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Histoire & Sociétés Rurales

2010/2 (Vol. 34)


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Située sur le littoral occidental de la Haute Corse, la Balagne compte une trentaine de villages localisés pour la plupart à flanc de coteau et surplombant les plaines littorales (carte 1)[1][1] Les quatre villages du Giunsani n’ont pas été pris.... À l’époque moderne et au xixe siècle, la richesse agricole de cette région repose sur l’olivier, les céréales et la vigne. Si l’élevage ovin et caprin est partout présent, il ne joue qu’un rôle accessoire dans la plupart des communes de la basse Balagne. Sans occuper à plein temps l’ensemble de la population, l’agriculture est pratiquée par tous les ruraux et, à ce titre, la distinction entre « maison paysanne » et « maison rurale » n’a pas de réalité dans la Balagne rurale et littorale. En effet, l’économie ne structure que faiblement la maison. Si sa vocation première est de servir de logement, elle est aussi un lieu de conservation des produits alimentaires et accueille, parfois, des bâtiments d’exploitation. Socle de la cellule familiale, la protection de la maison est une préoccupation de tous les instants et chacun s’attache à la préserver dans le giron familial. Elle est ainsi considérée comme un espace pérenne mais à une autre échelle de temps, au fil des acquisitions, des partages, des évolutions de la cellule familiale mais également des changements de modes d’occupation, elle s’inscrit dans le mouvement. Il est donc bien difficile de la considérer comme une unité d’espace bien définie tant ses limites sont fluctuantes. La maison est aussi un produit social. En Balagne, comme dans le reste de l’île deux grands groupes composent les communautés villageoises : les notables, nobili de l’époque moderne, sgio du xixe siècle, grands propriétaires terriens, minoritaires, et le popolo composé de journaliers, bergers, artisans ou petits propriétaires.

Carte 1 - La Balagne littoraleCarte 1

La maison balanine : ce que nous en disent les archives

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Les différents travaux de recherche sur la maison corse, comme pour l’ensemble du bâti rural insulaire, ont privilégié l’aspect architectural à partir d’observations et d’enquêtes faisant le plus souvent appel à l’ethnologie [2][2] En particulier Raulin et Ravis Giordani, 1978, et Borel.... À partir de ces matériaux, notre objectif est de confronter voire de compléter les données en nous appuyant sur les sources archivistiques. Sur deux siècles, les documents mobilisés – les registres notariés (appelés ceppi à l’époque moderne) et en particulier les actes de ventes (80), les partages (23) et les inventaires (14) [3][3] Arch. dép. Haute-Corse, pour le xviiie siècle, Registres... – présentent des difficultés d’interprétation. Selon les périodes, les notaires et les documents, les informations fournies diffèrent : si tous les actes du xviiie siècle précisent le statut social des personnes à l’origine de l’acte, il n’en n’est pas de même pour ceux du xixe siècle [4][4] Au xviiie siècle, les notables font précéder leur nom... ; les actes de vente ne mentionnent jamais la superficie des bâtiments ; l’indication du nombre de pièces est aléatoire.

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Enfin, les limites de la maison sont toujours précisées grâce à la mention des rues et des noms des propriétaires du bien attenant. Les partages, peu détaillés au xviiie siècle le sont beaucoup au xixe avec la localisation des pièces, les servitudes diverses. Les inventaires restent d’inégale qualité. Peu précis au xviiie siècle, ceux du siècle suivant détaillent davantage les objets identifiés mais seuls deux documents fournissent l’évaluation des objets contenus dans la maison. Enfin, pour mieux cerner les stratégies familiales et patrimoniales concernant le bâti, les dots, les testaments et les patrimoines ecclésiastiques n’ont pas été oubliés car ils offrent parfois des renseignements sur la structure de l’habitat, en particulier les testaments-partages du xixe siècle.

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L’étude de la documentation soulève des problèmes terminologiques. Dans une île où cohabitent plusieurs langues – italien et corse au xviiie siècle, auxquelles s’ajoute le français au xixe –, un terme identique peut évoquer des réalités différentes. La difficulté survient surtout pour le vocabulaire spécifique des différents espaces de la maison et pour le mobilier. Elle est accentuée quand les notaires utilisent plusieurs orthographes pour un même mot.

Au fonds documentaire que l’on vient de présenter, se sont adjoints quelques enquêtes [5][5] Aux Arch. dép. Haute-Corse : le Dénombrement de la..., les rôles cadastraux d’Aregno de 1826 et 1872 et quelques sources éparses [6][6] Arch. dép. Haute-Corse, Fonds de la sous-préfecture.... Le village d’Occi, abandonné au cours du xixe siècle et aujourd’hui situé sur la commune de Lumio, a également fait l’objet d’un travail de terrain.

À partir de ce corpus documentaire relatif à l’habitation balanine, notre recherche s’intéresse à l’importance de la maison pour la lignée familiale, à son insertion dans l’espace plus large du village mais aussi en tant que reflet des structures sociales et économiques. Deux axes principaux sont ici privilégiés : l’aspect général de la maison et son importance pour chaque famille. Pour chacun d’entre-eux, l’étude s’est attachée à percevoir les permanences et les évolutions tout au long de la période envisagée. Dans la mesure du possible, les résultats obtenus sont comparés à d’autres régions rurales continentales.

L’aspect général de la maison balanine

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Pour caractériser la maison de la Balagne, quatre éléments d’indentification sont proposés : sa forme générale, les différents espaces qui la composent, les matériaux utilisés pour sa construction et son insertion dans l’espace villageois.

Une « maison bloc »

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Dans le dernier siècle de l’époque moderne, le modèle de maison le plus courant se présente sous la forme d’une maison bloc, avec le plus souvent un rez-de-chaussée et un étage [7][7] Le même constat est fait par Antoine-Laurent Serpentini.... Les documents notariés et les constatations de terrain, à Occi notamment, montrent que le rez-de-chaussée, de plain pied (a pian di terreno), est en voûte (fatto a volta ou in volta)(figure 1).

Figure 1 - « Maisons-bloc » à Occi à deux niveauxFigure 1

Les parties effondrées permettent de voir les rez-de-chaussée voûtés, les linteaux encadrant la porte de même que quelques murs intérieurs enduits de chaux.

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Le voûtement présente les avantages d’être incombustible et imputrescible, de s’opposer aux échanges thermiques et aux remontées d’humidité. Il est à même de recevoir la charge des cloisonnements verticaux. La voûte en berceau, de loin la plus commune, n’exclut pas les voûtes d’arête notamment pour les demeures de fort volume. Selon Henri Raulin et Georges Ravis-Giordani, dans les propriétés dont les pièces occupent deux niveaux, l’habitation est réservée à l’étage et le niveau inférieur à des usages d’exploitation [8][8] Raulin et Ravis-Giordani, 1978, p. 45.. Dans ce cas la maison balanine peut-être assimilée à une maison en hauteur [9][9] Trochet, 2006, p. 179.. C’est une forme commune que l’on retrouve dans l’espace méditerranéen continental et, au-delà, dans l’Europe méridionale [10][10] Ibid., p. 179-180.. Cependant, dans les documents du xviiie siècle (ventes, dots ou testaments), certains rez-de-chaussée sont habités [11][11] Par exemple en 1739, dans un partage, Marcello se voit.... L’accès au premier se fait de l’intérieur par une trappe à l’aide d’une échelle (scala) en bois (figure 2). C’est d’ailleurs généralement le cas dans l’aire méditerranéenne [12][12] Trochet, 2006, p. 210. L’escalier extérieur se rencontre....

Figure 2 - Trappe permettant le passage du rez-de-chaussée à l’étage. Maison Mariani-Croce, AregnoFigure 2
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À la fin du xviiie siècle, l’existence d’escaliers extérieurs en pierres ne peut-être exclue. Dans le village d’Occi, on en compte deux pour dix maisons [13][13] Arch. dép. Haute-Corse, Dénombrement de 1769 et enquête.... Il s’agit des deux plus grandes habitations pour lesquelles nous connaissons la chronologie de la construction. Un des escaliers a été rajouté postérieurement à la construction, alors que pour l’autre bâtiment, qui date de 1788, cela ne paraît pas être le cas. Les marches sont généralement accolées perpendiculairement au mur et, souvent, dans le muret qui limite le perron prend place une banquette qui forme le terrazzolo. Dans les actes étudiés pour le xixe siècle, les mentions d’escaliers en pierres sont plus nombreuses, à l’extérieur mais aussi à l’intérieur. Les premiers apparaissent en tant que tels dans les rôles d’imposition de 1872 et à Aregno, sur le plan cadastral, moins du quart des maisons en est pourvu.

