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Histoire & Sociétés Rurales

2012/2 (Vol. 38)


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François-Yves Besnard, Un Prêtre en révolution. Souvenirs d’un nonagénaire, texte préparé et annoté par Martine Taroni, Rennes, pur, 2011, 399 p.

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Au moment où l’historiographie la plus récente renouvelle largement l’intérêt scientifique porté aux écrits du « for privé », cette publication vient à point nommé. Martine Taroni a établi la transcription intégrale d’un manuscrit déjà publié au xixe siècle, mais dont bon nombre des aspects avaient été passés sous silence. Nous disposons donc enfin d’une version fidèle à l’original. Elle répond ainsi au souhait de l’auteur qui avait prévu de dévoiler à ses contemporains le parcours d’une longue existence remplie d’épisodes des plus mouvementés.

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François-Yves Besnard (1752-1842) naît au sein d’une famille angevine de la paysannerie aisée. Son père occupe les fonctions de fermier général du prieuré de l’abbaye de Saint-Aubin. Il s’agit d’un domaine qui s’étend sur 160 ha de bonnes terres labourables, de prés, de bois ou encore de vignes. Cette position sociale conduit tout naturellement le jeune François-Yves à suivre notamment des études au collège oratorien d’Angers. Entré au séminaire diocésain, il est également étudiant à l’université où il obtient le grade de docteur en théologie. Ordonné prêtre, il reçoit en 1780 le bénéfice curial de la paroisse de Nouans, située dans le pays manceau. On découvre un curé, administrateur sage et compétent, dévoué à sa communauté. Il correspond au portrait d’un homme utile aux autres, toujours prompt à faire partager à ses fidèles les derniers progrès survenus en matière d’agronomie.

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Le prêtre est aussi très attentif aux auteurs de son temps. Il connaît les penseurs que sont Rousseau ou Volney, qu’il fréquente personnellement pour ce qui concerne ce dernier. Au moment de se déterminer pour ou contre la Constitution civile du clergé, il choisit de prêter serment en conscience. Élu curé constitutionnel de Saint-Laud, l’une des paroisses d’Angers, il n’occupe sa nouvelle charge qu’une quinzaine de jours seulement. En effet, lassé de l’hostilité de ses nouveaux paroissiens, il regagne Nouans. En 1793, il finit par abdiquer de son état de prêtre. Mais, il faut attendre la période du Directoire pour le voir jouer un rôle politique. Après avoir été nommé membre du jury de l’école centrale du département de la Sarthe, il devient maire du Mans en septembre 1797, pour finir par se retrouver à la tête de l’administration départementale entre mai 1798 et mai 1799. Tout comme dans ses fonctions curiales, on retrouve un homme soucieux de la chose publique. Ces considérations le conduisent à être un acteur attentif à la bonne marche des affaires dont il a la charge, en matière de police, d’éducation ou de politiquer culturelle. Ayant renoncé à la vie publique au début du Consulat, on le retrouve à Fontevraud puis à Paris. Désormais, et jusqu’à sa mort, ses travaux d’écriture, son goût pour l’arboriculture ou encore la botanique, occupent le plus clair de ses journées.

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François-Yves Besnard est un fin observateur de la société qui l’environne. Son sens de la description est particulièrement aigu. En outre, les qualités littéraires de l’auteur ne sont pas à négliger. Un aspect qui rend ces mémoires fort agréables à consulter. Au total, ceux-ci offrent de nombreuses clés de lecture de la société d’Ancien Régime. On mesure ainsi pleinement l’utilité de telles entreprises éditoriales. Les perspectives de recherches ouvertes par l’exploitation des journaux personnels et autres livres de raison ne sont plus à prouver. Source précieuse pour le chercheur, il n’est pas aisé pour le recenseur d’en rendre compte. Mais, le lecteur aura compris qu’en se plongeant dans ce livre, il apprendra beaucoup sur les ressorts de la vie sociale, religieuse ou politique des dernières décennies du xviiie siècle ou de l’époque révolutionnaire.

