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Histoire & Sociétés Rurales

2014/1 (Vol. 41)


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Des Communautés rurales en conflit dans l’Ouest de la France au Moyen Âge et à l’Époque Moderne, 3e journée d’étude sur les communautés rurales dans l’Ouest de la France au Moyen Âge et à l’époque moderne organisée par Cédric Jeanneau et Philippe Jarnoux, Brest, Université de Bretagne Occidentale, 4 avril 2014

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Le 4 avril dernier, se déroulait à Brest le dernier volet des trois journées d’étude consacrées aux communautés rurales dans l’Ouest de la France au Moyen Âge et à l’époque moderne. La première s’était intéressée à la perception et à la description des communautés rurales dans les sources médiévales et modernes. La deuxième avait pour objectif de s’interroger sur la manière dont pouvaient se conjuguer au sein de ces communautés le désir de distinction sociale et la recherche de liens de solidarité. Enfin, la dernière fut consacrée aux conflits.

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En introduction, Cédric Jeanneau a rappelé l’importance de revenir à la fois sur la question des révoltes paysannes ainsi que sur la notion même de conflits au sein des communautés. Il a incité à se pencher davantage sur les multiples mécanismes développés par les paysans pour répondre aux attaques et menaces extérieures ainsi qu’à l’organisation de cette contestation. Enfin, il a insisté sur la place privilégiée que devait occuper l’étude des responsables et des meneurs pour cerner au mieux ces conflits survenant dans une région traditionnellement réputée plus calme qu’ailleurs. Dans les huit communications qui se sont ensuite succédées, un des éléments-clé fut la richesse et la variété des sources utilisées pour approcher ces conflits même si les sources judiciaires se sont souvent révélées être les plus détaillées pour de telles études. Les nombreux espaces envisagés ainsi que l’étendue des bornes chronologiques – de l’An mil au xviiie siècle – ont donné une saveur particulière à cette journée. La grande variété des communications et les angles d’approches propres à chacune d’entre elles ont permis des échanges enrichissants entre les participants, en apportant des éclairages et en soulevant des questionnements nouveaux.

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Joëlle Quaghebeur a ouvert cette journée d’étude à partir de deux révoltes bretonnes – l’une paysanne, l’autre nobiliaire – survenues autour de l’An mil. Elle a pointé la difficulté d’approcher ces révoltes paysannes à cause de la rareté des sources. Ces révoltes sont mentionnées dans un court passage de la Vita Gildae, rédigée par le moine Vitalis, où le jugement porté sur ces paysans armés est évidemment défavorable. Lors de la révolte, les paysans furent massacrés et dispersés par les nobles. Cependant, certains passages du texte suggèrent la présence de meneurs et de paysans organisés. Enfin, la révolte des nobles contre le Prince qui succède à celle des paysans a amené Joëlle Quaghebeur à s’intéresser au contexte de la Bretagne à cette époque ainsi qu’à la nature de cette révolte : s’agit-il d’une révolte des nobles contre le comte ou contre l’institution comtale en elle-même ?

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La deuxième intervention a porté sur les campagnes de Saintonge et d’Aunis à la fin du Moyen Âge, et Pierre Prétou s’est intéressé au rôle de la Grâce pour la gestion des conflits dans les campagnes suite à la reconstruction à la fin de la Guerre de Cent Ans. Les conflits entre les paysans et les seigneurs dans le cadre de la réaction seigneuriale des années 1450-1500 sont nombreux, en particulier autour de la possession et de la propriété. Dans le contexte de cette reconstruction, les seigneurs tentent d’attaquer les nouveaux arrivés en s’appuyant sur les cens, en relevant les rentes ou encore en exigeant des droits abandonnés. Ces conflits fonciers entraînent donc une hausse de la criminalité et amènent les paysans à demander la rémission de leurs crimes auprès de la chancellerie royale. Pierre Prétou montre que la logique de ces rémissions accordées par le Roi est de calmer les tensions mais aussi de modérer la réaction seigneuriale. La gestion de ces conflits entre seigneurs et paysans permet ainsi à la royauté de réaffirmer son pouvoir judiciaire sur celui des nobles en graciant les paysans.

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Dominique Bidot Germa a rappelé le rôle primordial du conflit dans les communautés : il assure à la fois le fonctionnement de ces dernières tout en renforçant leur cohésion. Il s’est penché sur la résolution des conflits dans les communautés de l’Ouest des Pyrénées, aux xive et aux xve siècles. L’originalité de son étude repose sur l’étude des minutes notariales qui éclairent le rôle des notaires dans le processus de résolution des conflits comme alternative à la justice institutionnelle ordinaire. L’auteur montre qu’à travers l’étude du rôle judiciaire des notaires, il est possible d’approcher au plus près les modes de résolution des conflits du quotidien et les processus mis en œuvre par ces derniers pour rétablir la paix au sein de la communauté.

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Dans la région de Montpellier, Vincent Challet a découvert une nouvelle source – une information contre plusieurs habitants d’une communauté – qui lui a permis d’éclairer l’ensemble de ses travaux sur le Tuchinat languedocien. En effet, ces paysans qui prennent les armes pour défendre leur communauté ne sont « presque » pas punis par les autorités, qui par le jugement rendu à la suite de l’information légitiment la prise d’armes paysannes face au pillage des routiers. Cette source nous renseigne sur ces communautés qui décident de s’armer et de s’organiser pour assurer leur autodéfense. Elle conduit l’auteur à s’interroger sur le concept même de révolte paysanne. Il nous invite à reconsidérer le Tuchinat non plus sous l’angle de la révolte, mais dans le cadre de la solidarité et de la capacité d’organisation des communautés pour répondre à des menaces extérieures.

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Philippe Hamon a présenté les prémisses de ses recherches sur les capitaines de paroisse dans l’Ouest de la France à l’époque moderne. Cette nouvelle enquête a pour objectif de s’intéresser au statut et aux responsabilités exercées par ces membres des communautés villageoises, visibles dans les sources narratives et judiciaires. Cependant ces capitaines de paroisse n’ont pas produit d’archives. Ils tiennent toutefois un rôle particulier au sein des communautés : ils sont chargés de l’armement et de la mobilisation des hommes contre les loups, les brigands ou contre les menaces extérieures pour les paroisses situées sur les côtes bretonnes. Une étude sociologique révèle que même s’il s’agit souvent de nobles ou de seigneurs, ces capitaines sont en général désignés ou élus par les villageois. L’étude de ces hommes, souvent oubliés lors des recherches sur la vie paroissiale, permet ainsi de mieux cerner les formes et la pratique de la politique dans les communautés rurales lors des révoltes des mouvements d’autodéfense. En effet, le rapport qu’entretiennent les villageois avec leurs capitaines est variable suivant les situations auxquels sont confrontées les communautés. Philippe Hamon estime qu’une connaissance plus approfondie de ces capitaines permettra de mieux cerner les relations sociales existantes entre les seigneurs et les paroissiens au sein de la communauté.

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Christophe Maneuvrier a également présenté une recherche qui débute, s’intéressant aux communautés villageoises dans la guerre de Cent Ans, et en particulier au massacre de 1200 villageois par des cavaliers « anglais ». Il montre ainsi à travers cet événement la capacité des communautés à s’organiser pour lever une armée et se défendre contre une menace extérieure. Cette armée paysanne – légitimée par le pouvoir lancastrien – semble entrainée par des gentilshommes des environs, derrière lesquels elle s’assemble. Cependant, la violence du massacre et la répression terrible de ses auteurs l’amènent à s’interroger sur le caractère prémédité de ce dernier ainsi que sur son sens politique. Les massacreurs ne sont pas forcément des routiers, mais plutôt une armée régulière qui vient de subir une cuisante défaite, cherchant à faire pression sur le pouvoir anglais pour interdire la mobilisation des communs et conserver l’exclusivité de la guerre.

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Sébastien Jahan a évoqué les conflits existants entre les gens du finage et les gens des bois. Il est revenu sur l’antagonisme « classique » entre ces deux communautés distinctes. En effet, bien que les conflits entre paysans et forestiers soient une réalité, les relations qu’entretenaient ces groupes pouvaient aussi prendre la forme de coalitions contre les commis des aides ou de participation et d’assistance à la contrebande. Il invite donc à repenser les relations entre les gens du finage et les gens des bois, puisqu’elles ne sont pas nécessairement antagonistes. La xénophobie des gens du finage vis à vis des gens des bois, souvent invoquée comme explication à ces conflits, ne semble pas déterminer l’ensemble des relations existantes entre ces deux groupes sociaux.

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Stéphane Boissellier a travaillé à partir d’une enquête réalisée à la demande du roi dans le Portugal médiéval. Dans cette enquête sont consignés de nombreux témoignages qui dénoncent les abus des seigneurs locaux. Il montre comment les communautés villageoises, plus favorables aux droits de la monarchie, témoignent d’une convergence d’intérêts avec ceux de leur roi contre les seigneurs locaux. Dans le cadre de conflits existants entre les communautés et leurs seigneurs, le mécontentement exprimé dans cette enquête illustre ainsi un système développé par les communautés pour tenter de mettre un terme à ces conflits en s’appuyant sur la juridiction royale.

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En conclusion, Cédric Jeanneau a insisté sur la nécessité de continuer les recherches pour aller au-delà de l’imaginaire qui les entoure, en relisant les sources et en reprenant les dossiers déjà existants. De nouvelles interrogations sont apparues : la question des coalitions réalisées entre plusieurs communautés pour répondre aux conflits, ou encore, le rôle des meneurs dans l’organisation de ces communautés en conflits.

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Paul Maneuvrier-Hervieu

Titres recensés

  1. Des Communautés rurales en conflit dans l’Ouest de la France au Moyen Âge et à l’Époque Moderne, 3e journée d’étude sur les communautés rurales dans l’Ouest de la France au Moyen Âge et à l’époque moderne organisée par Cédric Jeanneau et Philippe Jarnoux, Brest, Université de Bretagne Occidentale, 4 avril 2014

Pour citer cet article

« Colloques et journées d'études », Histoire & Sociétés Rurales, 1/2014 (Vol. 41), p. 272-275.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2014-1-page-272.htm


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