Accueil Revues Revue Numéro Article

Histoire & Sociétés Rurales

2013/1 (Vol. 39)


ALERTES EMAIL - REVUE Histoire & Sociétés Rurales

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 17 - 42 Article suivant
1

Un groupe de marchands du Lauragais, de Castelnaudary en particulier, a été repéré par Anthony Pinto, vendant, au début du xve siècle, en Roussillon et dans le comté d’Empúries, du pastel aux teinturiers, se faisant payer en drap ou en transferts de créances et utilisant des agents locaux [1][1] Le Lauragais est une région située au sud-est de Toulouse,.... Ces marchands sont Guilhem et Joan Ambri, Pere Raimond Ricart, Bernat Barrera, Joan Amell, Bernat Anglade, Joan Salvatge, Pere Marti Alayrach et surtout Raimond Gotviles et ses associés, Joan Macip, Jofre Riu, Bartomeu Scarell, Miquel Robert [2][2] Pinto, 2001, p. 424-455.. Considérés comme des négociants d’envergure en terres catalanes, ces hommes sont-ils particulièrement actifs dans leur région d’origine, quel est leur rôle exact, se bornent-ils à vendre du pastel ? Peut-on estimer leur fortune ?

2

Pour approcher ces négociants, j’ai dépouillé les registres notariés de Castelnaudary conservés aux Archives départementales de l’Aude, correspondant à leur période d’activité à Perpignan et en Catalogne, soit la première moitié du xve siècle (notes brèves et étendues de Jean Amiel, Jean Riparie, Michel Salomon, Bertrand Embrini, André Brejoni, Jean de Barra, Paul Guilhem de Caussidières).

3

Les registres notariaux constituent une source essentielle de la recherche en histoire, surtout depuis la loi de 1928 préconisant le dépôt systématique des plus anciens minutiers dans les établissements publics (des registres de Castelnaudary du xve siècle ne sont toutefois arrivés aux Archives départementales qu’à la fin des années 1980). Pendant la seconde moitié du xixe siècle, archivistes et juristes se sont intéressés aux origines du notariat, aux diverses formes de l’institution, puis ont été étudiées l’organisation des communautés de notaires et la forme des actes. À partir des années 1950, de grandes thèses d’histoire urbaine du Moyen Âge ont intégré les sources notariales [3][3] En particulier pour le Toulousain : Wolff, 1954. mais l’histoire notariale elle-même n’émerge qu’à partir des années 1980 [4][4] Laffont, 1990..

4

L’étude des actes privés constitue une source de l’histoire du droit : conditions juridiques des personnes et des biens, droit de la famille, contrats de mariage, dévolution du patrimoine par les testaments et donations. Elle est aussi une source de l’histoire des mentalités : attitudes devant la mort, ordonnancement des suffrages, legs pieux et charitables [5][5] Marandet, 1998.. Elle est aussi une source incontournable de l’histoire économique et sociale : contrats de vente, d’embauche, baux de fermage, de métayage, baux à cheptel, inventaires après décès, reconnaissances de dettes, constitutions de rentes, contrats d’associations commerciales). C’est dans cette dernière optique surtout que j’ai utilisé les minutiers des notaires de Castelnaudary en relevant tous les actes où apparaissaient les négociants actifs en Roussillon.

5

Il faut bien sûr tenir compte des problèmes inhérents à la source notariale et, tout d’abord, l’état lacunaire de celle-ci. Au bas Moyen Âge, des centaines de notaires ont instrumenté en Toulousain ; pour Toulouse même, subsistent en tout ou partie les registres de 71 notaires, or, une vingtaine de charges était créée par an, d’après les livres matricules [6][6] Marandet, 1992, p. 34.. Pour Castelnaudary, le registre conservé le plus ancien est de la fin du xive siècle. Il est donc difficile de pratiquer une analyse sérielle des minutiers du Lauragais.

6

Ces registres notariés constituent, au moins pour l’étude de la pratique testamentaire, un « miroir déformant », le notaire fournissant son modèle de testament et donc de préambule, orientant par ses questions le testateur vers telle ou telle pratique dévotionnelle [7][7] Id., 1998, p 55, p. 254, p. 348.. En matière de testaments mais aussi de contrats de sociétés, de prêts, de ventes, les actes purement oraux sont réalisables, selon la coutume de Toulouse (en présence de sept témoins). J’en ai trouvé quelques mentions lors de mon étude des campagnes lauragaises, de même que l’existence de cartellum apportés au notaire pour régularisation, de reconnaissances de dettes conservées dans tel ou tel coffre de la maison ; ces archives ne sont malheureusement pas conservées.

7

A été aussi utilisé le registre d’estimes [8][8] Registre à but fiscal décrivant les propriétés des... 4 e 076/cc9 daté de 1492 dans les inventaires de façon inexacte : il remonte en réalité au tout début du xve siècle, au plus tard à 1416 [9][9] Sur les problèmes de datation, cf. Marandet, 2006,.... La limite entre allivrés et nichils solvabiles semble comprise entre 2 et 3 livres tournois d’allivrement (valeur cadastrale des biens et non valeur vénale). Des registres de 1429, 1435, 1450 inventoriés en 1493 qui pouvaient servir à une évaluation de la fortune des négociants ont disparu. Ce livre d’estimes a été folioté au Moyen Âge, du f° 127 au f° 207 (le dernier folio, le 208, a été folioté apparemment au xixe siècle), un foliotage moderne ayant été ensuite réalisé, allant du f° 1 au f° 78. Le premier folio (127 r°) ne correspond pas à un début de manifeste, on trouve, au fil des pages, des habitants du port (quartier) de l’Estrade (a lastrada) et du port Narbonnais (al portz Narbones) jusqu’au f° 134 r°, puis uniquement de Lestrade jusqu’au f° 142 r°. Le f° 142 v° est vierge ; au f° 143 r°, un titre annonce le port de la Baffe, mais on trouve quelques habitants du port de Bordes, insérés parmi ceux du port de la Baffe. Au f° 163 v° commencent les estimes del portz de las bordas. Au f° 202 bis r°, d’une autre écriture, commence l’estime des chanoines de la collégiale Saint-Michel, elle va jusqu’au f° 208. Elle n’est pas forcément contemporaine du reste du registre.

8

Ce livre d’estimes est incomplet, les ports de Sainte-Croix, de la Place et Dedins où vivent les plus aisés, manquent. On y trouve mention de 326 laïcs dont 323 ont effectué leur déclaration, mais 236 seulement ont été estimés lors de la réalisation du registre, les autres ont été rajoutés ultérieurement, entre deux déclarants d’origine (on avait visiblement prévu, pour les déclarants moyens, d’en mettre trois ou quatre par page, les noms ont été inscrits, les manifestes n’ont pas rempli tout l’espace), ou après ceux-ci, en fin de cahier, ce qui est le cas le plus fréquent. 39 déclarants relèvent de l’Église : les Carmes, le chapitre de la collégiale Saint-Michel et 37 chapelains [10][10] Marandet, 2006, p. 195-205..

9

J’ai aussi utilisé des mentions d’arrérages de taille conservées dans les comptes de la ville. Les marchands présents à Perpignan figurent tous dans les documents chauriens du début du xve siècle ; leurs patronymes étant donnés en latin dans les registres notariés, en occitan dans les livres d’estimes ou de taille, diffèrent légèrement de ceux trouvés dans les registres du Roussillon et du comté d’Empúries : ils deviennent Guilhem et Jean Embrini, Pierre Raymond Ricardi, Bernard Barreri, Jean Amelii, Jean Salnatge, Pierre Martin Alayraci, Raymond de Gorovilla [11][11] Probablement originaire du village de Gourvieille,..., Jean Mancipii [12][12] Peut-être apparenté à une famille de juifs de Perpignan,..., Guiraud de Rivo, Bartholomé Scarelli, Michel Roberti. Ils ne sont pas les seuls commerçants de la ville : de nombreux mercatores apparaissent dans les registres notariés ; j’en ai repéré 48 à partir de seulement trois minutiers. Beaucoup d’autres individus sont des trafiquants occasionnels de diverses marchandises : un fabre (forgeron) vend du pastel, un prêtre vend blé, orge, graine de pastel [13][13] Arch. dép. Haute-Garonne, 3 E 10161, f° 150 v°, 14... ; un fustier (charpentier) de Montgiscard vend quatre sarcinées (536 kg) de pastel agranat (poudre prête à l’emploi) [14][14] Ibid., f° 57 v°, 1406. Cf. Caster, 1962, p. 53. Les.... Arnaud de Podio, marchand ou macellier, selon les actes, vend des draps, de l’orge, donne des moutons en gasaille. Jean Niseti, licencié ès lois, vend régulièrement pastel et laine [15][15] P. Alacris et J. Sermens reconnaissent lui devoir 17... ; sa fille a épousé un marchand limouxin.

Leurs activités

Les produits échangés

10

Le Lauragais produit du pastel et l’exporte dès le xive siècle. À partir des années 1330, une fois terminée la prohibition des sorties des matières premières et des colorants [16][16] Prohibition par le roi de France, pour protéger la..., ce pastel est vendu à Perpignan et dans les pays de la couronne d’Aragon [17][17] Guy Romestan signale des ventes à Perpignan à partir.... Il arrive régulièrement à Perpignan par la route terrestre des pays de l’Aude et, éventuellement, par la mer depuis Narbonne [18][18] Wolff, 1954, p. 147 et Pinto, 2001, p. 434.. Anthony Pinto pense qu’il ne s’exporterait plus à compter de la fin des années 1350, peut-être à cause de la guerre ; à la place arrive du pastel de Lombardie. Le grand retour du pastel du Lauragais, du Toulousain et de l’Albigeois s’effectuerait à compter de 1380 [19][19] Pinto, 2001, p. 442 et suiv.. En 1356 pourtant, Jean, comte d’Armagnac, lieutenant-général du roi en Languedoc, confirme divers privilèges aux habitants de Castelnaudary, la ville ayant été dévastée l’année précédente lors de la chevauchée du Prince de Galles [20][20] Vidimus par Pierre de Caseton, sénéchal de Beaucaire... ; un article permet la libre exportation du pastel (« possint extrahere a Regno Francie pastellum excrescens in terris propriis » et même du blé, jusqu’à mille cartons (un carton = quatre setiers, soit 241,6 litres), pendant dix ans. Ce privilège est accordé à d’autres localités du Lauragais ruinées par la chevauchée : Avignonet, Montgiscard et Fanjeaux. On peut supposer que la production de pastel n’a pas cessé mais a été, peut-être, vendue essentiellement aux teinturiers locaux. L’exportation, au début du xve siècle, s’effectue toujours, en partie, par Narbonne : 1500 à 2000 charges quittent la ville annuellement [21][21] Larguier, 1996, p. 143 ; des marchands de Lasbordes.... Le pastel du Lauragais va vers le Roussillon, le comté d’Empúries mais aussi Barcelone ; en 1427, par exemple, trois marchands de Villefranche-de-Lauragais, Ramon Donat, Johan Bonet et Isarn Bonet devaient livrer à Perpignan 210 charges de pastel à Pere Daltello, un Barcelonais, celui-ci avait encore passé deux autres contrats avec Isarn Bonet [22][22] Carrère, 1967, p. 465.. Ce pastel était livré sous forme d’agranat.

