Accueil Revues Revue Numéro Article

Histoire & Sociétés Rurales

2012/2 (Vol. 38)


ALERTES EMAIL - REVUE Histoire & Sociétés Rurales

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 11 - 50 Article suivant
1

L’archéologie du monde rural a connu une diversification importante de ses objets d’étude depuis les années 1970. Jusqu’alors assez étroitement cantonnée à l’échelle de la fouille ou du « site », l’émergence d’une archéologie préventive efficace sur les vastes surfaces liées aux « grands travaux » d’aménagement du territoire ainsi que l’intérêt pour l’évolution paléo-environnementale ont conduit l’archéologie rurale en particulier à s’étendre du site à la micro-région ou à la région [1]  Fiches et Van Der Leeuw, 1990. [1] . C’est ainsi qu’a émergé une archéologie spatiale – en tant qu’archéologie de l’espace et des territoires – dans laquelle le site fouillé ou détecté en prospection aérienne ou pédestre n’est qu’un point constitutif d’un réseau, un centre d’activités diverses dont la profondeur historique et les interactions avec l’environnement physique transformé par l’Homme doivent être expliquées [2]  Berger et al., 2005 ; Rodier, 2006. [2] .

2

Les archéologues ruralistes ont dès lors été conduits à s’affranchir de la notion de site archéologique en l’élargissant au sens géographique du terme, c’est-à-dire un lieu ou un espace « considéré du point de vue de ses caractéristiques particulières, de ses attributs et qualités qui le différencient des autres lieux » [3]  Hugonie, 2010. [3] . Ainsi est née une archéologie agraire, une archéologie du champ et des façons culturales [4]  Guilaine, 1991. [4] . Du site d’habitat ou d’artisanat aux aires d’activités proprement dites, la prospection pédestre avait dans ce cadre un rôle important à jouer par sa capacité à aborder de manière systématique la continuité spatiale d’un territoire déterminé [5]  Ferdière et Zadora-Rio, 1986. [5] . Mais alors que les praticiens anglo-saxons développaient un intérêt pour le « non-site » ou le « off-site » en s’appuyant fortement sur les données livrées par les prospections pédestres, le contexte scientifique français est resté relativement prisonnier de la notion étroite de site archéologique, considérant l’ensemble des vestiges récoltés « hors site » comme un bruit de fond dont il était certes utile de mesurer l’impact sur la détection des sites archéologiques, mais qui est demeuré inexploité du fait de la difficulté extrême du traitement de ces données.

3

L’ensemble de ce mobilier hors site, généralement considéré dans d’autres pays comme un témoin de la pratique de l’amendement agraire par épandage de fumures [6]  Wilkinson, 1982 et 1989 ; Bintliff et al., 1988 ; Bakels,... [6] , n’a que peu été mobilisé dans les études françaises portant sur l’occupation du sol. Bien qu’elle ait été défendue par quelques chercheurs dès les années 1980 [7]  Raynaud, 1989. [7] et développée dans les années 1990 [8]  Favory et al., 1994, p. 194-199. [8] , cette interprétation n’est pas encore admise et fait l’objet d’un vif débat, le plus souvent par méconnaissance des pratiques agraires anciennes et des observations ethnographiques. Une telle approche se trouve même réfutée au bénéfice d’hypothèses alternatives qui ne sont pas selon nous satisfaisantes dans la majorité des cas pour expliquer la présence régulière de tessons épars plus ou moins densément répartis autour – et parfois fort loin – des sites identifiés. L’objectif de cet article est donc de replacer la pratique de la fumure dans le cadre plus large des pratiques d’amendement agraire et de leurs corrélats matériels potentiels. Dans un second temps, nous livrerons un certain nombre de preuves issues d’autres sources que l’archéologie attestant de la pratique de la fumure depuis l’Antiquité. Il nous faudra ensuite démontrer que l’incorporation de déchets domestiques aux fumiers épandus était possible et attestée par ailleurs, conduisant à la découverte, au cours des prospections, des seuls vestiges matériels de ces fumures que sont les tessons de poterie. Enfin, nous évoquerons les principaux apports de l’analyse de ce mobilier hors site à la connaissance des espaces ruraux anciens, mais aussi les limites significatives des interprétations possibles.

Pourquoi et comment amender le sol ? Avec quels corollaires archéologiques ?

4

La nécessité de développer des pratiques d’amendement des sols repose sur un constat simple. Dans la majorité des cas, un même sol ne peut pas porter successivement deux récoltes sans une régénération de ses fonctions nutritives. Les amendements sont constitués de « matières minérales et organiques que l’on incorpore au sol en vue d’améliorer sa constitution et ses propriétés physiques et chimiques : argiles et marnes corrigeant la légèreté d’un sol et son manque de complexe absorbant ; amendements calciques et magnésiques corrigeant son excès d’acidité ; plâtrage corrigeant sa salure ; amendements organiques destinés à relever sa teneur en humus, à accroître sa capacité de stockage en eau et en sels minéraux, à stabiliser ses agrégats et à améliorer sa structure » [9]  Mazoyer et Roudart, 1997, p. 57. [9] . Ainsi, parmi les méthodes de bonification des sols par amendement, deux grandes catégories peuvent être distinguées que nous détaillerons ci-après : l’amendement minéral et l’amendement organique.

L’amendement minéral

5

L’apport de matières minérales vise à modifier la texture ou la composition chimique des sols. Pour l’essentiel, l’apport en matières minérales concerne des apports en calcium soit pour des sols qui en seraient naturellement dépourvus, soit pour pallier des carences liées à l’exploitation agraire. Le marnage consiste à rendre un sol agricole plus calcaire en y ajoutant de la marne, une roche sédimentaire contenant du calcaire et de l’argile en quantité à peu près équivalente. Le chaulage consiste à apporter des amendements calciques ou calco-magnésiens à un sol pour en corriger l’acidité. Il s’agit pour l’essentiel de chaux, produit élaboré à partir de pierre calcaire chauffée à haute température. Le chaulage permet d’améliorer la texture du sol, de compenser la perte de calcium due au prélèvement par les récoltes, et de favoriser l’activité microbienne du sol, qui permet une meilleure mobilisation de l’azote.

L’amendement organique

6

Il est également possible de réaliser des transports de sols d’un endroit à un autre. C’est le cas des Plaggen soils, qui sont des niveaux archéologiques observés en Europe et datés du Moyen Âge [10]  Pape, 1970 ; Blume et Leinweber, 2004 ; Hubbe et al.,... [10] . Ils ont été créés artificiellement en prélevant de la tourbe, un sol organique, dans un espace inculte et en l’utilisant comme litière pour le bétail. Le mélange de la tourbe et des déjections animales a ensuite été épandu dans les parcelles cultivées. La répétition de cette opération au cours du temps a abouti à la génération de riches sols agricoles qui peuvent atteindre un mètre de profondeur.

7

L’amendement en matière organique permet d’accroître les teneurs en phosphate, nitrate et azote. Ces matières organiques peuvent être d’origine animale ou végétale. Les déjections humaines et animales, mélangées aux litières des animaux (paille, copeaux), constituent le fumier. Le fumier peut être épandu dans les parcelles cultivées afin d’améliorer la fertilité du sol. La préparation des fumures et leur épandage sur les parcelles cultivées est une des pratiques d’amendement pouvant laisser des traces matérielles (cf. infra).

8

Mais les déjections animales peuvent être directement répandues sur les parcelles par la pratique du pacage. La pratique consiste à faire pâturer les animaux dans des prairies permanentes pendant la journée, puis à les mener sur la jachère durant la nuit. Les déjections produites fourniront un réel apport au sol. Cependant, il faut noter que le parcage de nuit n’est pas une solution très rentable car « il faut disposer d’une grande étendue de saltus et d’un troupeau très nombreux pour parvenir à fumer, plutôt mal que bien, une petite superficie d’ager » [11]  Mazoyer et Roudart, 1997, p. 223. [11] . Pour l’archéologue, cette pratique est difficile à mettre en évidence dans la mesure où elle ne laisse aucune trace matérielle. Cependant, dans certaines conditions, l’analyse de la teneur en phosphate des sols offre une piste prometteuse traitée dans d’autres études [12]  Wilkinson, 1990 ; Georges-Leroy et al., 2009. [12] .

9

L’alternance des cultures, la pratique de la jachère dans les sociétés antiques – attestée par un texte en Mésopotamie dès le début du premier millénaire [13]  Fales, 1990, p. 119. [13] – et de l’épandage de compost constituent un apport en matière organique d’origine végétale. La jachère consiste à laisser une terre non ensemencée pendant une ou plusieurs saisons, sans pour autant la laisser à l’abandon. Une parcelle en jachère fait l’objet de plusieurs labours qui ont pour but de détruire et d’enterrer les mauvaises herbes. C’est cette production végétale qui constitue un apport en matière organique. La confection et l’épandage de compost permettent également d’enrichir le sol en matières organiques végétales. Le compost est constitué de l’ensemble des déchets domestiques issus de la préparation des fruits, graines et légumes (troncs, pelures), ainsi que de la récolte de composés humiques (feuilles, mottes de gazon, pailles, etc.). Il faut souligner ici que la notion de compost biologique « sain et propre » est tout à fait contemporaine puisque, dans un passé encore récent, on jetait tous les déchets domestiques au compost, y compris la vaisselle cassée, les os, voire même le fumier des petits animaux comme les lapins. Cette pratique a donc certainement laissé des traces matérielles également, mais plus vraisemblablement dans les jardins situés à proximité de l’habitat. Si les textes cunéiformes ne mentionnent d’aucune manière la pratique de l’épandage de compost en Mésopotamie, les traces matérielles livrées par l’archéologie le suggèrent fortement, notamment autour du Tell Es-Sweihat, dès la fin du iiie millénaire [14]  Wilkinson, 2004, p. 72-73, 172. [14] .

10

La simple alternance des cultures de légumineuses et de céréales permet de maintenir la fertilité dans la mesure où les légumineuses enrichissent le sol en azote. La découverte de blé et d’orge mêlé à des graines de fèves et de gesse chiche, en petite quantité, dans les réserves de l’oppidum du Pègue (Drôme) laisse supposer une pratique de ce type dès le premier Âge du Fer. Toutefois, cela ne traduirait peut-être pas un comportement raisonné, du moins à cette période, mais pourrait résulter d’une alternance encore aléatoire [15]  Ruas et Marinval 1991, p. 436. [15] .

11

La fertilisation par le feu ou la cendre n’est, quant à elle, attestée par aucun indice archéologique. Il faudrait développer des recherches sédimentologiques sur les résidus carbonisés contenus dans les sols pour repérer le signal incendie, lié à la déforestation et à l’entretien des espaces exploités, comme ont pu le démontrer les travaux de B. Vannière [16]  Vannière, 2003. [16] . Excepté le recours à la pratique de l’incendie du couvert végétal, on sait qu’au xviie-xviiie siècle après J.-C., en Haute-Provence, le buis était émondé et les fagots brûlés, puis les cendres étaient enfouies dans le sol pour jouer le rôle d’engrais [17]  Sautter, 1993, p. 462. [17] . Les recherches anthracologiques menées dans le sud de la France ont montré sur certains sites une exploitation accrue du buis dès la fin du vie siècle avant J.-C. [18]  Chabal, 1997, p. 117-118. [18] , mais il est difficile de savoir si ce phénomène est lié à la même pratique.

12

De toutes les méthodes de fertilisation des sols évoquées ci-dessus, le recours à l’épandage de fumier est celle qui nous intéresse directement, comme étant l’une des seules ayant potentiellement laissé des traces matérielles dans les champs cultivés, sous la forme de mobilier récolté hors site au cours des prospections au sol menées depuis les années 1970. Il nous faut donc, en premier lieu, avoir recours à d’autres sources d’information pour attester que l’épandage de fumier était bien pratiqué depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours.

Le recours au fumage des terres cultivées : une pratique attestée depuis l’Antiquité

13

Même si cela ne constitue pas une preuve, il faut d’emblée signaler que les différentes opérations récentes de prospection-inventaire réalisées tant dans les régions septentrionales que méridionales de France ont permis la récolte de mobilier hors site datable de la fin de l’Âge du Bronze à nos jours [19]  Ferdière et Zadora-Rio, 1986 ; Ferdière et Rialland,... [19] . Certaines phases – comme la Protohistoire ou le très haut Moyen Âge – sont certes moins représentées que d’autres, mais globalement aucun hiatus sévère ne peut être identifié, ces différences de représentation étant plutôt à mettre au compte des variations d’usage et de circulation de la poterie au cours du temps, sans oublier les problèmes de taphonomie liés à la qualité variable du matériau céramique. Si la présence du mobilier hors site est clairement attestée, son interprétation comme vestige d’épandage agraire repose sur un premier postulat selon lequel le recours à l’épandage du fumier produit par le bétail dans les étables était pratiqué et courant au cours des périodes anciennes. Pour confirmer cette hypothèse, nous nous attarderons dans un premier temps sur le recensement des sources écrites et iconographiques qui attestent cette pratique ancienne du fumage.

