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Histoire & Sociétés Rurales

2012/2 (Vol. 38)


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Revenons ici sur des questions traitées par le passé et un peu oubliées. Soit, d’une part la reconstruction après les guerres anglaises dites « Guerre de Cent Ans » et, d’autre part, la constitution d’unités d’exploitations agricoles d’une certaine taille, les métairies ou fermes, par les seigneurs laïcs ou ecclésiastiques et certains bourgeois, en gros de la fin du règne de Charles VII au règne de Louis XIV, avec pour corollaires l’évolution des structures agraires et les changements dans les caractéristiques des maîtres du sol en lien avec le développement de l’État royal moderne. Ces thèmes ont été étudiés dans diverses régions avec leurs variantes locales dans le cadre d’une grande tendance générale [1][1] Cf. infra la note introductive de la bibliographie..... Mais l’Ouest de la France, et le Maine en particulier, sont peu présents dans la bibliographie sur ces thèmes. Pour le Maine, à propos du premier thème, outre un article de Robert Latouche, nous disposons d’un chapitre dans l’ouvrage d’André Bouton [2][2] Latouche, 1944 ; Bouton, 1970, p. 227-255. qui aborde la question en décrivant les différentes formes d’amodiation des lieux. Et le deuxième thème n’est abordé que de manière incidente [3][3] Ce dernier thème a aussi été brièvement évoqué dans....

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Dans les pages qui suivent, je vais modestement tenter de combler cette lacune mancelle en traitant ces deux thèmes dans la continuité et j’essaierai d’évaluer les conséquences de cette évolution. Une observation sur le long terme nécessite des archives qui permettent de suivre le même terroir au long de plusieurs siècles. Dans la Sarthe, seules les archives des institutions ecclésiastiques peuvent répondre à cette exigence, et en particulier les importantes archives de l’ancienne abbaye de Saint-Vincent du Mans [4][4] L’abbaye de Saint-Vincent du Mans était l’une des plus..., malgré certaines discontinuités qui ne facilitent pas la reconstitution de l’histoire de chaque entité observée.

Carte 1 - Situation géographique des entités étudiées dans le département de la SartheCarte 1

Les communes sont indiquées en grisé

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Nous bénéficions ainsi de la bonne stabilité des biens de mainmorte tout en tenant compte de leur spécificité juridique et donc de leur mode de gestion un peu particulier.

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Dans une approche ciblée du phénomène, je me contenterai d’examiner en détail la situation d’une région du nord-est de la Sarthe, où l’abbaye de Saint-Vincent du Mans était largement implantée, et qui avait localement une réputation d’aisance économique. Il s‘agit du canton actuel de Marolles-les-Braults et des communes limitrophes. Cette zone comprend les biens rassemblés autour de la seigneurie de Maignennes à Dangeul, les prieurés de Courgains, de Mézières-sous-Ballon et d’Avesnes-en-Saosnois. Nous restons sur la rive gauche de la Sarthe en laissant de côté les prieurés de Piacé, de Saint-Marceau et de Saint-Longis. L’ensemble des biens retenus ici procure à l’abbaye un quart de ses revenus fonciers en 1790. Dans une première approche plus impressionniste, l’examen de la politique suivie dans les autres possessions mancelles de l’abbaye n’infirme pas ce que nous révèle cette recherche systématique très localisée.

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Les archives de l’abbaye de Saint-Vincent du Mans conservent des comptes de recette, des baux et des déclarations féodales de 1520 à 1790 [5][5] Voir l’annexe consacrée aux documents des Archives.... Il est possible de les compléter par des montrées et visites extraites des minutes notariales de 1680 à 1790. La région choisie bénéficie aussi d’un nombre de documents intéressant comparativement à d’autres zones. Cette abbaye ne semble pas s’être défait de biens notables dans cette région lors des différentes injonctions royales à vendre au titre d’une participation au financement de la lutte contre le protestantisme de 1563 à 1586, même si un grand nombre des biens aliénés ont été rachetés par la suite. En revanche, l’abbaye n’a pas procédé à des acquisitions significatives dans la région étudiée pendant toute la période. Nous suivrons les modes d’amodiation de 65 entités repérées du début du xvie siècle jusqu’au terme final de 1790 [6][6] La liste de ces entités, prieurés, métairies, bordages,.... Ces 65 entités ont été retenues car, soit elles existaient encore au xviiie siècle, soit elles avaient été incorporées aux entités existantes. Ce sont des bordages [7][7] Dans cette région la distinction est faite entre les... ou lieux, des métairies, des moulins, des lots de terres ou de prés ; les bois sont réservés et laissés ici de côté. Au total, ces entités couvrent 6 à 7 % de la surface de l’ensemble des 18 paroisses concernées. Parmi ces 65 entités ne figurent pas les 10 « dixmeries » de la zone qui sont examinées à part.

Reconstruire

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Passée la décennie 1450, les guerres anglaises terminées, le pays dépeuplé et les champs « en gast et brières », il fallut songer à la reconstruction et faire revenir une population qui avait déserté. Faute de sources locales suffisantes, je laisserai de côté les tentatives antérieures de reconstruction après la Grande Peste et les précédents épisodes guerriers, qui ont été analysées autrefois par Robert Boutruche dans le Bordelais et Guy Fourquin en Île-de-France. Les premières décennies du xve siècle avaient été dures. André Bouton a estimé que la population avait diminué d’environ un tiers à la moitié dans le Haut Maine entre 1328 et 1434 du fait de la peste et de la guerre [8][8] Bouton, 1970, p. 79.. Les comptes de la fabrique de Courgains permettent de calculer la présence de 113 familles en 1415, 49 familles en 1424 et 122 familles en 1464 (soit 120 familles environ dans les années 1460-1470) [9][9] Canton de Marolles-les-Braults ; Ledru, 1893 et Froger,... ; à titre de comparaison les feux taillables à la fin des années 1680 seront au nombre d’environ 190. Ces comptes donnent aussi quelques aperçus sur les exactions des deux camps aux incessantes réquisitions desquels il fallait satisfaire. La porte de l’église de Courgains fut même démolie deux fois, une fois par les Anglais, une autre fois par les écossais du camp français. Les revenus des maîtres du sol étaient au plus bas et les redevances féodales anciennes étaient complètement dévalorisées.

Les « baillées » à long terme

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Se répandirent donc les « baillées » à long terme sur les terres laissées vacantes ou sur les domaines qui ne trouvaient pas preneurs [10][10] Bouton, 1970 ; Latouche, 1944 (sauf que le bail à 3.... La « baillée à toujours mais », soumise à déclaration féodale, se substitua à l’ancien accensement [11][11] Les biens « censifs » connus de la seigneurie de Maignennes... en gardant un cens de peu de valeur et quelques volailles mais avec une rente en argent ou en grains (ou même les deux à la fois) qui était sur le moment d’un rapport intéressant. Mais pour les exploitations laissées vacantes ou en friches, ce sont surtout des baux à vie ou à plusieurs vies qui furent proposés aux familles [12][12] Ces baux sont en fait assez semblables au copyhold.... Ces baux de longue durée comportaient eux aussi une rente en argent et/ou en grains, un cens et quelques subsides (généralement des volailles et parfois du beurre ou des fromages) et des obligations générales comme la mise en culture des terres et l’entretien, sinon la reconstruction, des bâtiments. Nous ne disposons localement que de très peu d’actes pour les « baillées » de cette période mais leur existence est attestée par des références dans des terriers ou des actes ultérieurs. Le bénéficiaire d’un bail à vie est souvent appelé « viager ».

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Saint-Vincent passait encore des « baillées à toujours mais et parfaite emphytéose » dans les années 1520, avec souvent de lourdes charges pour le preneur. Mais, comme auparavant, cela ne concernait que des exploitations de faible ampleur. Par exemple, dans la région étudiée, en 1525, Pierre Gaultier et sa femme Jeanne obtinrent un tel contrat pour le bordage du Petit-Monlay à Saint-Georges-de-Dangeul, avec environ 8 journaux [13][13] Les unités de mesure locales sont indiquées dans une... de terres (3,5 ha), contre une rente annuelle de 20 sols, 20 boisseaux de froment mesure de Sonnois et 6 deniers de cens [14][14] Arch. dép. Sarthe H129 pour les trois exemples.. La même année, Saint-Vincent amodiait à perpétuité à Jousser Beaufrère le bordage des Voisins à Nouans avec 10,5 journaux de terres (environ 4,5 ha) contre 9 livres de rente, 2 chapons et 2 deniers de cens. Et encore la même année à Jean Richard le bordage de la Turelière à Nouans d’environ 6,5 ha dont un pré de 5 hommées (1,65 ha), 3 quartiers de vigne et un petit taillis contre une rente de 13 livres et 6 deniers de cens. Et plus tard, en 1564, en reconnaissance de son aide lors de la prise du Mans par les huguenots, les religieux feront bénéficier Pierre de Thouars, chevalier, d’une « baillée à toujours mais » pour les 10 hommées des prés de Maignennes situés à Congé au bord de l’Orne saosnoise. Mais, dès 1586, ce pré sera baillé à ferme. De même, en 1569, Guillaume Doguet, « chevaucheur ordinaire pour le service du Roi », bénéficiera d’une « baillée à vie » du lieu de la Butte qui était jusqu’alors baillé à perpétuité (sa femme ratifiera en 1571). Mais en 1595 ce lieu sera baillé à ferme après un transport des droits Doguet en 1582. Ce seront les dernières « baillées » de ce type dans la région à un moment où le bail à ferme pour 6 ans devient la règle.

Anecdote, les moines et leur famille

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Au passage arrêtons-nous sur une anecdote ayant trait à la qualité des fermiers. Il y a quelques années, j’avais remarqué qu’à la fin du xvie siècle des liens familiaux réels ou probables existaient entre des membres éminents de l’abbaye et certains fermiers de celle-ci [15][15] Gautier, 1998b, p. 229 et Gautier, 1998a, p. 212.. D’autres cas auraient pu être cités comme celui de Mathurin More, grainetier de l’abbaye, puis un temps prieur claustral, et les fermiers des Deux-Amants à Lucé, Michel More et Martin Grassin, mari de Mathurine Le More. Il se pourrait que la même pratique ait eu cours au xve siècle au moment de la diffusion des baux à plusieurs vies ; dès lors, avec des conséquences à plus long terme. Ainsi peut-on s’interroger sur le cas de Guillaume Crison, chantre de l’abbaye, et des bénéficiaires de « baillées à plusieurs vies » Gilles Crison (Maignennes) et Jean Crison (Touchalleaume) cités plus loin. Ou sur le cas de Michel Mauchien, sacristain de l’abbaye, office auquel était rattaché le prieuré de Mézières-sous-Ballon, et de Gervais Mauchien bénéficiaire de « baillées » pour la Guinaudière et l’Infirmerie, ainsi que Pierre Mauchien pour les Autels, le tout à Mézières [16][16] Médiathèque Le Mans nécrologe Ms 41 et 67, Arch. dép.....