11

Le pastel n’est pas le seul produit exporté. Du drap est fabriqué en Lauragais et aux alentours : Castelnaudary, Sorèze, Avignonet, Villepinte, Fanjeaux, Montréal, Saint-Félix, Le Mas-Saintes-Puelles, Revel sont des villes drapantes [23][23] Combes,1958, p. 231-259 ; Wolff, 1954, p. 265-267..... De nombreux articles des coutumes de Castelnaudary traitent de la fabrication des draps, de la qualité de la laine vendue. Plusieurs rubriques de la réglementation du poids public sont consacrées au pesage de la laine filée et à filer. Un règlement de la draperie et de la parerie est inclus dans le cartulaire de la ville [24][24] Arch. dép. Aude, 4 E 076 AA 1 f° 50, voir aussi Danjard,.... Les produits nécessaires à la teinture des draps sont présents sur le marché : pastel, garance (roya), produits localement, brasil et alun qui sert de fixateur. Le lin et le chanvre sont cultivés ; on fabrique des toiles et aussi des futaines car le coton (coto) est vendu sur le marché. Des moulins drapiers sont installés sur les cours d’eau de la Montagne Noire, à Cenne, sur le Lampy [25][25] Un moulin drapier avec son aysina à Cenne, sur le Lampy,..., à Labécède et Issel, sur l’Argentouire, le ruisseau de Bassens, à Verdun, sur le Tenten. Des tendoirs à draps sont vendus, loués. Bernard Sabatier le vieux, de Labécède, vend, par exemple, à Bernard Sabatier le jeune, la moitié d’un moulin qu’ils avaient en indivis avec une « tenda apta ad tendendi pannos laneos » et ses autres dépendances « in ripparia » de l’Argentouire, à Labécède [26][26] Ibid., 3 E 9453 f° 21 v°, 1437.. Ces tendoirs apparaissent aussi à Castelnaudary où cinq sont notés dans le registre d’estimes du début du xve siècle [27][27] P. Gotz, par exemple, en possède trois : ibid., 4 E.... Un marchand, Guilhem Bartas, vend à un tondeur de draps, Pierre Gilabert, un jardin « cum tenda pro pannis laneys aptandi », pour 16 écus et demi [28][28] Ibid., 3 E 9452 f° 77 v°, 8 novembre 1449.. L’activité drapière est ancienne, les moulins foulons de Labécède, de Cenne, sont mentionnés dans le Liber reddituum de 1272-73 (enquête sur les revenus du comté de Toulouse, entré dans le domaine royal après la mort d’Alphonse de Poitiers en 1271) [29][29] Arch. dép. Haute-Garonne, 1 MI 276..

Carte 1 - Lieux de production et axes commerciaux : la zone d’étudeCarte 1
12

Les draps du Lauragais, de qualité moyenne, sont exportés au xive siècle vers Perpignan, la Catalogne, Valence, Majorque [30][30] Romestan, 1964, p. 403-414 et 1972, p. 115-192.. Les marchands de Villefranche et du Mas-Saintes-Puelles se rendent dans les années 1339-43 à Perpignan, des commerçants valenciens vont jusqu’à Carcassonne et Montolieu pour acheter des draps de fabrication locale [31][31] Id.,1970, p. 31-59 et 1974, p. 196-237.. Les draps du Lauragais sont aussi vendus en Italie et dans le Levant. Francesco Balduccio Pegolotti dans sa Practica della mercatura mentionne la présence de draps de Castelnaudary et de Montolieu, vers 1340, à Messine, de draps de Toulouse, de Carcassonne et, semble-t-il, de Castelnaudary, à Constantinople [32][32] Wolff, 1978, p. 463-464.. Fin xive, début xve, des draps languedociens sont vendus en Italie centrale, palmelles de Limoux et de Carcassonne qui sont les étoffes les moins grossières et les plus chères, et aussi draps du Lauragais : de Castelnaudary, Avignonet et Saint-Félix, de qualité inférieure et meilleur marché. L’exportation des draps languedociens est alors réalisée, pour l’essentiel, par des marchands italiens qui sont allés à Montpellier [33][33] Calderan-Giacchetti, 1962, p. 139-176..

13

Anthony Pinto suppose que les marchands de Castelnaudary qui vont à Perpignan organisent en Lauragais la collecte du pastel. On ne les voit pas, dans les registres notariés chauriens conservés, acheter du pastel en feuilles ou même en coques, peut-être parce qu’ils payaient la récolte des feuilles au comptant, assurant eux-mêmes la préparation en coques puis en agranat, peut-être parce que l’essentiel provenait de leurs propres domaines fonciers.

14

Les marchands chauriens repérés à Perpignan achètent et vendent aussi des draps. Ils font tisser la laine qu’ils ont achetée ou tirée de leurs troupeaux et font apprêter les draps par les pareurs locaux. Bertrand Embrini, par exemple, a acheté un drap impérial à G. Bartas, marchand de Castelnaudary ; il doit encore 8 livres 10 sous, à payer de jour en jour, il doit aussi 16 draps de laine pesant chacun 40,5 livres à Jacques d’Albigesio, marchand de Lasbordes, draps faits par P. Auriolli et Orgulhosa, veuve de P. Gaiani, du même village ; il doit aussi 11 quintaux et 16 livres de laine tarate ; le paiement doit s’effectuer en plusieurs termes [34][34] Arch. dép. Aude, 3 E 1493 f° 53 r° et f° 53 v°, 3 septembre.... Bertrand Embrini est le fils de Guilhem qui intervient souvent comme acheteur d’agranat[35][35] Ibid., f° 50 v°, 11 août 1418. G. Embrini achète à.... Père et fils vendent ensemble un moulin pastelier situé à Mazères, pour 200 livres [36][36] Ibid., f° 22 r°, 26 février 1418 (n. st.).. Les Embrini sont probablement originaires de cette ville, une partie de la famille y réside [37][37] Cette famille est active en Catalogne dès la fin du.... Michel Roberti passe commande de draps, les fait apprêter par des artisans : Arnaud de Sermentis, peccinerius (peigneur de laine) de Castelnaudary reconnaît, le 9 mars 1423 (n. st.), devoir lui livrer onze draps de laine crudos (à la tombée du métier) dont quatre doivent être cauhetz, trois imperiales, deux argentati et deux de palmola (dans les bleus), chacun pesant 40 livres, il a reçu 82 livres 10 sous et doit livrer six draps pour le 15 août et cinq draps courant septembre [38][38] Arch. dép. Aude, 3 E 1494 f° 44 v°.. Ce sont des draps lourds (à peu près 16 kg [39][39] La livre de Carcassonne vaut 400 gr, celle de Toulouse...), donc de qualité. La longueur moyenne de la chaîne d’un drap est alors, à Toulouse, de 30,7 m [40][40] Cardon, 1999, p. 341.. D. Cardon indique que, d’après les sources réglementaires, à Padoue, en 1384, il faut 15 jours au maximum pour tisser une pièce de 34 m, soit 2,26 m/j ; à Chinchilla (en Castille), 20 jours pour une pièce de 32,35 m soit 1,61 m/j. À Prato, au xive siècle, des exemples montrent que trois personnes, le maître tisserand, sa femme ou un apprenti, plus un gamin pour les canettes, tissent, sur un métier de deux mètres, entre 0,55 m/j et 2,91 m/j [41][41] Ibid., p. 572-573.. Dans l’exemple fourni, onze draps doivent être livrés en six mois, on fabrique donc, en moyenne, un drap en 16 jours, ce qui correspond à près de deux mètres tissés quotidiennement.

15

Ces marchands qui achètent laine et pastel, font tisser ou apprêter les draps, sont parfois propriétaires de teintureries, devenant ainsi maîtres de tout le processus de fabrication. Jean Salnatge l’aîné achète deux teintureries à Castelnaudary à Guilhem et Bertrand Embrini (Bertrand actant avec l’autorisation de son père) ; sont inclus dans la vente deux chaudrons et apparemment des abris « fustibus et tegulis », le prix est de 337 livres 10 sous. J. Salnatge a payé 137 livres 10 sous, le reste doit être payé de jour en jour [42][42] Arch. dép. Aude, 3 E 1493 f° 133 v°.. Ces installations de teinture sont fort chères, on peut acheter un ostal pour une vingtaine de livres, l’équivalent d’un hectare de terre labourable coûte en moyenne 17 livres, celui de pré 27, celui de vigne 40 [43][43] Marandet, 2006, p. 115 et suiv. ; cette somme correspond aussi à 2250 jours de salaire pour un homme travaillant les vignes.

16

Le négociant trafique de tout, il n’est pas spécialisé dans le drap ou l’agranat, même s’il s’agit des deux produits rapportant le plus. Il achète en Lauragais des produits vivriers (froment), des matières premières (laine), du bétail (on le voit consentir des baux à cheptel d’ovins qui lui permettent de récupérer une partie de la laine qui sera valorisée). Bartholomé Ricardi vend aussi du fer operati[44][44] Arch. dép. Aude, 3 E 1494 f° 142 r° ; il prête de l’argent et se fait rembourser en produits : de l’huile d’olive « bonne et marchande », par exemple [45][45] Arch. dép. Aude, f° 132 r°.. Jean Silvestri vend du safran (peut-être acheté dans le royaume d’Aragon qui en est alors producteur), des draps [46][46] Ibid., 3 E 9444 f° 1 v°. et du pastel [47][47] Ibid., f° 26 v°. Il vend six inées de pastel à un habitant.... R. de Gorovilla vend du pastel mais aussi des moutons [48][48] Ibid., 3 E 1494 f° 40 r°, 13 mars 1423 (n.st.). Les Ambri vendent des draps et des ânes à Perpignan, Jean Salnatge y vend des draps [49][49] Pinto, 2001, p. 443, n. 101 et p. 450, n. 136..

17

À partir des registres chauriens, on ne voit pas, bien sûr, ce qu’achètent ces marchands à l’extérieur. Les sources catalanes montrent qu’ils se font payer leur pastel par transfert de créances mais aussi, parfois, c’est le cas pour J. Gotviles, en poisson salé (d’eau douce) de l’Empúries ou en draps [50][50] Ibid., p. 449, n. 134 et p. 448, n. 127. Les draps.... Ils achètent probablement, comme les autres Languedociens, à Perpignan ou Collioure et dans les pays de la couronne d’Aragon, riz, orge, fèves, anis, safran, miel, fruits séchés, huile d’olive, cuirs et peaux, animaux de bât et de selle, mercure, cochenille [51][51] Romestan, 1972.. L’achat de laine d’Aragon qui complète la production locale est aussi pratiqué [52][52] Cf. infra et Wolff, 1954, p. 245-246..

