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Histoire & Sociétés Rurales

2012/2 (Vol. 38)


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Journées d’études internationales de Pierrefort, 27 et 28 septembre 2012. Rencontre interdisciplinaire sur le thème des « Activités humaines en moyenne et haute montagnes, au Moyen Âge et à l’Époque moderne »

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Les 27 et 28 septembre 2012, vingt-huit ans après le colloque organisé à Clermont-Ferrand par Abel Poitrineau sur l’élevage et la vie pastorale dans les montagnes européennes, l’Auvergne a de nouveau été le lieu d’une rencontre scientifique entre des spécialistes des montagnes.

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Historiens, mais aussi archéologues et paléoenvironnementalistes étaient cette fois présents au rendez-vous organisé par Violaine Nicolas, doctorante en histoire à l’université de Caen (crhq-umr 6583, Pôle Rural) et Frédéric Surmely, conservateur du patrimoine au sra Auvergne. Dans un climat d’interdisciplinarité et d’échanges, les chercheurs français, espagnols, suisses, italiens et croates ont confronté leurs approches, leurs méthodes et leurs résultats autour d’un thème fédérateur : « Les activités humaines en moyenne et haute montagne, au Moyen Âge et à l’époque moderne ». Cette fois-ci, c’est au plus proche du secteur d’étude de Violaine Nicolas que les participants se sont réunis, dans les villages de Malbo et de Pierrefort, en plein cœur du massif cantalien, sur la planèze méridionale du Plomb du Cantal. L’accueil du grand public a également contribué à cet ancrage au niveau local.

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Mais la principale particularité de cette rencontre a résidé dans sa forme. La manifestation s’est déroulée en trois phases. La première matinée a été consacrée à de rapides présentations individuelles de la trentaine de chercheurs invités. L’après-midi, l’assemblée a réalisé une excursion dans les montagnes et a profité d’une visite commentée des principaux sites archéologiques médiévaux et modernes mis au jour par les archéologues du programme collectif de recherches du sra Auvergne (dir. Yannick Miras et Frédéric Surmely de 2000 à 2010, Violaine Nicolas depuis 2011) intitulé « Premières traces d’anthropisation et évolution des activités agropastorales révélées par l’analyse pollinique des zones humides, corrélées aux données archéologiques ». La seconde journée, quant à elle, a été entièrement consacrée aux débats, avec la mise en place d’une table ronde divisée en deux sessions. La première a porté sur la détermination des types d’activités pratiqués en montagne, et la seconde, sur les phases de mutations économiques, architecturales et environnementales observables depuis le début du Moyen Âge. Sous la présidence de Christine Rendu (laboratoire framespa-umr 5136) puis de Jean-Marc Moriceau (laboratoire crhq-umr 6583, Pôle Rural), les deux séances ont été rythmées par des discussions animées, axées sur des questions ciblées en amont par les organisateurs.

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La diversité des profils professionnels et des méthodologies mises en œuvre dans les différents projets de recherches est ressortie très nettement des présentations, dès le début de la rencontre. Les nouvelles technologies, qu’elles soient informatiques ou paléo-environnementales ne cessent de progresser et fournissent toujours de nouvelles données à l’historien qui peut les réutiliser. Néanmoins, comme l’a souligné Jean-Marc Moriceau, les échelles chronologiques ne sont pas les mêmes d’une discipline à l’autre, ce qui cause parfois des problèmes de corrélation des résultats. Par ailleurs, la matinée de présentations a permis de se rappeler que la notion de montagne recouvre de nombreuses réalités, d’un point de vue environnemental mais aussi culturel et démographique.

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Après le repas, les chercheurs se sont rendus sur la montagne de Ryssergues (Malbo) où le temps agité a donné à l’assemblée un aperçu des rigueurs du climat montagnard cantalien. Après la visite d’un buron datable du xviie ou xviiie siècle, les chercheurs ont pénétré dans un hameau médiéval déserté, situé à 1 300 m d’altitude, constitué de cinq structures maçonnées, dont deux ont été sondées et datées des environs du xe siècle.