Sortir du temps de la reconstruction

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La restauration des peuples semble bien avoir eu lieu en l’espace de deux générations. Vers 1520, la population a peut-être même dépassé en nombre celle du début du xive siècle comme pourrait l’indiquer la demande faite à Saint-Vincent d’un bout de terrain pour l’extension de l’église de Courgains, celle pour l’église de Connerré et celle pour l’église de Saint-Calais-du-Désert au Bas-Maine [17][17] Arch. dép. Sarthe H129.. Dès lors a été posée la question de la pertinence des baux de longue durée, qui l’inflation aidant, n’offraient plus les revenus que pouvaient espérer les maîtres du sol. En 1532, le chapitre Saint-Julien de la cathédrale du Mans a interdit de faire de tels baux. Restait à transformer les anciens baux longs en baux de plus courte durée. Ce fut l’occasion d’une longue patience quand les baux à trois vies étaient majoritaires comme dans la région étudiée. Heureusement, les « baillées » de ce type pour les exploitations les plus importantes, les métairies, reposaient très souvent sur une rente en grains dont les prix suivaient tant bien que mal l’évolution de l’inflation monétaire.

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Il fallait donc développer l’usage des baux courts. Mais les biens bénéficiant de baux longs devaient d’abord se libérer. La multiplication des peuples, et donc la pression démographique sur le sol, favorisait une telle évolution. Pour une part, les hasards de la vie ont favorisé cette évolution grâce aux décès sans successeurs directs. Mais les religieux ont aussi profité des occasions procurées par le non respect des conditions des baux longs. Ceux-ci contenaient donc des exigences assez générales de mise en valeur des terres et d’entretien des bâtiments, outre le respect des échéances des versements des rentes et cens. Je relèverai quelques exemples.

Exemples de sortie sur « incident »

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C’est ainsi qu’en 1517 Gilles Crison est condamné à déguerpir de la métairie de Maignennes à Dangeul pour « malversations », alors qu’il bénéficiait des suites d’un bail à deux vies de 1464 [18][18] D’abord Crison puis Grison. Même phénomène avec Caigné/Gaigné.... Un bail à moitié fruits et profits pour 6 ans est passé avec Jean Chassevent en 1527 ; nous n’avons pas de documents entre ces deux dates.

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De même, en 1512, Jean Crison l’aîné, détenteur du lieu et appartenances de Touchalleaume à Saint-Georges-de-Dangeul est conduit à « céder, transporter et délaisser » aux religieux de l’abbaye ses droits sur ledit lieu qu’il tenait par héritage d’un bail à plusieurs vies fait à ses père et mère. En 1511, se faisant fort de son frère Jeanin, il avait accepté après un procès une reconnaissance de dette de 50 livres et 14 sols, dette à laquelle s’étaient ajoutés entretemps divers arriérés en argent et grains. En 1513, un bail de deux ans est signé avec Jean Dupont, notaire, pour le lieu de la Butte dépendant de Touchalleaume. Et en 1526, Jean Grison obtient un bail « à moitié fruits et profits » pour 6 ans de la métairie de Touchalleaume.

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Vers 1566, nous avons un autre exemple de bail temporaire avec le notaire Jean Dupont lors de la succession sur la métairie de Heuloup-le-Chollet à Nouans. En 1568, les héritiers du détenteur du lieu sont priés de déguerpir sous l’effet d’une sentence judiciaire et en 1569 la métairie est baillée à « ferme muable » en argent pour 6 ans à Jean Picquot après une mise aux enchères sous le ballet de l’église. Ce Jean Picquot louait avec un fermage en argent le bordage de La Corbinière à Nouans, qui dépendait aussi de l’abbaye.

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Il semble bien que le passage du lieu de la Butte des héritiers Grison à Guillaume Doguet soit aussi le fait de dettes récurrentes. Car, si en 1554, Michel Hoyau et Pierre Gaultier font une déclaration féodale en tant que détenteurs dudit lieu, en 1547 Pierre Gaultier [19][19] Il s’agit sans doute du père du précédent Pierre. consent, se faisant fort des autres cohéritiers, une obligation de 26 livres tournois au profit des religieux pour les restes « d’arrérages » du lieu de la Butte dépendant de Touchalleaume. Et de même, en 1549, se substituant aux autres ayants droits, le même accepte une autre obligation de 40 livres tournois pour couvrir les restes de quinze ans « d’arrérages » du lieu de Touchalleaume [20][20] Arch. dép. Sarthe H169, H171 et H173 pour tous ces....

Les phases de l’opération

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On peut grossièrement distinguer deux grandes phases de passage des baux longs aux baux courts pour les entités retenues. Une première, entre 1510 et 1550, correspond surtout à une reprise sur « incidents » de respect des clauses de la « baillée » et une seconde, à la fin du xvie siècle (1585-1600) qui repose sur la fin de la « dernière vie » des baux à plusieurs vies. Mais on remarque aussi au fil du siècle, à travers leur affectation aux métairies primitives, une réincorporation dans la réserve de lots de terres ou de prés issus de baux longs, sans qu’une périodicité claire puisse être établie. Dans les années 1520, plusieurs métairies changent de statut et sont baillées d’abord « à moitié fruits et profits » pour une durée de 6 ans, avec des clauses particulières pour les bestiaux, avant de faire l’objet de baux « à ferme muable » en argent et ou en grains, toujours pour 6 ans, à la fin des années 1540. Retenons au passage que, comparativement au bail « à moitié fruits » (métayage), le bail « à ferme muable » simplifie la gestion d’un grand propriétaire non résident et en diminue les frais. Les premiers baux courts de chacune de ces métairies décrivent toujours sa contenance, pièce par pièce. Les baux suivants n’en font plus mention.

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Sur l’ensemble des deux siècles étudiés, le temporel des prieurés et les dîmeries font toujours l’objet de baux courts, de 6 ans en général, avec un fermage en argent et / ou en grains. Pendant les deux premiers tiers du xvie siècle, prieurés, dîmeries, métairies, bordages sont très souvent loués séparément à des personnes différentes ou bénéficient d’actes séparés à des dates différentes dans le cas contraire. Et en ce qui concerne les prieurés et les dîmes, le preneur est fréquemment un prêtre séculier durant le xvie siècle [21][21] Les biens affermés à un notaire, un prêtre ou un marchand.... De même, la gestion du fief de Maignennes fait l’objet d’un bail à ferme séparé durant les deux premiers tiers du xvie siècle.

Comparaison avec d’autres institutions

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Pour replacer cette évolution locale dans un cadre plus large, j’ai procédé à un comptage rapide dans les inventaires sommaires rédigés par les archivistes de la Sarthe du xixe siècle portant sur les clergés séculier et régulier [22][22] Arch. dép. Sarthe, trois volumes imprimés ; Série H.... Les résultats du tableau 1 dépendent bien entendu de l’état de la conservation des documents pour les institutions exposées et du mode de rédaction des inventaires par les archivistes. Par exemple, les registres de baux de Saint-Vincent du Mans ne bénéficient que de quelques dizaines de mentions par registre pour plusieurs centaines de pages de chaque registre.

Tableau 1 - Évolution des types de baux conclus par le clergé du Haut Maine de 1300 à 1600Tableau 1

nb : Seuls les baux datés ont été retenus ; ce qui exclut du comptage les mentions non datées des terriers et des titres. Les données résultent de la compilation sur trois siècles des mentions de baux à rente perpétuelle ou baux à toujours mais, les mentions de baux à vie, à deux vies, à trois vies ou à plusieurs vies, et les mentions de baux à moitié fruits et de baux à ferme. Les baux à moitié fruits ou à ferme sur une durée de 29 ans ont été comptés comme des baux à vie. Les baux à moitié fruits sont très peu nombreux. J’ai séparé les baux des métairies, bordages, moulins et autres lieux des baux portant sur des lots de terre, de pré ou de vigne. Ces derniers baux sont nombreux dans les archives des fabriques paroissiales et de la confrérie Saint-Michel du Cloître.

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Malgré tous les défauts de cette statistique, ce tableau est très significatif. À partir de la Peste noire, les baux à vie ou plusieurs vies se sont nettement développés au détriment des anciennes baillées à perpétuité avant d’être supplantés par les baux à ferme en argent et/ou en grains à termes courts à partir dans la seconde moitié du xvie siècle. Jusqu’au début du xvie siècle ces derniers baux, peu nombreux, sont établis pour des termes assez longs et quelques baux à moitié fruits étaient proches des baux à vie ou à deux vies quant à leur durée. À partir du xviie siècle, à l’exception de certains cas très particuliers, les baux à terme court, à ferme et parfois à moitié fruits, deviennent la règle. Les exemples que l’on peut trouver dans des chartriers laïcs manceaux confirment cette évolution générale fondée sur les mêmes pratiques. Mais reste une question. Les baux « viagers » n’étaient-ils pas une forme régionale d’amodiation en particulier cléricale ? Les études consacrées à la reconstruction d’autres régions n’en font pas mention et citent plutôt les accensements classiques ou des pratiques proches, les baux partiaires ou à ferme de la réserve seigneuriale, avec ou sans division de celle-ci.

Figure 1 - Évolution des types d’amodiation par le clergé du Haut-Maine (en %)Figure 1
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Donc, en ce qui concerne les entités retenues dans cette étude, la politique d’amodiation de Saint-Vincent a suivi la tendance générale. Retenons aussi que les dégâts provoqués par les Guerres de Religion impliquèrent à la fin du xvie siècle un autre effort de reconstruction, d’une ampleur certes moindre, qui reposa pour une part sur les solutions employées précédemment.

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Passons maintenant à l’observation de la longue période de réalisation d’une autre politique qui aboutira à la fin du xviie siècle à la constitution d’un tout autre ensemble d’exploitations agricoles fondé dès lors sur les métairies affermées.

Constituer des lots affermés plus importants

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D’une façon générale, on retrouve pour l’abbaye de Saint-Vincent du Mans des pratiques similaires à celles de ses consœurs de l’Île-de-France, décrites par Jean Jacquart et Jean-Marc Moriceau, mais à une autre échelle.