Les clients

18

Les négociants vendent l’agranat, le produit fini, aux commerçants des environs ou même de Castelnaudary : P. R. Ricardi en vend à Guilhem Jaques et à son fils qui sont eux-mêmes marchands [53][53] Arch. dép. Aude, 3 E 1494 f° 65 v°.. Des acheteurs de pastel viennent des localités voisines : Fanjeaux, Mas-Saintes-Puelles, mais aussi de plus loin. Bertrand Raymbart, par exemple, qui habite Montolieu, ville drapante située à une trentaine de kilomètres, achète un 1er février 11 tinées de pastel agranat pour 104 livres 10 sous, à payer moitié à la Pentecôte, moitié à la Sainte-Marie de septembre. Plusieurs habitants de cette ville viennent s’approvisionner en Lauragais et en grosses quantités. Le paiement est alors très souvent étalé sur presque une année : ainsi pour P. Blanchi, un teinturier qui achète 40 tinées de pastel agranat à Jean Niseti, pour 439 livres, à payer en quatre fois [54][54] Ibid., 3 E 1493 f° 42 r°, 22 juin 1418.. L’année suivante, le même P. Blanchi achète, toujours à J. Niseti, 50 tinées de pastel agranat pour 550 livres, à payer en cinq fois [55][55] Arch. dép. Aude, f° 112 r°, 25 août 1419.. Tous ces actes sont dressés parce que le pastel n’est pas encore payé, les ventes au comptant nous échappent.

19

Ce sont d’assez grosses quantités de pastel qui sont ainsi cédées, entre 6,7 et 8,4 t par Jean Niseti, par exemple. Les quantités vendues à Perpignan par les Chauriens sont du même ordre, A. Pinto parle de 64 sacs d’agranat (32 charges, soit entre 4 et 5 t) vendus par Jofre Riu, de 77 charges (soit entre 9,7 et 12 t) vendues par P. M. Alayraci. La charge en Roussillon est probablement celle du Toulousain ; les vendeurs devaient employer les mesures en usage dans leur propre région. En Lauragais, la charge est vendue entre 6 et 8 livres [56][56] Les prix mentionnés par A. Pinto sont du même ordre :.... Le prix est fonction de la force du pastel, c’est-à-dire de la quantité d’étoffe qu’on pourra teindre avec. On peut aussi obtenir un abattement si l’on paye ponctuellement [57][57] Caster, 1962, p. 57, n. 173, et p. 28..

20

Quelques acheteurs viennent de beaucoup plus loin : des marchands teinturiers de Pamiers achètent du pastel agranat à des marchands de Montgiscard et de Saint-Léon. R. Raulini de Pamiers est client de Jean et Bernard Garaudi de Montgiscard, de Pierre Garaudi de Saint-Léon ; il achète 17 sarcinées et deux quintaux de pastel agranat en 1405, huit sarcinées en 1407 [58][58] Arch. dép. Haute-Garonne, 3 E 10161 f°25 r°, 24 novembre.... Les relations établies entre vendeurs et acheteurs sont régulières ; on s’en aperçoit notamment par les mentions dans les actes notariés d’apurement des comptes à certaines époques [59][59] Un habitant d’Airoux et son fils doivent à Pierre Barte.... Un marchand de Morlaas en Béarn est associé à un marchand toulousain (P. Porquerii, habitant rue des Flassadiers, propriétaire d’un moulin à pastel à Montgiscard) ; ils ont acheté à Montgiscard 64 charges ou sarcinées et demie (soit 11,5 t) de pastel agranat, la sarcinée coûtant 8 livres, ils doivent payer 516 livres, trois mois plus tard [60][60] Arch. dép. Haute-Garonne, 3 E 10161 f°145 r°, 17 août.... Un marchand du royaume d’Aragon, Jean Augeri, de Baixas, est venu acheter quatre sarcinées et deux quintaux de pastel à Castelnaudary, il doit 50 florins et demi « au coin du dit royaume à P. R. Ricardi, marchand du lieu, il doit payer à Castelnaudary ou dans ledit royaume le jour où il en sera requis » [61][61] Arch. dép. Aude, 3 E 1493 f° 153 v°, 4 mai 1420.. Nous avons vu que P. R. Ricardi a été signalé à Perpignan par A. Pinto. On aperçoit, à l’occasion, des paraires (pareurs) de draps de laine perpignanais, tel Arnaud Johannis, procurateur de François André, un marchand de Perpignan, en relation avec tout un groupe de commerçants chauriens, pas toujours repérés dans les sources catalanes : Jean Niseti, Pons Malete, Paul Boneti, Jean Sabbateri, Jean de Podio, Michel Roberti, Jean Amelii [62][62] Ibid., f° 185 r°, 26 janvier 1421 (n. st.).. Les marchands des deux régions se déplacent, se rencontrent indifféremment en Lauragais ou en Catalogne.

21

Les acheteurs de pastel agranat viennent en Lauragais, parfois à l’occasion des foires, et en profitent peut-être pour vendre des draps. En effet, si l’on voit les Chauriens vendre eux-mêmes des draps moyens à des acheteurs locaux, ils en achètent, probablement de meilleure qualité, à Toulouse, et on note la présence, lors des foires, de marchands étrangers vendeurs de draps. Un compte consulaire de Castelnaudary mentionne le loyer des taulas de la mersayria e lensayria (des étals de mercerie et draperie) qui sont situées devant le consulat, pour la foire de la Madeleine de 1419. Ces étals sont peut-être situés dans une véritable halle aux draps car on note qu’on a reçu des marchands de Montolieu, pour 20 draps qu’ils tiennent « alala de la vila a la fiera dessus dite a 4 d per draps 6 s 8 d » [63][63] Ibid., 4 E 076/CC68.. Un acte signale, à cette époque, la construction de capelas (couverts) sur la place du marché [64][64] Ibid., 3 E 1493 f° 194 v°.. Un des loueurs, cette année là, vient de Saragosse. Lors d’une autre foire apparaissent deux Allemands, un Breton et toujours les marchands de Montolieu pour deux draps taxés à 4 deniers l’un.

22

Les déplacements des marchands du Lauragais ne se voient guère dans les registres notariés locaux et, malheureusement, il n’existe pas de registre particulier de marchand. Quelques actes montrent toutefois des déplacements vers Toulouse toute proche, vers Perpignan et les foires de Pézenas et Montagnac. G. Embrini reconnaît devoir à Jean Gernesii alias Rollandi, marchand de Toulouse, 20 écus d’or raison achat de trois cannes de drap reçues dans l’ouvroir des héritiers de Nicolas de Najac de Toulouse [65][65] Ibid., 3 E 9444 f° 116 r°, 18 août 1410.. Un marchand toulousain, Raymond Fabri fait de Guiraud de Rivo son procurateur pour vendre tous ses biens mobiliers et immobiliers où qu’ils soient, et récupérer ses créances. Il prend aussi comme procurateurs Jean Niseti, licencié ès lois, Bernard Boneti, bachelier ès lois, Pons Malete, Raymond Sabateri, bachelier, Jean Alayraci, notaire, Michel Roberti, Arnaud Coqui, marchands, in solidum et les substitue l’un à l’autre [66][66] Arch. dép. Aude, 3 E 9445 f° 18 v°, 25 mai 1411., signe de relations fortes dans ce milieu de la marchandise. Jean Capitebovis a vendu 15 tinées de pastel agranat à Jean de Landa un marchand de Fanjeaux qui doit payer de jour en jour, à la première réquisition, en diverses espèces et marchandises : 31 écus d’or, 48 moutons d’or, 10 quintaux de laine d’Aragon bonne et marchande, 2 quintaux danis (probablement agnelines) d’Aragon [67][67] Ibid., 3 E 1494 f° 1 v°, 10 décembre 1421. Agnin, anin,... qu’il doit bien se procurer sur place. Un arbitrage est effectué en 1444 par Jean Cabanelli et Hugo de Collo entre Michel Roberti et Jean Amelii car ils ne sont pas d’accord à propos d’une société de marchandise « tant de drap et de pastel que d’autres marchandises ». Jean Amelii doit payer à M. Roberti 50 moutons d’or (10 à la Bienheureuse Marie de Septembre, 10 à la Toussaint, 10 à la foire de Montagnac de mi-carême, 10 à la foire de Pézenas de Pentecôte), signe au moins qu’ils vont à ces foires. Ils sont en relation avec un marchand de Perpignan Pierre Pastore qui doit 30 moutons à la société, si le gendre de M. Roberti réussit à récupérer la somme, cela vient en déduction des 50 moutons dus par J. Amelii [68][68] Arch. dép. Aude, 3 E 9456 f° 192 r°, 21 août.. Ce J. Amelii est sûrement celui qualifié de junior dans les années 1420.

23

Les marchands du Lauragais peuvent rencontrer les Perpignanais aux foires de Montagnac et Pézénas où ils viennent proposer leurs draps [69][69] Romestan, 1976, p. 75-103.. Jean Combes signale l’existence à Pézenas d’une ala de Saint-Félix, de même qu’il existe une ala de Montolieu, une ala de Sorèze, pour ne se limiter qu’au Lauragais et ses bordures [70][70] Combes, 1976, p. 5-29. Ces alas sont peut-être, dit-il,.... Les Perpignanais doivent eux aussi avoir leur ala, puisqu’un habitant de Montesquieu-Lauragais achète sept draps de Perpignan entreposés à Pézenas en échange de pastel, en 1434 [71][71] Romestan, 1976 ; Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 1....

La valorisation du capital

24

Elle se réalise pour l’essentiel dans les activités commerciales, et, pour faciliter celles-ci, par la création de « sociétés de marchandises ».