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Le groupe s’est ensuite rendu sur la montagne de Peyre (Lacapelle-Barrès), située entre 1100 et 1150 m d’altitude, où leur a été présentée la tourbière qui a permis au palynologue Yannick Miras (laboratoire Géolab, Clermont-Ferrand) de reconstituer l’évolution des paysages sur cette montagne depuis le Néolithique jusqu’aux derniers grands défrichements de l’époque moderne, liés au développement de l’élevage extensif.

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Plusieurs exemples d’anciens abris saisonniers utilisés lors des phases de mise en place puis d’expansion du système d’estive ont également été présentés. Le groupe a pu avoir un aperçu de l’évolution architecturale des montagnes pastorales, depuis les structures entièrement bâties en matériaux périssables entre les xive et xvie siècles, jusqu’aux édifices maçonnés des xve-xviie siècles. L’après-midi s’est terminée par une présentation, par Frédéric Surmely, de quelques exemples de tertres, probablement anciennes structures d’épierrement liées aux pratiques agricoles ou pastorales.

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La seconde journée, entièrement consacrée aux débats, s’est déroulée dans la toute récente salle de spectacle de Pierrefort. La première session, intitulée « Un toit, des murs et des travailleurs en montagne – Caractérisation des activités et des aménagements qui leur sont associés, au sein de l’espace montagnard » a commencé, sous les offices de Christine Rendu, par une discussion sur la délicate question des méthodes de datation et des discordances qui existent entre les disciplines au niveau de la résolution chronologique. Christine Rendu et Isabelle Jeoffroy-Bapicot (laboratoire Chrono-environnement-umr 6249) se sont penchés sur les méthodes d’analyse des paléoenvironnementalistes, confrontés à des datations toujours imprécises. Puis les archéologues, Sébastien Gaime (inrap), Frédéric Surmely et Violaine Nicolas ont présenté quelques techniques possibles de datation de structures, notamment à partir de carporestes, et par termoluminescence sur des tessons.

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S’en est suivi un débat animé entre Jean-Marc Moriceau, Gabriel Servera (laboratoire Géolab-umr 6042), Sébastien Gaime et Kresimir Raguz (université de Zagreb) sur le véritable intérêt de multiplier systématiquement les datations sur un site archéologique et sur les difficultés techniques et financières que cela implique. Puis Yannick Miras et l’archéologue Dominique Allios (université de Rennes 2) se sont interrogés sur les problèmes lexicologiques liés au rattachement des différentes phases paysagères observées par les palynologues à des divisions historiques connues.

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La matinée s’est poursuivie par une discussion entre archéologues et historiens sur les possibilités de croiser les sources relatives à la structure foncière. En partant des observations de Violaine Nicolas sur la répartition des sites archéologiques dans les montagnes cantaliennes, une discussion s’est engagée sur l’apport des archives pour comprendre l’évolution du parcellaire. Marc Conesa, puis Jean-Marc Moriceau lors de leur intervention ont commencé par rappeler la nécessité de bien distinguer le foncier et l’usage, puis ont cité quelques biais possibles pour connaître l’évolution du compartimentage du sol à l’époque moderne. Que ce soit sous l’angle juridique ou financier, l’historien est confronté à certaines limites, qui varient selon les régions, pour étudier les rapports sociaux relatifs au partage de la terre. Pierre Dubuis (universités de Lausanne et de Genève), à son tour, a présenté le corpus de sources dont il avait bénéficié pour étudier les questions d’appropriation du sol dans le Valais, et les conclusions auquel il avait abouti.

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Après ces considérations purement historiques, Frédéric Surmely et Dominique Allios sont revenus sur quelques questions induites par l’archéologie, en comparant la répartition des sites d’époque moderne dans le Cantal et dans le Puy-de-Dôme. Marco Cassioli (Universités de Rennes et de Turin), pour finir, a présenté les types de structures pastorales visibles en Ligurie.

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Dans la suite logique des premiers débats, la thématique de l’après-midi était plutôt centrée sur les « rythmes de l’évolution des activités en montagne, à travers une approche économique, sociale et écologique ». Le président de séance, Jean-Marc Moriceau, a d’abord interrogé les chercheurs sur leurs méthodes de recherche pour palier le déséquilibre des sources entre les périodes. Marta Florez (post-doctorante à la msh de Clermont-Ferrand) a souligné l’intérêt en archéologie des étapes préliminaires de collecte de données avant la phase de sondage. Une discussion a ensuite eu lieu entre Jean-Michel Poisson (ehess et laboratoire ciham-umr 5648), Violaine Nicolas et Marc Conesa sur l’intérêt et les limites de l’utilisation des cadastres dits « napoléoniens » (plans et matrices) dans l’étude des paysages, notamment par leur intégration dans un sig.

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S’en est suivi un débat entre Kresimir Raguz et Jean-Marc Moriceau sur les représentations mentales qui découlent de l’étude de ces cartes et des données statistiques en général. Pour le premier, la subjectivité des acteurs de la vie rurale est toujours plus proche de la réalité que l’objectivité des données scientifiques. Elle constitue de ce fait la meilleure contribution à la reconstitution de carte mentale que se font les populations de leur territoire. Jean-Marc Moriceau, lui, a rappelé la nécessité d’analyser les sources écrites pour comprendre les sociétés du passé, différentes à de nombreux égards des sociétés actuelles. À l’appui de ces propos, Christine Rendu est intervenue pour souligner les travers de certains géographes du xxe siècle, qui, dans leur approche très ethnographique du monde rural, faisaient fi des discontinuités historiques.

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Dans un second temps, le président de séance a recentré les débats sur des questions plus concrètes, en premier lieu la détermination du bétail selon les périodes. Yannick Miras et Yolanda Llergo ont d’abord évoqué l’intérêt de la paléogénétique et ont également signalé qu’un référentiel de bio-indicateurs découverts dans les excréments était actuellement en train de se mettre en place, en collaboration avec d’autres laboratoires. Christine Rendu, quant à elle, a mentionné des études réalisées sur des sphérolithes (petites concrétions siliceuses formées dans l’estomac des moutons et des chèvres) et sur des lames minces laissant apparaître des excréments fossilisés de façon litée. En l’absence d’os découverts dans la plupart des zones de montagnes, il reste difficile de déterminer les espèces de bétail élevé, avant l’apparition de textes suffisamment précis, vers la fin du Moyen Âge. Jean-Marc Moriceau a néanmoins rappelé l’intérêt des données archéozoologiques qui attestent de manière générale une physionomie plus petite qu’aujourd’hui des animaux, avec des oscillations possibles selon les périodes.

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Jean-Marc Moriceau a ensuite orienté le débat sur les causes de variations des activités économiques au sein de l’espace pastoral. Dominique Allios a d’abord présenté les caractéristiques de l’étagement des activités dans le Sancy. Marc Conesa a alors souligné les différences existant avec la Cerdagne où l’étagement n’est pas linéaire mais se fait sous forme d’îlots de cultures temporaires. Il a également décrit les grandes phases démographiques et économiques observables depuis la fin du xve siècle. Puis la comparaison a été faite avec le Cantal et enfin avec le Valais, étudié par Pierre Dubuis. Selon les régions, les facteurs de mutations économiques, lorsqu’ils peuvent être perçus, ne sont pas les mêmes. Les chercheurs se sont interrogés ensemble sur le rôle de l’État et sur les conséquences de la fiscalité, des crises démographiques, des lois du marché, mais aussi des changements climatiques dans les différents secteurs de recherche.

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C’est sur cette discussion que le président de séance a dû clôturer la rencontre. Frédéric Surmely et Violaine Nicolas ont ensuite renouvelé leurs remerciements envers l’ensemble des chercheurs présents et tous les membres partenaires de l’organisation de ce rassemblement, en particulier les communes de Malbo et Pierrefort, la Société des Lettres, Sciences et Arts de la Haute-Auvergne (dir. Vincent Flauraud), ainsi que le Conseil Général du Cantal et les ministères de la Culture et de l’Éducation nationale. Ils ont enfin exprimé leur satisfaction pour la réussite de cet évènement qui a permis de fructueux échanges dans une ambiance chaleureuse et résolument interdisciplinaire.

Titres recensés

  1. Journées d’études internationales de Pierrefort, 27 et 28 septembre 2012. Rencontre interdisciplinaire sur le thème des « Activités humaines en moyenne et haute montagnes, au Moyen Âge et à l’Époque moderne »

Pour citer cet article

Nicolas Violaine, « Colloques et Journees d'études », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2012 (Vol. 38), p. 256-260.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2012-2-page-256.htm


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