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Tout d’abord, les dîmeries furent associées à d’autres entités dans les mêmes baux proposés à des laïcs. Les dîmes d’Avesnes et de Mézières-sous-Ballon, ne sont jamais mentionnées car elles sont incluses dans le bail du prieuré du même nom. En revanche, les dîmes de Saint-Martin-de-Dangeul sont affermées au détenteur de la métairie de Maignennes dès les années 1540. Les autres dîmeries de Courgains, de Doucelles, de René, de Sonnes et de Saint-Calez suivront ce schéma dans les années 1580-1600 et plus tardivement pour celle de Nouans. Celle de Courgains sera associée au prieuré, celle de Doucelles à un bordage, celle de René au domaine du même lieu, celle de Sonnes à la métairie du lieu et celle de Saint-Calez à la métairie des Pastis. Quand à celle de Nouans, elle sera affectée au fermier de la métairie de Heuloup-le-Chollet à partir de 1617. Puis le prieuré et les dîmes d’Avesnes seront associés de façon variable à la métairie de la Moinerie à Moncé.

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Dès le milieu du xvie siècle, des pièces de terre ou de pré ont été affectées aux métairies constituées lors du passage des baux longs aux baux courts. Ainsi la métairie de Touchalleaume à Dangeul a été complétée par un pré en 1548, puis par un champ et les terres de deux bordages limitrophes en 1585.

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Quatre lots de prés, d’une dizaine d’hectares au total, étaient gérés à part pendant le xvie siècle et pour certains jusqu’au milieu du xviiie siècle. Ils furent réunis à des métairies à différentes époques : le pré sur la rivière de Meurcé au bordage de la Corbinière ; le pré Hartempied à la métairie de Heuloup ; les prés Thyreau sur l’Orne saosnoise en partage avec plusieurs métairies ; les prés de Maignennes aussi sur l’Orne Saosnoise à la métairie du même nom, puis loués à part, puis de nouveau réunis à la métairie.

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Mais les cas les plus clairs sont l’affectation des terres de bordages à certaines métairies à partir des années 1640 et de l’installation des mauristes. Les bâtiments excédentaires sont en général détruits. Ainsi la Butte à la métairie de Taillepied à Dangeul ; la Chalotière à la métairie de Heuloup suivie d’une partie de la Ferme à Nouans [23][23] Le bordage de la Ferme, diminué, a fait l’objet d’un... ; la Chartrerie à la métairie de La Corbinière à Nouans ; la Malvallerie à la métairie de Piaseau à Lucé ; l’Aître Blanche au bordage de la Richerie à Doucelles. Si trois entités ont été vendues ou échangées contre une rente aux xviie et xviiie siècles [24][24] Je n’ai pas pu déterminer le cadre juridique des deux..., le bordage du Petit Taillepied, qui était dans la mouvance de la seigneurie, a été acheté en 1588 au nouveau fermier de Maignennes et à ses cohéritiers.

Réaménagement et devenir des métairies

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Mais les moines procèdent aussi à des fusions d’entités. Comme dans les cas cités plus haut, cela passe d’abord par une location à un même individu avec des baux séparés puis à l’association des entités dans un même bail et enfin, tardivement, à la disparition de l’entité absorbée dans les baux de l’entité absorbante. Ainsi peut-on décrire l’évolution du nombre des métairies entre la première moitié du xvie siècle et 1790. En 1585, il y a fusion des bordages de Gaumont et de Louvannerie à Dangeul, qui deviennent une métairie. Les deux métairies des Deux-Amants à Lucé ne feront plus qu’une de grande taille. Par étapes furent louées dans un même lot la métairie des Pastis, celles de Saint-Calez et l’Offier, trois métairies qui n’en feront plus qu’une à Saint-Calez-en-Saosnois. Le cas de la métairie de Bray à Courgains est compliqué et nous ne disposons pas de tous les éléments d’explication. Au départ, nous trouvons 1 métairie, 2 bordages, 1 moulin et des pièces de terres ou des prés ; il y eut d’abord la fusion des deux bordages pour donner une métairie (louée en 1579), puis les deux métairies fusionnèrent avec la destruction des bâtiments de l’une des deux selon le bail de 1585 ; ensuite furent ajoutées les terres du moulin et sûrement d’autres terres et prés qui ne sont pas documentés.

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La Corbinière, la Guinaudière et Guéchaussé (ou Bas-Ballon) sont passées du statut de bordage à celui de métairie. En 1771 a eu lieu la location conjointe ou fusion des trois bordages de la Guinaudière, de l’Infirmerie et la Varanne avec la destruction des bâtiments excédentaires pour constituer une métairie à Mézières. En revanche, toujours à Mézières, les métairies de la Crère et des Autels sont devenus des bordages dans l’inventaire de 1790. Ajoutons à ce décompte les ventes de la métairie de Touchalleaume vers 1660-1670 et de la métairie du Petit Chevré vers 1650. Certaines de ces entités agrandies ne seraient-elles en fait que la reconstitution d’anciennes exploitations qui auraient été fractionnées lors de la reconstruction bas-médiévale, comme cela pourrait être le cas pour Bray à Courgains, les Pastis ou la métairie de Saint-Calez ? Cette hypothèse est malheureusement invérifiable.

Importance des lots de terres incorporés et mal référencés

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L’incorporation d’autres pièces de terre ou de pré est plus difficile à repérer du fait des lacunes de la documentation ou de l’absence de précisions dans les actes. Cependant, au total, les surfaces des entités observées sont plus importantes au xviiie siècle qu’au xvie siècle. Pour apprécier l’effet de ce rassemblement de parcelles, je tenterai deux estimations ; tout d’abord la totalisation des surfaces des entités présentes au début et à la fin de la période d’observation ; et ensuite l’évolution de la surface (hors bois) de quelques métairies au cours du temps.

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Donc, pour établir des ordres de grandeur, j’ai calculé la surface totale approximative des entités retenues dans l’étude entre 1565 et 1790 d’après les éléments descriptifs des terriers et des baux et les évaluations préalables à la vente des Biens nationaux [25][25] Arch. dép. Sarthe, 1Q87 et 1Q476.. La surface agricole totale (hors bois) des entités calculée vers 1565 est égale à environ 835 ha et celle de 1790 se monte à environ 889 ha plus environ 43 ha pour les trois entités vendues (1 métairie et 2 bordages) ; soit une différence d’environ 97 ha (+11,5 %). Les entités absorbées connues représentent 182 ha. Le total des surfaces réaffectées se monterait donc à 279 ha (30 % du total final de 932 ha). Les 10 bordages et le prieuré de Mézières qui subsistaient en 1790 ont augmenté d’environ 12 ha (+14 %), et les 21 métairies et le prieuré de Courgains ont cru de 263 ha (+50 %) ; à ces surfaces il faut ajouter environ 4 ha pour l’agrandissement global des trois entités vendues.

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Ces 97 ha sont donc supposés être composés des pièces ou lots de terres et prés ajoutés au fil du temps aux entités primitives et qui ne sont pas documentés. Cette différence d’une centaine d’hectares est importante et représente un grand nombre de pièces. Une métairie est particulièrement impliquée dans cette différence inexpliquée, celle de Guéchaussé ou Bas-Ballon qui doit résulter d’un apport important et non documenté au bordage et au lot de terres de départ. Mais cette différence est-elle aussi importante dans la réalité ? Il peut y avoir un doute légitime sur les évaluations des surfaces et les unités de mesure utilisées à chaque époque [26][26] Voir la note sur les unités de mesure en annexe.. Ainsi, un possible écart de 5 à 10 % dans les contenances du journal entre les deux époques expliquerait une grande part de cette différence inexpliquée tout en laissant une marge satisfaisante pour prendre en compte l’incorporation de lots de terres non référencés.

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Examinons ensuite la situation de quelques métairies avec leurs ajouts successifs connus en laissant de côté les quelques bois qui sont réservés ; les chiffres de surface agricole sont arrondis. Aux données précédentes, j’ajouterai des décomptes sur la base de visites et montrées. Dans ce cas aussi certaines évolutions sont significatives et les ajouts successifs de parcelles ne sont pas ou sont mal documentés, même s’ils peuvent être repérés par la comparaison des parcelles citées dans les actes.

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La Brosse à Courgains, en 1585, 18 ha (dont 2 ha de prés), vers 1680 21 ha (dont 2 ha de prés), en 1764, 26,5 ha (dont 3,5 ha de prés) après l’ajout de la pièce des Longs Réages et en 1790, 26 ha (dont 4 ha de prés).

Courbeton à Courgains, en 1585, 34,5 ha (dont 3,5 ha de prés et 5 ha de « brières »), en 1715, 41,5 ha (dont 3,5 ha de prés et 8,5 ha de « brières »), en 1790, 33 ha (dont 4,5 ha de prés).

Fourmentinière à Courgains, en 1527, 15 ha (dont 2,5 ha de prés), vers 1680, 16,5 ha (dont 2,5 ha de prés), en 1790, 22 ha (dont 4,5 ha de prés).

Vivier Grand et Petit à Courgains, en 1585, 22 ha (dont 2 ha de prés), vers 1680, 25 ha (dont prés 3 ha), en 1767 et 1790, 31 ha (dont 4 ha de prés).

Gaumont et Louvannerie à Dangeul, en 1548, 15 ha (dont 2 ha de prés), en 1768, 18,5 ha (dont 2 ha de prés), en 1790, 20 ha (dont prés 2 ha).

Maignennes à Dangeul, en 1527, 31 ha (dont 5,5 ha de prés), en 1726, 36 ha (dont 5,5 ha de prés), en 1790, 40,5 ha (dont 5,5 ha de prés en ajoutant les prés sur la rivière Orne oubliés).

Heuloup-le-Chollet à Nouans avec la Chalotière et la Ferme, vers 1570, 36,5 ha (dont 6,5 ha de prés), en 1700 et 1768, 38,5 ha (dont 5 ha de prés), en 1790, 39 ha (dont 6 ha de prés).

Piaseau à Lucé avec la Malvallerie, en 1585, 48,5 ha (dont 5,5 ha de prés), en 1790, 37,5 ha (dont 5 ha de prés).

Les Pastis à Saint-Calez avec la métairie de Saint-Calez, l’Offier et les terres de Cohardy, en 1585, environ 60 ha (dont 2 ha de prés), en 1790, 66 ha (dont 6 ha de prés).

Sonnes à Saosnes, en 1595, 35 ha (dont 2 ha de prés), en 1768 et 1775, 38 ha (moins de 1 ha de prés), en 1790, 42 ha (moins de 1 ha de prés).