Les associations

25

Anthony Pinto voit surtout dans les registres de Perpignan et de Castellò d’Empúries le rôle moteur de R. Gotviles qui, pour lui, est un des plus importants marchands de pastel de son époque. Il s’associe vers 1410 avec J. Macip et probablement avec Jofre Riu. M. Robert arriverait plus tard, en 1416, B. Scarelli vers 1420 [72][72] Pinto, 2001, p. 448-450.. Dans les registres de notaires de Castelnaudary, on voit que les associations sont fréquentes et ne concernent pas que les marchands repérés en terres catalanes. Tout le groupe de commerçants est lié par des associations, montées indifféremment avec l’un ou avec l’autre. R. de Gorovilla, par exemple, constitue de nombreuses « sociétés de marchandises » avec des individus qualifiés pour la plupart de marchands ; ces associations entraînent parfois des litiges [73][73] En Roussillon, il a des litiges avec les entrepreneurs.... Il a ainsi fait « société de marchandises » avec Bernard de Bosco, à demi-lucre, selon celui-ci ; Raymond de Gorovilla affirme que la part de Raymond de Bosco n’est que d’un tiers ; Jean Salnatge l’aîné, Jean Capitebovis, tous les deux marchands et Jean Martini, notaire, sont chargés d’arriver à un compromis ; Pierre Martin Alayraci est un des témoins de l’acte [74][74] Arch. dép. Aude, 3 E 1494 f° 25 r°, 28 juillet 1422..... R. de Gorovilla a fait société de pastel « tan agranat qu’acoquati » avec Bernard Anglade et Pierre Castelli, marchands de Castelnaudary, il remet à Bernard Anglade tous les droits et actions qu’il a contre Pierre Castelli et ses biens en raison d’une dette de 40 livres liée à cette société (les témoins sont, entre autres, Jean Salnatge et Michel Roberti) [75][75] Ibid., 3 E 9445 f° 18 v°, 2 juin 1411.. Quelques années plus tard, Pierre Castelli donne à Jean Salnatge l’aîné et à Jean Salnatge junior, son fils, 1000 livres à demi-lucre et demi-fortune, pour la durée qui lui plaira, R. de Gorovilla (qui s’est réconcilié avec son débiteur) figure parmi les témoins de l’acte [76][76] Arch. dép. Aude, 3 E 1493 f°51 v°, 1418.. R. Laurenci, marchand d’Avignonet, doit à Michel Roberti 300 écus d’or (un écu pour 22 sous et demi) pour achat de 60 sarcinées de pastel agranat. Raymond doit mettre les 300 écus dans une société de pastel pour quatre ans à demi lucre et demi fortune à compter de Pâques, il doit rendre compte du gain chaque année [77][77] Ibid., f° 184 r°, 21 janvier 1421 (n. st.).. Société de marchandises encore entre R. de Gorovilla, Pierre Cabanati de Sorèze et Jean son fils, de Castelnaudary. R. de Gorovilla leur donne 100 écus d’or que le père et le fils reçoivent, à tenir « per modum societatis pro convertendo et ponendo in mercacionis sive mercaturum » à demi-lucre et demi-fortune pour quatre ans ; R. de Gorovilla doit leur donner à la Pâque prochaine 100 écus de plus à mettre dans la société et le père et le fils doivent mettre la même somme. P. et J. Cabanati doivent rendre à la fin de la société l’équivalent de 200 écus d’or, en or ou en argent, en monnaie ou en marchandises équivalentes. R. de Gorovilla peut, chaque année, de jour en jour, quand cela lui plaît, reconnaître les marchandises que le père et le fils achètent, le fils de auctoritate du père, J. Salnatge l’aîné est témoin [78][78] Arch. dép. Aude, 3 E 9445 f° 49 r°, 16 octobre 141.... R. de Gorovilla apparaît effectivement comme plus actif que les autres marchands locaux. Les associations mettent en jeu des sommes importantes si on les compare à celles conclues par les marchands toulousains ; dans cette ville, 67,4 % des associations ont un capital inférieur à 200 livres [79][79] Wolff, 1954, p. 489..

26

Le commerce ne constitue qu’une partie des activités de ces négociants du Lauragais. Il entraîne l’accumulation de capitaux qui vont être valorisés de diverses façons, réinvestis dans les affaires bien sûr, mais aussi utilisés pour l’achat de biens fonciers (maisons, moulins pasteliers, domaines agricoles qui permettent la production de pastel ou l’élevage d’ovins). J. Mancipi achète un quart d’ostal à Castelnaudary pour 6 livres en 1417, un malhol de 2 sétérées et demi (une sétérée vaut 35,19 ares), la même année, à Villeneuve, pour 23 livres, une terre d’une sétérée, toujours à Villeneuve, en 1418, pour 4 livres. Il achète un ostal, barri (faubourg) de la Place, 40 livres, en 1423. Ces biens sont fréquemment remis sur le marché, Jean Salnatge, seul ou avec son fils, vend plusieurs biens immobiliers, en très peu de temps [80][80] Arch. dép. Aude, 3 E 9448 f° 83 r° et 3 E 1493 f° 57.... R. de Gorovilla cède un ostal port de Bordes pour plus de 100 moutons d’or (montant de la dette restant à payer) [81][81] Ibid., 3 E 1494 f° 52 v°, 29 mai 1423, P. R. Ricardi.... Ces ventes s’effectuant avec un différé de paiement on ne peut supposer la récupération d’argent pour un investissement dans une société. S’agit-il de ventes fictives qui servent seulement à gager un prêt ? Jean Salnatge toutefois émancipe son fils en 1419 (cf. infra), l’argent lui est peut-être destiné.

Le prêt

27

Les marchands obtiennent des délais de paiement lors de l’achat de marchandises [82][82] Nous l’avons vu pour les achats de pastel qui mettent... ou de biens immobiliers et empruntent à l’occasion : P. R. Ricardi vend du pastel à G. Jaques et à son fils, des marchands locaux, et leur prête de l’argent. Ils empruntent aussi à l’Église locale, pour leur négoce : le 1er septembre 1418 Bernard Bœri, hôtelier, et Jean Capitebovis, marchand, reconnaissent devoir aux procurateurs des obits de Saint Michel 50 livres par prêt amical, à payer de jour en jour [83][83] Arch. dép. Aude, 3 E 1493 f°71 r°.. Ils ne font d’ailleurs que suivre l’exemple du consulat qui peut faire face à ses dépenses grâce aux prêts réguliers consentis par la collégiale.

28

Les mercatores sont eux-mêmes créanciers, ce qui leur permet parfois d’augmenter leurs possessions foncières. L’essentiel des créances consiste en prêts amicaux en espèces, destinés non à l’exercice de la marchandise, mais à la survie des bénéficiaires, prêts qui sont à rembourser, le plus souvent, de jour en jour, à la première réquisition. Ces prêts sont souvent modestes : un sartre (tailleur) de Castelnaudary doit, par exemple, 6 livres 8 sous 9 deniers à P.R. Alayraci en raison d’un prêt amical ; J. Amelii junior, marchand comme son père, apparaît dans deux reconnaissances de dette, de deux et quatre écus, tant pour prêt amical que pour achat de marchandises.

29

Les prêts peuvent consister en grains destinés aux semences ou à la consommation en période de soudure. Ils sont généralement à rembourser après la récolte : P.R. Ricardi a prêté quatre setiers de froment « par amitié » à un habitant de Laurac qui doit le rembourser pour le 15 août. Deux habitants de Mireval (père et fils) doivent 102 écus, 16 setiers de froment et quatre setiers d’orge à Jean Salnatge l’aîné, en raison d’un prêt amical et d’une gasaille, le remboursement se fait à raison de 10 écus à la Toussaint chaque année [84][84] Ibid., 3 E 1494 f° 56 r°, 21 juin 1423.. Certains prêtent sur gage : B. Ricardi a prêté amicalement 3 livres 16 sous 3 deniers, mais a pris une hypothèque sur une jument baie « cum oculo sinistro gay »[85][85] Ibid., 3 E 1493 f°5 v°.. Ces dettes peuvent perdurer très longtemps : un coutelier et sa femme doivent 32 livres petits tournois à R. de Gorovilla depuis 1392, ils doivent payer à la première réquisition, l’acte est du 2 décembre 1424 [86][86] Ibid., 3 E 1494 f° 114 r°..

30

Ces emprunteurs peuvent, dans un premier temps, pour apurer les dettes, constituer des rentes sur leurs terres, s’ils en possèdent, en faveur du prêteur. Les rentes constituées ayant très souvent tous les caractères de la censive, cela peut expliquer le fait que de nombreux marchands ont la seigneurie directe sur des parcelles de terre. Dans un deuxième temps, un emprunteur pris à la gorge peut céder ses biens à son créditeur, parfois même à bas prix, ou, au moins, avantager, en échange de l’effacement de la dette, la famille du prêteur. On voit, par exemple, le 18 octobre 1418, par un acte intitulé cessio en faveur de P. R. Ricardi, Jean et Jeanne Faioli reconnaître lui devoir 18 livres en raison d’un prêt amical. En échange, ils lui cèdent un arrendament de 14 setiers de froment que Durand et Pierre Ricardi, de Saint-Papoul, leur font tous les ans, jusqu’à ce qu’ils lui aient rendu les 18 livres, ledit dit froment étant estimé au prix de vente au marché public [87][87] Le prix moyen d’un setier de blé début xve, est de.... Cela arrange la famille Ricardi. La veille, P. R. Ricardi leur a vendu un jardin pour 3 livres [88][88] Arch. dép. Aude, 3E 1493 f° 65 r° et f° 64 v°, grossoyé....

31

Un exemple montre que le prêt conduit parfois à la récupération de biens immobiliers à vil prix : Jean Salnatge achète à Bernard Guinardi et à Maracde son épouse, et à Raymonde mère de Maracde une terre malleota de trois sétérées et une pugnère pour 6 livres petits tournois. J. Salnatge est signalé comme seigneur direct et il perçoit un cens de trois émines de froment : il s’agit probablement d’une rente constituée [89][89] Ibid., 3 E 9444 f° 137 v°, 24 novembre 1410.. Le prix payé est ridicule : le prix moyen de la sétérée de vigne dans ce secteur est de 14 livres. Jean Capitebovis, marchand, et Pierre Rollandi, macellier, font vendre aux enchères au dernier offrant une borde avec verger et une demi-borde appartenant à l’héritière d’un notaire car celui-ci devait 30 livres au premier et 20 livres au second, la vente rapporte 46 livres [90][90] Ibid., 3 E 9445 f° 27 v°.. Le 28 mars 1408, Guilhem Regis, marchand, dame Guilhelma sa mère, veuve d’Isarn Regis, Guilhem Azemari, fils de Jean, Arnaud Hugonis et Raymond Colini, marchands de Montgiscard, et Raymond Raymondi de Baziège, tous ensemble, reconnaissent devoir à Guilherm Auriolli, marchand de Montesquieu, 600 livres petits tournois en raison de l’achat de 100 sarcinées de pastel agranat. Ils doivent payer à Montesquieu, un tiers à Pâques, un tiers à la Sainte-Madeleine, un tiers à la Toussaint suivante [91][91] Arch. dép. Haute-Garonne, 3 E 10161 f° 226 r°.. Plusieurs reconnaissances de dettes du même montant et pour la même quantité d’agranat se succèdent dans le registre, le 9 novembre 1408, le 12 mars 1410 (n. st.) Finalement, G. Regis et Bartholomea son épouse et dame Guilhelma sa mère vendent à G. Auriolli une terre de huit sétérées « a las martras » au prix de 180 livres (moyenne 22,5 la sétérée), un malhol mausac « a quantaloba » pour 20 livres petits tournois et un malhol « ad fontem blazi » au prix de 50 livres petits tournois, ce qui doit correspondre à la dette personnelle de G. Regis [92][92] Arch. dép. Haute-Garonne, f° 316 r°.. G. Auriolli vend très vite une partie des terres : le 19 novembre, à trois acheteurs, un total de 4 sétérées pour 113 livres, en février de l’année suivante 6 pugnères (soit une sétérée et demie) pour 41 livres [93][93] Ibid., f° 360 v°, f° 361 r°, f° 361 v°, f° 384 r°. (moyenne 28 la sétérée) ; les biens semblent avoir été fortement sous-évalués.