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Les ouvertures, généralement peu nombreuses, servent d’issues, à éclairer et à ventiler. Moins grandes et moins fréquentes au rez-de-chaussée par rapport à celles de l’étage, les fenêtres offrent des formes différentes : hautes et étroites, ou plus petites, carrées avec parfois seulement une trentaine de centimètres de côté comme à Occi. Certaines ont été murées à l’extrême fin du xviiie siècle ou au tout début du xixe siècle, après une disposition du 4 frimaire an vii qui établit une contribution sur les portes et les fenêtres de tous les bâtiments servant de logement [14][14] Elle concerne les villages de moins de 5 000 âmes c’est-à-dire.... Sans vitres aux fenêtres ou avec un minimum de carreaux, les ouvertures sont closes grâce à des volets intérieurs (figure 3).

Figure 3 - Fenêtre fermée par des volets intérieurs dans la salle de la maison Mariani-Croce AregnoFigure 3
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Au xixe siècle les ouvertures, qui donnent de la valeur aux pièces, se multiplient. Les actes notariés en attestent avec les mentions suivantes : pièces « éclairées » ou « sans lumière », pourvues d’une fenêtre ou de plusieurs, caves dites « claires » ou « obscures ». Les portes sont la plupart du temps surmontées d’un linteau constitué d’un monolithe de granit que l’on retrouve souvent de chaque côté. Leurs dimensions diffèrent, beaucoup font 70 à 80 cm de largeur pour une hauteur assez variable qui oscille, pour les maisons d’Occi, de moins d’1m 50 à plus d’1 m 80. En outre, il existe parfois, dans les habitations les plus grandes, une porte dite maestra (principale) qui permet d’accéder aux différentes parties de la maison.

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Au total, dans le dernier tiers du xixe siècle, 40 % des maisons de la Balagne présentent un seul étage. Ce type de bâtiment arrive en tête dans 18 villages [15][15] Arch. dép. Haute-Corse, Recensement de 1886, 1Z120. Un tiers des demeures a deux étages : ce type de construction domine dans neuf communes. Enfin, quand un troisième niveau existe – seulement 10 % des cas recensés –, c’est la conséquence d’une impossibilité d’agrandissement à l’horizontale pour des raisons de place disponible et non pas, comme dans les régions castanéicoles de l’île, à l’adjonction d’un séchoir à châtaignes. L’aspect « bloc » de la maison balanine est renforcé par la prédominance des toits terrasses. Dans l’enquête de l’an x[16][16] Arch. dép. Haute-Corse, Elenco Arrondissement de Calvi..., la présence de toits de tuiles n’est en effet attestée qu’à Calenzana et Moncale où les maisons sont couvertes de coppii, c’est à dire de tuiles romaines dont la tuile canal est la dérivée simplifiée. Ce que confirme Gregorovius dans les années 1850 : « La plupart des maisons, en pierres brutes ont une toiture d’argile, parfois recouverte de végétation » [17][17] Gregorovius, 1996-1997, vol. ii, p. 12..

La maison au sein du village

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Le groupement et la densité de l’habitat figurent parmi les caractéristiques de l’habitat de la Balagne. S’il est difficile de connaître avec précision l’aspect des villages au xviiie siècle, on sait qu’ils sont formés d’un nombre variable de blocs compacts de maisons accolées par un mur mitoyen et imbriquées (figure 4).

Figure 4 - Enfilade de maisons accolées à OcciFigure 4

On repère aisément les différentes phases de construction

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Les pierres témoins laissées dans le mur en apportent un exemple éclairant (figure 5).

Figure 5 - Pierres témoins à OcciFigure 5
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En toute légalité, les pierres saillantes permettent à un nouveau bâtiment de prendre appui sur la construction en place, que ce soit au rez-de-chaussée ou à l’étage avec la possibilité de construire en terrasse. Cette imbrication du bâti n’est pas une singularité locale car au-delà de la diversité du bâti, on la retrouve dans les campagnes méditerranéennes [18][18] Amouretti, Comet, et Pomponi, 1978, p. 144. comme dans les Serres du Quercy [19][19] Trochet, 2006, p. 199.. Les modifications successives laissent donc des traces visibles qui offrent autant d’indices permettant d’esquisser une chronologie des constructions.

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En l’an x à Lunghignano, on compte une cinquantaine d’habitations pour seulement sept pâtés de maisons (piante di casa). Cette configuration n’exclut pas pour autant l’existence de rares bâtisses isolées : deux à Cassano pour 50 maisons unies les unes aux autres [20][20] Arch. dép. Haute-Corse, Elenco Arrondissement de Calvi.... Un quartier regroupe souvent des proches parents, tant agnatiques que cognatiques (carte 2). Au fil des générations les cousinages deviennent plus ténus. La prépondérance d’une famille sur un pâté de maisons s’inscrit dans des contrées où l’habitat s’est constitué par adjonction successive de constructions, comme à Saint-André dans les Alpes [21][21] Collomp, 1983, p. 84-87..

De la fin du xviie siècle jusqu’au xixe siècle, la Colombaggia reste le quartier des Negretti d’Aregno. C’est là, autour de la piazza all’olmo [22][22] La place à l’orme qui existe dans de nombreux villages..., que l’habitat est certainement le plus ancien et le plus dense. Un peu plus en amont dans le village, au cours du xviie siècle, la place située devant l’église paroissiale est devenue la place principale (piazza maggiore)[23][23] Elle est appelée piazza maggiore ou piazza Santa Croce.... Durant l’époque moderne, les assemblées des chefs de feux destinées à élire les officiers municipaux s’y déroulent. Elle est entourée de maisons datant au moins de cette époque, dont celle des Casta. Elle demeure par la suite un lieu de rencontre et d’animation privilégié. À la fin du xviiie siècle et au xixe, les nouveaux venus s’installent plutôt dans des quartiers « périphériques », peuplés en majorité par des personnes des catégories sociales les plus défavorisées. Au xixe siècle, derrière l’église les constructions se sont multipliées autour de la nouvelle place, la piazza nova. Les maisons isolées ont progressivement été rattrapées par les nouvelles constructions, donnant naissance, pour la plupart, à de nouveaux agglomérats [24][24] Sur le plan n’apparaissent comme maisons isolées que.... La maison individuelle clairement identifiable existe donc peu et un certain flou demeure sur le sens à donner à « maison » que proposent les documents de la fin du xviiie et du xixe siècles [25][25] Le nombre de maisons pour chacun des villages est donné.... Cela se traduit, dans l’enquête de l’an x, par le recensement d’un faible nombre de maisons pour certains villages. À l’évidence, ce sont les pâtés de maisons et non les maisons qui ont été pris en compte par les responsables municipaux. Dans les informations demandées lors du recensement de 1886, maisons et logements doivent être comptabilisés séparément. Dans environ la moitié des communes, une différence apparaît avec en moyenne 1,5 logement par maison.

Les matériaux utilisés

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Les matériaux de construction des maisons de la Balagne sont connus grâce à l’enquête de l’an x dont les renseignements fort intéressants restent parfois incomplets [26][26] Arch. dép. Haute-Corse, Elenco Arrondissement de Calvi....

Dans tous les villages la pierre [27][27] Pietra : pierre, sassi : rocher, grosse pierre., essentiellement du granit, et la terre sont les matériaux utilisés pour les murs. Ils sont prélevés sur place ou à proximité.

Carte 2 - Localisation des maisons des familles sur le plan cadastral d’Aregno en 1872Carte 2
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La terre – terra rossa (terre rouge), creta (argile, glaise en italien) ou tufo (tuf) –, qui sert de liant pour la confection des murs, est aussi employée pour le sol [28][28] Des carreaux en terre cuite ou des planchers peuvent.... La chaux, troisième matériau mentionné, recouvre les murs de quelques maisons de Santa Reparata, la seule localité indiquée pour cette technique. Utilisée aussi comme enduit intérieur (figure 1) et comme mortier pour les appareillages et la construction des voûtes [29][29] Arch. dép. Haute-Corse, Elenco Arrondissement de Calvi... lorsqu’elle est mélangée avec du sable, la chaux reste un matériau coûteux et difficile à se procurer, d’où sa rareté. Enfin, le bois est utilisé pour les charpentes et pour les menuiseries [30][30] Ibid., réponse de Belgodère.. La construction des maisons relève de deux méthodes : le chantier familial pris en charge par le propriétaire avec l’aide des parents, voisins et amis et, sans doute plus coûteux, l’appel à un professionnel.

