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Histoire & Sociétés Rurales

2014/2 (Vol. 41)


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Au cours des dix dernières années, un regain de l’intérêt des universitaires pour les espèces de Medicago a considérablement contribué à une meilleure compréhension de la chronologie et de la diffusion de cette culture qui est d’une importance cruciale pour une agriculture durable au xxie siècle [1][1] Zohary et Hopf, 2000 ; Small, 2011. Étant donné l’importante....

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Cet article a pour objectifs de tracer le schéma de diffusion de la Medicago en Europe et vers les Amériques entre les xvie et xixe siècles et de montrer les liens – temporels et spatiaux – entre la création de nouveaux centres de diffusion et les cycles économiques internationaux. Cette approche bénéficie également des études récentes des historiens de la culture et de l’agriculture, de paléo-botanistes et d’archéologues. Leurs contributions nous aideront à comprendre comment la Medicago sativa est devenue une culture internationale souvent appelée « reine des fourrages ». Cependant, afin de révéler les schémas de continuité de ce tableau complexe, je vais uniquement me concentrer sur les principaux événements liés à sa diffusion au début de et durant l’époque moderne.

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Même si, aujourd’hui, les noms commerciaux de la luzerne et de l’alfalfa se réfèrent constamment à la même plante (Medicago sativa) du fait de deux cents ans de production de semences destinées à la commercialisation, il est utile dans cet essai d’employer le terme Medicago comme définition floue car la plante peut présenter des formes légèrement différentes et ses semences ou résidus ne peuvent pas facilement être différenciés de plantes légumineuses fourragères similaires (Melilotus, Trigonella). De plus, les noms européens régionaux de la Medicago étaient parfois et sont toujours source de confusion. Aux xvie-xviiie siècles, pour décrire le processus d’amélioration des prés ou pour collecter la dîme et les revenus agricoles, les propriétaires terriens, les cultivateurs, les gestionnaires des terres, les prêtres et les officiels employaient la terminologie du langage courant et les noms locaux. Même les botanistes qui étaient en concurrence les uns avec les autres utilisaient une variété de noms différents et suscitaient une certaine confusion avant que la classification des plantes par Carl von Linné (1707-1778) ne soit généralement adoptée et répandue par les sociétés botaniques [2][2] Ambrosoli, 1997, passim.. Dans l’ensemble du présent article, le nom linnéen Medicago sativa se réfèrera à la plante en termes généraux, tandis que les noms « nationaux » luzerne, alfalfa et erba medica se réfèreront aux plantes cultivées dans leur contexte historique (français, européen et nord-américain ; espagnol et ibéro-américain ; italien).

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La Medicago est un genre avec des variétés annuelles, biennales et pérennes ; et elle appartient à la même famille que les légumes secs annuels (pois, lentille, fève, pois chiche), tout aussi importantes pour le développement agricole, et dont l’existence a été observée associée à des céréales sauvages dès la révolution agricole du Néolithique. Sa proximité environnementale avec les céréales a permis à la Medicago de se diffuser plus facilement dans le monde entier. Théophraste a fait une observation précoce (ive siècle av. J.-C.) des avantages des cultures de légumineuses par rapport à celle du blé [3][3] Théophraste, Recherches sur les plantes, viii, 7, 2 ;.... Cependant, étant donné que le développement rural ne suit pas un schéma linéaire de croissance, cette information importante est tombée dans l’oubli et il a fallu la réapprendre. Par conséquent la culture de la Medicago a dû s’adapter aux différentes institutions et aux conditions générales des relations changeantes entre l’Europe et le Nouveau Monde à partir du xvie siècle [4][4] Harris, 1996 ; Amigues, 2002..

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Bien que les variétés de Medicago soient des plantes indigènes à l’hémisphère occidental, elles ont besoin de semences pour commencer et continuer leur cycle de vie. La main-d’œuvre humaine et un apport constant en semences sont nécessaires pour que les plantes se développent et forment une prairie artificielle. Chaque plante se ressème elle-même naturellement quand les cosses tombent au sol ; la plante ne se développe pas bien sans préparation et irrigation du sol et elle a besoin d’être protégée de la gourmandise du bétail. Même s’il s’agit d’une plante pérenne, la croissance de la Medicago est améliorée par la culture mais la plante dégénère généralement après dix à douze ans. Cette brève introduction aidera à ne pas oublier que la diffusion de variétés spontanées de Medicago (telles que falcata, lupulina, scutellata et d’autres) et de M. sativa comme culture au début de et durant l’époque moderne a fait face à des problèmes environnementaux similaires à ceux d’un passé plus lointain mais que ces questions ont toutefois été abordées de manière différente. Dans cet article, je n’attirerai pas tant l’attention sur l’histoire naturelle de la Medicago sp. mais plutôt sur les réseaux culturels et historiques qui ont fait de telles plantes un élément clé de l’agriculture moderne des deux côtés de l’Atlantique.

L’alfalfa de l’Andalousie jusqu’à la Nouvelle-Espagne et la vice-royauté du Pérou

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Une croyance commune est que l’alfalfa avait été introduite en Espagne durant la domination des Almoravides grâce à ce qu’on appelle la « révolution agricole arabe » du xie au xive siècle [5][5] Bolens, 1981 ; Watson, 1983. Récemment, Decker 1995.... Suivant des sources récemment mises à disposition, je suggère que le nom alfalfa était probablement appliqué de façon trompeuse et se référait en réalité au retour de l’herba medica, une culture qui datait de l’époque romaine [6][6] Capuano, s.d., p. 33 ; voir également The Filāha Text.... De plus, le progrès agricole dans l’Andalousie médiévale a bénéficié d’une classe de paysans libres pleins d’initiative qui s’intéressaient aux nouvelles plantes et qui pratiquaient une agriculture de marché. Quoi qu’il en soit, au xve siècle, la célèbre pratique agricole arabo-andalouse était de manière générale en recul et la culture de l’alfalfa avait été restreinte aux régions de Valence, Murcie et Grenade [7][7] Calvo García-Tornel, 1981, p. 145 ; Garcia Diaz, 1990,.... La culture de l’alfalfa était limitée à de petites surfaces dans des jardins ou des terres marginales et n’était jamais associée à la culture du blé [8][8] Albertini, 2009, p. 120-122 ; Antoni Furio, communication....

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Durant la Reconquista, la noblesse castillane a commis des vols de bovins et a envahi les espaces vides de la région avec des bovins et des moutons [9][9] Gerbet, 1991, p. 11-18.. Lorsque le calife de Grenade a cédé ses pouvoirs en janvier 1492 aux rois catholiques, les censiers – des subordonnés chrétiens de la noblesse castillane et de l’Église – ont pris la place des paysans musulmans libres. Les principaux ouvrages hydrauliques ont continué d’exister (par exemple autour de Grenade) et une partie de la culture intensive s’est améliorée, par exemple à Murcie : ailleurs, le pâturage des moutons a prédominé, régi par la Mesta, la grande association de propriétaires terriens. Puis une lutte a commencé entre les propriétaires terriens de la Mesta et les communautés de paysans qui faisaient pâturer leurs bœufs de trait sur les terres communales. En 1501, la tenure perpétuelle des terres de pâturage a été accordée aux propriétaires de moutons [10][10] Lagardère, 1993, p. 486 et 2006..