32

Certains prêts amicaux peuvent conduire à des donations dont bénéficient les prêteurs. Cela semble fréquent pour la famille Basconis dont les membres sont marchands. Raymond Gayraudi de Castelnaudary, considérant les services rendus par A. Basconis, lui donne la moitié de tous ses biens, retenant l’usufruit toute sa vie ; dans un deuxième acte, Raymond signale que sa femme Guilhelma lui a apporté en dot 36 livres petits tournois, A. Basconis devra restituer la dot et un augment de 10 livres [94][94] Arch. dép. Aude, 3 E 9444 f° 152 v°, 153 r°, 6 février.... Jeanne, veuve de P. Vitalis, considérant les services rendus par les deux frères Arnaud et Jean Basconis, leur donne tous ses biens mobiliers et immobiliers et en garde l’usufruit [95][95] Ibid., 3 E 1493 f° 9 v°, 28 décembre 1417..

33

Des marchands prêtent aussi à la ville : le 25 avril 1411, les consuls de Castelnaudary reconnaissent devoir 200 écus d’or à P. Castelli, marchand du lieu, en raison d’un prêt amical, ils doivent payer de jour en jour, les deux Salnatge sont témoins [96][96] Arch. dép. Aude, 3 E 9445 f° 11 r°..

Leur fortune

34

Elle peut s’apprécier grâce aux legs pieux et charitables effectués lors de la rédaction de leurs testaments, aux dots concédées aux filles…

35

Jean Mancipi, par son testament fait élection de sépulture dans le couvent des Mineurs, ce qui est classique pour les marchands de la ville [97][97] Ibid., G 134, 1er avril 1439, copie.. Il dépense plus de 149 livres en espèces pour ses legs pieux et donne une part de campmas (domaine agricole) qu’il possède pour le service de 10 obits ; le prix normal d’un service anniversaire est de 8 livres, on peut donc supposer que la valeur vénale de cette part de ferme est de 80 livres. Il offre 22 écus d’or pour l’achat d’une chape et d’un missel pour l’église Saint-Michel. Ses legs charitables atteignent près de 50 livres, plus la moitié d’un jardin et une très grosse « charité » distribuée aux habitants de la ville, consistant en 60 setiers de blé (le prix du setier fluctuant entre 7 et 14 sous, cela représente entre 21 et 42 livres) en pain cuit et 20 sarcinées de vin (peut-être 2 400 l). Sa veuve reçoit 100 écus d’or (probables dot et augment), 2 tasses d’argent de 6 onces environ chacune, une pension pour l’année de deuil et logement tant qu’elle est veuve et honnête, avec tout le mobilier et ordilha nécessaires, et, chaque année, 10 setiers de froment et 20 sarcinées de vin pur, et 4 écus d’or pour le companagium. L’héritier est un neveu, Guilherm Aygrani, lui aussi marchand. Jean Mancipi possède, au vu de tout ce qui est distribué, une grosse fortune. Bertrand Anglade, un autre marchand, lègue 200 livres tr pour la réparation de l’église et du couvent des Mineurs, ce qui annule tous les instruments de donation, reconnaissances et autres qu’il a faits précédemment en faveur du couvent et des frères. Il lègue à son épouse 200 livres tr et l’usufruit de son ostal, deux lits, de la vaisselle, du linge, des meubles, 2 tasses d’argent, 3 pièces de terre, un malhol, une borde et un verger. Il consacre plus de 270 livres à ses legs pieux, laisse 10 livres, un lit et sa literie à l’hôpital Saint-Jacques, donne 30 setiers de froment et 2 pipes de vin pour une charité aux pauvres du Christ. Ces deux marchands doivent appartenir à la catégorie la plus riche [98][98] Arch. dép. Aude, 3 E 1494 f° 130 r°, 28 mars 1425 (n..... À Castelnaudary, seulement 5,6 % des testateurs dépensent plus de 100 livres en legs pieux et charitables, 52,8 % y consacrent moins de 10 livres.

36

D’autres marchands sont un peu plus modestes : Arnaud Coqui élit lui aussi sépulture dans le cloître des Mineurs. Ses legs les plus notables sont destinés aux pauvres : 32 setiers de froment en pain cuit et 12 sarcinées de vin pur sont consacrés à une charité pour les pauvres du Christ ; 6 draps de laine du pays, « de ce drap qu’il fait faire dans sa maison », doivent servir pour confectionner des vêtements pour les pauvres honteux ; 30 livres sont léguées aux pauvres jeunes filles à marier. Ses legs pieux sont difficiles à chiffrer exactement, beaucoup étant fonction du nombre de prêtres et de moines mendiants présents ; ils sont supérieurs à 70 livres et peuvent atteindre une centaine de livres. Il reconnaît avoir eu 100 livres de son épouse en dot et 100 livres en paraphernaux. Deux jours auparavant, il a fait une donation à celle-ci : un ostal rue Neuve, deux lits de bois avec literie, un chaudron, de la vaisselle d’étain, des tonneaux, une tasse d’argent [99][99] Ibid., 3 E 1494 f° 3 v° et f° 3 r°, 4 janvier et 2....

37

Les contrats de mariage montrent des alliances avec des familles aisées, appartenant souvent au monde de la draperie : Pierre Martin Alayraci épouse en secondes noces, le 30 juin 1422, Guilhelma, fille de Pierre Asalbert, pareur de draps de Carcassonne. Celle-ci apporte en dot 110 moutons d’or, un lit avec sa literie, 4 tasses d’argent, un coffre de sapin, des bijoux, des vêtements, un petit coffret ferré. Pierre Martin lui donne en sponsalicium (augment) 55 moutons d’or. Jean Mancipi fait partie des témoins [100][100] Arch. dép. Aude, f°22 v°.. Pétrone, fille de Jean Salnatge a épousé Arnaud Vasconis, un marchand. Son père lui a donné en dot 200 livres, l’augment de dot, 100 livres a été donné par dame Guilhelma, la mère d’Arnaud, veuve de maître Pierre de Senessa, procurateur du juge royal de Lauragais et par maître P. de Senessa (le fils) [101][101] Ibid., f° 84 r°. Le testament est f° 85 r°, 10 mars.... Suit le testament de dame Guilhelma, malade dont Jean Vasconis, son autre fils, est héritier universel, Arnaud n’ayant qu’une terre d’une éminée. Sont témoins, Jean Salnatge aîné, Jean Mancipi. Pierre Martin Alayraci loge chez lui un prêtre qui est employé « pro magistro puerorum », signe de ses moyens financiers. Ce prêtre est institué dans le testament de Bertrand Anglade, le beau-père de Pierre Martin, pour 15 livres [102][102] Ibid., 3 E 1494 f° 130 r°..

38

La fortune de ces marchands pourrait être mieux approchée grâce aux estimes. Mais, le registre cc 9 du début du xve siècle est incomplet. Miquel Robbert qui habite à la Sabatayria, est coté 58 livres 15 sous, mais c’est peut-être un homonyme du marchand, et son capital n’est pas estimé. Un marchand, P. Gast, est coté 104 livres 10 sous, le propriétaire d’un étal et de trois tendoirs à drap est coté 148 livres 10 sous, Jean Niseti est coté 184 livres. Si l’allivrement est du même ordre qu’à Toulouse, il représente un dixième de la valeur des immeubles en ville, un quart pour les biens situés en campagne. La moyenne des allivrements dans ce registre est de 8 livres 10 sous, ces individus sont, bien sûr, parmi les plus riches de la ville.

39

Dans les arrérages de taille, les marchands figurent pour de fortes sommes mais on ne peut savoir quelle était leur contribution totale. En 1414, « Guiraut del Riu » apparaît pour 9 francs 12 sous 6 deniers (la plus grosse dette du barri Sainte-Croix où il habite), « R. de Guorovilla » figure, dans le barri Dedins, pour 5 francs 9 sous, P. Alayrac, pour 2 francs 3 sous 8 deniers, Jean Salnatge, dans le port des Bordes, pour 9 francs 8 sous 10 deniers (la plus importante dette du quartier). En 1418, maître J. Alayrac doit 9 francs 8 sous 10 deniers, G. del Riu 70 francs 4 sous 9 deniers, le débiteur le plus important après lui est Jean Cassanhol avec 12 francs 6 sous 6 deniers, R. de Guorovila doit 15 francs, P. M. Alayrac 2 francs 11 sous 3 deniers, Guilhem Embri 7 francs 2 sous 4 deniers, Jean Salnatge 45 francs 13 sous 1,5 denier, Jean Macip 7 francs 2 sous 6,5 deniers (les trois habitent port de La Plassa) [103][103] Arch. dép. Aude, 4 E 076/ CC 68.. Jean Niseti est mentionné pour 32 francs un sou.

La sociabilité

40

Tous ces marchands ont des relations professionnelles mais aussi, souvent, s’allient par mariage. Bernard Barreria, un marchand qui apparaissait dans les registres d’A. Pinto meurt en 1411, Michel Roberti et Guiraud de Rivo sont ses héritiers, peut-être car ils sont ses petits-fils ou ses neveux [104][104] Ibid., 3 E 9445 f° 18 r°, 25 mai 1411. Ils vendent.... P. M. Alayraci a épousé, en premières noces, Guilhelma, fille de Bertrand Anglade ; ce dernier, un marchand, fait héritiers universels les deux garçons du couple, Raymond et Guilhem, ses petits-fils, en parts égales [105][105] Ibid., 3 E 1494 f° 130 r°, 28 mars 1425 (n. st.)..

41

Ils sont voisins en ville [106][106] Ibid., 3 E 9445 f° 34 r°. R. de Gorovilla et Bartholomé... ou en campagne, partagent même des biens : le campmas de Jean Mancipi était autrefois, signale-t-il dans son testament, en indivis avec Raymond Alayraci. Ils sont témoins les uns des autres lors de transactions commerciales (cf. supra), lors de la rédaction des testaments, choisis comme exécuteurs testamentaires, comme parrains des enfants [107][107] Guilhem Martin, le fils de Pierre Martin Alayraci,.... Jean Mancipi, par exemple, est un des exécuteurs du testament de Bertrand Anglade. Pierre Martin Alayraci et Guiraud de Rivo sont exécuteurs testamentaires, avec d’autres, de Guilhem Bernard [108][108] Arch. dép. Aude, 3 E 1493 f° 29 v°, 4 avril 1418.. Cinq marchands dont Bartholomé Ricardi sont témoins du testament de J. Mancipi.