L’agencement de l’espace intérieur : les pièces de la maison

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Le terme stanza (pièce ou chambre) relevé dans les actes notariés désigne les pièces au xviiie siècle [31][31] Il est à rapprocher du terme de « chambre » utilisé.... Celui de cogina (cuisine), de camera ou cameretta (chambre) et de sala (salle) apparaissent exceptionnellement. Ce dernier désigne la pièce de vie du premier étage ou une pièce « centrale » qui s’ouvre sur plusieurs autres. Quand la taille de la maison le permet, on relève un début de spécialisation comme en atteste un inventaire de 1721 mentionnant une cuisine, deux chambres et une cave. À partir de la seconde moitié du xviiie siècle, l’attribution d’une activité à un espace délimité progresse avant que cela ne devienne la norme au siècle suivant. C’est une conséquence de l’agrandissement de la superficie des maisons dont les informations restent toutefois lacunaires. À Aregno, on sait que la surface au sol des propriétés bâties habitées oscille entre 5 m2 à plus de 200 m2 et les deux tiers occupent moins de 40 m2. De rares documents indiquent, au xviiie siècle, que la stanza (pièce ou chambre) est maggiore (grande) ou piccola (petite) [32][32] Même constat qu’à Paris : ibid.. À Occi, les pièces les plus petites et les plus représentées, ont une surface allant de moins d’une dizaine à une quinzaine de m2. On recense ensuite des pièces d’une vingtaine de m2 et, beaucoup plus rarement, des pièces d’environ 40 m2 que l’on identifie dans les plus grandes habitations. Le nombre de pièces varie selon que la maison appartienne au popolo – une à deux pièces – ou aux classes sociales supérieures (6 pièces, voire plus). Mais des actes de partage du xixe siècle se montrent plus précis : dans les deux tiers des cas, le nombre de pièces est supérieur à cinq (28 % des maisons partagées ont 3-4 pièces, 36 % de 5 à 9, 21 % de 10 à 15 et 14 % plus de 15).

La description d’une trentaine de maisons permet d’étudier leur agencement [33][33] 14 actes de partage, 4 testaments-partages, 9 ventes,.... Pour 25 d’entre elles, on dispose même de la destination précise des pièces.

Tableau 1 - Les pièces dans les habitations (xixe siècle)Tableau 1
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Systématiquement, la chambre et les caves sont citées. Ces dernières, situées au rez-de-chaussée et souvent appelées « magasin », servent à stocker denrées et outils agricoles. Certaines sont encore habitées mais beaucoup moins qu’au siècle précédent [34][34] Par exemple, en 1821 Giulio Rossi vend deux pièces.... C’est aussi à ce niveau que l’on trouve des ateliers et la pièce de fabrication du pain. La salle est aussi bien représentée dans les documents étudiés. Quelle différence peut-on faire avec le salotto (salon) ? Celui-ci paraît davantage un espace de réception [35][35] Caisson, 2004, p. 702., qui la jouxte dans certaines maisons. Dans d’autres, le salon ou la salle sont mentionnés seuls, et ils sont certainement utilisés pour le même usage. Quant à la cuisine, deux fois moins citée que la salle, elle est située de plain pied ou au premier étage.

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Dans l’agencement de la maison, on s’interroge sur la réalité du solaro qui désigne en italien l’étage supérieur d’une maison sous les combles. Synonyme de soffito, il désigne indifféremment, dans certains documents, un espace de stockage assimilable au grenier. En fait, la réalité paraît plus complexe. En 1865 le notaire emploie solaro pour une chambre dite du plancher et se sert parallèlement du mot grenier [36][36] Alors qu’en Balagne, en corse, c’est le mot sulaghju.... En 1885, le terme désigne une pièce mansardée appelée cuisine. L’individualisation des espaces a, dans les faits, des limites car elle ne recouvre pas la même réalité qu’aujourd’hui. Ainsi, la maison des sœurs Negretti à Aregno se compose d’un rez-de-chaussée en partie occupé par un pressoir, dans lequel sont stockés des ustensiles liés aux activités agricoles [37][37] Minutes Allegrini, 1879.. Au deuxième étage se trouve une pièce servant de grenier. Entre les deux, se situe la cuisine dans laquelle on trouve deux haches et une serpe, puis une première chambre où sont mentionnés sept sacs en peau de cochon servant au transport des céréales et une deuxième avec un mobilier essentiellement destiné à ce type d’espace. Une troisième, sans doute plus spacieuse, comprend deux tables, une dizaine de chaises, l’essentiel de la vaisselle et une hachette. Certaines chambres gardent donc leur aspect multifonctionnel, surtout lorsque la superficie est restreinte. Un salon, meublé comme un espace de réception mais où se trouve aussi la plus grande partie des vêtements, termine le descriptif de l’étage.

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Au regard de l’économie agraire bien présente dans la zone étudiée, la fonction économique de la maison balanine, contrairement à de nombreux exemples bien connus sur le continent, est donc peu marquée. Le cas n’étonne pas pour les contrées méditerranéennes [38][38] Trochet, 2006, p. 208.. Ici, comme dans le Languedoc méditerranéen la plupart des bâtiments d’exploitation sont situés en dehors du village [39][39] Guibal, 1987.. Ainsi, le dépicage du blé a lieu directement sur l’aire, la paille est stockée dans des paillers (pagliaghji) dispersés dans la campagne. La mouture des grains s’effectue dans des moulins bâtis à proximité des cours d’eau. Les ovins, caprins, ou bovins ont leurs enclos localisés hors de l’espace villageois. En fait, à l’époque moderne, seuls les fragni servant à la pression des olives, situés au rez-de-chaussée, à l’intérieur de quelques maisons de notables, font le lien entre la structure de l’habitat et le système économique. Au xixe siècle, leur présence semble s’être démocratisée et de petits propriétaires en disposent mais leur nombre reste faible [40][40] En 1828, il y en a 13 à Aregno pour 100 maisons comptabilisées.... S’y trouvent également quelques rares pressoirs à raisin. En leur absence, seuls la cave et le grenier, lorsqu’il existe, ont donc une vocation liée aux activités agraires. On trouve aussi parfois des espaces dédiés aux animaux : les casarelli (porcs), des poulaillers de petite taille – toujours moins de 10 volatiles – accolés à la maison ou situés dans les caves et des écuries chez les plus aisés. La cohabitation avec les animaux est donc faible, hormis dans le cas des porcs avec l’auge qui se trouve souvent, selon des témoignages contemporains, dans la maison [41][41] Arch. dép. Haute-Corse, 1Z177, Rapport de l’inspecteur.... Enfin le four à pain se situe à l’extérieur, à proximité des habitations ou au rez-de-chaussée. Essentiellement présent chez les notables au xviiie siècle, il apparaît dans des habitations de petits propriétaires au xixe.

La maison balanine, dans sa diversité, constitue bien souvent un tout avec l’orto qui la jouxte. Celui-ci permet à chaque famille de cultiver les produits essentiels pour le quotidien. Lors des partages au xixe siècle, il n’est pas rare que le jardin soit compris dans la valeur de la maison. Enfin, au xviiie siècle, l’espace qui se trouve devant, appelé piazza (place) en est souvent une des composantes. Celui-ci apparaît encore au xixe sous le terme « emplacement », de cour ou portone lorsqu’il est enserré dans des murs.

Le quotidien dans les maisons balanines

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Si les inventaires sont précieux pour connaître la composition du mobilier et les ustensiles divers présents dans les maisons, au xviiie siècle, les actes notariés étudiés n’en contiennent que huit [42][42] Inventaires après décès utilisés : q Angelo Maria q.... De même, les informations sur les conditions de vie dans les maisons balanines sont rares en dehors de renseignements portant sur la composition des ménages.

Meubles et ustensiles : l’apport des inventaires

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Même peu nombreux, les renseignements sur le mobilier et le linge de maison offrent une distinction nette entre les catégories sociales. Chez le popolo, domine le large (pin lariccio) pour le bois et le fer pour les objets métalliques, tandis que noyer ou châtaignier, étain ou cuivre sont présents chez les plus aisés. Tous possèdent un lit, un saccone (paillasse), une strappunta (matelas), une coperta, (couverture) et une paire de draps. Chez les plus pauvres, l’unique literie appartient à la femme qui l’a reçue en dot. Pour les meubles, l’équipement de base est composé d’une table (tavola ou desco), d’une ou plusieurs panca(che) (bancs) ou des chaises simples. À ceci s’ajoutent une ou plusieurs cascie ou cascioni (caisses ou grosses caisses, dotées d’une serrure chez les plus aisés), de même que la madia (huche) avec ses due tavole da pane, les deux planches pour le pain ainsi que le scambello (tabouret). À ce mobilier de base s’ajoute parfois un petit buffet, buffetto ou credenza. Il existe aussi des armoires encastrées dans les murs. Plus rares sont le secrétaire, la bibliothèque et ses livres [43][43] Ces meubles attestent la maîtrise de l’écrit. La bibliothèque..., le prie-Dieu, les chaises à bras ou bien encore la table de jeu qui relèvent d’un statut social élevé.

