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Histoire & Sociétés Rurales

2013/2 (Vol. 40)


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En juillet 1844, l’écrivain et juriste grec Paul Calligas voyage à Smyrne, où il éprouve particulièrement la chaleur. Il se rend de bonne heure dans le village de Bornova, où il avait passé son enfance. Il nous informe que « Bornova est peuplée de l’aristocratie des marchands, qui est peu sociable et vit à la campagne comme à la ville » [1][1] Calligas, 1844, p. 72-73 : le village de Bornova est.... Le témoignage de Calligas évoque bien la complémentarité d’un mode de vie à la fois urbain et rural. Il nous renseigne sur les marchands qui ont fait la fortune de Smyrne à l’époque ottomane, et l’on conçoit aisément que cette activité urbaine dépend des relations entretenues avec un arrière-pays. À l’époque byzantine, le commerce de Smyrne en tant que tel, ses sources mêmes d’approvisionnement, ne sont connues que par bribes. En revanche, les relations entre Smyrne et ses campagnes sont relativement bien documentées du point de vue des structures foncières, principalement pour le xiiie siècle, grâce au cartulaire du monastère de la Lembiotissa.

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Les campagnes byzantines ont maintenant fait l’objet de plusieurs synthèses, néanmoins très dépendantes de la nature des sources en fonction de la période considérée. L’époque protobyzantine (ive-vie siècles) est principalement connue grâce à l’archéologie. Elle est particulièrement illustrée par les travaux de Georges Tate sur le massif calcaire de Syrie du Nord, où l’on dispose de restes archéologiques d’une centaine de villages ou hameaux conservés dans leur entier ; ces ruines permettent surtout de connaître les maisons paysannes, dont près de 5 000 pièces d’habitation ou d’exploitation ont été inventoriées [2][2] Tate, 1992.. L’étude de la période byzantine centrale (viie-xiie siècle) repose principalement sur des sources textuelles non quantitatives, surtout législatives et hagiographiques, telles qu’elles sont analysées dans la vaste synthèse de Michel Kaplan [3][3] Kaplan, 1992.. Enfin, l’époque byzantine tardive (xiiie-xve siècles) se caractérise par la richesse des archives monastiques, qui concernent surtout le Mont Athos et permettent donc de connaître la Macédoine et même plutôt le Sud-Est de cette région, en particulier la Chalcidique ; les travaux d’ensemble sur la question sont essentiellement dus à Angeliki Laiou [4][4] Laiou, 1977 et 2002. et Jacques Lefort, principal éditeur des archives de l’Athos [5][5] Lefort, 2006.. Entre ces périodes et ces approches différentes, des comparaisons sont heureusement possibles, comme c’est en particulier le cas lorsque l’on dispose de données quantitatives, en Syrie du Nord et en Macédoine [6][6] Puech, à paraître.. Bien que la Macédoine se caractérise par des terroirs plus favorables et la présence massive de grands domaines, sa paysannerie, comme celle de Syrie du Nord, a la capacité de s’enrichir et de commercialiser ses produits – ce qui est favorisé dans les deux cas par la proximité de grandes villes. De même, la paysannerie macédonienne connaît une croissance démographique, qui s’interrompt au xive siècle par une crise similaire à celle observée en Syrie du Nord au vie siècle. Quant à la période byzantine centrale, elle hérite du réseau villageois antique, mais témoigne aussi de la progression des grands domaines, que la législation impériale du xe siècle cherche d’abord à encadrer.

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Les relations entre villes et campagnes sont beaucoup moins étudiées, surtout en raison des lacunes notables des sources concernant le monde urbain à Byzance. La capitale fait cependant exception, et l’on dispose d’un ouvrage collectif sur l’hinterland de Constantinople [7][7] Mango et Dagron, 1995, en particulier la première section... et d’un autre sur la Bithynie, région du Nord-Ouest de l’Asie Mineure, qui constitue à bien des égards l’un de ses arrière-pays privilégiés [8][8] Geyer et Lefort, 2003. Je me permets de renvoyer à.... Constantinople se caractérise évidemment par l’importance de son ravitaillement, mais aussi les investissements de ses élites dans les campagnes proches. C’est surtout la connaissance des villes de province qui fait cruellement défaut dans le monde byzantin. Alan Harvey a produit une première synthèse sur les rapports entre villes et campagnes dans les provinces, mais elle concerne les xe-xiie siècles, une période qui correspond à l’apparition modeste des archives monastiques [9][9] Harvey, 1986, chap. 6 : « Interaction between town.... Pour la période byzantine centrale, la question a été récemment reprise par M. Kaplan [10][10] Kaplan, 2009.. Son étude s’insère dans un volume des actes des semaines d’étude de Spolète consacrées en 2008 aux relations entre villes et campagnes au Haut Moyen Âge – un ouvrage qui autorise de fructueuses comparaisons, en particulier avec de nombreux exemples italiens [11][11] Pierre Toubert avait posé les bases de telles comparaisons.... M. Kaplan y exploite tous les types de sources et en extrait des données particulièrement neuves des archives athonites dans leur première floraison. Il montre que, dans une petite ville telle que Hiérissos au xe siècle, les habitants sont principalement des agriculteurs. Au xiie siècle, la petite aristocratie urbaine est possessionnée dans les campagnes entourant immédiatement la ville. Par exemple, à Thessalonique en 1110, trois frères possédaient deux cours (aulai) et aussi un atelier, dont ils tiraient un loyer annuel ; leurs biens ruraux, situés pour la plupart au sud-est de la ville, comprenaient des moulins à eau, des champs cultivables et des vignes [12][12] Actes de Lavra. Première partie, Des origines à 1204,.... Réciproquement, les monastères athonites possèdent des biens en ville, tel Docheiariou qui détient sept boutiques à Thessalonique en 1117. Mais c’est aux xiiie et xive siècles que les communautés du Mont Athos ont nettement accru leur patrimoine à Thessalonique, comme l’a montré Christophe Giros [13][13] Giros, 2004.. À partir d’un établissement dépendant (métoque), les monastères acquièrent souvent des cours voisines et se dotent d’ensembles de biens homogènes où ils donnent à bail des maisons ; l’importance de leurs pressoirs urbains est notable, ce qui confirme la place de l’approvisionnement en vin de Thessalonique par les campagnes macédoniennes. Pour cette période byzantine tardive, il resterait à reprendre l’ensemble de la question des biens des notables urbains présents dans les zones rurales proches, ce que permettrait la série des archives de l’Athos.

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Quelques données sur les relations entre villes et campagnes entre les xiiie et xve siècles peuvent être extraites de cas particuliers et permettront de mieux situer celui de Smyrne. À Lampsaque (au nord de la côté égéenne de l’Asie Mineure) en 1219, 113 des 163 contribuables sont recensés comme agriculteurs [14][14] Angold, 1974, p. 222-223 : ces agriculteurs constituent.... À Éphèse, la forteresse d’Ayasoluk, rebâtie au temps de l’Empire de Nicée (1204-1261), comportait près de la basilique Saint-Jean des petites constructions de cette époque à vocation commerciale ou industrielle : moulin à grains, four, vastes réservoirs (pithoi), manufacture de toile [15][15] Foss, 1979, p. 135-137. ; on constate que ces activités résultent nécessairement d’un approvisionnement rural. D’ailleurs, l’un des notables d’Éphèse en 1216, Basile Gabalas, tente d’acheter des biens proches de la ville afin de faciliter la collecte de leurs revenus [16][16] Mm, vi, p. 174-175.. À Pergame, l’archéologie a mis en évidence des installations rurales imputables au xiiie siècle et situées dans des quartiers anciens de la ville basse. Une nouvelle muraille fut construite sous Andronic II (1282-1328) afin d’englober ces quartiers, mais elle ne fut pas terminée [17][17] Rheidt, 2002.. À Brysis de Thrace résidaient en 1332 des paysans et des bergers [18][18] Matschke, 2002, p. 469.. Une autre ville de Thrace, Ainos, située sur un fleuve, la Marica, tirait à la fin du xive siècle sa richesse de la production intensive et du commerce à longue distance du sel [19][19] Ibid., p. 468, compare lui-même Ainos avec Smyrne,.... À Serrès (en Macédoine) à la fin du xve siècle, la production artisanale se limitait aux besoins de base, par exemple les vêtements, tandis que nombre d’habitants vendaient les produits de leur jardin [20][20] Nasturel et Beldiceanu, 1978..

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L’étude du monde byzantin au xiiie siècle bénéficie heureusement, en dehors des archives de l’Athos, de quelques autres ensembles de documents, parmi lesquels se distinguent deux cartulaires. Le premier concerne les monastères privés de la famille aristocratique des Maliasènoi implantée en Thessalie [21][21] Puech, 2011a.. Le second est celui qui va nous occuper ici : il s’agit du cartulaire du monastère de Lembos ou de la (Théotokos [22][22] La Théotokos est la Mère de Dieu, autrement dit la...) Lembiotissa. La première attestation de cet établissement remonte au concile de Nicée II en 787, dont les actes sont signés par un Théodore higoumène de Limbos, ce qui montre que cet abbé comptait alors auprès de la cour et du patriarcat de Constantinople [23][23] Mansi, 1902, chap. 153. Auzépy, 1988, p. 9-10, souligne.... Son histoire est totalement obscure jusqu’en 1133, date du premier acte contenu dans le cartulaire : la Lembiotissa appartenait alors au patriarcat de Constantinople [24][24] Mm, iv, n°18, p. 62-63 (Décision du catépan de Smyrne.... On comprend mieux ce rattachement si l’on sait qu’au ixe / xe siècle, l’huile d’olive de Mantaia (entre Smyrne et la montagne de Lembos) était réputée fournir l’église patriarcale Sainte-Sophie [25][25] Vie de Basile, p. 322 : cette œuvre du xe siècle, incluse.... Quant à l’acte de 1133, il n’est conservé que parce que le gouverneur (catépan) de Smyrne a alors confirmé au monastère la possession d’oliviers qui avaient été usurpés, ce qui confirme aussi l’importance de la production d’huile destinée au patriarcat. Mais nous ne disposons plus d’aucun acte concernant directement le monastère jusqu’en 1225 [26][26] Un acte de 1194 concerne, comme nous le verrons, une.... Entre-temps, Constantinople est tombée aux mains des Latins lors de la ive Croisade en 1204, mais l’Empire byzantin s’est reconstitué en exil en Asie Mineure, avec la proclamation impériale de Théodore Ier Lascaris en 1205 et l’élection d’un patriarche à Nicée, en Bithynie, en 1208 [27][27] Angold, 1974, p. 12-13.. Ainsi, le monastère ne peut plus relever du patriarcat de Constantinople, détenu par les Latins, mais il aurait pu rester la propriété du patriarcat de Nicée. Tel ne semble pas avoir été le cas, et les premières années du xiiie siècle sont marquées par la ruine des bâtiments et une usurpation des propriétés du monastère, due sans doute en partie à la campagne d’Henri de Flandres vers Smyrne en 1211 [28][28] Ahrweiler, 1965, p. 7.. La Lembiotissa bénéficie alors de l’installation en 1221 du successeur (et gendre) de Théodore Ier, Jean III Batatzès [29][29] Au xiie siècle, la famille Batatzès s’était illustrée..., au palais de Nymphaion, situé à une vingtaine de kilomètres à l’est de Smyrne : le monastère se trouve à peu près à mi-chemin.