Cumuls de lots dans la même main

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Une autre pratique est aussi à retenir. Celui du cumul de lots dans la même main. Je citerai quatre exemples. Dans les années 1570-1590, André Hamelin, maître tailleur au Mans, cumule toutes les entités de Bray citées à Courgains, Gaumont et Louvannerie à Dangeul et une partie des terres de René. En 1640, Jean Malitourne, laboureur, associe la métairie de Taillepied à Dangeul et ses annexes avec les dîmes de René accompagnées du domaine. De 1669 à 1704, on assiste à la mise en place progressive d’une espèce de ferme générale aux mains de Jacques Guiton, sieur de l’Écluse, marchand à René, qui cumule la métairie de Maignennes et les dîmes de Saint-Martin-de-Dangeul, les dîmes de René et le domaine, et peu de temps avant sa mort les dîmes de Courgains et la plupart des métairies du lieu. Enfin, à partir du milieu du xviiie siècle, Pierre Chevalier, marchand laboureur, cumule la métairie de Maignennes et les dîmes de Dangeul, les dîmes de René et le domaine, pendant quelques temps la métairie de Saosnes et les dîmes ou le prieuré de Souday, puis l’important prieuré de Saint-Longis près de Mamers et les dîmes.

Les résultats de cette politique foncière et ses conséquences

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À la suite de l’exposé des résultats de la politique mise en œuvre, j’examinerai les conséquences de cette longue évolution sur la structure agraire locale avant d’évaluer son influence sur les revenus de l’abbaye.

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Le résultat général de tout ce qui vient d’être exposé est donc qu’en 1790 il ne reste plus que 21 métairies, 10 bordages et 1 lot contre 24 métairies, 26 bordages et 10 lots avant 1550, sans compter les domaines des prieurés. En 1790, le prieuré de Mézières peut être considéré comme un bordage et celui de Courgains comme une petite métairie ; le prieuré d’Avesnes et ses 3,5 ha est associé depuis longtemps à la métairie de la Moinerie. Ces trois prieurés peuvent être assimilés à des bordages dans la première moitié du xvie siècle. L’évolution globale par périodes de trente ans de la situation de l’ensemble des entités retenues dans l’étude peut être résumée dans le tableau 2 qui est la synthèse des éléments détaillés exposés en annexe.

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Les religieux de Saint-Vincent n’ont pas procédé à un rassemblement de terres par « expropriation » de la petite propriété paysanne comme cela a été le cas des laïcs nobles ou bourgeois décrits par Jean Jacquart dans la Région parisienne et Louis Merle dans la Gâtine poitevine avec des manœuvres fondées sur l’endettement paysan ou sur le détournement du droit féodal (par exemple un usage particulier du retrait féodal). Ou comme les actions des chanoines du Mans aux dépens des gentilshommes locaux endettés auprès d’eux ; petite noblesse que les mauvaises langues ont soupçonné d’avoir adhéré au protestantisme à cause des dites dettes et d’avoir profité de la prise du Mans par les huguenots en 1562 pour détruire de nombreux documents. Hormis les quelques cas particuliers de la première moitié du xvie siècle, les moines ont simplement profité du statut particulier des biens de mainmorte et des échéances des baux après le passage de l’abbaye de la Congrégation de Chézal-Benoît à celle de Saint-Maur.

Tableau 2 - Évolution des types d’amodiation supportés par les entités étudiéesTableau 2

nb : Les « mentions mixtes » concernent les changements de situation en cours de période. Les « entités non renseignées » sont celles pour lesquelles nous ne disposons pas de renseignements fiables pour la période considérée ; avant 1550 on peut penser que la plupart de celles-ci bénéficiaient de « baillées » à long terme (« à vie », « à plusieurs vies » ou « à toujours mais »). Le bordage de Varanne à Mézières, dont le nom est apparu au xviiie siècle, est classé dans les « non renseignées ».

Une diminution du nombre d’exploitations

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Le trait le plus évident est donc la diminution du nombre des exploitations qui pourraient être indépendantes, avec pour corollaire l’agrandissement des exploitations subsistantes. Il y a moins de familles « casées ». Incidemment, cette évolution « libère » des bras car elle procure potentiellement aux nouvelles grandes entités une main d’œuvre d’appoint quelles n’ont pas besoin d’entretenir toute l’année. Dans une économie monétarisée, c’est une solution plus adaptée que la corvée sur la réserve seigneuriale. Les 54 bordages, métairies et prieurés de 1565 avaient une taille moyenne d’un peu moins de 15 ha et les 33 entités similaires de 1790 une taille moyenne d’environ 27 ha. Les bordages ont grandi en passant d’une taille moyenne approximative de 6,5 ha à celle de 9 ha, de même que les métairies avec des moyennes de 25,5 ha vers 1565 et 36 ha en 1790.

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Le nombre d’entités ayant une surface supérieure à 10 ha est stable à deux siècles d’intervalle, soit 28 en 1565 contre 26 (plus 2 vendues) en 1790 ; avec 4 bordages et 1 métairie entre 10 et 15 ha en 1565 et au nombre de 7 (plus 1 vendu) en 1790 ; avec 12 bordages et 1 prieuré de moins de 5 ha en 1565, et avec seulement 1 bordage de moins de 5 ha (plus 1 vendu) en 1790. La surface occupée par les métairies couvre 73 % de la surface totale des entités en 1565 et près de 89 % en 1790.

Figure 2 - Répartition des entités et des surfaces occupées par taille en 1565 et 1790Figure 2

nb : Dans ce graphique, les quatre prés traités à part ont été exclus du décompte en 1565 ; les trois entités vendues ont été incluses en 1790.

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En définitive, augmente le nombre d’exploitations « viables » avec la présence d’un train de culture et de bestiaux. Nombre d’exploitations avec des baux longs étaient adaptées à la taille d’une famille sans train de culture. Par ailleurs, parmi les « censives » ou les terres « hommagées », souvent soumises à des démembrements ou à de fausses frérèches lors des successions, on ne retient qu’un faible nombre d’exploitations viables seules. Mais l’instrument d’observation, qui repose sur des déclarations féodales, est biaisé car des recompositions sont possibles avec des appartenances à plusieurs fiefs et il faudrait disposer des terriers de l’ensemble des fiefs locaux pour avoir une appréciation plus réaliste. Il reste qu’en fait le « faire-valoir direct » est peu répandu pour les exploitations de plus de 5 ha et que le « fermage » domine tant avec des baux longs qu’avec des baux courts [27][27] Ces termes « anachroniques » ont été choisis à dessein....

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Ici le jugement sur la « viabilité » d’un tènement porte sur sa capacité à soutenir une famille dans le cadre du système de production local sans une obligation impérieuse de travaux extérieurs. L’importance relative des prélèvements de la rente foncière, de la dîme et des impôts détermine la taille minimale de celui-ci. Par exemple, le bordage du Petit Monlay cité plus haut était sans doute à la limite de la « viabilité » en 1525, parce que chargé d’une rente en grains s’élevant à environ les deux tiers d’une récolte moyenne des froment et méteil, dîmes et semences déduites ; mais il n’était plus du tout « viable » au xviie siècle comme le révèlent les versements irréguliers de ses multiples détenteurs. Pour fixer un ordre de grandeur disons que les bordages de moins de 5 ha se révèleront le plus souvent peu « viables » et qu’ils vont disparaître de l’ensemble étudié. J’ai exposé ailleurs que dans cette région le « module de base » de l’activité agricole pouvait en gros se situer entre 4 et 6 ha par homme selon les époques.

Des trains de culture sans doute plus importants

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Pour apprécier la relation entre la surface de l’exploitation et la disposition d’un train de culture partie d’un capital d’exploitation d’une ampleur suffisante pour servir de caution au bailleur, nous ne disposons localement que d’un seul exemple au xvie siècle. En 1531, nous avons un inventaire des bestiaux sur les bordages et lieux de Gaumont et de Louvannerie alors sous deux baux différents « à moitié fruits et profits » et qui seront associés un demi-siècle plus tard sous le même fermier [28][28] Arch. dép. Sarthe, H173.. Gaumont, c’est 10 ha, 2 bœufs, 2 vaches dont 1 pleine, 1 génisse d’un an, 1 jument, 1 poulain d’un an et 1 poulain mâle de trois ans, 4 brebis et 4 agneaux, 1 truie et 4 petits cochons (soit 4,3 ugb – Unités Gros Bétail) évalués 42 livres 4 sols tournois. Louvannerie, c’est 5 ha, 3 vaches pleines, 1 génisse d’un an, 14 têtes de « bergeails » [29][29] Terme pour désigner les ovins en général., 2 porcs « nourtureaux » (soit 2,1 ugb) évalués 21 livres 5 sols. Leur présence dans le même inventaire suggère une association entre les deux métayers. Au total, nous avons une exploitation dans la moyenne des entités retenues dans l’étude à cette époque avec 15 ha dont 2,5 ha de prés, une possible charrue (2 bœufs et 1 jument) et 0,42 ugb/ha. Cette entité recomposée supportera un fermage de 60 livres dans les années 1575-1595.

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On peut estimer que les bordages de moins de 10 ha ne possèdent pas de train de culture et que leur mise en valeur dépend du travail des bras des bordagers et des prestations des laboureurs des métairies (labours, charrois). Au milieu du xviiie siècle, une exploitation moyenne de plus de 10 ha c’est 24,5 ha dont 3 à 4 ha de prés, 4 bœufs, 5 vaches, 3 juments, 20 ovins, 2 ou 3 porcs, soit au total 8,4 ugb avec les élèves, 1 charrue à avant-train et 0,34 ugb/ha [30][30] À ce sujet, et sur le mode de calcul de « l’unité gros.... Son fermage s’élève alors à environ 440 livres tournois. À cette époque, la taille moyenne des entités retenues dans l’étude est d’un peu moins de 25 ha. Une exploitation d’une taille semblable à celle de 1531 aurait supporté 2 bœufs, 3 ou 4 vaches, 10 ovins et 2 porcs, au total 5,1 ugb, soit 0,34 ugb/ha et donc moins de bétail que deux siècles plus tôt, et son fermage se serait élevé à environ 270 livres [31][31] Au passage, on peut retenir que dans la région, vers....

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L’absence d’un capital d’exploitation suffisant à l’entrée dans une exploitation avec un bail « à ferme muable » peut donner lieu à un financement par le bailleur par l’intermédiaire d’une « prisée » des bestiaux inscrite au contrat qui consiste en un apport du bailleur soit en animaux sur pied soit en une somme d’argent permettant l’achat de ces animaux. Je n’ai pas trouvé de « prisées » dans les baux à ferme du xvie siècle alors qu’elles étaient très répandues pendant la période difficile des années 1690-1730. Lors du passage des baux longs aux baux courts, l’apport en cheptel par le bailleur a plutôt pris la forme d’un bail « à moitié fruits et profits » pendant quelques temps.