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Dans la catégorie « linge de maison », nappe (tovaglia) et serviettes (tovaglioli) sont fréquentes [44][44] Les plus courantes sont dites « corses », celles de.... Dans la vaisselle, on identifie partout des récipients de cuisson – frissoia (poêle à frire), paiola ou caldaja (chaudron), pignati (marmitte) – et des assiettes en nombre variable. Et une liste d’objets nécessaires à la vie quotidienne, en lien avec les activités agricoles, la transformation des produits, leur stockage et leur transport (vin, céréales, huile) [45][45] Tonneaux, jarres (grandes ou petites), narpie (grande.... Parmi les nombreux outils [46][46] Zappa (pioche), zappone (pic-pioche pour défricher),..., on relève des accessoires spécifiques au dépicage ou au labour : vomere (soc), bura (age de la charrue), coppia (joug), palmole (fourche utilisée sur l’aire de battage), tribatoio (grosse pierre traînée par des bœufs pour le battage des céréales) ou carozzo (gerbière). Chez les notables, on note la présence d’un miroir, d’un chandelier, de tondi (anneaux, en terre ou en étain), des cartes géographiques, d’un instrument de musique, la cetra ou citra (cistre), et de cadres présentant des images pieuses et des arbres généalogiques [47][47] Chez les deux émigrés anoblis Fabiani et Montirossi.....

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Au xixe siècle les documents sont encore plus rares : les actes de partage ne mentionnent pas le mobilier qui est réparti séparément à l’amiable ou de manière à ce que chacun hérite de ce qui est présent dans la pièce qui lui est attribuée. Quelques mentions d’estimations globales ne sont pas convaincantes. Par exemple, 1 000 F pour Dominique Antoine Dominichetti (animaux compris) pour une maison d’une valeur de 2 000 F et seulement 500 F pour les frères Marcelli pour une bâtisse évaluée à 5 000 F et un patrimoine total de plus de 60 000 F, le plus important de leur commune…

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Malgré le faible nombre de documents, une évidence s’impose : la diversification et l’augmentation du mobilier chez les notables, comme pour l’ensemble de la population. La démocratisation de certains produits et un changement des modes de consommation en sont les raisons principales. C’est ce que révèle le rapport au conseil d’arrondissement rédigé par le sous-préfet de Calvi en 1838 :

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« Parcourez les communes rurales : partout des propriétaires riches ou aisés peuvent vous offrir l’hospitalité sans la moindre gêne ; dans les maisons les plus modernes, l’argenterie, la porcelaine, les cristaux brillent à nos yeux [48][48] Arch. dép. Haute-Corse, Fonds de la sous-préfecture,.... »

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Les maisons des notables s’enrichissent en effet d’un mobilier « bourgeois » composé de tapis, de pendules en bronze, de meubles en acajou, de pianofortes, etc. que les propriétaires disposent à l’étage de réception. Les meubles anciens comme les coffres sont alors relégués dans les pièces de vie telles la cuisine ou la salle à manger. Les objets importés du continent et en particulier de Marseille [49][49] Demoustier, 1997, p. 235-237. L’inventaire d’un magasin... suivent de très bonnes récoltes d’olives, comme dans les années 1830. En effet, le commerce de l’huile avec le continent ou l’Italie, est la principale source de revenu pour la région. À ce propos, Pompei, sous-préfet de Calvi en 1843, affirme que « pendant les bonnes récoltes d’huile (les habitants) jouissent d’une aisance peu commune qui leur permet même de se lancer dans le luxe » [50][50] Arch. dép. Haute-Corse, Fonds de la sous-préfecture,.... Cet enrichissement est confirmé par la lecture des inventaires du curé François Joseph Negretti et des sœurs Negretti. Chez les secondes, les plateaux, verres à vin et à liqueur, coupes à champagne, baignoire, lavabo, paravent, rideaux etc. côtoient des meubles traditionnels tels la huche et les coffres. Quant au premier, l’inventaire présente une vaisselle extrêmement variée, « moderne » et en quantité importante : huiliers et couverts en argent, sucrier, pince à sucre, parure fourchette-cuillère en or, carafe en cristal, verres à vin, théière, coupes à champagne, coquetiers, salières, moutardiers, tasses à café et pour le chocolat, miroirs, tapis, rideaux, toile cirée, etc. Au-delà de la quantité et de la diversité des objets, la différenciation sociale s’exprime dans leur qualité : du cristal, de l’argent et de la porcelaine pour les plus fortunés ; du verre ordinaire, du fer battu et de la terre grossière pour le reste de la population.

Les tonneaux, fûts, barriques, jarres à huile, narpie, décalitres, bouteilles, différents outils (hache, pioche, serpe) et instruments pour l’harnachement, le battage, le labour ou la pression des olives caractérisent les objets de la vie agricole balanine. Enfin, à l’époque moderne comme au xixe siècle, les réserves alimentaires composées d’huile, de vin, de céréales ou encore de charcuterie, de fromage, d’oignons ou de haricots figurent dans les inventaires.

Les conditions de vie

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Peu d’indications précises sur les conditions de vie dans ces maisons existent. À la fin du xviiie siècle, chaque feu réunit en moyenne quatre à cinq individus mais certains comptent jusqu’à une dizaine de membres [51][51] Arch. dép. Haute-Corse, Dénombrement de 1769. Le recensement.... Si la surpopulation est une réalité dans certains logements [52][52] En 1819 par exemple le taux moyen d’occupation atteint..., le manque généralisé d’hygiène décrit par Gregorovius : « De tous côtés règnent la misère et la malpropreté des hommes et des porcs pêle-mêle dans des chambres pareilles à des antres, recevant le jour par la porte » [53][53] Gregorovius, 1996-1997, vol. ii, p. 13., semble excessif. Le propos corrobore celui d’un inspecteur des enfants trouvés qui, en 1823, visite surtout des logements de journaliers. S’il y décrit des situations sociales difficiles, une forte promiscuité [54][54] Si un cas rare est à signaler à Lumio avec 7 personnes..., de même que des problèmes d’hygiène, ce n’est pas le lot de toutes les familles rencontrées.

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La maison balanine évolue durant la période considérée tout en gardant sa structure. L’intérieur connaît des changements plus importants, avec à la fois des espaces qui s’individualisent suivant le type d’activité auxquels ils sont destinés et un mobilier plus étoffé et plus varié. Lieu vivant et lieu de vie par excellence, elle est un bien précieux pour chaque famille.

La maison : socle du patrimoine familial

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En Corse, plusieurs indices montrent le fort lien existant entre la maison et la famille. D’une part le patronyme, la casata, est un dérivé du terme casa (maison). Lorsque la maison se transmet de génération en génération, elle en est la mémoire. Enfin, quand elle est importante, elle permet à ses propriétaires de s’affirmer au sein de l’espace villageois. Mais il est essentiel, même chez les moins aisés, de la préserver et de mettre en œuvre des stratégies patrimoniales qui vont dans ce sens.

La maison vitrine du statut de la famille ?

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À l’époque moderne, la structure générale et les matériaux utilisés pour les maisons sont identiques quelle que soit la catégorie sociale. Cependant, au xviiie siècle, les Balanins les plus aisés habitent dans des bâtiments plus imposants appelés casoni (grande maison).

Figure 6 - Casone de la famille Savelli dans le village d’OcciFigure 6

Le linteau plein cintre de la porte du rez-de-chaussée, la grandeur et la structure de la porte devant laquelle l’escalier a été construit, la présence de celui-ci, la superficie du bâtiment (9 pièces et 230 m2) en font une maison relativement imposante.

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L’architecture des casoni est parfois plus originale et plus recherchée avec des voûtes d’arêtes, des peintures, des fenêtres plus imposantes, des hauteurs de plafonds plus élevées. La localisation dans l’espace villageois de la maison peut aussi être en rapport avec la position sociale comme celle des Franceschini à Pigna [55][55] La structure initiale existe déjà en 1701., qui forme une entité propre dominant le village (figure 7).

Figure 7 - La maison Franceschini qui domine le village de PignaFigure 7
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Au xixe siècle, un nouveau type de bâtisse apparaît : les palazzi. Aucun n’est décrit dans les actes des registres notariés. Ils ont vocation de permettre aux notables, aux sgio, de se distinguer du reste de la population dans le domaine de l’habitat, manifestant leur désir de paraître [56][56] Cette volonté de distinction des notables est une constante..... Leur construction, en Balagne, résulte de l’enrichissement issu du négoce des produits agricoles [57][57] Dans d’autres régions, comme dans le Cap Corse, leurs.... Les facteurs de différenciation avec le reste des habitations sont nombreux : isolés des autres maisons, l’édifice principal est rectangulaire, haut et imposant avec généralement une toiture à quatre versants. Les façades sont percées de nombreuses baies fermées par des persiennes. Certains palazzi sont entourés par un mur d’enceinte qui délimite une cour. C’est dans les années 1840, profitant de bonnes récoltes d’olives, que les notables agrandissent et embellissent leurs demeures : verticalement avec l’ajout d’un étage ou horizontalement avec quelques pièces gagnées à chaque niveau. Certains construisent de nouveaux bâtiments selon un plan prévu à l’avance. Dans ce dernier cas, les possibilités d’extension sont limitées car elles briseraient l’unité du bâtiment.

