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Histoire & Sociétés Rurales

2011/2 (Vol. 36)


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Qu’est-ce qu’un domestique ? À première vue, la question peut sembler sans grand intérêt. Aujourd’hui, pour la plupart des gens, un domestique est simplement un employé de maison œuvrant généralement en milieu urbain et chargé principalement de l’entretien ménager. Sous l’Ancien Régime, le ou la domestique ne correspond pas seulement à cette description [1][1] Cette recherche a pu être réalisée grâce à la généreuse.... Loin s’en faut. Le terme désigne, tant en France que dans la vallée du Saint-Laurent des xviie et xviiie siècles, quatre réalités, à savoir : les serviteurs de maison, les domestiques agricoles, les serviteurs personnels et, enfin, toute personne au service d’une autre, sans aucune précision. À cet ensemble, il faut également ajouter les serviteurs – sous toutes formes – des communautés religieuses et hospitalières qui représentent un groupe important au sein de la colonie [2][2] Bessière, 2008. Précisons ici que les dimensions du.... Au Canada, au xviie siècle, le domestique se trouve essentiellement dans les campagnes ; c’est le travailleur agricole qui, en échange d’un salaire, participe au défrichement, à la culture des terres de son employeur, voire à la garde et à l’entretien de son bétail [3][3] Dépatie, 2007, p. 132. Sur la place et l’ampleur de.... C’est logique puisque nous sommes en présence ici

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« d’une société majoritairement de type agricole sur un territoire en pleine expansion et où l’intérêt principal, tant de la population que de l’administration royale, est le défrichage, le peuplement et la culture du sol [4][4] Panzani, 2002, p. 44.. »

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En étudiant les maîtres et les domestiques dans les campagnes montréalaises au xviiie siècle, à partir du recensement de 1765, Sylvie Dépatie a récemment démontré que

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« plus que les déficiences de la main-d’œuvre familiale, l’existence d’exploitation dont la taille dépasse les capacités de travail d’une famille moyenne rend compte du phénomène des journaliers agricoles. Par ce fait, la vision d’une société paysanne hiérarchisée est renforcée [5][5] Dépatie, 2008, p. 65. Voir également Dépatie, 2004,.... »

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La question est de savoir si cette situation prévalait également au xviie siècle ou si, au contraire, la société paysanne était alors relativement homogène au point de vue économique et social, état que les conditions coloniales des premières décennies auraient pu favoriser. Il faut chercher à comprendre ce qui amène des ménages à recourir aux domestiques. Nous nous proposons donc ici de vérifier si l’engagement de domestiques est, comme Sylvie Dépatie l’a montré pour le xviiie siècle,

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« un signe de l’émergence d’exploitations agricoles dont la taille dépasse la capacité de travail d’une famille de taille ‘normale’, ou [un moyen de] combler des lacunes temporaires dans la composition de la main-d’œuvre familiale [6][6] Dépatie, 2008, p. 53. ? »

Une source spécifique : les recensements nominatifs du xviie siècle

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Pour l’ensemble du xviie siècle, on dispose de trois recensements nominatifs au Canada aux dates de 1666, 1667 et 1681. Ces documents « présentent un portrait ponctuel de l’état d’une population à un moment donné de son histoire » [7][7] Gauvreau, 1991, p. 23.. Ils concernent l’ensemble de la colonie, soit tous les individus établis sur les rives du Saint-Laurent. Décidés par Colbert, les deux premiers inventaires furent entrepris sous l’intendance de Talon. Ils avaient pour but de « mieux connaistre la véritable force et les differens mestiers [des] colons ». Nominatifs, ils contiennent l’âge, l’état matrimonial, la profession et le lieu de résidence de chaque individu [8][8] Charbonneau et Légaré, 1967, p. 1031.. Celui de 1681, qui a été réalisé sous l’intendance de Duchesneau, soit près de dix ans après la plus importante poussée d’immigration dans la colonie, présente les mêmes caractéristiques que les précédents. Précisons néanmoins que les relevés de 1667 et 1681 se distinguent du premier pour un aspect important : ils portent tous les deux sur l’agriculture puisque l’agent recenseur y dénombre les animaux de ferme et les « arpents mis en valeur » possédés par chaque ménage répertorié.

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Mario Boleda et Richard Lalou ont souligné le fait que les historiens de la Nouvelle-France se montraient pour le moins réservés à l’égard de ces documents [9][9] Boleda et Lalou, 1988, p. 71.. On peut en effet leur reprocher leurs lacunes. Pour le recensement de 1666, par exemple, Marcel Trudel a estimé qu’il manquerait le quart de la population [10][10] Trudel, 1995, p. 54.. Dans le recensement de 1667, Hubert Charbonneau et ses collègues constatent que

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« les professions n’ont pas été relevées systématiquement, sauf pour les domestiques, et aussi pour les notables dont une grande partie étaient des religieux [11][11] Charbonneau et Légaré, 1967, p. 1041.. »

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Exception faite du recensement de 1681 où l’entité « ville » est clairement définie, on peut aussi regretter que l’agent recenseur n’ait pas pris la peine de distinguer clairement les ménages localisés en milieu urbain et ceux identifiés dans les campagnes. En effet, dans les deux premiers relevés, il ne précise pas si Montréal, Québec et Trois-Rivières correspondent aux limites géographiques des trois « villes » ou, au contraire, à celles de leur gouvernement respectif. En 1667, plusieurs localités sont même regroupées ensemble sans que l’on puisse distinguer le lieu exact de résidence des ménages recensés [12][12] Le recenseur assimile par exemple Trois-Rivières au....

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Outre ces déficiences, certaines données doivent être considérées avec prudence, en particulier celles renvoyant à la profession des chefs de famille : les professions déclarées reflètent-elles la réalité des compétences acquises des individus recensés ? Pour réellement le savoir, il faudrait vérifier dans les actes notariés si la profession déclarée par telle ou telle personne se répète après le recensement dans les minutes notariales. Cependant, et sans oublier que certains peuvent changer de profession, l’exercice est bien évidemment impossible pour l’ensemble de la population inventoriée [13][13] Nous avons tout de même tenté de vérifier l’occupation.... Par ailleurs, on est en droit de se demander si un charpentier recensé comme tel à Beaupré pouvait réellement vivre de son métier en 1666, 1667 ou 1681 ? Il est bien évident qu’au xviie siècle, les artisans identifiés en milieu rural sont aussi, voire essentiellement, des habitants, des paysans propriétaires qui exploitent leur terre et rendent, à l’occasion, quelques services qui relèvent de leur art. Il ne faut pas non plus prendre pour acquises certaines informations concernant la composition des ménages. À quelques reprises, en effet, le rédacteur fait erreur en identifiant certains enfants, problème que l’on peut néanmoins résoudre en procédant à une deuxième vérification dans le prdh[14][14] Par exemple, dans le ménage de Jacques Pépin recensé....