Une composition des métairies peut-être moins efficace

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La composition des pièces de terre et de pré des métairies a pu être affectée par l’incorporation d’anciens bordages car les bordages sont en général constitués d’une majorité de petites pièces, du moins aux xviie et xviiie siècles. Ainsi, à titre d’exemple extrême, je citerai le cas de la métairie de la Galmadière à Marolles-les-Braults qui compte 23 parcelles pour moins de 19 ha, soit 0,8 ha par parcelle en moyenne en 1762.

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Mais il est difficile d’établir la situation exacte de la taille des pièces au xvie siècle car il semble qu’à cette époque la notion exposée ne soit pas la même que celle qui sera retenue lors des montrées et visites ultérieures. Dans les descriptions du xvie siècle, on trouve souvent la mention de pièces parfois importantes dans les bordages qui vont être absorbés ; en outre, la rédaction des actes pose quelques problèmes comme la déclaration d’un nombre souvent élevé de journaux en un tenant autour de la maison et des jardins. Les exemples du tableau 3, malgré des échantillons différents, montrent effectivement que la tendance a été à la diminution de la taille des parcelles avec corrélativement une augmentation du nombre de celles-ci ; du moins si l’on retient les moyennes pondérées. Mais ici aussi se pose le problème des mesures.

Tableau 3 - Composition des métairies et bordages - Moyennes (chiffres arrondis)Tableau 3

nb : Selon un échantillon du xvie siècle et un échantillon du xviiie siècle ; 7 bordages (21%) sont sans pré en 1565-85 et 5 bordages (8%) n’ont aussi pas de pré en 1760-70. Donc la taille moyenne des prés des bordages détenteurs de pré est de 0,85 ha en 1565-85 et de 0,75 ha en 1760-70. Les pâtures sont comptées dans les terres car elles apparaissent peu souvent en tant que telles. Vers 1565-85 seules 35 entités sur les 50 métairies et bordages retenus dans cette étude sont renseignées ; l’échantillon a été complété par 15 lieux « hommagés » ou «censifs » de la seigneurie de Maignennes. Il ne tient pas compte des prés loués à part. Cet échantillon couvre une surface agricole de 530 ha ; les bordages de 2 à 5 ha sont au nombre de 20 et une seule métairie dépasse 40 ha. L’échantillon de 1760-70, qui repose sur des montrées dans la même région, est beaucoup plus large mais il ne comprend que 12 des 34 métairies et bordages retenus dans l’étude pour cette époque. Cet échantillon couvre une surface agricole de 2?065 ha ; les bordages de 2 à 5 ha sont au nombre de 38 et les métairies de plus de 40 ha sont au nombre de 12. Les moyennes pondérées sont calculées à partir d’une répartition a priori des exploitations par classes de taille.

Des obligations plus détaillées et plus contraignantes pour le fermier

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Une autre conséquence de l’évolution constatée doit être abordée. Les baux longs ne contiennent donc que des clauses générales ; les détails pratiques semblent être renvoyés à la coutume locale. La rédaction de la coutume du Maine a été réalisée en 1508. Dès la seconde moitié du xvie siècle, les baux courts contiennent des clauses beaucoup plus détaillées qui iront en s’amplifiant pour atteindre un modèle standard dans le courant du xviie siècle. Avec, au xvie siècle, comme anecdote, une clause que l’on ne retrouvera pas plus tard, celle de ne pas admettre sur les lieux des « personnages scandaleux » ; ce sont peut-être les huguenots qui étaient visés. Ces contraintes ne laissent que peu d’espace de liberté pour une gestion évolutive par le fermier, à moins que celui-ci ne consente à payer des indemnités pour les « déprédations » évaluées lors des montrées. De la simple clause du « bon père de famille » avec obligation de cultiver et de peupler, obligation d’entretenir les bâtiments et de réserver les taillis, on passe à de multiples clauses comme le respect de l’affectation des terres et des « cotaisons » (répartition des soles [32][32] Selon un assolement triennal qui est la norme locale...), la réserve des pailles du lieu, l’obligation de planter un nombre défini d’arbres fruitiers, et d’entretenir les haies et les fossés, la mise en défens des arbres des haies ou de plein champ [33][33] Lors des montrées, on compte les « souches » et les..., l’obligation de fournir des journées de maçon et des milliers de tuiles et bardeaux, d’entretenir les prés et leurs « boyles » [34][34] Rigoles de drainage. (« étaupiner » par exemple), et d’autres clauses plus variables.

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La faible durée des baux est sans doute un frein à l’investissement des fermiers. Mais, dans les faits, les baux sont souvent renouvelés ; on observe en moyenne deux baux par fermier, soit 12 ans au xviie siècle et 18 ans au xviiie siècle [35][35] Gautier, 1998a, p. 139 et Gautier, 2010, p. 117-11.... Mais certaines exploitations peuvent rester 50 ans et plus affermées dans la même famille, de père en fils ou en gendre, comme par exemple les Gaultier à la métairie de la Goupillère de 1592 à 1641, les Lecureuil à celle de Pressaussous de 1705 à 1790 ou Pierre Chevalier à celle de Maignennes de 1744 à 1790. Ce type de bail court avec ses clauses restrictives est encore dénoncé par les notables « éclairés » de la Société d’Agriculture de la Sarthe au milieu du xixe siècle, alors que se généralisent les baux verbaux et qu’est entreprise la codification des « usages ruraux ». De façon anecdotique, ces différentes clauses engendrent une multiplication des actes notariés car ils impliquent bail, visite et montrée à chaque changement de fermier. Or ce sont les notaires qui rédigent les actes pour le compte du bailleur ou des fermiers entrant et sortant et la multiplication de ces actes augmente leur pratique.

Simplifier la gestion et assurer les rentes

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Les religieux de Saint-Vincent du Mans ont donc poursuivi avec constance un objectif de simplification de leur gestion par la diminution du nombre d’entités à gérer tout en augmentant la sécurité de leurs revenus en confiant ces entités à des individus disposant d’un capital propre pour la mise en valeur des biens affermés. Ceci bien que les petites entités rapportent plus unitairement et que la somme totale issue de plusieurs petites entités est plus importante nominalement que le fermage de l’entité plus importante qu’elles peuvent constituer après destruction des bâtiments surnuméraires. Cette dernière observation n’était peut-être pas vraie au xvie siècle au moment de l’introduction des baux courts mais l’est assurément à partir de la seconde moitié du xviie siècle [36][36] Gautier, 2010, p. 297-298..

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Ainsi, en 1565, l’écart n’est que de 10 % entre la valeur du fermage à l’hectare des bordages (4 livres/ha pour 14 bordages) et celle des métairies (3,60 livres/ha pour 12 métairies) ; dans l’appréciation de ce faible écart, il faut tenir compte de la charge différentielle des bâtiments et du fait qu’à cette époque les bordages ont proportionnellement plus de prés que les métairies ; au total, cet écart peut être considéré comme quasiment nul. Incidemment, 13 bordages et 12 métairies bénéficient toujours de baux longs en 1565 dont les charges définies anciennement sont devenues soit très faibles (souvent moins de 1 livre/ha en l’absence d’une rente en grains), soit très fortes dans le cas de la plupart des rentes en grains (souvent le double du taux du fermage monétaire). En revanche, en 1790, cet écart est égal à 60 % avec 42 livres/ha pour les 10 bordages et le prieuré et 26,5 livres/ha pour les 21 métairies et le prieuré. Au final, les taux nominaux par hectare ont été multipliés par 10,5 pour les bordages et par 7,3 pour les métairies.

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Cependant il faut aussi considérer que les grandes entités sont aussi théoriquement plus solvables car elles disposent d’un surplus plus important à mettre sur le marché. Et le bailleur peut imposer contractuellement des charrois au fermier pour apporter aux greniers de l’abbaye les différentes rentes en nature (grains, bois). En outre, il ne faut pas laisser de côté les « frais de dossier » ; la gestion de chaque entité coûte à peu près la même somme au bailleur quelle que soit sa taille en frais d’actes [37][37] Ce qui n’est pas tout à fait vrai après l’introduction... et de collecte des rentes. Et il ne faut surtout pas oublier les frais d’entretien des bâtiments qui ne peuvent pas tous être mis à la charge du locataire (mais dans les baux longs le détenteur devait tout prendre en charge y compris souvent la reconstruction des bâtiments ruinés au xve siècle). Le nombre desdits bâtiments est moindre quand on diminue leur nombre par agrandissement des lots affermés. Si trois bordages moyens deviennent une petite métairie cela fait plus de la moitié de bâtiments en moins et deux dossiers en moins. En 1790, il ne reste donc plus à gérer que 34 lots, dont une majorité de métairies (et les dîmeries sont à peu près toutes associées à une exploitation agricole), au lieu de 74 lots avant 1550, dont une minorité de métairies (les dîmeries sont comptées comme des lots particuliers). Réduction drastique…

Une augmentation certaine des revenus de l’abbaye

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Cette évolution de la politique foncière a-t-elle conduit à une augmentation des revenus de l’abbaye de Saint-Vincent du Mans ? Calculons maintenant les revenus perçus localement par l’abbaye, sur la base des baux des entités retenues dans l’étude, sachant que certains éléments sont inclus dans les baux des prieurés. Je choisis trois moments pour lesquels nous disposons d’un maximum d’informations. Une situation avec un nombre important de baux longs, avec 28 entités sur 63 et presque la moitié des métairies et bordages, soit 1566. Une situation qui marque la fin des effets de la reconstruction et des baux à long terme avec dès lors des baux de 6 ans et qui se situe avant la plupart des agrandissements de métairies, soit 1606. Et la situation finale avec des baux courts mais plus longs qu’au xviie siècle, avec des baux de 9 ans, soit 1790. L’année moyenne de début d’exercice des baux de l’état des biens de 1790 est égale à 1786 et cet état tient compte de l’envolée des fermages des années 1780 ; la forte augmentation des baux débutant du 1er mai 1787 au 1er mai 1790 implique un surplus d’environ 1200 livres tournois par rapport aux baux correspondants signés 9 ans plus tôt, sans compter l’évolution des pots-de-vin que nous ne connaissons pas.