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Ce modèle de conquête a été exporté outre-mer : tout d’abord aux îles Canaries puis en Nouvelle-Espagne. En 1493, Colomb avait apporté bovins, moutons, porcs et chevaux à Hispaniola et l’« échange colombien » avait rapidement commencé à montrer ses forces cachées [11][11] Crosby, 1986.. Cortez au Mexique (1516-18) et Pizarro au Pérou (1532) ont ouvert deux canaux différents pour la diffusion de l’alfalfa : le cheval, le porc, le mouton et les bovins ont eu le même effet destructeur dans les Amériques que les animaux de la Mesta qui avaient été l’avant-garde de la Reconquista. Au Mexique, les fertiles pâtures naturelles ont rendu presque inutile toute diffusion de l’alfalfa ou du trebol /trèfle (Trifolium sp.) ; les marais asséchés et les zones humides situés autour de la ville de Mexico fournissaient une pâture toute l’année et dans les années 1560, des millions de têtes de bétail avaient déjà pris tous les espaces auparavant laissés vides en raison du désastre subi par la population indigène [12][12] Jacobsen, 1986, p. 113 ; Dunmire, 2004, table 5.1.. Les pères jésuites ont pris possession des zones les plus fertiles et en 1600, la Hacienda de Santa Lucía avait par exemple déjà acquis assez de terres pour pouvoir élever 50 000 moutons et a progressivement augmenté la taille de ses troupeaux pour atteindre 100 000 animaux en 1620 avec plus de pâtures d’été et d’hiver [13][13] Konrad, 1980, p. 34, 47, 50, 54, 57. Nous ne pouvons.... Les Espagnols qui ont établi des encomiendas au Mexique géraient les nombreux troupeaux de moutons de la même façon que la Mesta en suivant la méthode de transhumance qui détruisait la fertilité dans les régions où l’agriculture prospérait [14][14] Melville, 1994 ; Konrad, 1980, p. 105 ; une opinion....

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Les Espagnols n’étaient pas seuls : ils employaient des gardiens de troupeaux africains qui venaient de Sénégambie et qui prenaient en charge et géraient le bétail des Conquistadores. Ils ont établi des élevages en ranch en Nouvelle-Espagne et dans d’autres régions des Caraïbes à partir des années 1520 et, à partir de là, se sont déplacés jusqu’à la côte pacifique dans les années 1540 et dans les prairies riches des Llanos, du Valle del Cauca et de la Vallée centrale au Chili [15][15] Sluyter, 2012, p. 7.. Dans les années 1550, ils avaient déjà traversé les Andes et vingt années plus tard ils avaient atteint le fleuve Paraná [16][16] Capparelli, Lema, Giovannetti, et Raffino, 2005.. Le résultat a été l’expansion spontanée du trebol venu de Castille, une plante utile pour les Espagnols mais une herbe qui asphyxiait les plantes cultivées indigènes [17][17] Crosby, 1986, p. 141, 144, 220 ; Dunmire, 2004 ; Bentley,.... La culture de l’alfalfa nécessitait plus d’attention et a été utilisée dans la vice-royauté du Pérou parce qu’il n’y avait aucune pâture naturelle et aussi parce que c’était la seule région des Amériques où les autochtones avaient domestiqué de grands mammifères (lamas et vigognes) et organisé des ouvrages hydrauliques élaborés et où les paysans avaient facilement compris comment intégrer la nouvelle plante dans leur propre système de culture.

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Lima (fondée en 1535) est devenue la capitale de l’alfalfa en Amérique latine et, dès le début du xviie siècle, le territoire de la ville dépendait de l’agriculture locale pour son approvisionnement en denrées alimentaires. En outre, dans les régions péruviennes et chiliennes, l’alfalfa et les alfalfares (fr. luzernières) fournissaient du fourrage pour les transports à dos de cheval et de mule qui reliaient les mines d’argent aux ports du Panama [18][18] Denhardt, 1947 ; Jacobsen, 1986, p. 113, 116, 123 ;.... Lorsque la culture du blé a décliné à la fin du xviie siècle au Pérou, l’alfalfa est devenue la plante cultivée la plus importante autour de Lima et, après 1750, elle a restauré la fertilité des sols afin de cultiver des céréales pour nourrir une population croissante [19][19] Vegas de Caceres, 1996, p. 101 et 197.. Vers 1540, les Espagnols du Mexique s’étaient tournés vers les cultures européennes pour se différencier des autochtones dont l’économie reposait sur le maïs, les haricots et les dindes. Vers 1550, autour de la ville de Mexico, le gouvernement espagnol a défendu les caballerias agricoles contre les estancias de bovins et il a été signalé par une mention unique que l’alfalfa poussait aussi à cet endroit [20][20] Dunmire, 2004.. Les frontières les plus lointaines de l’empire espagnol étaient principalement contrôlées par les missions catholiques : les Jésuites étaient également actifs dans la région de La Plata et les Franciscains le long des frontières en Californie, au Texas et en Louisiane française. Les deux ordres religieux ont essayé sans succès d’introduire l’agriculture de style méditerranéen dans ces régions : le pâturage des moutons et l’élevage en ranch se sont imposés en Californie et à la frontière Nord du Mexique [21][21] Butzer, 1988 ; Ganson, 2003 ; Jackson, 2005.. À la suite de tentatives infructueuses de colonisation à Buenos Aires (1516, 1532-46) et à La Plata (1638), un petit nombre de bovins ont été laissés sur place et ont abouti à quelques 48 millions de bovins sauvages vivant de façon régulière dans les pampas vers 1700 [22][22] Crosby, 1986, p. 162-163.. Au cours des xvie et xviie siècles, la culture de l’alfalfa avait été confinée aux régions des Andes et n’était jamais arrivée au climat et aux paysages semi-tropicaux du Río de la Plata.

L’erba medica en Italie

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Entre les années 1450 et 1530, les connaissances sur la Medicago sativa en Italie étaient très partielles, tandis que la plante connue à l’époque romaine fut parfois oubliée pendant le Moyen Âge : elle avait été représentée à partir d’un spécimen réel dans le livre de botanique illustrée de Rinio à Venise ; cependant des botanistes importants de Pise et Bologne ont déclaré ignorer l’Herba medica des auteurs de l’Antiquité [23][23] Ambrosoli, 1997, p. 103-107.. La situation politique générale en Italie n’a pas favorisé la diffusion de la Medicago car la lutte pour la suprématie en Europe entre les Valois et les Habsbourg s’est transformée en véritable guerre, laquelle a sévi dans toute la péninsule entre 1494-1495, 1499-1504, 1508, 1509-1516, 1521-1526, 1526-30 et 1536-1538. Lorsque la paix a enfin été rétablie en 1529/30, il n’a pas fallu longtemps pour que des signes de rétablissement apparaissent sous la forme de culture du trèfle dans la région de Brescia, entre la Lombardie et l’État vénitien, la même zone où la guerre avait éclaté en 1509. Une fois la paix restaurée, l’Église catholique a relancé de nouvelles communications et de nouvelles connexions scientifiques avec l’Espagne des Habsbourg : occasionnellement, quelques semences d’alfalfa sont arrivées à Bologne et un nouveau nom – erba spagna – a parfois été ajouté à la liste des noms du langage courant (tels que erba medica ou cedrangola) [24][24] Ambrosoli, 1997, p. 110-113 et 115-116.. Dans les années 1530 et 1540, les propriétaires terriens ont obligé leurs tenanciers à semer du trèfle sur des terres arables, soit seul, soit sur du blé, au début du mois de mars afin d’améliorer le chaume et d’obtenir une pâture verte utilisable durant l’hiver [25][25] Berengo, 1975, p. xli-xlii.. Cette pratique antique avait déjà été recommandée par les agronomes latins. Il semble que durant les longues années de guerre, le labour des terres arables avait été réduit, permettant ainsi à de nombreuses herbes utiles de pousser : parmi celles-ci, le trèfle violet (T. pratense) ou le trèfle blanc (T. repens), une plante pérenne qui prospérait sur les sols humides de la plaine lombarde et qui était, pour les agriculteurs expérimentés, un signe de la fertilité des sols [26][26] Ernst et Jacomet, 2005, indiquent des résidus similaires....

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En 1566 et 1567, Agostino Gallo a recommandé la culture de l’erba medica comme culture intensive séparée des terres labourables. Il était bien conscient qu’il s’agissait du retour d’une pratique agricole de qualité et il a expliqué sa disparition comme étant le résultat des invasions barbares des ve-vie siècles. Durant les mêmes années, Camillo Tarello s’était porté candidat à l’obtention d’un privilège devant le Sénat vénitien afin de faire breveter son système de rotation trèfle-blé [27][27] Ambrosoli, 1997, p. 119-128, 135-141. La même explication.... En Italie, l’erba medica est restée une culture pour l’élite et bien qu’elle ait toujours été mentionnée dans les livres agronomiques, c’est seulement dans les années 1760 que l’enquête du réseau des académiciens de Venise sur les bénéfices présumés de la nouvelle agriculture française a de nouveau attiré l’attention sur la Medicago et le sainfoin (Onobrychis), cependant sans grand succès [28][28] Simonetto, 2001, p. 317 et suiv.. Le trèfle était préféré, sa gestion étant plus facile. Cependant, la perception de l’erba medica et le fait qu’elle soit cultivée ou non est restée une question controversée en Italie : Filippo Re (1763-1817), l’agronome bien connu de Reggio et de Bologne qui a dirigé la principale enquête agricole de l’Italie napoléonienne (1814), a fait remarquer à juste titre que les nombreux étrangers – qui commentaient amèrement le manque de culture d’erba medica en Italie – s’étaient uniquement déplacés le long des routes principales et ne s’étaient pas rendus dans les parties isolées de la campagne où l’erba medica poussait hors de vue [29][29] Re, 1812.. C’est seulement à partir des années 1850 que la Medicago et le sainfoin (Onobrychis) ont été semés à plus grande échelle pour restaurer la fertilité des sols en Italie.

La luzerne en France et en dehors de la France

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De l’autre côté des Alpes, à elles seules, des études régionales ne pourront pas répondre aux nombreuses questions portant sur la diffusion de la Medicago sativa, qu’on appelle « luzerne » en France. Quoi qu’il en soit, il faut préciser que le début de la culture de la luzerne en France a initié une tendance de spécialisation des cultures qui produisait assez de semences pour soutenir la croissance agraire interne et pour stimuler un modèle d’imitation ailleurs. Les principales caractéristiques de la culture et de la diffusion de la luzerne qui ont fait des agriculteurs français le centre mondial de la diffusion des semences jusque dans les années 1950 peuvent être résumées de la façon suivante : tout d’abord, les noms de lieux en Provence suggèrent une présence constante de la luzerne de longue date [30][30] Par exemple dans Pecout et al., 2010, p. 187.. En outre, dans toute la zone entre Fréjus et Rodez, centrée sur Marseille et s’étendant jusqu’à Toulouse et Besançon, les données archéozoologiques datant de l’âge du Bronze jusqu’à la fin de l’époque médiévale indiquent que les os de bovins étaient plus lourds que tous les os d’autres animaux [31][31] Columeau, 2002, p. 25, 33, 227 et suiv. : élevés pour le transport et l’utilisation militaire, les bovins et les chevaux nécessitaient un bon fourrage pour produire de la force de travail. Même les données recueillies à Mont Joui (commune de Florensac, Hérault, 525-475 av. J.-C.) à la limite Sud de cette zone montrent que quelques bonnes pâtures d’herbes légumineuses (51 % du sondage 1) avaient poussé [32][32] Bouby et Ruas, 2005, p. 119-125, soutiennent que les....

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Bien que les forêts soient restées des zones dédiées au pâturage de différents animaux (principalement le porc), le défrichement des forêts pour obtenir des champs avait ouvert de vastes zones de prairies également utilisées pour nourrir le bétail autour de Lugdunum/Lyon [33][33] Pitte, 2012, p. 33 et suiv, 89 et suiv. ; Lepetz et.... Étant donné les habitudes de pâturage différentes des bovins et des ovins, une prairie naturelle s’est développée sur les sols les plus humides et a été appelée, à partir du début du xvie siècle, foin de Bourgogne où l’on pouvait cueillir l’herbe au limasson (Medicago falcata)[34][34] Ruell, 1536, p. 393-396 ; Dalechamps, 1587-1588, p..... Le botaniste parisien Jean Ruell (1536) a décrit la medica (la luzerne) comme trivialis en France et a déclaré que des semences avaient été apportées de Bourgogne une ou deux générations auparavant [35][35] Ruell, 1536 (1537), p. 393-396. Voir également Ambrosoli,.... Des travaux de recherche récents ont montré que les signes d’un redémarrage de l’agriculture entre les années 1470 et 1490 indiquent la création de prairies, une pratique ancienne du xive siècle qui avait été interrompue par la peste et la guerre : la reconstruction des domaines terriens a été une réussite autour de Paris, Bordeaux et Lyon et a permis de réaménager les pâturages abandonnés [36][36] Voir maintenant Tricard, 1996, p. 190 et suiv., 207 ;....

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Des botanistes français et flamands au xvie siècle et au début du xviie siècle ont signalé qu’une grande variété de plantes fourragères (également appelées sainfoin, sainct-foin, luzerne, foin de Bourgogne, grand treffle, herbe aux limassons, fenasse, esparcet) étaient présentes dans différentes régions [37][37] Malheureusement, la luzerne et le sainfoin étaient... : elles étaient généralement cultivées dans de petites prairies irriguées le long de pâturages naturels (Languedoc, Provence, Basses-Alpes, Dauphiné, cantons suisses, Bourgogne, Poitou, Île-de-France, Artois, sans oublier Brabant et Flandre) [38][38] Raveau, 1926 ; Merle, 1958 ; Debien, 1964 ; Le Roy.... La diffusion de la luzerne et/ou du sainfoin en France a suivi les principales phases des cycles agraires et est toujours apparue durant des phases de reprise économique après de longues périodes de crise : durant les années 1500-1550, un intérêt croissant pour les plantes et la culture a été exprimé à travers la parution d’ouvrages imprimés [39][39] Ambrosoli, 1997, p. 167-176.. Il s’en est suivi une longue pause à cause des guerres de Religion. À la fin des guerres, durant les années favorables du gouvernement de Sully (1598-1611), Olivier de Serres a rendu disponible en version imprimée (1601) la description de la culture de la luzerne en Provence : il a ouvertement déclaré que la luzerne restaurait la fertilité des sols et qu’elle était utile dans la rotation des cultures avec le blé [40][40] De Serres 1601, p. 271..

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Puis la « vague des sainfoins » s’est développée autour de Paris à l’époque de Richelieu : à cette époque, le terme « sainfoin » signifiait à la fois Medicago et Onobrychis[41][41] Jacquart, 1975, et Ambrosoli, 1997, p. 163-183.. À partir de 1634, la Provence a fourni à la région de Paris des semences de luzerne de bonne qualité : la variation de leur prix suivait de près le prix des semences de blé (années 1620-1720) et de sainfoin (1683-1698) sur le marché parisien [42][42] Ambrosoli, 1997, p. 197-203.. La troisième phase de diffusion décisive des luzernières a commencé durant le gouvernement de Fleury vers 1730 dans les « pays de grande culture » autour de Paris et en Normandie et elle a fait partie du mouvement de la nouvelle agriculture jusqu’à la fin du siècle [43][43] Béaur, 2000, 179 ; Moriceau, 2002.. La diffusion générale des luzernières dans toute la campagne française a eu lieu à partir des années 1820 quand, comme cela a été le cas en Normandie, des terres communales vendues durant la Révolution ont été transformées en prairies artificielles [44][44] Moriceau, 2002 ; Fabrice Poncet, « Prairies artificielles.... Entre les années 1850 et 1950, la France était le premier producteur mondial de semences de luzerne.

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La diffusion de la luzerne de la France jusqu’au reste de l’Europe s’est produite en fonction des cycles économiques des différentes régions. Les cultivateurs anglais ont abordé l’amélioration des terres communales et des pâtures (un problème national à l’époque) d’une manière plutôt originale à partir des années 1560, en prenant en considération les informations fournies par les botanistes flamands et français (R. Dodoens, C. L’Escluse, J. Lyte). Depuis les années 1650, la pratique de semis des graines de luzerne pour améliorer les pâtures de sainfoin autour de Paris [45][45] Debien, 1964. Voir également Estienne, 1554, p. 44... suscitait une grande confusion chez les voyageurs anglais qui observaient avec attention l’agriculture française [46][46] Au moins 200 000 Anglais, Écossais et Irlandais se... et qui souhaitaient expérimenter avec les dites « herbes françaises » pour améliorer les terres communales et les pâtures en Angleterre où les mauvais résultats des cultures de trèfle et de luzerne étaient souvent dus à la mauvaise qualité des prairies [47][47] Bien que le trèfle, la luzerne, le lotier, l’ivraie.... Heureusement, la collaboration de J. Tournefort avec W. Sherard et J. Ray de 1680 à 1702 a dissipé la confusion entre Medicago/luzerne et Onobrychis/sainfoin, ce qui a permis des expériences plus réussies avec la luzerne en Angleterre [48][48] Ambrosoli 1997, p. 92, 213, 275-280..

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Entre les années 1730 et 1760, le nouveau semoir conçu par Jethro Tull pour semer le sainfoin efficacement en rangs a par la suite été amélioré par Henry Pattullo et Duhamel du Monceau. Vers 1750, le commerce anglo-français-continental de semences a été renforcé par la propagande pour la nouvelle agriculture[49][49] Ambrosoli, 1997, p. 199-203. qui a fini par attirer l’attention sur les bénéfices de la culture de la luzerne ailleurs en Europe, comme en Allemagne. Grâce aux semences produites localement pour répondre à la demande du marché interne, la France est devenue un nouveau centre de diffusion des plantes pour le marché européen et le marché atlantique.

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En Allemagne, la diffusion du trèfle s’est développée en trois phases et régions différentes (dans les années 1570 en bordure du Brabant, dans les années 1680 en Haute-Autriche, durant les années 1700 avec une amélioration générale imitant les Pays-Bas, les Provinces-Unies et l’Angleterre) et elle a fourni le principal canal de diffusion de la Medicago/luzerne également appelée ewiger Klee, spanischer Klee, Esparsette (ce dernier terme désignait aussi parfois, avec une certaine confusion, le sainfoin-Onobrychis). Le cycle économique favorable des années 1740-1760 a donné une impulsion à l’initiative des princes et réformateurs à Hanovre, en Prusse, au Mecklembourg, au pays de Bade, en Bavière et en Silésie et à l’initiative des empereurs en Autriche et en Bohême [50][50] Schröder-Lembke, 1978, p. 139-142, 143, 145-150, 1.... Grâce aux académies provinciales du milieu du xviiie siècle, le développement agricole est devenu une activité productive en France [51][51] Roche, 1978 ; Béaur, 2000., en Suisse [52][52] Dauser, Hächler, Kempe, Mauelshagen et Stuber, 200..., en Allemagne, en Autriche et en Italie, particulièrement en Lombardie, en Toscane et dans l’État vénitien [53][53] Simonetto, 2001.. Des pays plus petits tels que la Suisse et le Danemark ont bénéficié d’un schéma complexe de communication qui combinait ressources locales, ouvrages imprimés et connexions sociales à un niveau international [54][54] Stuber, 2008 ; Kjaergaard 1994.. Par conséquent, le terme « luzerne » est devenu (et est encore) un synonyme de Medicago dans la plupart des régions d’Europe excepté l’Italie et l’Espagne. Même lorsqu’elles étaient achetées en petites quantités, les semences françaises de luzerne constituaient une amélioration du plasma germinatif local car elles étaient semées pour créer une surface qui produisait des graines visant à être semées pour la pâture dans les années suivantes. Durant les deux premières années, il fallait (et il faut toujours) être très attentif aux besoins des plantes sur pied, tout comme l’a décrit Columelle, qui constituait encore la principale référence jusqu’au xviiie siècle.

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Dernier point, mais non des moindres, nous ne devons pas oublier le rôle des Mennonites dans la diffusion du trèfle et de la luzerne. Les adeptes de la secte religieuse fondée par Simons Menno ont subi des persécutions et l’exil. Les Mennonites qui ont pris refuge dans les cantons de Zurich et de Berne se sont consacrés à l’amélioration des pâtures et à la fabrication de fromage. Leur présence et leur expérience sont devenues utiles après la guerre de Trente Ans lorsqu’ils ont commencé à cultiver en tant que tenanciers les nombreux champs abandonnées des régions telles que le Palatinat, la Lorraine et l’Alsace. Ils ont semé des graminées fourragères afin de ne pas laisser les biens communaux non cultivés, ce qui aurait ainsi gâché une ressource naturelle donnée par Dieu aux êtres humains. Bien que méprisés par la population locale à cause de leur gestion des terres communales locales, leur présence était soutenue par les princes régnants pour leurs efforts capitalistes et, après les années 1750, ils se sont installés en Prusse, en Pologne, en Crimée et dans la région de la Volga [55][55] Correll, 1925.. À partir de ces nouvelles colonies, une vague d’émigrants s’est ensuite déplacée vers les Amériques.

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En 1838, un navire français provenant du Chili débarquait des semences d’alfalfa, laquelle fut commercialisée comme une nouvelle plante fourragère. Les importations d’alfalfa qui suivirent, souvent sous la forme de graines mêlées aux laines importées du Chili, eurent des conséquences inattendues pour la qualité des plantes semées. Elles ne furent pas plus productives que les luzernes françaises, mais souvent pires et elles diffusèrent des nouvelles adventices d’origine américaine. Le commerce continua parce que les semences du Chili furent utilisées comme coupage avec les graines des luzernes françaises ou bien pour le marché intérieur ou international, tout en diffusant des mauvaises herbes. En conclusion, la question de l’adultération des semences devint très importante au début du xxe siècle. Un agronome ingénieux, Louis François, discutait la pratique des ventes des semences des luzernes françaises (avec une séparation habituelle des marchés situés de part et d’autre du 45e parallèle), et constatait que, de fait, les semences du nord pouvaient aussi être employées dans le sud ; indiquant enfin que la ligne Lyon-Valence-Privas-Montpellier divisait l’hexagone en deux grandes régions, sud-est et nord-ouest, permettant aux pépiniéristes de fournir aux agriculteurs des meilleures semences pour leurs agricultures régionales [56][56] Société d’agriculture, sciences et arts d’Angers, Travaux....

