767).

[59]

Diderot et d’Alembert, 1969, p. 549.

[60]

Harder Gersdorff, 1980, p. 13.

[61]

Corps d’observation de la Société d’agriculture, de commerce et des arts établis par les États de Bretagne, t. 2, années 1759-1760, Paris, 1772, p. 360.

[62]

Tanguy, 1994, p. 29.

[63]

Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines de lin à semer

[64]

Harder Gersdorff, 1980, p. 14.

[65]

Sée, 1925, p. 186.

[66]

Sée, 1930-31, p. 303.

[67]

Corps d’observation de la Société d’agriculture, de commerce et des arts établis par les États de Bretagne, t. 2, années 1759-1760, Paris, 1772, p. 42-43.

[68]

Pinczon du Sel des Monts, 1756, p. 41.

[69]

Arch. Nat., B3 426, Allemagne, mémoire sur les villes hanséatiques du 10 janvier 1777.

[70]

Kahan, 1985, p. 175.

[71]

Harder Gersdorff, 1980, p. 13.

[72]

Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines de lin

[73]

Corps d’observation de la Société d’agriculture, de commerce et des arts établis par les États de Bretagne, t. 2, années 1759-1760, Paris, 1772, p. 360.

[74]

Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines de lin

[75]

Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines de lin

[76]

Sée, 1930-31, p. 302, 303 et 305. « À Lamoian, sur une terre qui avait produit moitié froment, moitié seigle, l’année 1757, on a étendu du gouesmon à Noël […]. En février on a charrué cette terre. Trois semaines après, au commencement de mars, on a aplani la terre avec la marre ou large éterpe et dans l’instant on a semé la graine de lin. » À Guiclan, « au mois d’avril on rompt les sillons avec la marre et on sème. » À Coëtnisan « on sème ordinairement depuis le 15 avril jusqu’à la fin de ce mois. »

[77]

Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines de lin

[78]

Harder Gersdorff, 1980, p. 12.

[79]

Corps d’observation …, t. 2, années 1759-1760, Paris, 1772, p. 368.

[80]

Sée, 1930-31, p. 304.

[81]

Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur le commerce des graines de lin

[82]

Corps d’observation …, t. 2, années 1759-1760, Paris, 1772, p. 199.

[83]

Ibid., p. 366.

[84]

Cambry, 2000, p. 59.

[85]

Corps d’observation …, t. 2, années 1759-1760, Paris, 1772.

[86]

Rigsarkivet, kommercekollegiet, 1149, En novembre 1789, à Riga, les prix varient de 18 £ 5 s 6 d. à 19 £ 7 s.

[87]

Corps d’observation …, t. 2, années 1759-1760, Paris, 1772, p. 368.

[88]

Martin, 1988, p. 97.

[89]

Arch. Nat., B3 432, Mémoire sur les avantages d’un commerce direct avec la Russie.

[90]

Martin, 2000, p. 124.

[91]

Sée, 1930-31, p. 360-375.

[92]

Corps d’observation …, t. 2, années 1759-1760, Paris, 1772, p. 368.

Résumé

Français

Au cours de la période moderne, la graine de lin en provenance des provinces baltes est considérée comme une semence de qualité supérieure et devient indispensable à l’agriculture de l’Europe occidentale. La Bretagne, une des plus importantes provinces toilières de France, importe de grandes quantités de graines du port de Libau en Courlande. Les importations bretonnes sont totalement contrôlées par les négociants du port de Lübeck qui font ainsi de confortables bénéfices. Le coût élevé des semences est l’une des raisons expliquant le déclin de la production des toiles bretonnes au xviiie siècle.

Mots-clés

  • Bretagne
  • commerce
  • graines de lin
  • négociants
  • production textile
  • provinces baltiques
  • transport maritime

English

During early modern times the flax seeds from the Baltic countries were considered high quality seeds and became indispensable to Western European agriculture. Brittany was one of the major provinces for textile manufactures in France and this region imported large quantities of seeds from the port of Libau in Courland. The Britton imports were entirely controlled by merchants from the port of Lübeck, which thus made comfortable profits. The high prices for seeds is one of the reasons which explains the decline in the production of Britton textile in the 17th century.

Keywords

  • trade
  • shipping
  • merchants
  • flax seeds
  • textile production
  • Baltic countries
  • Brittany

Español

A lo largo de la época moderna, la linaza procedente de las provincias bálticas se consideraba como una semilla de calidad superior y llegó a ser imprescindible para la agricultura de la Europa occidental. Bretaña, una de la provincias teleras francesas más importantes, importa grandes cantidades de semillas desde el puerto de Libau en Curlandia. Las importaciones bretonas las controlan enteramente los mercaderes del puerto de Lübeck, con beneficios respetables. El coste elevado de las semillas es una de las causas del declive de la producción de telas bretonas en el siglo xvii.

Palabras claves

  • comercio
  • transporte marítimo
  • negociantes
  • linaza
  • producción textil
  • provincias bálticas
  • Bretaña

Pour citer cet article

Pourchasse Pierrick, « De Libau à Roscoff. L'indispensable graine de lin de Courlande», Histoire & Sociétés Rurales 2/2010 (Vol. 34) , p. 53-78
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2010-2-page-53.htm.


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