Figure 8 - Palazzo Marcelli à AregnoFigure 8

En sus du salon, il se compose de six pièces et d’une remise. Au début du xxe siècle, il offre quatre chambres (deux de chaque côté du salon), une salle à manger décorée de peintures et une cuisine. L’étage d’habitation a le même nombre de pièces réparties à l’identique. Au rez-de-chaussée, des magasins et des pièces qui ont servi de mairie lorsque les membres de cette famille ont été maires. Enfin, au sous-sol, se trouvent un moulin à huile, une pièce avec un pressoir, trois caves et une écurie.

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La distinction sociale s’effectue à la fois par la taille du bâtiment et par la richesse de l’architecture. L’édifice des Marcelli à Aregno, dont les travaux commencent en 1849 pour un montant noté sur le cahier de comptes qui atteint 1 185,65 F, en est un bon exemple. En 1852, la maison subit une modernisazione (modernisation). La porte d’entrée est surmontée d’une grille en fer forgé avec les initiales du propriétaire. Elle s’ouvre sur un escalier central monumental et possède un grand balcon à l’étage de réception. C’est le salon qui en est l’élément principal. Il est généralement richement décoré et meublé, avec des papiers peints et des tableaux. Chez leurs voisins, les Salducci, le plafond du salon est peint et les murs sont tapissés en rouge. Les rideaux, à la couleur identique, sont brodés d’or et disposés sur une tringle représentant des feuilles de lauriers. Les quatre chambres attenantes ne sont ouvertes que pour des hôtes de marque [58][58] Demoustier, 1997, p. 48-49. Il y en a entre deux et.... Ce dernier bâtiment a été agrandi très probablement dans la seconde moitié du xixe siècle avec l’adjonction d’un escalier monumental qui ne se trouve donc pas au centre du bâtiment mais sur le côté [59][59] L’ajout est mentionné sur le cadastre de 1872. Renseignements....

Figure 9 - Plan schématique de l’étage de réception de la maison Salducci à AregnoFigure 9
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Dans les deux bâtiments, le premier étage est celui de vie de la famille [60][60] Les étages de réception et d’habitation peuvent être.... C’est au sous-sol (quand il existe) et au rez-de-chaussée que se situent les caves et les pressoirs mais également des pièces de vie comme la cuisine. C’est là et dans les combles qu’est logé le personnel (ouvriers, domestiques). À côté du bâtiment principal, se trouvent souvent des annexes (écurie, remise).

La maison dans les partages

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La Corse se situe incontestablement dans l’aire du droit romain mais, comme dans d’autres régions méditerranéennes, la formule de l’héritier unique n’est pas toujours utilisée et les actes reflètent des situations diverses [61][61] Trochet, 2006, p. 194.. Si la personne meurt ab intestat, elle a pour uniques successeurs les enfants mâles et les descendants en ligne masculine nés de mariage légitime [62][62] Coppolani et Serpentini, 1998, p. 42. Ce type d’exclusion.... Si le défunt n’a pas d’enfants mâles, ni de descendants en ligne masculine, ce sont alors les filles qui succèdent, qu’elles soient dotées ou non, ou leurs descendants. Si un testament est établi, les garçons sont également privilégiés : un ou plusieurs d’entre eux étant désignés comme héritier(s) universel(s). Il se doit parfois de réserver une part à leur(s) sœur(s) non dotée(s) et d’assurer obligatoirement le quotidien pour les personnes de sexe féminin (mère, sœur, voire tante). L’existence de partages de la maison est clairement établie au travers des documents consultés. Cependant comme pour le reste du patrimoine, ce partage semble assez limité eu égard à la mortalité naturelle et au célibat qui est utilisé, dans des proportions difficiles à établir, pour éviter l’éparpillement patrimonial. Il est aussi possible de laisser la maison, comme les terres, toute ou en partie, dans l’indivis. Pour les plus pauvres, l’indivision sert à palier la faiblesse du patrimoine. Pour les notables c’est un moyen d’en préserver la diversité qui est facteur de puissance.

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Mais au-delà de ces remarques d’ordre général, on manque d’éléments concrets pour saisir les pratiques existantes. D’autant plus qu’au regard du dénombrement de 1769, la famille nucléaire, parfois élargie, est prépondérante [63][63] À partir du recensement de 1770, une étude a été menée.... Ceci laisse supposer que, lors du mariage, il est de règle de quitter le domicile paternel. Cependant à la différence des plaines du Languedoc, par exemple [64][64] Guibal, 1987., il n’y a pas de forte mobilité des propriétés. Ce constat implique que le nouveau couple s’installe dans une extension de la maison. Des précisions dans ce domaine restent donc à apporter. Dans les quelques exemples disponibles, pour les personnes les mieux loties qui possèdent plusieurs bâtiments, le partage de la maison familiale ne s’impose pas systématiquement. Par contre, dans le cas de patrimoines plus modestes, il est nécessaire s’il y a plus d’un héritier. La structure de la maison balanine rend celui-ci possible à la différence d’autres régions rurales où il est essentiel de préserver l’ensemble tel quel lorsqu’elle est également une unité de production. C’est le cas, par exemple, dans les Pyrénées, dans les hautes terres du Massif Central ou le Gévaudan. La maison-lignée tient son caractère majeur d’un système successoral fondé sur la stricte application du régime préciputaire [65][65] L’héritier est l’aîné du Labourd à la vallée d’Aure.... Dans la plupart des cas observés, si le nombre de pièces disponibles le permet, la division est « verticale », avec des lots contigus et identiques, généralement composés d’une pièce à l’étage et d’une au rez-de-chaussée. Ce type de partage rappelle celui de Saint-André dans les Alpes au xviiie siècle [66][66] Collomp, 1983, p. 67-69. Dans le sens horizontal chacun... lorsqu’il est une nécessité. Au xixe siècle, le code civil impose le partage égal mais laisse des possibilités qui permettent de favoriser un des enfants. Il est certain que plus la maison est grande moins le partage est complexe ; plus il y a de terres plus il est aisé d’exclure des héritiers du bâti, notamment les filles. Lorsque c’est possible, les parts sont équilibrées entre pièce de vie, chambres et espaces de stockage. Par rapport aux siècles précédents, les divisions sont logiquement plus nombreuses avec la nécessité d’inclure les filles, alors que la pratique consistant à donner à un héritier une quotité plus importante, qui est assez répandue, ne permet pas toujours de préserver le bâti intact [67][67] Le régime de la communauté qui permet à la femme d’hériter....

À l’époque moderne, mais aussi après, le partage de la maison engendre parfois des servitudes principalement des droits de passage [68][68] Il est souvent mentionné, au xviiie siècle, « passo,.... Contrairement aux exemples connus des villages de la région de Nîmes et Montpellier où sont consignés outre les servitudes les aménagements réalisés [69][69] Guibal, 1987., nous ne disposons pas de descriptions aussi détaillées. Il faut attendre la période postérieure pour découvrir des indications sur les espaces appartenant à plusieurs propriétaires : la salle, l’escalier, le terrazolo, essentiels pour la circulation, le four et le fragno[70][70] Ils peuvent être laissés en indivis ou être attribués..., pour le quotidien et l’activité économique. Cette situation n’est pas propre à la Corse : la gestion commune de certains espaces a été décrite pour les Serres du Quercy [71][71] « Certaines parties de ces maisons à foyer multiples.... Cette situation peut-être réglée par la construction d’un autre accès ou une vente [72][72] Lorsque la pratique se poursuit de génération en génération,....

La maison et les ventes : un bien à préserver

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La maison, socle du patrimoine familial, fait rarement l’objet de transactions à l’époque moderne. Dans les ceppi étudiés pour cette période, les Balanins ne se séparent de leur bien qu’en dernier recours, avec environ 6 % du total des ventes à la fin du xviie siècle et dans la première moitié du xviiie siècle. Au cours du xixe siècle, la part des cessions de bâtis augmente, elle oscille entre 15 et 33 %.