La Medicago aux États-Unis

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La nouvelle agriculture française et le high farming anglais ont partagé et diffusé le principe selon lequel la luzerne, le sainfoin et les trèfles restauraient la fertilité des sols : cependant le principal obstacle à ces nouvelles cultures venait en France du paiement de la dîme [57][57] Venard 1957 ; Debien 1964., alors qu’en Angleterre un plus grand éventail de difficultés techniques freinait l’innovation [58][58] Allen, 1992.. Il y avait de l’autre côté de l’Atlantique moins de contrôles institutionnels sur l’adoption générale de ces méthodes d’amélioration. Les agriculteurs de différentes régions d’Europe (Anglais, Écossais-Irlandais, Gallois, Français, Néerlandais, Allemands, Suisses) étaient tous, à partir du début des années 1700, désireux d’adopter de nouvelles plantes de culture pour accroître leur production. Les trèfles, violets et blanc, obtenaient de meilleurs résultats que la luzerne qui avait fait l’objet d’essais depuis les années 1730 sur de petites surfaces en Géorgie, en Pennsylvanie, en Caroline et dans l’État de New York [59][59] Coburn, 1912, p. 3 ; Lemon, 1966..

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Des semences étrangères ont continuellement été apportées et acclimatées : en 1743, le Parlement anglais a promu les investissements en semences dans les colonies d’Amérique du Nord [60][60] Hyland, 1977.. Un gentleman farmer – gentilhomme cultivateur – parmi d’autres, George Washington, s’est intéressé à la diversification des cultures : en mai 1759, il a reçu un assortiment de semences de luzerne, de sainfoin et de trèfle et il s’est particulièrement intéressé à la luzerne en 1798-1799. Il a acheté des semences provenant de Londres, correspondu avec Arthur Young, importé un semoir et voulu épargner le travail des esclaves pour des motifs humanitaires [61][61] Fitzpatrick (ed.), Writings of George Washington (1733-1799),.... De retour de Paris, à partir de 1793, Thomas Jefferson a également essayé la luzerne sur sa propriété. Les deux hommes ont donné des semences à des amis et à des correspondants [62][62] Thomas Jefferson à John Taylor, 1er mai 1794 - http://hdl.loc.gov/loc.mss/mtj.mtjbib008391 ;.... Londres a agi comme intermédiaire entre la France et le reste du monde. Des semences françaises (et des semences néerlandaises de trèfle également) ont été importées et réexportées pendant toute la durée des guerres napoléoniennes. En 1819, le gouvernement fédéral a officiellement commencé à introduire des plantes étrangères et peu après (1827), les consuls des États-Unis ont été tenus de se conformer à cet ordre [63][63] Ryerson, 1933.. Il est désormais clair que les semences de Medicago/luzerne venaient indéniablement de France via l’Angleterre, l’Allemagne et les cantons suisses avec les nouveaux colons au cours des premières décennies du xviiie siècle ; cependant l’introduction de la Medicago/alfalfa a suivi un parcours différent.

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En 1849, de l’or a été découvert en Californie : la découverte a eu lieu dans une nouvelle colonie agricole appelée New Helvetia récemment fondée par une société d’émigrants suisses venant de Zurich. La ruée vers l’or en Californie a indirectement provoqué l’introduction de la culture de l’alfalfa venant du Chili avec des avantages durables. Cette question n’est pas entièrement résolue et certains universitaires suggèrent qu’un autre canal de communication, la frontière mexico-californienne, avait été ouvert pour fournir la partie Ouest des États-Unis en alfalfa[64][64] Russelle, 2001 ; Dunmire, 2004, p. x.. À cet endroit et depuis le début des années 1700, des missions franciscaines avaient appliqué avec un succès mitigé la conversion des pueblos indigènes de chasseurs-cueilleurs au catholicisme et à l’agriculture. En outre, l’élevage de moutons avait été la principale activité commerciale le long de cette frontière où il suivait la pratique espagnole et où il est resté ainsi jusqu’à la fin de la guerre de Sécession [65][65] Cleland, 1951, 2005.. En 1849, des hommes d’affaires chiliens ont importé des marchandises et des denrées alimentaires à San Francisco qui devenait une ville en rapide expansion : 8 000 Chiliens sont arrivés pour participer à la ruée vers l’or, apportant avec eux de l’alfalfa pour nourrir les mules et les chevaux [66][66] Melillo, 2006. Putman donne une version différente.... Tandis que les Chiliens étaient méprisés et attaqués par les Yankees locaux en raison de leur succès dans l’exploitation minière, l’Office américain des brevets a rapidement réalisé la valeur de l’alfalfa importée et, dès 1852-1853, les semences d’alfalfa circulaient dans des petits paquets pour faire l’objet d’essais dans de nombreuses associations d’agriculteurs sous le contrôle de l’Office [67][67] Mason in Southern Planter, Oct. 1853, 13, 10, 309.. Les semences devaient être cultivées afin d’obtenir d’autres semences et les résultats devaient être rapportés à l’Office des brevets.

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Cependant, d’autres canaux de communication et de diffusion se sont ouverts et il convient de rappeler au moins l’un d’entre eux. En 1857-1858, un immigrant du pays de Bade, Wandelin Grimm (1818-1890), a semé sur une parcelle sélectionnée de sa nouvelle ferme dans le Minnesota environ 20 lb (9 kg) de ses propres semences de luzerne cultivées en Allemagne et qu’il appelait ewiger Klee/trèfle immortel. Sa nouvelle luzernière a traversé de nombreux hivers rudes et il a sélectionné avec soin les graines des plantes qui avaient survécu chaque année : il a finalement réussi à acclimater sa luzerne au nouveau climat. En 1863, il affichait un bétail plus gros que celui de ses voisins et en 1874, seule l’alfalfa de Grimm a survécu à l’hiver le plus rude depuis les années 1840. Ses voisins lui ont acheté des semences et le comté de Carver dans le Minnesota était le seul endroit qui avait du fourrage durant tout l’hiver suivant. Sa célébrité a ainsi été établie et ses semences ont attiré l’attention des associations d’agriculteurs. Les résultats de Grimm n’auraient pas reçu l’attention qu’ils méritaient sans la présence de deux marchands de semences. George du Toit, un Suisse de souche française huguenote a quitté New York pour le comté de Carver pour vendre des semences et est devenu un banquier accompli ; en 1901, Arthur B. Lyman a distribué les semences de Grimm à des associations d’agriculteurs et à des scientifiques pour effectuer des tests, maintenant l’intérêt pour l’alfalfa de Grimm jusqu’au xxe siècle et au-delà [68][68] Shutter, 1974, vol. ii, sub nomine ; et Edwards et.... Des améliorateurs moins importants dans le Middle West ont favorisé la diffusion de l’alfalfa principalement grâce aux associations d’agriculteurs. Dans les années 1880, la question de l’amélioration de la culture du blé dans le Middle West avait obtenu une attention officielle qui a favorisé le semis de la luzerne-alfalfa avec du blé d’origine russe dans les prairies après 1877. À partir des années 1890, l’alfalfa sibérienne (Medicago falcata) a été introduite pour résister aux hivers rigoureux [69][69] Coburn, 1912..