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L’ouvrage est soigné. Il comporte notamment un cahier d’illustrations (portraits de l’auteur, généalogie familiale, gravures et photographies des lieux qui ont jalonné sa vie…), ainsi qu’un index des noms propres. Dans son introduction, M. Taroni s’intéresse aux principaux apports du texte en mettant l’accent sur l’univers familial du mémorialiste, son état de prêtre « aux prises avec la Révolution », ses engagements au sein de l’administration du département de la Sarthe. Il apparaît ainsi tout à la fois, comme un homme proche des Lumières, mais également comme un acteur controversé du mouvement révolutionnaire. Cependant, l’appareil critique est parfois trop léger. Certains personnages ou situations auraient mérité de plus amples explications. Par ailleurs, il aurait été utile de confronter ces souvenirs avec d’autres écrits du même type. Mais des contraintes éditoriales ne le permettaient peut-être pas. Le lecteur plus curieux pourra toujours se référer à la thèse de doctorat de l’auteur.

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Stéphane Gomis

Alain Laurans, Répertoire numérique des sous-séries 1 u, 2 u, 3 u. Les fonds de la préfecture, du tribunal criminel, de la cour d’assises et des tribunaux de première instance, 1800-1958, Mende, Conseil général de la Lozère, 2011, 420 p.

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Alain Laurans, attaché de conservation du patrimoine aux archives départementales de la Lozère, après avoir élaboré et publié, en 2005, le répertoire de la sous-série 3 q, poursuit ici son œuvre d’amélioration du classement et de mise à disposition des fonds lozériens contemporains au public. Les archives judiciaires sont donc à l’honneur, les sous-séries 1 u, 2 u et 3 u prolongeant le répertoire de la série B, médiévale et surtout, moderne, publié voici longtemps.

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Après une préface et une introduction très générales, la bibliographie, riche et utilisée, fait la part belle aux ouvrages locaux, ainsi qu’à des sources complémentaires, qui ont été consultées jusqu’au plus petit échelon : le E-dépôt (p. 13-26) : on pressent, déjà, l’ampleur du travail de classement et d’analyse, patiemment menés par Alain Laurans. Le reste du répertoire ne fait que confirmer cette première impression. Il est divisé en trois parties de taille inégale, en fonction de l’abondance, variable et inflationniste, des fonds conservés.

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La sous-série 1 u présente les 4,70 m de documents formant les archives de la préfecture et de ses bureaux (p. 49-62). Ce service assumait un rôle non négligeable dans la structuration de la Justice, par la gestion du personnel judiciaire mais aussi, par celle de l’établissement des listes de jury criminel. Nomination des avoués ou des huissiers, rémunération des juges de paix, étapes de la formation du jury jusqu’au jour du procès d’assises : voici quelques exemples, bien connus, de la fonction judiciaire qu’endossaient les services de la préfecture, facilitant ainsi le travail de la Justice, dans tous ses ressorts de compétence.

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La sous-série 2 u, plus fournie (31 m linéaires), aborde directement cette question de l’exercice quotidien de la Justice dans le département, par la présentation des fonds du tribunal criminel et de la cour d’assises, installés à Mende (p. 163-165). Les dossiers de procédure criminelle, très nombreux, pour révéler l’histoire des crimes en Lozère, n’en témoignent pas moins du fonctionnement de la Justice dans un petit département rural, dès le début du xixe siècle.