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Que peut-on en déduire ? Différents types de ventes peuvent être distingués, même si plusieurs logiques peuvent se juxtaposer et s’entremêler pour une même cession. Au xviiie siècle, dans un tiers des cas, elles s’effectuent au profit de la famille proche et permettent ainsi au patrimoine de rester dans le giron familial. Elles peuvent être également décidées pour mettre un terme à des situations d’indivis, lorsque le vendeur ne réside pas dans la commune où est situé le bien ou pour des raisons économiques. Il y a aussi des ventes de biens dotaux et celles effectuées par des femmes dont la situation a été fragilisée par le veuvage et la charge d’enfants en bas âge ou sans garçon. Pour les femmes mariées vivant dans la maison de leur mari, la vente permet de récupérer du numéraire en cas de nécessité. Quant aux cessions réalisées par des notables, elles ne concernent que très rarement la maison familiale. La vente est alors motivée par l’achat d’un autre bien, par le besoin de numéraire et, plus rarement, pour changer de lieu d’habitation. Que recherchent les acquéreurs ? C’est abord l’agrandissement de leur demeure par l’achat de biens contigus – une ou deux pièces dans les exemples rencontrés – voire, pour les plus aisés, l’acquisition d’une maison entière. Enfin, quelques cas d’achat de logement marquent l’étape première d’une insertion dans une communauté. Si les motifs restent identiques pour le xixe siècle, on constate cependant de moins en moins de ventes entre membres d’une même famille. Il faut sans doute y voir une lacune de l’enregistrement : contrairement à la période précédente, les notaires ne mentionnent pas toujours le lien de parenté entre les parties. Autre changement notable, 28 % des achats sont effectués par des personnes qui ne résident pas, ou plus, dans la commune où est situé le bien. La vente reste utilisée pour résoudre des situations d’indivis (5 %). Les raisons économiques apparaissent clairement à deux reprises. Chez Santoni, au début du xixe siècle, le prêtre Stefano Orsini de Lunghignano se sépare d’une pièce en faveur d’Angelino, un parent et peut-être même son frère, pour subvenir à ses besoins quotidiens (nourriture et vêtements). En 1821, c’est aussi le cas pour Antonio Francesco Perretti de Lavatoggio, alors âgé de 75 ans : Giulio Rossi le paie en l’accueillant chez lui. Mais les motifs de cet ordre peuvent être avancés comme hypothèse dans le cas de biens vendus par des journaliers à des propriétaires (trois des onze cessions de bâti chez Francesco Avazeri en 1835) ou lorsque des personnes cèdent seulement une partie de leur bien (c’est le cas de trois des douze ventes de Santoni au début du xixe siècle). Enfin, le tiers des transactions traduit une volonté d’agrandissement avec l’achat de pièces supplémentaires. Quant aux prix des biens, 86 % des ventes se situent entre 100 et 1 000 F et 31 % des maisons se négocient entre 250 et 499 F.

Le contrat de location est le grand absent des registres notariés. Pourtant, il semble évident que des personnes venant ponctuellement travailler dans un village, à moins d’être logées par leur employeur, sont obligées d’y avoir recours. Un seul exemple a été rencontré, celui d’Ambrogio Colombani qui, en l’an X, reçoit 80 F des sœurs Antonelli de Cassano pour la location d’une pièce de plain-pied pendant six ans. La location est aussi sous-jacente dans les constitutions de patrimoines ecclésiastiques [73][73] Il est indiqué que le destinataire de la constitution.... Elle apparaît aussi au xixe siècle dans le cas des instituteurs logés dans le même bâtiment que l’école, loué par les municipalités. Trouver un local convenable à un « prix correct » pour le budget communal semble un exercice difficile qui traduit la faiblesse du parc disponible. Même si les locations existent, elles semblent peu nombreuses et, dès que possible, le locataire a des velléités d’achat. Au xixe siècle, la grande majorité des contribuables possède une maison et lorsqu’une personne n’a qu’un seul bien, il s’agit généralement d’une maison [74][74] Dellile, 1985, p. 127, fait un constat semblable dans.... C’est ce que confirment les rôles du cadastre d’Aregno de 1826 : sur les seize journaliers, sept, dont trois d’origine extérieure, sont propriétaires. Sur les dix bergers, trois sont dans la même situation. Un demi siècle plus tard, un quart de la trentaine de cultivateurs possède une maison, dont deux viennent de l’extérieur et trois sont issus d’une famille installée la génération précédente.

Le bâti dans les patrimoines ecclésiastiques et les dots : deux stratégies opposées ?

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Dans la Balagne de l’époque moderne, comme dans le reste de l’île, le bâti est central dans le patrimoine ecclésiastique et chaque futur clerc en reçoit une part. La carrière ecclésiastique permet à la famille de bénéficier du prestige attaché à la fonction et en même temps d’exclure un des garçons de l’héritage. Ce qui lui a été cédé, ayant parfois fructifié, retourne dans l’escarcelle familiale à sa mort. Ce n’est donc qu’une perte temporaire qui entre dans les stratégies mises en œuvre pour éviter la dispersion du patrimoine. Au contraire, ce type de bien entre assez peu dans la composition des dots. En effet, sur une soixantaine de contrats, pour la fin du xviie et le xviiie siècle, moins de 10 % en font mention. La femme va habiter chez son mari, il est donc plus intéressant pour la belle-famille de recevoir des terres. Cette hypothèse est appuyée par les actes dans lesquelles des jeunes filles peuvent avoir jouissance d’une portion de bâti mais seulement jusqu’à leur mariage [75][75] Minutes Abraini 1796 et Santoni an IX.. D’autre part, donner une maison ou une pièce n’est pas toujours possible et peut être une perte majeure pour son ou ses frère(s). En posséder est un élément essentiel pour pouvoir fonder une famille. Pour les mêmes raisons, rares sont les contrats de mariage mentionnant du bâti au xixe siècle.

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Dans la Balagne de l’époque moderne, le modèle du bâti est celui d’une maison bloc avec un rez-de-chaussée et un étage, insérée dans un tissu villageois dense. Il perdure au siècle suivant au côté de maisons plus élevées. Le xixe siècle est marqué par une spécialisation des espaces et un enrichissement des intérieurs. Malgré le fait que la région tire l’essentiel de sa richesse de l’agriculture, la fonction économique de la maison est faible. Elle n’est pas une unité de production et, même si comme pour l’ensemble des biens immobiliers, de nombreuses stratégies sont mises en œuvre pour la préserver et la transmettre d’une génération à l’autre, son partage toujours possible, devient plus fréquent au xixe siècle. Au-delà de divergences, on retrouve des traits communs à l’ensemble de la zone méditerranéenne : maison haute, villages formés d’un nombre variable de blocs compacts de maisons accolées par un mur mitoyen.

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Il existe un socle commun entre les personnes du popolo et les notables, la maison est l’élément central du patrimoine de chaque famille. Sa vente n’est donc effectuée qu’en dernier recours. Son achat est un moyen d’intégration dans la communauté. Pour l’époque moderne, des points restent encore à préciser notamment au niveau de l’impact des partages sur la maison et des conditions d’extension réelles. Il est difficile aussi d’avoir une idée précise du quotidien, du fait de l’insuffisance des données qui permettent notamment une meilleure connaissance de l’espace disponible par rapport au nombre d’occupants.

La maison s’adapte aux variations de la taille du groupe domestique qui l’habite et qui évolue en fonction des naissances, des décès, mais également des stratégies familiales en matière de succession, de partage ou d’acquisition. Ces dernières entraînent inévitablement avec le temps des changements visant à rationaliser l’utilisation de l’habitation. Certains sont imposés par les actes : réalisation d’une nouvelle entrée, fermeture d’une ouverture, construction d’un couloir, percement d’une fenêtre. Dans ce dernier cas, il est précisé où elle doit être située, la largeur qu’elle doit avoir, voire les modalités de fermeture (grille). Comme dans une partie du Languedoc ou certains villages des Alpes [76][76] Guibal, 1987 ; Collomp, 1983, p. 301-320., un même espace peut-être divisé puis de nouveau rassemblé : ainsi le décès des parents, l’absence de descendance (mortalité ou célibat), le rachat d’une part à un des héritiers permettent à une maison de retrouver son unité quand elle avait été divisée. Parallèlement, à partir de la fin du xviiie siècle, les transformations sont aussi liées à l’évolution des idées et des mœurs. Cela se traduit par le fractionnement de l’espace – comme l’individualisation des chambres par rapport à la salle commune, l’apparition d’espaces réservés aux seules fonctions de circulation et de distribution –, constaté pour l’ensemble des campagnes françaises.


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Notes

[1]

Les quatre villages du Giunsani n’ont pas été pris en compte car l’élevage et la culture du châtaignier sont les principales spéculations de cette micro-région située dans un bassin intérieur.

[2]

En particulier Raulin et Ravis Giordani, 1978, et Borel Leandri, 1978.

[3]

Arch. dép. Haute-Corse, pour le xviiie siècle, Registres de G. Santucci, Aregno 3E400-3E403 (1712 à 1730), M. Mariani, Aregno 3E404-409 (1733 à 1757). S. Allegrini, Aregno 3E411 (1768 à 1771) ; pour le xixe siècle, F. Avazeri 3E4/212 (1817-1824), F.co Avazeri 3E4/215 (1835-1837), D. M. Avazeri, 3E4/119 (1843-1845), 3E4/220 (1846), 3E4/222 (1850-1853), 3E4/223 (1854-1855), P. A. Allegrini 3E4/227 (1863-1865), 3E4/228 (1866-1868), 3E4/231(1875-1877), 3E4/232 (1878-1880), 3E4/233 (1881-1882), 3E4/234 (1884-1886), 3E4/235 (1887). Certains ont fait l’objet d’un dépouillement systématique, d’autres thématiques. À la Franciscorsa, G. Alegrni, (1684-1690), S. Torecinta, (1720-1722), P. P. Abbraini, (1735-1740) et F. A. Piovanacci, (1796-1798), F. Santoni, (an IX-an XI). Ils ont été complétés par des archives privées (Mme Dottori M., Mr Casta A., Mr Salducci A., Mme Martelli-Costa A.) composées majoritairement d’actes notariés.