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Le premier acte du xiiie siècle concernant directement la Lembiotissa date donc de 1225 et évoque l’achat d’un champ à une famille paysanne [30][30] Mm, iv, n°109, p. 191-192 (Acte notarié de vente de..., ce qui montre que le monastère commençait à se redresser. En 1228, un chrysobulle [31][31] Un chrysobulle est l’acte le plus solennel de la chancellerie... de l’empereur Jean III fait de la Lembiotissa un monastère indépendant (ou autodespote) et placé sous la protection impériale. La dotation de départ se compose du village de Barè et du métoque de Saint-Georges Exôkastritès situé à Smyrne et dont il sera question plus bas. Le monastère dispose d’une exemption fiscale encore partielle, mais elle devient complète en 1235, avec un nouveau chrysobulle de Jean III [32][32] Angold, 1974, p. 127-128.. Pendant tout le xiiie siècle, jusqu’en 1294, le monastère agrandit son domaine foncier, que ce soit par des achats ou des dons, ces derniers provenant en particulier de terres du fisc. La répartition générale des biens de la Lembiotissa a été récemment examinée par Kostis Smyrlis [33][33] Smyrlis, 2006, p. 56-61.. Ils étaient organisés en cinq groupes. Le vaste domaine propre du monastère était situé sur le mont Olympe [34][34] Selon Fontrier, 1892, le nom de Lembos viendrait de... de Smyrne, à une dizaine de kilomètres à l’est de la ville. Entre le mont Olympe et Smyrne, le métoque de Saint-Pantéléèmôn gérait les biens situés dans la région des collines de Mantaia. À Smyrne même, la Lembiotissa détenait le métoque de Saint-Georges Exôkastritès. Au nord de Smyrne, au fond du golfe, se trouvait le village de Barè avec trois petits métoques. Enfin, au nord du golfe de Smyrne, à l’embouchure de l’Hermos, plusieurs biens se situaient dans la plaine de Mémaniôménos. La fortune totale du monastère à la fin du xiiie siècle dépassait certainement 20 000 modioi (soit environ 2 000 ha), mais elle comprenait pour partie de la terre montagneuse de mauvaise qualité. Le seul chiffre précis dont nous disposions est l’acquisition d’un total d’au moins 558 oliviers au cours du siècle.

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Le cartulaire de la Lembiotissa est contenu dans un manuscrit conservé à la Bibliothèque Nationale de Vienne (ÖNB, Hist. gr. 125). Il avait été apporté d’Istanbul à Vienne au xvie siècle par Busbecq, ambassadeur des Habsbourg auprès du sultan ottoman. Il a été édité en dernier lieu par F. Miklosich et J. Müller à Vienne en 1870 [35][35] Mm, iv, p. 1-289 : l’édition comporte donc près de.... Le lemme d’un acte de 1274 mentionne « le présent monastère impérial » [36][36] Mm, iv, n° 50, p. 110-112 (Confirmation de donation..., ce qui indique que le cartulaire a été dressé à Lembos même [37][37] Dölger, 1927a, p. 291, n. 1.. Franz Dölger remarque que le rédacteur du cartulaire fait preuve d’une acribie révélant qu’il disposait des actes officiels copiés [38][38] Ibid., p. 296.. Les datations des actes de la Lembiotissa, reposant sur l’âge du Monde (à partir de 5508 avant J.-C.) et/ou l’indiction, ont été établies par les éditeurs, puis précisées par F. Dölger (en particulier au moyen de la prosopographie), sans que tous les documents aient reçu à ce jour une proposition de datation [39][39] Dölger, 1927a.. Le cartulaire comprend 181 actes courant de 1133 à 1294. Il débute par cinq chrysobulles impériaux classés par ordre chronologique : deux de Jean III (1228 et 1235), un de Jean IV (1258), un de Michel VIII (1262) et un d’Andronic II (1284) ; il s’y ajoute le deuxième acte du cartulaire, une délimitation des biens (perioros) accomplie sur ordre impérial en 1235. Le dernier acte est le seul qui émane d’un patriarche, en l’occurrence Arsène, qui détint la charge à deux reprises (1254-1260 puis 1261-1264) et confirme les droits et privilèges du monastère, entre 1255 et 1260 [40][40] Datation établie par Laurent, 1971, p. 135.. Entre les chrysobulles impériaux et la lettre (gramma) patriarcale, le cartulaire inclut des actes variés : décrets impériaux (prostagmata) de donation ou de confirmation de biens, décisions ou jugements de fonctionnaires ou du tribunal épiscopal de Smyrne, actes privés simples ou actes notariés de vente ou de donation, testaments.

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Ces actes sont regroupés sous la forme de dossiers concernant des biens ou des personnes. Dans certains cas, le monastère n’est pas partie prenante à première vue, mais l’inclusion de l’acte dans le cartulaire s’explique par l’histoire d’un bien passé dans le patrimoine de la Lembiotissa. Conformément à ce qui s’observe dans les autres ensembles byzantins d’archives monastiques, on constate que l’aristocratie laïque et les clercs procèdent surtout à des donations et la paysannerie à des ventes. Par ailleurs, les listes des biens du monastère (contenues dans les chrysobulles et la délimitation) contiennent des mentions de propriétés voisines, hélas souvent fort imprécises. La rédaction du cartulaire à l’extrême fin du xiiie siècle ou au tout début du xive fut probablement liée à la menace que fit peser sur le monastère la conquête ottomane. Le manuscrit porte des traces de l’incendie dans lequel périt certainement le couvent [41][41] Ahrweiler, 1965, p. 92.. La forme du cartulaire met évidemment en valeur les chrysobulles impériaux et la lettre patriarcale, ce qui affirme la pérennité des privilèges du monastère par-delà le changement dynastique qui caractérise l’Empire byzantin du xiiie siècle. À la dynastie lascaride qui régna sur l’Empire de Nicée succéda en effet, en 1259, la dynastie des Paléologue, dont le fondateur Michel VIII parvint à reconquérir Constantinople en 1261 ; le patriarche Arsène assura d’ailleurs une manière de transition entre les deux régimes, mais ses liens avec les Lascaris finirent par entraîner sa déposition [42][42] Puech, 2008.. On peut formuler l’hypothèse que le monastère chercha à défendre la continuité de son existence alors que la dynastie Paléologue, davantage ancrée en Europe, s’accommoda visiblement assez bien de la conquête de l’Asie Mineure par les Ottomans. D’un autre côté, la logique qui préside au regroupement des actes révèle que les moines recherchaient tous les atouts possibles pour défendre leurs biens. Le monastère avait connu une période fort difficile au lendemain de la IVe Croisade et la fin du xiiie siècle constituait à nouveau un temps de grands périls. Au total, on a clairement affaire au type du cartulaire-dossier, transcription organisée de petits groupes de documents [43][43] Guyotjeannin, Morelle et Parisse, 1993.. Si la composante du récit est absente de ce cartulaire, sa dimension mémorielle ressort particulièrement de la mise en valeur des actes impériaux [44][44] Pour un exposé des relations entre cartulaires et memoria,....

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La confection de ce cartulaire sera évidemment éclairée plus avant par le travail de réexamen qui reste à accomplir. Une nouvelle édition est en effet en préparation à Athènes par les soins de Paris Gounaridis, qui a donné plusieurs études portant sur quelques actes. Une première montre qu’un acte daté de 1194 se compose en fait de fragments compilés de deux actes distincts, l’un d’un moine du Pantocrator de Constantinople (qui possédait des biens près de Smyrne) et l’autre d’un fonctionnaire civil [45][45] Gounaridis, 1997 (avec une réédition de l’acte) à propos.... Une deuxième étudie un acte de vente de 1208 au profit d’une aristocrate dont l’identification proposée permet de comprendre l’inclusion du document dans le cartulaire [46][46] Gounaridis, 1999 à propos de mm, iv, n° 104, p. 183-184.... Une troisième, enfin, envisage la composition et la localisation des biens d’un métoque de la Lembiotissa, situé à Palatia et résultant de la donation d’une terre du fisc [47][47] Gounaridis, 2001.. À ces travaux, il faut ajouter une étude de Nicolas Oikonomidès sur le degré d’alphabétisation de la population révélé par le cartulaire de Lembos. Il y montre que la pratique de la signature concerne bien davantage les habitants de Smyrne que ceux des campagnes et qu’elle est beaucoup plus répandue chez les clercs et les aristocrates que dans la paysannerie [48][48] Oikonomidès, 1993. Dans les campagnes de Smyrne, le....