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Aux marchands de semences de Londres ou aux colporteurs français furent souvent imputées les défaillances des cultivateurs avec les nouveaux fourrages parce qu’ils mêlaient vieilles et nouvelles graines et vendaient des semences impures. Les événements qui ont porté à la constitution du Departement of Agriculture des États-Unis (1837-1849) ont toujours montré un fort intérêt du gouvernement sur le contrôle des cultures et des plantes cultivées. En 1912 le Congrès interdit l’importation des graines d’alfalfa (avec précision indiquée comme Medicago sativa) si celles-ci contenaient plus de 3 pour cent de graines de trèfles dits jaune, h’urr et sweet clover et une graine de cuscute pour cinq graines d’alfalfa[70][70] Ambrosoli, 1997, p. 378-384 ; « États-Unis, Loi destinée.... La Californie et les terres humides de l’Ouest nord-américain se préparaient à la production des semences pour la diffusion planétaire de l’alfalfa grâce à une politique commerciale défensive du patrimoine naturel américain contre les variétés invasives.

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L’importance de la Medicago en tant que culture est si pertinente aujourd’hui que, étant donné les nombreux essais désormais disponibles sur internet, nous réalisons qu’une nouvelle vulgate sur son histoire et sa diffusion se développe rapidement. Cependant, les universitaires devraient éviter les stéréotypes et les erreurs : faute de quoi l’alfalfa sera la prochaine culture après le maïs et le riz basmati à être dépossédée de son véritable ascendant [71][71] Putman, Summers et Orloff, 2007 : malheureusement,....

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La Medicago, une plante du Moyen-Orient, avait trouvé de nouveaux centres de diffusion en dehors de sa région d’origine où des changements ont également eu lieu durant les premiers siècles de l’époque moderne [72][72] Voir la communication d’Aleksandar Sopov, Harvard University,.... En outre, il y a eu deux principaux courants de diffusion du xvie siècle jusqu’au début du xixe siècle en Europe et depuis l’Europe : l’Espagne et la France. Cependant, tandis que la culture de l’alfalfa en Espagne avait été réduite à de petites parcelles marginales autour de Valence, Murcie et Grenade et alors que sa diffusion en tant que culture spécialisée en Amérique ibérique a très probablement eu lieu grâce aux esclaves africains gardiens de troupeaux, aux paysans péruviens autochtones et aux pères jésuites, la culture de la luzerne en France a grandement augmenté en termes de qualité et de quantité. L’Italie, un centre de diffusion des techniques agricoles à l’époque romaine, est restée en marge du transfert atlantique de la Medicago. Quoi qu’il en soit, le cas italien montre que la pratique agricole locale s’est développée depuis les années 1450 autour des zones urbaines bien organisées et qu’étant donné l’accès facile aux ouvrages agricoles latins, la culture de l’erba medica aurait pu facilement être réintroduite une fois que les semences étaient de nouveau disponibles et que les agriculteurs locaux avaient besoin d’une telle culture spécialisée. En outre, l’alfalfa, la luzerne et l’erba medica ont été cultivées durant les premiers siècles de l’époque moderne selon la même pratique décrite par Columelle (ier siècle apr. J.-C.) et aujourd’hui encore, l’emploi de proportions de semences par acre/hectare très similaires à celles utilisées dans l’Antiquité est recommandé aux agriculteurs, bien que la plante reste délicate et produise peu en termes de fourrage durant les deux premières années. Auparavant, le problème majeur était la disponibilité des semences et les conditions générales du sol : la culture moderne de l’alfalfa sur de longues bandes comme elle est pratiquée en Californie nous rappelle une version tullienne des lits de semence de Columelle avec des chemins permettant l’entretien des plantes.

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La pratique de la culture de la luzerne en Provence a été la principale contribution qui a permis de l’élever au rang de plante de grande culture extrêmement bénéfique à la croissance des céréales en raison de l’azote déposé dans le sol et à partir de 1601, cette information est devenue accessible à de nombreuses personnes grâce à Olivier de Serres [73][73] Voir également la traduction française d’Agostino Gallo.... La diffusion de la culture de la luzerne en France (années 1640-1690) a été rendue possible par les semences améliorées qui venaient de Provence et qui sont arrivées jusque sur le marché parisien. Après cela, la rotation des cultures avec la luzerne a été considérée utile et est devenue un exemple pour d’autres en Europe et en Amérique, particulièrement après que les réseaux sociaux du xviiie siècle ont encouragé la diffusion de la nouvelle agriculture. Il vaut la peine de souligner que les cycles agricoles du Pérou – qui ont été en mesure de soutenir la croissance de la population locale à partir des années 1750 – ont suivi la tendance économique française plutôt que l’espagnole [74][74] Romano, 1992..

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À partir des années 1730, la diffusion de la luzerne française en Europe a également stimulé des essais dans les régions du Nord de l’Atlantique grâce à la présence de migrants européens dans les colonies britanniques. Les événements politiques des décennies suivantes ont renforcé les connexions avec Londres et Paris. Un climat subtropical, des sols marécageux et des fermes de petite taille ont limité la diffusion de la luzerne au profit du trèfle. La culture de la luzerne et du trèfle en dehors de la France s’est répandue des deux côtés de l’Atlantique au cours des mêmes décennies à la suite du cycle économique favorable le long des régions du Rhin, de Hanovre et de la Prusse. Les réfugiés huguenots qui ont fui la France après 1685 se sont avérés utiles, par exemple dans l’association commerciale entre Wendelin Grimm et George du Toit. Pour devenir utiles dans l’innovation des cultures, les semences des paysans devaient être commercialisées régulièrement, comme cela a été le cas à Carpentras où les semences de luzerne cultivées localement arrivaient en quantités suffisamment importantes pour être enregistrées dans les listes des prix courants. En outre, suivant l’exemple de G. Washington et de Th. Jefferson, le gouvernement des États-Unis a imposé aux institutions de rehausser la valeur économique des nouvelles plantes à peu près selon le schéma envisagé par Camillo Tarello qui a recommandé des magistrats spéciaux au Sénat de Venise pour faire respecter l’amélioration des communaux. C’est l’Office américain des brevets qui a amélioré la diffusion de l’alfalfa en et depuis la Californie après 1853.

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Finalement, pour expliquer la diffusion rapide de l’alfalfa en Californie et depuis cet État, nous devrions prendre en considération le fait que la culture tullienne en rangs pouvait être pratiquée dans les champs du Middle West de manière plus libre étant donné que les prairies étaient des terres vierges et que le labour pouvait être fait « en plat ». C’est Richard Bradley, un agriculteur et écrivain agronome anglais contemporain de Jethro Tull, qui a souligné le fait que le principal obstacle aux semoirs et à l’agriculture avec houe à cheval résidait dans les champs labourés « en sillons ». Le mérite est revenu à Jean Meuvret de rappeler aux historiens ce point particulier. Pour la même raison, dans la dernière partie du xixe siècle, les machines agricoles telles que moissonneuses, faucheuses-lieuses, faneuses et autres ont été plus nombreuses et ont rencontré plus de succès dans le Middle West américain qu’en Angleterre [75][75] Meuvret, 1977 ; David, 1971 ; Ambrosoli, 1997, p. ....

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Un ensemble d’événements, de situations et d’institutions, au niveau local et national, ont parfois fourni des canaux et réseaux alternatifs qui ont favorisé la diffusion de la Medicago – certains se sont révélés plus efficaces que d’autres.