[4]

Au xviiie siècle, les notables font précéder leur nom du terme de nobile. Au xixe siècle, la notion de « propriétaire » recouvre des réalités différentes et il est abusif de l’associer aux seuls notables.

[5]

Aux Arch. dép. Haute-Corse : le Dénombrement de la population en Corse de 1769 (1 Mi 6), Elenco, arrondissement de Calvi, an x, département du Golo (1 Mi 1005), Tableaux statistiques : topographie, population, proportion de l’étendue cultivée et de l’inculte, produits des récoltes, bétail, arbres fruitiers, monuments anciens, pierres remarquables, mines (1819) : Arrondissement de Calvi (1Mi 1008) et le recensement de 1886 (1Z120). Aux Arch. dép. Corse-du-Sud : recensement de 1851 (6M229).

[6]

Arch. dép. Haute-Corse, Fonds de la sous-préfecture de Calvi (1Z), Rapports des sous-préfets au conseil d’arrondissement de Calvi (2N8) ; Arch. dép. Corse-du-Sud : Inventaires des biens des émigrés (1Q30).

[7]

Le même constat est fait par Antoine-Laurent Serpentini pour l’époque moderne dans le Vicolais mais également en zone urbaine dans la ville de Bonifacio, Serpentini, 1984 et 1993, p. 71-79.

[8]

Raulin et Ravis-Giordani, 1978, p. 45.

[9]

Trochet, 2006, p. 179.

[10]

Ibid., p. 179-180.

[11]

Par exemple en 1739, dans un partage, Marcello se voit attribuer l’appartement de la pièce du haut où sa sœur doit manger et Angelo Francesco les deux pièces du bas où celle-ci vient dormir.

[12]

Trochet, 2006, p. 210. L’escalier extérieur se rencontre davantage dans les maisons isolées et les petits villages où la division parcellaire est moins forte que dans les gros villages concentrés.

[13]

Arch. dép. Haute-Corse, Dénombrement de 1769 et enquête de 1819. L’escalier est, dans certains cas, un signe extérieur de richesse et de promotion sociale. Ainsi, dans les campagnes du sud-est de la France le rez-de-chaussée est parfois surélevé pour justifier la présence d’un perron : Amouretti, Comet, Pomponi et al., 1978, p. 174.

[14]

Elle concerne les villages de moins de 5 000 âmes c’est-à-dire l’ensemble de la Balagne rurale.

[15]

Arch. dép. Haute-Corse, Recensement de 1886, 1Z120.

[16]

Arch. dép. Haute-Corse, Elenco Arrondissement de Calvi an X, département du Golo (1 Mi 1005), question n° 25 « Avec quels matériaux construit-on les maisons ? ».

[17]

Gregorovius, 1996-1997, vol. ii, p. 12.

[18]

Amouretti, Comet, et Pomponi, 1978, p. 144.

[19]

Trochet, 2006, p. 199.

[20]

Arch. dép. Haute-Corse, Elenco Arrondissement de Calvi an X, département du Golo (1 Mi 1005), question n° 26 « Combien de maisons compte-t-on dans le village ? ».

[21]

Collomp, 1983, p. 84-87.

[22]

La place à l’orme qui existe dans de nombreux villages de Balagne, était sans doute au Moyen Âge ou au début de l’époque moderne, la place principale du village.

[23]

Elle est appelée piazza maggiore ou piazza Santa Croce du nom de l’église baroque. Par la suite, on parle de place de l’église.

[24]

Sur le plan n’apparaissent comme maisons isolées que les n° 95 et 97. Les 96 et 98 correspondent à une « remise » et à un four.

[25]

Le nombre de maisons pour chacun des villages est donné dans le dénombrement de 1769, l’enquête de l’an X, l’état statistique de l’arrondissement de 1819 et le recensement de 1886.

[26]

Arch. dép. Haute-Corse, Elenco Arrondissement de Calvi an X, département du Golo (1 Mi 1005), question n° 25 « Avec quels matériaux construit-on les maisons ? ».

[27]

Pietra : pierre, sassi : rocher, grosse pierre.

[28]

Des carreaux en terre cuite ou des planchers peuvent aussi servir pour le sol.

[29]

Arch. dép. Haute-Corse, Elenco Arrondissement de Calvi an X, département du Golo (1 Mi 1005), question n° 25 « Avec quels matériaux construit-on les maisons ? ».

[30]

Ibid., réponse de Belgodère.

[31]

Il est à rapprocher du terme de « chambre » utilisé à Paris : Pardailhé-Galabrun, 1988, p. 235-242.

[32]

Même constat qu’à Paris : ibid.

[33]

14 actes de partage, 4 testaments-partages, 9 ventes, 2 inventaires, une estimation, un échange et un contrat de mariage.

[34]

Par exemple, en 1821 Giulio Rossi vend deux pièces voûtées qui sont ses seuls biens ou, en 1835, Antonio Filppo Tomasini, journalier à Avapessa, vend la pièce située au-dessus de la voûte où il habite.

[35]

Caisson, 2004, p. 702.

[36]

Alors qu’en Balagne, en corse, c’est le mot sulaghju (plutôt que granaghju) qui sert dans le langage courant, c’est le terme grenier qui prend le relais en français.

[37]

Minutes Allegrini, 1879.

[38]

Trochet, 2006, p. 208.

[39]

Guibal, 1987.

[40]

En 1828, il y en a 13 à Aregno pour 100 maisons comptabilisées en 1819 : Arch. dép. Haute-Corse, 1Z112 et 1Mi 1008).

[41]

Arch. dép. Haute-Corse, 1Z177, Rapport de l’inspecteur des enfants trouvés en 1823.

[42]

Inventaires après décès utilisés : q Angelo Maria q Domenico (1720), q N Simon Francesco Murati et N Angelo Santo q Domenico (1721), q Domenico q Gio (1751), q Anton Gio (1769), q Giacomorso Antonini (1770), Le « q » est l’abréviation de quodam. Le second prénom est celui du père. Deux autres inventaires faits du vivant des personnes concernées ont aussi servi : celui d’Antonia Maria de Francesco Maria de Speloncato (1739) et celui d’Antonia veuve de Matteo Marcorj de Feliceto (1796). Les inventaires dressés en 1792, chez des émigrés (le frère Fabiani de Palmento, Giovanni Bonaventura de Santa Reparata et Michele Monti de Palasca), Arch. dép. Corse-du-Sud, 1Q30, n’ont pas fait l’objet d’un traitement propre car malgré les déclarations des épouses, l’ensemble du mobilier n’est pas présent. Des pièces sont vides et les autres très peu meublées au regard du statut social des propriétaires. Les Fabiani et les Monti font partie des rares familles balanines à avoir été reconnues nobles lorsque la Corse est devenue française.

[43]

Ces meubles attestent la maîtrise de l’écrit. La bibliothèque de Murati comporte 24 ouvrages.

[44]

Les plus courantes sont dites « corses », celles de meilleure qualité « génoises » ou « marseillaises ».

[45]

Tonneaux, jarres (grandes ou petites), narpie (grande besace en peau de porc servant au transport des céréales), outres, zucche (gourde), minatoje (cordes en poils de chèvre), baccini (bachin), mezze quarte (mesure), chaîne en fer, faisselles.

[46]

Zappa (pioche), zappone (pic-pioche pour défricher), baili (bêches) mais aussi rostaje, pineta (serpes), piccole accete (petites haches), tamis.

[47]

Chez les deux émigrés anoblis Fabiani et Montirossi. L’arrivée de la France a entraîné une volonté chez les notables en général de prouver leurs origines « nobles » pour préserver certains de leurs privilèges. La mode de l’arbre généalogique se poursuit au xixe siècle.

[48]

Arch. dép. Haute-Corse, Fonds de la sous-préfecture, 2N8.

[49]

Demoustier, 1997, p. 235-237. L’inventaire d’un magasin de Muro en 1863 montre qu’il n’y a que des objets et de la vaisselle de faible qualité : couverts en fer, assiettes en terre, des meubles usagers : Arch. dép. Haute-Corse, 3E4).

[50]

Arch. dép. Haute-Corse, Fonds de la sous-préfecture, 2N8.

[51]

Arch. dép. Haute-Corse, Dénombrement de 1769. Le recensement de 1851 donne des chiffres équivalents pour Aregno : Arch. dép. Corse-du-Sud, 6M229.

[52]

En 1819 par exemple le taux moyen d’occupation atteint le maximum de 7,5 à Muro, de 7 à Lumio et Algajola, en 1886, il est de plus de 6 à Belgodère, Muro, Costa, Zilia, Palasca et Moncale.

[53]

Gregorovius, 1996-1997, vol. ii, p. 13.

[54]

Si un cas rare est à signaler à Lumio avec 7 personnes vivant dans une pièce avec un seul lit (Arch. dép. Haute-Corse, 1Z177), le partage du lit par plusieurs personnes n’est en rien exceptionnel dans les campagnes françaises : Claverie et Lamaison, 1982, p. 37 ; Soulet, 2004, p. 205.

[55]

La structure initiale existe déjà en 1701.

[56]

Cette volonté de distinction des notables est une constante. Ils peuvent être rapprochés des maisons bourgeoises des campagnes du sud de la France qui apparaissent au cours du xviiie siècle, mais qui datent surtout du xixe siècle. Elles se caractérisent notamment par une façade plus large, des ouvertures plus nombreuses et plus régulièrement disposées, une porte ouvragée ou encore un rez-de-chaussée plus élevé : Amouretti, Comet, et Pomponi, 1978, p. 174.

[57]

Dans d’autres régions, comme dans le Cap Corse, leurs constructions sont principalement liées à l’émigration aux Amériques.

[58]

Demoustier, 1997, p. 48-49. Il y en a entre deux et cinq chambres, auxquelles s’ajoutent souvent le bureau du propriétaire. Le maximum est donc de huit pièces, c’est aussi le modèle le plus répandu.

[59]

L’ajout est mentionné sur le cadastre de 1872. Renseignements fournis par le propriétaire actuel, M. Claude Imperiali.

[60]

Les étages de réception et d’habitation peuvent être inversés dans certains bâtiments.

[61]

Trochet, 2006, p. 194.

[62]

Coppolani et Serpentini, 1998, p. 42. Ce type d’exclusion des filles se retrouve avec plus ou moins de rigueur dans la plupart des législations statutaires de l’Italie communale : Chabot, 1998.

[63]

À partir du recensement de 1770, une étude a été menée dans cinq villages de taille différente. C’est le cas à Ville pour 28 % des 99 feux, 25 % des 49 d’Avapessa, 21 % des 91 d’Aregno, 20 % des 87 de Montemaggiore et 23 % sur les 47 de Lunghignano. En 1851, le recensement donne un taux équivalent à Aregno (28 %). En leur sein, les familles élargies comprenant les parents, leur fils et leur belle-fille (avec parfois des petits-enfants) sont peu nombreuses : 2 % à Ville, 2 % à Avapessa, 6,5 % à Aregno, 7 % à Montemaggiore, 17 % à Lunghignano et 10 % à Aregno en 1851.

[64]

Guibal, 1987.

[65]

L’héritier est l’aîné du Labourd à la vallée d’Aure ou l’enfant choisi par le père chez les paysans catalans, andorrais ou ariégeois dans les Pyrénées : Soulet, 2004, p. 197 et 221. C’est cette formule qui est utilisée dans le Gévaudan : Claverie et Lamaison, 1982, p. 60. Voir également Guibal, 1987.

[66]

Collomp, 1983, p. 67-69. Dans le sens horizontal chacun des deux couples reçoit un des étages d’habitation, cave-écurie et grenier restent en commun, dans le sens horizontal chacun des deux couples reçoit deux pièces par étage, voire une par niveau. Un quart des chefs de famille ne sont pas propriétaires de la maison entière. Plus les familles sont pauvres, plus les divisions sont importantes.

[67]

Le régime de la communauté qui permet à la femme d’hériter de la moitié du patrimoine du couple complique également les choses. À l’époque moderne, la femme a simplement le droit de rester dans la maison du défunt tant qu’elle reste en habits de veuve mais n’a droit à rien sur les biens de son époux.

[68]

Il est souvent mentionné, au xviiie siècle, « passo, intrata e uscita per entrare e andare alla stanza » (passage, entrée et sortie pour entrer et aller à la pièce) ou l’acte indique un nombre défini de « palmi di sito » « per servire di communicazione » (un espace pour servir de communication).

[69]

Guibal, 1987.

[70]

Ils peuvent être laissés en indivis ou être attribués à un des héritiers, les autres en gardant la jouissance.

[71]

« Certaines parties de ces maisons à foyer multiples étaient communes : l’aire, le puits, l’escalier extérieur ; dans l’étable, un ménage avait trois râteliers, l’autre deux », Deffontaines cité par Trochet, 2006, p. 199.

[72]

Lorsque la pratique se poursuit de génération en génération, le nombre de propriétaires rend la gestion difficile : en l’an ix à Lunghignano, sept personnes vendent les deux tiers d’un pressoir.

[73]

Il est indiqué que le destinataire de la constitution peut louer les biens bâtis qui lui sont attribués.

[74]

Dellile, 1985, p. 127, fait un constat semblable dans le royaume de Naples où peu de personnes sont locataires. Il s’agit essentiellement de journaliers, d’artisans ou de veuves.

[75]

Minutes Abraini 1796 et Santoni an IX.

[76]

Guibal, 1987 ; Collomp, 1983, p. 301-320.

Résumé

Français

En Balagne, région rurale du nord-ouest de la Corse, au xviiie siècle, la maison est une « maison bloc », pourvue d’un toit en terrasse, comptant généralement un rez-de-chaussée et un étage. Sa fonction économique est peu marquée et elle n’est pas une unité de production. Au cours du xixe siècle, elle s’élève en gagnant un ou deux étages alors que ses pièces se spécialisent même si l’individualisation des espaces ne recouvre pas la même réalité qu’aujourd’hui. Socle du patrimoine familial, il est primordial de la transmettre de génération en génération. Si les ventes de bâti sont rares, le fractionnement des maisons lors des successions, plus fréquent au xixe siècle, ne peut pas toujours être évité, les partages entraînant de multiples servitudes et de nombreuses réorganisations de l’espace habité. Enfin, la maison sert de vitrine sociale. Au xviiie siècle les notables se distinguent du reste de la population en possédant des demeures plus spacieuses puis au xixe par la construction de palazzi (vastes maisons à l’architecture spécifique).

Mots-clés

  • communautés rurales
  • conditions rurales
  • Corse
  • habitat rural
  • notables

English

During early modern time the flax seeds from the Baltic countries are considered as high quality seed and becomes indispensable to the Western European agriculture. Brittany is one of the major provinces of textile manufacturers in France and this region imports big quantities of seed from the port of Libau in Kurland. The Breton imports are totally controlled by the merchants from the port of Lübeck thus making comfortable profits. The high price for seeds is one of the reasons which explains the decline in the production of Breton textile in the 17th century.

Keywords

  • trade
  • shipping
  • merchants
  • flax seeds
  • textile production
  • Baltic countries
  • Brittany

Español

En Balagne, comarca rural del noroeste de Córcega, en el siglo xviii, la casa es una « casa bloque », con un tejado en terraza, una planta baja y un solo piso. Su papel económico es poco marcado y no es una unidad de producción. A lo largo del xix, se alza con uno o dos pisos añadidos mientras que sus cuartos se especializan, aunque la organización del espacio no se parece a la de hoy. Base del patrimonio familiar, es imprescindible trasmitirla a sus descendientes, de manera que las ventas de casas no son frecuentes, aunque su división cuando las sucesiones no puede obviarse, sobre todo en el xix, lo que conlleva un sinfín de obligaciones y numerosas reorganizaciones del espacio ocupado. Por fin, la casa es un escaparate social. En el xviii, la anchura del espacio diferencia las casas de los notables los cuales, en el siglo siguiente, hacen edificar los palazzi (anchas casas con una arquitectura peculiar).

Palabras claves

  • comunidades rurales
  • condiciones rurales
  • Córcega
  • habitat rural
  • notables

Plan de l'article

  1. La maison balanine : ce que nous en disent les archives
  2. L’aspect général de la maison balanine
    1. Une « maison bloc »
    2. La maison au sein du village
    3. Les matériaux utilisés
    4. L’agencement de l’espace intérieur : les pièces de la maison
  3. Le quotidien dans les maisons balanines
    1. Meubles et ustensiles : l’apport des inventaires
    2. Les conditions de vie
  4. La maison : socle du patrimoine familial
    1. La maison vitrine du statut de la famille ?
    2. La maison dans les partages
    3. La maison et les ventes : un bien à préserver
    4. Le bâti dans les patrimoines ecclésiastiques et les dots : deux stratégies opposées ?

Pour citer cet article

Castellani Laetizia, « Maison et habitat dans la Balagne rurale littorale du début du xviiie à la fin du xixe siècle », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2010 (Vol. 34), p. 79-108.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2010-2-page-79.htm


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