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Entre 1566 et 1790 (1786), soit en 220 ans, nous assistons à une multiplication du revenu par 7,8 en monnaie courante et par 2 en monnaie de définition constante [38][38] Valeur de la livre tournois : voir la note sur les.... Entre 1566 et 1606, soit en 40 ans, on note une multiplication par 1,65 et par 1,26. Entre 1606 et 1790, soit en 180 ans, nous avons une multiplication par 4,75 en monnaie courante et par 1,6 en monnaie de définition constante. Donc l’augmentation en monnaie de définition constante est de + 26 % (+ 0,7 % par an) après l’abandon des baux longs et de + 61 % (+ 0,3 % par an) sur la période des baux courts avec allongement de la durée de ceux-ci et agrandissement des métairies. Retenons que l’évolution n’a pas été uniforme sur cette dernière période de 180 ans avec une augmentation en monnaie courante entre le règne d’Henri IV et le début du règne de Louis XIV, suivie d’une stagnation jusque dans les années 1740 (et en fait une diminution en termes réels) et avec une reprise à partir du milieu du xviiie siècle qui s’est accélérée sur la fin. Mais si l’on traduit le revenu total en l’équivalent d’une quantité de boisseaux locaux de froment on trouve une quasi stabilité entre 1566 et 1606, avec environ 3700-3800 boisseaux, et presque un doublement en 1790 (+ 87 % à + 90 % avec environ 7100 boisseaux). Magie de l’évolution des prix relatifs des différents produits et biens…

Tableau 4 - Revenus annuels pour l’abbaye d’après les baux des biens de Saint-Vincent retenus dans l’étude (chiffres arrondis, en livres tournois)Tableau 4

nb : Les pots-de-vin de 1606 sont une participation aux dépenses pour les travaux de l’église abbatiale ; en 1790 il s’agit en fait d’une avance forfaitaire sur les fermages et les pots-de-vin les plus élevés sont ceux réclamés pour les métairies dont le fermage nominal évolue peu. Ces derniers biens sembleraient être ceux affectés à la rente de l’abbé commendataire ; les pots-de-vin tombent dans l’escarcelle du couvent et pas dans celle du commendataire. Ils ont été ramenés à une moyenne annuelle d’après la durée de chaque bail. Le « gros du curé » à la charge du fermier de certaines dîmes n’est pas compté ici. Pour les baux des dîmes, j’ai procédé à une estimation de ce qui est inclus dans le total de la charge du fermier sans indication du détail. Les grains ont été valorisés sur la base d’estimations de prix à chaque date. On comptait 1815 boisseaux de grains divers en 1565, 1615 boisseaux en 1606, 545 boisseaux en 1790 ; cette perte d’intérêt pour les grains peut sans doute être mise en relation avec l’arrêt des distributions des aumônes en grains au Mans. Par ailleurs, le beurre, les chapons et les poulets intéressent moins les religieux en 1790 que deux siècles auparavant. Les revenus des fiefs ont souffert de la perte d’une partie des rentes et des droits de mutation du fait de l’augmentation des entités affermées. Au milieu du xvie siècle le bail du fief de Maignennes rapportait plus qu’une métairie ; ce qui n’est plus le cas en 1790.

Sources : Arch. dép. Sarthe H147, H149, H131, H151 et L361 pour les bases principales des évaluations ; Hauser, 1936 et Gautier, 2011 pour les bases des estimations du prix des grains.
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Les divers effets de ces politiques d’amodiation sur la structure agraire sont bien connus par ailleurs [39][39] En laissant de côté les particularités bretonnes, basques..., avec des variantes, et ne sont pas une particularité mancelle. Tous les arguments exposés sont déjà établis dans leur généralité mais il n’est sans doute pas inutile de les rappeler à propos d’une situation locale particulière, même si des investigations systématiques supplémentaires seraient nécessaires à une généralisation du cas étudié avec une extension aux laïcs manceaux.

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Au départ, il s’agissait de favoriser l’installation du plus grand nombre possible de familles qui ne disposaient pas en général d’un train de culture et que les maîtres du sol ne pouvaient pas toutes aider dans un premier temps en apportant le capital qui manquait. On favorisa donc les entités de petite taille ou de taille moyenne, et on garantissait une sécurité pour l’exploitation grâce à des baux de long terme, le tout dans les cadres juridiques du monde féodal encore prégnant. Les métairies étaient de faible grandeur par rapport à ce qu’elles seront plus tard.

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Puis une autre logique s’imposa progressivement en rapport avec l’accumulation progressive d’un capital d’exploitation dans une partie des ménages ainsi multipliés et en lien avec ce qui était du point de vue des propriétaires une rationalisation de la mise en valeur de leur patrimoine [40][40] Retenons aussi que la bonne gestion du temporel était.... L’état d’esprit du propriétaire foncier « moderne » s’installa progressivement en assimilant ce qui pouvait servir dans les cadres juridiques du monde féodal avant d’abolir celui-ci, même si la possession de biens fonciers relevait pour une part d’une logique de positionnement social.

58

Et les bénédictins de Saint-Vincent du Mans ont suivi la tendance, avec, semble-t-il, un léger décalage temporel qui peut se remarquer à travers les différences dans l’évolution des fermages aux xviie et xviiie siècles entre l’abbaye de Saint-Vincent, l’Hôpital général du Mans et le chapitre Saint-Julien [41][41] Gautier, 2010, p. 121.. Cependant, ils ont aussi participé à leur modeste échelle au développement d’une certaine polarisation sociale, certes moins importante que celle des grandes plaines du Bassin parisien, entre ceux qui avaient accès à une exploitation viable et ceux qui ne pouvaient faire autrement que fournir tout ou partie de leur capacité de travail à ces derniers pour le plus grand bien de la rente foncière. Il resterait à démontrer que la productivité globale de cette économie rurale a augmenté en relation avec ces changements. En revanche, ces évolutions ont permis le développement local de l’économie marchande, sans pour autant aller jusqu’à envisager une marche en avant vers un certain capitalisme agraire. Car localement la plupart des fermiers sont restés de modestes personnages soumis aux caprices de la conjoncture et aux exigences des propriétaires.


Annexe

1 - Les sources aux Archives départementales de la Sarthe Abbaye de Saint-Vincent du Mans et dépendances

59

Les documents sur les amodiations par l’abbaye de Saint-Vincent du Mans sont peu nombreux avant 1520, de 1535 à 1545, de 1550 à 1580, de 1605 à 1640, de 1665 à 1700, dates rondes. Il n’y a pas de documents conservés pour les baux au xve siècle.

Les états des biens

60

H141 Registre recensant l’ensemble des biens de l’abbaye, leur contenance et la référence des déclarations féodales ; les dernières mentions datent du début du xviiie siècle, les plus fréquentes sont d’environ 1665 et d’environ 1680. Les dépendances du fief de Maignennes sont citées mais ne sont pas décrites.

61

H167 Terrier de Maignennes daté de 1555 sur la couverture. Cette date est fausse ; l’examen des mentions contenues peut permettre de le dater de 1584 ou 1585 à la fin du bail de Jean Bontemps (le bail prévoit la fourniture d’un papier terrier). Le contenu doit aussi être soumis à la critique.

62

H168 Recueil des aveux et déclarations à la seigneurie de Maignennes ; partiel ; environ 1500, environ 1680.

63

H172 Écrou pour les assises de Maignennes en 1691. H212 Prieuré d’Avesnes, fin xviie siècle-xviiie siècle.

64

H228-H229 Prieuré de Mézières-sous-Ballon situation fin xve siècle-fin xvie siècle ; ce prieuré dépendait de l’office de sacristain de l’abbaye mais a été ensuite uni à la manse commune.

65

L361 Inventaire des biens, revenus et charges de 1790.

66

1Q87 Biens nationaux. État descriptif des biens des établissements religieux daté de 1791, volume relié pour l’ensemble des districts.

67

1Q476 Biens nationaux. État descriptif du district de Mamers daté de 1790 (repris dans 1Q87).

Les « baillées »

68

H126 Anciennes baillées à ferme, à cens et rentes, accords, transactions (concerne le xvie siècle à partir de 1540 et le début du 17e siècle).

69

H129 Registre 1520-1536, baux par l’abbé et le chapitre de Saint-Vincent.

70

H130 Registre 1577-1593, baux par le cellérier. H131 Registre 1594-1606, baux par le cellérier.

71

H132 Registre 1643-1664, baux par le cellérier. H133 à H138 Registres de baux de 1701 à 1774.

72

H173 Registre en deux parties ; 1523-1537 baux de biens dépendant de Maignennes ; 1547-1552 baux de biens géographiquement plus étendus (cf. les registres des baux H130 à H138).

73

H128 Registre contenant des accords et marchés avec les fermiers principalement pour des réfections vers 1637-1650.

Les recettes

74

H142 Comptes de la Pitancerie 1524-1526.

75

H143 Recette des biens dépendants de la Crosse avec le rappel de celle des dîmeries et prieurés sur trois années 1587-1590 avec récapitulatif et quitus.

76

H147 Recette des biens dépendants de la Crosse et partie de la Pitancerie avec le rappel de celle des dîmeries et prieurés 1566-67 sans récapitulatif (il manque apparemment des pages).

77

H149 Comptes du grainetier 1566-67 avec récapitulatif et quitus.

78

H150 Comptes du grainetier 1578-79 avec récapitulatif et quitus.

79

H151 Comptes du grainetier 1606-07 sans récapitulatif.

80

H152 Comptes du grainetier 1633-34 sans récapitulatif.

81

H154-155 Lièves recensant les biens et les montants dus et payés par les fermiers ; références pour les baux de 1778 à 1790. Ces registres semblent avoir été ouverts dans le courant de l’année 1787.

Les dossiers de la seigneurie de Maignennes

82

H169 à H172 Dossiers recueillant des pièces individuelles, surtout des baux, pour les différents biens qui ont été affectés à la recette de Maignennes même s’ils ne dépendaient pas féodalement de cette seigneurie. Le prieuré de Courgains n’a laissé aucun dossier mais on trouve ici des éléments sur celui de Mézières requalifié aux xviie et xviiie siècles en « terre de Mézières » avec les dîmes. Ils permettent souvent de compléter la séquence des baux pour le xviie siècle.

Note sur la seigneurie de Maignennes

83

Maignennes est l’orthographe utilisée dans les textes français jusqu’au xviiie siècle ; Mayanne actuellement. Les chartes latines de Saint-Vincent du xie au xiiie siècle notent Maignenias ou parfois Megnenes/Magnanes ; la rédaction Maignanne apparaît sous la plume d’un notaire du xviiie siècle et lors de la vente des Biens nationaux en 1791. C’est une seigneurie dont la constitution et la mouvance précise sont difficiles à établir. Les dossiers des Archives départementales sous ce nom rassemblent en fait des biens dont la mouvance féodale n’est pas toujours certaine ou qui n’en dépendaient pas féodalement comme à Courgains. Par exemple le terrier de 1585 (coté H167) semble plutôt correspondre aux biens qui dépendent de la recette de Maignennes, en particulier pour la livraison des grains de rente, comme les métairies et bordages baillés à vie à Courgains, avec l’absence des métairies et bordages affermés à prix d’argent, comme ceux de Nouans, qui dépendent de « la Crosse » ou de « la Pitancerie ».