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La sous-série 3 u opère un changement d’échelle, en nous rapprochant plus encore du territoire quotidien des justiciables (162,20 m linéaires). Elle livre les fonds des tribunaux de première instance de Florac (3 u 1), Marvejols (3 u 2) et Mende (3 u 3), qui ont été alimentés par les archives des tribunaux civils jugeant commercialement, des tribunaux pour enfants, des tribunaux des pensions, des commissions des dommages de guerre, mais aussi de juridictions moins bien connues : les tribunaux paritaires des baux ruraux et ceux d’expropriation (p. 167-342). Tout le fonctionnement des justices de paix des 24 cantons de la Lozère, celui des trois tribunaux civils et correctionnels, leurs relations mutuelles, ainsi que celles des personnels, l’exercice de la Loi auprès de la population : l’abondance du fond montre l’importance quotidienne de la Justice dans tous les aspects de la vie des Lozériens. Prenons la sous-série 3 u 1 et les procédures instruites par le juge de Florac (3 u 1/628 à 935). Toute la litanie des délits s’y décline : coups et blessures, escroquerie à la conscription, rébellion à la force armée, exercice illégal de l’art de l’accouchement, chasse sans permis, outrages par paroles, abus de confiance, attentat à la pudeur, etc. C’est le portrait bien vivant, sous une pluie de micro-événements délictueux, d’un petit département rural, trop vite présenté sous ces trois mots lapidaires, qu’il devient possible de dresser, désormais, pour l’époque contemporaine, grâce à ces archives judiciaires, jusque-là fort mal classées et par conséquent, assez peu comprises et exploitées.

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C’est sur ce point, précisément, que le répertoire d’Alain Laurans retient l’attention. L’auteur nous livre, pour chacune des juridictions représentées dans ces trois sous-séries, une petite introduction, qu’on peut qualifier, sans détours et au sens noble, d’historique (p. 49-56, 63-88, 167-186). En 41 pages, certes dispersées en raison de la nature de ce répertoire, tout est dit d’un siècle et demi d’histoire de l’institution judiciaire en Lozère, dans toute sa complexité organisationnelle, que l’auteur sait démêler et présenter avec beaucoup de pédagogie. Outre une belle iconographie, qui résume à elle seule l’histoire des lieux, des personnels et de leur travail, certains schémas explicatifs (p. 67-68, 78, 86, 172) forcent l’admiration et montrent à quel point Alain Laurans a su s’immerger dans la masse documentaire qu’il reclassait, pour appliquer, ensuite, un regard distancié à son objet d’étude. Ces 41 pages, qui apportent tant à la Lozère, dépassent, de loin, le cadre de ce seul territoire. L’exposé donne aux autres départements du pays un excellent modèle de ce qu’était l’exercice de la Justice dans la France des années 1800-1950. Il mériterait de former un tout unique, qui, nettoyé des indispensables considérations archivistiques exposées ici, constituerait un excellent article de fond pour toute revue historique nationale.

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Ces jalons solides posés, tout le matériau existe donc pour faire écho à la belle thèse de Jean-François Deloustal sur la centralisation napoléonienne dans ce département, soutenue en 2006 (La Centralisation napoléonienne en Lozère, 1799-1815. « Une colonie à 2000 lieues de la métropole », thèse d’histoire réalisée sous la direction de Jean Tulard, ParisIV-Sorbonne, 2 vol., 935 p.) et aux travaux d’Yves Pourcher. Le renouvellement actuel des répertoires et la mise à disposition d’un site internet refondu (http://archives.lozere.fr/), avec une abondante documentation en ligne, enfin devenue très simple d’accès, appelle, avec force, les chercheurs vers ces hautes terres. Demeurées si singulières, à beaucoup d’égards, à travers l’époque moderne et contemporaine, à l’intérieur de la province de Languedoc et du Languedoc-Roussillon, elles ne demandent qu’à voir l’histoire de leur singularité analysée, comprise et écrite. C’est une réussite d’Alain Laurans de le faire ressentir, au-delà de ce qui semble constituer un simple instrument de recherche, à travers la publication de ce répertoire. Sa présence dans les rayonnages des bibliothèques et des institutions semble donc particulièrement souhaitable.

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Bruno Jaudon

Titres recensés

  1. François-Yves Besnard, Un Prêtre en révolution. Souvenirs d’un nonagénaire, texte préparé et annoté par Martine Taroni, Rennes, pur, 2011, 399 p.
  2. Alain Laurans, Répertoire numérique des sous-séries 1 u, 2 u, 3 u. Les fonds de la préfecture, du tribunal criminel, de la cour d’assises et des tribunaux de première instance, 1800-1958, Mende, Conseil général de la Lozère, 2011, 420 p.

Pour citer cet article

« Instruments de Travail », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2012 (Vol. 38), p. 253-256.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2012-2-page-253.htm


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