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Enfin, les recensements posent à l’occasion quelques problèmes au niveau de leur structure. Habituellement, l’agent recenseur indique d’abord pour chaque ménage le nom du chef de famille, son âge et, le cas échéant, sa profession. Suivent ensuite les noms et âges de son épouse et, éventuellement, de ses enfants. Enfin, s’il y a lieu, il identifie sous le vocable « servante » et « domestique » celles et ceux qui sont employés au service de chaque ménage répertorié [15][15] On peut imaginer que quelques journaliers soient dissimulés.... Il arrive néanmoins qu’il oublie de préciser le statut professionnel ou familial de certaines personnes. Prenons deux exemples dans le recensement de 1681. Cette année-là, Robert Cavelier est recensé à Montréal en compagnie de sa femme et de ses quatre enfants. Apparaissent ensuite les noms de Léger Hébert et d’un dénommé Ignace, respectivement 31 et 28 ans, sans autres précisions. Sont-ce des domestiques au service de Robert Cavelier ? Le recensement ne permet pas de le vérifier et l’historien doit, dès lors, recourir à d’autres sources (dictionnaire généalogique, recherche dans les actes notariés d’un éventuel contrat d’engagement, etc.) pour tenter de le découvrir. Dans ce cas en particulier, nous avons pu déterminer facilement, grâce au Programme de recherche en démographie historique, que les deux individus étaient frères. Leur mère Adrienne Duvivier, veuve d’Augustin Hébert, n’est autre que l’épouse de Robert Cavelier, beau-père de Léger et d’Ignace. Autre exemple, celui de Perrine Mallet. Cette femme, âgée de 77 ans, apparaît seule dans le relevé entre les ménages de Jean Plante et de Guillaume Boucher dans la seigneurie de Beaupré. Grâce au recensement annoté d’André Lafontaine, nous savons que Perrine est la veuve de Marin Boucher et la mère de Guillaume Boucher ainsi que de Françoise Boucher, épouse de Jean Plante. L’agent recenseur ne précise pas cependant si la veuve vit seule, chez son fils ou chez son gendre. Étant donné son âge, et l’habitude du rédacteur de toujours commencer la recension des ménages par le chef de famille ou la personne la plus âgée dans le foyer, tout porte à croire que Perrine Mallet habitait chez son fils Guillaume.

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En dépit de leurs omissions et de leurs difficultés d’interprétation, on aurait bien sûr tout à fait tort de conclure à l’inutilité des recensements :

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« L’histoire démographique de la Nouvelle-France est en effet trop incomplète pour qu’on se permette de négliger ce qui constitue en définitive un document de tout premier ordre pour l’étude de la population [dans la colonie laurentienne] [16][16] Boleda et Lalou, 1988, p. 71.. »

Une réalité à mesurer : la domesticité rurale

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Pour déterminer les effectifs et les principales caractéristiques des domestiques en milieu rural au xviie siècle, l’historien de la domesticité ne peut réellement compter que sur le recensement de 1681 [17][17] Précisons que les contrats d’engagement sont également.... Comme nous l’avons évoqué précédemment, il est le seul qui permette de distinguer clairement les ménages urbains des ménages ruraux. Nous avons donc commencé par chercher la proportion des domestiques parmi l’ensemble de la population recensée dans les campagnes cette année-là en distinguant les ménages paysans des ménages non-paysans (tableau 1). Par ménages non-paysans nous entendons ceux dont les chefs de famille sont seigneurs, officiers civils (juge, notaire, greffier) ou marchands, statut ou profession qui les dissocie clairement de l’habitant, du paysan propriétaire. Nos résultats montrent que cette main-d’œuvre représente à peine 3% de la population rurale dans la vallée du Saint-Laurent en 1681 [18][18] Il faudrait sans doute revoir cette proportion légèrement.... En 1765, dans les campagnes montréalaises uniquement, elle en représenterait un peu plus de 4% [19][19] Dépatie, 2008, p. 53. ; la main-d’œuvre domestique semble donc avoir augmenté à mesure que la population s’est accrue. Leur proportion est plus faible encore si l’on observe le groupe en regard de la population paysanne exclusivement puisqu’elle atteint seulement 1,6 %.

Tableau 1 - Les domestiques selon le type de ménage recenséTableau 1

nb : Les ménages dit « indéterminés » correspondent à ceux dont nous n’avons pu déterminer la profession du chef de famille ou le nombre d’« arpents en valeur » que chacun possède. Parmi ces 58 ménages, trois ont des domestiques (ménages Asseline, Brisset et Trudel), soit cinq au total. Nous focaliserons donc le reste de notre recherche sur les 1358 ménages que nous avons pu étiqueter dont 112 recourent à des domestiques.

Source : Recensement nominatif du Canada en 1681.
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En fait, les domestiques sont presque aussi nombreux dans les ménages non-paysans pour lesquels ils représentent plus d’un cinquième de l’ensemble des individus recensés dans ce type de foyer. Cette différence démontre clairement que les domestiques sont proportionnellement et logiquement plus nombreux au sein des ménages aisés que chez l’habitant, ce que confirme encore la répartition des ménages selon le nombre de domestiques et le type de ménage (tableau 2).

Tableau 2 - Structure des ménages selon le nombre de domestiquesTableau 2
Source : Recensement nominatif du Canada en 1681.
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Plusieurs observations peuvent être dégagées de ce deuxième tableau. D’abord, la proportion des ménages employeurs représente moins de 9% des ménages recensés. Elle semble toutefois avoir presque doublé entre 1681 et 1765 si l’on se fie aux résultats proposés par Sylvie Dépatie, et à supposer que ces derniers soient représentatifs de l’ensemble des campagnes canadiennes [20][20] Dépatie, 2008, p. 55. Selon Sylvie Dépatie, 16,5% des.... On constate également que seule une minorité des ménages paysans (6,1%) recourt au service de domestiques. La plupart n’en possèdent d’ailleurs qu’un seul ; quinze ménages font exception et en ont deux ou plus. Le ménage de Pierre Parent est un de ceux-là : boucher et habitant de la seigneurie de Beauport, Pierre est à la tête d’une grande famille puisqu’il est père de 13 enfants et dispose de quatre domestiques, main-d’œuvre visiblement indispensable pour entretenir ses 100 arpents de terre et veiller sur ses 24 brebis et 18 bêtes à cornes. Inversement, plus d’un ménage non-paysan sur deux a au moins un domestique sous ses ordres. Cette proportion doit toutefois être prise avec réserve car il est possible que quelques ménages non-paysans sans domestique nous aient échappé au moment de la vérification du statut ou de la profession des chefs de famille. Quoi qu’il en soit, on remarque qu’ils sont numériquement plus nombreux que les ménages paysans à jouir d’une main-d’œuvre comptant deux domestiques et plus. Sept ménages en ont même plus de quatre à leur service. C’est le cas notamment de René Robineau, seigneur et baron de Portneuf, qui dispose de 12 employés dont deux servantes.

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Il convient également de remarquer qu’il y a une certaine spécificité de la répartition des domestiques selon le sexe et l’âge en fonction du type de ménage employeur (tableau 3).

Tableau 3 - Les domestiques selon le sexe, l’âge et le type de ménageTableau 3

nb : D’après les recensements du xviiie siècle, les 15 ans d’un individu constituent l’âge minimal d’entrée sur le marché du travail. Ce seuil est plus symbolique que réel, et il existe au Canada, un nombre non négligeable de domestiques âgés de moins de 15 ans. C’est toutefois parmi ceux qui dépassent cette limite que se trouvent les principaux acteurs du marché colonial du travail.