42

Il est difficile de savoir quand commencent les associations entre eux. Dans le plus ancien registre conservé, un extensoire reprenant des actes des années 1380-1407, le seul marchand fréquemment mentionné est Jean Salnatge qui vend, entre autres, un ostal situé dans le port Dedins pour 180 francs d’or ; un Guilhem Amelii, peut-être le père de Jean, vend un ostal, une aysina, un jardin et dix parcelles de terre situées à Saint-Amans [109][109] Arch. dép. Aude, 3 E 9443 f° 32 r°, 1391, f° 12 r°,....

43

Ces négociants jouent un rôle important dans leur ville : ils font partie des notables, comme les juristes, et sont consuls, estimateurs, fermiers des biens communaux, bayles de confréries. Arnaud Coqui est consul en 1408, Bertrand Anglade en 1411. Guiraud de Rivo, Jean Capitebovis, Arnaud Basconis (marchands), Arnaud Niseti sont consuls en 1419 ; associés à des singulares de la ville : P. R. Ricardi, P. M. Alayrac, J. Mancipi, R. Baronate (tous marchands) et Mathieu Vitalis, qui doivent jouer le rôle de cautions, ils reconnaissent devoir aux bénéficiers de Saint-Michel 200 livres par prêt amical, à payer de jour en jour [110][110] Ibid., 3 E 1493 f° 86 v°.. Guiraud de Rivo, Mathieu de Tapra sont co-bayles de la confrérie Saint-Jacques de Castelnaudary en 1407 [111][111] Ibid., 3 E 9444 f°17 r°.. Jean Capitebovis (Capdebiou) prend à ferme le poids de la ville et les tables du mercadal [112][112] Ibid., 4 E 076/CC 80, 1447, f° 3 r°., il est aussi bayle du roi en 1421 [113][113] Ibid., 3 E 1493 f° 214 r°..

L’avenir

44

Certaines des familles de marchands exercent depuis longtemps cette activité : c’est le cas des Ricardi qui figurent dans le Liber reddituum, à la fin du xiiie siècle, pour une tabula mercatalis. Pierre et Bernard Ricardi, qualifiés de marchands, font alors partie des majores et meliores qui prêtent serment au roi dans le Saisimentum comitatus Tholosani. Un Bernard Amelii, lui aussi dans cette catégorie, est notaire [114][114] Dossat, 1968, p. 194-196. Le Saisimentum de 1271 contient....

45

Les fils de marchands volent assez tôt de leurs propres ailes : Jean Amelii, fils de Jean, est émancipé le 3 avril 1419. Il a 25 ans et est « satis sagax in regendo et gubernando bona sua » [115][115] Il était témoin d’actes passés par des marchands dès.... Son père lui fait donation d’une maison avec tout l’équipement nécessaire : un matelas, une couverture, quatre draps, des écuelles et pichets d’étain pour un poids total d’un quintal (40,7 kg), 3 pipes de 4 sarcinées pleines de vin, 2 tables munies de 4 bancs, 4 nappes, 4 longières, et un verger. Jean est émancipé et reçoit de quoi exercer pleinement une activité de marchand : 40 draps, 150 sarcinées de pastel agranat (soit entre 18,9 et 23,5 t selon la valeur de la sarcinée), 10 draps appelés ferretz[116][116] Arch. dép. Aude, 3 E 1493 f° 86 v°, grossoyé en 3 E.... Avec une valeur moyenne de 20 livres le drap, les 50 draps représenteraient 1000 livres, les 150 sarcinées d’agranat, à 8 ou 10 livres en moyenne la sarcinée représenteraient 1200 à 1500 £ ; un très gros capital est donc donné au jeune homme. Jean Amelii junior investit rapidement dans les biens fonciers : il achète un malhol pour 25 livres le 29 décembre 1419 [117][117] Arch. dép. Aude, 3 E 1493 f°131 r°..

46

D’autres choix peuvent être effectués : dans la famille des Scarelli, un Vital, bachelier ès lois, est chanoine de Saint-Michel [118][118] Ibid., 3 E 1494 f° 71 v°.. Maître Bertrand Martin Alayraci, un fils ou un petit-fils de Pierre Martin apparaît dans le registre de taille de 1453 : arguant du fait qu’il est étudiant à Avignon, il ne veut pas payer les tailles et subsides royaux [119][119] Ibid., 4 E 076/CC33 n°1.. Certaines de ces familles de marchands intègreront la noblesse, les Borderia à Montgiscard, les Advessen à Montesquieu, par exemple [120][120] Marandet, 2006, p. 270-271..

47

Anthony Pinto note que, peu à peu, les marchands chauriens se replient sur Perpignan et ne viennent plus dans le diocèse de Gérone où la consommation de pastel serait en baisse (crise de la draperie, concurrence du pastel de Gérone). Passées les années 1430, les gens de Castelnaudary disparaissent de sa documentation, certains, tel Marti Alayrach en 1429, prennent des intermédiaires à Perpignan [121][121] Pinto, 2001, p. 454. Il le revoit encore toutefois.... Ces marchands apparaissent toujours après 1430 dans les registres chauriens. R. M. Alayraci loue une de ses terres pour en faire un plantier, le 10 décembre 1437 [122][122] Arch. dép. Aude, 3 E 9455 f° 60 à peu près.. Il révoque son testament le 6 juin 1438 [123][123] Ibid., f°123 v°.. Il vend encore des bœufs cette année-là. Bernard Scarelli est témoin de divers actes en 1438 [124][124] Ibid., f° 90 r°.. Guiraud de Rivo est encore en vie dans les années 1450 : un marchand de Lasbordes, qui lui doit 84 moutons d’or depuis 1426 et 40 moutons d’or depuis 1430, finit par s’acquitter de sa dette en lui vendant pour cette somme, en 1454, un campmas et des terres à Lasbordes ; un tendoir à draps se trouve sur une des parcelles [125][125] Ibid., 3 E 9458 f° 31 v°. Il vend encore des draps.... Ces marchands continuent apparemment leurs activités (l’arbitrage signalé supra entre Michel Roberti et Jean Amelii junior est de 1444), au moins comme bailleurs de fonds dans des sociétés : en 1437, R. M. Alayraci est associé avec Jean Capitebovis et Jean Goti junior à propos d’une grande quantité de pastel agranat achetée à Guiraud de Rivo par un marchand de Villefranche et vendue à Perpignan. Ils se font vieux et ne voyagent plus [126][126] Arch. dép. Aude, 3 E 9455 f° 143 v°, 1er septembre....

48

*

49

Les registres notariés nous montrent des commerçants qui trafiquent de tout – même si l’essentiel est constitué par le pastel et le drap –, qui s’associent pour faire fructifier leurs capitaux, qui investissent les sommes tirées de leurs activités en biens fonciers. Les sources chauriennes ne fournissent qu’une vue partielle de leurs activités, les déplacements n’apparaissent qu’en filigrane des actes, les livres personnels font défaut qui nous montreraient les diverses associations effectuées sur les places extérieures, les capitaux mis en jeu, leur implication dans le commerce régional et international. Il faudrait systématiquement croiser les sources des années 1400-1420, utiliser les registres de robinage de Narbonne, par exemple, pour apprécier les quantités de pastel expédiées par les marchands du Lauragais depuis cette ville et les directions prises par leurs envois, effectuer des sondages dans les fonds notariés de Collioure, Barcelone… On peut voir, en tout cas, que des sommes respectables sont utilisées, que les fortunes, d’après les indices fournis par les testaments, sont loin d’être négligeables. Ces marchands constituent la catégorie la plus riche de la population, ce qui leur permet d’accéder aux postes de responsabilité.


Bibliographie

  • Calderan-Giacchetti, H., « L’exportation de la draperie languedocienne dans les pays méditerranéens d’après les archives Datini (1380-1410) », Annales du Midi, avril 1962, p. 139-176.
  • Cardon, D., La Draperie au Moyen Âge, essor d’une grande industrie européenne, Paris, cnrs éditions, 1999.
  • Carrère, Cl., Barcelone centre économique à l’époque des difficultés 1380-1462, Paris-La Haye, Mouton, 1967.
  • Caster, G., Le Commerce du pastel et de l’épicerie à Toulouse (de 1450 environ à 1561), Toulouse, Privat, 1962.
  • Combes, J., « Les foires en Languedoc au Moyen Âge », Annales E.S.C., 1958, 13, 2, p. 231-259 ;
    —, « Aspects économiques et sociaux du Pézenas médiéval », Pézénas, ville et campagne, 48e congrès de la F.H.L.M.R., Pézénas 1975, Montpellier, Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, 1976, p. 5-29.
  • Danjard, J., Le Cartulaire de Castelnaudary (xive-xvie siècles) : publication partielle et étude économique, Mémoire de maîtrise, Université Paul Valéry, Montpellier, 1983.
  • Dossat, Y., Saisimentum Comitatus Tholosani, Paris, Bibliothèque nationale, 1968.
  • Laffont, J.-L. (éd.), Notaires, notariat et société sous l’Ancien Régime, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, coll. Histoire notariale, 1990 ;
    —, (éd.), Problèmes et méthodes d’analyse historique de l’activité notariale, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, coll. Histoire notariale, 1991.
  • Larguier, G., Le Drap et le grain en Languedoc, Presses universitaires de Perpignan, 1996.
  • Marandet, M.-C., « Approche d’un milieu social : le notariat en Midi toulousain aux xive et xve siècles », in Laffont, J.-L. (dir.), Visages du notariat dans l’histoire du Midi toulousain (xive-xixe siècles), Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 1992, p. 81-115 ;
    —, Le Souci de l’Au-delà : la pratique testamentaire dans la région toulousaine (1300-1450), Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, 1998, 699 p. ;
    —, « La gestion de l’impôt direct en Lauragais, au xve siècle, à partir de quelques registres d’estimes et livres de taille », in Menjot, D., et Sanchez Martinez, M. (dir.), La Fiscalité des villes au Moyen Âge (Occident méditerranéen), t. 4, La gestion de l’impôt, Toulouse, Privat, 2004, p.109-144 ;
    —, « Typologie des registres d’estimes du Lauragais (xve siècle) », in Rigaudière, A. (dir.), De l’Estime au cadastre en Europe (xiiie-xviiie siècle), colloque de Bercy (2003), Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2006, p. 459-500 ;
    —, Les Campagnes du Lauragais à la fin du Moyen Âge (1380-début xvie), Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, 2006.
  • Pinto, A., « Les sources notariales, miroir des cycles d’exportation du pastel languedocien en Roussillon et dans le Nord-Est de la Catalogne (xive siècle, 1er quart du xve siècle) », Le Commerce du pastel, de la laine et des draps, xive-xvie siècles, Annales du Midi, t. 113, octobre-décembre 2001, p. 424-455.
  • Ramière de Fortanier, Jean, Recueil de documents relatifs à l’histoire du droit municipal en France, des origines à la Révolution, Chartes de franchises du Lauragais, Paris, Librairie du Recueil Sirey, 1939.
  • Romestan, G., « Les marchands de Limoux dans les pays de la couronne d’Aragon au xive siècle », Annales du Midi, t. 76, juillet-octobre 1964, p. 403-414 ;
    —, « Draperie roussillonnaise et draperie languedocienne dans la 1ère moitié du xive siècle », xliie Congrès de la Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, Montpellier, 1970, p. 31-59 ;
    —, « À propos du commerce des draps dans la péninsule ibérique au Moyen Âge : les marchands languedociens dans le royaume de Valence pendant la première moitié du xive siècle », Bulletin philologique et historique, 1969, Paris, 1972, p. 115-192 ;
    —, « La gabelle des draps en Languedoc (1318-1333) », Hommage à André Dupont, Montpellier, Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, 1974, p. 196-237 ;
    —, « Perpignan et les foires de Pézénas et de Montagnac aux xive et xve siècles », Pézénas, ville et campagne xiiie-xxe siècles, 48e congrès de la F.H.L.M.R., Pézénas 1975, Montpellier, 1976, p. 75-103.
  • Wolff, Philippe, Commerces et marchands de Toulouse (vers 1350-vers 1450), Paris, Plon, 1954.
    —, « La draperie languedocienne du xiie au début du xviie siècle », Regards sur le Midi médiéval, Toulouse, Privat, 1978, p. 437-470.