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L’histoire des relations de Smyrne avec ses campagnes a déjà reçu quelques éclairages à partir de l’utilisation de sources variées portant sur toute la période byzantine. Le fait majeur est la situation du port bien abrité de Smyrne au débouché de la plaine de l’Hermos : à l’échelle de l’Asie Mineure, il s’agit là de l’un des terroirs les plus riches et les mieux desservis par les communications maritimes [49][49] Quelques données sur la richesse agricole de l’arrière-pays.... Au ixe siècle, Smyrne fournissait suffisamment de denrées alimentaires pour venir au secours d’une famine survenue dans l’île proche de Lesbos (Mytilène) [50][50] Foss, 1977, p. 482.. Aux xe et xie siècles, les domaines de l’empereur dans la région de Smyrne contribuaient au ravitaillement en grain de Constantinople [51][51] Cheynet, 1999. Cette conclusion se déduit de l’existence.... Au xive siècle, Smyrne était encore connue pour ses exportations massives de blé [52][52] Zachariadou, 1983, p. 163-165 : il est significatif.... Au début de la domination ottomane, en 1467-1476, la région de Smyrne abritait des domaines du sultan, successeur en l’occurrence de l’empereur byzantin [53][53] Beldiceanu-Steinherr, 1981. Parmi les productions attestées.... Quant au commerce et au dynamisme urbain de Smyrne, ils sont également connus par quelques données éparses. On relève l’existence d’un épeiktès tès konchylès, un fonctionnaire supervisant la pêche des coquillages dont était extraite la teinture pourpre : cela signifie que la région fournissait en pourpre les ateliers impériaux [54][54] Cheynet, à paraître. Ce fonctionnaire est préposé à.... Au xiiie siècle, la vitalité de Smyrne est bien symbolisée par les constructions de l’empereur Jean III Batatzès (1221-1254), qui rebâtit la muraille du vieux kastron[55][55] Un kastron (kastra au pluriel) désigne une agglomération..., comme en témoigne une inscription commémorative. Il créa le nouveau kastron, celui du port [56][56] Ahrweiler, 1965, p. 36.. Administrativement, Smyrne est dirigée par un prokathèmenos, assisté par un kastrophylax[57][57] Ibid., p. 38., ce qui montre bien l’importance topographique des kastra. L’activité commerciale de Smyrne est attestée par quelques documents du xiiie siècle. En 1214, Smyrne figure parmi les ports dans lesquels les bateaux du monastère de Patmos jouissent d’exemptions fiscales [58][58] Ibid., p. 35.. Une clause du traité de Nymphaion de 1261 concédait aux Génois, à Smyrne, une loggia, un palais, une église, un bain, un four, un jardin et des maisons pour les marchands [59][59] Ibid., p. 41. Jus graecoromanum, i, p. 489-490 : l’énumération.... En 1289-1290, plusieurs actes des notaires génois de Caffa (un comptoir de Crimée) concernent des nolisements et des investissements à destination de Smyrne, en particulier pour le transport de poisson [60][60] Balard, 1978, p. 165 ; id., 1973, n° 442 : chargement.... On sait qu’à l’époque byzantine la pêche était active dans le golfe de Smyrne [61][61] Gounaridis, 1998. Le voyageur Antoine Galland au xviie.... Au début du xive siècle, un commerçant grec de Smyrne, Manuel Chôlos, est établi à Mytilène, où il est un protégé de Venise [62][62] Jacoby, 1981, p. 224 : l’auteur propose de dater l’attestation.... Cette donnée montre bien le rôle des Grecs dans les échanges smyrniotes et confirme les liens du port avec Lesbos entrevus dès le ixe siècle.

Carte 1 - Les environs de Smyrne au xiiie siècleCarte 1
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Avant d’en venir à l’étude des relations entre la ville et ses campagnes à partir du cartulaire de Lembos, il paraît nécessaire de donner un aperçu général de l’arrière-pays de Smyrne au xiiie siècle. Il est maintenant mieux appréhendé grâce à l’étude des villages de la région conduite par Démétrios Kyritsès et Kostis Smyrlis [63][63] Kyritses et Smyrlis, 2005.. Leur population est mal connue, sauf dans le cas de Barè qui, en 1234, comporte 21 feux incluant 88 habitants. Un village comme Mantaia devait être un peu plus peuplé, ainsi qu’en témoignent la grande variété des noms des habitants et le nombre de notaires. Ces villages sont implantés dans des sites caractéristiques : ils se révèlent souvent situés au piémont, à distance de la mer, à proximité des terres cultivables, des sources et des ruisseaux, mais aussi près des routes menant à la ville de Smyrne. Des hameaux furent parfois créés par les paysans eux-mêmes, éventuellement sous la forme de simples cabanes accompagnées d’arbres portant des treilles. La dimension du territoire villageois ne peut être approchée que dans le cas de Barè grâce à une délimitation datant de 1234 : elle avoisinerait les 13 500 modioi, soit environ 1 300 ha. Mais, dans ce cas, la terre de plaine ne constitue que 1/4 du territoire, le reste étant constitué de terre montagneuse.

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La partie cultivée du territoire villageois était le plus souvent consacrée à la céréaliculture, en particulier dans la plaine de Mémaniôménos. Il est possible que, dans certains cas, l’oléiculture ait été l’activité principale, ainsi qu’en témoigneraient les collines de Mantaia. Les oliviers étaient souvent irrigués et les transactions s’opéraient en nombre d’arbres plus qu’en surfaces de terre. Dans tous les villages sont mentionnées des vignes, toujours installées sur de très petites parcelles. Il semble néanmoins que la viticulture était moins développée dans la région de Smyrne qu’en Macédoine. Les chênes ont une grande importance, en particulier à Mantaia : cultivés et irrigués, ils sont considérés comme des arbres fruitiers ; les glands devaient être utilisés comme nourriture pour les animaux et peut-être pour le tannage. La taille moyenne des champs mentionnée dans le cartulaire de la Lembiotissa est de 55 modioi, soit environ 5 ha. Mais cette moyenne masque de fortes disparités. Dans les villages de Barè et Mantaia, les parcelles étaient petites, excédant rarement 10 modioi (environ 1 ha). Mais dans la plaine de Mémaniôménos, certaines parcelles dépassaient 100 modioi (environ 10 ha). La terre inculte était spécialement mise à profit pour le pâturage. On sait, au moins dans un cas, que les animaux pouvaient paître en hiver, mais que la bonne herbe poussant en été était visiblement récoltée pour servir de fourrage. Plusieurs activités artisanales sont attestées : fromageries, moulins, briqueteries, salines, viviers. La foire annuelle de Saint-Pantéléèmôn se tenait à Mantaia, en pleine campagne mais à proximité de la route qui menait à Smyrne. Elle avait lieu en été après la récolte de blé.

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Une fois rappelé ce contexte, on peut maintenant envisager la question des relations entre Smyrne et son arrière-pays telle que le permet la documentation du xiiie siècle [64][64] Je renvoie systématiquement pour toute localisation,.... Elle invite à considérer successivement les biens ruraux des Smyrniotes, la présence de champs dans la ville elle-même et, enfin, les biens urbains du grand propriétaire rural le mieux connu des environs, le monastère de la Lembiotissa. Il faut cependant bien avoir conscience que ces approches, en raison de la nature de la source, ne peuvent se fonder que sur des bribes documentaires et s’avèrent en particulier rebelles à tout traitement statistique.

Biens ruraux des Smyrniotes

La métropole de Smyrne

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À Ommatas, la métropole a reçu un champ en donation d’une aristocrate, l’eugenestatè Anne Comnène [65][65] Mm, iv, n° 12, p. 52-54 (Acte de donation de la métropole.... Ce bien se trouvait à proximité immédiate de Smyrne, en direction du Sud : il est qualifié de « voisin du monastère de Saint-Georges Exôkastritès » [66][66] ??????? ??? ??????????????? ??? ????? ??? ????? ????????.... Cette donation est opérée avant 1237 et, à cette date, le bien a été à son tour donné par la métropole à la Lembiotissa qui doit verser à la première une epiteleia annuelle d’un litre de cire [67][67] ????????? ?? ????? ??? ???????? ???????? […] ???? ???....

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Un deuxième ensemble de biens est à placer dans l’enoria (circonscription) de Mantaia. Il est centré sur un métoque [68][68] Un métoque est un bien dépendant d’un autre, en particulier... dénommé Saint-Georges ta Skourboulla, situé dans la banlieue méridionale de Smyrne [69][69] Mm, iv, n° 50, p. 110-112 (Acte de confirmation de.... Cet établissement possédait des champs, des vignes, des oliviers, des chênes et d’autres espèces d’arbres [70][70] ?????????? ??????, ?????????, ??????? ???????, ?????.... Ce métoque est donné en 1274 à la Lembiotissa. S’y ajoute à Mantaia un champ de 3 modioi planté en vignes [71][71] Mm, iv, n° 30, p. 84-85 (Acte de donation de la métropole.... Ce champ est donné en 1274 par le métropolite Jean Phôkas au moine Kallinikos Skoullatos [72][72] La date de l’acte peut être établie grâce à celle de..., contre le versement d’une epiteleia annuelle de 4 hyperpères [73][73] ????????? […] ??????? […] ????????? ????????.. On peut certainement localiser encore à Mantaia une autre vigne, probablement de 2 modioi[74][74] Mm, iv, n° 63, p. 131-132 (Acte de vente réalisé par.... Cette vigne a été donnée entre 1271 et 1283, peut-être également vers 1274, par le métropolite Jean Phôkas à la famille Skoullatos, la même que celle du bien précédent, ce qui laisse penser que les vignes étaient voisines. Dans ce dernier cas, les Skoullatoi finissent par vendre le bien à la Lembiotissa au prix de 11 sixièmes d’hyperpères, avec versement par le monastère d’une epiteleia annuelle de 4 kokkia[75][75] Le kokkion correspond à 1/24e de nomisma..

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Un dernier groupe de biens est situé sur la montagne de Lembos, autour du métoque de Saint-Georges Askourbouliôtès [76][76] Mm, iv, n° 6, p. 31 (Chrysobulle de l’empereur Andronic.... Ce métoque est donné avant 1284 à la Lembiotissa qui y installe deux moulins. Le bien le plus important semble constitué par le domaine (proasteion) de Tèganiôn, déjà possédé en 1234 par la métropole de Smyrne [77][77] Mm, iv, n° 2, p. 16 (Délimitation des biens de la Lembiotissa..., dont les biens connus sont donc tous localisables dans la région située au sud-est de la ville, à proximité de celle-ci et selon une logique manifeste de regroupement.