Le nombre total de domestiques recensés dans les ménages paysans et non-paysans est de 203 individus. Comme nous ignorons l’âge de deux domestiques masculins identifiés dans deux ménages paysans (ceux de Julien Talua et de Guillaume Bonhomme), nous les avons exclus de ce tableau.

Source : Recensement nominatif du Canada en 1681.
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On observe tout d’abord que les non-paysans sont davantage portés à recruter des servantes que les ménages paysans. Bien que la domesticité féminine au Canada au xviie siècle soit surtout composée de jeunes enfants ou adolescentes canadiennes employées principalement en milieu urbain [21][21] Bessière, 2007, p. 134-135 et p. 303-305., celle dans les campagnes rappelle, de la même manière qu’en ville et particulièrement pour ce type de ménage, le goût de l’employeur pour le confort matériel que cette aide domestique apporte nécessairement. Qu’elles soient au service de l’habitant ou du seigneur, leurs tâches sont lourdes, comme le confirment les contrats d’engagements canadiens. Ces jeunes femmes sont recrutées autant pour faire valoir les terres de leur maître que pour prendre soin des bestiaux et des volailles, pour jardiner, pour entretenir la maison ou encore pour blanchir le linge. C’est le cas par exemple de Catherine Gennier, veuve de Louis Dupin, qui s’engage pour huit mois comme servante au service de Pierre Boucher, seigneur de Boucherville, afin de conduire le ménage et soigner les bestiaux en échange de 16 minots de blé à la fin de son temps [22][22] Contrat d’engagement du 5 novembre 1677 : Bibliothèque.... Dans le cas des ménages paysans, le recours aux servantes, comme aux domestiques masculins âgés de moins de 15 ans, s’explique surtout par le faible coût de cette main-d’œuvre [23][23] Précisons que parmi ces 26 servantes, 14 n’ont pas....

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Pour les ménages paysans, la domesticité enfantine est d’abord une domesticité bon marché. En effet, dans ces cas précis, l’employeur ne verse généralement aucun salaire à son engagé. Il se contente uniquement de l’entretenir, c’est-à-dire de le loger, de le nourrir et de le vêtir selon ses besoins jusqu’à l’expiration de son contrat. Au terme de celui-ci, il arrive qu’il lui offre un habit neuf, parfois une vache ou une taure, mais rarement plus [24][24] Sur le salaire des domestiques : Bessière, 2008, p..... Même si elle est parfois trop jeune pour les gros travaux, cette main-d’œuvre sert toujours utilement le maître quand vient le temps de sarcler son jardin, de garder ses bêtes, ou encore d’entretenir sa maison, comme on l’observe aussi en France aux xviie et xviiie siècles [25][25] Georges Lefebvre montre en effet que, suivant l’importance.... Les plus petits, âgés de moins de 10 ans, n’étaient probablement pas d’une grande utilité au début de leur engagement, mais, puisqu’ils devaient généralement demeurer en service jusqu’à leurs 18 ans, les employeurs tiraient au fil des ans un plus grand profit de leurs jeunes recrues, notamment après l’âge de 15 ans. C’est du moins ce que nous rapporte le notaire Nicolas Gaspard Boisseau à la fin du xviiie siècle. Il écrit en effet que

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« les habitants voient naître avec joie des enfants qui, dès l’âge de 10 ans, emploient déjà leurs faibles mains à l’agriculture, ce qui leur donne en peu de temps une force surprenante et leur fait par conséquent un corps robuste et en état de soutenir à 15 ans les travaux les plus fatigants [26][26] Citation extraite du livre d’André Lachance, 2000,.... »

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Concernant précisément ces jeunes de moins de 10 ans, notons qu’on en dénombre 12 parmi l’ensemble des domestiques recensés en 1681, dont trois servantes. Le plus jeune, Pierre Matault, engagé dans la seigneurie de Bellechasse au service de François Bélanger, n’a que 4 ans [27][27] Inversement, le plus vieux domestique recensé en 1681.... Dans certains cas, la misère a poussé certaines familles à se décharger pendant un temps d’un ou de plusieurs de leurs enfants en les plaçant au service d’un maître jusqu’à leurs 18 ans ou, dans le cas des filles, « jusqu’à ce qu’elles soient pourvues par mariage ou religion » [28][28] Par exemple, quand Marin Varin et Marie Massard, son.... Parmi ces miséreux, on trouve aussi des orphelins mis en service par leur tuteur ou le procureur du roi [29][29] Nous avons relevé une trentaine de cas dans les contrats.... Abandonné par ses parents et n’ayant aucun secours, Jean Chanie, 8 ans, est ainsi placé par le procureur général du roi jusqu’à ses 19 ans en qualité de serviteur domestique chez Guillaume Denevers, notaire résidant en la seigneurie de Sainte-Croix proche de la ville de Québec [30][30] Banq-q, contrat d’engagement du 5 juillet 1702, greffe.... Cependant, tous les domestiques ne proviennent pas systématiquement des classes les plus humbles de la société canadienne [31][31] C’est le cas, par exemple, de Marguerite Neveu et de... et, si l’engagement est un moyen pour certains de se mettre à l’abri pour un temps de l’indigence, il représente surtout, pour la majorité, une occasion de préparer son avenir.

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Comme l’affirmait Louise Dechêne, cette nouvelle main-d’œuvre, née au pays, commence à remplacer les engagés immigrants vers 1681 [32][32] Dechêne, 1988, p. 62.. Mais le phénomène attesté par le recensement a été en réalité plus précoce. L’analyse de l’ensemble des engagements canadiens contractés au xviie siècle permet en effet de remarquer que les engagés recrutés au sein même du pays sont de plus en plus jeunes et que la plupart d’entre eux, si ce n’est la quasi-totalité, ont bien vu le jour sur les rives du Saint-Laurent. Ainsi, Jacques Bessonnet, 8 ans, a été le premier enfant natif de la colonie à avoir été officiellement mis en service par ses parents chez un « habitant », Jean Dubuc, en 1669 [33][33] Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Québec.... Cependant, c’est surtout à partir des années 1670, et au moment même où les naissances se multiplient dans la colonie, que les engagements de ce type s’intensifient au détriment des engagés immigrants [34][34] Bessière, 2007, p. 309..

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Si l’on se penche enfin sur le cas des domestiques masculins adultes, ou âgés de 15 ans et plus, on remarque que ceux-ci sont un peu plus nombreux dans les ménages non-paysans. Le constat apparaît logique puisque ces derniers ont les ressources financières pour recourir à ces travailleurs. En effet, on a affaire ici à une main-d’œuvre plus dispendieuse que les jeunes domestiques, mais certainement plus productive, mieux expérimentée, et capable de contribuer plus rapidement à l’essor des exploitations agricoles. Contrairement à la domesticité enfantine, celle concernant ces jeunes adultes célibataires pour la plupart [35][35] Nous avons identifié six domestiques ruraux mariés..., constitue généralement un investissement à court terme puisque, si l’on se fie aux contrats d’engagement canadiens, les travailleurs recrutés au pays sont généralement embauchés une ou deux années, voire quelques mois [36][36] Bessière, 2007, p. 233-234. Sur les 1207 contrats identifiés.... Ce constat les distingue ici de leurs homologues immigrants recrutés, sauf exception, pour trois années consécutives, d’où le nom de « trente-six mois » que les historiens utilisent habituellement pour les désigner, et dont les effectifs commencent à décliner à compter des années 1670. Les gages qu’ils reçoivent les différencient également des engagés immigrants. Alors que ces derniers sont payés en espèces à raison de 69 livres tournois par année en moyenne [37][37] Les salaires des engagés immigrants varient de 25 à..., les domestiques canadiens sont rétribués aussi bien en numéraire qu’en nature (blé, pelleterie, tabac, tissu, etc.), voire les deux à la fois. Par ailleurs, leurs gages sont un peu plus élevés puisqu’ils s’élèvent annuellement à 90 livres tournois en moyenne [38][38] La fourchette des gages relevés varie de 5 à plus de.... Cependant, comme les maîtres n’ont pas eu à débourser leurs frais de passage au Canada ni à payer, dans près de la moitié des cas, leur nourriture durant leur service, ces domestiques ne coûtaient au final pas beaucoup plus cher que les « trente-six mois » [39][39] Si la clause du gîte n’est pas indiquée de manière....

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Au terme de leur contrat, qui coïncide souvent avec l’embauche de nouveaux domestiques et qui pouvait s’effectuer, comme en France, à la Saint-Jean (24 juin) ou à la Saint-Martin (11 novembre) [40][40] La Toussaint (le 1er novembre) et la Saint-Michel (le..., qu’advient-il de ces travailleurs ? À moins d’un retour en France dans le cas des engagés immigrants [41][41] Les engagés immigrants qui ne se marient pas une fois..., la plupart prennent une terre, convolent et deviennent habitants [42][42] Il y a bien sûr des exceptions puisqu’on trouve parmi.... Le pays ne pouvait de toute façon leur offrir davantage puisque la principale activité de la colonie, au même titre que toute colonie de peuplement, demeure l’agriculture [43][43] Comparée à la France, cette agriculture coloniale,.... Il y a certes la traite des fourrures mais sa production plafonne rapidement et le commerce s’organise dès les années 1680 pour devenir l’affaire de professionnels [44][44] Ibid., p. 176-179..

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Bien que faiblement représentée au sein de la population rurale, la domesticité que l’on retrouve dans les campagnes canadiennes au xviie siècle apparaît en 1681 assez diversifiée. Composée d’hommes et de femmes, tant adultes qu’enfants, cette main-d’œuvre travaille aussi bien pour les habitants que pour les seigneurs et quelques notables. Cependant, contrairement aux premiers, les non-paysans recourent davantage à la main-d’œuvre féminine et aux domestiques masculins de 15 ans et plus. Si le statut socio-professionnel des chefs de famille peut justifier dans une certaine mesure le recours à certaines catégories de domestiques, il ne permet pas, pour autant, de tout comprendre. En effet, comment expliquer, par exemple, que certains ménages non-paysans n’aient pas de domestiques ? Comment justifier, en outre, la présence d’une main-d’œuvre adulte, et donc plus dispendieuse, au sein de ménages paysans ? La présence de domestiques a-t-elle quelque chose à voir avec les déficiences de la main-d’œuvre familiale ? Relève-t-elle simplement des écarts économiques observés entre les ménages ? C’est précisément ce que nous proposons de vérifier pour terminer.

Le recours aux domestiques : des raisons complémentaires

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Pour tenter d’expliquer les raisons du recours aux domestiques selon le type de ménage, nous avons d’abord cherché à savoir s’il pouvait y avoir un lien entre la force de travail familiale et la demande de main-d’œuvre. Pour procéder, nous avons calculé la taille moyenne des ménages et le nombre moyen d’enfants par ménage selon la présence de domestiques et le type de ménage (tableaux 4 et 5). Pour les paysans, on constate clairement qu’il n’y a pas vraiment de différence de taille entre les familles avec (4,7) et sans domestique (4,8). En revanche, il y en aurait une parmi les ménages non-paysans puisque ceux où l’on compte des employés ont moins d’enfants (3,6) que ceux qui n’ont pas d’engagés (5). Partant, il y aurait un rapport entre l’absence d’enfants et le recours aux domestiques dans ce type de ménage.

Tableau 4 - Taille des ménages paysans et de l’exploitation selon la présence de domestiquesTableau 4
Source : Recensement nominatif du Canada en 1681.
Tableau 5 - Taille des ménages non-paysans et de l’exploitation selon la présence de domestiquesTableau 5
Source : Recensement nominatif du Canada en 1681.
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Ceci étant dit, comme l’a exposé Sylvie Dépatie, la taille de la famille n’est peut-être pas le meilleur indicateur pour vérifier la relation entre l’état de la force de travail familiale et le recours à la main-d’œuvre salariée

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« dans la mesure où femmes, hommes et enfants n’assument pas nécessairement les mêmes fonctions dans une exploitation agricole […]. Pour vraiment mesurer [ce rapport], il faut donc aussi s’attacher à la composition de la famille au moment de l’engagement [45][45] Dépatie, 2004, p. 256. Une rapide vérification avec.... »

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Nous excluons d’emblée la possibilité qu’il y ait un lien entre l’absence d’hommes adultes et le recours aux domestiques puisque nous avons identifié seulement trois ménages employeurs (un paysan et deux non-paysans) où l’absence d’hommes adultes était effective. Le nombre de servantes étant peu élevé, nous rejetons également l’idée qu’il y ait un rapport entre l’absence de femmes et le recours à des domestiques féminines. Nous avons donc observé, dans un premier temps, la répartition des ménages paysans (Annexe, tableau 1) et non-paysans (Annexe, tableau 2) selon la présence de domestiques et de garçons âgés de 15 ans et plus, considérant que ces derniers étaient plus aptes à travailler sur une exploitation agricole que les plus jeunes. Quel que soit le type de foyer, nos résultats montrent que parmi les ménages avec des garçons de 15 ans et plus, les ménages employeurs sont proportionnellement plus nombreux ; par conséquent, il n’y aurait pas de lien entre l’absence de garçons âgés de 15 ans et plus et le recours à la main-d’œuvre. Nos conclusions sont les mêmes si l’on affine la recherche en vérifiant la répartition des ménages selon la présence de domestiques masculins âgés de 15 ans et plus et de garçons de même catégorie d’âges (Annexe, tableaux 3 et 4). En revanche, la proportion des ménages employeurs, paysans on non, qui ont des garçons de moins de 15 ans, est inférieure à celle des ménages sans domestique et à celle de l’ensemble (Annexe, tableaux 5 et 6). Comme pour le xviiie siècle, il semble donc « qu’on va plus volontiers combler les déficiences de la main-d’œuvre familiale lorsque les besoins se situent au niveau des enfants » [46][46] Dépatie, 2008, p. 64-65.. Cependant, comme on peut le voir dans les tableaux suivants (Annexe, tableaux 7 et 8), ces ménages ne paraissent pas avoir compensé cette « déficience » par le recrutement de jeunes serviteurs puisqu’il n’y aurait aucun rapport entre l’absence de garçons de moins de 15 ans et le recours à des domestiques mâles de même groupe d’âges. Ceci dit, l’offre de jeunes domestiques en 1681 commence seulement à augmenter, et il est probable que nos résultats auraient été différents si nous avions procédé au même exercice à partir d’un recensement effectué quelques années plus tard, ou au tournant du xviiie siècle.

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Sans remettre nécessairement en question l’idée que les domestiques combleraient les déficiences de la main-d’œuvre familiale, force est d’admettre que les résultats de cette recherche ne sont pas probants dans l’ensemble. Ce sont les écarts économiques observés entre les ménages à travers la taille de leurs exploitations respectives et celle de leur cheptel qui nous semblent le mieux expliquer le recours à la domesticité. Comme nous l’avons mentionné précédemment, le recensement de 1681 porte sur l’agriculture. En plus d’inventorier la population, l’agent recenseur dénombre également les animaux de ferme et évalue l’étendue des terres cultivées par les ménages. Il est ainsi possible d’associer à chaque feu, employeur ou non, la superficie exacte (en arpents) de la terre qu’il cultive et le nombre de bestiaux possédés. À la lumière de ces nouvelles données, plusieurs constats peuvent être dressés. Tout d’abord, et sans grande surprise, il en ressort que la taille moyenne des terres mises en valeur et celle du cheptel des ménages non-paysans (respectivement 38,5 arpents et 13,7 bestiaux) sont nettement supérieures à celles des paysans (11,9 arpents et 4,7 bestiaux). Surtout, on constate que les ménages avec domestiques – paysans ou non – disposent en moyenne d’une exploitation et d’un cheptel plus considérable que les ménages sans engagés. Chez les paysans en particulier, ceux qui emploient des domestiques possèdent en moyenne 24,3 arpents de terre en valeur et un cheptel comptant 23,7 têtes de bétail ; ceux qui n’ont pas d’employés disposent de seulement 11,9 arpents de terre en valeur et d’un peu plus de trois bestiaux en moyenne. Par conséquent, le recours aux domestiques doit être ici considéré « comme le fait de familles qui contrôlent des exploitations dont la capacité productive dépasse la force de travail d’une famille moyenne » [47][47] Dépatie, 2004, p. 256.. La société paysanne hiérarchisée qu’évoque Sylvie Dépatie pour le xviiie siècle prévaut donc également au xviie siècle. On pouvait croire que la situation allait être un peu différente d’autant que quelques décennies seulement séparent le recensement de 1681 et l’arrivée des premiers colons au Canada. Cette période, où tout prend forme et où tout se met progressivement en place dans la colonie, aurait dû favoriser une certaine homogénéité de la société paysanne. Mais cet épisode, s’il a réellement existé, fut visiblement de courte durée. Comme le soulevait Louise Dechêne à propos des engagés immigrants,

32

« l’écart est grand entre les chances de s’intégrer rapidement à la société existante et de gravir les échelons pour les engagés de la fin du xviie siècle, et celles qui attendaient les premiers venus à qui on demandait, somme toute, de créer cette société [48][48] Dechêne, 1988, p. 77.. »

33

Force est donc de constater que les écarts économiques entre les ménages se sont vite imposés dans les campagnes de la vallée du Saint-Laurent au xviie siècle [49][49] Voir à cet égard les travaux d’Alain Laberge sur la....

34

*

35

Sylvie Dépatie a démontré qu’il existait au xviiie siècle « un lien entre une capacité productive supérieure et le recours à des engagés » dans les campagnes montréalaises [50][50] Dépatie, 2004, p. 259.. Au terme de notre enquête, il ressort que la situation semble avoir été sensiblement la même dès le xviie siècle dans l’ensemble des campagnes canadiennes. Néanmoins, ne perdons pas de vue que le contexte économique de la période étudiée est différent de celui du xviiie siècle. Faute de débouchés, et parce que « les profits de la fourrure, sûrs et substantiels, retiennent avant tout l’intérêt des marchands canadiens et rochelais », le Canada n’exporte pas encore son froment au xviie siècle [51][51] Dechêne, 1988, p. 338.. La grande majorité de la production agricole était d’abord destinée à assurer la subsistance des habitants de la colonie et, une fois ce seuil atteint, ces derniers renoncent habituellement à produire au delà de leurs besoins [52][52] Rien d’étonnant à ce que la progression des terres.... Cette tendance n’empêche toutefois pas une surproduction agricole et, conséquemment, une baisse du prix du blé jusqu’en 1685 [53][53] Dechêne, 1988, p. 332 et 342. L’historienne observe.... Inversement, à la fin du xviiie siècle,

36

« le Bas-Canada exporte son froment et les prix sont très élevés. Stimulé par les profits, il semble bien que l’habitant moyen ne ménage plus ses efforts, applique avec plus de diligence les principes élémentaires de l’agriculture traditionnelle [54][54] Dechêne, 1988, p. 329.. »

37

Aussi, tout laisse à penser que le recours aux domestiques s’expliquerait moins au xviie siècle par l’augmentation de la production agricole à des fins commerciales que par la nécessité de poursuivre les défrichements. Si les écarts économiques entre les ménages expliquent en partie le recours à la main-d’œuvre, il est possible que celui-ci ait d’abord été le fait de familles plus anciennes [55][55] Sur la présence de ces familles dans la colonie, voir..., c’est-à-dire installées au Canada depuis plus longtemps que les autres. Le fait que ces ménages aient en moyenne plus d’adolescents que les autres, et notamment des garçons de 15 ans et plus, plaide en faveur de cette hypothèse. Seule une étude approfondie dans les actes notariés canadiens et français permettrait toutefois de le confirmer. Nous avons bien relevé la date d’arrivée dans la colonie de quelques chefs de famille recensés en 1681 mais, pour la plupart, l’exercice s’avère extrêmement difficile. Il faut donc espérer que les recherches futures des historiens, démographes et généalogistes permettront de combler cette lacune.


Annexe

Tableau 1 - Répartition des ménages paysans selon la présence de domestiques et de garçons de 15 ans et plusTableau 1
Source : Recensement nominatif du Canada en 1681.
Tableau 2 - Répartition des ménages non-paysans selon la présence de domestiques et de garçons de 15 ans et plusTableau 2
Source : Recensement nominatif du Canada en 1681.
Tableau 3 - Répartition des ménages paysans selon la présence de domestiques mâles de 15 ans et plus et de garçons de 15 ans et plusTableau 3
Source : Recensement nominatif du Canada en 1681.
Tableau 4 - Répartition des ménages non-paysans selon la présence de domestiques mâles de 15 ans et plus et de garçons de 15 ans et plusTableau 4
Source : Recensement nominatif du Canada en 1681.
Tableau 5 - Répartition des ménages paysans selon la présence de domestiques et de garçons de moins de 15 ansTableau 5
Source : Recensement nominatif du Canada en 1681.
Tableau 6 - Répartition des ménages non-paysans selon la présence de domestiques et de garçons de moins de 15 ansTableau 6
Source : Recensement nominatif du Canada en 1681.
Tableau 7 - Répartition des ménages paysans selon la présence de domestiques mâles de moins de 15 ans et de garçon de moins de 15 ansTableau 7
Source : Recensement nominatif du Canada en 1681.
Tableau 8 - Répartition des ménages non-paysans selon la présence de domestiques mâles de moins de 15 ans et de garçon de moins de 15 ansTableau 8
Source : Recensement nominatif du Canada en 1681.

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Notes

[1]

Cette recherche a pu être réalisée grâce à la généreuse bourse postdoctorale cieq/aieq qui nous a été octroyée. Nous tenons à remercier Alain Laberge et Jean-Pierre Poussou pour leurs commentaires ainsi que Bertrand Desjardins du prdh (Programme de recherche en démographie historique) pour les données qu’il a bien voulu nous communiquer. Sur la signification de l’appellation « domestique » sous l’Ancien Régime : Gutton, 1981, p. 11-13, et Bessière, 2007, p. 10-15. Précisons que plusieurs vocables sont utilisés dans les sources pour désigner ces domestiques. Lorsqu’ils sont clairement identifiés dans les actes notariés, dans les archives judiciaires ou conventuelles ou encore dans les documents officiels de l’administration coloniale, c’est sous les termes « engagé », « domestique », « serviteur », « servante », « valet », « garçon », « volontaire » et « travaillant » que nous les retrouvons, les quatre premiers étant les plus employés.

[2]

Bessière, 2008. Précisons ici que les dimensions du sujet évoluent au Canada. Durant les premières décennies du xviie siècle, la jeune colonie recourt presque exclusivement à des engagés immigrants, faute d’une main-d’œuvre locale suffisante. Or, dès les années 1670, ces travailleurs sont progressivement remplacés par une nouvelle main-d’œuvre née au pays.

[3]

Dépatie, 2007, p. 132. Sur la place et l’ampleur de la domesticité au Canada au xviie siècle, voir également Bessière, 2009, p. 61-79.

[4]

Panzani, 2002, p. 44.

[5]

Dépatie, 2008, p. 65. Voir également Dépatie, 2004, p. 251-260.

[6]

Dépatie, 2008, p. 53.

[7]

Gauvreau, 1991, p. 23.

[8]

Charbonneau et Légaré, 1967, p. 1031.

[9]

Boleda et Lalou, 1988, p. 71.

[10]

Trudel, 1995, p. 54.

[11]

Charbonneau et Légaré, 1967, p. 1041.

[12]

Le recenseur assimile par exemple Trois-Rivières au Cap de la Madeleine et au bourg de Champlain.

[13]

Nous avons tout de même tenté de vérifier l’occupation ou la profession de l’ensemble des chefs de famille recensés en 1681. Dans l’ensemble, l’opération a été plutôt concluante puisque nous avons été en mesure d’identifier plusieurs marchands et seigneurs non identifiés comme tels dans le recensement. Nous nous sommes d’abord fié aux informations contenues dans le recensement de 1681 annoté par André Lafontaine. Nous avons ensuite procédé par une recherche dans le dictionnaire généalogique de René Jetté. Enfin, nous avons complété notre enquête en interrogeant la banque de données Parchemin qui rassemble les intitulés de tous les actes notariés signés dans la vallée du Saint-Laurent entre 1626 et 1779. Nous tenons à remercier ici Alain Laberge et Benoît Grenier qui nous ont aidé à confirmer rapidement le statut de nombreux seigneurs. Voir Lafontaine, 1983, et Jetté, 1991.

[14]

Par exemple, dans le ménage de Jacques Pépin recensé à la rivière Nicolet, le rédacteur a inscrit Jacques plutôt que Marguerite parmi les enfants comme la reconstitution des familles nous l’indique d’après le Programme de recherche en démographie historique (prdh) de l’Université de Montréal. Nous avons relevé une soixantaine de cas de ce type. Rappelons que la banque de données du prdh a été réalisée sous la direction d’Hubert Charbonneau de l’Université de Montréal. Elle rassemble sur fichiers informatiques toutes les informations contenues dans les dénombrements de population, les archives paroissiales (registres des baptêmes, mariages et sépultures), seigneuriales et hospitalières (registres des malades de l’Hôtel-Dieu de Québec et de Montréal ou encore de l’Hôpital général de Montréal) des xviie et xviiie siècles pour l’ensemble de la colonie laurentienne.

[15]

On peut imaginer que quelques journaliers soient dissimulés derrière une partie de ces domestiques mais, au même titre que les professions déclarées par les employeurs, il demeure extrêmement difficile de le vérifier d’autant que, pour tout le xviie siècle, aucun contrat d’engagement impliquant spécifiquement un « journalier » n’a été relevé. Même constat en ce qui concerne la distinction entre les « travailleurs agricoles » d’une part, et les « gens de maison » d’autre part. Si le sexe de l’employé, la localisation géographique et le statut professionnel de l’employeur peuvent servir d’indices, ils ne permettent pas en revanche de distinguer clairement ces deux catégories de domestiques. Notons à cet égard que même les contrats d’engagement sont trop vagues pour permettre d’établir la liste des tâches exactes effectuées par ces domestiques urbains et ruraux. Ne perdons pas de vue toutefois que nous sommes en présence d’une société majoritairement de type agricole. Par conséquent, ce sont les travailleurs agricoles qui sont les plus sollicités dans la colonie, et tout porte à croire que même les employeurs localisés en zone « urbaine », dont le tiers est clairement identifié comme exploitants agricoles, utilisaient davantage leurs domestiques pour défricher et cultiver leurs terres, situées la plupart du temps hors des limites de la « ville », que pour entretenir leur foyer.

[16]

Boleda et Lalou, 1988, p. 71.

[17]

Précisons que les contrats d’engagement sont également une source fort utile pour l’historien de la domesticité mais ils ne représentent que la partie émergente des embauches réalisées dans la colonie. Comme en France, la plupart des engagements effectués au Canada ont été faits oralement. Quantité d’engagements n’ont donc laissé aucune trace dans les archives et il est tout à fait impossible d’estimer, même approximativement, le nombre d’embauches effectuées dans la colonie.

[18]

Il faudrait sans doute revoir cette proportion légèrement à la hausse puisque nous ne tenons pas compte ici des domestiques recrutés au service des communautés religieuses. Il est vrai que dans leur cas, il est difficile de distinguer dans les recensements ceux qui étaient envoyés sur les terres des communautés, à la campagne, et ceux employés à l’intérieur des institutions mères, en ville : Bessière, 2008, p. 52-53.

[19]

Dépatie, 2008, p. 53.

[20]

Dépatie, 2008, p. 55. Selon Sylvie Dépatie, 16,5% des ménages recensés dans les campagnes montréalaises en 1765 ont au moins un domestique à leur service.

[21]

Bessière, 2007, p. 134-135 et p. 303-305.

[22]

Contrat d’engagement du 5 novembre 1677 : Bibliothèque et archives nationales du Québec à Montréal, banq-m, Greffe Rageot.

[23]

Précisons que parmi ces 26 servantes, 14 n’ont pas 15 ans. Les plus jeunes sont âgées de 8 ans seulement. La plus âgée, Suzanne Olivier, a 45 ans. La moyenne d’âge chez les servantes recensées en 1681 est de 15,5 ans. Elle est de 13,5 ans chez celles travaillant dans les ménages paysans et de 17,5 ans parmi celles engagées dans des ménages non-paysans. Même constat du côté des hommes. Si la moyenne d’âge de tous les domestiques masculins recensés en 1681 est de 27 ans, elle descend à 25 ans en isolant ceux recrutés dans les ménages paysans et monte à 29 ans chez ceux recensés dans les ménages non-paysans.

[24]

Sur le salaire des domestiques : Bessière, 2008, p. 33-50.

[25]

Georges Lefebvre montre en effet que, suivant l’importance de leur exploitation, « des enfants entraient dans la composition du personnel [domestique], soit pour remplacer un adulte, soit pour lui venir en aide. Les garçons étaient employés à la garde des troupeaux, les filles au ménage et à la filature, les uns et les autres au sarclage. Autant qu’ils le pouvaient, le cultivateur et sa femme se déchargeaient de toutes ces besognes et, sans hésiter à leur imposer des tâches excessives pour leur âge, mettaient leurs propres enfants à l’ouvrage, à douze ans au plus tard. Souvent les petites filles de six ans passaient déjà leur vie à filer, en gardant les nouveau-nés » : Lefebvre, 1972, p. 277.

[26]

Citation extraite du livre d’André Lachance, 2000, p. 66. Sur les raisons d’être de la mise en service des enfants au Canada sous le régime français, voir Dépatie, 2008, p. 59-61, et Bessière, 2007, p. 17 et p. 290.

[27]

Inversement, le plus vieux domestique recensé en 1681 est âgé de 70 ans. Chez les domestiques masculins âgés de 15 ans et plus, précisons ici que c’est la tranche des 15-30 ans qui regroupe le plus grand nombre d’individus (87 en tout, soit 60% de l’ensemble).

[28]

Par exemple, quand Marin Varin et Marie Massard, son épouse, décident de louer leurs deux enfants jusqu’à leur majorité, ils sentent le besoin de justifier au notaire leur décision en lui faisant part de « l’extrême pauvreté dans laquelle ils sont et la surcharge d’enfants en très bas âge qu’ils n’ont pas le moyen de nourrir et élever étant obligé de mendier leur pain » : Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Québec (banq-q), engagements du 17 et 19 avril 1700, greffe Chambalon. Soulignons toutefois ici qu’il convient de rester prudent à l’égard de ces énoncés. Certains parents ont pu exagérer leur situation réelle au moment de la signature du contrat dans l’espoir, peut-être, de susciter la compassion de l’employeur et, par extension, une plus grande générosité de sa part à l’endroit de l’enfant qu’on s’apprêtait à lui louer.

[29]

Nous avons relevé une trentaine de cas dans les contrats d’engagement canadiens pour l’ensemble du xviie siècle.

[30]

Banq-q, contrat d’engagement du 5 juillet 1702, greffe Chambalon.

[31]

C’est le cas, par exemple, de Marguerite Neveu et de Pierre Gosselin, tous deux fille et fils de bourgeois : Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Montréal (banq-m), engagement du 29 avril 1688, greffe Adhémar. Précisons ici qu’en règle générale, et en l’absence de données fiables, il est plutôt difficile de déterminer les origines sociales des domestiques. Dans les recensements, l’anonymat de plusieurs jeunes domestiques, connus seulement par leur prénom, entrave souvent la recherche. De plus, certains parents ne sont même pas recensés.

[32]

Dechêne, 1988, p. 62.

[33]

Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Québec (banq-q), contrat du 9 janvier 1669, greffe Becquet. Notons que l’enfant travaillera pour son employeur en qualité de serviteur domestique jusqu’à l’âge de 19 ans, soit durant environ 11 années.

[34]

Bessière, 2007, p. 309.

[35]

Nous avons identifié six domestiques ruraux mariés en 1681 dont deux couples au service de Joseph Giffard (André Leroux et Suzanne Olivier d’une part, et Robert Doison et Jeanne Tardé d’autre part). De manière générale, il appert que la profession de domestique est incompatible avec le mariage et, par conséquent, avec la vie de famille. Le portrait matrimonial de la domesticité illustre ici, d’une certaine manière, le caractère transitoire du métier de domestique.

[36]

Bessière, 2007, p. 233-234. Sur les 1207 contrats identifiés pour l’ensemble du xviie siècle, 33% des engagements sont de moins d’un an. Ces contrats de courte durée répondent à des besoins saisonniers et se concentrent particulièrement durant la période des semences et des récoltes. La description des tâches, auxquelles les maîtres projettent d’employer leurs domestiques y est généralement plus détaillée que dans les contrats de plus longue durée, et renvoient aussi bien aux défrichements ou aux coupes de bois qu’à l’agriculture en général (labours, semences, récoltes, battage et vannage de grains, etc.). Ajoutons que la durée d’environ 50% de tous les contrats relevés varie de un à trois ans. Les engagements de plus de trois ans, qui tendent d’ailleurs à augmenter à partir du début des années 1680, concernent habituellement de jeunes domestiques placés en service par leurs parents.

[37]

Les salaires des engagés immigrants varient de 25 à 140 l.t. par année; le sexe et l’âge des immigrants expliquent, en partie, les écarts entre les salaires : Bessière, 2007, p. 247.

[38]

La fourchette des gages relevés varie de 5 à plus de 150 l.t. par année. Notons ici que plus la durée du contrat est longue, moins les salaires annuels sont élevés et plus la proportion des règlements en nature augmente. Cette tendance s’accélère à mesure que nous avançons dans le xviie siècle et est à rapprocher de l’augmentation du nombre de jeunes domestiques natifs du Canada, une main-d’œuvre enfantine bon marché qui témoigne de la consolidation de la colonie. Dans le cas des domestiques recrutés seulement quelques mois, les gages varient de 5 à 45 l.t. et la moyenne de leurs mensualités est évaluée à 17 l.t. Dans tous les cas, les caractéristiques physiques de la main-d’œuvre, la durée de l’engagement mais aussi la conjoncture économique et le lieu du recrutement sont les éléments qui ont eu le plus d’incidences dans la détermination des salaires des domestiques : Bessière, 2008, p. 40-50.

[39]

Si la clause du gîte n’est pas indiquée de manière explicite dans tous les contrats canadiens, ni même dans les contrats français, nous supposons que ceux qui étaient nourris par leur maître étaient également logés, attendu les conditions coloniales : Bessière, 2008, p. 37.

[40]

La Toussaint (le 1er novembre) et la Saint-Michel (le 29 septembre) sont aussi des fêtes qui soulignent l’engagement de nouveaux domestiques ou la fin d’un contrat pour d’autres. En temps normal, le contrat du domestique commence le jour même de son enregistrement chez le notaire et se termine à pareil jour le temps de son engagement accompli. Il y a toutefois des exceptions et il peut arriver que l’entrée en fonction de l’employé précède la signature de son contrat ou qu’une embauche débute quelques jours voire quelques mois après que le contrat ait été ratifié : Bessière, 2007, p. 232 et Moriceau, 1994, p. 322. Mentionnons que la mécanique de recrutement dans la colonie est encore méconnue. On sait que le Conseil souverain jouait un rôle dans la distribution des engagés immigrants mais nous ignorons toujours les raisons qui ont pu amener un employeur à recruter localement tel individu plutôt qu’un autre.

[41]

Les engagés immigrants qui ne se marient pas une fois leur contrat terminé, décident généralement de rentrer en France (soit environ la moitié des effectifs sinon plus). Les plus téméraires restent en Amérique, courent les bois ou partent à la recherche de quelque Eldorado : Dechêne, 1988, p. 75.

[42]

Il y a bien sûr des exceptions puisqu’on trouve parmi ces domestiques recensés en 1681 quelques futurs officiers militaires ou maîtres-artisans et même la future épouse d’un seigneur. Servante de René Robineau, seigneur et baron de Portneuf, Jeanne-Marguerite Lenoir épouse en 1684 Louis Dandonneau, seigneur du Sablé. Jeanne-Marguerite sera très active dans les affaires puisqu’on la retrouve dans une trentaine de contrats notariés dans lesquels elle est impliquée seule ou en compagnie de son mari. Le milieu social au sein duquel elle a évolué durant son engagement a manifestement eu une incidence sur sa destinée. Elle n’aurait en effet probablement jamais fréquenté son futur époux si elle avait été au service d’un simple habitant. Il importe néanmoins de nuancer cette influence et l’importance du mimétisme social des domestiques à l’emploi des seigneurs et des notables en particulier car il s’agit ici, encore une fois, d’exceptions.

[43]

Comparée à la France, cette agriculture coloniale, dominée par le froment, n’est en rien primitive. Louise Dechêne observe en effet que « les rendements d’un certain nombre de terres de l’île de Montréal sont très honorables, comparables à ceux des régions du nord de la France, des bonnes exploitations du Bassin parisien et autres régions favorisées. Par contre, la productivité sur la majorité des habitations est médiocre et rejoint ce qu’on est accoutumé de voir sur les trois quarts du territoire français jusqu’au milieu du xixe siècle » : Dechêne, 1988, p. 328.

[44]

Ibid., p. 176-179.

[45]

Dépatie, 2004, p. 256. Une rapide vérification avec les chiffres que nous avons, montre d’ailleurs que la proportion des ménages paysans comptant des filles et des servantes est supérieure à celle des ménages semblables mais sans servante. En revanche, la situation est différente pour les non-paysans. Alors qu’en moyenne 75% de ces ménages ont des filles, la proportion de ceux se trouvant dans la même situation et comptant des servantes est de 60% contre 78% pour ceux qui n’ont pas de domestiques de sexe féminin. Il y aurait donc ici un lien à envisager.

[46]

Dépatie, 2008, p. 64-65.

[47]

Dépatie, 2004, p. 256.

[48]

Dechêne, 1988, p. 77.

[49]

Voir à cet égard les travaux d’Alain Laberge sur la Côte-du-Sud et la région de la Grande-Anse qui fournissent un bon exemple de cela : Laberge, 1987 ; id., 1993 ; Laberge et al. (dir.), 1995. Sur la situation au xviiie siècle et au tournant du xixe siècle : Wien, 1988 et Dessureault, 1987.

[50]

Dépatie, 2004, p. 259.

[51]

Dechêne, 1988, p. 338.

[52]

Rien d’étonnant à ce que la progression des terres en culture soit aussi lente à la fin du xviie siècle. En 1681, au dire de l’intendant, il y aurait 24 427 arpents de terre en culture et seulement 32 524 en 1698 : Hamelin, 1970, p. 26.

[53]

Dechêne, 1988, p. 332 et 342. L’historienne observe en effet que « jusqu’à la guerre de la Ligue d’Augsbourg, le taux d’accroissement annuel de la production de grains est de 7,5%, alors que l’augmentation moyenne de la population n’est que de 3,4%. Après les crises de la fin du siècle [en 1689, 1690 et 1692], nonobstant le progrès plus accéléré et continu des défrichements, la courbe des productions végétales fléchit et s’aligne sur celle de la population ».

[54]

Dechêne, 1988, p. 329.

[55]

Sur la présence de ces familles dans la colonie, voir Beauregard, et al., 1986, p. 391-405.

Résumé

Français

Malgré ses omissions et les difficultés d’interprétation qu’il peut engendrer, le recensement canadien de 1681 constitue une source de premier ordre pour l’étude de la population dans la vallée du Saint-Laurent au xviie siècle. Dans cet article, nous utilisons cette source pour mieux cerner la structure de la domesticité rurale mais aussi son ampleur. Bien que faiblement représentée au sein de la population rurale, la domesticité que l’on retrouve dans les campagnes canadiennes de la fin du xviie siècle apparaît en 1681 assez diversifiée. Composée d’hommes et de femmes, tant adultes qu’enfants, cette main-d’œuvre travaille aussi bien pour les habitants que pour les seigneurs et quelques notables. Plus que la taille ou la composition des familles, ce sont les écarts économiques observés entre les ménages à travers la taille de leurs exploitations respectives et celle de leur cheptel qui la justifient. On a donc affaire, dès la seconde moitié du xviie siècle, à une société paysanne canadienne déjà bien hiérarchisée.

Mots-clés

  • Ancien Régime
  • Canada
  • domestiques
  • main-d’œuvre
  • Québec
  • xviie siècle

English

While the Canadian census of 1681 has gaps, and is not always easy to interpret, it is still among the best available sources for the study of population in the Saint-Lawrence valley during the 17th century. The present paper uses it to better understand the structure and extent of rural domestic labor. While relatively small in numbers among the general rural population, the rural domesticity one could meet in the Canadian countryside towards the end of the 17th century seems to have been quite diversified in 1681. This workforce was made up of both men and women, adults and children, and worked for the local lords and a few notables as well as for lesser colonists. Its use was motivated less by the size or composition of the employer’s family than by the economic differences observed between households in terms of amounts of cultivated land and cattle. This means that as early as the second half of the 17th century, Canadian peasant society was already quite hierarchized.

Keywords

  • Canada
  • labor
  • Old Regime
  • Quebec
  • 17th century

Español

A pesar de las omisiones y de las dificultades de interpretación, el censo canadiense de 1681 es una fuente de primer orden para el estudio de la población del valle del río Saint-Laurent en el siglo xvii. En este trabajo, lo utilizamos para entender mejor la estructura de la domesticidad rural y conocer su amplitud. Aunque poco representada en el seno de la población rural, la domesticidad existente en 1681 en los campos canadienses resulta bastante diversificada. Se compone de varones y mujeres, adultos y niños, que trabajan tanto para los vecinos como para los señores y notables. Más que el tamaño o la composición de la familia, son las diferencias económicas derivadas del tamaño de las explotaciones y del ganado las que justifican su existencia. Estamos, pues, en la segunda mitad del xvii, ante una sociedad campesina ya bien jerarquizada.

Palabras clave

  • Antiguo Régimen
  • Canadá
  • criado
  • Quebec
  • siglo xvii

Pour citer cet article

Bessière Arnaud, « L'emploi d'une main-d'œuvre domestique. Dans les campagnes canadiennes à la fin du XVIIe siècle », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2011 (Vol. 36), p. 75-96.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2011-2-page-75.htm


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