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  • Smith, M. A., Alfalfa history and variety selection, Pioneer.com (3.28.2011)
  • Stavig, W., « Ambiguous visions : Nature, law, and culture in indigenous-Spanish land relations in colonial Peru », Hispanic American Historical Review, 2000, 80, 1, p. 77-111.
  • Stuber, M., « Kulturpflanzentransfer im Netz der Ökonomischen Gesellschaft Bern », in Dauser, R., Hächler, S., Kempe, M., Mauelshagen, F., Stuber, M., (éd.), Wissen in Netz. Botanik und Pflanzentransfer in europäischen Korrespondenznetzen des 18. Jahrhunderts, Berlin, 2008, p. 228-269.
  • Tricard, J., Les Campagnes limousines du xive au xvie siècle. Originalité et limites d’une reconstruction rurale, Paris, 1996.
  • Vegas de Caceres, I., Economia rural y estructura social en las Haciendas de Lima durante el siglo xviii, Lima, 1996.
  • Venard, M., Bourgeois et paysans au xviie siècle. Recherche sur le rôle des bourgeois parisiens dans la vie agricole au Sud de Paris au xviie siècle, Paris, 1957.
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  • Watson, A., Agricultural innovation in the early Islamic world : the diffusion of crops and farming techniques, 700-1100, Cambridge, 1983.
  • Zohary, M., et Hopf, M., Domestication of plants in the Old World : the origin and spread of cultivated plants in West Asia, Europe and the Nile Valley, Oxford, 20003.

Notes

[1]

Zohary et Hopf, 2000 ; Small, 2011. Étant donné l’importante bibliographie et l’espace limité, je ferai principalement référence aux ouvrages imprimés récents.

[2]

Ambrosoli, 1997, passim.

[3]

Théophraste, Recherches sur les plantes, viii, 7, 2 ; voir également Butler, 1995.

[4]

Harris, 1996 ; Amigues, 2002.

[5]

Bolens, 1981 ; Watson, 1983. Récemment, Decker 1995 a remis en cause la révolution agricole musulmane en se basant sur les vestiges d’irrigation et de connaissances des plantes laissés par les Romains.

[6]

Capuano, s.d., p. 33 ; voir également The Filāha Text Project. The Arabic books of husbandry/ www.Filaha.org. Marti Escayol, 2012. Un point de vue similaire a été exprimé par Glick, 1970, p. 28, 175.

[7]

Calvo García-Tornel, 1981, p. 145 ; Garcia Diaz, 1990, p. 61.

[8]

Albertini, 2009, p. 120-122 ; Antoni Furio, communication personnelle, 2013.

[9]

Gerbet, 1991, p. 11-18.

[10]

Lagardère, 1993, p. 486 et 2006.

[11]

Crosby, 1986.

[12]

Jacobsen, 1986, p. 113 ; Dunmire, 2004, table 5.1.

[13]

Konrad, 1980, p. 34, 47, 50, 54, 57. Nous ne pouvons pas entrer dans plus de détails sur le processus majeur d’acquisitions et de gestion de terres des domaines jésuites qui a été renforcé par leur contrôle religieux sur l’élite mexicaine.

[14]

Melville, 1994 ; Konrad, 1980, p. 105 ; une opinion légèrement différente est défendue par Butzer, 1988.

[15]

Sluyter, 2012, p. 7.

[16]

Capparelli, Lema, Giovannetti, et Raffino, 2005.

[17]

Crosby, 1986, p. 141, 144, 220 ; Dunmire, 2004 ; Bentley, Webb, Nina, Pérez, 2005.

[18]

Denhardt, 1947 ; Jacobsen, 1986, p. 113, 116, 123 ; Vegas de Caceres, 1996 ; Stavig, 2000, p. 81-82, 89-90, 99-101 ; Carcelén Reluz, 2009 ; Lane, 2009.

[19]

Vegas de Caceres, 1996, p. 101 et 197.

[20]

Dunmire, 2004.

[21]

Butzer, 1988 ; Ganson, 2003 ; Jackson, 2005.

[22]

Crosby, 1986, p. 162-163.

[23]

Ambrosoli, 1997, p. 103-107.

[24]

Ambrosoli, 1997, p. 110-113 et 115-116.

[25]

Berengo, 1975, p. xli-xlii.

[26]

Ernst et Jacomet, 2005, indiquent des résidus similaires de graines de trèfle sur un site du xiiie siècle près de Fribourg en Suisse.

[27]

Ambrosoli, 1997, p. 119-128, 135-141. La même explication a été donnée par Xavier de Planhol dans les années 1960 sur les dévastations de la Perse à la suite de la conquête mongole du xiiie siècle : De Planhol, 2000, 2012.

[28]

Simonetto, 2001, p. 317 et suiv.

[29]

Re, 1812.

[30]

Par exemple dans Pecout et al., 2010, p. 187.

[31]

Columeau, 2002, p. 25, 33, 227 et suiv.

[32]

Bouby et Ruas, 2005, p. 119-125, soutiennent que les plantes légumineuses annuelles étaient associées à l’élevage de moutons et de chèvres sur des terres pauvres dans une région où les ovins prédominaient pour la consommation humaine (je remercie Sylvain Olivier et Marie-Pierre Ruas pour cette référence).

[33]

Pitte, 2012, p. 33 et suiv, 89 et suiv. ; Lepetz et Matterne, 2003.

[34]

Ruell, 1536, p. 393-396 ; Dalechamps, 1587-1588, p. 444-446, 489-490. Voir également Ambrosoli, 1997, p. 167-178, 175-176.

[35]

Ruell, 1536 (1537), p. 393-396. Voir également Ambrosoli, 1997, p. 168, n. 1.

[36]

Voir maintenant Tricard, 1996, p. 190 et suiv., 207 ; et Pecout et al., 2010, p. lxxvi-lxxvii, xcii-xciii.

[37]

Malheureusement, la luzerne et le sainfoin étaient et sont souvent restés synonymes de la plante appelée par la suite Medicago sativa : Rolland, 1896-1914, vol. iii et iv sub nomine, et Gillieron et Edmont, 1909, cartes 722, 733, 784, 793, 1705 pour le sainfoin et 789 pour la luzerne. Luzerne était le nom provençal.

[38]

Raveau, 1926 ; Merle, 1958 ; Debien, 1964 ; Le Roy Ladurie, 1966 ; Ambrosoli, 1997, p. 163-180.

[39]

Ambrosoli, 1997, p. 167-176.

[40]

De Serres 1601, p. 271.

[41]

Jacquart, 1975, et Ambrosoli, 1997, p. 163-183.

[42]

Ambrosoli, 1997, p. 197-203.

[43]

Béaur, 2000, 179 ; Moriceau, 2002.

[44]

Moriceau, 2002 ; Fabrice Poncet, « Prairies artificielles et dîmes en Normandie (xviie-xviiie siècles) », Communication orale à la Rural History 2013 Conference, Berne (Suisse), août 2013.

[45]

Debien, 1964. Voir également Estienne, 1554, p. 447.

[46]

Au moins 200 000 Anglais, Écossais et Irlandais se sont trouvés sur le continent entre les années 1640 et 1680.

[47]

Bien que le trèfle, la luzerne, le lotier, l’ivraie et le sainfoin aient tous été introduits dans le comté de l’Oxfordshire au xviie siècle, de nombreuses plaintes ont survenu à propos d’essais infructueux, voir Allen, 1992, p. 111, 117.

[48]

Ambrosoli 1997, p. 92, 213, 275-280.

[49]

Ambrosoli, 1997, p. 199-203.

[50]

Schröder-Lembke, 1978, p. 139-142, 143, 145-150, 168.

[51]

Roche, 1978 ; Béaur, 2000.

[52]

Dauser, Hächler, Kempe, Mauelshagen et Stuber, 2008.

[53]

Simonetto, 2001.

[54]

Stuber, 2008 ; Kjaergaard 1994.

[55]

Correll, 1925.

[56]

Société d’agriculture, sciences et arts d’Angers, Travaux du Comice horticole de Maine-et-Loire, Angers, 1838, p. 305 ; Gobin, 1865, p. 66 ; Mayer, 1877, p. 53-54, 129-130 ; Les Plantes de grande culture : céréales, plantes fourragères, industrielles et économiques, Vilmorin-Andrieux, Paris, 1892, p. 105 ; François, 1931, p. 7 et suiv.

[57]

Venard 1957 ; Debien 1964.

[58]

Allen, 1992.

[59]

Coburn, 1912, p. 3 ; Lemon, 1966.

[60]

Hyland, 1977.

[61]

Fitzpatrick (ed.), Writings of George Washington (1733-1799), vol. 2, p. 34, 37. On compte 116 entrées sur le trèfle et les semences de trèfle : environ un tiers de sa propriété à Mount Vernon était dédié au trèfle et à la luzerne.

[62]

Thomas Jefferson à John Taylor, 1er mai 1794 - http://hdl.loc.gov/loc.mss/mtj.mtjbib008391 ; Thomas Jefferson à Tench Coxe, 1er mai 1794 - http://hdl.loc.gov/loc.mss/mtj.mtjbib008390 ; Thomas Jefferson à James Ronaldson, 12 janvier 1813 - http://hdl.loc.gov/loc.mss/mtj.mtjbib021291 ; Thomas Appleton, sans date, Notes on Lupinella Grass Seed, http://hdl.loc.gov/loc.mss/mtj.mtjbib022779.

[63]

Ryerson, 1933.

[64]

Russelle, 2001 ; Dunmire, 2004, p. x.

[65]

Cleland, 1951, 2005.

[66]

Melillo, 2006. Putman donne une version différente d’un homme d’affaires américain revenant du Chili et d’Orient et qui a planté des semences d’alfalfa à Marysville, Cal., en 1851 : voir Putman and uc Cooperative Extension Specialist, uc Davis, 29th Alfalfa Congress ; voir également University of California Alfalfa and Forages, http://alfalfa/ucdavis.edu, copyright Dan Putman, 1998-2013.

[67]

Mason in Southern Planter, Oct. 1853, 13, 10, 309.

[68]

Shutter, 1974, vol. ii, sub nomine ; et Edwards et Russell, 1938.

[69]

Coburn, 1912.

[70]

Ambrosoli, 1997, p. 378-384 ; « États-Unis, Loi destinée à régulariser le commerce étranger… (24 août 1912) », in Archives diplomatiques : recueil de diplomatie et d’histoire, Amyot - F. A. Brockhaus - Féchoz et Letouzey- H. Champion, Paris- Leipzig, 1913, p. 186-187.

[71]

Putman, Summers et Orloff, 2007 : malheureusement, tout comme dans Smith, 2011, le tableau 1.3 (p. 4), comporte des erreurs importantes sur l’histoire de l’alfalfa et sa diffusion aux États-Unis.

[72]

Voir la communication d’Aleksandar Sopov, Harvard University, lors de la Rural history 2013 conference, Berne, Panel 13, non publiée.

[73]

Voir également la traduction française d’Agostino Gallo (Brescia, 1564 et Venise, 1566, 1567) par François de Belleforest dans Les Secrets de la vraie agriculture, Paris, 1576.

[74]

Romano, 1992.

[75]

Meuvret, 1977 ; David, 1971 ; Ambrosoli, 1997, p. 203.

Résumé

Français

Cet article suit la diffusion de la Medicago (alfalfa espagnole et luzerne française) en Europe et en Amérique pour montrer l’intégration entre les anciens et nouveaux centres de culture d’une part et le marché international d’autre part. L’alfalfa est partie de l’Espagne avec les conquistadores, et vers 1550 la région des Andes est devenue un nouveau centre de culture autosuffisant et isolé de la péninsule ibérique. Au contraire la luzerne a tiré profit de la croissance de certaines régions en France : surtout en Provence, elle est devenue une culture spécialisée, productrice aussi des semences nécessaires pour améliorer les pâturages autour de Paris au cours du xviie siècle. L’Angleterre méridionale en a bénéficié en même temps. Dès que les propriétés des luzernières pour restaurer la fertilité des sols ont été connues, les agriculteurs ont préparé le bond en avant de la luzerne cultivée au xviiie siècle dans l’Est de la France, en Allemagne, dans l’Est des États-Unis et ailleurs. Au contraire en Californie et dans l’Ouest américain s’est propagée l’alfalfa du Chili depuis son arrivée en 1848-49 : enfin l’alfalfa a rencontré la luzerne qui venait de l’Est dans le Middle West vers les années 1880.

Mots-clés

  • agriculture
  • alfalfa
  • diffusion mondiale
  • luzerne
  • pastoralisme
  • semences

English

This paper studies the cultivation of Medicago (Spanish alfalfa and French luzerne) in Europe and into the Americas, to show the connections between old and new centres of diffusion and the international market. Alfalfa left Spain with the Conquest and ca. 1550 the Andean region had become a new self-sufficient centre of diffusion away from declining Spain. Conversely, luzerne benefitted from regional growth in France, at first as a cultivated fodder crop, mainly in Provence, which provided seed to improve the larger pastures and meadows around Paris and in Southern England in the late 17th century. The ability of luzernières to restore soil fertility was the basis for the explosive growth of luzerne cultivation in the 18th century in eastern France, Germany and the eastern United States. Instead California and the West of the US benefitted from Chilean alfalfa from 1848-1849 on, and alfalfa eventually met luzerne in the Midwest in the 1880s.

Keywords

  • luzerne
  • alfalfa
  • international markets
  • seed production
  • agriculture
  • pastoralism

Español

Este artículo estudia la difusión de la Medicago (alfalfa) en Europa y América para demostrar la integración entre los centros de cultivo antiguos y modernos por una parte y el mercado internacional por otra. El alfalfa salió de España con los conquistadores, y hacia 1550, la región andina se convirtió en un nuevo centro de cultivo autosuficiente y aislado de la Península ibérica. El alfalfa se benefició del crecimiento de algunas provincias francesas, sobre todo Provenz,a donde se convirtió en un cultivo especializado, produciendo semillas para mejorar los pastos en la cuenca de París a lo largo del siglo xvii y de Inglaterra en la mismo época. Cuando se conoció las propiedades del alfalfa para restaurar la fertilidad de los suelos, los campesinos prepararon su expansión hacia el este de Francia, Alemania, Este de Estados-Unidos y otras partes. En California y en el Oeste americano, al revés, el alfalfa llegó desde Chile en 1848-1849 y caminando hacia oriente se reunió, en los años 1880, en el Middle West, con él que venia de la costa este.

Palabras claves

  • agricultura
  • alfalfa
  • difusión mundial
  • pastoralismo
  • semillas

Plan de l'article

  1. L’alfalfa de l’Andalousie jusqu’à la Nouvelle-Espagne et la vice-royauté du Pérou
  2. L’erba medica en Italie
  3. La luzerne en France et en dehors de la France
  4. La Medicago aux États-Unis

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