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Il faut ajouter que la métropole de Smyrne pouvait se comporter comme un puissant propriétaire rural, car elle se mit à exploiter illégalement 20 oliviers et 9 autres arbres appartenant à la Lembiotissa [78][78] Mm, iv, n° 71, p. 139-140 (Prostagma de l’empereur.... Le monastère a été obligé de demander un décret impérial (prostagma) qui fut adressé en 1245 au duc du thème [79][79] Le thème est la province, gouvernée par un duc. des Thracésiens, le pinkernès Jean Cantacuzène.

Les monastères

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Le monastère de Saint-Georges dit Exôkastritès (« hors-les-murs ») possède un nom curieux à première vue. Il est en effet mentionné dans nos sources comme inclus clairement dans le kastron de Smyrne, en 1231 par exemple [80][80] Mm, iv, n° 9, p. 46-48 (Acte notarié de donation de.... Il ne peut pas se trouver dans le nouveau kastron[81][81] Mon hypothèse diffère donc de celle de Fontrier, 1892,.... En effet, W. Müller-Wiener a identifié ce nouveau kastron au futur château Saint-Pierre des Hospitaliers ; il mesurerait tout au plus 1 ha [82][82] Müller-Wiener, 1962, p. 84.. On peut donc logiquement penser qu’il se trouvait à l’intérieur de l’enceinte fortifiée remontant aux ive et ixe siècles. Mais on sait aussi qu’il était situé « à l’extérieur de la muraille du vieux kastron de Smyrne », c’est-à-dire hors de la première forteresse. Cette situation expliquerait sa dénomination ancienne au moyen du terme Exôkastritès. Ce monastère a reçu deux donations de biens de rapport. Il reçoit d’abord, en 1230, de Xénos Balkès, de son épouse Anne et de leur fils Georges une saline de 8 chôrismata à Ligônos [83][83] Mm, iv, n° 10, p. 48-51 (Acte notarié de donation de.... Il faut préciser que le monastère, après la mort de son fondateur, avait déjà reçu d’eux la moitié du revenu de la saline [84][84] ???? ?? ??? ????????? ??? ???????? ??????? ??? ?????.... Il s’agit ensuite en 1231 d’un champ de mûriers à Péribolion donné par la moniale de la Lembiotissa Xénè Angélina [85][85] Mm, iv, n° 9, p. 46-48 (Acte notarié de donation de.... Notons que les revenus de ce monastère consistaient en sel et soie brute, deux produits particulièrement rémunérateurs [86][86] Sur les étapes de la fabrication de la soie à Byzance,....

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Un monastère moins connu, celui du Christ Sôter de Kamelauka, possède, lui, des biens à Palatia, attestés en 1234 et 1293 [87][87] Mm, iv, n° 2, p. 12 (Délimitation des biens de la Lembiotissa....

Les particuliers

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Les propriétés rurales des habitants de Smyrne semblent particulièrement concentrées à Palatia [88][88] Mm, iv, n° 2, p. 12 (Délimitation des biens de la Lembiotissa.... C’est le cas des champs de Tracheinôn, attestés en 1234 et 1293 et appartenant au smyrniote Mantès [89][89] Ibid. : ??? ???????? ??? ????????? ??? ???????????.... Il est intéressant de noter que le patronyme de cet habitant de Smyrne tend à prouver son origine rurale, à placer sans doute à Mantaia. Dans la même zone, dans la plaine de Mémaniôménos, se trouvent les champs du smyrniote Artabasdès, connus en 1234 [90][90] Mm, iv, n° 2, p. 10-11 (Délimitation des biens de la....

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Mais c’est l’ensemble de la région qui s’avère concernée par les propriétés des citadins. Il en va ainsi des biens d’un groupe d’aristocrates, des pansébastes oikeioi de l’empereur, qualifiés en outre d’« archontes de Smyrne » [91][91] Mm, iv, n° 108, p. 189-190 (Acte de vente du moine..., ce qui renvoie à une forme de notabilité urbaine [92][92] Pour une comparaison avec le groupe qualifié d’archontes.... Ainsi, en 1234, Constantin Phagomodès possédait des champs dans la montagne de Lembos [93][93] Mm, iv, n° 2, p. 10 (Délimitation des biens de la Lembiotissa.... Le vestiaritès (fonctionnaire du fisc) Isaac Lébounès détenait un champ la même année également dans la montagne de Lembos [94][94] Ibid. : ?? ?????? ??? ???????.. Georges Kapnos, un parent du vestiaritès Alexis Kapnos, possédait avant 1285 un champ non localisé de 46 oliviers [95][95] Mm, iv, n° 59, p. 137-138 (Testament du moine Luc Tzouroullos,.... Ce bien est passé dans le patrimoine de la Lembiotissa, dont la famille Kapnos reçoit annuellement 8 kokkia, sans doute comme epiteleia[96][96] ??????? ?????? ? ???? ???? ?? ????? ??? ?????? ???’.... Par ailleurs, le vestiaritès Georges Kaloeidas, résidant à Smyrne, possède le proasteion (domaine) de Sphournou : d’une superficie très modeste de 10 modioi (environ 1 ha), il comprend des oliviers, d’autres arbres fruitiers, un jardin cultivé et des moulins à eau ; il est mis en valeur par trois paysans (parèques) installés et occasionnellement par d’autres. Ce bien totalement exempt d’impôts est donné à la Lembiotissa en 1234 [97][97] Mm, iv, n° 7, i, p. 32-33 (Acte de donation de Georges....

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Les membres du clergé sont également présents, comme le montre le cas du prêtre de Smyrne Léon Mouzèthras. Ce personnage a en effet reçu en 1210, en donation de son cousin, également prêtre, mais exerçant à Mantaia, un champ de 30 oliviers. Cette donation est doublement éloquente sur les relations entre Smyrne et ses campagnes. D’une part, c’est un campagnard qui donne à un citadin, et qui continue de verser l’impôt pour ce bien, toujours inclus dans son stichos (parcelle reconnue par le fisc) [98][98] Mm, iv, n° 55, p. 119-121 (Acte de donation du prêtre.... D’autre part, ce bien a tendu à être accaparé par des ruraux, puisque 10 oliviers sur 30 se trouvent exploités quelques décennies plus tard par le donateur [99][99] Mm, iv, n° 28, p. 80-84 (Jugement du métropolite de..., avec la protection de son pronoiaire, le chevalier-lige de l’empereur Syrgarès [100][100] La pronoia, ou dévolution d’un revenu fiscal prélevé.... Les deux faits sont apparemment liés puisque l’impôt grevant le bien a été justement dévolu au protecteur de son accapareur. Il faut cependant noter que c’est la métropole de Smyrne qui a rendu un jugement contre cette illégalité, preuve que fonctionnait une solidarité interne au clergé urbain. Le même prêtre de Smyrne Léon Mouzèthras s’avère finalement bien réussir sur le plan économique car, quelques années après la donation, en 1213, il a acheté 27 autres oliviers à la veuve de Michel Koskinas au prix de 70 nomismata. Comme dans le cas de la donation, Mouzèthras verse aux vendeurs une epiteleia annuelle similaire de 1,5 nomisma [101][101] Mm, iv, n° 54, p. 118-119 (Acte notarié de vente de... : il faut noter en effet que le nombre d’arbres est sensiblement le même.

Champs situés dans la ville

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Le monastère de Saint-Georges Exôkastritès possédait derrière son église un verger pourvu de mûriers et d’arbres fruitiers et devant elle une vigne [102][102] Mm, iv, n° 3, p. 20 (Chrysobulle de l’empereur Jean.... Nous avons vu que ces biens sont certainement à localiser à l’intérieur de l’enceinte fortifiée de la ville de Smyrne. Notons que ce monastère s’était, entre autres, spécialisé dans la production de cocons de soie car il possédait déjà des mûriers en dehors de Smyrne, à Péribolion. Mais des champs se trouvaient également à l’intérieur même du vieux kastron. D’après les plans de W. Müller-Wiener, on peut estimer la superficie du vieux kastron à un minimum de 10 ha. La Lembiotissa y possédait au moins cinq parcelles agricoles [103][103] Trois de ces champs lui viennent de particuliers que.... La moniale Angélina y avait donné un champ à ce monastère avant 1235 [104][104] Mm, iv, n° 3, p. 20 (Chrysobulle de l’empereur Jean.... Tzykandélès y détenait lui aussi un champ, cédé au monastère entre 1235 et 1284. Ces deux champs ont été plantés en vigne par les moines [105][105] Mm, iv, n° 28, p. 30 (Chrysobulle de l’empereur Andronic.... La veuve de Manuel Comnène y possédait deux champs, dont l’un a été transmis à sa fille et l’autre a été vendu à la Lembiotissa en 1231 [106][106] Mm, iv, n° 11, p. 51-52 (Acte notarié de vente d’Anne.... Nos sources laissent entrevoir que ces parcelles étaient toutes regroupées dans le même quartier du vieux kastron, à proximité de l’église Saint-Dèmètrios. L’acte est signé en outre par deux témoins habitant à Barè, qui sont certainement des parèques [107][107] Un parèque est un paysan détenteur d’un bail locatif... de la Lembiotissa : ils viennent sans doute à Smyrne travailler des champs.

Biens urbains du monastère de la Lembiotissa

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La Lembiotissa possède dans la ville de Smyrne des biens, dont certains se trouvent lui avoir été donnés par l’empereur, à l’instar de certains de ses biens ruraux les plus considérables. Il s’agit, d’une part, du métoque de Saint-Georges Exôkastritès lui-même, dont nous avons détaillé les dépendances, et d’autre part, des terres dans le vieux kastron. Dans ce secteur de l’église Saint-Dèmètrios se trouvent au total cinq parcelles agricoles, dont nous avons précisé certaines origines [108][108] On peut comparer ces parcelles agricoles présentes.... Dans le nouveau kastron, où se trouvait probablement un monastère de Saint-Nicolas, la Lembiotissa a acheté des maisons à un aristocrate, le pansébaste Théodore Monomachos, qui les tenait lui-même du pansébaste Tapeinos [109][109] Mm, iv, n° 14, p. 55-56 (Jugement du métropolite de.... L’acte indique clairement qu’il s’agissait de maisons de rapport, car elles sont achetées « avec leur revenu ». Un conflit s’est d’ailleurs noué à leur sujet entre la Lembiotissa et le monastère de Saint-Nicolas ; le métropolite de Smyrne tranche en faveur de la première en spécifiant bien qu’à défaut des maisons elles-mêmes, elle doit au moins jouir de leurs revenus. L’une des origines du conflit vient sans doute de ce que Monomachos a légué par testament à Saint-Nicolas l’une de ces maisons et un cellier.

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*

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On peut donc conclure que les notables urbains de Smyrne tirent une rente significative de leurs propriétés rurales des environs. Ces biens fournissent huile d’olive, vin ou raisins, fruits, soie brute et sel. À n’en pas douter, ces productions étaient commercialisées et sans doute, pour certaines au moins, transitaient par le port. Au sein de ces notables se manifestent deux groupes sociaux : d’une part, des ecclésiastiques, clercs de la métropole et moines ; d’autre part, des laïcs, où se singularise un ensemble de vestiaritai, c’est-à-dire de fonctionnaires du fisc. À l’inverse, les grands propriétaires ruraux exercent une emprise sur la ville de Smyrne. C’est particulièrement le cas du monastère impérial de la Lembiotissa, dont l’établissement principal est tout proche de Smyrne, dans la montagne de Lembos. C’est également vrai de familles laïques qui semblent principalement installées à la campagne, mais qui possèdent des parcelles en ville. On ne saurait donc postuler aucune relation de domination foncière à sens unique, de la ville sur la campagne ou l’inverse. Il est frappant que, s’agissant aussi bien de la ville que de la campagne, un élément important de la puissance soit constitué par la faveur impériale. Mais les lois du marché jouent également au profit des deux espaces. Smyrne et sa campagne s’intègrent au total toutes deux dans une même structure sociale.

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Du point de vue économique, la ville et ses campagnes s’interpénètrent totalement, jusqu’à former une sorte de continuum. À l’intérieur de son enceinte, et même dans les murs de son vieux kastron, Smyrne comprend des parcelles agricoles dispersées et nombreuses. Par ailleurs, les habitants de Smyrne possèdent des biens dans des secteurs très divers de la campagne environnante. Enfin, un grand propriétaire rural comme le monastère de la Lembiotissa détient des biens importants en ville. En définitive, on a le sentiment que la Smyrne byzantine offre une image somme toute inversée du modèle de la cité antique. Elle ne peut être considérée comme une « ville de consommation » [110][110] Finley, 1975, p. 167-168 : « Au niveau de l’hypothèse,..., car elle produit en partie elle-même son propre ravitaillement. Certes, les notables urbains tirent une rente de biens ruraux, mais ils sont fréquemment soumis à des logiques extérieures à la ville, en particulier du point de vue fiscal. Et finalement, il apparaît que si l’administration siège en ville, la puissance sociale est basée à la campagne, comme le montre l’assise foncière des grands propriétaires laïques et monastiques. Seule la métropole de Smyrne constitue une sorte de vestige des temps antiques, mais c’est effectivement une institution qui par ses origines mêmes est fille de la cité. Pour le reste, l’État byzantin semble jouer d’une complémentarité, d’un équilibre, d’une surveillance mutuelle entre ville et campagnes : à la première les fonctions administratives, régulatrices des pouvoirs économiques des secondes.


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Notes

[1]

Calligas, 1844, p. 72-73 : le village de Bornova est le Prinobaris médiéval, où le monastère de la Lembiotissa en particulier possédait de nombreux biens. Un illustre prédécesseur de Calligas, Aelius Aristide, qui vivait au iie siècle, possédait dans un faubourg de Smyrne une maison, où il tentait lui aussi d’oublier la chaleur (Aelius Aristide, p. 107-108). Je remercie Laurent Feller pour ses précieux conseils, Jean-Claude Cheynet pour m’avoir communiqué son article à paraître sur « La place de Smyrne dans le thème des Thracésiens », Jean-Pierre Grélois pour ses indications à propos des récits de voyageurs, Kostis Smyrlis pour nos discussions au sujet de la fiscalité, Sylvain Destephen pour la mise à disposition des fonds de cartes et Agnès Charpentier pour son aide à la réalisation des cartes finales.

[2]

Tate, 1992.

[3]

Kaplan, 1992.

[4]

Laiou, 1977 et 2002.

[5]

Lefort, 2006.

[6]

Puech, à paraître.

[7]

Mango et Dagron, 1995, en particulier la première section « The land and its products », p. 7-73.

[8]

Geyer et Lefort, 2003. Je me permets de renvoyer à mon compte rendu de cet ouvrage dans Histoire & Sociétés Rurales, 22, 2004, p. 163-166.

[9]

Harvey, 1986, chap. 6 : « Interaction between town and country », p. 198-243.

[10]

Kaplan, 2009.

[11]

Pierre Toubert avait posé les bases de telles comparaisons dans un chapitre de l’Economic History of Byzantium (publiée sous la direction d’A. Laiou) intitulé « Byzantium and the Mediterranean Agrarian Civilization ». Il y évoquait les relations entre villes et campagnes en ces termes : « Anxious to delineate more clearly the specificities of medieval agrarian economies, specialists are increasingly concerned with, for example, the role played by towns – large cities certainly, but also, and perhaps preponderantly, minor urban centers – in the strengthening and vitalization of the agrarian economy of the hinterland. » (Toubert, 2002, p. 378).

[12]

Actes de Lavra. Première partie, Des origines à 1204, n° 59.

[13]

Giros, 2004.

[14]

Angold, 1974, p. 222-223 : ces agriculteurs constituent environ les 2/3 des contribuables urbains mais fournissent plus des 9/10 de la masse fiscale de la ville, ce qui montre bien leur position dominante dans l’économie urbaine.

[15]

Foss, 1979, p. 135-137.

[16]

Mm, vi, p. 174-175.

[17]

Rheidt, 2002.

[18]

Matschke, 2002, p. 469.

[19]

Ibid., p. 468, compare lui-même Ainos avec Smyrne, en particulier en tant que cités portuaires.

[20]

Nasturel et Beldiceanu, 1978.

[21]

Puech, 2011a.

[22]

La Théotokos est la Mère de Dieu, autrement dit la Vierge Marie.

[23]

Mansi, 1902, chap. 153. Auzépy, 1988, p. 9-10, souligne que les monastères provinciaux représentés à Nicée II se trouvaient exclusivement en Asie Mineure (ou dans les îles), ce qui doit s’expliquer par des facilités de transport mais aussi, plus profondément, surtout pour la Bithynie, par les liens unissant cette région aux élites constantinopolitaines.

[24]

Mm, iv, n°18, p. 62-63 (Décision du catépan de Smyrne Bardas Lébounès, juillet 1133) : ? ??? ????????? ????? ??? ??? ??? ?????????? ??? ??????? ????????? ??? ??????? ?????????????? ???????????? ????????????, ??????? ???????? : « Le moine Leontios, kathigoumène de ce saint monastère appelé Lembiotissa propriété de la Grande Église » ; Ahrweiler, 1965, p. 128.

[25]

Vie de Basile, p. 322 : cette œuvre du xe siècle, incluse dans l’ouvrage historique appelé Théophane Continué, évoque l’empereur Basile Ier (867-886). L’information est reprise par Skylitzès, historien du xie siècle, en ces termes évoquant Sainte-Sophie : « De plus, [Basile Ier] renforça ses revenus qui s’étaient trouvés diminués : alors que, faute d’huile, on risquait de voir s’éteindre les saints luminaires, il fit don d’une très grande propriété qu’on appelle Mantaia. Il permit ainsi, grâce aux revenus de ce bien, que les lumières brillassent continuellement et que ceux qui, dans cette sainte église, chantent les hymnes, fussent plus largement approvisionnés. » (Jean Skylitzès, p. 135).

[26]

Un acte de 1194 concerne, comme nous le verrons, une famille paysanne qui vendra des biens au monastère au xiiie siècle. Après la ive Croisade de 1204, le premier acte contenu dans le cartulaire est de 1207 et porte sur cette même famille paysanne. Quelques autres actes précèdent encore celui de 1225.

[27]

Angold, 1974, p. 12-13.

[28]

Ahrweiler, 1965, p. 7.

[29]

Au xiie siècle, la famille Batatzès s’était illustrée par des commandements et la répression d’une révolte dans le thème des Thracésiens (province correspondant au centre de la côte égéenne de l’Asie Mineure), ce qui a dû peser sur l’installation de Jean III dans la région : Puech, 2011b, p. 71-72.

[30]

Mm, iv, n°109, p. 191-192 (Acte notarié de vente de la famille Gounaropoulos au profit de la Lembiotissa, mars 1225).

[31]

Un chrysobulle est l’acte le plus solennel de la chancellerie impériale ; daté ou souscrit de l’empereur à l’encre rouge, il est scellé d’une bulle d’or.

[32]

Angold, 1974, p. 127-128.

[33]

Smyrlis, 2006, p. 56-61.

[34]

Selon Fontrier, 1892, le nom de Lembos viendrait de celui d’Olympe. Cette montagne proche de Smyrne ne doit pas être confondue avec la résidence des dieux, que les Grecs anciens plaçaient sur l’Olympe de Thessalie.

[35]

Mm, iv, p. 1-289 : l’édition comporte donc près de 300 pages, ce qui est un dossier d’archives de dimension moyenne si on le confronte à ceux de la vingtaine de monastères de l’Athos.

[36]

Mm, iv, n° 50, p. 110-112 (Confirmation de donation du métropolite de Smyrne au profit de la Lembiotissa, juillet 1274) : ?? ??????? ???????? ????.

[37]

Dölger, 1927a, p. 291, n. 1.

[38]

Ibid., p. 296.

[39]

Dölger, 1927a.

[40]

Datation établie par Laurent, 1971, p. 135.

[41]

Ahrweiler, 1965, p. 92.

[42]

Puech, 2008.

[43]

Guyotjeannin, Morelle et Parisse, 1993.

[44]

Pour un exposé des relations entre cartulaires et memoria, voir Chastang, 2001, p. 18-23. Le travail de mémoire joue d’une autre manière dans le cartulaire des monastères des Maliasènoi : les actes des Paléologues sont mis en valeur par rapport à ceux des despotes Anges, un pouvoir vaincu par la nouvelle dynastie (Puech, 2011a, p. 133).

[45]

Gounaridis, 1997 (avec une réédition de l’acte) à propos de mm, iv, n° 105, p. 184-185 (octobre 1194). L’acte concerne un conflit entre le monastère du Pantocrator et la veuve Kônstomyrès, issue de la famille Gounaropoulos, qui vendit plusieurs biens à la Lembiotissa.

[46]

Gounaridis, 1999 à propos de mm, iv, n° 104, p. 183-184 (Acte de vente, mars 1208). Le vendeur est justement un Gounaropoulos et l’acheteuse certainement Anna, fille du vestiaritès (fonctionnaire du fisc) Basile Blatéros et épouse en secondes noces du vestiaritès Jean Rabdokanakès.

[47]

Gounaridis, 2001.

[48]

Oikonomidès, 1993. Dans les campagnes de Smyrne, le cas de Mantaia est pris comme exemple par l’auteur.

[49]

Quelques données sur la richesse agricole de l’arrière-pays de Smyrne peuvent être glanées dans les sources antiques, plus prolixes que la documentation byzantine sur bien des points : la campagne environnante abritait des palmiers dattiers (Pauly-Wissowa, « Smyrna », col. 740-741) ; l’agronome Varron qualifie les vignes de Smyrne de particulièrement productives (Broughton, 1940, p. 610) ; parmi les produits des jardins, la laitue de Smyrne était réputée (id., p. 613) ; Smyrne fournissait également des drogues (hyssop) et des parfums (origanum) (ibid., p. 614-615) ; au iie siècle, le sophiste Polémon obtint de l’empereur Hadrien pour la cité de Smyrne la construction d’un marché au blé (Philostratus, p. 108).

[50]

Foss, 1977, p. 482.

[51]

Cheynet, 1999. Cette conclusion se déduit de l’existence de sceaux de six hôrreiarioi de Smyrne datant des xe et xie siècles. Les hôrreiarioi impériaux (dont le nom vient d’horreum, le grenier) sont des fonctionnaires chargés de stocker les grains produits par les terres du fisc. L’un de ces sceaux vient d’être publié par Cheynet, Göky?ld?r?m et Bulgurlu, 2012, p. 345.

[52]

Zachariadou, 1983, p. 163-165 : il est significatif que, lors de la croisade de Smyrne au milieu du xive siècle, le prix du blé ait monté dans toute la Romanie.

[53]

Beldiceanu-Steinherr, 1981. Parmi les productions attestées dans les revenus du sultan figurent au premier rang les raisins secs, spécialité de Smyrne jusqu’à nos jours. Sans doute faut-il penser que les vignobles smyrniotes de qualité furent plutôt destinés au vin aux époques romaine et byzantine, et au raisin à l’époque ottomane. Cependant, le voyageur John Covel évoque encore au xviie siècle le « vin de Smyrne » (Dr John Covel. Voyages en Turquie 1675-1677, p. 193). Quant à Antoine Galland, il affirme sur le sujet : « Au regard du vin, on sait que les Turcs n’en boivent pas, ou du moins s’ils en boivent, comme il y en a plusieurs qui le font, ils n’en font point de provision, mais le prennent chez les chrétiens » (Le voyage à Smyrne. Un manuscrit d’Antoine Galland (1678), p. 146). Viennent ensuite les céréales (blé, orge, millet), le riz, le coton. Enfin sont attestés divers fruits et légumes, des plantes fourragères et l’élevage des moutons. Au xviie siècle, toujours selon le voyageur Antoine Galland, « le blé qui croît dans le terroir n’est pas suffisant pour nourrir la ville de Smyrne. Il faut en faire venir de Caramanie, de Menemen et d’ailleurs » (ibid., p. 181. L’allusion mêle des échelles géographiques très disparates car Menemen est tout proche de Smyrne : c’est l’ancien Mémaniôménos dans la basse vallée de l’Hermos, qui peut être considérée comme l’un des principaux terroirs alimentant la ville. Par contre, la Caramanie est la région de Konya, certes riche en blé, mais beaucoup plus éloignée). Il faut dire que la population de Smyrne à la fin du xviie siècle peut être évaluée à un minimum de 28 000 habitants ; la population du xiiie siècle devait plutôt se rapprocher du chiffre assignable au début du xviie siècle, environ 5 000 habitants (ibid., p. 11).

[54]

Cheynet, à paraître. Ce fonctionnaire est préposé à l’ensemble du thème des Thracésiens, c’est-à-dire de la province. À l’époque romaine, le golfe de Smyrne renfermait déjà du murex à pourpre et des bancs de corail, ce qui autorise à extrapoler pour la période byzantine.

[55]

Un kastron (kastra au pluriel) désigne une agglomération fortifiée ou une forteresse.

[56]

Ahrweiler, 1965, p. 36.

[57]

Ibid., p. 38.

[58]

Ibid., p. 35.

[59]

Ibid., p. 41. Jus graecoromanum, i, p. 489-490 : l’énumération est cependant stéréotypée et concerne aussi bien l’ensemble des villes où est accordée à Gênes une concession (Ania, Smyrne, Adramyttion, Constantinople, Thessalonique, Cassandria).

[60]

Balard, 1978, p. 165 ; id., 1973, n° 442 : chargement de poisson à Smyrne ; n° 788 : transport de poisson de Tana vers Smyrne.

[61]

Gounaridis, 1998. Le voyageur Antoine Galland au xviie siècle affirme néanmoins que « Smyrne ne tire pas grand avantage de la mer pour la pêche en ce qu’elle n’a pas beaucoup de poissons, et que ce qu’il y en a n’est pas des plus excellents à cause de son fond, qui n’est que fange ». Il mentionne cependant l’abondance des seiches (particulièrement prisées des Grecs) et des coquillages (Le voyage à Smyrne. Un manuscrit d’Antoine Galland (1678), p. 176-177)

[62]

Jacoby, 1981, p. 224 : l’auteur propose de dater l’attestation de ce commerçant smyrniote de 1313.

[63]

Kyritses et Smyrlis, 2005.

[64]

Je renvoie systématiquement pour toute localisation, en particulier rurale, à Ahrweiler, 1965.

[65]

Mm, iv, n° 12, p. 52-54 (Acte de donation de la métropole au profit de la Lembiotissa, novembre 1237) : T? ???????? ?? ?? ??? ??????????? ?? ?? ????????? ??? ?????? ?? ??? ????????? ?? ???’???? ???????? ?????????? ??????? ??? ??????????? ??? ???????????? ???????? ?????. Dans l’Antiquité, on repère déjà des biens ruraux des citoyens de Smyrne, dans les pâturages de la rivière Mélès : c’est le cas de Théodotos de Smyrne et de l’évêque Polycarpe (Pauly-Wissowa, « Smyrne », col. 759). La métropole est l’église épiscopale placée à la tête d’une province ecclésiastique.

[66]

??????? ??? ??????????????? ??? ????? ??? ????? ???????? ??? ????????????. Je reviens plus loin sur la localisation de ce monastère.

[67]

????????? ?? ????? ??? ???????? ???????? […] ???? ??? ???’ ???? ????????? ?????????? ?????? ????? ????? ?????? ????. Le long débat sur la définition de l’epiteleia ne peut être évoqué ici. La question a été principalement abordée par Dölger, 1927b, p. 55 ; Glykatzi (Ahrweiler), 1954 et Zuckerman, 1986. On peut à tout le moins affirmer que l’epiteleia est le dédommagement versé par le nouvel acquéreur d’un bien à son ancien détenteur afin d’assurer un paiement continu de l’impôt, telos.

[68]

Un métoque est un bien dépendant d’un autre, en particulier d’un monastère.

[69]

Mm, iv, n° 50, p. 110-112 (Acte de confirmation de donation de la métropole au profit de la Lembiotissa, juillet 1274) : ?? ?????????? ????????, ???? ???????? ?? ??????? ???????? ???? ??? ?????? ???? ??? ???????????? ???????, ?? ??? ???????? ?????????? ???? ? ???? ??? ?? ???????? ??? ????? ???????? ??? ??? ?? ??????????? […] ?? ?? ????????? ??? ???????? ??????????.

[70]

?????????? ??????, ?????????, ??????? ???????, ????? ??? ?????? ?????.

[71]

Mm, iv, n° 30, p. 84-85 (Acte de donation de la métropole au profit du moine Kallinikos Skoullatos, juin de l’indiction 2) : ?? ?? ??????? ???????? ???? ?????? ????? […] ??? ???????? ???????????? ????? ? ????????.

[72]

La date de l’acte peut être établie grâce à celle de l’épiscopat de Jean Phôkas, entre 1271 et 1283 (Ahrweiler, 1965, p. 106-107) : le mois de juin de l’indiction 2 tombe alors en 1274. L’hyperpère est la monnaie d’or byzantine : le terme équivaut à celui de nomisma.

[73]

????????? […] ??????? […] ????????? ????????.

[74]

Mm, iv, n° 63, p. 131-132 (Acte de vente réalisé par les enfants du moine Skoullatos au profit de la Lembiotissa, janvier 1283) : ?? ????????, ???? ?????? ?? ?????? ???? ???????? (…) ??? ??? ???????????? ???????????? ???????, ????? ??????? ??? ???? (…) ???? ?????? ?? ?? ???????? ??? …

[75]

Le kokkion correspond à 1/24e de nomisma.

[76]

Mm, iv, n° 6, p. 31 (Chrysobulle de l’empereur Andronic II, avril 1284) : ?? ??? ?? ???? ??? ?????? ??????????? ???????? ??? ????? ???????? ??? ??????????????? ????????? ???? ??? ???????? ?????, ???? ??????? ???? ??? ????? ? ???????????????? ?? ?? ??????.

[77]

Mm, iv, n° 2, p. 16 (Délimitation des biens de la Lembiotissa réalisée sur ordre impérial par le stratopédarque Michel Phôkas, décembre 1234) : ???? ??????. […] ?? ?????? ??? ?????????? ???????? ??? ??????????? ???????.

[78]

Mm, iv, n° 71, p. 139-140 (Prostagma de l’empereur Jean III, mars 1245) : l’acte précise que les hommes du métropolite viennent voler des fruits la nuit ! Il est dommage que l’on ne puisse savoir où se produisait ce méfait. Le classement des actes dans le cartulaire n’est ici d’aucun secours car ce document fait simplement suite à un autre prostagma du même empereur : c’est visiblement la nature administrative de ces deux actes qui explique leur réunion.

[79]

Le thème est la province, gouvernée par un duc.

[80]

Mm, iv, n° 9, p. 46-48 (Acte notarié de donation de la moniale Xénè Angélina au profit du monastère de Saint-Georges Exôkastritès, janvier 1231) : ??? ????????? ????? ??? […] ???????? ??? ???????????? ??? ?? ?? ???? ??? ??????? ?????? ???????????.

[81]

Mon hypothèse diffère donc de celle de Fontrier, 1892, p. 393, qui conçoit la situation de ce monastère au sud de la ville de Smyrne, « dans la banlieue », et pense reconnaître ses ruines sur la route d’Éphèse. Je rejoins davantage Ahrweiler, 1965, p. 93, qui voit le monastère de « Saint-Georges dit l’Exokastritès (l’extra muros) situé justement près de l’enceinte de la forteresse de la ville (l’acropole) ».

[82]

Müller-Wiener, 1962, p. 84.

[83]

Mm, iv, n° 10, p. 48-51 (Acte notarié de donation de la famille Balkès au profit du monastère de Saint-Georges Exôkastritès septembre 1230) : ??? ???????? ?????? ?????? ??? ??????????? ?? ?? ????????? ??? ??????? […] ? ??????? ????? ???? ??? ????? ??? ????? ? ???? ?????????? ????. Un chôrisma paraît désigner une unité de surface.

[84]

???? ?? ??? ????????? ??? ???????? ??????? ??? ????? ?????? ????? ??? ???????? ???????? ????????? ???’ ???? ? ????? ??????? ??? ???????? ?????? ??? ??? ???????.

[85]

Mm, iv, n° 9, p. 46-48 (Acte notarié de donation de la moniale Xénè Angélina au profit du monastère de Saint-Georges Exôkastritès, janvier 1231) : ???????? […] ???????????? ?? ??????????, ???? ?????? ???? ????? ?????? ??? ?????? ????????. Les mûriers servaient bien sûr à l’élevage des vers à soie fournissant des cocons.

[86]

Sur les étapes de la fabrication de la soie à Byzance, voir Kaplan, 1998.

[87]

Mm, iv, n° 2, p. 12 (Délimitation des biens de la Lembiotissa réalisée sur ordre impérial par le stratopédarque Michel Phôkas, décembre 1234) : ?? ?????? ??? ?? ?? ?????? ????? ??? ??????? ??????? ??? ??? ????????? ????????????. Mm, iv, n° 102, p. 178-182 (jugement du juge militaire Constantin Cheilas sur la controverse entre la Lembiotissa et le paneugenestatos Michel Comnène Branas, novembre de l’indiction 7) : ?? ?????? ??? ?? ?? ?????? ????? ??? ??????? ??????? ??? ??? ????????? ????????????. Le juge Cheilas est également mentionné dans l’acte n° 176 datant de mai de l’indiction 6, tombant en 1293 : notre acte date donc de novembre 1293 puisque l’indiction 7 commence le 1er septembre 1293. Ahrweiler, 1965, p. 93 pense que le monastère du Christ Sôter est « le plus important de Smyrne », visiblement sur la foi de la visite effectuée en son sein par l’empereur Jean III avant sa mort, aux dires du chroniqueur Georges Akropolitès.

[88]

Mm, iv, n° 2, p. 12 (Délimitation des biens de la Lembiotissa réalisée sur ordre impérial par le stratopédarque Michel Phôkas, décembre 1234) : des biens d’habitants de Smyrne anonymes y sont mentionnés deux fois par l’expression suivante : ?? ?????? ??? ?????????.

[89]

Ibid. : ??? ???????? ??? ????????? ??? ??????????? ?? ?????? ??????. Mm, iv, n° 102, p. 180 (Jugement du juge militaire Constantin Cheilas sur la controverse entre la Lembiotissa et le paneugenestatos Michel Comnène Branas, novembre 1293) : ??? ???????? ??? ????????? ??? ??????????? ?? ?????? ??????.

[90]

Mm, iv, n° 2, p. 10-11 (Délimitation des biens de la Lembiotissa réalisée sur ordre impérial par le stratopédarque Michel Phôkas, décembre 1234) : ?? ??????? ??? ??? ??? ??????? ?????????.

[91]

Mm, iv, n° 108, p. 189-190 (Acte de vente du moine Nicandre Gounaropoulos au profit de Basile Blatéros, août 1225). Parmi les témoins de la vente, et pour ne retenir que les propriétaires de biens ruraux, cet acte mentionne exactement les pansébastes oikeioi de l’empereur et archontes de Smyrne (????????? ????????) Constantin Phagomodès, le vestiaritès impérial Isaac Lébounès et Alexis Kapnos.

[92]

Pour une comparaison avec le groupe qualifié d’archontes de Thessalonique, voir Necipoglu, 2003.

[93]

Mm, iv, n° 2, p. 10 (Délimitation des biens de la Lembiotissa réalisée sur ordre impérial par le stratopédarque Michel Phôkas, décembre 1234) : ?? ??????? ??? ????????.

[94]

Ibid. : ?? ?????? ??? ???????.

[95]

Mm, iv, n° 59, p. 137-138 (Testament du moine Luc Tzouroullos, mars 1285) : ?????? ?????? ???????????? ??? ?? ???? ??? ??? ?????? ???????? (…) ???? ??? ?? ????????? ??? ??? ?????? ??????? ????? ????????. En 1285, Tzouroullos déclare donc avoir acheté ce bien à feu Georges Kapnos et le donner à la Lembiotissa.

[96]

??????? ?????? ? ???? ???? ?? ????? ??? ?????? ???’ ???? ?????? ????. Le versement est donc bien effectué au profit de la famille Kapnos, malgré le passage du champ entre les mains de Tzouroullos.

[97]

Mm, iv, n° 7, i, p. 32-33 (Acte de donation de Georges Kaloeidas au profit de la Lembiotissa, 1234, avant avril) : ????[?? ??????] (…) ??? ????? ??????. Mm, iv, n° 7, ii, p. 34 (Prostagma de confirmation de la donation du domaine de Sphournou, avril 1234) : ????????????? ??? ??? ?????? ????, ??? ???? ????? ? ????? ??????????? ???? ?????. Mm, iv, n° 2, p. 6-7 (Délimitation des biens de la Lembiotissa réalisée sur ordre impérial par le stratopédarque Michel Phôkas, décembre 1234) : ?????????? ?? ???????????? ?? ??????[??] (…) ???????? ?? ???? ???? ??? ?????? ?? ??????????? ??? ??? ??? ??????? ????????? ??????????? ????? ???????? ??? ???????? (…) ?????????? ?? ? ??????? ???? ??? ?????? ??? ?? ???? ?????????? ?? ??????[??] ?? ??????? ?????? ??? ?????????? ?????????? ?????????? ??? ??????????, ?????????? ??? ???????? ??? ??? ????????????? ?????????? ???????· ????????? ?? ?? ??????? ????????? ?? ??????[??] ????????????? ???????? ??? ????? ???????? ??? ??? ?????? ??? ???????, ???????? ??? ??? ?????? ????????? ??????????? ??? ????????. Les trois parèques mettent donc en valeur le domaine de Sphournou mais sont recensés dans le village (chôrion) voisin de Potamos et versent l’impôt au pronoiaire Syrgarès. Un pronoiaire est le bénéficiaire d’un revenu fiscal qu’il a le droit de prélever à la source. Syrgarès est un mercenaire latin (appelé peut-être sire Garin ou Harry), ce qui explique qu’il porte le titre de chevalier-lige de l’empereur. Sur la pronoia de Syrgarès, voir maintenant Bartusis, 2012, p. 195-210. Mm, iv, n° 7, iii, p. 34-36 (témoignage des voisins du domaine de Sphournou, juillet de l’indiction 8) : ????????? (…) ?? ???????? ?????? ?? ???????????? ?? ????????, ????????????? ?? ???? ??? ??????????? ???????? ??? ???????????????, ???? ??? ?????? ?????????? (…) ??? ???????? ?? ?????????? ??? ???????? ????????. Les voisins déclarent donc qu’ils versaient un loyer (mortè) pour l’exploitation du domaine et une redevance (pakton) pour l’usage des moulins à la Kastamonitissa. Cette dernière aristocrate doit être l’épouse de Kaloeidas, Marie. Le domaine de Sphournou constituait en effet sa dot et nous savons qu’il avait été possédé par un sébaste Kastamonitès, grand-père de Marie (le premier acte du dossier porte la signature de Marie et de sa mère Irène Règaina : Kastamonitès est donc le nom de la famille paternelle de Marie). Parmi ces voisins se trouvent des habitants de Potamos, appartenant à la pronoia de Syrgarès : on voit donc que les mêmes paysans peuvent acquitter leur impôt à un aristocrate et une rente et une redevance pour l’usage des moulins à un autre aristocrate. Comme l’acte n° 7, ii d’avril 1234 date de l’indiction 7, ce dernier acte peut être daté de juillet 1235.

[98]

Mm, iv, n° 55, p. 119-121 (Acte de donation du prêtre Jean Pôléas et de ses enfants au profit du prêtre Léon Mouzèthras, octobre 1210) : ???? ??, ??? ????????????? ????? ??? ??????????? ??? ?????????, ??? ?????? ??? ??????????, ??? ??? ??? ??????? ??????? ????????? […] ????????? ????????? […] ?? ?????????? ????????? ???? ??? ????? ?????? ??? ??? ?????? ???? ??????? ?????? ??????? ?? ?????. L’epiteleia annuelle se monte donc à 1,5 nomisma.

[99]

Mm, iv, n° 28, p. 80-84 (Jugement du métropolite de Smyrne, octobre 1251).

[100]

La pronoia, ou dévolution d’un revenu fiscal prélevé à la source, bénéficie à des personnes ou institutions variées, en particulier l’aristocratie laïque et les monastères. Elle est fortement développée à l’époque byzantine tardive mais son degré de généralisation suscite encore des débats. Au xiiie siècle, il apparaît que cette technique fiscale est encore bien contrôlée par le pouvoir impérial, alors que son caractère héréditaire ou permanent s’affirme aux xive et xve siècles. En tout cas, elle ne saurait être assimilée à un système seigneurial ou féodal. Le dernier ouvrage sur la question est celui de Bartusis, 2012. Quant au titre de chevalier-lige, il ne s’applique, dans le monde byzantin, qu’à quelques mercenaires latins, de manière tout à fait exceptionnelle (cf. note 97).

[101]

Mm, iv, n° 54, p. 118-119 (Acte notarié de vente de la famille Koskinas au profit du prêtre Léon Mouzèthras, septembre 1213) : ??????? ??????? ?????????, ??? ????? ?????? ?????? ???? [19 oliviers et 8 autres oliviers] (…) ??? ????????? … ??????????? (…) ??????? ?? ?????? ???? ???? ?????? ????? ???? ?????????? ????????? … ?? ?????.

[102]

Mm, iv, n° 3, p. 20 (Chrysobulle de l’empereur Jean III, juin 1235) : ???? ? ???? ???????? ??? ?????? ??? ????????? ??? ??????????? ??????? ??? ??????? ??? ??????? ??’ ??????? ??? ????? ????????, ??????? ??? ????????? ??? ???????? ???????? ?????????? ???????????????, ???? ?????????? ??? ????? ?????? ????????? ???????, ????????? ??? ????? ????????? ????????.

[103]

Trois de ces champs lui viennent de particuliers que je mentionne ci-après. Deux autres sont évoqués par Mm, iv, n° 4, p. 23-24 (Chrysobulle de l’empereur Jean IV, septembre 1258) : ?????? ???????? ????????? ?? ???? ?? ????????? […] ?? ??? ?????? ??? ?????? ??? ????????? ??? ??????? ????. L’un des champs a donc été acheté par le monastère et l’autre lui avait été donné par l’empereur Jean III, le grand-père de Jean IV.

[104]

Mm, iv, n° 3, p. 20 (Chrysobulle de l’empereur Jean III, juin 1235) : ?????? ??? ??????? ??? ????????????? ??? ??????? ????????, ????????? ?? ???? ?? ??????????? ??? ??????? ?????????.

[105]

Mm, iv, n° 28, p. 30 (Chrysobulle de l’empereur Andronic II, avril 1284) : ?????? ??? ??????? ??? ????????????? ??? ??????? ????????, ????????? ?? ???? ?? ??????????? ??? ??????? ????????? ??? ??? ??????????, ???? ???????????? ?? ??????? ??? ????????.

[106]

Mm, iv, n° 11, p. 51-52 (Acte notarié de vente d’Anne Comnène au profit de la Lembiotissa, juillet 1231) : ?? ???????? ???, ???? ???????? ??? ?? ??????? ??????? ??? ??????? ??????? ??? ????? ?????????????? ?????????, ?? ???? ??? ??? ??????? ?????? ?? ?????? ??? ????????, ???? ?????? ?? ?????????? ??? ??????? […] ???????? ???? ??, ??? ???????????? ??? ????????? ???????? ??? ???????? ?????????? ????????? ????. Le prix de vente est donc de 1 hyperpère.

[107]

Un parèque est un paysan détenteur d’un bail locatif spécifique de longue durée et/ou acquittant ses impôts au monastère.

[108]

On peut comparer ces parcelles agricoles présentes dans la ville à celles que détenait le monastère athonite d’Iviron à Thessalonique à partir de 1320 environ : trois cours comportant une église, une boulangerie, un verger, six mûriers et deux pressoirs ; elles constituent le métoque de Saint-Georges (mentionné pour la première fois en 1346) ; en 1416/1417, on utilise, pour réparer les puits et les canalisations des jardins, des pierres provenant d’une maison d’Iviron située dans la cour de Saint-Georges (Giros, 2004, p. 271-272). Comme à Smyrne, nous avons donc à Thessalonique le cas d’un autre monastère de Saint-Georges spécialisé en particulier dans la production de cocons de soie et de vin.

[109]

Mm, iv, n° 14, p. 55-56 (Jugement du métropolite de Smyrne, mai de l’indiction 9) : ???? ??? ????? ??? ???? ??????? ????????? […] ??????????? ??????? ????? ??? ??????? ?? ???? ??? ??????????? ????????? ??????? ??????????? ??? ??? ??????????? ???????? ??’ ??????????? ????????? ????????? ????? ?? ??? ??? ?????? ?????, ?? ? ?? ???????? ??????? ??? ??????????????? ???? ????? ?? ???????? ??? ? ?????? ????????????, ???? ?????? ??? ???? ???????? ??? ??? ??????????? ??? ??????????? ??? ????????? ??? ????????? ??????? ??? ???????? ???? ??? ????????? ??? ????? ????????? ????? ??? ?? ??????? ?????????? ????? ?????????? ????????. Ahrweiler, 1965, date cet acte de 1258 d’après la prosopographie des témoins, également mentionnés dans d’autres actes bien datés.

[110]

Finley, 1975, p. 167-168 : « Au niveau de l’hypothèse, le rapport économique entre une cité et sa campagne […] peut se situer en n’importe quel point de tout un spectre, entre un parasitisme total à une extrémité et une symbiose absolue à l’autre ».

Résumé

Français

Les relations entre les villes provinciales byzantines et leur arrière-pays sont mal connues. Les archives de l’Athos ont cependant permis une approche de la question à propos des villes macédoniennes, particulièrement Thessalonique. Entre les époques romaine et ottomane, Smyrne (l’actuelle Izmir, Turquie) est une ville dont le commerce est relativement bien attesté, ce qui permet de déceler son approvisionnement. Mais la région de Smyrne est surtout bien documentée au xiiie siècle, quand le pouvoir impérial siège à proximité et protège le monastère de la Lembiotissa, dont le cartulaire est conservé. Ces actes permettent d’étudier quelques aspects des relations sociales entre la ville de Smyrne et ses campagnes. La ville renferme de nombreuses parcelles agricoles. Les citadins possèdent des biens ruraux et les grands propriétaires des campagnes investissent aussi en ville. Le cas de Smyrne montre donc que la ville de province et ses campagnes s’insèrent dans une même structure sociale, placée sous le contrôle de l’État byzantin.

Mots-clés

  • approvisionnement urbain
  • commerce
  • fiscalité
  • monastères
  • monde byzantin
  • métropole
  • notables urbains
  • rente foncière
  • Smyrne
  • structures foncières

English

Smyrna and its countryside in the 13th centuryThe relationships of a Byzantine city with its hinterlandLittle is known of the relationships between provincial Byzantine cities and their hinterlands. However, the archival funds from Athos allow for some progress on the issue when it comes to Macedonian cities, Thessaloniki in particular. Through the Roman and Ottoman periods, Smyrna, Izmir today, was a city with a commercial activity widely attested in sources at the times, enough for us to have some idea of its supplies. Indeed the best documentation on the Smyrna area concerns the 13th century. At that time, the imperial power was residing close by, and protected the Lembiotissa Monastery, the cartulary of which has been conserved. The deeds it contains provide us with an opportunity to discover some traits of the social relationships between the city of Smyrna and its surrounding countryside. The city included a number of agricultural lots. City-dwellers owned property in the country, and large country landholders also invested in the city. The case of Smyrna thus shows that both the provincial town and its countryside were inserted in the same common social structure, placed under the control of the Byzantine state.

Keywords

  • city supplies
  • trade
  • tax system
  • monasteries
  • Byzantine world
  • metropolis
  • urban elites
  • land rent
  • Smyrna
  • landownership structure

Español

Esmirna y sus campañas en el siglo xiiiLas relaciones de una ciudad bizantina con su entornoNo se conocen bien las relaciones entre las ciudades provinciales del imperio bizantino y su entorno rural. El archivo del Athos permite, sin embargo, una aproximación a este problema para las ciudades macedonias, sobre todo Tesalónica. Entre los períodos romano y otomano, Esmirna (hoy Izmir) es una ciudad cuyas actividades mercantiles son bastante bien conocidas, lo que nos permite conocer bastante sobre su abastecimiento. Pero, para la comarca de Esmirna, cuando tenemos una documentación abundante, es para el siglo xiii, cuando el poder imperial reside cerca y protege el monasterio de la Lembiotissa, cuyo cartulario se conserva. Estos documentos permiten estudiar algunos aspectos de las relaciones entre la ciudad y el campo. La misma ciudad contiene muchas parcelas agrícolas, los ciudadanos poseen predios rústicos y los grandes hacendados de los pueblos invierten en la ciudad. El ejemplo de Esmirna enseña pues, que la ciudad de provincia y su entorno se insertan en una misma estructura social, bajo el control del poder bizantino.

Palabras claves

  • Abastecimiento urbano
  • comercio
  • fiscalidad
  • monasterios
  • mundo bizantino
  • metrópoli
  • notables urbanos
  • renta de la tierra
  • Esmirna
  • estructuras agrarias

Plan de l'article

  1. Biens ruraux des Smyrniotes
    1. La métropole de Smyrne
    2. Les monastères
    3. Les particuliers
  2. Champs situés dans la ville
  3. Biens urbains du monastère de la Lembiotissa

Pour citer cet article

Puech Vincent, « Smyrne et ses campagnes au xiiie siècle. Les relations d'une ville byzantine avec son arrière-pays», Histoire & Sociétés Rurales 2/2013 (Vol. 40) , p. 35-59
URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2013-2-page-35.htm.


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