Notes

[1]

Le Lauragais est une région située au sud-est de Toulouse, ainsi nommée car possession, au départ, de la famille de Laurac.

[2]

Pinto, 2001, p. 424-455.

[3]

En particulier pour le Toulousain : Wolff, 1954.

[4]

Laffont, 1990.

[5]

Marandet, 1998.

[6]

Marandet, 1992, p. 34.

[7]

Id., 1998, p 55, p. 254, p. 348.

[8]

Registre à but fiscal décrivant les propriétés des contribuables.

[9]

Sur les problèmes de datation, cf. Marandet, 2006, p. 20-21.

[10]

Marandet, 2006, p. 195-205.

[11]

Probablement originaire du village de Gourvieille, canton de Salles-sur-l’Hers, Aude ; une famille de milites portait ce patronyme au xiiie siècle.

[12]

Peut-être apparenté à une famille de juifs de Perpignan, un Mosse Mancipi, décédé dans les années 1388-89, possédait des biens dans le royaume de France et dans le comté de Foix, Arch. dép. Pyrénées Orientales, 3 E 1/6803.

[13]

Arch. dép. Haute-Garonne, 3 E 10161, f° 150 v°, 1407.

[14]

Ibid., f° 57 v°, 1406. Cf. Caster, 1962, p. 53. Les mesures utilisées pour le pastel sont la sarcinée ou charge de trois quintaux (5,57 cabas) soit 126 kg et la sarcinée ou charge de 6 cabas, environ 134 kg. Il existe aussi une sarcinée grosse de 6,5 cabas, environ 145 kg, et une sarcinée de 7 cabas, environ 157 kg. On emploie aussi la tinée de 4 quintaux (à 42,4216 kg à Toulouse) soit 7,43 cabas et la charge de 8 cabas, environ 179 kg. Au xvie siècle, on emploie surtout la charge et la balle. La charge faisait de 3,5 à 4 ou 4,5 cabas (entre 80 et 100 kg) ; elle était conçue pour le mulet qui en porte deux sur son bât : Caster, 1962, p. 24-25.

[15]

P. Alacris et J. Sermens reconnaissent lui devoir 17 livres petits tournois en raison de l’achat de deux quintaux de lane albe, à payer à Pâques, l’acte est du 3 décembre 1409, il est cancellé le 15 avril 1415, Arch. dép. Aude, 3 E 9444 f° 82 r°. Ils reconnaissent lui devoir 34 livres petits tournois et 5 gros, le 20 décembre 1409, pour l’achat de 4 quintaux de lane albe, à payer à la prochaine fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste, l’acte est cancellé seulement le 15 avril 1415 : ibid., f° 84 r°.

[16]

Prohibition par le roi de France, pour protéger la draperie languedocienne de celle des pays catalans, de la sortie des matières premières en dehors du royaume, en 1305, puis en 1328 : Romestan, 1970, p. 31-59.

[17]

Guy Romestan signale des ventes à Perpignan à partir de 1339 : id., 1964, p. 403-414 (p. 408, n. 24). Plusieurs marchands du Toulousain, de Villefranche-de-Lauragais, de Montgiscard, vendeurs de pastel, ont été repérés à Perpignan, à Gérone, avant 1358, par Anthony Pinto (ce qui corrobore les privilèges de 1356) : Pinto, 2001, p. 437-439.

[18]

Wolff, 1954, p. 147 et Pinto, 2001, p. 434.

[19]

Pinto, 2001, p. 442 et suiv.

[20]

Vidimus par Pierre de Caseton, sénéchal de Beaucaire et Nîmes, Toulouse, 22 octobre 1356, Archives de Castelnaudary, aa 2, n° 4. Publié par Ramière de Fortanier, 1939, p. 336 et suiv.

[21]

Larguier, 1996, p. 143 ; des marchands de Lasbordes et Castelnaudary en expédient : ibid., p. 146.

[22]

Carrère, 1967, p. 465.

[23]

Combes,1958, p. 231-259 ; Wolff, 1954, p. 265-267. Ces localités sont actuellement situées dans les départements de l’Aude, de la Haute-Garonne et du Tarn.

[24]

Arch. dép. Aude, 4 E 076 AA 1 f° 50, voir aussi Danjard, 1983, p. 91-94 et p. 149-156.

[25]

Un moulin drapier avec son aysina à Cenne, sur le Lampy, est acheté par un résident du lieu, qui doit encore 80 écus au vendeur, A. de Montemayrano, de Castelnaudary : ibid., 3 E 9452 f° 126 v°, 1451.

[26]

Ibid., 3 E 9453 f° 21 v°, 1437.

[27]

P. Gotz, par exemple, en possède trois : ibid., 4 E 076/CC 9 f° 48 r° et f° 57 r°.

[28]

Ibid., 3 E 9452 f° 77 v°, 8 novembre 1449.

[29]

Arch. dép. Haute-Garonne, 1 MI 276.

[30]

Romestan, 1964, p. 403-414 et 1972, p. 115-192.

[31]

Id.,1970, p. 31-59 et 1974, p. 196-237.

[32]

Wolff, 1978, p. 463-464.

[33]

Calderan-Giacchetti, 1962, p. 139-176.

[34]

Arch. dép. Aude, 3 E 1493 f° 53 r° et f° 53 v°, 3 septembre 1418. L’unité monétaire est ici la livre tournois.

[35]

Ibid., f° 50 v°, 11 août 1418. G. Embrini achète à Guilhem Azemar, marchand de Mazères, 4 sarcinées de pastel pour 40 livres, il fait ratifier cela par son fils Bertrand, probablement associé à ses affaires.

[36]

Ibid., f° 22 r°, 26 février 1418 (n. st.).

[37]

Cette famille est active en Catalogne dès la fin du xive siècle ; en 1384, Bernat Ambri, marchand de Castelnaudary et Raymond Ambri, de Mazères, vendaient du drap et des ânes à Castellò d’Empúries à un marchand toulousain : Pinto, 2001, n. 101, p. 443.

[38]

Arch. dép. Aude, 3 E 1494 f° 44 v°.

[39]

La livre de Carcassonne vaut 400 gr, celle de Toulouse 402 gr.

[40]

Cardon, 1999, p. 341.

[41]

Ibid., p. 572-573.

[42]

Arch. dép. Aude, 3 E 1493 f° 133 v°.

[43]

Marandet, 2006, p. 115 et suiv.

[44]

Arch. dép. Aude, 3 E 1494 f° 142 r°

[45]

Arch. dép. Aude, f° 132 r°.

[46]

Ibid., 3 E 9444 f° 1 v°.

[47]

Ibid., f° 26 v°. Il vend six inées de pastel à un habitant de Limoux pour 55 livres, paiement en trois termes.

[48]

Ibid., 3 E 1494 f° 40 r°, 13 mars 1423 (n.st.)

[49]

Pinto, 2001, p. 443, n. 101 et p. 450, n. 136.

[50]

Ibid., p. 449, n. 134 et p. 448, n. 127. Les draps catalans apparaissent aussi sur le marché toulousain : Wolff, 1954, p. 241-242.

[51]

Romestan, 1972.

[52]

Cf. infra et Wolff, 1954, p. 245-246.

[53]

Arch. dép. Aude, 3 E 1494 f° 65 v°.

[54]

Ibid., 3 E 1493 f° 42 r°, 22 juin 1418.

[55]

Arch. dép. Aude, f° 112 r°, 25 août 1419.

[56]

Les prix mentionnés par A. Pinto sont du même ordre : la charge de pastel languedocien est vendue de 110 à 145 sous. La monnaie utilisée n’est pas précisée, on peut supposer que les vendeurs souhaitaient pratiquer le système tournois : Pinto, 2001, p. 442, n. 97.

[57]

Caster, 1962, p. 57, n. 173, et p. 28.

[58]

Arch. dép. Haute-Garonne, 3 E 10161 f°25 r°, 24 novembre 1405, f° 82 v°, 9 août 1407.

[59]

Un habitant d’Airoux et son fils doivent à Pierre Barte l’aîné, un marchand de Castelnaudary, 8 livres 7 gros et 2 blancs raison achat de drap et compte final, ils doivent payer de jour en jour : Arch. dép. Aude, 3 E 9445 f° 14 r°. Un homme de Moleville doit 9 livres à Jean Serdani, marchand de Castelnaudary, pour achat de drap et compte final : ibid. f° 35 r°.

[60]

Arch. dép. Haute-Garonne, 3 E 10161 f°145 r°, 17 août 1407, paiement pour la saint Martin de novembre, plus le salaire du notaire.

[61]

Arch. dép. Aude, 3 E 1493 f° 153 v°, 4 mai 1420.

[62]

Ibid., f° 185 r°, 26 janvier 1421 (n. st.).

[63]

Ibid., 4 E 076/CC68.

[64]

Ibid., 3 E 1493 f° 194 v°.

[65]

Ibid., 3 E 9444 f° 116 r°, 18 août 1410.

[66]

Arch. dép. Aude, 3 E 9445 f° 18 v°, 25 mai 1411.

[67]

Ibid., 3 E 1494 f° 1 v°, 10 décembre 1421. Agnin, anin, agnis, anisse : laine agneline, toison d’agneau, Frédéric Mistral, Lou Tresor del felibrige, Aix-en-Provence, 1878.

[68]

Arch. dép. Aude, 3 E 9456 f° 192 r°, 21 août.

[69]

Romestan, 1976, p. 75-103.

[70]

Combes, 1976, p. 5-29. Ces alas sont peut-être, dit-il, de simples boutiques (ala sive botiga). Saint-Félix (actuel département de la Haute-Garonne), Montolieu (Aude), Sorèze (Tarn).

[71]

Romestan, 1976 ; Arch. dép. Pyrénées-Orientales, 1 E 1570 f° 53.

[72]

Pinto, 2001, p. 448-450.

[73]

En Roussillon, il a des litiges avec les entrepreneurs locaux pour retard de paiement ou non-paiement de créances : ibid., p. 451, n. 142.

[74]

Arch. dép. Aude, 3 E 1494 f° 25 r°, 28 juillet 1422. Les débats continuent en octobre ; R. de Gorovilla est alors associé à Jean Boneti contre B. de Bosco.

[75]

Ibid., 3 E 9445 f° 18 v°, 2 juin 1411.

[76]

Arch. dép. Aude, 3 E 1493 f°51 v°, 1418.

[77]

Ibid., f° 184 r°, 21 janvier 1421 (n. st.).

[78]

Arch. dép. Aude, 3 E 9445 f° 49 r°, 16 octobre 1411.

[79]

Wolff, 1954, p. 489.

[80]

Arch. dép. Aude, 3 E 9448 f° 83 r° et 3 E 1493 f° 57 v°, 20 septembre 1418, Jean Salnatge l’aîné et Jean junior son fils, le fils de licencia du père, vendent un ostal pour 310 livres. Le paiement se fera en trois ans, à la Notre-Dame de février ; R. de Gorovilla et J. Amelii sont témoins. Le 16 décembre 1418, vente par les deux, d’un ostal avec verger au prix de 225 livres, quitte de lauzimes et foriscapes : ibid., 3 E 1493 f° 73 r°. 112 livres et 10 sous sont payées tout de suite, le solde doit être donné à la Toussaint suivante. Le 12 février 1420 (n. st.), vente par le père d’un moulin pastelier avec terre contiguë pour 250 livres, le paiement s’effectuera à raison de 50 livres par an : ibid., f°145 r°. Un seul petit achat figure dans les registres locaux, Jean Salnatge l’aîné achète le 9 décembre 1418 une terre pour 10 livres : ibid., f° 72 r°.

[81]

Ibid., 3 E 1494 f° 52 v°, 29 mai 1423, P. R. Ricardi est témoin.

[82]

Nous l’avons vu pour les achats de pastel qui mettent en jeu de fortes sommes mais cela existe aussi pour des achats plus modestes : Bernard Duran, de Saint-Julia, doit 28 livres à G. de Rivo, pour marchandises, à payer de jour en jour, 1420.

[83]

Arch. dép. Aude, 3 E 1493 f°71 r°.

[84]

Ibid., 3 E 1494 f° 56 r°, 21 juin 1423.

[85]

Ibid., 3 E 1493 f°5 v°.

[86]

Ibid., 3 E 1494 f° 114 r°.

[87]

Le prix moyen d’un setier de blé début xve, est de huit sous : Marandet, 2006, p. 367. La rente serait donc en moyenne de 5 livres 12 sous. On peut supposer qu’elle vient en déduction de la somme due.

[88]

Arch. dép. Aude, 3E 1493 f° 65 r° et f° 64 v°, grossoyé en 3 E 9448 f°126 r°.

[89]

Ibid., 3 E 9444 f° 137 v°, 24 novembre 1410.

[90]

Ibid., 3 E 9445 f° 27 v°.

[91]

Arch. dép. Haute-Garonne, 3 E 10161 f° 226 r°.

[92]

Arch. dép. Haute-Garonne, f° 316 r°.

[93]

Ibid., f° 360 v°, f° 361 r°, f° 361 v°, f° 384 r°.

[94]

Arch. dép. Aude, 3 E 9444 f° 152 v°, 153 r°, 6 février 1411.

[95]

Ibid., 3 E 1493 f° 9 v°, 28 décembre 1417.

[96]

Arch. dép. Aude, 3 E 9445 f° 11 r°.

[97]

Ibid., G 134, 1er avril 1439, copie.

[98]

Arch. dép. Aude, 3 E 1494 f° 130 r°, 28 mars 1425 (n. st.).

[99]

Ibid., 3 E 1494 f° 3 v° et f° 3 r°, 4 janvier et 2 janvier 1422 (n. st.).

[100]

Arch. dép. Aude, f°22 v°.

[101]

Ibid., f° 84 r°. Le testament est f° 85 r°, 10 mars 1424.

[102]

Ibid., 3 E 1494 f° 130 r°.

[103]

Arch. dép. Aude, 4 E 076/ CC 68.

[104]

Ibid., 3 E 9445 f° 18 r°, 25 mai 1411. Ils vendent à Raymond Fabre, un marchand, deux ostals contigus de leur héritage barri Sainte-Croix, prix 450 livres petits tournois, l’ostal de la veuve de Bernard Barreria est confront (R. de Gorvilla, entre autres, est témoin).

[105]

Ibid., 3 E 1494 f° 130 r°, 28 mars 1425 (n. st.).

[106]

Ibid., 3 E 9445 f° 34 r°. R. de Gorovilla et Bartholomé Ricardi sont voisins dans le « barri interiori ». Les ostals de Jean Salnatge et de Jean Amelii sont aussi confronts.

[107]

Guilhem Martin, le fils de Pierre Martin Alayraci, est le filleul de Guilhem Bernard.

[108]

Arch. dép. Aude, 3 E 1493 f° 29 v°, 4 avril 1418.

[109]

Arch. dép. Aude, 3 E 9443 f° 32 r°, 1391, f° 12 r°, 1399.

[110]

Ibid., 3 E 1493 f° 86 v°.

[111]

Ibid., 3 E 9444 f°17 r°.

[112]

Ibid., 4 E 076/CC 80, 1447, f° 3 r°.

[113]

Ibid., 3 E 1493 f° 214 r°.

[114]

Dossat, 1968, p. 194-196. Le Saisimentum de 1271 contient les serments de fidélité des nobles et des communautés du Toulousain, du Quercy et de l’Agenais à Philippe III le Hardi.

[115]

Il était témoin d’actes passés par des marchands dès ses 17 ans (registre 3 E 9445).

[116]

Arch. dép. Aude, 3 E 1493 f° 86 v°, grossoyé en 3 E 9448 f° 127 v°.

[117]

Arch. dép. Aude, 3 E 1493 f°131 r°.

[118]

Ibid., 3 E 1494 f° 71 v°.

[119]

Ibid., 4 E 076/CC33 n°1.

[120]

Marandet, 2006, p. 270-271.

[121]

Pinto, 2001, p. 454. Il le revoit encore toutefois en 1436 cherchant à récupérer des dettes portant sur du pastel.

[122]

Arch. dép. Aude, 3 E 9455 f° 60 à peu près.

[123]

Ibid., f°123 v°.

[124]

Ibid., f° 90 r°.

[125]

Ibid., 3 E 9458 f° 31 v°. Il vend encore des draps et du froment en 1456.

[126]

Arch. dép. Aude, 3 E 9455 f° 143 v°, 1er septembre 1437.

Résumé

Français

Les registres notariés du Lauragais permettent d’approcher un groupe de marchands, repéré en Roussillon et dans le comté d’Empúries au début du xve siècle, vendant du pastel aux teinturiers. Ces négociants vendent toutes sortes de produits, en particulier du drap, qu’ils font souvent tisser avec la laine qu’ils ont achetée ou tirée de leurs troupeaux. Leurs capitaux sont réinvestis dans les affaires, mais aussi utilisés pour l’achat de biens fonciers (maisons, moulins pasteliers, domaines agricoles). La pratique du prêt, destiné le plus souvent, non à l’exercice de la marchandise, mais à la survie des bénéficiaires, leur est généralement profitable. Pour apurer leurs dettes, les emprunteurs peuvent constituer en leur faveur, des rentes sur leurs terres, ils peuvent aussi céder leurs biens à bas prix. Ceci explique une fortune souvent importante, qu’on peut évaluer grâce aux legs pieux et charitables effectués lors de la rédaction de leurs testaments, ou aux dots concédées aux filles. Ces négociants, à l’instar des juristes, sont consuls, estimateurs, fermiers des biens communaux, bayles de confréries. Certaines de leurs familles accèderont quelques décennies plus tard à la noblesse.

Mots-clés

  • association
  • commerce
  • drap
  • Lauragais
  • pastel

English

Through notarial records from Lauragais, we can rediscover a group of merchants who were active in Roussillon and in the Earldom of Empúries at the beginning of the 15th century, selling pastel to dyers. These traders also sold all kinds of goods, especially cloth, which they often put out to be woven with wool they had bought or gotten from their own flocks. They reinvested their capital in their own businesses, but also used it to buy landed property (houses, pastel mills, agricultural estates). They generally also profited from loaning practices ; the credit they extended was used by its beneficiaries as a survival tool in most cases, rather than in the course of trade. Their debtors sometimes cancelled their debts by setting up rents drawn from their lands and paid over to their creditors, but they also would simply sell over their holdings to the latter at a discount. All this explains why these merchants often held significant wealth, which can be quantified tanks to the religious and charitable bequests they made when writing their last will and testaments, and to the dowries they constituted for their daughters. Like jurists, these traders were consuls of their city, appraisers, leaseholders of township lands, baillifs of brotherhoods, and some of their trading families eventually gained access to the nobility a few decades later..

Keywords

  • association
  • commerce
  • cloth
  • Lauragais
  • pastel

Español

Los protocolos notariales del Lauragais permiten acercarse a un grupo de mercaderes, que encontramos en Rosellón y en el condado de Empúries a principios del siglo xv, vendiendo pastel a tintoreros. Venden todo tipo de productos, particularmente paño que hacen tejer a menudo con la lana de sus rebaños. Invierten sus beneficios en sus negocios, pero también en la compra de bienes inmuebles (casas, molinos pasteleros, fincas agrícolas). Se aprovechan también de la práctica del préstamo, destinado no a la inversión, sino a la supervivencia del prestatario. Para saldar sus deudas, éstos tienen que imponer censos sobre sus bienes o vender sus tierras a bajo precio. Eso explica la fortuna de los mercaderes, a menudo importante, que podemos valorar gracias a sus obras pías o a las dotes de sus hijas. Estos mercaderes, como los letrados, son regidores, arriendan bienes concejiles o actúan a la cabeza de las cofradías. Algunas de estas familias lograrán algunos decenios más tarde acceder a la nobleza.

Palabras claves

  • asociación
  • comercio
  • paño
  • Lauragais
  • pastel

Plan de l'article

  1. Leurs activités
    1. Les produits échangés
    2. Les clients
  2. La valorisation du capital
    1. Les associations
    2. Le prêt
    3. Leur fortune
    4. La sociabilité
    5. L’avenir

Pour citer cet article

Marandet Marie-Claude, « Les négociants du Lauragais au début du e siècle au miroir des actes de la pratique », Histoire & Sociétés Rurales 1/2013 (Vol. 39) , p. 17-42
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2013-1-page-17.htm.


Article précédent Pages 17 - 42 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback