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Histoire & Sociétés Rurales

2013/1 (Vol. 39)


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Isabelle Catteddu, Archéologie des sociétés rurales altomédiévales dans la moitié nord de la France : modes d’habitats, gestion de l’espace, pratiques agropastorales et milieux (études de cas d’archéologie préventive), thèse de doctorat (Université de Paris 1), soutenue publiquement à l’Institut d’Art et d’Archéologie de Paris 1 et Paris 4 le 30 novembre 2012

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Jury : Joëlle Burnouf, professeure à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, umr 7140 ArScan (directrice de la thèse) ; Dominique Marguerie, directeur de recherches, cnrs, umr 6566 creaah (rapporteur) ; Claude Raynaud, directeur de recherches, cnrs, umr 5140 asm-Montpellier (rapporteur) ; Jean-Pierre Devroey, professeur à l’Université Libre de Bruxelles ; Anne Nissen, professeure à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, umr 7140 ArScan ; Joachim Henning, professeur à l’Université J. W. Goethe, Francfort ; Gérard Chouquer, directeur de recherches, cnrs, umr 7140 ArScan (président du jury).

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Le 30 novembre 2012, Isabelle Catteddu a soutenu devant un jury composé d’historiens, d’archéologues et d’un archéobotaniste français et étrangers un mémoire en vue de l’obtention d’une thèse de doctorat portant sur les sociétés rurales altomédiévales dans la moitié nord de la France. Elle a obtenu la mention très honorable avec les félicitations du jury à l’unanimité. Ce travail rend compte de ses recherches pendant près de vingt-cinq ans à l’afan puis à l’inrap en tant que responsable d’opérations. Pour cette raison, cette thèse est dite « sur travaux », une des premières du genre réalisées à l’ed112 (archéologie) de l’Université de Paris 1 et impulsée par Joëlle Burnouf. Ce format particulier explique la composition du dossier :

  • un manuscrit de 200 pages qui correspond à l’argumentaire de la thèse ;

  • un volume d’illustrations de 39 plans de sites, 6 propositions de restitutions, 74 figures et 21 tableaux ;

  • un dossier documentaire contenant deux directions d’ouvrages monographiques, une trentaine de publications, les rapports de fouilles mentionnés dans la thèse ainsi qu’un curriculum vitae détaillant l’ensemble des activités scientifiques de la chercheuse.

De ce point de vue, cette thèse s’apparente plus à un dossier d’Habilitation à diriger des recherches, ce que tous les membres du jury ont tour à tour souligné. J.-P. Devroey estime en particulier que cela souligne admirablement sa volonté d’associer la recherche fondamentale, la conduite de chantiers, la réflexion épistémologique et la publication des résultats de fouille. Cet ensemble fait en effet écho à l’activité diversifiée et productive de l’impétrante : rapports de fouille, direction d’ouvrages, articles scientifiques, chapitres de livres, articles et ouvrages de vulgarisation… sans parler de sa participation aux instances d’expertise archéologique (cira, cnra, cs de l’inrap) et ses contributions protéiformes à la valorisation des travaux d’archéologie préventive (expositions, publications, films, émission de radio, de tv, conférences), toutes choses qui lui ont apporté, comme l’a noté Anne Nissen, une vision globale rare de l’archéologie rurale française qu’elle a su remettre dans une perspective internationale et qui ont nourri ses réflexions méthodologiques. Par cette production et par sa contribution à la construction de l’archéologie préventive française depuis le début des années 1990, I. Catteddu a été saluée comme une chercheuse déjà expérimentée et capable d’animer la recherche. Joachim Henning a souligné ainsi que son travail contribuait de manière exceptionnelle à faire rattraper son retard à l’archéologie française du paysage altomédiéval dans le royaume Franc par rapport à d’autres pays.

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Le thème de la thèse porte sur les habitats ruraux altomédiévaux étudiés dans leur environnement. I. Catteddu explique lors de sa présentation orale qu’il s’agit de tenter de mieux comprendre les sociétés rurales, leur appropriation de l’espace et leurs pratiques agropastorales, à travers les données issues de l’archéologie préventive et de collaborations interdisciplinaires (mises en œuvre dès sa première fouille à Genlis, à une époque où ce n’était pas fréquent). Elle développe également une approche multiscalaire pour passer de l’échelle du site au terroir environnant. Pour étayer sa démonstration, la candidate a retenu neuf sites (Genlis, Saleux, Montours (Le Teilleul, Louvaquint, La Talvassais), Onnaing, Dourges, Châteaugiron, sites A et B) dont elle a dirigé la fouille entre 1991 et 2012. Il s’agit de gisements étudiés sur de grandes surfaces, ayant fait l’objet de travaux interdisciplinaires, de publications et ayant donné lieu à des réflexions d’ordre méthodologique. Ce dossier de sites témoigne donc, selon les membres du jury, d’une réelle maîtrise de la recherche interdisciplinaire et collective ce qui donne du poids à son développement sur les stratégies de fouille à mener pour appréhender les habitats ruraux du haut Moyen Âge (2e partie). Le dossier comporte les rapports de fouilles de ces opérations et I. Catteddu en dresse un compte-rendu succinct dans le volume 1 sous la forme de notices (1re partie). À ce sujet Claude Raynaud aurait souhaité qu’elle présente le contexte archéologique et historique de chaque site, c’est-à-dire les établissements voisins, antérieurs, contemporains et postérieurs, et il regrette, comme A. Nissen, que tous ces sites ne soient pas présentés à même niveau et que toutes les notices ne comportent pas exactement les mêmes rubriques. I. Catteddu explique que l’inégalité de la documentation et la diversité des données empêche de renseigner de manière identique chaque exemple.

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Dans une 4e partie, I. Catteddu replace ces sites dans leur environnement et leur espace. C. Raynaud salue sa volonté de toujours penser l’espace en interaction avec le temps, et réciproquement. Ainsi, le temps est mis en jeu pour approcher la durée des formes d’aménagement, les modalités de leur transmission ainsi que les choix agropastoraux qu’elles révèlent. Sur ce dernier point Dominique Marguerie, archéobotaniste, félicite la candidate pour la qualité de ses connaissances et considère son état de la question comme digne d’une synthèse d’un archéobotaniste. Il souligne sa capacité à fédérer et à encadrer des équipes réellement interdisciplinaires, chose trop rare à son goût. Cette maîtrise implique l’observation et l’acceptation d’une critique interne sévère de chacune des données exploitées par telle ou telle discipline.

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I. Catteddu a également rédigé une partie (3.1.) historiographique intitulée « Quel premier Moyen Age pour les chercheurs du xxie siècle ? », nourrie de lectures françaises mais aussi italiennes, espagnoles et relatives à l’Europe septentrionale. Sur ce point, Jean-Pierre Devroey souligne qu’il aurait probablement mieux valu parler d’historiographies (au pluriel) pour prendre en compte la dimension encore très nationale des repères et des paradigmes des différentes écoles historiques (comme la question de la croissance à la fin du haut Moyen Âge qui a été reconnue bien plus tôt dans d’autres pays). Dans cette partie I. Catteddu met à mal certains paradigmes (« la chute des paradigmes », p. 80), en se situant en rupture avec le concept même de « modèle », auquel elle préfère celui de scenario. Le refus de ces modèles historiographiques datés entraîne très logiquement le choix d’un cadre chronologique qui s’affranchit des césures traditionnelles. Le premier Moyen Âge d’I. Catteddu se situe pour cela entre le ve et le xiie siècle, ce qui lui permet de briser la charnière de l’an Mil. Si J.-P. Devroey salue ce choix, il invite cependant la candidate à justifier la partie amont de sa chronologie.

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Un des points forts de cette historiographie est la critique de la théorie de la « naissance du village » et de son corollaire, l’idée d’une mobilité/instabilité de l’habitat rural du haut Moyen Âge. Refusant cette vision – parce que ses données lui montrent tout autre chose – elle préfère reposer la question d’une façon plus « conceptuelle », sous l’angle des stimuli et des dynamiques portant le processus de « nucléarisation » qui voit le peuplement se polariser en certains lieux. J.-P. Devroey l’invite cependant à approfondir sa critique en se penchant sur des notions allemandes qui lui permettraient de pousser plus loin cette réflexion sur la stabilité et la mobilité. De son côté A. Nissen attire son attention sur les échelles d’observation : il aurait été souhaitable de distinguer plus clairement les différents types de continuités : topographique, fonctionnelle et/ou territoriale. Cela dépend de l’échelle d’observation de la fouille et de l’échelle de l’objet observé (grande villa antique ou exploitation familiale altomédiévale). I. Catteddu refuse également le modèle, en partie lié, de la déprise agricole à la fin de l’Antiquité et durant le haut Moyen Âge dont la disparition des grandes villae rusticae serait le symptôme. Elle lui préfère le paradigme d’un changement d’emprise agricole, des pratiques agropastorales et d’usages du sol, lié à la part croissante de la petite exploitation familiale dans la production agricole au début du Moyen Âge.

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Sur ces deux idées fortes de la thèse, Gérard Chouquer interroge I. Catteddu sur la représentativité de ses échantillons (9 dans le dossier) : sont-ils suffisants pour justifier la fin d’un paradigme ? Il manque selon lui un point de discussion sur ce procédé d’amplification. La candidate rappelle que sa recherche s’est également nourrie de la documentation produite ces vingt dernières années, qu’elle a eu l’occasion d’étudier dans le cadre de ses nombreuses années au sein d’une Cira, mais également grâce aux riches échanges conduits au sein de pcr notamment. Le président du jury l’invite par ailleurs à embrayer sur des problèmes de fond : s’il n’y a pas de déprise agricole, alors que signifie par exemple la question des agri deserti, ou des terres vacantes, qui, sur plusieurs siècles entre l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge, apparaît comme très prégnante ? Si la mobilité doit être relativisée, comment alors réfléchir sur les vrais cas de mobilité dont Genlis offre l’exemple (moins d’un siècle) ?

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Dans une cinquième et dernière partie l’impétrante propose une synthèse sur les rythmes et les mutations de l’occupation rurale, espaces, territoires et formes d’habitat, dans une perspective de plus longue durée que le haut Moyen Âge. Les membres du jury reconnaissent ensemble que ces dernières pages contiennent de nouvelles idées fortes. Ainsi, I. Catteddu montre que s’il y a reprise des parcellaires antiques et protohistoriques, la période altomédiévale n’en est pas moins riche en développement des limites parcellaires et chemins structurant le paysage pour plusieurs siècles. Sur ce point elle mène une très bonne analyse de la question des héritages et livre, selon J.-P. Devroey, une belle illustration de la transformission définie par G. Chouquer et reprise par I. Catteddu. Dans cette large conclusion, elle plaide également pour la reconnaissance d’un second haut Moyen Âge, à partir des viie-viiie siècles, en se fondant sur l’identification de sept facteurs de changement dont une multiplication des sites et une régularisation de la structure de l’espace et des habitats, facteurs énumérés cependant de façon trop rapide selon C. Raynaud. J. Henning interroge quant à lui la candidate sur la fiabilité de cette fourchette chronologique et sur le caractère tardif de ce phénomène par rapport à ce qui est observé en Allemagne et au Danemark par exemple (dès les iiie-ive siècles). I. Catteddu rappelle que l’ensemble des arguments chronologiques est présenté de manière détaillée au sein des différents documents et rapports joints au mémoire et qu’ils sont discutés au sein de ce dernier afin d’argumenter les scenarii proposés.

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Dans cette partie synthétique comme dans la partie historiographique, C. Raynaud et A. Nissen, tout en saluant la somme rassemblée, regrettent qu’I. Catteddu reste le plus souvent en réserve, avançant avec beaucoup de prudence ; une prudence à l’inverse louée par Gérard Chouquer et Dominique Marguerie. Cette humilité devant les données – et probablement les conditions de réalisation de la thèse – laisse certains membres du jury sur leur faim, désireux de savoir davantage ce que la candidate pense au fond des opinions qu’elle recense. I. Catteddu explique, d’une part, qu’elle a souhaité faire un état des lieux le plus honnête possible et que, d’autre part, en lien constant avec le terrain, elle prend quotidiennement conscience des limites inhérentes aux données, quelles qu’elles soient. A. Nissen aurait également aimé moins de retenue sur l’analyse et l’interprétation sociale des vestiges, en s’attaquant par exemple aux questions de gestion territoriale à partir de la donnée archéologique, sur le modèle de ce qui a pu être mené dans des régions sans sources écrites. Enfin, G. Chouquer nuance quant à lui l’image de l’archéologue « chef d’orchestre » qui sous-entend que la musique est déjà écrite, qu’il faut l’exécuter sans se poser de question et donc que l’archéologue ne fait qu’animer des protocoles. Il encourage I. Catteddu à maintenant écrire la musique, c’est-à-dire à conduire des procédures de délibération des objets historiques ou géohistoriques. En l’occurrence pour les sociétés du haut Moyen Âge il y a lieu de présenter les problèmes spécifiques à cette période sous un autre angle qu’on ne le fait traditionnellement : non pas comme une période marquée par une grande rareté des textes mais étudier cette « rareté » pour ce qu’elle est, à savoir un fait historique qui est l’informalité dominante d’une grande partie des sociétés altomédiévales. Les documents archéologiques ne sont en ce sens pas des documents de substitution. Néanmoins G. Chouquer invite I. Catteddu à intégrer les travaux d’anthropologie sociale et ceux de l’anthropologie juridique dans son panel de disciplines.

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Au-delà des quelques remarques et critiques exprimées, les membres du jury insistent à l’unisson sur la très grande qualité de la thèse présentée, qui témoigne d’un travail extrêmement rigoureux, clair et honnête, nourri de connaissances larges et solides et fondé sur des questions et des analyses particulièrement fines et mesurées. Pour ces raisons, cette thèse se situe selon eux au plus haut niveau de la production internationale en ce domaine. J. Burnouf et G. Chouquer soulignent combien ce travail donne tout son sens à la lettre R de l’acronyme inrap. Il en ressort une image transformée des sociétés rurales du haut Moyen Âge qui plaide pour un ample renouvellement des objets, des concepts, des échelles d’analyse et des modèles. Contredisant le discours traditionnel sur des campagnes arriérées, uniformes et figées par un carcan technologique et démographique malthusiens, I. Catteddu contribue à faire émerger un monde rural dynamique, marqué par la diversité régionale et locale des paysages et des habitats et l’adaptabilité des paysans à leur environnement naturel. J.-P. Devroey reprend les mots de la candidate pour souligner combien le paysan médiéval apparaît comme un excellent connaisseur et gestionnaire de son environnement, à l’opposé des clichés. Bref, autant d’avancées qui invitent, selon lui, à enrichir le dialogue avec les historiens du haut Moyen Âge.

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Magali Watteaux

Sylvain Burri, Vivre de l’inculte, vivre dans l’inculte en basse Provence centrale à la fin du Moyen Âge. Histoire, archéologie et ethnoarchéologie d’un mode de vie itinérant, Thèse de doctorat, soutenue le 5 novembre 2012 (Université d’Aix-Marseille-la3m-mmsh)

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Jury : Jean-Loup Abbé, professeur d’histoire, Université de Toulouse ii (président) ; Mathieu Arnoux, professeur d’histoire, Université de Paris vii-ehess-iuf (rapporteur) ; Anne Nissen, professeur d’archéologie, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne (rapporteur) ; Patrice Beck, professeur d’histoire et d’archéologie, Université de Lille 3 ; Gian Pietro Brogliolo, professeur d’archéologie, Université de Padoue (Italie) ; Alain Gallay, professeur émérite d’archéologie préhistorique et d’ethnoarchéologie, Université de Genève ; Christine Rendu, archéologue et anthropologue, chargée de recherches cnrs, framespa-Université de Toulouse 2 ; Aline Durand, maître de conférences, Université d’Aix-Marseille (directrice de la thèse).

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Le président ouvre la soutenance en donnant la parole au candidat. Celui-ci présente son travail qui explore les interactions entre les productions liées à l’exploitation de l’inculte et l’habitat, et qui décrit donc le mode de vie itinérant et la manière d’habiter des hommes qui vivent de ces ressources. La thèse étudie la transformation des matières végétales en analysant un système habitat-culture-exploitation en Provence centrale, calcaire et cristalline, dans un cadre chronologique allant du xiiie au xvie siècle. Ces bornes sont contraintes par les archives de la terre et de papier qui n’ont laissé que des traces ténues. Un croisement et une méthodologie interdisciplinaires ont été mis en œuvre entre archéologie, histoire et ethnoarchéologie pour répondre à des questions précises. Les sources manuscrites dépouillées sont les fonds communaux, les sources réglementaires, judiciaires et notariales du Var et des Bouches-du-Rhône et les archives du Vatican. En archéologie, le type de structures étudiées induit des problèmes de lisibilité de terrain, confortés par l’absence de mobilier céramique et de financement pour des prospections « Lidar ». Finalement, à la suite de prospection post-incendie, cinq sites ont été fouillés pour analyser les modes de vie des usagers et non pas caractériser l’évolution de l’occupation des sols. Dans le cadre de cette thèse, l’ethnoarchéologie constitue une originalité. Elle a été fondée sur l’observation du mode de vie itinérant des populations actuelles en Italie et au Maroc plutôt que sur les enquêtes orales auprès d’anciens artisans. Elle a concerné les structures habitées et abandonnées, les processus dépositionnels et post-dépostitionnels ainsi que l’influence des techniques sur les modes de vie, la vie quotidienne et les rapports sociaux des exploitants. Mais diverses contraintes ont interdit une approche statistique, ce qui constitue une limite importante.

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Le premier tome identifie et cartographie les différentes activités et leurs modalités juridiques. Le calendrier agraire révèle que l’inculte est exploité toute l’année et que l’itinérance peut aller de la micro-mobilité à la migration saisonnière. Le deuxième tome, plus centré sur l’archéologie, définit et caractérise l’habitat temporaire et détermine les activités génératrices de cette implantation. Enfin, le troisième tome concerne les manières d’habiter et les formes de l’habitat.

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En conclusion, les paysans artisans se sont révélés être des gens polyvalents, intégrés à la vie des campagnes, dans des réseaux de solidarité familiale. Si les résultats ne doivent pas être sur-interprétés, cette thèse constitue un défrichement de champs de recherches inexplorés qui appelle de nombreuses perspectives.

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Aline Durand, directrice de la thèse, rappelle que la proposition d’un sujet de master sur ce thème était une gageure méthodologique et conceptuelle dans lequel primait l’interdisciplinarité. Elle souligne l’ampleur de la thèse, la viabilité de la thématique, le chemin parcouru semé d’embûches jusqu’aux dangers physiques. S’appuyant sur une citation extraite de Sapho d’Alphonse Daudet, elle dresse un portrait émouvant de l’impétrant, puis signale les freins à la réalisation de ce travail : restrictions spatiales des autorisations de fouille accompagnées d’un faible soutien financier, absence de financement institutionnel des datations radiocarbones classiques. Aline Durand remercie le Centre Archéologique du Var et l’Office National des Forêts pour leur soutien, et, pour les missions ethnoarchéologiques, l’?cole Française de Rome, le la3m et l’université de Provence. Elle souligne aussi l’insertion du candidat dans un réseau de recherche hors et dans le la3m et dans des programmes scientifiques labellisés. Le travail de recherche a été mené de front avec un service d’enseignement. Elle fait quelques remarques sur les imperfections du travail, notamment l’absence d’index, de fiches récapitulatives de site, de plus de transcriptions de textes qui ne sont pas en forme éditoriale finale. Elle loue la tonalité différente des trois volumes très bien liés entre eux et la qualité des illustrations. Elle termine son intervention en remerciant Sylvain Burri d’avoir mis les humbles sous les feux de la rampe, comme l’a toujours fait son propre directeur de thèse dès son ouvrage La Terre et les hommes en Picardie.

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Anne Nissen a été très impressionnée par le travail et l’interdisciplinarité de ce sujet en marge, ambitieux, qui ouvre beaucoup de perspectives. L’investissement historique archéologique et ethnoarchéologie est remarqué. Sylvain Burri a su garder une humilité dans l’interprétation de ses résultats. L’intervenante rappelle que les sites peu stratifiés, en hauteur ou dans le plat pays, induisent parfois des reconstructions aux mêmes endroits, des réoccupations qui soulèvent la question de la stabilité dans la temporalité. Anne Nissen note une différence entre réoccupations temporaires et réoccupations espacées. Elle est également impressionnée par la manière d’exploiter les sources historiques. Du point de vue de la forme, le volume 1 est très bon, en dehors de l’introduction, ainsi que le volume 3. Cependant, parfois la rédaction est trop implicite. La partie introductive aurait pu être plus traditionnelle. La partie archéologique dénote un immense travail, mais les illustrations ne sont pas assez nombreuses pour montrer l’environnement des sites. Les photographies auraient également pu être mieux légendées. Enfin, quelques remarques techniques sont faites, notamment sur les diagrammes de Harris qui exposent plus les relations physiques entre les unités stratigraphiques que leurs relations chronologiques. Dans l’ensemble, ce travail est considéré comme colossal, mêmes si certaines données doivent encore être digérées, et le manuscrit retravaillé en vue d’une publication.

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Mathieu Arnoux considère que cette thèse est monumentale, qu’elle comprend en fait trois thèses simultanées. C’est un vrai projet fou qui est loué et Sylvain Burri est félicité pour cette dose de folie déraisonnable. Le projet de cette thèse a été de focaliser l’étude sur ce qui est habituellement à la marge, d’essayer de donner une substance à l’informel et à l’éphémère par une enquête extensive et approfondie. Il semble important de souligner la part de la recherche collective de cette thèse. Ici le désir de reconnaître cette dette est très clair. Le fait d’avoir voulu faire coïncider l’approche anthropologique, historique, et archéologique atteste d’une grande cohérence dans l’approche. Sur le contenu, une bonne analyse de la saisonnalité est notée et des observations sur les coupes de bois et sur leur estimation pécuniaire sont discutées et comparées entre le nord et le sud de la Loire. Mathieu Arnoux engage également une discussion sur le concept et la notion de culture. L’espace géographique choisi est cohérent car complémentaire. L’archéologie de la demande est un autre sujet de thèse : ici c’est une archéologie de l’offre et de la production.

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Alain Gallay se déclare impressionné par le travail d’archive. Il centre son intervention autour de l’ethnologie et de la publication. En ethnologie d’abord, il y a très peu de travaux francophones archéologiques et ethnologiques, trois seulement, à sa connaissance, dont celui de Sylvain Burri. Alain Gallay souligne le décalage entre une réflexion méthodologique convenue et peu intéressante et un travail très efficace. Il développe deux points essentiels de la thèse : un appel à la prudence sur la question taphonomique et la mise en exergue de nouvelles questions. Sur le plan méthodologique, Sylvain Burri a utilisé une approche reconnue : la comparaison entre les discours des acteurs sur des vestiges et la réalité matérielle. La thèse arrive à des constats positifs et intéressants dans le domaine technique, notamment celui de la distillation : elle met en exergue la relation entre lieux et temps de production, habitat, et distance par rapport au domicile… Elle atteint un niveau très performant car des constats sur l’habitat sont acquis qui, d’un point de vue ethnologique, sont essentiels. Ce travail montre qu’il vaudrait peut-être la peine de se détacher de la mise en garde de l’ethnologie, qui ne se réduit pas à l’étude de la dégradation, mais qui contient aussi des règles positives. L’archéologie permet d’appliquer des règles de l’ethno-archéologie sans forcément en entraîner la validation. En ce qui concerne la forme de la publication, la question qui se pose est la suivante : comment vont-être utilisées les informations de la thèse ? Les premières étapes à définir sont de sérier les lecteurs potentiels et les intéresser.

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Gian Pietro Brogiolo intervient ensuite et décrit la thèse comme un travail exceptionnel à l’échelle de l’archéologie globale. Il soulève la question de la disponibilité des fonds. Si l’un des résultats significatifs de la thèse est la classification et l’interprétation en termes de rapports sociaux et de mobilité des multiples activités menées dans l’incultum, il regrette que la chasse, la sylviculture, la pêche, l’irrigation et l’exploitation des ressources hydrauliques qui donnent lieu à une règlementation et lient culte et inculte n’aient pas été intégrées. Gian Paolo Brogliolo soulève aussi la question de l’identification des signes de la religion, puis celle de la forme de la de la publication qu’il souhaite rapide pour laquelle il faudra garder une vision d’ensemble. Cette thèse monumentale ouvre des pistes multiples pour des enquêtes à mener car elle allie avec une remarquable compétence l’usage systématique, approfondi et innovant de trois disciplines différentes.

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Pour Patrice Beck, cette thèse constitue un travail très ambitieux par sa pluridisciplinarité, par son itinérance, qui place la marge au centre, et qui a créé une méthodologie. En ce qui concerne les archives, il regrette le manque de fac-similés. La bibliographie est très importante, peut-être trop. Il aurait souhaité une introduction plus musclée : il faudrait y intégrer certains concepts et données des introductions de volumes et de parties. Il manque à la thèse quelques définitions de concepts centraux. Le titre est accrocheur, mais trompeur, toutes les questions sont présentées trop rapidement. Le sous-titre : « mode de vie itinérant » est commenté : il y manque, selon Patrice Beck, le caractère temporaire des habitats étudiés. Les bornes chronologiques ne sont pas justifiées. Patrice Beck interroge l’impétrant sur l’occupation des forêts en fonction de la démographie. Il pense qu’il aurait fallu évoquer les grands défrichements des xiie-xiiie siècles qui sont révélateurs de dynamiques sociales. La grande diversité des méthodes et du corpus ne masque pas les problèmes et les acquis. Le président donne ensuite la parole au candidat, qui répond de manière argumentée aux questions et remarques formulées par Patrice Beck.

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Christine Rendu dit son grand plaisir, son bonheur et son enthousiasme à lire cette thèse. La fouille des sites de peu est un parti-pris qui donne le plein statut de site archéologique à des installations habituellement peu étudiées. Elle loue une approche d’ensemble extrêmement fine, des clichés et dessins qui sont très pertinents et qui montrent toute la proximité de Sylvain Burri avec l’ethnologie. L’inculte est un terme couramment employé dans les sources écrites médiévales. Cette notion est donc bien une catégorie médiévale opérationnelle pour décrire et étudier des espaces pris sous l’angle des pratiques et non pour cartographier et étudier des dynamiques spatiales, ce qui constituait un autre travail. La place émouvante des femmes et des enfants révèle que l’inculte est absolument vivant. Sylvain Burri ne plaque jamais l’ethnologie sur l’histoire ou l’archéologie. Sa réflexion intègre très bien les trois domaines qui s’enrichissent mutuellement. Christine Rendu n’a néanmoins pas tout de suite compris la logique du plan et reproche l’éclatement de la description du site archéologique qui conduit à une analyse spatiale tronquée. Elle loue cependant le courage de s’être confronté à un terrain très difficile. L’intervenante explique qu’elle n’est pas d’accord avec le refus posé d’utiliser les chrono-typologies car si c’est un mauvais outil, il existe cependant et il est difficile de s’en passer. L’impétrant répond qu’il s’est interdit de développer une typologie à partir des cinq sites fouillés, mais que lorsque son corpus sera plus étoffé, il envisagera cette voie d’approche.

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Jean-Loup Abbé clôt la soutenance. Il est heureux de partager sa position « d’homme des marges », grâce à un travail novateur et central. La thèse est la réalité d’un espace et d’une société intégrée dans le monde rural, mais aussi dans le monde périurbain et urbain. L’intervenant tient à souligner la qualité de l’écriture et du vocabulaire qui est précis et pertinent. Il note la bonne maîtrise des multiples domaines concernés dans un travail intégré aux différents domaines de la recherche. Les transitions entre chapitres sont toujours soignées, et les conclusions partielles toujours là. La conclusion finale est bien menée et le travail est bien construit. La liste des sources est impressionnante ainsi que la capacité de travail du candidat. L’exploitation très importante des sources notariales est également remarquable. Jean-Loup Abbé regrette cependant que les autres types d’archives ne soient pas mieux mises en valeur : il aurait souhaité disposer d’un échantillonnage transcrit et reproduit plus important de toutes les sources dépouillées (baux, contrats…) afin que la présentation de la matière première soit complète. L’absence d’index est un choix dommageable. Un glossaire aurait également été intéressant ainsi qu’un tome d’annexes plus fourni. Jean-Loup Abbé suggère que quelques concepts affirmés soient peut-être à nuancer et à mieux définir : complexe, pérenne, temporaire. Il souligne cependant la pertinence d’une démarche qui aborde notamment les solidarités familiales. Jean-Loup Abbé clôt la soutenance en félicitant Sylvain Burri pour son apport à l’histoire et pour avoir remis les marges au centre.

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Après une courte délibération, Sylvain Burri est proclamé docteur en histoire et archéologie du Moyen Âge avec la mention très honorable et les félicitations unanimes du jury.

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Claire Venot

Nathalie Pallu de la Barrière, Honfleur et son arrière-pays, chronique d’un espace militaire (1367-1530), Thèse de doctorat d’histoire soutenue à l’Université Paris-Diderot Paris 7, le 10 novembre 2012

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Jury : Anne-Marie Flambard-Héricher, professeur émérite à l’Université de Rouen (présidente, co-rapporteur de la thèse) ; Mathieu Arnoux, professeur à l’Université Paris-Diderot Paris 7, directeur de recherches à l’ehess (directeur) ; Jacques Bottin, directeur de recherches émérite au cnrs (rapporteur du jury) ; Christophe Maneuvrier, maître de conférences à l’Université de Caen-Basse Normandie (co-rapporteur de la thèse) ; Denise Angers, professeur émérite de l’Université de Montréal (Canada).

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Anne-Marie Flambard-Héricher ouvre la soutenance en présentant les membres du jury puis donne la parole à Nathalie Pallu afin qu’elle soutienne son travail. Après les remerciements d’usage, Nathalie Pallu expose la genèse de sa thèse qu’elle inscrit dans la continuité de sa maîtrise d’histoire de l’art sur les comptes du trésor de l’église paroissiale Saint-Michel de Pont-l’Évêque entre 1494 et 1497 (dir. Léon Pressouyre, 1996) et de son dea d’histoire sur « La reconstruction de l’espace normand situé entre la Dives et la Risle entre 1364 et 1540 » (dir. Mathieu Arnoux, 2003). Ce travail lui permit d’envisager une enquête similaire à celle menée par Guy Bois dans le Pays de Caux afin de vérifier si cette rive de la Seine avait vécu des phases de guerre et de reconstruction semblables. Elle entreprit donc ses recherches en ce sens, avant de constater que fautes de sources sérielles exploitables, il ne lui serait pas possible de suivre l’approche quantitative et comptable mise en œuvre par l’auteur de Crise du féodalisme. Plutôt que de renoncer et afin d’exploiter la documentation hétérogène que recelaient les fonds parisiens et normands pour la vicomté d’Auge (Archives royales, papiers de la famille d’Orléans conservés en mains privées, archives de la baronnie de Roncheville, etc.), la candidate a puisé son inspiration dans la bibliographie de la dévastation des campagnes durant la guerre de Cent Ans. Les travaux de Robert Boutruche sur l’espace Bordelais qui interrogeaient les sources en ces termes l’ont incitée à focaliser son attention sur les acteurs, le roi dans son domaine, les ducs d’Orléans apanagés dans la vicomté d’Auge, les barons de Roncheville, les ecclésiastiques et la population. Par ce biais, elle a ainsi mis en évidence – même durant l’occupation anglaise – des continuités plutôt que des ruptures en matière d’administration, de justice, d’encadrement ecclésiastique mais aussi de construction ou d’avitaillement militaire. Considérant l’aspect militaire, Nathalie Pallu a ainsi pu révéler le rôle joué par la guerre maritime et notamment par la course dans le paysage social du port et dans l’économie de l’arrière-pays. L’analyse des comptes du grand sénéchal de Normandie, Pierre de Brézé, dont les nefs étaient basées à Honfleur ont, par exemple, dévoilé le poids de l’élevage bovin dans l’avitaillement et le rôle bénéfique joué par les espaces incultes dans un système économique déprimé. Selon la candidate, l’économie informelle (familiale, domestique, conviviale, souterraine) a permis à la région de conserver un dynamisme économique qui s’est avéré favorable au terme de l’occupation anglaise. Pour l’espace honfleurais, ces éléments lui permettent ainsi de récuser le catastrophisme mis en évidence par Guy Bois sur les rives septentrionales de le Seine. Vient alors s’adjoindre à sa démonstration le rôle politique de la hiérarchie ecclésiastique dans les phénomènes de continuité et de cohésion sociale durant toute la période considérée.

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Avant de conclure, Nathalie Pallu tient à expliciter les choix rédactionnels qu’elle a opérés. Elle précise notamment que son plan, s’il s’avérait pragmatique du point de vue archivistique, aurait certainement mérité un traitement thématique afin d’éviter les redites et de valoriser ses résultats. Faute de temps, elle n’a pu envisager ce remaniement. Puis elle énonce, les raisons pour lesquelles la présentation de ses sources se trouve dans le second volume de sa thèse et non dans le premier comme le veut l’usage. Ce choix relève d’une volonté de présenter les sources et les éditions de texte dans un volume autonome pouvant être assimilé à un outil de travail à destination des médiévistes normands. Elle les enjoint d’ailleurs à poursuivre la réflexion et attire leur attention sur la question de la terminologie de l’après-guerre qui lui a posé problème puisque, historiographiquement, elle a été contrainte d’employer le terme de « reconstruction » alors même qu’elle rejette l’idée d’une « dévastation » de l’espace honfleurais due à l’occupation anglaise.

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La présidente donne la parole à Mathieu Arnoux, directeur de la thèse, qui exprime le plaisir qu’il a de voir ce travail achevé. Respectant la tradition, il présente la candidate, le cheminement qui l’a amené à diriger cette thèse et félicite Nathalie Pallu d’entrer dans la famille des chercheurs en histoire malgré un parcours inhabituel. Mathieu Arnoux souligne ensuite la complexité de la reconstruction de la région honfleuraise à laquelle la candidate a été contrainte. Il rappelle que l’espace sur lequel elle a choisi de travailler – dont la définition institutionnelle n’est pas clairement définie puisqu’il est cogéré par les Valois et les Orléans et est soumis à des contraintes liées à la gestion féodale – lui a tout d’abord imposé de saisir l’histoire des fonds d’archives augerons du Moyen Âge jusqu’au xviiie siècle. Ce lien entre l’histoire des archives (que la candidate a relégué en introduction de son volume consacré aux sources et éditions de texte) et l’historiographie de l’espace, lui permet de présenter durant cette soutenance le récit historique inédit d’un port et de son arrière-pays durant la guerre de Cent Ans. L’apport de la thèse est de poser l’idée que la « création » de l’espace maritime honfleurais aux xive-xve siècles résulte d’une volonté royale que l’on pourrait exprimer en ces termes : Charles V « a décidé » qu’aucun prince ne pourrait plus se rebeller contre le roi de France dans cet espace. Ancré dans les esprits, ce principe va déterminer la manière dont l’occupation puis le départ des Anglais seront perçus : non comme des ruptures mais comme des transitions simples d’un roi à un autre, qu’il soit français ou lancastrien.

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Ce rappel formulé, Mathieu Arnoux revient sur quelques aspects de la thèse qui ont retenu son attention. Il s’intéresse dans un premier temps aux chapitres relatifs au rôle des évêques de Lisieux dans le contrôle de l’espace honfleurais et rappelle l’hypothèse de Nathalie Pallu selon laquelle la construction de la forteresse honfleuraise s’inspirerait de la Politique d’Aristote récemment traduite par Nicole Oresme. Celui-là même qui se verra attribuer en 1377 l’évêché de Lisieux et le patronage de deux l’église de Honfleur. Si Mathieu Arnoux reconnaît avoir été sceptique quant au rôle joué par Nicole Oresme dans l’élaboration du port chargé de verrouiller l’embouchure de la Seine, il souligne toutefois qu’après lecture des indices mis en évidence par la candidate, il ne peut qu’adhérer à l’idée de ces évêques politiques ouverts aux idées novatrices de leur temps. Il remarque aussi le niveau culturel surprenant du nord du Pays d’Auge se traduisant par la présence de nombreuses écoles, l’intense pratique de l’écrit, l’existence du Livre des merveilles de Marco Polo (provenant de la bibliothèque de Charles V) dans la bibliothèque d’un notaire honfleurais ou encore les indices architecturaux attestant de contacts précoces avec les humanistes italiens. De ce point de vue, il estime tout comme Nathalie Pallu que ce port peut être envisagé comme un port ouvert tant sur plan culturel que sur les grands espaces. Dans un second temps, la candidate ayant souligné les différences manifestes entre ses résultats et ceux de Guy Bois pour le Pays de Caux, Mathieu Arnoux reprend ce point. Ces divergences sont, selon lui, en partie dues au fait que contrairement au Pays de Caux, le nord du Pays d’Auge est fortement contrôlé par l’État monarchique, ce qui, comme le montre Nathalie Pallu, a une incidence sur sa chronologie et sur son mode de gestion. Ces remarques formulées, Mathieu Arnoux estime toutefois qu’à bien y regarder, la question des enjeux sociaux affleure dans la thèse et que l’on pourrait sans doute y trouver et voir cohabiter des enjeux sociaux similaires à ceux identifiés dans Crise du féodalisme pour peu que l’on explore cette question.

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Christophe Maneuvrier souligne le caractère original de cette thèse, claire et bien construite, qui a pour ambition d’étudier le développement d’un port militaire, centré sur une forteresse royale, doté d’une amirauté et constituant une sorte de verrou sur la Seine afin de protéger Paris. Bien que la candidate ait remis son plan en cause, il estime pour sa part que ce choix chronologique, permet à son lecteur de suivre en toute sureté, l’histoire de cet espace hautement stratégique et de découvrir son ouverture politique et militaire. Il salue aussi l’intérêt du volume de sources, précieux, tant pour leur nouveauté que pour leur diversité. Il y regrette toutefois l’absence du cueilloir de la prévôté de Pont-l’Évêque de 1397 – pourtant quasi-prêt à être publié – qui a permis de cartographier la ville éponyme. Interpelée, la candidate assure tenir ce document à sa disposition ainsi qu’à celle des membres du jury.

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Afin de mettre en évidence les caractères essentiels de cette thèse qui se présente comme une recherche en histoire politique, militaire, économique et sociale, Christophe Maneuvrier fait le choix de suivre le plan chronologique de la candidate. Dans la première partie, relative à la création de la forteresse (1367-1417), il souligne la diversité des thématiques politique, sociale et culturelle abordées, ainsi que la manière rigoureuse et dépouillée de tout a priori idéologique dont Nathalie Pallu les a traitées. Cela met en évidence la création de ce port royal voulu pour des raisons militaires, ainsi que celle conjointe d’un apanage visant à l’installation d’un prince de sang dans la région. S’il note que le rôle des normands dans l’entourage de Charles V lui semble devoir être relu à la lumière de l’attachement du roi à la capitale rouennaise, il est surpris de la présence des évêques de Lisieux dans le conseil du roi (Nicole Oresme, Pierre Cauchon, Thomas Basin). La seconde partie, portant sur la période de l’occupation anglaise (1417-1450) éclaire l’existence en Normandie de secteurs dans lesquels les Anglais ont privilégié, pour des motifs économiques et militaires, l’entretien des équipements et infrastructures plutôt que le pillage. Convaincante, elle rappelle que Thomas Basin faisait état de lieux préservés, attestant ainsi que si « Hiroshima » a bien eu lieu en Normandie, ses effets n’ont sans doute pas été ressentis partout ou plutôt pas partout en même temps. Poursuivant cette thématique, il félicite la candidate pour l’étude prosopographique qu’elle a menée afin de mettre en évidence les réseaux sociaux qui se sont maintenus durant l’occupation, et de poser la question de l’immigration. Il estime toutefois que l’échelle d’analyse pourrait être affinée. Pour Christophe Maneuvrier la troisième partie traitant de la reconstruction (1450-1530) constitue le cœur de la thèse. Parmi les thématiques économique, judiciaire, financière et sociale abordées, il retient les belles pages sur l’avitaillement ou sur le rôle des herbages dans le processus de reconstruction. Particulièrement intéressantes elles témoignent – du fait de l’augmentation du montant des fermages – du dynamisme de la région. Il estime toutefois qu’un ensemble de questions a été laissé en suspens ou mérite une reprise : celle du cuir sans moulins à tanner, celle du cidre dont la présence est attestée par de nombreux tonneaux ou encore celle des déplacements de maison et des constructions de bois qui témoignent selon la candidate de difficultés financières. En désaccord sur ce point, Christophe Maneuvrier précise que nombre de constructions de prestige sont concernées et que le bois employé est précieux et coûteux. Malgré ces quelques éléments, Christophe Maneuvrier salue une nouvelle fois, cette monographie régionale, utile et nécessaire, dans laquelle chacun pourra faire moisson et dont il espère la publication rapide.

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Anne-Marie Flambard-Héricher ouvre la seconde partie de la soutenance en donnant la parole à Denise Angers qui félicite Nathalie Pallu pour avoir réussi à mener un travail considérable dans des fonds d’archives difficiles. Elle souligne notamment la patience nécessaire à la constitution d’un corpus documentaire qui s’apparente à un puzzle. En résultent trois volumes, dont un très beau volume de sources inédites, qui montre une région dynamique bien évaluée par les rois de France puis d’Angleterre, un espace militaire voulu par Charles V suite aux destructions navarraises, mais aussi une société. Construit politiquement et intellectuellement (Nicole Oresme), cet espace dispose d’un arrière-pays qui a été étudié sur la longue durée afin de dresser un état des lieux de l’occupation anglaise. Bien que la période lancastrienne reste un peu mystérieuse (sans doute du fait des sources utilisées et du silence historiographique auxquels la candidate a dû faire face), il n’en demeure pas moins que ses conclusions sont tout à la fois dignes d’intérêt et intrigantes puisque durant l’occupation, elles font état d’une absence de destructions, de révoltes, de chute démographique et du maintien de l’économie (perception des revenus, continuité de l’approvisionnement, etc.) et qu’après l’occupation elles présentent une croissance galopante. Cette situation très différente de celle du Pays de Caux incite alors à envisager l’existence de « plusieurs Normandie ». Denise Angers souligne toutefois qu’au terme de sa lecture, elle s’est demandée si le tableau dressé par Nathalie Pallu n’était pas trop optimiste : des destructions minimes dues à la guerre, une région qui, bon an mal an, vit dans le bonheur, des signes de prospérité, un départ des Anglais qui paraît presque dommageable, des dégâts dus aux Français plutôt qu’aux Anglais, etc. Bien qu’intéressant, cela incite l’historien au questionnement, notamment du fait d’autres textes connus pour les espaces voisins qui quant à eux témoignent de destructions dues aux Anglais ou encore d’une décroissance économique attestée par l’accroissement des rentes en non-valoir. Denise Angers s’interroge donc sur les sources employées par la candidate et tout particulièrement sur la lecture que la candidate a faite du cueilloir de la prévôté de Pont-l’Évêque. Elle lui signale par exemple, que l’aménagement des rentes dont elle fait le constat, n’est peut-être pas une preuve de dynamisme mais plutôt un moyen d’enrayer les départs. Afin de conforter ou de nuancer, cette lecture positive, il conviendrait de réunir l’ensemble de ces indices (rentes, herbages et forêts non exploitées, terres abandonnées, dettes, etc.) et d’en faire une analyse plus critique. Malgré ces quelques remarques, il n’en demeure pas moins que le dynamisme honfleurais mis en évidence par Nathalie Pallu est bien réel, ce qui indiquerait une reconversion de l’économie favorisée par le déclin démographique. Denise Angers rappelle d’ailleurs qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre déclin et transformation des modèles économiques.

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Jacques Bottin souligne le contrepoint que ce travail offre à la version catastrophiste des effets de la Guerre de Cent Ans développée par Guy Bois dans sa thèse sur la Normandie Orientale. Sans minimiser la reconstruction du puzzle complexe auquel la candidate s’est appliquée malgré l’absence de nombreuses pièces, Jacques Bottin déplore tout d’abord quelques manques dommageables. Parmi eux, l’absence d’un tableau de concordance de la métrologie pour lequel il suggère l’usage des articles de Gérard d’Arundel de Condé ou encore l’emploi d’une carte des paroisses inadaptée au traitement du sujet et à laquelle la candidate aurait, par exemple, pu substituer la carte de Cassini. Mais son principal reproche concerne le choix de plan opéré par la candidate. Il regrette notamment le rejet de la présentation des sources dans un volume indépendant qui prive le lecteur d’informations sur la méthodologie et l’échelle d’analyse. Selon lui, la présentation préalable des sources et les informations qui l’accompagnent, en termes de démographie, de prix ou encore de conjoncture politique auraient ensuite permis le développement d’un plan thématique évitant de nombreuses redites. Poursuivant ses critiques, Jacques Bottin évoque également la nécessité de redéfinir l’espace géographique, tant du point de vue du vocabulaire employé – le terme « pays » par exemple n’est pas utilisé – que de l’indispensable ouverture de la problématique sur la terre, en direction de Rouen. Il en résulterait un espace qui ne serait pas uniquement ouvert sur la mer mais qui existerait entre terre et mer. En adoptant ce point de vue, il serait alors possible de mettre en perspective, dans la longue durée, les thématiques abordées par la candidate. De plus, en ouvrant la réflexion à la circulation (des hommes, des marchandises, etc.) et en faisant sortir l’étude de l’espace clos dans lequel il a volontairement été maintenu, l’image trop parfaite évoquée par Denise Angers pourrait être contrée.

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Ces questions méthodologiques posées, Jacques Bottin propose à Nathalie Pallu de reconsidérer quatre points de la thèse. Le premier concerne les gâtines pour lesquelles il envisage qu’il puisse s’agir de terres communales comme dans l’espace rouennais où des terrains communaux destinés aux bouchers sont avérés entre 1480 et 1490. Le second regarde l’étude prosopographique. Bien qu’il s’agisse d’une très belle analyse portant sur des individualités de l’élite urbaine, Jacques Bottin regrette que la candidate n’ait pas tenté de prendre également le collectif en considération. En étudiant les enchères, il eut été possible de changer l’échelle d’analyse et d’envisager la dynamique collective et les processus entrepreneuriaux qui se mettent en place. Dans ce contexte, on aurait pu observer l’attitude des élites, le cumul des fonctions, la réunion des pouvoirs entre les mains d’un ou de plusieurs individus ou au contraire une pénurie de personnes expliquant les baux plus importants à la fin de la période étudiée. Le troisième porte sur l’étude du rapport ville-campagne dans laquelle Nathalie Pallu donne la part belle à Honfleur et avance que la croissance démographique est naturelle. Or on ne connaît pas de ville d’Ancien Régime dans lesquelles il en est ainsi : s’il y a croissance elle est due à l’immigration. Il semble donc que les sources employées (notamment les tutelles et l’étude des patronymes) biaisent les résultats. Il en est d’ailleurs de même pour la mortalité qui se trouve sous-estimée. Ces mêmes sources témoignent par contre très bien du rapport ville-campagne ou encore de l’immigration de port à port ou de ville à ville. Elles pourraient être complétées par une documentation issue des confréries souvent porteuse d’informations sur l’immigration. Le quatrième et dernier point concerne la dynamique économique et notamment le rôle surprenant de la guerre de course dans ce domaine. À la lecture de la thèse, Jacques Bottin estime qu’il ne faut pas distinguer course et commerce qui empruntent les mêmes voies : il serait de ce fait intéressant d’exploiter les sources anglaises. La mise en relation des ports apporterait des informations complémentaires, réduirait le sentiment d’hyper-centralité de Honfleur (sans doute au profit de Rouen) et restituerait la véritable place du port dans l’espace normand.

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Tout comme ses collègues, Anne-Marie Flambard-Héricher exprime tout l’intérêt qu’elle verrait à la publication de cette thèse. Afin de ne pas répéter les propos de ses prédécesseurs, Anne-Marie Flambard-Héricher suggère de ne revenir que sur les quelques points qui devraient être reconsidérés avant publication. Elle souligne notamment la nécessité de comparer ses résultats avec les travaux menés par Vincent Carpentier pour la Dives, Philippe Lardin pour Dieppe ou encore Bruno Sintic pour les petites villes de Normandie. Ceci permettrait à la candidate de replacer Honfleur dans un espace normand plus large et de considérer le triptyque que forment Rouen, Harfleur et Honfleur. En tant qu’archéologue, elle signale notamment qu’une étude menée à partir de la seule carte de Pont-l’Évêque lui aurait permis de constater la ressemblance de la localité pontépiscopienne avec la plupart des petites villes de Haute-Normandie (village-rue composé de longues parcelles et entouré d’un canal). Anne-Marie Flambard-Héricher revient également sur les manoirs de bois et rappelle que ces constructions sont fréquentes dans la vallée de la Seine, le médiocre calcaire cauchois ne pouvant être employé dans la construction. Rejoignant en cela les remarques de Mathieu Arnoux sur l’église Sainte-Catherine de Honfleur, elle réaffirme que les manoirs de bois ne peuvent être envisagés comme des constructions de faible qualité et ce d’autant que dans cet espace le bois de charpente est de très haute valeur et qualité (les difficultés d’approvisionnement durant la guerre en faisant même un produit rare).

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Après délibération, le jury décerne à Nathalie Pallu le titre de docteur en histoire de l’université Paris-Diderot Paris 7 avec la mention très honorable.

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Isabelle Theiller

Laurent Marien, Territoire, pouvoirs et société. La ville de Marans et son pays (1740-1789), 2 vol., 1027 pages, Thèse de doctorat d’Histoire soutenue le 23 mars 2012 à l’Université de Poitiers

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Jury : Jean-Pierre Jessenne, Université de Lille iii ; Gérard Le Bouëdec, Université de Bretagne-Sud (rapporteur) ; Jacques Péret, Université de Poitiers (directeur de thèse) ; Didier Poton, Université de La Rochelle (président) ; Guy Saupin, Université de Nantes (rapporteur) ; Thierry Sauzeau, Maître de Conférences à l’Université de Poitiers.

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À l’invitation de Didier Poton, qui assure la présidence du jury, Laurent Marien revient sur les origines de sa thèse, inspirée des travaux de Dominique Guillemet, à savoir une réflexion inscrite dans une perspective géohistorique sur l’organisation de l’espace et sur la gestation du territoire menée dans le Centre-Ouest de la France. Vieille notion géographique, les pays ont trouvé une nouvelle jeunesse qui témoigne d’un retour vers le « local » à l’heure de la mondialisation, d’une recherche de solidarités nouvelles au sein d’espaces vécus associant les villes et leur environnement rural, d’une volonté d’enracinement fondée sur la valorisation et la mise en valeur de potentialités diverses, économiques, sociales, culturelles. Il expose l’approche conceptuelle mise en œuvre, évoque l’apport des historiens sur l’ancrage des sociétés dans leur territoire avant d’expliciter sa démarche.

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Marans et son pays constituent un laboratoire particulièrement intéressant et pertinent, en raison de sa situation au cœur des marais, comme port à la fois fluvial et maritime et, caractère original, comme siège d’une grande seigneurie. La première ambition de cette recherche est d’identifier un pays marandais, depuis l’arrivée d’une nouvelle lignée de seigneurs – les d’Aligre – à la tête du comté de Marans en 1740, puis du marquisat d’Aligre à partir de 1777, jusqu’au début du processus révolutionnaire. Il s’agit de vérifier le rayonnement de Marans et la polarisation des services et des activités par cette ville. La démarche s’organise autour de la mise en évidence de trois espaces : un espace légitime ou institutionnel établi à partir du marquisat d’Aligre dont Marans est le siège, un espace fonctionnel appréhendé à partir des activités du port de Marans, de la justice seigneuriale de Marans et de l’activité des notaires de cette ville et, finalement, un espace social et culturel reposant sur le sentiment d’attachement territorial de la population. L’intervention de Laurent Marien se poursuit par une présentation des sources sollicitées, manifestement nombreuses et très variées, et une évocation des limites du corpus documentaire.

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Dans l’introduction de sa thèse, il a présenté les définitions du pays, sa pertinence en tant que concept, justifiant les pistes possibles, la grille de lecture mise en œuvre et finalement la méthode et les grandes étapes de la démonstration. Il aborde également les choix qu’il a faits, passant tour à tour des rivages de l’Atlantique à la vallée de la Sèvre, des marais mouillés aux dessèchements du marais poitevin, des censives à la réserve seigneuriale, des seigneurs aux vassaux, du marché au port de Marans, de la justice aux justiciables, des notaires à leur clientèle, des gens de mer aux bourgeois de Marans sans oublier les cabaniers et huttiers qui dessinent le paysage agricole. Il conclut sur les caractères de l’organisation de ce pays marandais au xviiie siècle en s’appuyant sur un croquis de synthèse qui reprend les différentes pistes suivies et qui figure dans la conclusion du mémoire de doctorat.

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Jacques Péret, directeur de la thèse, souligne qu’elle repose sur un énorme travail de dépouillement, utilisant largement les sources (abondantes citations) et une historiographie parfaitement maîtrisée. L’ampleur de la thèse se retrouve dans l’appareil graphique, 235 documents dans le texte, dont un très bel ensemble de cartes insérées dans le développement.

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L’introduction, véritable premier chapitre, comporte un volet méthodologique et historiographique très fouillé, avec une entrée très affirmée dans la géo-histoire, approche conceptuelle qui doit beaucoup au regretté Dominique Guillemet. Marans et son pays constituent un laboratoire particulièrement intéressant et pertinent, de par sa situation au cœur des marais, comme port à la fois fluvial et maritime et, caractère original, comme siège d’une grande seigneurie. Le second volet de l’introduction, plus documentaire, propose un balayage méthodique des sources accompagné d’un véritable mode d’emploi dépassant la simple énumération. La bibliographie est très large, reflétant les nombreux domaines de l’histoire abordés dans cette thèse.

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La première partie est consacrée à l’espace institutionnel organisé autour de Marans. Laurent Marien a choisi comme entrée celle d’une grande seigneurie, le marquisat d’Aligre, constitué en 1777 par la réunion de plusieurs seigneuries dont les terres de Marans et d’Andilly, exemple de la modernisation du cadre seigneurial à la fin du xviiie siècle. Dans le second chapitre, Laurent Marien a reconstitué la géographie féodale. Cette seigneurie reste vivante jusqu’à la fin de l’Ancien Régime par sa justice, ses droits de police, ses banalités, ses terrages, ses péages fluviaux, ses droits maritimes, l’affaire du droit de minage sur les blés constituant un bon révélateur des conflits opposant le seigneur, l’administration royale et les usagers. Ce marquisat, construit tardivement, fait de Marans une véritable capitale seigneuriale dont la réalité concrète est fort bien mise en évidence. Les autres fonctions administratives (subdélégation, bureau de l’Amirauté, des Fermes) viennent compléter le rôle de capitale de Marans et son espace institutionnel.

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La seconde partie est consacrée à l’espace fonctionnel commandé par Marans. Le poids de la petite ville-centre est bien mis en évidence en croisant différents indicateurs. La capacité d’attraction et de polarisation d’une petite ville d’environ 5 000 habitants qui bénéficie de toute une série d’atouts – son histoire, ses anciennes fortifications, ses institutions municipales (même limitées), l’absence d’autres villes dans un rayon d’une trentaine de kilomètres – y est bien analysée. Trois chapitres, qui constituent le cœur de la thèse, mettent en évidence le rôle méconnu de Marans, carrefour et véritable pôle « multimodal », au centre d’un réseau très dense de voies de communications où s’additionnent l’étonnante convergence de voies navigables (la Sèvre et la Vendée) et la connexion entre la voie fluviale et la voie maritime qui fait de Marans un point de rupture de charge et le lieu de passage de la voie terrestre nord-sud. La petite ville-port se révèle ainsi être un des grands nœuds de communication du Centre-Ouest. L’importance des passages consacrés à l’organisation du port, où le seigneur est largement présent, l’ampleur du trafic à la fois maritime et fluvial, le rôle d’entrepôt de Marans, interface entre le fleuve, la terre et la mer et surtout la place du blé dans les circuits convergeant vers Marans depuis tout le Poitou, amènent à une relecture de l’économie de cette province en réalité beaucoup plus ouverte vers la mer qu’il n’y paraît à première vue. Marans constitue un modèle de petit port entre fleuve et mer, à la tête d’un véritable système intégré, organisé selon plusieurs échelles, drainant en amont l’ensemble du Poitou et redistribuant ses blés et produits du marais d’abord dans la « mer des pertuis », de La Rochelle à Oléron, puis vers Bordeaux et la Bretagne, avec deux points névralgiques, La Rochelle et Rochefort qui ouvrent les horizons des blés de Marans vers l’Atlantique et notamment vers les marchés des colonies. Comme l’indique J. Péret, tout ceci fait de Marans beaucoup plus que la capitale d’un petit pays.

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Le rôle de capitale fonctionnelle joué par Marans est confirmé par les services judiciaires et juridiques qui permettent de définir sa zone d’influence. L’étude de la justice seigneuriale, très fouillée, résultat de lourds dépouillements, est en cela très instructive : la justice seigneuriale fonctionne selon un rythme soutenu comme le montre l’étude de son activité, de ses audiences et de son personnel. Cette justice de proximité, au large champ de compétence y compris « la défense des plus faibles », constitue un facteur d’identité et d’identification du pays, 80 % des justiciables étant issus des paroisses du marquisat. Marans est également un pôle de services juridiques. La troisième partie, consacrée à l’espace vécu /espace social, s’ouvre par une brève étude sur la perception du pays marandais vu de l’extérieur. L’étude de la cohésion et de l’ouverture du pays marandais se fait par le recours à la géographie du mariage. Outre la règle classique de l’endogamie et de la proximité géographique dans le choix du conjoint, les cartes montrent l’extension de l’influence de Marans vers le nord, dans le Bas Poitou, mais aussi les relations avec La Rochelle. Le dernier chapitre, consacré à l’espace social, s’appuie sur un corpus de 82 inventaires après décès et sur un rôle de corvée de 1777, propre à la ville de Marans. Trois micro-pays se dessinent : celui du marais, celui du littoral et celui de la ville, collant avec le groupe des paysans du marais, des gens de mer et des populations littorales et enfin des citadins de Marans. La pluriactivité, omniprésente, l’interpénétration de la ville et de la campagne, les écarts fiscaux et de fortune qui traversent chaque groupe aboutissent à une recomposition de cette société d’où se dégage une élite dominée par le monde des cabaniers, puis par un petit groupe de négociants d’envergure. Marans génère aussi une société très diversifiée d’artisans et de commerçants adaptés à la fonction de la ville, avec les métiers du transport et de l’hôtellerie et les services nécessaires à une ville et à son aire d’attraction. La masse des petites gens – métiers de la mer, portefaix, huttiers, journaliers – vient s’emboîter dans ce paysage social à la fois contrasté et lié par un ensemble de solidarités.

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La conclusion reprend tous les paramètres validant l’hypothèse de l’existence du pays de Marans : la concentration à Marans des pouvoirs de commandement, avec notamment le poids de la seigneurie, la définition d’un espace polarisé par la ville-centre à l’influence surprenante notamment sur le plan des communications, mais aussi quant aux services judiciaires et juridiques. La démonstration s’appuie sur un excellent schéma de synthèse, illustration à travers la représentation de l’espace, de la connexion de l’Histoire et de la Géographie.

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Gérard Le Bouëdec, rapporteur, précise tout d’abord que l’ensemble est mis au service d’une conviction et d’un concept : le pays. Il note une faiblesse : la partie bibliographique relative à l’environnement qui mériterait quelques ajouts. Il revient sur la régénération de cette seigneurie littorale, sa reprise en main par les seigneurs d’Aligre, la vigueur de cette structure seigneuriale. Marans est une ville de plus de 1000 feux, avec un habitat dense, des infrastructures portuaires, des halles, une grande diversité des métiers qui incluent l’artisanat de luxe. C’est un nœud de communications fluviales plus sûres que la route entre Nantes et La Rochelle, le centre d’un écheveau de rivières et de canaux, notamment la Sèvre et la Vendée. Cette présentation est particulièrement réussie. Marans, port du terroir marandais, est aussi un port de mer. L’image du port est contrastée : une impression de forte activité, mais des infrastructures dégradées. Marans c’est aussi un port de cabotage intégré dans la dynamique de l’économique atlantique à différentes échelles. Tout en ayant gardé son autonomie, le port de Marans est aspiré par la dynamique des grands ports du duopole charentais, La Rochelle-Rochefort. Gérard Le Bouëdec revient sur la société marandaise qui lui semble bien représenter le dynamisme d’un territoire composé d’un terroir agricole, dominée par une ville-port dont le rayonnement (comme l’exprime l’excellente carte de la page 891) a permis l’affirmation d’une élite administrative et économique qui s’appuie sur le monde artisanal et les gens de mer, et qui est ouvert sur l’Atlantique avec une frange littorale où règne la pluriactivité. Ce sont les cabaniers, avec des exploitations de 60 ha qui constituent l’élite des gens de la terre, comme le révèlent les baux. Ces terres productives attirent noblesse, bourgeoisie marchande, y compris rochelaise, et bien évidemment les d’Aligre. Le monde des métiers et notamment ceux de l’hôtellerie, de la restauration et des transports est au service du carrefour de routes et d’échanges. Les gens de mer et de rivière sont la main d’œuvre du système de transport maritime. La présentation de la société pluriactive qui s’est emparé de l’estran est particulièrement réeussie. Les paysans-vignerons, les paysans-vignerons-éleveurs-conchyliculteurs, les paysans-boucholeurs qui exploitent les bourgnes, cohabitent avec des gens de mer dans les paroisses de Charron et fournissent peut-être ces « matelots gardes-cotes classés », expression qu’il faudrait expliciter. La ville de Marans est-elle finalement un port avec des négociants et des gens de mer mais un port sans flotte ? Selon Laurent Marien Marans est effectivement devenu avant tout un port de chargement, un port de mer sans flotte et sans maître, comme l’est le port de Redon à la même époque.

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Guy Saupin, second rapporteur, souligne que les explications détaillées qui accompagnent la plupart des rubriques seront un précieux outil pour les chercheurs qui s’intéresseront ultérieurement au pays de Marans. La première partie livre une relecture de la réalité seigneuriale comme structure de production qui entend profiter d’un marché porteur. La mutation interne des réalités seigneuriales, passant d’une perspective rentière féodale à une logique de grande propriété capable de tirer profit d’un essor des productions agricoles et d’une montée des prix sur le marché, s’est trouvée ici fortement soutenue par la transformation de l’espace productif avec les campagnes successives de dessèchement des marais augmentant les terres à céréales et à pâture. Le chapitre 3 est au cœur de l’interprétation en ce qu’il entend discuter le l’impact de la seigneurie comme « prestataire de service » dans la construction du pays de Marans. En se dégageant de la problématique de l’oppression seigneuriale, l’auteur se préoccupe de l’influence des pouvoirs de justice et de police dans l’identification des habitants au territoire. La construction de la troisième partie centrée sur le concept d’espace vécu, à travers une entrée socio-culturelle, semble moins bien maîtrisée. On observe un flottement entre une référence à trois micro-régions qui formeraient son soubassement et dont il conviendrait d’établir les liens du point de vue social et culturel et finalement le choix d’une autre approche, semble-t-il imposée par les sources, qui se rapporte pourtant épisodiquement à cette trilogie régionale. La typologie sociale de la société urbaine de Marans dressée à partir d’un rôle fiscal est excellemment présentée, mais rend peu compte de cette hésitation sur la théorie d’un pays décliné en trois régions. La conclusion générale a le mérite d’être bien centrée sur le sujet d’étude, avec la production d’une excellente carte de synthèse valorisant très bien les apports de la recherche.

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Jean-Pierre Jessenne souligne le très grand intérêt d’une thèse consacrée à un pays du Marais poitevin qui s’avère un passionnant laboratoire des recompositions territoriales et socio-économiques au temps des Lumières. L’appareil critique est très étoffé mais il regrette l’absence d’un lexique, notamment de mots locaux (feuillards, garobes…). Il relève ensuite les apports nombreux de ce travail, évoquant d’abord l’analyse de la dynamique féodo-seigneuriale, avec l’impulsion décisive donnée par l’acquisition menée par les d’Aligre. On voit très bien comment cette famille parlementaire mène une politique de consolidation, d’agrandissement et d’agglomération de fiefs et terres, démarche qui s’accompagne aussi bien de la remise en vigueur des banalités ou de la défense de certains droits. Autre volet fructueux abordé, les assèchements et la mise en valeur agricole du marais, notamment par les cultures céréalières. Jean-Pierre Jessenne propose par la suite les questions de « quelqu’un qui méconnaît la terre en question » sur le rôle et l’échelle de la régulation du marché des céréales, l’origine du terme « cabanier », la dimension de frontière éventuellement liée à ce littoral très spécifique entre la place stratégique de La Rochelle et les marais inhospitaliers, la capacité pacificatrice de la justice seigneuriale, le rôle éventuel des communautés villageoises. Il conclut son intervention en envisageant trois perspectives plus larges, à savoir la place faite à l’histoire environnementale, l’exemplarité et la singularité de la société rurale étudiée, la contribution à l’étude des collectivités territoriales et à la notion de pays.

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Thierry Sauzeau signale aussi la mobilisation d’un grand nombre de sources originales, remontant souvent bien au-delà de 1740. Cette thèse livre quantité d’indices sur Marans, son économie, ses pouvoirs, sa société et son environnement, à partir du xvie siècle. Le risque de la monographie est totalement déjoué dès l’introduction, avec l’évocation des recherches les plus actuelles et les plus utiles pour justifier le projet d’étude du pays marandais en trois étapes : le pays vu comme un espace légitime, comme un espace fonctionnel et comme un espace vécu ou perçu. Laurent Marien sait les convoquer pour les citer à bon escient les travaux antérieurs sur la plaine d’Aunis (Raymond Jousmet, Louis Pérouas) et le Marais Poitevin (Claude Morillon, Éric Suire), afin de progresser dans l’identification de son objet d’étude : un pays qui ne s’étend que sur une fraction de ce vaste paysage culturel étendu sur plus de 100 000 ha.

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On suit avec l’auteur la trajectoire sur le temps long (xve-xviiie siècle) de la seigneurie de Marans, du début du xviiie siècle jusqu’à l’apogée et l’érection du marquisat en faveur du Sieur d’Aligre en 1777. On mesure dès cette première partie, les enjeux soulevés par la reprise en main seigneuriale d’un espace, à la fois passage et pont, revalorisé par des assèchements dont le front pionnier atteint alors Marans. La démonstration est réussie et place le sieur d’Aligre et ses officiers seigneuriaux au cœur de l’espace fonctionnel étudié dans la seconde partie. Ensuite, plus de 300 pages sont consacrées à l’examen des fonctions urbaines que concentre Marans à la fin du xviiie siècle. L’étude commence au lendemain des Guerres de religion lorsque la démilitarisation progressive de la région laisse place à un développement agricole (reprise des assèchements), manufacturier (manufacture de faïence et développement de l’artisanat) et commercial (installations portuaires, marché). La vie publique témoigne en parallèle de la vitalité et de la soif de reconnaissance d’une petite élite locale dont les moyens restent cependant limités. Faute d’affirmation politique, c’est sur le terrain du rayonnement économique que s’expriment les ambitions, en s’appuyant sur un site de carrefour, entre la route, le fleuve et la mer. Au-delà de la seigneurie dont la cité est le chef-lieu traditionnel, c’est bien la concentration de tels pouvoirs économiques qui attire à Marans la réputation d’un pôle de services – justice et notariat – lequel accentue un peu plus son pouvoir d’attraction sur les paroisses environnantes. Au terme de la deuxième partie, on voit s’articuler l’action structurante d’un seigneur sur un territoire dont il favorise la prospérité, tout en concourant à polariser l’espace – directement ou par les jeux d’acteurs qui le concurrencent – à partir du chef-lieu de la seigneurie. Dans sa volonté d’identifier un pays marandais, Laurent Marien consacre enfin 170 pages à un projet ambitieux : changer la focale pour tenter d’adopter le point de vue de l’habitant ou, à défaut, le regard posé sur l’habitant du pays. Une image englobante, celle du maraîchin, rustre et endurant, s’impose. Elle est ensuite nuancée par une impressionnante série d’immersions dans les sources sérielles, exploitées à l’aide de méthodes quantitatives bien maîtrisées (mariages, migrants, classes de la Marine) et synthétisées à l’aide d’un appareil graphique et cartographique de qualité. Le troisième chapitre de cette troisième partie est un modèle de rigueur en la matière. La typologie sociale – circonscrite par les sources à la seule paroisse de Marans – fournit une image complémentaire de Marans, dont 50 % de la société dépend des activités commerciales et artisanales. La vision d’une paysannerie (27 %) typique des pays de champs ouverts (cabaniers, journaliers) dont les rangs de la catégorie dominante sont grossis des propriétaires non-résidents et de leurs fermiers et particulièrement éclairante. Quant aux gens de mer, minoritaires (5 à 10 % guère plus), Laurent Marien ne se laisse pas abuser par les sources du système des Classes et suggère, grâce à de nombreux indices, l’existence d’une frange de vignerons des vases et autres pêcheurs d’estuaires, pratiquant la pluriactivité. À l’issue de cette ultime partie, le défi de représenter un espace vécu, en dépit de l’absence de témoignages directs, semble relevé avec succès.

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Le président de jury, Didier Poton, saisit l’occasion pour rendre hommage à Dominique Guillemet. Il entend limiter son intervention qui clôt une soutenance riche et dense à trois points : l’aspect religieux, les relations entre Marans et la Nouvelle-France, les marchands négociants. Il considère qu’en dépit d’un retour sur les xvie et xviie siècles, Laurent Marien n’a pas assez pris en compte le fait que Marans a été une place stratégique majeure dans les guerres entre catholiques et protestants, notamment au cours de la guerre dite du Poitou des années 1580, un « village fort » de la famille de La Trémouille qui a réussi à la faire reconnaître comme place de sûreté huguenote jusqu’en 1621 avec un gouverneur qui a aussi le commandement de Niort (axe de la Sèvre). Les pages consacrées aux relations de Marans avec la Nouvelle-France sont très intéressantes. Marans est un point de rupture de charge pour le blé et pour les fourrures et surtout les peaux canadiennes qui représentent une part croissante de la matière première de la chamoiserie niortaise. Concernant le groupe des marchands et négociants, l’analyse statistique aurait mérité un développement plus approfondi notamment sur la différence entre marchands et négociants. Sur la propriété de « cabanes », véritable front pionnier agricole, ce groupe est-il en concurrence avec le négoce rochelais qui investit massivement au xviiie siècle dans ce secteur qui peut être qualifié de 3e cercle de propriété foncière pour ce groupe ? Quelle est la part de la production agricole dans les affaires ? Enfin, pour mettre un peu de chair dans des pages où le traitement statistique domine, peut-être aurait-il été possible de brosser quelques portraits de ces hommes qui à l’évidence sont les acteurs incontournables de l’activité économique du port de Marans à la veille de la Révolution.

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À l’issue de sa délibération, le jury a décidé de décerner à M. Laurent Marien le grade de docteur en histoire avec la mention très honorable.

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Cécile Betermin

Sylvain Therrat, Les Institutions villageoises du Forez du xvie au xviiie siècle. D’une grande autonomie à l’insertion dans les nécessités et le contrôle de l’État moderne, Thèse de doctorat d’histoire du droit et des institutions soutenue le 20 septembre 2012 à l’université Jean Moulin Lyon 3, 534 p.

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Jury : Philippe Agresti, maître de conférences habilité à diriger des recherches, Université d’Aix-Marseille ; Philippe Delaigue, maître de conférences habilité à diriger des recherches, Université de Lyon 3 (co-directeur) ; Antoine Follain, professeur à l’université de Strasbourg (Président du jury) ; Stéphane Pillet, directeur de recherche, professeur à l’université de Lyon 3 (directeur).

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La thèse présentée par M. Sylvain Therrat est une recherche classique en histoire du droit et des institutions. Elle vient s’ajouter à de nombreuses thèses portant sur des thématiques comparables dans d’autres régions et vient compléter les travaux de grande qualité entrepris par l’école lyonnaise d’histoire du droit, des institutions et des idées politiques. Cette thèse vient apporter un éclairage complémentaire à la recherche du professeur Nicole Dockès sur Offices et justice en Forez du xvie au xviiie siècle (thèse soutenue en 1971). La thèse de Sylvain Therrat comble donc une lacune bibliographique puisque les institutions villageoises du Forez n’avaient jamais fait jusqu’alors l’objet d’une recherche d’une telle ampleur. Si l’étendue des recherches archivistiques apparaît nettement à la lecture de ce travail, en revanche le lecteur n’arrive pas à appréhender clairement la méthode de dépouillement utilisée par le candidat, dans les archives notariales notamment. Le plan est chronologique et il apparaît aussi thématique, dès lors que l’auteur inscrit son étude dans un schéma d’évolution classique de soumission de la communauté d’habitants au pouvoir d’État, lequel se développe du xvie au xviiie siècle. Le candidat part d’une hypothèse classique et s’appuie sur des travaux solides pour tenter de démonter une grande autonomie des institutions villageoise au début des temps modernes. Malheureusement, il s’agit davantage de généralités que de preuves propres au Forez. En revanche, la thèse montre bien que la question fiscale est centrale dans la vie des institutions villageoises au début de l’époque moderne. La deuxième partie tente de démonter qu’à partir du règne personnel de Louis XIV les institutions villageoises passent progressivement sous le contrôle de l’?tat moderne. Si globalement le schéma est acceptable, la thèse tente de manière trop systématique et parfois schématique d’arriver à cette conclusion, sans que les sources, donc les réalités historiques et juridiques, ne paraissent aussi nettes. La conclusion générale de la thèse présente quelques contradictions et ne parvient pas à replacer la recherche par rapport aux autres travaux des historiens et historiens du droit. Elle se contente de justifier a posteriori le choix du sujet et surtout de la chronologie sans véritable ouverture.

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Le travail de Sylvain Therrat apparaît comme une thèse qui était nécessaire parmi d’autres que l’on aimerait bien voir être réalisées, pour compléter un tableau de l’histoire du village et de l’État que l’on ne parviendra peut-être jamais à obtenir complet. Une thèse courageuse car appuyée sur un corpus inexploité avant son intervention et qui plus est, massif. Une thèse pas entièrement convaincante dont le résultat surprend à cause de l’absence d’originalité du Forez par rapport à un certain schéma d’évolution. Ce n’est donc peut-être pas une thèse définitive sur le Forez, car des questions semblent devoir être reprises et prolongées. On peut donc espérer que la thèse suscitera des réactions de la part des collègues des universités voisines, auxquels Sylvain Therrat a montré où sont les sources. C’est ainsi une thèse stimulante qui devrait contribuer à l’animation scientifique. La question des sources était en effet essentielle car il ne suffit pas de souhaiter qu’un blanc soit comblé, encore faut-il avoir les matériaux. Il n’a pas été trouvé de fonds d’archives proprement villageois, avec des registres de comptes et d’assemblées. La masse utile a été tirée de la sous-série 5e correspondant aux fonds des notaires, augmentée de dépôts en série j. Il est désormais établi que dans le Forez (comme en Auvergne) les actes d’assemblée étaient rédigés par les notaires. Aucun notaire forezien ne semble avoir tenu un registre spécifique pour une communauté – ou si cela a été fait, cela en a causé la perte – et par conséquent les actes collectifs sont mêlés à la masse des actes privés. Avant la thèse de Sylvain Therrat on croyait savoir qu’il n’y avait rien en Forez pour étudier les affaires des villages. On sait désormais qu’il y a toute la matière dont les historiens peuvent avoir besoin. Mais il faut se plonger dans les fonds notariés pour récupérer un à un les actes qui, à la fin, reconstituent l’équivalent des registres d’assemblées que l’on trouve ailleurs.

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Antoine Follain

Niccolò Mignemi, Coopérer pour travailler la terre, coopérer pour exploiter la terre. Itinéraires comparés des coopératives agricoles en Italie et en France dans la première moitié du vingtième siècle, Thèse de doctorat d’Histoire et Civilisations, soutenue à l’?cole des Hautes ?tudes en Sciences Sociales, le 1er décembre 2012

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Jury : Gérard Béaur directeur d’études à l’ehess et directeur de recherche au cnrs (co-directeur de thèse) ; Marco Cattini, professore ordinario à l’Università Luigi Bocconi de Milan (président) ; Geneviève Gavignaud-Fontaine, professeur d’histoire des mondes contemporains à l’Université Paul-Valéry Montpellier iii (rapporteur) ; Rose-Marie Lagrave, directrice d’études à l’ehess (rapporteur) ; Angelo Moioli, professore ordinario à l’Università Cattolica del Sacro Cuore de Milan (co-directeur de thèse, excusé) ; Gaetano Sabatini, professore ordinario à l’Università degli Studi Roma Tre (rapporteur).

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Dans son exposé liminaire Niccolò Mignemi indique que sa thèse avait pour objectif d’explorer les évolutions du monde paysan à travers les itinéraires comparés des coopératives agricoles en France et en Italie durant la première moitié du xxe siècle. Dans la perspective adoptée par Niccolò Mignemi, la coopération agricole ne constitue pas simplement un objet en soi, mais « un observatoire privilégié » des évolutions du monde paysan dans les deux pays. Du point de vue économique, l’étude commence au terme de la « grande dépression » et s’achève à l’époque des « grandes transformations » de l’agriculture européenne. Sur le plan institutionnel, la première de ces bornes correspond à la naissance des coopératives et la seconde à la reconnaissance, dans les deux pays, d’un statut « spécifique et autonome pour les coopératives ».

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L’analyse menée par Niccolò Mignemi se concentre sur l’émergence et le développement des coopératives qui sont mis en relation avec les caractéristiques des systèmes agraires et des structures sociales des différents espaces considérés. La perspective comparative de la thèse est portée par le choix préalable d’un terrain d’étude spécifique : la zone centrale du latifundium céréalier de la Sicile. Le cas sicilien n’a pas été retenu pour sa représentativité, mais pour son caractère exemplaire. Il permet de montrer que les pratiques de coopérations sont influencées par les contextes sociaux et les systèmes agraires. En Sicile, les coopératives ont pour objectif la prise à bail collective des terres des grands propriétaires et la volonté d’échapper à l’intermédiation parasitaires des « contremaîtres » (gabelloto).

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À partir du cas Sicilien, Niccolò Mignemi montre que la paysannerie italienne développe des modes de coopération centrés sur l’accès à la terre et à la production. En France, ces formes de coopérations sont quasi-absentes. La coopération se développe en aval et en amont de la phase de production qui est gérée individuellement. Après la Seconde Guerre mondiale, dans un contexte de modernisation accéléré de l’agriculture européenne, la tradition des coopératives de « culture en commun » décline en Italie alors qu’en France, au contraire, « l’agriculture de groupe » émerge comme une nouvelle opportunité. Dans la troisième partie de la thèse l’optique comparative devient systématique. Les croisements synchroniques et diachroniques permettent à Niccolò Mignemi de mettre en exergue deux manières de concevoir la coopération. En Italie, la coopération agricole, en dépit de ses spécificités, reste intégrée au mouvement coopératif. En France, la coopération agricole est un « secteur séparé » placée sous le signe de la spécialisation et de la professionnalisation. Ces analyses conduisent Niccolò Mignemi à avancer l’hypothèse selon laquelle la « coopérative » est un « espace vide », une infrastructure technique et formelle, dont se saisissent les coopérateurs en fonction de la conjoncture, du contexte et des acteurs impliqués et de leurs objectifs. Elle mérite finalement d’être interprétée comme un compromis pratique entre les opportunités offertes et les contraintes auxquels font face les coopérateurs.

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Après cet exposé, le Président donne la parole à Gérard Béaur, directeur de thèse, qui exprime sa satisfaction devant l’ampleur et la qualité du travail de Niccolò Mignemi. Il rappelle que, tout en travaillant avec ardeur, l’impétrant à « réussit l’exploit de publier un livre de grande tenue » en 2010 : Nel regno della fame : Il mondo contadino italiano fra gli anni Trenta et gli anni Cinquanta. Gérard Béaur tient aussi à exprimer son « admiration » pour cette thèse écrite dans une langue claire et parfaitement maîtrisée, qui n’est pas la langue maternelle de l’impétrant. Cette thèse, enrichie de nombreuses cartes et graphiques, s’appuie sur une bibliographie, composée de 600 titres environ, qui est systématiquement mise au service de la démonstration de Niccolò Mignemi. Gérard Béaur tient aussi à souligner l’originalité de la démarche et l’inventivité méthodologique de Niccolò Mignemi qui a recours, « avec un grand luxe de précaution », à l’analyse factorielle. Cette technique lui permet de déterminer des indicateurs clés de compréhension du degré d’intensité du phénomène coopératif et des dynamiques spatiales et temporelles qui guident la coopération agricole. Les méthodes mises en œuvre et le choix des terrains d’études permettent ainsi à Niccolò Mignemi de produire une thèse dans laquelle les coopératives ne sont pas simplement un objet institutionnel mais un terrain d’expérience, ce qui permet à la fois de rendre compte des prises de position et des réactions des acteurs de la coopération et d’articuler « une histoire d’en bas » et « l’histoire classique vue d’en haut ».

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À la suite de l’intervention de Gérard Béaur le Président lit le rapport du professeur Ange Moioli, qui ne peut être présent. Le rapport souligne qu’en explorant la question de l’organisation économique et sociale des formes d’association des paysans, le travail de Niccolò Mignemi a le double mérite d’apporter des éléments nouveaux sur l’histoire des campagnes italiennes et le mouvement coopératif. Le cas de la Sicile illustre la complexité des dynamiques internes des transformations des régions de latifundium du sud de la péninsule italienne. De ce point de vue, le mérite de ce travail réside en ce qu’il met en avant le rôle économique des expériences de fermages collectifs en Italie, sans négliger leurs dimensions sociales et politiques. Cette démarche permet non seulement à l’auteur de relativiser l’immobilisme du Mezzogiorno mais aussi sa spécificité par rapport aux campagnes dynamiques du nord de la péninsule (la Lombardie par exemple). Dans ces différentes régions, les coopératives apparaissent comme un moyen de « dépasser les formes parasitaires d’intermédiation » auxquels étaient soumis les paysans et de mieux comprendre la « conquête paysanne de la terre » au cours de la première moitié du xxe siècle. Dans la suite de la thèse, l’ampleur de l’arc temporel envisagé et la comparaison France-Italie permettent de réinterroger la question des rapports entre coopération, politique et marchés dans les deux pays.

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Le président donne ensuite la parole à Geneviève Gavignaud-Fontaine qui souligne l’abondance des sources mobilisées et l’importance de la bibliographie. Elle regrette toutefois que les termes « paysans » et « agriculteurs » soient assimilés parfois sans nuance. Après ces mises au point préalables, elle note que la diversité des cas envisagés par l’impétrant permet de complexifier la problématique des rapports entre paysans, terre et production ; de s’interroger sur la diversité des stratégies et des comportements des exploitants qui s’associent ; d’appréhender le rôle de la coopération dans les transformations de l’économie et, enfin, de comprendre l’attitude des pouvoirs publics à l’égard du mouvement coopératif paysans. Geneviève Gavignaud-Fontaine, tout en insistant sur l’importance de la contribution de Niccolò Mignemi à l’histoire comparée des coopératives, regrette qu’il n’ait pas prolongé son étude au-delà jusqu’à la fin du xxe siècle, ce qui aurait permis d’engranger tous les bénéfices du parti pris comparatiste de la thèse.

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Après avoir remercié Geneviève Gavignaud-Fontaine, L’impétrant répond à ses interrogations. Selon lui, l’entrée par la structure et les catégories sociales (donc les formes de possession de la terre et les conditions de travail) représente un argument pour dépasser les controverses autour de l’opposition paysan-agriculteur. Le choix de s’arrêter au seuil des années 1960, au lieu de prolonger l’étude sur tout le xxe siècle, renvoie non seulement aux difficultés d’accès aux sources, mais aussi à la différence qualitative introduite par le démarrage du projet européen. Enfin, l’approche comparatiste est un outil non seulement pour mettre en parallèle deux itinéraires, mais aussi pour dégager des dynamiques plus générales au niveau des agricultures ouest-européennes. En dernière analyse, elle permet d’œuvrer à la constitution d’une économie politique des coopératives agricoles.

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Après ces réponses, le président cède la parole au professeur Gaetano Sabatini. Celui-ci rappelle que la thèse de Niccolò Mignemi « examine, dans une perspective comparative, l’histoire des coopératives agricoles en Italie et en France durant la première moitié du xxe siècle. » Cette thèse a le mérite d’observer et de mettre en parallèle la dynamique des transformations vécues par les campagnes dans les deux pays à travers les coopératives qui ne sont pas simplement conçues comme un objet d’étude, mais comme un véritable terrain de recherche. La démarche Niccolò Mignemi a un autre mérite puisqu’elle s’appuie à la fois sur un vaste corpus de sources, parfois totalement originales, et sur un corpus bibliographique très large : histoire, économie agraire, sociologie rurale.

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Le professeur Sabatini insiste tout particulièrement sur l’importance des entretiens avec les Présidents de la Cooperativa La Rinascita de Caltanissetta. Ces entretiens confèrent à la thèse un intérêt substantiel car ils permettent de « comprendre pleinement une expérience emblématique de la coopération agricole en Sicile ». Le double ancrage archivistique et bibliographique permet de reconstituer les cadres économiques et sociaux dans lesquels s’inscrivent les mouvements coopératifs, mais aussi de mieux cerner les enjeux des débats « autour des solutions pour favoriser » leur développement. Il permet aussi d’éclairer les raisons de l’échec de la tradition italienne de coopération agricole « d’achat de terrains » ou de « location en commun » qui, outre l’hostilité qu’elle rencontre sur le plan politique durant la période fasciste, ne s’inscrit pas dans le modèle de développement productiviste de l’agriculture, contrairement à d’autres formes de coopération d’achat ou de commercialisation.

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Après avoir remercié le Professeur Sabatini, l’impétrant souligne combien en effet il est essentiel de distinguer les différentes formes de coopération : celle destinée à promouvoir l’accès à la terre des paysans pauvres, et celle des petits exploitants indépendants. La première forme rencontrant l’hostilité du régime fasciste qui utilise le contrôle du crédit pour étouffer l’autonomie des fermages collectifs au lieu de recourir à la violence.

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Le Président donne ensuite la parole à Rose-Marie Lagrave qui dit combien elle est impressionnée par la diversité et l’ampleur « des archives mobilisées, des sources convoquées, et par les difficultés auxquelles s’est affronté » Niccolò Mignemi. Rose-Marie Lagrave revient ensuite sur la méthode et les façons de faire du candidat, puisque c’est sur ce point que réside l’exemplarité de cette thèse : pédagogie, rigueur de la démonstration, présentation progressive des sources qui renvoie à la nécessité d’éclairer le cheminement de l’auteur, clarté du plan, etc. La force de ce travail tient d’une part à la capacité de l’impétrant à faire varier les « jeux d’échelles, à déplacer constamment son regard », afin de ne laisser aucun angle mort, et à la contextualisation attentive des différentes expériences coopératives en France et en Italie. Néanmoins, Rose-Marie Lagrave tient à faire quelques remarques qui renvoient à l’ancrage disciplinaire du travail de Niccolò Mignemi. Elle s’interroge en particulier sur l’utilisation de concepts sociologiques formalisés sous la forme de « notions simples ». La seconde remarque concerne l’analyse du cas sicilien qui aurait dû faire au préalable l’objet d’un développement sur ce que « penser par cas suppose et veut dire ». La troisième remarque renvoie au primat donné à l’histoire économique sur l’histoire sociale. Si cette position est revendiquée, justifiée et s’avère très féconde, elle se fait au détriment des caractéristiques sociales, politiques, voire religieuse des acteurs sociaux. La quatrième remarque porte sur le statut des sources académiques et savantes et les conditions de leur mobilisation. La dernière remarque concerne la visée comparatiste du projet de Niccolò Mignemi. N’aurait-il pas fallu retenir un espace français spécifique qui entre en résonnance avec le cas Sicilien ?

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Après avoir remercié Rose-Marie Lagrave, l’impétrant souligne tout d’abord la nécessité et la difficulté de construire un « lexique commun adapté non seulement aux comparaisons mais à deux historiographies différentes ». Sur le plan de la méthode, l’adoption d’une histoire croisée a paru « hasardeuse » à Niccolò Mignemi pour deux raisons. En premier lieu, il fallait s’affranchir de la tentation monographique en évitant la superposition d’un cas français et d’un cas italien. En second lieu, l’histoire croisée ne fait réellement sens que dans des contextes spécifiques tels que, par exemple, « les débats sur les formes d’organisation socio-économique du monde rural » menés au sein de l’Institut International d’Agriculture.

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Après les réponses de l’impétrant, le Président prend à son tour la parole pour souligner l’intérêt de la thèse de Niccolò Mignemi. La thèse porte sur la période qui va « de la naissance des premières associations agricoles jusqu’au moment de l’institutionnalisation, en France comme en Italie, d’un statut spécifique et autonome pour les coopératives. ». L’arc temporel permet à Niccolò Mignemi de démontrer que les coopératives sont à la fois un instrument au service d’un encadrement « d’en haut » par les pouvoirs publics et un moyen d’autonomisation « d’en bas » des paysans.

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Le cas limite étudié dans la première partie, la zone centrale du latifundium céréalier de la Sicile, « prétexte » et « métaphore », permet d’exposer les enjeux de la coopération et la diversité des formes coopératives et d’introduire la dimension comparatiste de la thèse. Il permet, enfin, d’envisager une opération de « périodisation et de systématisation » dont le but est de démêler le « rapport complexe qui unit les paysans à la coopération ». Les croisements diachroniques et synchroniques auxquels se livre Niccolò Mignemi rendent compte des spécificités territoriales, des transformations internes au monde rural et des rapports que celui-ci entretient avec le reste du système économique. Cette approche lui a permis de mettre en évidence deux manières de concevoir et de représenter la place des coopératives agricoles : une branche spécifique mais qui est resté intégrée au mouvement coopératif en Italie, un « secteur séparé » sous le signe de la spécialisation en France. La recherche des multiples similitudes, différences, proximités et convergences entre les deux itinéraires nationaux a été poursuivie par l’analyse des processus de reconnaissance et d’institutionnalisation d’un statut autonome de la coopération agricole par les pouvoirs publics.

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Le professeur Mario Catini souligne ensuite que l’approche quantitative, étayée par des dépouillements impressionnants et des méthodes longuement éprouvées, a permis à Niccolò Mignemi de déboucher sur une thèse novatrice et qui ouvrent des perspectives à des recherches futures. Il interroge ensuite l’impétrant sur deux aspects de sa thèse. Le premier concerne les rapports qui peuvent exister entre les premières formes coopératives et les anciennes pratiques d’entraide et de solidarités inscrites dans les communautés paysannes traditionnelles. Le second aspect renvoie aux rapports entre coopératives et syndicats, dont les frontières restent longtemps indéfinies, au niveau des structures et des missions, surtout au cours des premières étapes de leurs histoires.

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Après avoir remercié le professeur Cattini, l’impétrant revient sur certaines questions qu’il n’a pas encore eu l’occasion d’aborder lors de la discussion, entre autres celle de la « préhistoire » des pratiques associatives en Italie et celle des objectifs poursuivis par les petits exploitants dans le cadre de la coopération. Ceux-ci s’inscrivent, durant la première partie du xxe siècle, dans le cadre de systèmes agraires spécifiques, alors qu’au cours des années 1950 s’affirme de plus en plus le modèle du petit producteur individualisé.

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Après quatre heures de dialogue ininterrompu, le jury se retire. À l’issue de la délibération, le Jury décerne à Niccolò Mignemi le titre de docteur en histoire avec la mention très honorable et les félicitations.

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Laurent Herment

Titres recensés

  1. Isabelle Catteddu, Archéologie des sociétés rurales altomédiévales dans la moitié nord de la France : modes d’habitats, gestion de l’espace, pratiques agropastorales et milieux (études de cas d’archéologie préventive), thèse de doctorat (Université de Paris 1), soutenue publiquement à l’Institut d’Art et d’Archéologie de Paris 1 et Paris 4 le 30 novembre 2012
  2. Sylvain Burri, Vivre de l’inculte, vivre dans l’inculte en basse Provence centrale à la fin du Moyen Âge. Histoire, archéologie et ethnoarchéologie d’un mode de vie itinérant, Thèse de doctorat, soutenue le 5 novembre 2012 (Université d’Aix-Marseille-la3m-mmsh)
  3. Nathalie Pallu de la Barrière, Honfleur et son arrière-pays, chronique d’un espace militaire (1367-1530), Thèse de doctorat d’histoire soutenue à l’Université Paris-Diderot Paris 7, le 10 novembre 2012
  4. Laurent Marien, Territoire, pouvoirs et société. La ville de Marans et son pays (1740-1789), 2 vol., 1027 pages, Thèse de doctorat d’Histoire soutenue le 23 mars 2012 à l’Université de Poitiers
  5. Sylvain Therrat, Les Institutions villageoises du Forez du xvie au xviiie siècle. D’une grande autonomie à l’insertion dans les nécessités et le contrôle de l’État moderne, Thèse de doctorat d’histoire du droit et des institutions soutenue le 20 septembre 2012 à l’université Jean Moulin Lyon 3, 534 p.
  6. Niccolò Mignemi, Coopérer pour travailler la terre, coopérer pour exploiter la terre. Itinéraires comparés des coopératives agricoles en Italie et en France dans la première moitié du vingtième siècle, Thèse de doctorat d’Histoire et Civilisations, soutenue à l’?cole des Hautes ?tudes en Sciences Sociales, le 1er décembre 2012

Pour citer cet article

« Soutenances de thèses », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2013 (Vol. 39), p. 208-234.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2013-1-page-208.htm


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