Dans l’Antiquité

14

On peut, de manière anecdotique, citer l’une des plus anciennes mentions textuelles d’amendement agraire par fumage. Dans l’Odyssée d’Homère, alors que Télémaque revient dans la ville d’Ithaque, il est mentionné à l’occasion de la description du domaine d’Ulysse « un tas du fumier des mulets et des bœufs, où les serviteurs d’Ulysse venaient prendre de quoi fumer le grand domaine » [20]  Chant xvii, 271-314. [20] , attestant ainsi l’utilisation de la fumure en Grèce ancienne, soit dès le premier millénaire avant notre ère.

15

Caton l’Ancien (iie siècle avant notre ère) conseille au cultivateur « qu’il ait soin d’amasser un bon tas de fumier ; qu’il le conserve avec soin ; et lorsqu’il le transportera, qu’il l’étende et l’éparpille » [21]  Caton, Économie Rurale, v. [21] . À cet effet sont mentionnés dans l’inventaire les outils nécessaires, à savoir « quatre hottes à fumier, un panier pour le même usage » [22]  Ibid., xi. [22] .

16

Varron (ier siècle avant notre ère) précise que le tas de fumier doit être placé près de la ferme afin de pouvoir être évacué avec un minimum de travail [23]  Varron, Res rusticae, i, 38, 3. [23] . Il préconise également de constituer des tas différents et d’utiliser de préférence le fumier le plus ancien qui est plus efficace.

17

Columelle (ier siècle de notre ère) est l’auteur le plus explicite concernant la façon dont il faut épandre le fumier dans les champs. Il propose ainsi d’en disperser vingt-quatre charretées par jugère pour les sols de plaine et de le disposer en fumerons [24]  « Petits tas de fumier disposés dans les champs à intervalles... [24] de cinq modii, tous les huit pieds [25]  Columelle, De l’Agriculture, ii, 5. [25] .

18

Pline l’Ancien (ier siècle de notre ère), dans son Histoire Naturelle, consacre tout un passage à la pratique de l’engrais. Il y précise notamment quelles cultures nécessitent une terre fumée, la période à laquelle il est opportun de fumer les champs en fonction des semis, et la quantité de fumier nécessaire par jugère, qu’il estime à « dix-huit charretées » [26]  Pline l’Ancien, Histoire naturelle, xviii, 53. [26] . Il indique en outre la quantité nécessaire de têtes de bétail pour produire le fumier (« chaque tête de menu bétail en doit fournir une charretée, et chaque tête de gros, dix charretées »), ainsi que son prix (« une charretée de fumier doit coûter un denier », soit 16 as environ). Sachant que d’après le cadastre B d’Orange, le tarif de location des terres varie approximativement de 2 à 8 as au jugère pour une moyenne de 4 as [27]  Berger et al., 1997. [27] , on peut noter le coût relativement élevé de la fumure à cette époque, à la nuance près qu’il devait varier en fonction du type d’économie pastorale de chaque région.

19

Les quantités de fumure par jugère que proposent Columelle et Pline sont vraisemblablement comprises entre 15 et 47 tonnes par hectare. En s’appuyant sur la densité de fumerons de « cinq modii tous les huit pieds », Pierre Ouzoulias estime que l’on a :

20

« 43,68 litres de fumier pour 5,59 m2, soit environ 78 000 l pour un hectare. Un mètre cube de fumier pesant à peu près 600 kg, on obtient une valeur d’environ 46 800 kg/ha. On ne connaît pas le volume des charretées (uehes) de Columelle, mais en retenant le total de 46800 kg/ha, il faut environ vingt-quatre charretées d’un peu moins de 500 kg pour un jugère. C’est la charge d’une voiture légère, à deux ou quatre roues, tirée par deux mules ou deux ânes âgés [28]  Ouzoulias, 2006, p. 185, n. 109 ; Raepsaet, 2002, p.... [28] . »

21

Si l’on s’appuie sur les chiffres fournis par une expérimentation ethnographique menée au Burkina Fasso visant à produire un étalonnage des unités locales de mesure pour le compostage en fosse [29]  Fiche technique n°4, in Zougmore et Zida, 2000, p.... [29] , le volume supporté par une charretée serait situé entre 200 à 250 kg. D’après ceux fournis par Diderot et d’Alembert dans l’Encyclopédie (t. 9, article lin), il correspondrait à 350 kg :

22

« De la préparation de la terre. Il faut la bien fumer avant l’hiver. Quatre charretées de fumier suffisent pour l’étendue que nous avons déterminée. Chaque charretée doit peser environ quatorze cent, poids de marc [30]  Il s’agit d’un cent au sens de 100 kg, ce qui fait... [30] . On laboure après avoir fumé. »

23

Considérant qu’un jugère est l’équivalent de 25 ares, on peut estimer entre 4,8 et 8,4 tonnes la quantité de fumier par jugère, soit 19,2 et 33,6 tonnes par ha selon Columelle (24 charretées), et entre 3,6 et 6,3 tonnes de fumier par jugère, soit 14,4 et 25,2 tonnes par ha, selon Pline l’Ancien (18 charretées).

24

Bien que la fourchette reste assez large, les estimations montrent tout de même que les quantités de fumier nécessaires et transportées sont loin d’être négligeables et correspondent bien aux chiffres livrés par l’agriculture traditionnelle. En France, au début du siècle dernier, on utilisait de 20 à 30 tonnes de fumier à l’ha dans la plupart des régions. Dans les grosses exploitations de l’Île-de-France et de la Beauce, on en répandait 50 t/ha et jusqu’à 100 t/ha sur les meilleures terres du Nord de la France [31]  Ouzoulias, 2006, p. 185. [31] . Ce système, qui peut connaître des adaptations locales, est pratiqué au moins jusqu’à l’époque de Palladius (ive siècle de notre ère) car celui-ci l’a décrit, à la fin de l’Antiquité, dans des termes très proches de ceux de ses prédécesseurs.

25

On peut également citer la source iconographique que constitue la mosaïque découverte à Saint-Romain-en-Gal et représentant un calendrier des travaux agricoles, dont l’un des tableaux est interprété comme figurant le transport de fumier sur une claie entre des brancards (Figure 1) [32]  Comet, 1992, p. 84. [32] .

 - Figure 1Figure 1

Représentation du transport du fumier (début du iiie siècle après J.-C.)

Mosaïque du calendrier agricole provenant de Saint-Romain-en-Gal (Rhône) Musée de Saint-Germain-en-Laye

Au Moyen Âge

26

Une recension de textes médiévaux d’agronomie consacrés à la question de l’amélioration de la fertilité des terres, rédigés dès le xiiie siècle, préconise de mélanger le fumier à de la terre, d’effectuer un marnage régulier des sols, de collecter et de stocker les déchets domestiques de la ferme [33]  Seneshaucy, rédigé vers 1276 ; Husbandry rédigé par... [33] . La plupart des textes médiévaux traitant d’agronomie se réfèrent à Caton, Varron et Columelle, d’autant plus facilement que leurs œuvres ont été collectées et publiées par Pietro di Crescenzi dans son Ruralium commodorum libri duodecim vers 1305, dont on ne possède pas le manuscrit original. Ouvrage célèbre au xive siècle (133 manuscrits nous en sont parvenus), il a fait l’objet de plusieurs traductions, dont une en français, effectuée en 1373 à la demande du roi Charles V et intitulée Rustican ou Livre des proffiz champestres et ruraulx. À partir des traités médiévaux, plusieurs procédés de fertilisation se dégagent, au premier rang desquels est placé l’épandage du fumier collecté à l’étable. Dès la période carolingienne, le capitulaire de Villis préconise d’ailleurs l’épandage non seulement du fumier, mais aussi du compost mélangeant tous les résidus de la ferme [34]  Delatouche, 1977, p. 81. [34] .

27

Les actes de la pratique (baux, actes de ventes) et les documents fiscaux (terriers, censiers) permettent également, dans de rares cas, d’identifier des indices de ces pratiques. Par exemple, C. Puig livre pour le sud de la France un certain nombre d’exemples de mentions d’aménagements situés à proximité des habitations et identifiables à des fosses à fumier (femoracius), où les déjections étaient déversées et mélangées à de la terre et de la paille [35]  Puig, 2003. [35] . Ces aménagements peuvent être mentionnés en association avec une exploitation agricole, mais aussi individuellement. Le fait qu’ils disposent d’une valeur propre et puissent être vendus seuls suggère une certaine valeur marchande du fumier et des structures nécessaires à son élaboration.

28

D’ailleurs, au cours du Moyen Âge, les villes négociaient avec les paysans alentour la cession des vidanges de latrines en vue de les épandre dans les champs avoisinants l’agglomération [36]  Monnet, 1992. [36] . Roger Grand cite le cas d’un certain Jean Cotin qui, en 1360, achète à Pierre de Mecourt de Bouchevillier un lot de fumier pour la somme non négligeable d’un écu d’or [37]  Trésor des Chartes, reg. ciiii, n.196, cité par Grand... [37] . Il est également parfois question de redevances de fumier dans les concessions de terres ou de l’obligation par le preneur de fumer au moins une fois la terre pendant la durée du bail conclu dans le cadre de contrats agraires [38]  Viader, 2006 ; Brunel, 2004. [38] . On peut également citer les corvées de fumier qui attestent à coup sûr cette pratique [39]  Delatouche, 1977, p. 81. [39] .

29

L’iconographie médiévale intervient aussi pour assurer que le fumage des terres était bien pratiqué au cours de cette période [40]  Mane, 1985. [40] . Le Rustican, déjà évoqué plus haut, était enrichi de nombreuses enluminures, en particulier pour illustrer le calendrier des travaux des champs évoqué au livre Onze. Le mois de février y représente précisément l’épandage de la fumure animale. On y voit un homme chargeant un mélange brun notamment composé de paille dans une hotte sur le dos d’un autre homme. Ces ouvriers travaillent dans un espace délimité par un mur où de petits tas de ce mélange ont déjà été déposés (Figure 2).

 - Figure 2Figure 2

Traité d’agronomie du bolonais Pietro di Crescenzi, 1459

Mois de février dédié à l’épandage de la fumure animale Musée Condé, Chantilly, Ms 340,

Époque moderne et contemporaine

30

Olivier de Serres (1539-1619) est l’un des premiers à étudier de manière détaillée les techniques agricoles et à en rechercher l’amélioration de manière expérimentale. Dans Le Théâtre d’agriculture et mesnage des champs, ouvrage considéré comme le premier cours d’agriculture et d’économie rurale et scientifique écrit en France. Il décrit les structures nécessaires à la préparation du fumier, dont des mentions ont d’ailleurs été évoquées précédemment dans les actes médiévaux de la pratique :

31

« Dehors et près des estableries reposeront les fumiers, dans deux ou trois grands lieux, un peu creusés au milieu et pavés au fond, pour y retenir la graisse ; dans lesquels, si la commodité le porte, l’eau sera mise et retirée quand on voudra […] Là jettera-t-on les fumiers à mesure qu’on les sortira des étables, pour s’y achever de pourrir [41]  Serres, 1996, p. 97. [41] . »

32

Cette approche laisse toutefois de côté la question de la quantité de fumier à épandre, à la différence des auteurs latins. « Son regard privilégie le bon sens de la tradition sur tout ce qui participe à la gestion d’une exploitation » [42]  Robin, 2000, p. 36. [42] .

33

À la même époque, Bernard Palissy (1510-1589) a cherché à expliquer et à reproduire de façon expérimentale les phénomènes observés dans la nature et à tirer parti de leurs effets, par exemple pour l’agriculture. À propos de la fumure, préparée « sans aucune philosophie […] ni acquise ni naturelle » par les laboureurs qu’il observe « en allant dans les villages », Palissy expose sa théorie des fumiers, fondée sur la nécessité de restituer au sol cultivé sa fertilité, et sur la nature et la conservation de cette dernière [43]  Beutler, 1995, p. 224-230. [43] . Il y voit une nécessité pour « rebailler [au champ] une partie de ce qui lui a esté osté » par la croissance des céréales et le retrait des pailles et grains chargés des nutriments absorbés. « Parquoy, il est besoin de rapporter les fumiers, boues et immondicitez, et mesme les excrémens et ordures, tant des hommes que des bestes » [44]  Cité par Robin, 2000, p. 25. [44] . Notons ici que Palissy propose d’incorporer au fumier les ordures et déchets ménagers, ce qui interviendra plus tard dans notre démonstration de la possibilité d’interpréter le mobilier de prospection récolté hors site comme vestige d’épandage agraire. On note que la préparation du fumier doit se faire dans une fosse pavée, donc probablement au cœur de l’habitat, ce qui favorise cette incorporation de déchets ménagers. Vient enfin le temps de l’épandage du fumier dans le champ, que Serres évoque en ces termes :

34

« Les laboureurs apportent leurs fumiers aux champs, quelque temps auparavant semer la terre, ils mettront iceluy fumier par monceaux ou pilots dans le champ, et quelque temps après, ils le viendront espandre par tout le champ [45]  Cité par Robin, 2000, p. 25. [45] . »

35

Cette description est d’ailleurs proche de celle faite par Émile Zola (cf. infra) d’une répartition du fumier par petits tas ensuite épandus plus largement, fort bien illustrée par l’iconographie d’agronomie du bolonais Pietro di Crescenzi (Figure 2) ou le tableau de Millet (Figure 3), et la pratique est clairement attestée par l’ethnographie.

 - Figure 3Figure 3

Paysan éparpillant la fumure de Jean-François Millet, 1854-1855

36

Une dernière source littéraire peut venir en appui de cette recension des différentes méthodes d’amendement agraires livrées par les textes. Dans son roman La Terre publié en 1887, Émile Zola fournit un témoignage précis des techniques d’amendement agraire et de l’intérêt porté à l’innovation dans ce domaine, en cette fin de xixe siècle [46]  Marcilhacy, 1957. [46] . Il décrit les hommes en action en train d’étendre à la fourche les tas « déposés là l’autre semaine ». Zola note également une certaine méfiance des agriculteurs beaucerons vis-à-vis des engrais chimiques dont l’emploi tend à se développer à la fin du xixe siècle. Pour le paysan beauceron, « il n’y a encore rien qui vaille le fumier de ferme. Seulement, on n’en a jamais assez. Et puis on l’abîme, on ne sait ni le préparer, ni l’employer ». Cette phase de préparation du fumier, essentielle, semble être une pratique perdue à la fin du xixe siècle, bien que les infrastructures existent encore, notamment ces fosses de préparation du fumier attestées depuis le Moyen Âge. Zola décrit donc en détail la chaîne opératoire de mise en œuvre de l’amendement agraire depuis la ferme jusqu’au champ, et apporte un témoignage précieux sur le caractère déterminant de la qualité des amendements, comme un caractère obsessionnel du paysan beauceron de la fin du xixe siècle.

Des déchets domestiques pouvaient être incorporés à la fumure

37

Après avoir démontré que l’épandage de fumier dans les parcelles cultivées est attesté et courant au moins depuis la période romaine, il s’agit maintenant de montrer que le fonctionnement de l’exploitation agricole favorise l’incorporation à ce fumier de divers déchets domestiques dont les tessons récoltés hors site au cours de prospections seraient les témoins. Ces tessons et fragments de matériaux de construction, jetés avec les autres déchets sur les tas de fumiers généralement situés à proximité de l’habitat, seraient ainsi épandus avec les matières organiques dans les champs amendés et subsisteraient seuls une fois les matières organiques décomposées. Ce postulat est étayé par un certain nombre de sources attestant l’incorporation de déchets domestiques, dont les tessons de vaisselle cassée, aux fumures épandues.

Proximité entre habitat et étables

38

Le premier argument est celui du bon sens : la proximité archéologiquement attestée entre les bâtiments d’habitation et les bâtiments de stabulation du bétail plaide en faveur d’un mélange plus ou moins conscient des déchets organiques et objets manufacturés dans la constitution du fumier. On imagine mal pourquoi une séparation stricte aurait été opérée entre les différentes sources de production de matière organique alors que, bien souvent, la partition entre les lieux de vie des humains et de stabulation des animaux n’était que peu marquée matériellement. Cette proximité était d’ailleurs préconisée dans certains traités d’agriculture antiques [47]  Varron, Res rusticae, i, 13. [47] et médiévaux [48]  Mane, 1985, p. 736. [48] .

Recommandations des agronomes

39

D’autre part, on a vu plus haut que dans les textes dits « agronomiques » anciens, dont il est certes difficile de déterminer dans quelle mesure ils relèvent de pratiques idéales ou réellement attestées, cette incorporation de déchets domestiques apparaît très souvent dès l’Antiquité. Caton l’Ancien propose que les périodes de mauvais temps qui rendent impossible le travail des champs soient employées à « amoncele[r] les engrais sur le tas à fumier. Nettoye[r] les étables, les bergeries, la basse-cour et toute la ferme » [49]  Caton, Économie Rurale, xxxix. [49] . Columelle indique qu’en dehors du fumier produit par le bétail, « les cendres et les charbons sont également très utiles » et que le fermier en manque de fumier

40

« mêlera le tout avec les immondices de la cour de la ferme. Il fera également une fosse, et […] il jettera dans cette fosse les cendres, le curage des fossés et des égouts, le chaume, et en général tout ce qu’on balaye des bâtiments [50]  Columelle, De l’agriculture, ii, 14. [50] . »

41

L’espace dédié à l’accumulation du fumier est également attesté en Gaule germanique par Tacite : « En général, ils [les Germains] creusent sous terre des caves qu’ils recouvrent d’un énorme tas de fumier » [51]  Tacite, Origine et territoire des Germains, dit La... [51] .

42

Les traités du xiiie siècle préconisent aussi la collecte et le stockage des déchets domestiques de la ferme. Il est par exemple recommandé, pour accroître la quantité de fumier disponible, d’étendre les excédents de paille et de fourrage dans les cours et les chemins afin de les y laisser pourrir [52]  Fleta, ii, 73 cité par Grand et Delatouche, 1950, p.... [52] . On imagine dès lors que la récolte de ces matières au milieu des espaces de vie ne pouvait que favoriser l’incorporation de divers détritus dans sa composition.

43

C’est encore le cas à l’époque moderne au moment où se constitue véritablement une « science » agronomique. Ce sont les « balieures [53]  « balieure » est l’orthographe ancienne de « balayure... [53] de la maison, cossats [54]  Les « cossats » sont ce qui reste après le battage... [54] , troncs de choux et autres reliefs de jardin, dont les fumiers seront d’autant augmentés » qu’évoque Olivier de Serres.

44

Ce sont également les tentatives tous azimuts du riche fermier beauceron Hourdequin dépeint par Zola qui consistent à incorporer au fumier tout ce qui peut contribuer à « engraisser » la terre :

45

« les herbes, les feuilles, le marc de raisin, les tourteaux de navette et de colza […]. Il employait maintenant les raclures de routes, les curures de fossés, les cendres et les escarbilles de fourneaux […]. Il avait installé de vastes trous à compost derrière sa ferme, il y entassait les ordures du pays entier […] [55]  Zola, 1887, p. 368. [55] . »

Observations archéologiques, géochimiques et textes de la pratique

46

Des observations archéologiques récentes et des textes de la pratique attestent également l’incorporation (volontaire ou inconsciente) des déchets domestiques au fumier. On a déjà signalé plus haut l’existence des femoracii ou fosses à fumier si prisées au Moyen Âge en Languedoc Roussillon qui étaient situées au cœur de l’habitat, facilitant ainsi l’incorporation des déchets domestiques [56]  Puig, 2003, p. 68. [56] .

47

L’iconographie peut une fois encore intervenir pour étayer cette argumentation. Si les représentations de tas de fumier sont rares dans les manuscrits médiévaux, c’est essentiellement en raison de l’identité des commanditaires de ces œuvres, pour l’essentiel des nobles pour lesquels la symbolique associée au fumier pouvait être de mauvais augure. En effet, les rares représentations iconographiques existantes du tas de fumier sont celles illustrant la parabole biblique de Job, un riche noble qui doit supporter avec résignation la perte de ses biens, de ses enfants, ainsi que les souffrances de la maladie. Le texte – et certaines représentations iconographiques (Figure 4) – le décrit sur un tas de fumier, parsemé de tessons qu’il utilise pour gratter ses plaies [57]  Job, i, 2, 8. [57] .

 - Figure 4Figure 4

Job sur son fumier parsemé d’ossements et tessons

Livre d’heures d’Anne de Bretagne (XVe siècle).

Copie de 1848 des éditions Curmer, château de Loches (Indre-et-Loire)

48

Plus récemment, à l’occasion de fouilles archéologiques, des structures légèrement excavées ont été interprétées comme des vestiges de fosses à fumier [58]  Par exemple Ciezar-Épailly et Gonzalez, 1998. [58] . Cette interprétation, fondée sur la nature organique du sédiment et plus rarement étayée par des analyses chimiques, permet d’illustrer la traduction concrète des pratiques et des aménagements cités dans les textes médiévaux. Il est important de noter que, dans les exemples fouillés, la fosse se trouve au plus près des bâtiments d’habitation (souvent même immédiatement à côté d’un accès) et que les sédiments retrouvés dans ces aménagements contenaient des tessons, prouvant ainsi la réalité du mélange (volontaire ou non) entre les litières animales et les déchets de la maison.

49

À l’appui de cette argumentation, on peut également citer les nombreuses découvertes de tessons roulés associés à des charbons de bois souvent observés au sein de structures agraires, comme les fosses de plantation de vignes sur le site du Haut-Empire « Les Girardes » à Lapalud (Vaucluse) [59]  Boissinot, 2000. [59] , au sein des coupes de paléosols cultivés antérieurs au iiie-ive siècle avant notre ère, notamment à Nîmes [60]  Monteil et al., 1999 ; Monteil, 1999, p. 130-132, 274,... [60] , dans les jardins gallo-romains de Lunel-Viel [61]  Raynaud, 2007, p. 59–63. [61] , ou encore dans les fosses de plantation des vergers antiques mis en évidence entre Pézenas et Béziers [62]  Jung et al., 2008, p. 92–94. [62] . En Bourgogne, la fouille du site rural de Chevigny Saint-Sauveur (Côte-d’Or) a mis en évidence une zone de près d’un hectare présentant une terre de couleur grise à noire incluant un abondant mobilier : céramique, os et fragments de meule. Compte tenu des observations topographiques et pédologiques, il ne peut s’agir ni d’un piégeage de matériaux, ni même d’un apport en bloc, mais le résultat d’un apport progressif venu enrichir le terrain en modifiant progressivement sa composition. Le mélange du « matériau minéral avec un produit riche en matière organique incluant de nombreux déchets de la vie quotidienne très fragmentés » est caractéristique d’un apport de fumier et les auteurs de la fouille en concluent que cet espace a été amendé pour être mis en culture. L’observation détaillée du sol et de la répartition des vestiges permet également d’avancer l’idée d’un découpage en secteurs, synoptique probable d’un fonctionnement diachronique qui s’étend dans un rayon d’environ 60 m autour des structures d’habitat. De manière générale, le mobilier retrouvé daterait cette mise en valeur du sol de la Tène c2/d1, soit du iie siècle avant notre ère [63]  Virlogueux, Rotillon et Jeudy, 2005, p. 288-291. [63] .

50

En Mésopotamie, à proximité du Tell Es-Sweihat, le caractère antique des épandages de surface a pu être argumenté par un sondage extensif mettant en évidence une couche dont l’analyse sédimentologique permet d’attester une formation longue d’un à deux millénaires et demi, recouvrant un sol incluant des tessons de céramique épars antérieurs au ive siècle avant notre ère [64]  Wilkinson, 2004, p. 67 et 73. [64] . La pratique de l’amendement dès l’Âge du Bronze, voire du Néolithique, a également été vérifiée en Europe occidentale et C.C. Bakels livre une revue de plusieurs cas identifiés aux Pays-Bas, en Angleterre, en Allemagne, en Suisse et en Norvège [65]  Bakels, 1997, p. 442-444. [65] . À l’extrême nord de l’Allemagne, à Archsum-Melenknop sur l’île de Sylt, un sol daté de l’âge du Bronze par sa position stratigraphique et les tessons qu’il contient est associé à des traces d’araire prouvant la présence d’un champ. L’association des tessons aux traces d’araires a également été observée en Frise, aux Pays-Bas et sur le site de Phoenix Wharf à Londres (Angleterre). À Rantum, sur l’île de Sylt également, un sol piégé par l’installation d’un tumulus daté de l’Âge du Bronze moyen a révélé une concentration en phosphates beaucoup plus importante que le sol environnant, et son épaisseur est beaucoup plus fine que s’il s’était développé naturellement. Enfin, à Thayngen-Weier en Suisse, un sol associé à quelques fragments de poterie épars, à proximité mais totalement indépendant du village palustre, contenait des pupes de mouches domestiques, ce qui ne peut s’expliquer, selon l’auteur, que par un transport de fumure depuis l’étable, car les mouches domestiques ne pondent pas leur œufs directement dans les bouses de vaches en plein air [66]  Troels-Smith, 1984, p. 22-23. [66] .

51

La pratique de l’épandage agraire est donc bien attestée par les fouilles, même si leur reconnaissance est relativement récente car les indices archéologiques demeurent complexes à cerner et à interpréter. Avec le développement de l’archéologie du champ tel qu’elle est préconisée depuis une dizaine d’années, nous pouvons espérer une multiplication de ce type de découvertes dans les années à venir [67]  Boissinot et Brochier, 1997. [67] .

52

Il faut enfin rappeler que l’enregistrement chimique et biologique des sols permet de repérer, par l’identification de fortes teneurs en éléments-traces, les sites d’habitat eux-mêmes et leurs zones d’activités associées. Les activités humaines développées au sein d’un habitat ont en effet tendance à enrichir le sol en certains éléments, notamment potassium, magnésium et phosphore [68]  Entwistle, Abraham et Dogshon, 1998, p. 54. [68] . En particulier, il a été démontré à plusieurs reprises que les fortes teneurs en éléments métalliques (plomb, cuivre et zinc) étaient révélatrices de la présence de sites habités [69]  Bintliff, Davies et Gaffney, 1990, p. 11 ; Entwistle,... [69] . J. Bintliff constate d’ailleurs que les fortes valeurs en métaux lourds dépassent la stricte emprise des sites connus. Un halo d’une centaine de mètres est discernable autour des sites, probablement dû aux amendements ou à la présence des animaux [70]  Bintliff, Davies et Gaffney, 1990, p. 12. [70] . Il est même possible d’observer une stricte corrélation entre les teneurs en métaux (plomb, cuivre, zinc) et la densité de mobilier hors site récolté à l’entour des sites [71]  Neil Rimmington, 2000. [71] . L’exploitation agraire peut, quant à elle, être décelée par les fortes teneurs en phosphore. En effet, les épandages de fumures, riches en phosphore, contribuent à marquer chimiquement les espaces ayant bénéficié d’amendements importants au cours du temps [72]  Entwistle, Abraham et Dogshon, 2000, p. 300 ; Georges-Leroy,... [72] . Cette association entre phosphore et fumures a été bien démontrée par des mesures réalisées dans des jardins ayant livré des teneurs en phosphore bien supérieures à celles mesurées sur les habitats associés [73]  Entwistle, Abraham et Dogshon, 1998, p. 64. [73] . On peut également observer une relation directe entre la teneur en matière organique du sol et la densité d’artefacts archéologiques récoltés en surface [74]  Poirier, 2010a, p. 97. [74] . Une dernière piste doit être évoquée au travers des travaux menés en archéo-entomologie qui visent à identifier des horizons stratigraphiques correspondant à des épandages de fumure. La recherche de groupes d’insectes associés aux différents éléments entrant en jeu dans la constitution du fumier (litière, fourrage, grains et plantes, bétail, bâtiments de stabulation) et leur assemblage permettent, dans certains cas, d’identifier la présence de fumure [75]  Kenward et Hall, 1997. [75] .

Utiliser le mobilier hors site comme marqueur des espaces amendés

Une interprétation ancienne mais toujours discutée

53

On peut donc admettre que le mobilier récolté hors site au cours de prospections pédestres peut témoigner de la répartition des espaces cultivés. Cette position est défendue depuis les années 1970 par plusieurs chercheurs, en particulier G. Foard en Angleterre qui a été l’un des premiers à attirer l’attention sur l’intérêt des vestiges récoltés « hors site », jusque là interprétés comme un « bruit de fond » à éliminer [76]  Foard, 1978. [76] . Les recherches menées dans ce sens ont permis de se libérer d’une approche de la prospection systématique centrée sur la découverte des sites d’habitat, au profit d’une appréhension continue de l’espace où les vestiges récoltés « hors site » peuvent marquer l’emprise des établissements sur l’espace environnant. D’autres ont suivi cette voie, surtout des chercheurs anglo-saxons travaillant souvent sur des espaces méditerranéens ou moyen-orientaux [77]  Wilkinson, 1982 et 1989 ; Bintliff et Snodgrass, 1... [77] .

54

Il faut toutefois signaler que l’intérêt pour le mobilier hors site (son état de conservation, sa densité et sa répartition) n’est apparu dans un premier temps que pour valider l’existence de sites identifiés, pour faire progresser la procédure de distinction site/hors site et l’asseoir sur des analyses statistiques [78]  Gallant, 1986. [78] , et rarement comme objet d’étude à part entière [79]  À l’exception dès les années 1980 de Gaffney, 1988 [79] . Il faut attendre les années 1990 pour trouver les premiers travaux consacrés à la dynamique des espaces agraires fondés sur l’analyse de la répartition des artefacts récoltés hors site [80]  Favory, Parodi, Poupet et Raynaud, 1994 ; Nuninger,... [80] .

55

Ce postulat de l’interprétation du mobilier hors site comme vestige d’amendements agraires est parfois réfuté au profit d’autres explications. Eizabeth Fentress a rappelé ces principales interprétations alternatives [81]  Fentress, 2000, p. 47. [81] . La première est le mythe archéologique du « vase tombé du mulet » identifiant les vestiges hors site à des objets perdus et brisés, idée déjà envisagée et réfutée par John Bintliff et Anthony Snodgrass dans les années 1980 [82]  Bintliff et Snodgrass, 1988. [82] ; la seconde concerne les occupations très éphémères, comme les reliefs de repas laissés par les travailleurs des champs ou encore les routes de transhumance et les déplacements saisonniers de populations, qui ont pu laisser sur leur route de nombreux vestiges. Ces interprétations alternatives ne sont toutefois pas satisfaisantes pour expliquer la présence régulière, et en des quantités pouvant être très importantes, de tessons de poterie diffus dans la couche arable, jusqu’à plusieurs milliers de tessons par ha en Languedoc à la période romaine par exemple [83]  Raynaud, 2000. [83] . Une troisième lecture consiste à envisager la présence de sites érodés par des phénomènes naturels (alluvionnement, colluvionnement) ou anthropiques (comme les pratiques culturales) qui n’auraient pu être détectés sous la forme habituelle de concentrations délimitables. Cette dernière alternative mérite d’être examinée plus en détails. Pour ce qui concerne d’abord l’érosion naturelle, en Vaunage (Gard) par exemple, les tessons de céramique trouvés en plaine étaient habituellement réputés provenir des habitats de hauteur démantelés par l’érosion. Bien que cette situation soit parfois observée dans des régions suffisamment accidentées, il s’agit d’une configuration généralement très locale. D’autre part, les tessons issus du ruissellement sont parfaitement identifiables par leur forte usure qui, souvent, rend problématique le classement typologique. En conséquence, l’extension spatiale des zones présumées de fumures et l’aspect des lots de tessons collectés tendent à montrer que les phénomènes érosifs demeurent marginaux et que la provenance de ces indices n’est globalement pas aussi hasardeuse qu’on a pu le dire. La relative bonne qualité des tessons, très fragmentés mais avec des cassures assez nettes, récuse l’idée d’un déplacement sur de longues distances. Le déplacement par l’érosion produit au contraire des tessons concentrés en bas de pente, ayant pris l’aspect de galets qui se distinguent radicalement du mobilier présumé d’épandage, dont la densité et la diffusion régulière impliquent une activité dépassant le seul phénomène érosif [84]  Nuninger, 2002, p. 160. [84] . Dans la Vaunage étudiée par L. Nuninger, la localisation des tessons, depuis les coteaux jusqu’en basse plaine, donc dans des contextes épargnés par les phénomènes colluviaux, ainsi que leur distribution, discréditent l’hypothèse d’un transport lié à l’érosion. Loin d’être aléatoire comme si elle résultait d’une action mécanique de l’érosion, la diffusion de ce mobilier apparaît généralement associée à celle des établissements archéologiques contemporains.

56

Le processus d’érosion et de redéposition de matériel archéologique par des rivières a également pu être observé, notamment en Touraine. A. Moreau a pu identifier une concentration de mobilier

57

« interprétée comme le résultat de la redéposition par la Vienne d’une partie du site antique de Mougon – qu’on sait fortement entamé par la rivière – à peine 1 km plus loin en aval. Cette hypothèse est d’autant plus recevable que les zones concernées se trouvent effectivement en zone de grand débit et la présence d’un ancien chenal toujours parfaitement visible dans la topographie actuelle […] a pu aussi faciliter le piégeage des sédiments de crues [85]  Moreau, 2008, p. 112. [85] . »

58

La même étude a permis de repérer en un autre endroit

59

« une quantité relativement abondante de mobilier et notamment de mobilier gallo-romain […] L’hétérogénéité du corpus observé et la présence d’alluvions grossières a permis d’argumenter en faveur d’un dépôt de crues [86]  Ibid., p. 113. [86] . »

60

On voit bien à la lumière de ces exemples que si des phénomènes d’érosion ou redéposition de mobilier archéologique du fait de phénomènes géomorphologiques sont possibles, ils sont toujours très circonscrits et peuvent être identifiés par un examen attentif de la situation locale et du mobilier récolté.

61

L’hypothèse de l’érosion de sites du fait d’actions anthropiques post-dépositionnelles paraît également peu convaincante. Les pratiques culturales sont fréquemment mises en avant pour expliquer la dispersion des artefacts correspondant à un site enfoui plutôt que comme mobilier lié à l’épandage de fumures. Or les travaux d’archéologie expérimentale réalisés en Angleterre dans la Buster Ancient Farm de J. P. Reynolds ont bien démontré le faible déplacement des tessons dans la couche arable sur le plan horizontal [87]  Reynolds, 1988. [87] du fait des pratiques agraires, observation confirmée par d’autres études [88]  Clark et Schofield, 1991. [88] . De même, les résultats des travaux réalisés dans le cadre de l’aménagement de l’autoroute a71 (dans le Cher) ont révélé dans près de 50 % des cas une bonne adéquation entre la superficie de la concentration de mobilier repérée en prospection et celle des structures fouillées sous-jacentes [89]  Ferdière et Rialland, 1995. [89] , ce qui plaide en faveur d’une faible dispersion de ces artefacts. La même observation a pu être faite en Languedoc avec la fouille de deux petits établissements [90]  Raynaud, 1998. [90] . Considérant l’analyse des vestiges d’épandage agraire à l’échelle d’une micro-région dont les multiples paramètres archéologiques ont fait l’objet d’analyses approfondies, la faible dispersion observée autour des sites ne peut en aucun cas être confondue avec celle des tessons épars provenant des anciens champs cultivés. Toujours en Vaunage, une analyse statistique pratiquée sur plusieurs échantillons de 100 unités obtenus par tirage aléatoire confirme cette hypothèse en montrant un seuil significatif assez net dans la distribution des unités selon le nombre et la densité de tessons qu’elles enregistrent : à cette aune, sites d’habitat et zones d’épandage ne peuvent être confondus [91]  Nuninger et Raynaud, 1998. [91] .

62

Une dernière objection à discuter est celle qui consiste à considérer que :

  1. le fumier est rare – donc précieux – et devait être réservé aux parcelles demandant le plus d’attention, jardins et clos attenant aux habitations ;

  2. les moyens de transport et l’énergie nécessaire à leur mise en œuvre, n’autorisaient pas un épandage de fumure à grande échelle ou en des lieux trop éloignés des centres d’exploitation.

Ainsi, concernant l’Antiquité, M. Mazoyer et L. Roudart limitent cette pratique au fumage des jardins car « les quantités de foin et de fumier que l’on pouvait transporter de main d’homme ou à dos d’animal étaient forcément réduites » [92]  Ibid. [92] . Cette affirmation est toutefois contredite par la littérature agronomique elle-même, qui parle bien d’épandage de fumier dans les champs [93]  « In agrum » dans Varron, De l’Agriculture, i, 13. [93] , et pour les céréales [94]  « Segelibus », dans Columelle, De l’Agriculture, ii,... [94] . De plus, quelques observations sur les pratiques culturales de sociétés traditionnelles en Afrique, montrant qu’il est possible de transporter de la fumure sur d’assez longues distances à l’aide de quelques techniques rudimentaires, nous invitent à nuancer cette affirmation. La pratique des Bwabas, peuple du sud-est du Burkina Faso, qui consiste à faire sécher le fumier animal issu des étables, laisse supposer un transport relativement aisé avec des charges plus légères que celles que l’on imagine avec du fumier humide. Ce fumier peut être associé au terreau constitué de tous les détritus de la maison [95]  Sautter, 1993, p. 449. [95] et il est généralement transporté dans des corbeilles à compost. En Haute-Volta (confins du Mali, Burkina Faso et du Niger), quand ils vont travailler leurs terres, les Minyanka emmènent les fumures qu’ils épandent régulièrement sur les terrains laissés en jachère. Au Ghana, chez les Molo-Dagbane, la fumure est transportée régulièrement sur les terres, en saison sèche [96]  Ibid., p. 450. [96] .

63

Quels que soient la régularité de la pratique et le mode de transport utilisé, la fumure concerne certes en priorité les jardins et les cultures jardinées qui sont proches de l’habitat (moins d’un kilomètre), mais pas exclusivement : des champs plus éloignés peuvent recevoir du fumier dans un rayon de 1 à 2 km du village [97]  Nuninger, 2002, p. 162, d’après Lebeau, 2000, p. 110-111... [97] . Ce transport par petites quantités régulières, qui est d’ailleurs celui attesté par les textes des agronomes latins, les sources iconographiques antiques (sur brancards) ou médiévales (par hottes) déjà citées, autorise donc un fumage de parcelles pouvant être assez éloignées de l’habitat-source.

Quels apports à la connaissance de l’espace rural ?

64

Compte tenu des arguments développés ci-dessus, nous considérons que l’essentiel du mobilier récolté hors site témoigne d’anciennes pratiques d’amendement agraire. De ce fait, l’étude de la répartition spatio-temporelle de ces épandages permet de cerner plusieurs phénomènes. Dans une approche synchronique, la répartition spatiale du mobilier hors site autorise une mesure de l’emprise des espaces amendés, de leurs relations avec les sites habités et de leur localisation préférentielle. Dans la diachronie, cette répartition permet de percevoir les processus d’extension ou de rétraction des espaces amendés, leurs déplacements au cours du temps et l’identification d’espaces de stabilité ou d’instabilité agraire. Bien sûr, ces interprétations doivent rester prudentes et respectueuses des nombreuses limites qui les encadrent, dont nous développons l’essentiel plus bas (cf. infra).Voyons maintenant quelques exemples des contributions de ce type d’analyse à l’histoire des espaces ruraux.

65

Les premières études prenant en compte le mobilier hors site de prospection avaient pour but la définition des zones d’exploitation de sites urbains moyen-orientaux du premier millénaire avant notre ère [98]  Wilkinson, 1982 et 1989. [98] . L’idée était de dépasser les hypothèses du site catchment pour évaluer l’aire d’influence de ces établissements et caractériser leurs ressources potentielles. Les halos de mobilier autorisent la localisation des aires cultivées, ou encore la cartographie des ressources en eau. L’identification de ces épandages permet également de tester la validité du modèle concentrique des activités agricoles, en observant la décroissance de la densité de mobilier avec l’augmentation de la distance. Ces observations permettent enfin de corréler la hiérarchie des sites à l’intensité et à l’ampleur de la mise en valeur agraire qu’ils contrôlent, les épandages autour des tells s’étendant jusqu’à cinq ou six km alors que ceux autour des sites moindres n’excèdent pas un km [99]  Id., 1994 ; Wilkinson et Tucker, 1995. [99] .

66

Dans sa thèse portant sur le peuplement et les territoires proto-historiques du viiie au ier siècle avant J.-C. en Languedoc oriental (Gard, Hérault), L. Nuninger analyse les tessons récoltés hors site dans le but de modéliser les finages protohistoriques selon un pas de temps séculaire qui repose sur une estimation statistique [100]  Nuninger, 2002 et 2003. [100] . Considérant que la zone d’infield – c’est-à-dire la zone de culture – peut être modélisée en associant toutes les zones d’épandage dans un espace homogène, et partant de l’hypothèse qu’il n’y a pas de vide inexpliqué dans cette zone d’infield, l’auteur a choisi de restituer son contour avec l’application d’un espace tampon de 200 m autour de chaque zone d’épandage, elle-même sélectionnée en fonction d’une distance raisonnée à un établissement archéologique. La spatialisation des épandages et la modélisation des finages cultivés révèlent une structuration progressive de l’espace exploité. Très morcelée au premier Âge du Fer, la mise en valeur de l’espace tend à s’homogénéiser avec des zones d’épandage dense agglomérées autour de l’habitat à partir du iie siècle avant J.-C. (Figure 5). Cette évolution semble s’accompagner d’une évolution dans les pratiques agraires avec un investissement croissant des communautés dans la préparation et la gestion de leur terre, notamment des travaux de terrassement et de drainage [101]  Id., 2002, p. 180-184. [101] .

 - Figure 5Figure 5

Confrontation des réseaux théoriques d’habitats par modèle gravitaire et finages restitués en Vaunage (Gard)

Source : Nuninger et Bertoncello, 2010.
67

À un niveau d’organisation plus restreint, Franco Cambi propose d’évaluer l’emprise territoriale de la propriété du sénateur romain Visellius en Italie du sud, à partir du mobilier hors site [102]  Cambi, 2000. [102] . Sa démonstration s’appuie sur le constat d’une forte polarisation des espaces habités au cours du premier siècle de notre ère, au milieu de campagnes largement inexploitées. L’hypothèse de Cambi est que, si l’impact de la production organisée par Visellius a été très fort, il a néanmoins été limité à une période maximale de cinquante ans, suivie d’un déclin et d’un abandon relativement rapide des structures qui rendent possible l’identification des limites de cette propriété. Le repérage d’un halo de mobilier hors site englobant d’autres installations telles qu’une villa, des tombes et des aires de stockage permet à l’auteur de dessiner les contours de la propriété du sénateur Visellius, ou tout au moins de sa partie cultivée et amendée.

68

D’une autre façon, dans son étude des pratiques agraires médiévales en Roussillon, Carole Puig utilise la répartition des épandages agraires afin, d’une part, d’identifier des changements d’occupation du sol et, d’autre part, pour repérer des changements de statut de la terre [103]  Puig, 2003. [103] . En effet, un transect de prospection traversant un ancien étang permet, par exemple, de fournir un terminus ante quem à l’assèchement et la mise en culture de la cuvette par la collecte de mobilier céramique des xie-xiiie siècles, confirmée par les dates d’assèchement des étangs alentour mentionnées dans les sources écrites. Le croisement de toponymes dérivés de condamina (désignant des terres seigneuriales faisant l’objet de cultures intensives) à la datation du mobilier d’épandage récolté permet de préciser le phénomène de rétrocession et de division de ces riches terres seigneuriales à des tenanciers à partir de la seconde moitié du xiiie siècle, alors que disparaît également toute trace d’amendement. Pour la même période, R. Jones propose également d’interpréter les différences de densité de mobilier hors site comme les « signatures » de différents régimes agraires dépendants du statut de la terre. Les seigneurs ayant le pouvoir de requérir le pacage des troupeaux, leurs domaines disposaient potentiellement de plus grandes quantités de fumure directe que les terres roturières, les rendant moins sensibles à la nécessité de recueillir et d’épandre les déchets domestiques [104]  Jones, 2004. [104] .

69

Enfin, dans sa thèse portant également sur une surface réduite (quelques dizaines de kilomètres carrés), Nicolas Poirier étudie dans la longue durée la dynamique des points de peuplement et de leurs espaces agraires associés documentés par le mobilier hors site de prospection [105]  Poirier 2007; 2010a. [105] . L’utilisation d’indicateurs statistiques de tendance centrale que sont les barycentres et les ellipses de déviation standard permet de modéliser la trajectoire spatio-temporelle des espaces amendés où alternent des phases d’extension et des phases de rétraction de l’espace agraire (Figure 6). Les choix d’implantation de ces espaces montrent un investissement progressif des contextes environnementaux les moins favorables (pentes plus fortes et sols plus lourds).

 - Figure 6Figure 6

Dynamique spatiale des épandages agraires de la protohistoire au xxe siècle dans la région de Sancergues (Cher)

Source : Poirier, 2010a, carte 36, p.165

Les limites de l’interprétation

70

La localisation des espaces amendés ne fournit qu’une estimation minimale des superficies effectivement exploitées (Figure 7). En effet, la chaîne d’inférence que nous proposons pour expliquer la découverte de mobilier hors site conduit à restituer un certain nombre de conditions nécessaires à cette présence, représentées par la branche bleue de la figure 7.

 - Figure 7Figure 7

Espace agraire, amendement des sols et traces archéologiques : chaîne d’inférence conditionnant la présence ou non de mobilier hors site

71

La présence de mobilier hors site n’éclaire donc qu’une partie du finage dédiée à l’agriculture, sur des sols où l’amendement était nécessaire pour obtenir une récolte satisfaisante, où un amendement organique a été épandu, constitué de fumier d’animaux évoluant à proximité de l’habitat pendant une période suffisante à l’accumulation de matériau. En sus de ces conditions, cette présence est encore conditionnée par un certain nombre de filtres liés à la quantité de céramique en circulation aux différentes périodes, à la gestion des déchets et à la quantité de bétail disponible.

72

L’absence de mobilier hors site ne permet donc pas de conclure que les espaces en question n’étaient pas cultivés, mais ouvre un éventail de possibles entre lesquels il n’est pas possible de trancher :

  • soit effectivement ces espaces n’ont pas été mis en culture (forêt, prairie) ;

  • soit ils ont été mis en culture sans qu’aucun amendement n’ait été nécessaire ;

  • soit encore un amendement de type minéral (chaux, marne) ou organique végétal (tourbe, feuillages) a été utilisé ;

  • soit enfin une fumure sans que des vestiges mobiliers n’y aient été incorporés du fait du mode de gestion des déchets, en raison de la localisation des bâtiments de stabulation ou encore du fait d’une trop faible quantité de céramique en usage à la période concernée.

Toutes ces questions se posent en prospection dans une même aire culturelle et pour la période antique où la question de la quantité de céramique en usage ne se pose pas. En effet, si la présence de tessons hors site correspondant à de l’épandage agraire est clairement attestée dans la région de Bibracte, son absence l’est également dans la région de Mirebeau-sur-Bèze (Côte-d’Or), tout comme dans la région de Noyer-sur-Serein (Yonne) [106]  Information orale : P. Nouvel, L. Nuninger. [106] . Or ces régions ne sont pas dépourvues en établissements agricoles et l’absence d’épandage ne peut s’expliquer que par d’autres pratiques sans amendement ou d’autres modes d’amendement.

73

Ces remarques soulignent la nécessité de croiser un maximum d’informations et d’étudier d’un même élan la distribution des établissements agraires, des épandages et des espaces inter-épandages (c’est-à-dire sans tessons hors site) pour tenter de comprendre les modes d’exploitation et de gestion des terres d’une micro-région, sans être tenté de plaquer un discours théorique fondé sur de fragiles arguments, comme par exemple l’absence proclamée ou l’indigence des moyens de transport qui interdirait le déplacement de la fumure au-delà des jardins.

74

Une autre limite de cette interprétation du mobilier hors site réside dans notre capacité à développer des comparaisons entre différentes zones étudiées à des périodes ou par des équipes différentes, dont les divergences de méthode de collecte entravent la perception de tendances communes ou, au contraire, de particularismes locaux au sein des pratiques agraires. Cette comparaison est néanmoins primordiale pour que les études archéologiques micro-régionales dépassent le simple intérêt monographique et puissent être mises en relation pour bâtir des modèles de développement agraire dans la longue durée et dans différents contextes géographiques. Ces obstacles ont notamment été relevés et analysés en détail par M. Given dans une contribution récente [107]  Given, 2004. [107] .

75

Le premier écueil sérieux réside dans les procédures de terrain adoptées par les différentes équipes de prospection. Si l’on souhaite comparer des densités de mobilier par exemple, il faut pouvoir pondérer ou corriger les valeurs obtenues en fonction de la maille d’échantillonnage, déterminée notamment par l’écartement entre les prospecteurs qui peut varier de 5 à 30 m selon les équipes.

76

Un autre problème concerne la forme des publications archéologiques qui fournissent rarement les données de base ayant servi à l’analyse, les interprétations finales étant généralement les seules publiées. Il est alors impossible de procéder à un retour critique sur l’élaboration des données et réaliser de nouveaux calculs si l’on souhaite, par exemple, pondérer des valeurs de densité.

77

Quand bien même ces données de base seraient accessibles et publiées, la variabilité des conditions des différents terrains constitue un handicap majeur dans la mesure où la visibilité des artefacts rend difficile toute comparaison. La qualité de cette visibilité dépend bien entendu de la couverture du sol au moment de la prospection mais aussi de l’humidité du sol à ce même moment, qui joue un rôle essentiel dans la détection des vestiges. Bien entendu, la plupart des projets de prospection prévoient l’enregistrement sur le terrain de la qualité de la visibilité par chaque responsable d’équipe, de manière à écarter de l’analyse les zones dotées des plus faibles scores ou, plus largement, pour corriger les densités de mobilier observées en tenant compte de cette visibilité différentielle. Mais il est indéniable que cette évaluation même, et la correction des densités observées, introduit une part de subjectivité importante qui nuit à la comparabilité directe des données.

78

Les capacités de datation du mobilier varient également d’une période à l’autre, mais aussi d’une zone à l’autre. La plupart du temps, ce type de mobilier est essentiellement composé de petits fragments et ne peut être daté que selon des phases chronologiques très larges de l’ordre de trois à cinq siècles.

79

Les conditions géomorphologiques locales doivent enfin être clairement décrites et prises en compte avant toute comparaison de plusieurs jeux de données, dans la mesure où des phénomènes de colluvionnement ou d’alluvionnement, tout comme des transports récents de sols peuvent conduire à dégrader ou masquer la répartition initiale du mobilier hors site.

80

Pour autant, nous estimons qu’il ne faut pas renoncer à développer une approche comparative de ces données de prospection, mais simplement définir le niveau approprié de comparaison, y compris du point de vue quantitatif. Par exemple, M. Millett a proposé des pistes pour développer une telle approche comparative tenant compte des biais que peut comporter la variabilité des procédures de terrain ou des capacités de datation du mobilier [108]  Millett, 2000. [108] . Il propose notamment de ne pas comparer des valeurs brutes de densités de tessons, mais plutôt de hiérarchiser les sites ou les zones d’épandage en utilisant l’écart que présente leur valeur à la densité moyenne de mobilier de la même période sur l’ensemble de la surface prospectée, ou encore la part que représente tel site ou telle zone d’épandage dans le stock total du type de céramique considéré, récolté sur l’ensemble de la zone d’étude. Cette élaboration d’indicateurs relatifs est certainement à privilégier pour réaliser des comparaisons interrégionales fiables. C’est une de celles que nous exploitons dans le cadre du programme d’anr Archaedyn [109]  Projet anr-08-blan-0157, mshe C.N. Ledoux usr 3124,... [109] dont l’un des groupes de travail est dédié aux épandages agraires [110]  Atelier 1 de l’anr Archaedyn coordonné par N. Poirier... [110] . Nous y développons des estimateurs de la durabilité de l’occupation agraire documentée par des prospections pédestres réalisées en Touraine, Berry, Languedoc et Var.

81

*

82

Il apparaît ainsi que parmi les différentes techniques d’amendement agraire, organiques ou minérales, l’épandage de fumier collecté dans les étables est la plus susceptible de laisser des vestiges matériels dans les parcelles amendées par l’incorporation à ces fumiers de déchets domestiques parmi lesquels les tessons de poterie fournissent d’excellents marqueurs archéologiques. Les sources écrites que constituent les textes des agronomes latins, largement transmis et adaptés tout au long du Moyen Âge, témoignent de la continuité de cette pratique. Les actes médiévaux et modernes fournissent également des preuves de l’attention portée au fumier. Des sources iconographiques plus rares (mosaïques et enluminures) attestent pareillement du transport du fumier depuis les étables jusqu’aux terres cultivées. Il se trouve surtout que l’incorporation de déchets domestiques aux matières épandues était non seulement logique du fait de l’organisation spatiale et du fonctionnement des établissements agricoles anciens, mais encore encouragée et préconisée par la littérature agronomique. Des observations archéologiques récentes, comme la fouille de fosses à fumier ou de paléosols cultivés contenant des tessons démontrent la réalité de cette incorporation, qu’elle ait été consciente ou non. Ainsi, nous pouvons considérer, à la suite de nos collègues anglo-saxons, que la majorité des tessons récoltés hors site à l’occasion des opérations de prospection au sol sont les témoins directs de la pratique de l’épandage de fumures. Cette interprétation n’est toutefois pas systématique puisqu’il convient de démontrer que d’autres phénomènes taphonomiques locaux ne sont pas à l’origine de la dispersion des artefacts collectés, tels que des transports par alluvionnement, colluvionnement ou du fait de perturbations anthropiques.

83

L’identification de ces épandages agraires livre une information importante dans la continuité de l’espace aménagé par les sociétés anciennes et permet ainsi de dépasser l’approche centrée sur les seuls habitats qui est souvent celle de l’archéologie spatiale. Leur cartographie autorise la caractérisation de l’espace effectivement mis en valeur par un site émetteur, ce qui constitue un progrès par rapport à la démarche théorique et statique du site catchment. Il est alors possible d’aborder les questions liées à la variation de la pression agraire sur le milieu [111]  Poirier, 2010b. [111] , la continuité ou la discontinuité de l’exploitation, voire les changements du statut de la terre ou la mise en évidence de limites territoriales anciennes.

84

Cette démarche se heurte toutefois à un certain nombre de limites dans la mesure où les seuls espaces ayant nécessité un amendement agraire sont pris en compte, à l’exclusion des autres formes de mise en valeur ayant pu exister sans laisser la moindre trace archéologique. Il s’agit donc d’une estimation minimale des espaces cultivés qui invite à multiplier les sources d’information documentant un même espace (sources écrites médiévales et modernes, données planimétriques modernes, données paléoenvironnementales) afin d’évaluer la représentativité de l’information archéologique de surface et de compléter le tableau des espaces effectivement cultivés, en particulier grâce à la modélisation spatiale.

85

Le développement d’une démarche comparative permettra de bâtir, à partir de ces données de prospection, des modèles de développement territoriaux dépassant l’intérêt premier des études de cas micro-régionales en distinguant les tendances communes des particularismes locaux dans la trajectoire des espaces ruraux anciens. Si cette tentative d’élaboration d’un cadre comparatif est rendue délicate par l’hétérogénéité des méthodologies de terrain, des capacités de datation ou des contextes géomorphologiques locaux, elle doit pourtant être poursuivie. Nous proposons par exemple la définition d’estimateurs relatifs, et non pas absolus, permettant d’évaluer la durabilité de l’occupation agraire, mais aussi l’utilisation d’indicateurs de statistiques spatiales pour mesurer la mobilité et les phases d’extension ou de rétraction de l’occupation du sol, ou encore d’explorer la voie de la modélisation graphique (chrono-chorématique) telle qu’elle a déjà été mise en œuvre sur le milieu urbain [112]  Boissavit-Camus et al., 2005. [112] . Cette approche permet de comparer des trajectoires territoriales en se fondant sur des interprétations finales et non sur des données brutes trop hétérogènes pour être directement comparées. Si ce type de modélisation est courant pour restituer l’histoire récente d’espaces ruraux [113]  Maigrot, 2007 et 2010. [113] , elle mérite d’être appliquée à des périodes plus anciennes par la mobilisation d’autres sources historiques et archéologiques. Enfin, une dernière piste pour mieux identifier les types de pratique et mieux comprendre leur impact éventuel d’un point de vue dynamique, serait de mener en parallèle des plans d’expériences à l’aide de modèles de simulation multi-agents, à l’instar de ce qui a récemment été développé pour la Mésopotamie [114]  Altaweel, 2008. [114] . La confrontation des résultats simulés à l’ensemble de nos référentiels archéologiques devrait permettre de sélectionner les scénarios les plus probables pour expliquer chaque trajectoire.

86

Bien qu’indigente, la documentation hors site livrée par la prospection s’avère précieuse et riche d’enseignements dès lors qu’elle est traitée avec les outils d’analyse appropriés. De ce point de vue, les méthodes de modélisation spatiale ouvrent des perspectives pour faire progresser notre connaissance des sociétés rurales anciennes.


Bibliographie

  • Altaweel, Mark, « Investigating agricultural sustainability and strategies in northern Mesopotamia: results produced using a socio-ecological modeling approach », Journal of Archaeological Science, 35, 2008, p. 821-835.
  • Bakels, Corrie, « The beginnings of manuring in Western Europe », Antiquity, 71, 1997, p. 442-445.
  • Barral, Henri, Tiogo (Haute-Volta). Atlas des Structures agraires au sud du Sahara, vol. 2, Mouton/Maison des Sciences de l’Homme, Paris-La Haye, 1968.
  • Berger, Jean-François, Favory, François, Odiot, Thierry, et Zannier, Marie-Pierre, « Pédologie et agrologie antique dans le Tricastin central (Drôme-Vaucluse), d’après les textes agronomiques et épigraphiques latins et les données géoarchéologiques », in Burnouf, J. et al. (éd.), La Dynamique des paysages protohistoriques, antiques, médiévaux et modernes, Actes des XVIIe Rencontres d’Antibes, Sophia-Antipolis, 1997, p. 127-154.
  • Berger, Jean-François, et al., Temps et espaces de l’homme en société, analyses et modèles spatiaux en archéologie, actes des xxve rencontres internationales d’archéologie et d’histoire d’Antibes, 21-23 octobre 2004, Antibes, apdca, 2005.
  • Beutler, Corinne, « Vers une lecture scientifique de la littérature agricole du xvie siècle », Histoire et Sociétés Rurales, 3, 1er semestre 1995, p. 224-230.
  • Bintliff, John, et Snodgrass, Anthony « Off-site potery distributions: A regional and interregional perspective », Current Anthropology, 29(3), 1988, p. 506-513.
  • Bintliff, John, et al., «Trace metal accumulation in soils on and around ancient settlements in Greece », in Bottema, Sytse (éd.), Man’s Role in the Shaping of the Eastern Mediterranean Landscape: Proceedings of the Symposium on the Impact of Ancient Man on the Landscape of the E Med Region & the Near East: Groningen, March 1989, Rotterdam, AA Balkema, 1990, p. 159-172.
  • Blume, Hans-Peter, et Leinweber, Peter, « Plaggen Soils: landscape history, properties, and classification », Journal of Plant Nutrition and Soil Science, 167(3), 2004, p. 319-327.
  • Boissavit-Camus, Brigitte, et al., « Chrono-chorématique urbaine : figurer l’espace-temps des villes », in Berger et al. (éd.), 2005, p. 67-80.
  • Boissinot, Philippe, et Brochier, Jacques-Élie, « Pour une archéologie du champ », in Chouquer, Gérard (éd.), Les Formes des paysages, t. 3, L’analyse des systèmes spatiaux, Paris, Errance, 1997, p. 35-56.
  • Boissinot, Philippe, « À la trace des paysages agraires. L’archéologie des façons culturales en France », Études Rurales, La très longue durée, 153-154, 2000, consulté le 27 décembre 2010 : http://etudesrurales.revues.org/document2.html.
  • Brunel, Ghislain, « Entre concessio et conventio. Le vocabulaire du prélèvement seigneurial en France du Nord (xiie-xive siècles) », in Bourin, M., et Martinez Sopena, P. (éd.), Pour une Anthropologie du prélèvement seigneurial dans les campagnes (XIe-XIVe siècles). Réalités et représentations paysannes (Colloque tenu à Jaca du 5 au 9 juin 2002), Paris, Publications de la Sorbonne, 2004, p. 109-136.
  • Cambi, Franco, « Pottery and territory: a tormented relationship », in Francovitch, R., Patterson, H., et Barker, G. (éd.), The Archaeology of mediterranean landscape : Extracting meaning from ploughsoil assemblages, Oxford, Oxbow Books, 2000, p. 174-184.
  • Chabal, Lucie, Forêts et sociétés en Languedoc (Néolithique final, Antiquité tardive), l’anthracologie, méthode et paléoécologie, Paris, Maison des Sciences de l’Homme de Paris, daf, 1997.
  • Ciezar-Epailly, L., et Gonzalez, V., « Les villae de Seine-Maritime : première approche », in Actes de la table ronde archéologique, Dieppe, 17-18 septembre 1996, Proximus, 1998, p. 85-96.
  • Clark, Robert, et Schofield, A.J., « By experiment and calibration: An integrated approach to archaeology of the ploughsoil », in Schofield, A. J. (éd.), Interpreting Artefact Scatters: Contributions to ploughzone archaeology, Oxford, Oxbow Monograph, 1991, p. 93-105.
  • Comet, Georges, « Les calendriers médiévaux, une représentation du monde », Journal des savants, 1992, p. 35-98.
  • Delatouche, Robert, « Regards sur l’agriculture aux temps carolingiens », Journal des savants, 1977, p. 73-100.
  • Entwistle, Jane, Abraham, Peter, et Dogshon, Robert, « Multi element analysis of soils from scottish historical sites. Interpreting land use history through the physical and geochemical analysis of soils », Journal of archaeological science, 25, 1998, p.53-68 ;
    — « The geoarchaeological significance and spatial variability of a range of physical and chemical soil properties from a former habitation site, isle of Skye », Journal of archaeological science, 27, 2000, p.287-303.
  • Fales, Frederick Mario, « The rural landscape of the Neo-Assyrian Empire », State Archives of Assyria Bulletin, 4, 2, 1990, p. 81-142.
  • Favory, François, et Fiches, Jean-Luc (éd.), Les Campagnes de la France méditerranéenne dans l’Antiquité et le haut Moyen Âge. Études micro-régionales, Paris, daf n°42, 1994.
  • Favory, François, Parodi, Anne, Poupet, Pierre, et Raynaud, Claude, « Lunel-Vieil et son territoire », in Favory et Fiches (éd.), 1994, p. 163-245.
  • Fentress, Elizabeth, « What are we counting for ? », in Francovitch, R., Patterson, H., et Barker, G. (éd.), The Archaeology of mediterranean landscape : Extracting meaning from ploughsoil assemblages Extracting meaning from ploughsoil assemblages, Oxford, Oxbow Books, 2000, p. 44-52.
  • Ferdière, Alain, et Rialland, Yannick, « La prospection archéologique systématique sur le tracé de l’autoroute a 71 (section Bourges-sud du Cher). lre partie », Revue archéologique du Centre de la France, 33, 1994, p. 7-86 ;
    — « La prospection archéologique systématique sur le tracé de l’autoroute a 71 (section Bourges-sud du Cher). 2e partie », Revue archéologique du Centre de la France, 34, 1995, p. 5-87 ;
    — La prospection archéologique systématique sur le tracé de l’autoroute a 71 (section Bourges-sud du Cher). 3e partie », Revue archéologique du Centre de la France, 35, 1996, p. 5-65.
  • Ferdière, Alain, et Zadora-Rio, Élisabeth, La prospection archéologiquePaysage et peuplementActes de la table ronde des 14 et 15 mai 1982, Paris, daf n°3, 1986.
  • Fiches, Jean-Luc, et Van Der Leeuw, Sander, Archéologie et espaces, Xe Rencontres Internationales d’Archéologie et d’Histoire, Antibes, Octobre 1989, Antibes, apdca, 1990.
  • Foard, Glenn, « Systematic fieldwalking and the investigation of saxon settlement in Northamptonshire », World Archaeology, 9(3), 1978, p. 357-374.
  • Gaffney, Chris, et Gaffney, Vince, « Some quantitative approaches to site territory and land use from the surface record », in Bintliff, J. L., Davidson, D. A., et Grant, G. (éd.), Conceptual issues in environmental archaeology, Edinburgh, Edinburgh University Press, 1988, p. 82-90.
  • Gallant, Thomas, « “Background noise” and site definition: a contribution to survey methodology », Journal of Field Archaeology, 13 (4), 1986, p. 403-418.
  • Garmy, Pierre, et Monteil, Martial, Le Quartier antique des Bénédictins à Nîmes (Gard): découvertes anciennes et fouilles, 1966-1992, Paris, daf, 2000.
  • Georges-Leroy, Murielle, Bock, Jérôme, Dambrine, Étienne, et Dupouey, Jean-Luc, « Le massif forestier, objet pertinent pour la recherche archéologique. L’exemple du massif forestier de Haye (Meurthe-et-Moselle) », Revue Géographique de l’Est, 49 (2-3), 2009, mis en ligne le 07 octobre 2010, consulté le 31 janvier 2012 : http://rge.revues.org/1931
  • Given, Michael, « Mapping and manuring : can we compare sherd density figures ? », in S. E. Alcock, Susan, et Cherry, John (éd.), Side-by-side Survey: comparative regional studies in the mediterranean world, Oxford, Oxbow Books, 2004, p. 13-21.
  • Grand, Roger, et Delatouche, Robert, L’Agriculture au Moyen Âge : de la fin de l’Empire Romain au XVIe siècle, Paris, de Boccard, 1950.
  • Guilaine, Jean, Pour une Archéologie agraire, Paris, 1991.
  • Hubbe, Alicia, et al., « Évidence of plaggen soils in European North Russia (Arkhangelsk region) », Journal of Plant Nutrition and Soil Science, 170 (3), 2007, p. 329-334.
  • Hugonie, Gérard, « Site », Hypergéo, http://www.hypergeo.eu/article.php3?id_article=366
  • Jones, Richard, « Signatures in the soil: The use of pottery in manure scatters in the identification of medieval arable farming regimes », The Archaeological Journal, 161, 2004, p. 159-188.
  • Jung, Cécile, Compan, Michel, et Figueiral, Isabelle, « Les cultures et les pratiques agricoles antiques dans la cité de Béziers : L’exemple de la viticulture et de l’arboriculture sur l’autoroute A75 (Pézenas-Béziers, Hérault) », in The Territory and its ressources, Studies on the rural world in the Roman period, Universitat de Girona, 4, 2008, p. 85-97.
  • Kenward, Harry, et Hall, Allan, « Enhancing bioarchaeological interpretation using indicator groups : Stable manure as a paradigm », Journal of archaeological science, 24 (7), 1997, p. 663-673.
  • Lachiver, Marcel, Dictionnaire du monde rural. Les mots du passé, Paris, Fayard, 1997.
  • Lebeau, René, Les Grands types de structure agraire dans le monde, Paris, Armand Colin, « coll. U Géographie », 2000.
  • Linderholm, Johan, et Lundberg, Erik, « Chemical characterization of various archaeological soil samples using main and trace elements determined by inductively coupled plasma atomic emission spectrometry », Journal of archaeological science, 21, 1994, p. 303-314.
  • Maigrot, Jean-Louis, « Modélisation de l’évolution d’un finage, du rural au périurbain (Montagne bourguignonne) », Mappemonde, 85, 200, http://mappemonde.mgm.fr/num13/articles/art07101.html ;
    —, « Un finage dans la longue durée: Saint-Martin-du-Mont (Côte-d’Or) », Mappemonde, 98, 2010, http://mappemonde.mgm.fr/num26/articles/art10204.html.
  • Mane, Perrine, « L’iconographie des manuscrits du Traité d’agriculture de Pier’de Crescenzi », Mélanges de l’Ecole française de Rome. Moyen Âge, Temps modernes, 97 (2), 1985, p. 727–818.
  • Marcilhacy, Christiane, « Émile Zola, ‘historien’ des paysans beaucerons », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 12(4), 1957, p. 573-586.
  • Mazoyer, Marcel, et Roudart, Laurence, Histoire des agricultures du monde, du Néolithique à la crise contemporaine, Paris, Le Seuil, 1997.
  • Millett, Martin, « Dating, quantifying and utilizing pottery assemblages from surface survey », in Francovitch, R., Patterson, H., et Barker, G. (éd.), The Archaeology of mediterranean landscape : Extracting meaning from ploughsoil assemblages, Oxford, Oxbow Books, 2000, p. 53-59.
  • Monnet, Catherine, L’Évacuation des déchets en milieu urbain au bas Moyen Âge, l’exemple des fosses à fond perdu de la cour Napoléon du Louvre à Paris (XIII-XVe s.) et mesures diverses pour assainir les villes, Louvain-la-neuve, 1992.
  • Monteil, Martial, Nîmes antique et sa proche campagne. Étude de topographie urbaine et périurbaine (fin VIe s. av. J-C../VIe s. ap. J.-C.), Monographies d’Archéologie Méditerranéenne, 3, 1999.
    et al., « Culture de la vigne et traces de plantation des iie s. et ier s. av. J.-C. dans la proche campagne de Nîmes (Gard, France) », Revue archéologique de Narbonnaise, 32, 1999, p. 67-123.
  • Moreau, Anne, Du Tesson au système territorial : une approche multiscalaire de l’occupation du sol dans la vallée de la Vienne autour de l’Île-Bouchard (Indre-et-Loire), thèse de doctorat, Université François-Rabelais, Tours, 2008, http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00340878/fr/
  • Neil Rimmington, James, « Soil geochemistry and artefact scatters in Beotia, Greece », in Pasquinucci, M., et Trément, F. (éd.), The Archaeology of mediterranean landscape : Non-destructive techniques applied to landscape archaeology, Oxford, Oxbow Books, 2000, p. 190-199.
  • Nuninger, Laure, « Exploitation et spatialisation des indices protohistoriques épars en Vaunage (Gard), viiie-ier s. av. J.-C. », in Favory, F., et Vignot, A. (éd.), Actualités de la recherche en Histoire et archéologie agraires: actes du colloque ager v, 19-20 septembre 2000, Besançon, Presses Universitaires Franc-Comtoises, 2003, p. 365-375 ;
    —, Peuplement et territoires protohistoriques du 8e au 1er s. av. J.-C. en Languedoc oriental (Gard, Hérault), Besançon, Université de Franche-Comté, 2002, http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00002981/fr/ ;
    —, et Bertoncello, Frédérique, « From Archaeological Sherds to Qualitative Information for Settlement Pattern Studies », in Niccolucci, F., et Hermon, S. (éd.), Beyond the artefactDigital Interpretation of the Past - Proceedings of caa2004 - Prato 13-17 April 2004, Budapest, Archaeolingua, 2010, http://hal-unice.archives-ouvertes.fr/halshs-00077361/ ;
    —, et Raynaud, Claude, « La Vaunage (Gard) à l’âge du fer : questions de méthode et de traitement de la documentation archéologique », in Mauné, S. (éd.), Recherches récentes sur les établissements ruraux prothistoriques en Gaule méridionale (ixe-iiie siècle avant J.-C.), Montagnac, Monique Mergoil, « Protohistoire Européenne, 2 », 1998, p. 9-28.
  • Ouzoulias, Pierre, L’Économie agraire de la Gaule : aperçus historiographiques et perspectives archéologiques, Thèse de doctorat, Université de Franche-Comté, Besançon, 2006.
  • Pape, J., « Plaggen soils in the Netherlands », Geoderma, 4(3), 1970, p.229-255.
  • Poirier, Nicolas, Un Espace rural en Berry dans la longue durée : expérience de micro-analyse des dynamiques spatio-temporelles du paysage et du peuplement dans la région de Sancergues (Cher), thèse de doctorat, Université François-Rabelais, Tours, 2007, http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00212332/fr/ ;
    —, et Tolle, Florian, « Measurements of Diachronic Stability of Agrarian Exploitation », in Posluschny, A., Karsten, L., et Herzog, I. (éd.), Layers of Perception. Proceedings of the 35th Computer Applications and Quantitative Methods in Archaeology Conference, Berlin, Germany, April 2-6, 2007 (Kolloquien zur Vor-und Frühgeschichte, vol. 10), Bonn, Habelt, cd-rom, 2008 ;
    —, et al., « The time-space dynamics of agricultural areas from Antiquity to Modern times », in Gandini, C., Favory, F., et Nuninger, L. (éd.), 7 millenia of territorial dynamics : settlement pattern, production and trades, from Neolithic to Middle Ages, Dijon, 23-25 juin 2008, Besançon, 2008, p. 81-94 ;
    —, « La dynamique du peuplement et des espaces agraires médiévaux en Berry : propositions pour une évaluation de l’opportunisme des sociétés anciennes », Archéologie Médiévale, 40, 2010a, p.15-32 ;
    —, Un Espace rural à la loupe : paysage, peuplement et territoires en Berry de la Préhistoire à nos jours, Tours, Presses Universitaires François-Rabelais, 2010b.
  • Poirot, Agatha, « Neuvy-le-Roi (Indre-et-Loire), depuis ses origines jusqu’au xixe siècle », Revue archéologique du Centre de la France, 37, 1998, p.139-178.
  • Puig, Carole, « Du fumier à l’épandage, enrichir le sol en Rousillon entre les xie et xive siècles ap. J.-C. », in Favory, F., et Vignot, A. (éd.), Actualités de la recherche en Histoire et archéologie agraires: actes du colloque ager v, 19-20 septembre 2000, Besançon, Presses Universitaires Franc-Comtoises, 2003, p. 67-78.
  • Raepsaet, Georges, Attelages et techniques de transport dans le monde gréco-romain, Bruxelles, Timperman, 2002, 312 p.
  • Raynaud, Claude, « Archéologie du paysage autour de l’Étang de l’Or (Hérault), choix, contraintes et méthode de prospection», Archéologie en Languedoc, 2-3, 1989, p. 59-83 ;
    —, «De la prospection à la fouille, et retour…Us et abus de la prospection méthodique : une expérience languedocienne», Homo Faber, 2-1, 1998, p. 7-13 ;
    —, «Territoire et peuplement en France, de l’Âge du Fer au Moyen Âge. L’archéologie spatiale à la croisée des chemins », in Bintliff, J. (éd.), The Future of surface artefact survey in Europe, Actes du Colloque de Riga, Oxford, 2000, p. 57-71 ;
    —, Archéologie d’un village languedocien : Lunel-Viel (Hérault) du Ier au xviiie s., Lattes, adalr « Monographies d’Archéologie Méditerranéennes, 22 », 2007, 407 p.
  • Rémy, Gérard, Yobri (Haute-Volta). Atlas des Structures agraires au sud du Sahara, vol. 1, Paris-La Haye, Mouton/Maison des Sciences de l’Homme, 1967.
  • Reynolds, Peter, « Sherd movement in the ploughzone-physical data base into computer simulation », in Rahtz, S. (éd.), Computer and Quantitative Methods in Archaeology, Oxford, 1988, p. 201-219.
  • Robin, Paul, « ‘De la terre à fumer pour inviter la plante à s’accroître, graisse et vertu’ : une lecture de la nutrition dans le Théâtre d’Agriculture d’Olivier de Serres », Bulletin de l’Association d’étude sur l’Humanisme, la Réforme et la Renaissance, 50(1), 2000, p. 21-44.
  • Rodier, Xavier, « L’archéologue et la carte », Mappemonde, 83(3), 2006, http://mappemonde.mgm.fr/num11/index.html.
  • Ruas, Marie-Pierre, et Marinval, Philippe, « Alimentation végétale et agriculture d’après les semences archéologiques (de 9000 av. J.-C. au 15e siècle) », in Guilaine, J. (éd.), Pour une Archéologie agraire, Paris, Armand Colin, 1991, p. 409-439.
  • Serres (de), Olivier, Le Théâtre d’agriculture et mesnage des champs, (1600), Arles, Actes Sud, 1996.
  • Sautter, Gilles, Parcours d’un géographe. Des paysages aux ethnies, de la brousse à la ville, de l’Afrique au monde, Paris, Arguments, 1993.
  • Troels-Smith, John, « Stall-feeding and field-manuring in Switzerland about 6000 years ago », Tools and Tillage, 5(1), 1984, p. 13-25.
  • Vannière, Boris, « Les microcharbons : indicateur paléoenvironnemental de l’anthropisation - Exemple d’étude en contexte alluvial (Vierzon, Cher) », Favory, F., et Vignot, A. (éd.), Actualités de la recherche en Histoire et archéologie agraires: actes du colloque ager v, 19-20 septembre 2000, Besançon, Presses Universitaires Franc-Comtoises, 2003, p. 283-296.
  • Viader, Roland, «Tenures et contrats agraires dans le sud de la France (xe-xve siècles) », in Contratti agrari e rapporti di lavoro nell’Europa medievale, 2006, p. 225-250.
  • Virlogueux, Yvan, Rotillon, Sylvain, et Jeudy, Françoise, « L’établissement rural gaulois de Chevigny-Saint-Sauveur (Côte-d’Or) : les installations à vocation agropastorale », in Fichtl, Stephan (éd.), Dossier : « Hiérarchie de l’habitat rural dans le Nord-Est de la Gaule à la Tène moyenne et finale », Archeologia Mosellana, 6, 2005, p. 288-291.
  • Wilkinson, Tony, « The definition of ancient manured zones by means of extensive sherd-sampling techniques », Journal of Field Archaeology, 9(3), 1982, p. 323–333 ;
    —, « Extensive sherd scatters and land-use intensity: some recent results », Journal of Field Archaeology, 16(1), 1989, p. 31-46 ;
    —, « Development and Early Land Use in the Jazira Region, Upper Mesopotamia », World Archaeology, 22(1), 1990, p. 87-103.
    —, « The structure and dynamics of dry-farming states in Upper Mesopotamia », Current Anthropology, 35(5), 1994, p. 483-520.
    —, et Tucker, D., « Settlement Development in the North Jazira », in Iraq: A Study of the Archaeological Landscape (Iraq Archaeological Reports 3), Warminster, Aris & Philips Ltd, 1995.
    —, On the margin of the Euphrates. Settlement and land use at Tell es-Sureyhat and in the upper lake Assad area, Syria, Chicago, The University of Chicago Oriental Institute Publications, vol. 124, 2004.
  • Zola, Émile, La Terre, Paris, 1887.
  • Zougmoré, Robert, et Zida, Zacharie, Rapport d’activités de recherche-développement dans le cadre du ps-ces/agf dans le Plateau Central (Inera-département grn/sp). Campagne 1999. inera-ucp, 2000, 50 p.

Notes

[1]

Fiches et Van Der Leeuw, 1990.

[2]

Berger et al., 2005 ; Rodier, 2006.

[3]

Hugonie, 2010.

[4]

Guilaine, 1991.

[5]

Ferdière et Zadora-Rio, 1986.

[6]

Wilkinson, 1982 et 1989 ; Bintliff et al., 1988 ; Bakels, 1997.

[7]

Raynaud, 1989.

[8]

Favory et al., 1994, p. 194-199.

[9]

Mazoyer et Roudart, 1997, p. 57.

[10]

Pape, 1970 ; Blume et Leinweber, 2004 ; Hubbe et al., 2007.

[11]

Mazoyer et Roudart, 1997, p. 223.

[12]

Wilkinson, 1990 ; Georges-Leroy et al., 2009.

[13]

Fales, 1990, p. 119.

[14]

Wilkinson, 2004, p. 72-73, 172.

[15]

Ruas et Marinval 1991, p. 436.

[16]

Vannière, 2003.

[17]

Sautter, 1993, p. 462.

[18]

Chabal, 1997, p. 117-118.

[19]

Ferdière et Zadora-Rio, 1986 ; Ferdière et Rialland, 1994, 1995 et 1996 ; Favory et al., 1994 ; Favory et Fiches, 1994 ; Poirot, 1998 ; Poirier, 2010a.

[20]

Chant xvii, 271-314.

[21]

Caton, Économie Rurale, v.

[22]

Ibid., xi.

[23]

Varron, Res rusticae, i, 38, 3.

[24]

« Petits tas de fumier disposés dans les champs à intervalles égaux et qu’on épand avant le labourage » : Lachiver, 1997, p. 833.

[25]

Columelle, De l’Agriculture, ii, 5.

[26]

Pline l’Ancien, Histoire naturelle, xviii, 53.

[27]

Berger et al., 1997.

[28]

Ouzoulias, 2006, p. 185, n. 109 ; Raepsaet, 2002, p. 277.

[29]

Fiche technique n°4, in Zougmore et Zida, 2000, p. 2.

[30]

Il s’agit d’un cent au sens de 100 kg, ce qui fait 1400 kg divisés par 4 (un poids de marc équivalent à 1/2 livre), soit les 350 kg.

[31]

Ouzoulias, 2006, p. 185.

[32]

Comet, 1992, p. 84.

[33]

Seneshaucy, rédigé vers 1276 ; Husbandry rédigé par Walter of Henley.

[34]

Delatouche, 1977, p. 81.

[35]

Puig, 2003.

[36]

Monnet, 1992.

[37]

Trésor des Chartes, reg. ciiii, n.196, cité par Grand et Delatouche, 1950, p. 267.

[38]

Viader, 2006 ; Brunel, 2004.

[39]

Delatouche, 1977, p. 81.

[40]

Mane, 1985.

[41]

Serres, 1996, p. 97.

[42]

Robin, 2000, p. 36.

[43]

Beutler, 1995, p. 224-230.

[44]

Cité par Robin, 2000, p. 25.

[45]

Cité par Robin, 2000, p. 25.

[46]

Marcilhacy, 1957.

[47]

Varron, Res rusticae, i, 13.

[48]

Mane, 1985, p. 736.

[49]

Caton, Économie Rurale, xxxix.

[50]

Columelle, De l’agriculture, ii, 14.

[51]

Tacite, Origine et territoire des Germains, dit La Germanie, xvi, 3. Traduction nouvelle avec notes de Danielle De Clercq, Bruxelles, 2003.

[52]

Fleta, ii, 73 cité par Grand et Delatouche, 1950, p. 267.

[53]

« balieure » est l’orthographe ancienne de « balayure » attestée dès 1387-1388 (http://www.cnrtl.fr/etymologie/balayure) et désigne donc les « ordures ramassées avec le balai ».

[54]

Les « cossats » sont ce qui reste après le battage des pois, des fèves ou des haricots pour en extraire la graine (http://littre.reverso.net/dictionnaire-francais/definition/cossat).

[55]

Zola, 1887, p. 368.

[56]

Puig, 2003, p. 68.

[57]

Job, i, 2, 8.

[58]

Par exemple Ciezar-Épailly et Gonzalez, 1998.

[59]

Boissinot, 2000.

[60]

Monteil et al., 1999 ; Monteil, 1999, p. 130-132, 274, 276, 313, fig. 276 ; Garmy et Monteil, 2000, p. 35-38.

[61]

Raynaud, 2007, p. 59–63.

[62]

Jung et al., 2008, p. 92–94.

[63]

Virlogueux, Rotillon et Jeudy, 2005, p. 288-291.

[64]

Wilkinson, 2004, p. 67 et 73.

[65]

Bakels, 1997, p. 442-444.

[66]

Troels-Smith, 1984, p. 22-23.

[67]

Boissinot et Brochier, 1997.

[68]

Entwistle, Abraham et Dogshon, 1998, p. 54.

[69]

Bintliff, Davies et Gaffney, 1990, p. 11 ; Entwistle, Abraham et Dogshon, 1998, p. 66 ; Linderholm et Lundberg, 1994, p. 310.

[70]

Bintliff, Davies et Gaffney, 1990, p. 12.

[71]

Neil Rimmington, 2000.

[72]

Entwistle, Abraham et Dogshon, 2000, p. 300 ; Georges-Leroy, Bock, Dambrine et Dupouey, 2009, p. 29-31.

[73]

Entwistle, Abraham et Dogshon, 1998, p. 64.

[74]

Poirier, 2010a, p. 97.

[75]

Kenward et Hall, 1997.

[76]

Foard, 1978.

[77]

Wilkinson, 1982 et 1989 ; Bintliff et Snodgrass, 1988.

[78]

Gallant, 1986.

[79]

À l’exception dès les années 1980 de Gaffney, 1988.

[80]

Favory, Parodi, Poupet et Raynaud, 1994 ; Nuninger, 2002 ; Nuninger et Berton-cello, 2010 ; Jones, 2004.

[81]

Fentress, 2000, p. 47.

[82]

Bintliff et Snodgrass, 1988.

[83]

Raynaud, 2000.

[84]

Nuninger, 2002, p. 160.

[85]

Moreau, 2008, p. 112.

[86]

Ibid., p. 113.

[87]

Reynolds, 1988.

[88]

Clark et Schofield, 1991.

[89]

Ferdière et Rialland, 1995.

[90]

Raynaud, 1998.

[91]

Nuninger et Raynaud, 1998.

[92]

Ibid.

[93]

« In agrum » dans Varron, De l’Agriculture, i, 13.

[94]

« Segelibus », dans Columelle, De l’Agriculture, ii, 14.

[95]

Sautter, 1993, p. 449.

[96]

Ibid., p. 450.

[97]

Nuninger, 2002, p. 162, d’après Lebeau, 2000, p. 110-111 ; Sauter, 1993, p. 448-451 ; Remy, 1967, p. 38, 67 et cartes ; Barral, 1968, p. 29.

[98]

Wilkinson, 1982 et 1989.

[99]

Id., 1994 ; Wilkinson et Tucker, 1995.

[100]

Nuninger, 2002 et 2003.

[101]

Id., 2002, p. 180-184.

[102]

Cambi, 2000.

[103]

Puig, 2003.

[104]

Jones, 2004.

[105]

Poirier 2007; 2010a.

[106]

Information orale : P. Nouvel, L. Nuninger.

[107]

Given, 2004.

[108]

Millett, 2000.

[109]

Projet anr-08-blan-0157, mshe C.N. Ledoux usr 3124, 2009-2011, coordonné par F. Favory et L. Nuninger.

[110]

Atelier 1 de l’anr Archaedyn coordonné par N. Poirier et M. Georges-Leroy.

[111]

Poirier, 2010b.

[112]

Boissavit-Camus et al., 2005.

[113]

Maigrot, 2007 et 2010.

[114]

Altaweel, 2008.

Résumé

Français

Depuis les années 1970, l’archéologie a connu un élargissement constant de ses champs d’investigation, déplaçant notamment son intérêt du site au territoire. Alors que les praticiens anglo-saxons développaient un intérêt pour les vestiges récoltés « hors site » en prospection, généralement interprétés comme vestiges de l’épandage de fumier, le contexte scientifique français n’a que peu mobilisé ces éléments dans les études d’occupation du sol. L’objectif de cet article est donc de replacer la pratique de la fumure dans le cadre plus large des opérations d’amendement agraire et de leurs corrélats matériels. Le recours aux sources littéraires, aux données de fouilles et aux données iconographiques permet de s’assurer que la pratique de l’épandage de fumier, auquel ont été incorporés des déchets domestiques, conduit à la récolte de tessons de poterie hors site. L’identification de ces épandages agraires permet d’aborder les questions liées à la variation de la pression agraire sur le milieu.

Mots-clés

  • amendement agraire
  • archéologie spatiale
  • prospection
  • fumure
  • mobilier hors site
  • espace agraire

English

Ever since the 1970s, archaeology continuously enlarged its fields of inquiries, most notably moving away from site-based studies into territorial approaches. While Anglo-American specialists have started to focus on material gathered « off-site » during surveys and generally interpreted as traces of manure application, French scientific teams made little use of this type of element in their studies of land use. The present article thus aims at replacing the practice of manuring in the wider context of soil improving operations and their material traces. Using literary sources, and data from archaeological digs and from iconographical sources, one can prove that the practice of applying manure in which household waste was included leads to the off-site harvesting of pottery shards. Identifying these agrarian manuring episodes is particularly useful when dealing with the issues linked to the evolution of agrarian pressure on the ecosystem.

Keywords

  • agrarian soil improvement
  • space archaeology
  • archaeological survey
  • manuring
  • off-site archaeological material
  • agrarian spaces

Español

ResumenDesde los años 1970, la arqueología ha vivido un constante ensanchamiento de sus campos de investigación, sobre todo al desplazar su centro de interés del sitio al territorio. Cuando los investigadores anglo-sajones desarrollaban su interés hacia los objetos encontrados “fuera del sitio” que prospectaban, los cuales interpretaban como vestigios de esparcimiento de estiércol, los arqueólogos franceses los utilizaron poco en los estudios de ocupación del suelo. El objetivo de este trabajo es, pues, colocar la práctica de estercolar en el marco más ancho de las operaciones de abono y de sus vestigios materiales. La utilización de fuentes literarias, de datos de excavaciones y de fuentes iconográficas permite constatar que el esparcimiento del estiércol, al cual se incorporaban basuras domésticas, se traduce por la cosecha de cascos de barro “fuera del sitio”. Identificar estos esparcimientos de abono permite en particular tratar cuestiones relacionadas con las variaciones de la presión agraria sobre el campo.

Palabras claves

  • abono
  • arqueología espacial
  • prospección
  • estiércol
  • vestigios fuera de sitio
  • espacio agrario

Plan de l'article

  1. Pourquoi et comment amender le sol ? Avec quels corollaires archéologiques ?
    1. L’amendement minéral
    2. L’amendement organique
    3. Le recours au fumage des terres cultivées : une pratique attestée depuis l’Antiquité
    4. Dans l’Antiquité
    5. Au Moyen Âge
    6. Époque moderne et contemporaine
  2. Des déchets domestiques pouvaient être incorporés à la fumure
    1. Proximité entre habitat et étables
    2. Recommandations des agronomes
    3. Observations archéologiques, géochimiques et textes de la pratique
  3. Utiliser le mobilier hors site comme marqueur des espaces amendés
    1. Une interprétation ancienne mais toujours discutée
    2. Quels apports à la connaissance de l’espace rural ?
    3. Les limites de l’interprétation

Pour citer cet article

Poirier Nicolas, Nuninger Laure, « Techniques d'amendement agraire et témoins matériels. Pour une approche archéologique des espaces agraires anciens», Histoire & Sociétés Rurales 2/2012 (Vol. 38) , p. 11-50
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2012-2-page-11.htm.


Article précédent Pages 11 - 50 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback