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Histoire & Sociétés Rurales

2011/1 (Vol. 35)


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C’est au génie littéraire de Cervantes que l’on doit la meilleure description du mode de vie d’un hidalgo. Au tout début du xviie siècle, dans les premières lignes de son chef-d’œuvre universel, il présentait ainsi l’ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche :

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« En un lugar de la Mancha, de cuyo nombre no quiero acordarme, no ha mucho tiempo que vivía un hidalgo de los de lanza en astillero, adarga antigua, rocín flaco y galgo corredor. Una olla de algo mas vaca que carnero, salpicón las más noches, duelos y quebrantos los sábados, lentejas los viernes, algún palomino de añadidura los domingos, consumían las tres partes de su hacienda. El resto della concluían sayo de velarte, calzas de velludo para las fiestas, con sus panfuflos de lo mesmo, y los días de entresemana se honraba con su vellorí de lo más fino. Tenía en su casa una ama que pasaba de los cuarenta y una sobrina que no llegaba a los veinte, y un mozo de campo y plaza que así ensillaba el rocín como tomaba la podadera [1][1] Cervantes,1998, Primera parte, Capítulo i, p. 35-36..... »

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Ce magnifique portrait d’un « typique hidalgo de village », pour reprendre les mots du professeur Francisco Rico [2][2] Rico, 2005, p. 743., a fondé l’archétype de l’hidalgo espagnol, facile à reconnaître, et reproduit à profusion.

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Cervantès, cependant, tout comme la littérature des xvie et xviie siècles, opposait ce modèle de l’hidalgo castillan, dont la noblesse n’était pas remise en question, à la figure de l’hidalgo du nord de l’Espagne (des Asturies ou de Biscaye). Celui-ci était considéré comme tel du simple fait d’être né dans les montagnes du Nord : il était « hidalgo comme le roi, parce qu’il était montañés » [3][3] Cervantes, 1998, Segunda parte, Capítulo xlviii, p..... Mais, le mode de vie de ces hidalgos du Nord n’avait strictement rien à voir avec celui d’un Don Quichotte : bien loin de s’astreindre à l’obligation de vivre noblement, ils vivaient d’activités agricoles ou artisanales, ou d’autres métiers de vile réputation. C’est pourquoi leur noblesse, objet de moquerie dans la littérature de l’époque [4][4] Cervantes, 1998, Segunda parte, Capítulo xlviii, p...., était remise en question par la société espagnole.

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Les pages qui suivent voudraient placer ces hidalgos du Nord au cœur de l’analyse. Car le sujet n’est pas banal. La Cordillère cantabrique, en effet, abritait la plus grande concentration de population noble de la Couronne de Castille, et l’une des plus denses d’Europe au demeurant [5][5] Maczak, 1996, p. 259-283.. Si la noblesse, à la fin du Moyen Âge, représentait entre 1 et 2 % de la population européenne [6][6] Dewald, 1996, p. 1., dans le royaume de Castille, vers 1500, elle atteignait la proportion de 11 % environ, et se concentrait principalement entre Asturies et Guipúzcoa [7][7] Gerbet, 1980, p. 78-99 ; Molinié-Bertrand, 1974, p..... Les meilleures informations sur la distribution de la noblesse dans le nord de la Péninsule proviennent du recensement de 1591 : tandis que la population galicienne de condition hidalga représentait à peine 5 % de l’ensemble des habitants, celle des Asturies atteignait 76 % et, en Cantabrie, autour de 86 %. Au sud des territoires de la cordillère, dans les montagnes de Burgos, le nombre d’hidalgos était plus faible, mais il oscillait cependant entre 50 et 70 % de la population. Enfin, en Álava, au milieu du xvie siècle, les hidalgos constituaient 25 % de la population [8][8] Molonie-Bertrand, 1985 ; Carretero, 2008, t. ii, p..... Ces chiffres sont frappants, et suffisent amplement à justifier une étude des hidalgos du Nord, dans le but, en particulier, d’expliquer pourquoi, dans quel contexte et de quelle manière, l’hidalguía s’est généralisée dans ces régions à partir de la fin du xiie siècle. Pour l’heure, l’analyse se limitera ici au Pays Basque.

Carte 1 - Distribution de la population noble dans la Couronne de Castille (1591)Carte 1

Sur la généralisation de l’hidalguía

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Le mot hidalgo ne plonge pas ses racines dans une lointaine nuit des temps. Il apparut au xiiie siècle et se diffusa dans la Couronne de Castille tout au long de ce siècle, se substituant au terme d’infançon. Selon le grand historien José Maria Lacarra, sa propagation fut « explosive » du Léon jusqu’aux frontières de la Couronne d’Aragon où, en revanche, ce qualificatif ne fut jamais employé pour désigner les membres de la petite noblesse. Sur l’origine et la signification du terme, la plupart des historiens espagnols acceptent la proposition de Menéndez Pidal qui – en prenant comme référence Las Partidas où les hidalgos sont définis comme des enfants de bien [de richesse] –, faisait dériver hidalgo de filio de aliquo. Le professeur Lacarra, toutefois, a repris la proposition de F. Lázaro Carreter qui suggérait une origine différente à partir de la forme fidaticum – digne de confiance –, forme dérivée de fides (avec le suffixe –aticum) et très utilisée dans le dialecte de León, ce qui conduisait cet auteur à penser que le mot était né dans cette région avant d’entamer son expansion vers l’est [9][9] Lacarra, 1983, p. 201-219..

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Quoi qu’il en soit, le mot hidalgo remplaça le mot infançon. Or, avant le xiiie siècle, l’infanzonía – terme associé à la condition nobiliaire de ceux qui s’en revendiquaient – n’était le patrimoine que d’un petit groupe de privilégiés. Pourtant, deux siècles plus tard, les hidalgos étaient devenus majoritaires dans les régions que nous avons signalées. C’est qu’entre temps, selon le professeur Lacarra, furent incorporés à la condition des hidalgos tous les hommes qui voulaient améliorer leur statut et se trouvaient disposés à lutter à cheval en échange de certains privilèges.

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L’accès à l’hidalguía, en effet, impliquait des privilèges et des obligations. Parmi ceux-ci, les privilèges juridictionnels avaient une importance particulière, et tout particulièrement l’immunité. Les hidalgos ne pouvaient être emprisonnés ni pour dettes, ni pour s’être porté caution ; leurs maisons, leurs chevaux et leurs armes ne pouvaient être mis en gages. Les hidalgos devaient être jugés par des magistrats particuliers (les alcaldes hijosdalgo). Ils ne pouvaient être soumis à la torture ni être exécutés de façon abjecte. Et quand ils étaient assassinés ou déshonorés, la peine encourue pouvait atteindre la somme de 500 sous, d’où l’expression commune dans les documents qui parlent de l’hijodalgo de devengar quinientos sueldos segund el fuero de España (« l’hidalgo qui coûte 500 sous selon la coutume d’Espagne »). De plus, les hidalgos étaient exempts d’impôts personnels et réels. Enfin, en ce qui concerne leurs obligations, il convient de souligner qu’ils devaient, quand le roi l’exigeait, un service d’ost à cheval.

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L’intégration de nouveaux venus au sein de l’hidalguía se poursuivit tout au long des xive et xve siècles par le biais de différentes procédures. Trois d’entre elles sont particulièrement remarquables. La première était le privilège royal. Les rois concédaient parfois l’hidalguía à ceux qui leur avaient prêté service à cheval lors des entreprises militaires qu’ils multiplièrent au cours de ces siècles. Ce faisant, en effet, ils élargissaient l’accès à l’hidalguía qui se trouvait ainsi ouverte aux pecheros, c’est-à-dire aux hommes qui étaient normalement soumis aux impôts réels et personnels. La seconde voie d’accès à la noblesse était l’ejecutoria : une sentence qui, au terme d’un procès, reconnaissait l’hidalguía du plaignant. Jusqu’à la Pragmática de Córdoba (1492), la référence légale était celles de Toro (1398) et de Tordesillas (1403) qui imposaient de démontrer que la famille du plaignant était en possession de l’hidalguía depuis trois générations, et qu’elle n’avait pas payé d’impôts fonciers et personnels depuis vingt ans au moins. C’était une procédure complexe, longue et parfois coûteuse. Ceux qui l’utilisaient, néanmoins, savaient qu’il était possible d’obtenir gain de cause et que, dans la grande majorité des cas, il en allait ainsi.

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Mais l’accès à l’hidalguía pouvait suivre d’autres voies encore, parmi lesquelles figurait notamment le mariage des filles de paysans avec des hidalgos. Les enfants de ces couples, filles et garçons, obtenaient en effet l’hidalguía. En outre, les biens fonciers que les jeunes paysannes apportaient en dot dans le nouveau ménage se trouvaient de la sorte exemptés d’impôts : c’était une puissante incitation en faveur de tels arrangements. Ce fut le cas pour quelques paysannes de Cigoitia en Álava, et pour María de Ibargüen, en particulier, qui rapporta cet épisode de sa vie lors d’un témoignage en justice. Orpheline à treize ans, elle fut promise en mariage à un hidalgo. Alors qu’elle pleurait parce qu’elle ne connaissait pas son mari, ses oncles et tantes lui imposèrent le silence parce que, disaient-ils, les biens qu’elle apporterait au ménage seraient un jour libres de tout impôt [10][10] Díaz de Durana, 2004, p. 251-254..

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Telles étaient donc les démarches habituelles permettant d’accéder au statut d’hidalguía. En Pays Basque il y eut bien des hidalgos qui obtinrent ce statut par le biais de ces procédures. Et ce fut dans le Señorío de Biscaye, dans la Provincia de Guipúzcoa, dans les vallées du versant cantabrique d’Álava, Ayala et Aramayona et dans le comté d’Oñate qu’elles furent le plus pratiquées. À la fin du xive siècle, la documentation semble bien indiquer que la condition hidalga était devenue majoritaire parmi les habitants de ces lieux [11][11] Hidalgo de Cisneros, 1985, p. 67 ; Barrena, 1982, p..... Et l’aboutissement de cette évolution pourrait bien être marqué par la reconnaissance juridique d’hidalguía qu’obtinrent tous les natifs du Señorío de Biscaye (1526) [12][12] Fuero Nuevo de Vizcaya,1976, Título, i, Ley xvi, p.... et de la Provincia de Guipúzcoa (1610) [13][13] Archivo Municipal de Bergara, a. Históricos, b-01,....

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En 1526, le Fuero Nuevo de Biscaye proclamait, en effet, l’hidalguía de tous les Biscaïens. Étaient reconnus hidalgos non seulement ceux qui étaient nés et vivaient toujours dans le Señorío, mais également ceux qui étaient en mesure de prouver leur origine biscaïenne, quand bien même ils étaient émigrants de deuxième ou troisième génération, exilés à cause de la pauvreté et de la stérilité de la terre, et quand bien même ils vivaient désormais dans des villages de Castille où ils étaient tenus pour pecheros. La déclaration d’hidalguía universelle, par conséquent, visait ainsi à consolider aussi les exonérations fiscales de ceux qui avaient émigré. De fait, le Fuero Nuevo proclamait l’hidalguía en prenant comme point de référence des concepts étroitement liés à un autre texte élaboré à Oñate en 1477 [14][14] Otazu et Díaz de Durana, 2008, p. 46-51., tout en supposant un saut qualitatif sans précédent : non seulement parce qu’il proclamait l’hidalguía de tous les Biscaïens, mais aussi, et surtout, parce qu’il prétendait (et il y réussit !) faire prévaloir les dispositions des fueros locaux sur le droit commun de Castille, et imposer, au demeurant, que leurs dispositions fussent appliquées en territoire castillan, bien au-delà des terres biscaïennes.

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Ces prétentions n’étaient pas entièrement nouvelles. Tout au long du xve siècle, un débat intense opposa ceux qui n’admettaient pas l’hidalguía territoriale et ceux qui la revendiquaient. L’enjeu était de savoir si l’hidalguía devait être limitée aux lignages qui avaient obtenu cette condition à travers des procédures administratives particulières ou, au contraire, si elle devait s’étendre à l’ensemble des natifs de Biscaye et Guipúzcoa. Finalement, c’est la thèse territoriale qui s’imposa. S’appuyant sur l’idée que les gens du Nord n’avaient jamais été envahis, contaminés, ni colonisés par d’autres peuples, les tenants de ce parti construisirent un discours historique et juridique qui justifiait l’hidalguía collective. Cette thèse accordait à tous les Biscaïens et habitants de Guipúzcoa la noblesse la plus ancienne d’Espagne. Il n’était pas nécessaire, par conséquent, de se soumettre à des ordonnances (pragmáticas) castillanes qui imposaient des preuves spécifiques pour démontrer leur hidalguía. Tout au contraire, il leur suffisait, pour la voir reconnaître, de prouver leur naissance dans le Señorío de Biscaye ou dans la Provincia de Guipúzcoa [15][15] Aranzadi, 1982, p. 347-447..

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Les règles édictées par les fueros n’auraient surement pas prévalu sur le droit commun castillan si ce processus d’intégration à l’hidalguía ne s’était pas appuyé sur des situations antérieures qui contribuèrent de façon décisive à justifier et renforcer les arguments utilisés. Pour défendre ou essayer de démontrer l’ancienneté de cette hidalguía, pour convaincre – malgré les controverses juridiques – de ce qu’elle était conforme aux critères castillans, il fallait des exemples et des précédents. Dans cette optique, on devait nécessairement accorder une importance particulière aux obligations militaires, à l’organisation politique et à la fiscalité à laquelle étaient soumis les habitants des territoires côtiers du Pays Basque.

Hidalguía et obligations militaires

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L’hidalguia, c’est bien connu, était étroitement associée aux obligations militaires des titulaires de feudos de bolsa (fiefs de bourse), lesquelles impliquaient l’entretien d’un cheval et d’un équipement militaire, ainsi que trois mois de participation à l’ost lorsque le roi ou le seigneur le demandait [16][16] El Fuero Viejo de Castilla, 1996, p.83 ; Moran, 1996,.... Certes, au fil des siècles, l’éloignement des zones de combats et les transformations que subit l’organisation des contingents armés conduisirent les hidalgos à prendre quelque distance avec la conquête des terres du sud. En général, cependant, la diffusion de l’hidalguía des Asturies jusqu’en Guipúzcoa est associée, tout comme pour les vallées pyrénéennes de Navarre et d’Aragon, à leur localisation aux frontières des royaumes dont dépendaient ces régions, ainsi qu’aux services militaires prêtés par leurs habitants, à l’intérieur comme à l’extérieur de leurs territoires [17][17] Larrea, 2005, p. 64-68..

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Pour argumenter dans le sens de cette étroite relation, il n’est pas inutile de rappeler que la proclamation d’hidalguía universelle, en Biscaye et Guipúzcoa, intervint après une participation massive des habitants aux affrontements qui précédèrent l’accession au trône d’Isabelle de Castille et de Ferdinand d’Aragon. Ce fut le cas, entre 1475 et 1525, lorsqu’il fallut défendre avec acharnement les places fortes frontalières convoitées par le roi de France (Fuenterrabía). Ce fut le cas aussi, entre 1482 et 1492, lors de l’attaque finale menée contre le royaume de Grenade et, en 1512 encore, durant la conquête du royaume de Navarre. Or, il convient de souligner que participèrent à toutes ces campagnes, non seulement ceux qui avaient l’obligation de répondre à l’appel des rois – les Parientes Mayores des principaux lignages, ceux qui percevaient des rentes de la Couronne pour entretenir leurs mesnies – mais aussi, sous la bannière des hermandades, des contingents armés formés de paysans et de gens des villes.

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Si ces derniers avaient toujours pris part aux combats, il n’en reste pas moins que la participation des gens ordinaires, désormais organisée dans le cadre des hermandades, impliquait un bouleversement des équilibres antérieurs. La pratique des armes cessa d’être associée exclusivement à l’hidalguía, jetant à bas le mur qui séparait les hidalgos des pecheros. À tel point que les Juntas Generales de Guipúzcoa, en 1518, remirent en question la valeur militaire de ce que les contingents nobiliaires apportaient à la défense du territoire : elles considéraient que le nombre de combattants recrutés par les hermandades était bien supérieur à celui des guerriers engagés par les Parientes Mayores[18][18] Díaz de Durana et Fernandez de Larrea, 2004, p. 324-326.... Or, ces services militaires rendus à la Couronne furent parmi les arguments centraux utilisés par la Provincia, en 1608, pour obtenir l’hidalguía de tous les natifs de Guipúzcoa [19][19] Díaz de Durana, 2004, p. 295-296.. Au cours des xvie et xviie siècles, la participation militaire des habitants du nord de l’Èbre à la défense du territoire, participation traditionnellement associée en Castille à la noblesse, contribua à asseoir l’idée d’une généralisation de l’hidalguía parmi les natifs de ces territoires.

Hidalguía et organisation politique

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À partir de la fin du Moyen Âge, l’organisation politique d’Álava, de Guipúzcoa et de Biscaye, tout comme la participation des pecheros aux offices publics des villes [20][20] Porres, 2001., contribua à répandre l’idée d’une hidalguía généralisée parmi tous les natifs du Pays Basque. Ceci advint tout spécialement quand le peuple du pays eut migré vers les villes castillanes où les offices étaient réservés aux hidalgos.

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La Biscaye était un señorío dont les contours géographiques et institutionnels étaient pratiquement fixés dès le début du xiiie siècle. En Álava et en Guipúzcoa, le processus de formation territoriale et politique n’aboutit qu’au xve siècle, parallèlement à la consolidation, à partir de 1463, des Juntas Generales qui, dans l’un et l’autre territoire, réunissaient les représentants des différentes circonscriptions territoriales et constituaient le principal organe de gouvernement. Leurs attributions, dans la Provincia d’Álava et la Provincia de Guipúzcoa, se précisèrent dans la deuxième moitié du xve siècle. Elles étaient en charge, principalement, du maintien de l’ordre et de l’exécution de la justice. Elles intervenaient dans les procès civils et criminels, sans toutefois interférer sur l’autorité du juge. Elles réglaient les différends entre les communautés, ou entre celles-ci et les particuliers et, surtout, luttaient vigoureusement contre les lignages nobles quand ceux-ci mettaient en péril la paix publique. En Guipúzcoa, de plus, elles contrôlaient la présence et les activités de certains groupes marginaux tels que les sorcières, les juifs et, un peu plus tard, les convertis. Elles renforcèrent également leurs compétences militaires dans un contexte d’affrontements permanents avec les troupes françaises autour de la place fortifiée de Fuenterrabía. Elles s’occupaient de l’approvisionnement, en blé notamment, de la maintenance du réseau des chemins, de la circulation des marchandises et de la production de certaines activités artisanales.

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En Guipúzcoa, des représentants de chaque ville assistaient aux Juntas Generales[21][21] Lema, 2002, p. 85-56.. Ils étaient désignés par le conseil de chaque communauté, sur la base de critères de voisinage et de richesse qui excluaient, entre autres, les clercs et les habitants des campagnes soumis à la juridiction des villes. Fut exigée en outre, à partir de 1529, un certaine connaissance de la langue espagnole, parlée et écrite.

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En Álava, la participation aux Juntas fut réservée aux habitants les plus riches de chaque circonscription, ce qui, de fait, limitait à un petit nombre la participation à la vie publique. Dans la vallée d’Aramayona, par exemple, sur 196 habitants, deux seulement pouvaient avoir, en 1510, accès aux Juntas Generales[22][22] Díaz de Durana, 2004, p. 190-192.. De plus, les hidalgos de chaque hermandad locale monopolisaient la plus grande part des magistratures et offices, ce qui générait des conflits répétés avec les pecheros qui réclamaient une plus grande participation à la vie publique. À Vitoria, par exemple, les intérêts politiques et économiques de l’oligarchie qui s’empara du gouvernement furent, dès lors, déterminants dans la construction de l’organisation politique de la Provincia[23][23] Fernandez de Pinedo, 1994, p. liii-lix..

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Même si le résultat fut en définitive similaire, l’évolution de la Biscaye fut différente du fait de la stricte distinction opérée entre les villes et la campagne : la Tierra Llana. En Álava et en Guipúzcoa, le ressort des villes incorporait en effet l’essentiel des campagnes. Les villes biscaïennes, au contraire, ne contrôlaient que l’espace réduit des agglomérations. La représentation politique des Biscaïens se trouvait, par conséquent, fragmentée en deux entités bien différenciées : et alors que la Tierra Llana était contrôlée par les grands lignages, les villes étaient dirigées par les marchands. La juridiction réduite des villes biscaïennes empêcha donc les élites urbaines d’étendre leur influence sur les zones rurales. Ce faisant, elle leur interdisait de prétendre à la représentation politique de l’ensemble du territoire, et de se convertir en interlocuteurs uniques de la Couronne. C’est pourquoi, en Biscaye, les membres des grands lignages ne furent pas évincés du pouvoir politique par l’institutionnalisation des factions [24][24] García de Cortazar et alii, 1985, iii, p. 363-378..

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En Guipúzcoa ou en Biscaye, avant même la généralisation de l’hidalguía et malgré les restrictions de voisinage et de richesse, les pecheros pouvaient donc accéder aux charges publiques aussi bien dans les villes qu’aux différents échelons des institutions provinciales [25][25] García Fernandez, 2004, p. 211-278.. En Castille, au contraire, les pecheros avaient à peine droit à une représentation dans les communes villageoises [26][26] Monsalvo, 1989 ; Val Valdivieso, 1994., une place qui, dans la pratique, étaient réservée à la classe des privilégiés, c’est-à-dire aux chevaliers et aux hidalgos. C’est pourquoi, quand un natif d’Álava, de Guipúzcoa ou de Biscaye revendiquait son hidalguía au sud de l’Èbre, il était parfaitement crédible aux yeux des autorités castillanes lorsqu’il argumentait en disant qu’il avait occupé des charges municipales ou provinciales.

Hidalguía et exemption fiscale

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Les hidalgos étaient exempts d’impôts personnels et réels. La généralisation de l’hidalguía au nord de la Cordillère cantabrique contribua de façon déterminante à répandre l’idée que les gens du nord ne payaient pas d’impôts, un argument décisif à l’heure de défendre leur hidalguía loin de leurs terres, au sud de l’Èbre principalement. Pourtant, et même s’il ne le faisaient pas de la même manière que les autres sujets du royaume, les hidalgos du Nord contribuaient aussi à renflouer les caisses royales.

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Le cas le plus éloigné du régime fiscal castillan est celui du Señorío de Biscaye. Interprété en terme d’exemption, il pousserait à conclure que les Biscaïens ne payaient pas d’impôts. Ils en payaient pourtant, et il convient de rappeler que, depuis 1379, le seigneur de Biscaye n’était autre que le roi de Castille. De fait, les formes de fiscalité nouvelles que la Couronne de Castille imposa dans la seconde moitié du xiiie siècle ne furent pas appliquées dans le Señorío de Biscaye. Parlant des formes de fiscalité subies par les Biscaïens, Luis Maria Bilbao a affirmé qu’elles inspiraient une certaine sensation d’archaïsme [27][27] Bilbao, 1991, p. 48.. Les villes versait le pedido, un impôt d’origine royale, qui était réparti entre tous les habitants. Dans les campagnes, le seigneur de Biscaye percevait également le pedido sur les paysans qui dépendaient directement de lui. Il collectait aussi les derechos de ferrería (droits de forge), la rente des prêvots des villes et une fraction des revenus des églises sur lesquelles il détenait un droit de patronage (dont la plus grande partie était toutefois concédée aux principaux lignages du Señorío). Les Biscaïens ne payaient pas la alcabala, l’impôt qui grevait de 10 % la valeur des achats et ventes, ni les « services extraordinaires » accordées au roi par les Cortes du royaume, alors même qu’il s’agissait, à la fin du Moyen Âge, des deux plus importantes sources de revenus de la Couronne [28][28] Ladero, 1982 ; Díaz de Durana et Piquero, 2006, p..... Le Fuero Nuevo de Biscaye, en 1526, avalisa ce statut fiscal particulier [29][29] Fuero Nuevo de Vizcaya…,Título i, Ley iv, p. 8..