84

Néanmoins ce domaine et sa mouvance apparaît comme un patchwork de métairies, de bordages et de pièces de terre, pré, vignes et bois principalement répartis sur les paroisses de Saint-Georges et Saint-Martin-de-Dangeul, Congé-sur-Orne, Courgains, Dissé-sous-Ballon, Doucelles, Lucé-sous-Ballon, Les Mées, Meurcé, Nouans, Pizieux, René, Saosnes, Saint-Ouen-des-Ponts-de-Ballon, Saint-Calez-en-Saosnois, Thoiré-sous-Contensor, Vivoin. Certaines de ces paroisses n’interviennent en fait qu’à la marge dans la définition du domaine et de ses dépendances. La réserve est beaucoup plus importante que l’ensemble des censives et des biens « hommagés ». En 1790 on peut estimer la surface totale des biens administrés, bois inclus, à environ 830 ha, y compris la « terre de Mézières » et sans les domaines et dépendances des prieurés d’Avesnes et de Courgains.

85

Cette seigneurie dépendait directement de l’abbaye et les métairies et bordages de sa réserve étaient gérés par le cellérier pour le compte de l’abbé et du couvent. Une enquête juridictionnelle de 1397, dont les documents sont rassemblés sous la cote H123, confirme ce statut de seigneurie et le droit de tenir des assises. Apparemment cette seigneurie était haute justicière selon ce dernier document et si l’on retient les deux fourches patibulaires près du lieudit le Gibet citées dans le terrier de 1585. Cette seigneurie semble être le résultat des divers dons et achats de biens rassemblés autour de la donation primordiale d’une « villa » et d’une église en 1096. Une métairie y est associée, assimilable à la « basse-cour » du manoir qui est matérialisé par une « aula » et l’habitation avec une chapelle attenante, outre la grange dîmeresse. La présence de la chapelle sur ledit lieu de Mayanne résulte d’une tenace intervention anticoncurrentielle des moines à la charnière entre le xie siècle et le xiie siècle.

Note sur les mesures et les unités de mesure

86

Les unités locales de mesure de surface sont le journal pour les terres, l’hommée pour les prés et le quartier pour les vignes. Les pièces de terre peuvent aussi être évaluées en nombre de boisseaux de semences de blé. La surface prise par les haies et les fossés pourrait ne pas être prise en compte dans ce mode d’évaluation. Lors de la mise en place du système métrique il fut établi que le journal local valait 0,44 ha et l’hommée 0,33 ha. Mais je me suis posé la question de la pertinence des équivalences d’une part entre le journal du xvie siècle et ses 4 boisseaux de blé de semences mesure de Sonnois et le journal du xviiie siècle et ses 3 boisseaux de blé de semences mesure de Beaumont ou de Mamers et d’autre part entre la « journée d’homme faucheur » des actes du xvie siècle et l’hommée du xviiie siècle. Sans oublier « la journée d’homme bêcheur » pour les jardins, clos et vignes. J’avoue avoir encore des doutes. L’écart sentre les contenus du journal pourrait être de l’ordre de 5 à 10% si l’on s’en tient au rapport entre les nombres de boisseaux de semences. Et quelle était la surface des prés de Maignennes sur la rivière Orne, 10 hommées comme au xvie siècle ou 12 hommées comme aux xviie et xviiie siècles ?

87

En outre on observe des variations dans la taille de certaines parcelles de même nom entre deux montrées de métairie à des dates relativement proches. Sans oublier les différences trouvées entre les évaluations de surfaces des états descriptifs de 1790 et celles des montrées faites à des dates proches pour certaines métairies. Les évaluations des états des Districts de 1790 devraient être soumises à une critique approfondie du fait de certaines incohérences ou absences que j’ai pu relever. Il ne faut donc pas se préoccuper outre mesure de la précision des chiffres cités dans le texte. Ce sont des ordres de grandeur comme l’étaient les contenances indiquées dans les actes.

88

Ici le boisseau de référence est celui de Sonnois (« Saosnois » depuis le xixe siècle) qui est différent de celui de Mamers et dont on a du mal à établir la contenance exacte en unités métriques. Il est plus proche du boisseau de Beaumont que de celui de Mamers et a une contenance proche du double de celui du Mans. Soit 35 ou 38 litres ras et 60 livres (de 16 onces) de froment d’après quelques notations des religieux de Saint-Vincent à diverses époques. Au début du xviiie siècle ce boisseau de Sonnois ne devait plus être utilisé depuis quelques temps car en 1704 le bail des dîmes de Courgains prévoit pour la livraison des grains du « gros » du curé local l’emploi d’une ancienne mesure en dépôt chez la veuve du prédécesseur du nouveau preneur.

89

Evolution de la définition de la livre tournois selon le Bulletin de Statistique et de Législation Comparée (1888). Celle de 1566 est égale 3,83 fois celle de 1790 et 1,3 fois celle de 1606 ; celle de 1606 est égale à 2,95 fois celle de 1790. En 1606, la perte de valeur est égale à 23% par rapport à 1566 et en 1790 à 74% par rapport à 1566 et à 66% par rapport à 1606. De 1578 à 1602 les prix des contrats sont exprimés en écus avec l’équivalence 1 écu égal 60 sols ou 3 livres (Ordonnance de septembre 1577). La définition de la monnaie a été stabilisée à partir de 1726.

2 - Détail de l’évolution de chaque entité par périodes de 30 ans

90

Les bordages des Perruches et de la Varanne sont apparus tardivement à Mézières en prenant le nom de pièces de terre citées antérieurement. En 1790 le bordage des Perruches est désigné comme « alias la Brière » qui est un bordage présent au xvie siècle ; mais le bordage de l’Ouche qui n’apparaît plus à partir du xviie siècle a peut-être été lui aussi requalifié. La métairie de la Fournerie à Pizieux n’apparaît dans la documentation que vers 1640. Au cours du temps les terres des deux moulins ont été incluses dans les baux des métairies du même nom.

91

Légende : « An à vie », le plus ancien bail à long terme connu ; « An bail », première mention d’un bail à terme court avec interpolation possible ; « perpétuité » ou « perpét. », baillée à toujours mais ou rente perpétuelle ; « vie », bail à une ou plusieurs vies ; « partiaire », bail à moitié fruits ; « ferme », bail à ferme ; « ???? », entité non renseignée pour la période.


  • En renvoi de la première note de bas de page je citerai quelques travaux d’histoire rurale, tirés de mes lectures, au sujet de la reconstruction du xve siècle et du rassemblement de terres par les élites des temps qui ont suivi, soit :

    • Les deux premières parties du deuxième volume (1975) de l’Histoire de la France rurale rédigées par Hugues Neveux et Jean Jacquart qui mobilisent des travaux sur le Bordelais, le Languedoc, la Région parisienne, le Cambrésis, l’Auvergne, la Haute Normandie, le Quercy, la Provence et d’autres régions ; mais l’Ouest est particulièrement absent à l’exception de l’incontournable Gâtine poitevine ;

    • Les actes du 104e Congrès National des Sociétés Savantes en 1979 ;

    • L’ouvrage de Jean Jacquart sur le sud de la Région parisienne (1974) ;

    • L’ouvrage de Louis Merle sur la métairie de la Gâtine poitevine (1958) ;

    • L’ouvrage de Jean-Marc Moriceau sur les fermiers de l’Île-de-France (1994) ;

    • Et l’ouvrage de Jean Tricard sur la reconstruction dans le Limousin (1996) avec une bibliographie sur le thème de la reconstruction après les guerres anglaises ; voir aussi la note bibliographique page 60 dans Jean Tricard, Livres de raison, chroniques, terriers : les passions d’un médiéviste, Limoges, pulim 2007.

  • Béaur, Gérard, Arnoux, Mathieu et Varet-Vitu, Anne (éd.), Exploiter la terre, les contrats agraires de l’Antiquité à nos jours, Actes du colloque international de Caen (septembre 1997), Rennes, ahsr, « Bibliothèque d’Histoire Rurale, 7 », 2003, 591 p.
  • Bouton, André, Le Maine, Histoire économique et sociale, xive-xve-xvie siècles, Monnoyer, Le Mans, 1970, 1038 p.
  • Bulletin de Statistique et de Législation Comparée, Les variations de la livre tournois, Paris, Ministère des Finances, Imprimerie Nationale, Paris, 1888, p. 5-10.
  • Chereau, Claude, « Pour une approche méthodique des baux angevins et manceaux aux xviie et xviiie siècles », in Le Roy Ladurie, Emmanuel, et Goy, Joseph (éd.), Prestations paysannes, dîmes, rente foncière et mouvement de la production agricole à l’époque préindustrielle, Colloque de 1977, Paris, Éditions de l’ehess, 1982, p. 521-528.
  • Duby, Georges et Wallon, Armand, Histoire de la France Rurale, L’âge classique des paysans de 1340 à 1789, t. 2, Paris, Le Seuil, 1975, rééd. « Points Histoire », 1992, 658 p.
  • Flaran, Les Revenus de la terre, Septièmes journées internationales d’histoire de Flaran (septembre 1985), Auch, 1987, 206 p.
  • Flaran, La Dîme dans l’Europe médiévale et moderne, Trentièmes journées internationales d’histoire de Flaran (octobre 2008), Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2010, 272 p.
  • Froger, Louis, « Les comptes de fabrique de la paroisse de Courgains au xve siècle », Union historique et littéraire du Maine (La Province du Maine), t. 1, 1893, p. 382-385, t. 2, 1894, p. 18-21, 52-57, et 78-81.
  • Garnier, Bernard, « Structure et conjoncture de la rente foncière dans le Haut-Maine aux xviie et xviiie siècles », Problèmes Agraires et Société rurale, Cahier des Annales de Normandie n° 11, Caen, 1979, p. 103-126.
  • Gautier, Michel, Le Fil et le blé. Neuf mille arpents et trois mille cinq cents manceaux au xviie siècle, Paris, chez l’auteur, 1998, 310 p., 2e édition, 2010, 291 p. ;
    —, « Les moines bénédictins de Saint-Vincent du Mans à la fin du xvie siècle », La Province du Maine, 3e trimestre 1998, Le Mans, p. 227-232 ;
    —, Un Canton agricole de la Sarthe face au « monde plein » : 1670-1870, Paris, L’Harmattan, 2010, 343 p. ;
    —, Mercuriales des grains de la Sarthe xviie, xviiie, xixe siècles, Paris, chez l’auteur, 2011, 114 p.
  • Grégoire, Danielle, Contribution à l’histoire du revenu agricole : dîme et rente foncière dans le Haut-Maine au xviiie siècle, Thèse de 3e cycle, Université du Maine, 1982.
  • Hauser, Henri, Recherches et documents sur l’histoire des prix en France de 1500 à 1800, Paris, 1936, 525 p.
  • Jacquart, Jean, La Crise rurale en Île-de-France, 1550-1670, Paris, Armand Colin, 1974, 800 p.
  • Latouche, Robert, « L’exploitation agricole dans le Maine du xiiie au xvie siècle », Annales de Bretagne, t. 51, 1944, p. 218-229.
  • Ledru, Ambroise, « La paroisse de Courgains d’après ses comptes de fabrique de 1417 à 1426 », Union historique et littéraire du Maine (La Province du Maine), t. 1, 1893, p. 216-219, p. 247-252.
  • Merle, Louis, La Métairie et l’évolution agraire de la Gâtine poitevine de la fin du Moyen Âge à la Révolution, Paris, sevpen, 1958, 252 p.
  • Moriceau, Jean-Marc, Les Fermiers de l’Île-de-France. L’ascension d’un patronat agricole (xve-xviiie siècle), Paris, Fayard, 1994, 1069 p.
  • Tricard, Jean, Les Campagnes limousines du xive au xvie siècle, originalité et limites d’une reconstruction rurale, Paris, Publications de la Sorbonne, 1996, 285 p.

Notes

[1]

Cf. infra la note introductive de la bibliographie. Nombre de ces études datent d’avant 1975.

[2]

Latouche, 1944 ; Bouton, 1970, p. 227-255.

[3]

Ce dernier thème a aussi été brièvement évoqué dans Gautier, 1998a, p. 136-138.

[4]

L’abbaye de Saint-Vincent du Mans était l’une des plus anciennes abbayes bénédictines du Maine. Passée en commende vers 1470, elle fut ensuite membre de la Congrégation de Chézal-Benoît de 1505 à 1636, date de l’introduction de la réforme de la Congrégation de Saint-Maur. Elle fut de nouveau en commende en 1763, ce qui n’était en fait qu’un prélèvement important sur ses revenus, sans autre influence sur la vie du couvent.

[5]

Voir l’annexe consacrée aux documents des Archives départementales de la Sarthe.

[6]

La liste de ces entités, prieurés, métairies, bordages, moulins, lots figure en annexe.

[7]

Dans cette région la distinction est faite entre les bordages et lieux, petites ou minuscules exploitations, et les métairies dont la surface dépasse en général les 15 ha mais atteint rarement 90 ha ou même 50 ha. Un bordage peut être une simple maison sur cour avec un jardin et un clos à chènevière ou une exploitation de 10 ha de terres, pâtures et prés.

[8]

Bouton, 1970, p. 79.

[9]

Canton de Marolles-les-Braults ; Ledru, 1893 et Froger, 1893-1894.

[10]

Bouton, 1970 ; Latouche, 1944 (sauf que le bail à 3 vies porte sur 3 générations).

[11]

Les biens « censifs » connus de la seigneurie de Maignennes et des prieurés sont des parcelles ou des petits bordages. Seuls les biens « hommagés » ont plus d’ampleur.

[12]

Ces baux sont en fait assez semblables au copyhold anglais.

[13]

Les unités de mesure locales sont indiquées dans une note en annexe.

[14]

Arch. dép. Sarthe H129 pour les trois exemples.

[15]

Gautier, 1998b, p. 229 et Gautier, 1998a, p. 212.

[16]

Médiathèque Le Mans nécrologe Ms 41 et 67, Arch. dép. Sarthe H169 et H229.

[17]

Arch. dép. Sarthe H129.

[18]

D’abord Crison puis Grison. Même phénomène avec Caigné/Gaigné et autres cas. Le document daté de 1541 présent dans le dossier de Maignennes sous la cote H169 est en fait une copie certifiée de l’acte de 1464 rédigé par le notaire de la Cour de Dangeul durant l’abbatiat de Robert de Monhoudou. Parmi les témoins figure Jean Crison qui est peut-être le père du Jean Grison de Touchalleaume.

[19]

Il s’agit sans doute du père du précédent Pierre.

[20]

Arch. dép. Sarthe H169, H171 et H173 pour tous ces exemples.

[21]

Les biens affermés à un notaire, un prêtre ou un marchand devaient faire l’objet de baux secondaires que nous ignorons le plus souvent, en particulier pour ce qui concerne les dépendances des prieurés quand ceux-ci étaient loués en bloc.

[22]

Arch. dép. Sarthe, trois volumes imprimés ; Série H Clergé régulier 1re partie - H1 à H1000 publié en 1881, Série H 2e partie - H1001 à H1975 publié en 1881, Série G Clergé séculier - G1 à G905 publié en 1876.

[23]

Le bordage de la Ferme, diminué, a fait l’objet d’un échange contre une rente en 1761, confirmé en 1771.

[24]

Je n’ai pas pu déterminer le cadre juridique des deux premières cessions. Pour plus de simplicité, je parlerai donc de « vente » au sujet de ces trois entités.

[25]

Arch. dép. Sarthe, 1Q87 et 1Q476.

[26]

Voir la note sur les unités de mesure en annexe.

[27]

Ces termes « anachroniques » ont été choisis à dessein pour marquer une réalité structurelle locale qui perdurera au moins jusqu’à la fin du xixe siècle : Gautier, 2010, p. 118-119.

[28]

Arch. dép. Sarthe, H173.

[29]

Terme pour désigner les ovins en général.

[30]

À ce sujet, et sur le mode de calcul de « l’unité gros bétail » ou ugb, voir Gautier, 2010.

[31]

Au passage, on peut retenir que dans la région, vers 1530, un couple de bœufs de travail était donc prisé 16 livres, une vache 4,25 livres contre 195 livres et 45 livres vers 1765. Au total, la valeur de l’ugb a été multipliée par environ 12,5 entre les deux périodes (10 livres contre 125 livres, chiffres ronds) alors que le taux de fermage à l’hectare pour ce type d’exploitation n’a été multiplié que par un peu plus de 6,5 (2,75 livres/ha contre 18 livres/ha, chiffres ronds).

[32]

Selon un assolement triennal qui est la norme locale à ces époques.

[33]

Lors des montrées, on compte les « souches » et les arbres présents, tant fruitiers que bois d’œuvre ; on constate aussi le respect de la bonne exploitation du bois des haies outre leur bon état général.

[34]

Rigoles de drainage.

[35]

Gautier, 1998a, p. 139 et Gautier, 2010, p. 117-118.

[36]

Gautier, 2010, p. 297-298.

[37]

Ce qui n’est pas tout à fait vrai après l’introduction des droits d’enregistrement à la fin du xviie siècle.

[38]

Valeur de la livre tournois : voir la note sur les unités de mesure en annexe.

[39]

En laissant de côté les particularités bretonnes, basques ou montagnardes.

[40]

Retenons aussi que la bonne gestion du temporel était l’une des exigences de la réforme de la congrégation de Saint-Maur.

[41]

Gautier, 2010, p. 121.

Résumé

Français

À travers l’exemple de la mise en valeur des biens de l’abbaye bénédictine de Saint-Vincent du Mans dans le nord-est de la Sarthe, sont examinées sur le long terme les modalités de la reconstruction entreprise après les guerres anglaises du bas Moyen Âge (« Guerre de Cent Ans ») et de la patiente constitution d’un ensemble d’exploitations de bonne taille pour cette région. Sont évaluées les conséquences des différentes politiques d’amodiation sur la structure agraire locale et sur les revenus que l’abbaye tire de ce terroir.

Mots-clés

  • baux ruraux
  • Bénédictins
  • bordage
  • Maine
  • métairie
  • Moyen Âge
  • structure agraire

English

The modes of rural reconstruction after the English Wars of the Late Middle Ages in France (“Hundred-Year War”), and of the farm expansions that took place thereafter, are analyzed using the practices recorded in acts of Saint Vincent’s Abbey in Le Mans, and developed on sites to the north-east of the province of Maine (Sarthe). The paper then assesses the effects of various leasing policies on the local agrarian structure and the rents of the abbey.

Keywords

  • Benedictines
  • France
  • Maine
  • agrarian structure
  • farms
  • cottage
  • copyholder
  • leases
  • Middle Age
  • 16th century
  • 17th century
  • 18th century

Español

Basándose en el ejemplo de las posesiones del monasterio benedictino de Saint Vincent de Le Mans sitas en pueblos del nordeste de la provincia del Maine (Oeste de Francia), se describen en la larga duración los efectos de la reconstrucción rural después de las guerras inglesas (“Guerra de cien años”) caracterizados por la paciente creación de explotación de un buen tamaño para esta región. Se estima los efectos de las diferentes políticas de arrendamiento en la estructura agraria de la comarca y en los ingresos del monasterio.

Palabras claves

  • Benedictinos
  • Francia
  • Maine
  • estructura agraria
  • fincas
  • arrendamientos rurales
  • Edad Media
  • siglo xvi
  • siglo xvii
  • siglo xviii

Plan de l'article

  1. Reconstruire
    1. Les « baillées » à long terme
    2. Anecdote, les moines et leur famille
  2. Sortir du temps de la reconstruction
    1. Exemples de sortie sur « incident »
    2. Les phases de l’opération
    3. Comparaison avec d’autres institutions
  3. Constituer des lots affermés plus importants
    1. Réaménagement et devenir des métairies
    2. Importance des lots de terres incorporés et mal référencés
    3. Cumuls de lots dans la même main
  4. Les résultats de cette politique foncière et ses conséquences
    1. Une diminution du nombre d’exploitations
    2. Des trains de culture sans doute plus importants
    3. Une composition des métairies peut-être moins efficace
    4. Des obligations plus détaillées et plus contraignantes pour le fermier
    5. Simplifier la gestion et assurer les rentes
    6. Une augmentation certaine des revenus de l’abbaye

Pour citer cet article

Gautier Michel, « Une si longue (re)construction. La gestion foncière d'une abbaye dans le Haut Maine de 1450 à 1790 », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2012 (Vol. 38), p. 51-84.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2012-2-page-51.htm


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