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On ne payait pas l’alcabala dans les vieux domaines d’Ayala, d’Aramayona et d’Oñate, où l’hidalguía se généralisait également. En Guipúzcoa et en Álava, en revanche, on devait la taxe sur les ventes tout autant que l’ensemble des impôts dus au trésor royal, y compris les services votés par les Cortes. En Álava, de surcroît, on payait le pecho forero, l’impôt local et coutumier qui comprenait le semoyo – un versement en nature, moitié blé et moitié orge, et le bœuf de mars, une quantité en argent. Mais on ne payait pas les tercias (les fractions de dîmes dues au roi) parce que les églises étaient sous le patronage de seigneurs laïcs. De plus, les habitants des villes étaient exempts du paiement des impôts qui grevaient la circulation des marchandises, parce qu’il était admis que le pays, réputé pauvre, devait nécessairement s’approvisionner à l’extérieur. On payait toutefois les dîmes de la mer qui grevaient l’entrée et la sortie des marchandises dans les ports de la côte de Guipúzcoa et à la « douane intérieure » de Vitoria [30][30] Gaibrois,1922-1928 ; Fernández de Pinedo, 1982, p.....

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Comparée au cas de la Biscaye, la situation fiscale en Álava et Guipúzcoa pouvait donc paraître bien intégrée dans le système castillan. Mais à partir du dernier quart du xive siècle, les villes de Guipúzcoa se différencièrent parce que se diffusait, précisément, l’idée d’une exemption générale de tous les habitants. Ils cessèrent de payer les vieux impôts d’origine domaniale. En outre, à partir de 1509 et pendant tout le xvie siècle, l’alcabala qui grevait en principe 10 % du montant des ventes fut réduite à un versement fixe (en récompense des services militaires prêtés à la Couronne) au moment où, précisément, les revenus annuels de cet impôt connaissaient leur plus grande hausse [31][31] Díaz de Durana et Piquero, 2006, p. 56-62.. De fait, ceci semble confirmer ce que déclarait, au début du xviie siècle, un mémoire attribué au seigneur de Berástegui : l’exemption s’était étendue à tous les habitants de Guipúzcoa pour mettre tous les contribuables sur un pied d’égalité. C’était un argument de plus en faveur de l’extension de l’hidalguía à l’ensemble des natifs de ce territoire car, vue depuis la Castille, une contribution aussi atténuée équivalait à l’exemption. L’idée se répandait ainsi qu’il y avait là des territoires et des individus fiscalement privilégiés [32][32] Otazu et Díaz de Durana, 2008, p. 82.. Quelques années plus tard, en arguant également des services rendus à la Couronne, les Juntas Generales d’Álava sollicitèrent le roi pour obtenir que l’alcabala soit réduite à un montant qui n’augmenterait plus : elles n’y réussirent pas [33][33] Díaz de Durana, 1991, p. 200., et de fait, l’hidalguía ne se généralisa pas en Álava.

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Pour finir, le recouvrement des « impôts extraordinaires » votés par les Cortes fut, en Álava et Guipúzcoa, transféré à partir de 1472 sous la responsabilité des hermandades. Désormais, tout le monde devait y contribuer, y compris les hidalgos. C’est dire, d’une certaine façon, que chacun continuait de payer un forme d’impôt, mais que ceux-ci étaient versés en fonction de concepts devenus très différents de ceux qui s’appliquaient aux habitants des villes et villages castillans [34][34] Fernández de Pinedo, 1991.. Ceci contribuait encore à diffuser le sentiment qu’il existait, au nord de l’Ébre, une tradition d’exemption, une idée qui fut récupérée plus tard dans les déclarations et les actes juridiques qui proclamèrent l’hidalguía universelle.

Quelques clés pour comprendre l’inégale généralisation de l’hidalguía

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Les succès et les échecs des prétentions à l’hidalguía universelle ne sauraient être attribués à une seule cause. Pour expliquer de quelle manière elle s’imposa ici ou là, il est donc nécessaire de proposer quelques clés d’interprétation supplémentaires. Nous analyserons essentiellement, dans les paragraphes qui suivent, deux de ces éléments d’explication : les conflits sociaux qui agitèrent le Pays Basque en premier lieu et, pour finir, la relation étroite qui s’établit au xvie siècle entre hidalguía et pureté de sang.

La généralisation de l’hidalguía, corollaire des conflits sociaux du bas Moyen Âge

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La généralisation de l’hidalguía n’est pas le résultat direct des conflits sociaux qui secouèrent le Pays Basque au cours du bas Moyen Âge. Il n’en reste pas moins que, dans les régions où l’hidalguía se généralisa, ces conflits permirent une mobilité sociale qui doit être prise en compte. Tout au long du xive siècle, et durant une bonne partie du xve, les formes anciennes de l’encadrement des hommes perdurèrent sans grand changement. En 1526, cependant, le Fuero Nuevo proclamait l’hidalguía de tous les natifs du Señorio de Biscaye, y compris donc, pour les paysans soumis aux cens. En Guipúzcoa, néanmoins, le roi et les ordonnances de l’Hermandad prohibèrent une partie des formes du contrôle social, économique et politique que les grands lignages exerçaient sur l’ensemble de la société. En 1489, toutefois, les habitants de la vallée d’Ayala renoncèrent à leur ancien Fuero de 1373, celui-là même qui précisait les différences légales séparant les paysans des hidalgos. On ne saurait croire que des changements aussi substantiels ne fussent pas liés, dans chacun de ces territoires, à une transformation sensible des rapports sociaux et des relations entre groupes sociaux. Comment imaginer que, dans un laps de temps aussi court, tout le monde ait oublié le statut immémorial des paysans de Biscaye, des peones de la vallée d’Ayala, des pecheros d’Aramayona ou des solariegos du comté d’Oñate ou de ceux vivant sur d’autres terres de Guipuzcoa ?

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Au sein de chaque communauté, le développement des conflits sociaux renforçait les liens entre les individus. La défense des intérêts communs, gravement menacés par les procédés arbitraires des puissants, impliquait une organisation qui, s’appuyant sur les structures municipales et les assemblées jurées, devaient assurer le recouvrement des frais engagés en justice, coordonner l’action des avocats et procureurs (collecte des témoignages, présentation des preuves, etc.) et entretenir la flamme des revendications dans des procédures qui pouvaient s’éterniser. Face aux seigneurs de la guerre et de la terre qui prétendaient valoir mieux (valer más est une expression qui revient souvent dans le discours des nobles du xve siècle), les communautés finirent par imposer l’idée que tous les habitants devaient valoir autant (valer igual). Ces derniers, qu’ils fussent pecheros ou hidalgos, durent s’affronter aux plus puissants des seigneurs et à leurs procédés arbitraires en utilisant tous les recours qui étaient à leur portée. L’expression politique de cette alliance fut la Hermandad – assemblée des représentants des villes et de la Tierra Llana – ourdie contre les grands lignages pour défendre les intérêts de la communauté et de la justice publique.

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La version la plus radicale de cette alliance politique entre pecheros et hidalgos se rencontre en Guipúzcoa : ici, la Provincia fut le fruit de l’union des villes et fut un élément essentiel de la déroute des seigneurs. Appuyés sur leurs principaux outils de gouvernement, les Juntas Generales, les procureurs de chaque ville s’impliquèrent dans la défense des intérêts communs et élaborèrent le discours idéologique qui affirmait la noblesse originaire de tous les habitants [35][35] Fernández Albaladejo et Portillo,1989, p. 149-165..

33

La constitution provinciale d’Álava nous montre le revers de la médaille. Dans la solution des conflits sociaux et dans les relations avec la Couronne, la Provincia et ses Juntas Generales jouèrent un rôle semblable. Mais contrairement à la province de Guipúzcoa, territoire du domaine royal où les nobles n’avaient guère de seigneuries, l’Álava était un territoire intensément seigneurialisé. En outre, l’hidalguía y était beaucoup moins fréquente. Les différences avec les pecheros se maintinrent donc, et les hidalgos réussirent à conserver leurs privilèges exclusifs et à les perpétuer tout au long des siècles suivants [36][36] Díaz de Durana, 2004, p. 215-286..

Hidalguía, pureté du sang et égalitarisme

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À partir des années 80 du xve siècle et tout au long du xvie, l’hidalguía fut associée à la « pureté du sang » : tous ceux qui prétendaient y accéder devaient prouver que jamais n’avait coulé dans les veines de leur ancêtres un sang musulman ou juif. Dans les décennies antérieures à l’expulsion des juifs (1492), la ségrégation et la discrimination à l’encontre des juifs et des musulmans atteint un paroxysme, de même que la fureur qui se déchaînait contre les nouveaux convertis au christianisme. Ces passions furent un excellent mortier au moment de construire l’idée d’une noblesse originelle qui aurait été en quelque sorte consubstantielle à tous les habitants de la Provincia de Guipúzcoa et du Señorío de Biscaye : parce qu’ils pouvaient prétendre n’avoir jamais été mélangés à d’autres peuples, et n’avoir jamais accepté comme un voisin quiconque n’aurait pas été hidalgo.

35

En Guipúzcoa, vers 1482, une ordonnance dictée par la Provincia interdit l’établissement des juifs et des convertis. En 1510, Jeanne de Castille interdit l’installation des convertis aussi bien dans le Señorio de Biscaye que dans la Provincia de Guipúzcoa. En 1527, considérant la menace que représentait, pour les habitants de ces régions, la pureté de sang douteuse de ceux qui étaient venus s’installer ici malgré les nouvelles prohibitions, une ordonnance fut dictée qui stipulait l’expulsion des coupables [37][37] Truchuelo, 2004, p. 557.. Parmi ceux-ci, Juan de Segurola, fils d’un esclave maure que Pedro de Idiáquez avait acquis à Grenade en 1492, fut expulsé. On eut beau démontrer que Perico – son père – avait été affranchi par son maître avant de mourir, qu’il avait été baptisé une fois arrivé à Azcoitia, qu’il s’était marié avec Maria Arahume, une hidalga habitante de la ville, ou encore qu’il avait, pendant plus de trente ans, rempli toutes ses obligations comme un bon chrétien, aucun de ces faits ne fut suffisant. Lui et son fils étaient encore et toujours considérés comme des Morisques, et furent condamnés à abandonner la ville et la province de Guipúzcoa [38][38] Díaz de Durana, 2004, p. 102-104..

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Au fur et à mesure que s’enracinait cette liaison entre hidalguía et pureté de sang [39][39] Porres et Benito, 2000., nourrie d’arguments en tous genres, s’élaborait aussi l’une des justifications idéologiques des thèses égalitaristes. Lorsque prirent fin les conflits sociaux du bas Moyen Âge, le discours politique des oligarchies urbaines triompha au Pays Basque. Sa version la plus radicale fut vraisemblablement celles des oligarchies urbaines de Guipúzcoa, lesquelles monopolisaient le pouvoir aussi bien dans les villes qu’au sein de l’Hermandad. Ce discours s’articulait autour de deux arguments centraux. En premier lieu, il visait à délégitimer les Parientes Mayores, considérés comme des factieux et des malfaiteurs, des chefs de bandes nobiliaires dont la valeur pouvait être mise en doute, y compris pour la défense militaire de ces territoires [40][40] Díaz de Durana et Fernández de Larrea, 2004, p. 31.... Ce discours, par ailleurs, s’appuyait sur l’élaboration d’un récit historique nouveau, qui justifiait la victoire des gens des villes en remplaçant les images anciennes d’une société de seigneurs et de vassaux par le modèle d’une société de maisons, égales en honneur et en dignité [41][41] Martínez Gorriaran, 1993, p. 57.. L’idéologie égalitariste devint ainsi l’idéologie officielle des élites basques et fut, bien évidemment, défendue avec force par les institutions forales.

37

Cette construction idéologique était étroitement liée au discours historique et juridique qui justifiait l’hidalguía universelle et doit sans doute être attribuée aux juristes formés dans les universités castillanes de l’époque. C’étaient d’excellents connaisseurs de la législation et des traités de droit classiques et contemporains. Entre 1482 et 1575, s’appuyant sur l’armature des pouvoirs locaux et territoriaux, ils bâtirent un discours historique et juridique qui finit par devenir un discours politique [42][42] García de Cortázar, 1998, p. 19., un discours suffisamment efficace pour que les natifs de ces territoires aient fini par se considérer, et être considérés, comme une communauté d’hidalgos issue de temps immémoriaux [43][43] Otazu et Díaz de Durana, 2008, p. 74..

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En apparence donc, ils étaient tous égaux. Cela dit, si cet égalitarisme n’était pas aussi rigide que le corset d’une société d’ordres, il finit tout de même par devenir l’instrument de domination d’un petit nombre sur la majorité dès lors que furent fixées les conditions économiques et linguistiques qui limitaient l’accès au pouvoir politique.

Et pourtant, tous n’étaient pas hidalgos

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Le Fuero Nuevo de 1526 proclama l’hidalguía de tous les Biscaïens. En 1610, Felipe III la reconnut pour tous les natifs de la Province de Guipúzcoa. En Álava, au contraire, l’hidalguía ne se généralisa pas. Dans les années trente du xvie siècle, les hidalgos, inégalement répartis sur le territoire, ne représentaient ici qu’à peine 25 % de la population. Une bonne partie d’entre eux vivaient dans de petits villages : ils travaillaient la terre ou servaient d’autres seigneurs. Ces hidalgos pouvaient être aussi riches ou aussi pauvres que leurs voisins pecheros, avec lesquels ils étaient parfois apparentés. Cependant, de par leur condition, ils monopolisaient tous les pouvoirs à l’échelle locale et constituaient l’élite de la société rurale d’Álava. Ici, les différences entre hidalgos et pecheros perdurèrent donc tout au long du bas Moyen Âge. Au début du xvie siècle, sur ces terres de la province d’Álava, vivait une population majoritairement pechera dont l’activité économique fondamentale était l’agriculture. Ce territoire fut intensément seigneurialisé pendant la seconde moitié du xive siècle. Les villes y furent également remises aux seigneurs à l’exception de Vitoria. Il est vrai, cependant, que Vitoria était le seul noyau urbain intégré dans les circuits commerciaux européens, et que ce fut là seulement que se développa une bourgeoisie contrôlant le pouvoir politique à l’échelle locale et territoriale. Les autres villes de la région n’étaient guère plus que des marchés régionaux.

40

Les différences entre le maillage social, économique et politique d’Álava et celui des vallées cantabriques – Ayala, Aramayona, Oñate – de la Biscaye et de Guipúzcoa, situent la société d’Álava aux antipodes des situations qui favorisèrent la généralisation de l’hidalguía. Dès 1345, les paysans d’Álava essayèrent d’empêcher les mariages entre hidalgos et filles de paysans riches, pour éviter que la charge fiscale se concentre sur un nombre réduit de pecheros, bloquant ainsi la diffusion de l’hidalguía[44][44] Díaz de Durana, 2004, p. 228-230.. Les différences juridiques s’estompèrent progressivement là où l’hidalguía se répandit. En revanche, elles se maintinrent en Álava et les hidalgos réussirent à conserver leurs privilèges et à les perpétuer. C’est qu’au dire des hidalgos de Valdegovia, pour maintenir et démontrer leur condition, il était essentiel qu’il y eût une séparation nette entre hidalgos et pecheros, une séparation garantissant, au sein des communautés villageoises, la jouissance individuelle et collective des privilèges associés à l’hidalguía[45][45] Ibid., p. 258-264..

41

Ces privilèges se manifestaient clairement sur un plan juridique et politique. Mais ils avaient aussi leur importance dans la vie sociale, dans la vie quotidienne des gens du village. Les hidalgos s’arrogeaient des prééminences significatives dans le domaine symbolique : dans l’église, ils disposaient d’une place privilégiée pour suivre les offices religieux, ils versaient leurs offrandes avant que le reste des habitants ne puisse le faire, ils se retrouvaient au premier rang des processions, etc.

42

La mise en scène permanente de ces privilèges et prééminences renforçait la position des minorités d’hidalgos au sein des villages. Mais les pecheros s’efforcèrent de combattre et de remettre en question cette hégémonie sociale et politique. À partir du milieu du xve siècle, avec la naissance et le développement de nouveaux organes de pouvoir territorial, quelques offensives furent lancées contre les hidalgos à propos de la fiscalité, de l’accès et du contrôle du pouvoir politique local et provincial. Elles réussirent parfois à briser l’hégémonie politique des hidalgos, mais dans la majeure partie des villages et des hermandades locales, les hidalgos continuèrent de tenir les rênes du pouvoir politique. Les différences entre hidalgos et pecheros se maintinrent alors pendant plusieurs siècles.


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Notes

[1]

Cervantes,1998, Primera parte, Capítulo i, p. 35-36. « Dans un village de la Manche, dont je ne veux pas me souvenir le nom, vivait il n’y a pas longtemps un de ces gentilshommes avec lance au râtelier, bouclier de cuir à l’ancienne, levrette pour la chasse et rosse efflanquée. Du bouilli où il entrait plus de vache que de mouton, du hachis presque tous les soirs, des œufs au lard le samedi, le vendredi des lentilles et, le dimanche, un pigeonneau pour améliorer l’ordinaire, voilà qui mangeait les trois quarts de son revenu. Un justaucorps de drap fin, avec chausses et pantoufles de velours pour les jours de fête, et l’habit de bonne serge dont il se contentait les jours de semaine absorbaient le reste. Il avait chez lui une gouvernante de plus de quarante ans, une nièce qui en avait moins de vingt, et un valet bon à tout, qui sellait la rosse aussi bien qu’il maniait la serpe ». Traduction d’Alice Schulman, Seuil, 1997.

[2]

Rico, 2005, p. 743.

[3]

Cervantes, 1998, Segunda parte, Capítulo xlviii, p. 1019. Montañes signifie issu de la région espagnole appelée « la Montaña », entre les Asturies et la province de Guipúzcoa.

[4]

Cervantes, 1998, Segunda parte, Capítulo xlviii, p. 1019. Otazu, 1973, p. 121-128.

[5]

Maczak, 1996, p. 259-283.

[6]

Dewald, 1996, p. 1.

[7]

Gerbet, 1980, p. 78-99 ; Molinié-Bertrand, 1974, p. 51-82.

[8]

Molonie-Bertrand, 1985 ; Carretero, 2008, t. ii, p. 436-462.

[9]

Lacarra, 1983, p. 201-219.

[10]

Díaz de Durana, 2004, p. 251-254.

[11]

Hidalgo de Cisneros, 1985, p. 67 ; Barrena, 1982, p. 57.

[12]

Fuero Nuevo de Vizcaya,1976, Título, i, Ley xvi, p. 12-13.

[13]

Archivo Municipal de Bergara, a. Históricos, b-01, l.292.

[14]

Otazu et Díaz de Durana, 2008, p. 46-51.

[15]

Aranzadi, 1982, p. 347-447.

[16]

El Fuero Viejo de Castilla, 1996, p.83 ; Moran, 1996, p. 32.

[17]

Larrea, 2005, p. 64-68.

[18]

Díaz de Durana et Fernandez de Larrea, 2004, p. 324-326 ; Lema et alii, 2002, p. 320-334.

[19]

Díaz de Durana, 2004, p. 295-296.

[20]

Porres, 2001.

[21]

Lema, 2002, p. 85-56.

[22]

Díaz de Durana, 2004, p. 190-192.

[23]

Fernandez de Pinedo, 1994, p. liii-lix.

[24]

García de Cortazar et alii, 1985, iii, p. 363-378.

[25]

García Fernandez, 2004, p. 211-278.

[26]

Monsalvo, 1989 ; Val Valdivieso, 1994.

[27]

Bilbao, 1991, p. 48.

[28]

Ladero, 1982 ; Díaz de Durana et Piquero, 2006, p. 55-56.

[29]

Fuero Nuevo de Vizcaya…,Título i, Ley iv, p. 8.

[30]

Gaibrois,1922-1928 ; Fernández de Pinedo, 1982, p. 65-73 ; López Dapena, 1984.

[31]

Díaz de Durana et Piquero, 2006, p. 56-62.

[32]

Otazu et Díaz de Durana, 2008, p. 82.

[33]

Díaz de Durana, 1991, p. 200.

[34]

Fernández de Pinedo, 1991.

[35]

Fernández Albaladejo et Portillo,1989, p. 149-165.

[36]

Díaz de Durana, 2004, p. 215-286.

[37]

Truchuelo, 2004, p. 557.

[38]

Díaz de Durana, 2004, p. 102-104.

[39]

Porres et Benito, 2000.

[40]

Díaz de Durana et Fernández de Larrea, 2004, p. 316.

[41]

Martínez Gorriaran, 1993, p. 57.

[42]

García de Cortázar, 1998, p. 19.

[43]

Otazu et Díaz de Durana, 2008, p. 74.

[44]

Díaz de Durana, 2004, p. 228-230.

[45]

Ibid., p. 258-264.

Résumé

Français

À la fin du Moyen Âge, la Cordillère cantabrique abritait la plus grande concentration de population noble de la Couronne de Castille, et l’une des plus denses d‘Europe au demeurant. La présente étude, consacrée aux hidalgos du Pays Basque, voudrait expliquer pourquoi, dans quel contexte et de quelle manière l’hidalguía s’est généralisée parmi les habitants de ces territoires à partir de la fin du xiie siècle. À l’aide de sources juridiques et municipales, l’extension de l’hidalguía est ainsi analysée par rapport à l’évolution des obligations militaires, de l’organisation politique et des exemptions fiscales, en liaison avec les conflits sociaux de la fin du Moyen Âge et l’émergence de la notion de pureté du sang.

Mots-clés

  • conflits sociaux
  • Couronne de Castille
  • exemption fiscale
  • hidalguía
  • obligations militaires
  • organisation politique
  • Pays Basque
  • pureté du sang

English

At the end of the Middle Ages, the Cantabrian Mountains were home to the largest population of noble families in the Kingdom of Castille, and indeed one of the most concentrated in Europe. The present paper focuses on Basque Country hidalgos, and aims at explaining why, in what context and in what ways hidalguia became such a general phenomenon among the inhabitants of this territory from the end of the xiith century on. Using legal and municipal archival sources, we analyse the spread of hidalguia in relation to the evolution of military obligations, of political organization and of tax exemptions, and more largely to the social conflicts of the end of the Middle-Ages, and to the emergence of the concept of pure blood.

Keywords

  • Basque Country
  • hidalguia
  • Kingdom of Castille
  • military obligations
  • political organization
  • purity of blood
  • sdocial conflicts
  • tax exemption

Español

A finales de la Edad Media, en la cordillera cantábrica se daba la mayor concentración de población noble de la Corona de Castilla, y, sin lugar a dudas, una de las más densas de toda Europa. El presente estudio, dedicado a los hidalgos del País Vasco, quisiera explicar porqué, en qué contexto y cómo la hidalguía se extendió entre los vecinos de estos territorios desde finales del siglo xii. Apoyándose en fuentes jurídicas y municipales, los autores analizan la extensión de la hidalguía respecto a la evolución de las obligaciones militares, a la organización política y a las exenciones fiscales en relación con los conflictos sociales de la baja Edad Media y con la emergencia de la noción de limpieza de sangre.

Palabras claves

  • conflictos sociales
  • Corona de Castilla
  • esenciones fiscales
  • hidalguía
  • limpieza de sangre
  • obligaciones militares
  • organización política
  • País Vasco

Pour citer cet article

de Durana José Ramón Díaz, de Otazu Alfonso, « L'autre noblesse. L'hidalguía universelle au Pays Basque à la fin du Moyen Âge », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2011 (Vol. 35), p. 59-77.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2011-1-page-59.htm


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