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Histoire & Sociétés Rurales

2014/2 (Vol. 41)


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La quantité de publications polonaises spécialisées sur l’histoire de la pomme de terre est extrêmement faible par rapport au rôle de la Pologne, l’un des plus gros producteurs de pommes de terre au monde à ce jour. Nous en savons encore peu sur l’introduction de sa culture, si ce n’est le fait incontesté qu’elle s’est généralisée relativement tard sur le territoire polonais. Les circonstances spécifiques liées à l’histoire politique de la Pologne sont problématiques pour la recherche sur ce sujet. En effet, la période-clé de la croissance de cette culture coïncide avec les trois partages de la Pologne par les puissances impériales voisines (1772-1795). Par conséquent, chaque partie de l’ancien État polonais a continué à développer individuellement ses systèmes politique, social et économique. On peut donc parler, et cela vaut aussi pour l’agriculture, de quatre histoires distinctes des terres polonaises [1][1] Le territoire situé à l’ouest du pays fut rattaché.... Jusqu’ici, l’histoire de l’introduction et de la propagation de la culture de la pomme de terre a été décrite pour des zones précises seulement : le centre de la Pologne, et Wielkopolska, la Grande-Pologne (région de Poznań) [2][2] Baranowski, 1960 ; Czwojdrak, 1965.. Concernant la Galicie, c’est-à-dire le sud du pays, on trouve très peu de choses sur le sujet [3][3] Le terme « sud de la Pologne » utilisé dans le titre.... Mis à part les lacunes sur le plan géographique, bien des aspects économiques et sociaux n’ont pas été dûment étudiés. Le but de cet article est de combler les lacunes identifiées, partiellement tout du moins, et de reprendre, cinquante ans plus tard, la recherche sur l’histoire de la culture de la pomme de terre, qui, depuis le xixe siècle, constitue un élément essentiel du régime alimentaire des Polonais. Un résumé des renseignements existants, bien qu’éparpillés, a été utilisé pour indiquer de futures possibilités de recherche.

La Galicie : un retard historiographique

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Les publications générales sur l’histoire de l’agriculture ou de la paysannerie ont prêté peu d’attention à la propagation de la culture de la pomme de terre en Galicie. Lorsque le sujet a été mentionné, certains auteurs ont lié le développement de la culture de la pomme de terre à l’abolition du servage et à l’octroi de terres aux paysans, en 1848 [4][4] Inglot, 1972, p. 175 ; Zarys historii gospodarstwa....

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Un des points de référence de toute recherche demeure la déclaration faite par un auteur de carnets du milieu du xviiie siècle, le père Jędrzej Kitowicz. Celui-ci attribue la propagation de la culture de la pomme de terre au règne du roi de Pologne Auguste III Wettin (également électeur de Saxe), c’est-à-dire à la période 1733–1763 [5][5] Les premiers renseignements sur les débuts de la culture.... Le turbercule aurait été préconisé et disséminé par les administrateurs allemands des terres appartenant à la Couronne, destinées à approvisionner la Maison royale. Pour les terres appartenant à la Couronne au sud de la Pologne, cette opinion n’a pas pu être vérifiée. En 1772, au premier partage de la Pologne, l’Autriche prit le contrôle de la partie sud du royaume, créant la province de Galicie. Malgré la mise en place de réformes positives sur le plan socio-économique, la Galicie demeura après 1790 une province marginalisée, appauvrie et rétrograde de l’empire des Habsbourg. Ce fait pourrait expliquer la croyance selon laquelle le progrès des transformations agricoles fut plus lent ici que dans le reste de la Pologne [6][6] Baranowski, 1960, p. 30-31.. Il est vrai que le nouveau gouvernement préconisait la plantation de nouvelles cultures, en particulier dans les années 1780 sous l’empereur Joseph II, mais nous en savons peu sur l’efficacité de cette campagne [7][7] Tokarz, 1909, p. 247 ; Baranowski, 1960, p. 48.. Un événement a pu avoir une incidence plus importante : l’arrivée massive de colons de l’ouest de l’Allemagne (Rhénanie, Palatinat). Ceux-ci furent accueillis sur les terres ayant autrefois appartenu à l’État polonais ou au Roi. Ils connaissaient bien la pomme de terre mais, à ce jour, aucune recherche approfondie n’a été réalisée [8][8] Rutowski, 1885, p. xvii ; Lepucki, 1938, p. 71, 15....

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De l’expansion du tubercule dans les terres labourables, une explication convaincante a été donnée dans une publication sur le développement de l’industrie des spiritueux en Galicie. Elle fait référence à l’époque des guerres napoléoniennes, période durant laquelle la province devint pour l’Europe source de provisions, telles que les céréales, le bétail et les chevaux. Étant donné le prix élevé des céréales, la noblesse terrienne de Galicie passa à une méthode de culture extensive, transformant toutes les friches disponibles en terres agricoles pour faire pousser plus de céréales. Cet essor cessa en 1817 à cause d’une baisse soudaine des prix. Dans de telles circonstances, la noblesse terrienne échappa à la ruine en consacrant peu à peu ses terres à la culture de la pomme de terre et à la production massive de vodka, la pomme de terre étant généralement utilisée comme matière première pour celle-ci [9][9] Rutowski, 1885, p. xiv-xv.. Cependant, des renseignements fiables indiquent que les terres étaient déjà utilisées à cet effet à la fin de la première décennie du xixe siècle [10][10] Hibl, 1811, p. 1 070 ; Koerber, 1811, p. 421, 449-450....

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Les connaissances sur les origines et la propagation de la culture de la pomme de terre dans la région actuelle du sud-est de la Pologne sont donc relativement limitées et ne peuvent servir de base à une description complète de ce processus jusqu’au milieu du xixe siècle [11][11] Les renseignements fondamentaux sur la production de.... Le manque d’informations sur le sujet s’explique par le fait que la première partie du xixe siècle fut une période de découragement et d’inactivité pour la noblesse terrienne de Galicie, qui ne prit pas la peine de mettre en place des institutions locales destinées à rassembler des données sur l’agriculture. D’autre part, la plupart des documents rédigés par l’administration publique sont désormais hors des frontières polonaises (Lviv, Vienne) [12][12] En Galicie, les sociétés agricoles (à Cracovie et Lviv/Lwów).... Ce qui est certain, c’est que deux stades du développement de la culture de la pomme de terre peuvent être identifiés en Galicie (comme c’est le cas pour d’autres régions) : 1. dans des jardins potagers, 2. comme culture de plein champ. La transition entre les deux stades a sans doute eu lieu pendant l’année 1817-1818, lorsque le marché galicien des céréales a commencé à péricliter et qu’une grande partie de la noblesse s’est mise à destiner sa récolte de pommes de terre à la production de vodka.

Les sources nationales

Statistiques

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Le principal défi, par rapport à d’autres régions concernées par le partage de la Pologne, est le manque de statistiques précoces concernant la superficie cultivée ou les chiffres liés aux rendements. Les premiers chiffres donnés par la publication statistique autrichienne Tafeln zur statistik sur la récolte de pommes de terre en Galicie datent de 1841. Ces chiffres, les plus anciens, sont sans doute très approximatifs, sachant que dans certaines annales, on ne faisait que recopier les données des années précédentes ; cependant, on peut ainsi les comparer avec d’autres provinces « autrichiennes » de la monarchie (Tableau 1).

Tableau 1 - Production de pommes de terre et rendements dans certaines provinces de l’empire d’Autriche dans les années 1840Tableau 1
Source : Tafeln zur Statistik, 1856-1871.
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Il est intéressant de comparer la Galicie et le royaume du Congrès (royaume de Pologne), qui faisait plus d’une fois et demie la taille de celle-ci, et dont la production de pommes de terre dans les années 1840 était comparable, sinon légèrement plus faible [13][13] Les chiffres de 1840 sont plus variés pour le royaume.... On soulignera néanmoins que les statistiques agricoles existaient depuis plus longtemps dans le royaume de Pologne.

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Bien que leur fiabilité, particulièrement dans le cas de la Galicie, soit plus que limitée, les chiffres présentent un intérêt, car ils donnent une idée du volume de pommes de terre récolté avant et pendant la crise causée par le mildiou de la pomme de terre (Tableau 1). À en juger ici, la Galicie, regroupée avec la Bucovine, fut le plus grand producteur de pommes de terre dans l’ensemble de la monarchie des Habsbourg dès le début des années 1840. Cependant, si l’on prend en considération la part des récoltes dans les terres labourables, la Galicie occupait initialement la 3e place, derrière la Moravie, conjointement avec la Silésie et la Bohême. Elle se plaçait en revanche devant la Carinthie et la Carniole. L’analyse du tableau permet d’autres réflexions. La position aussi significative de la Galicie peut être expliquée si l’on part du principe que la tradition de la culture de la pomme de terre remonte aux dernières décennies du xviiie siècle. La Galicie ne fut touchée par le mildiou de la pomme de terre qu’à un degré relativement faible [14][14] Cependant, les effets démographiques des mauvaises.... La crise causée par le mildiou dans la seconde moitié des années 1840 a quelque peu modifié la hiérarchie des régions productrices (Tableau 2).

Tableau 2 - Production de pommes de terre et rendements dans certaines provinces de l’empire d’Autriche de 1851 à 1865Tableau 2
Source : Tafeln zur Statistik, 1844-1853.
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Pour cette période, les chiffres sont sans doute plus proches de la réalité que ceux du tableau précédent mais, de manière générale, les choses n’ont pas changé. Dans l’ensemble, la Galicie – examinée ici sans la Bucovine – était toujours le plus gros producteur, tandis que son volume de récolte par 100 ha de terres labourables plaçait la province à la 3e ou 4e place. Néanmoins, il serait difficile de percevoir une croissance significative de la production ; les chiffres indiquent en fait une légère stagnation (crise des grands domaines fonciers après l’abolition du servage ?). À partir des années 1850, les provinces du Nord furent les premières productrices dans l’empire d’Autriche (Bohême, Moravie, Silésie et Galicie).

D’autres sources

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Lorsque l’on cherche des données plus anciennes pour le sud de la Pologne (Galicie occidentale), il est impossible de s’appuyer sur des sources nationales. Bien que de nombreux documents utiles pour cette partie du pays soient fournis par le cadastre foncier rédigé entre 1785 et 1787 (connu sous le nom de cadastre de Joseph, metryka józefińska en polonais), on n’y trouve point de mention de la pomme de terre puisqu’il se concentre sur les cultures de plein champ. Pour évaluer la productivité d’une terre labourable, on utilise les quatre céréales de base (blé, seigle, orge et avoine), tandis qu’à l’époque, les autres cultures ensemencées dans les champs (pois, sarrasin, millet commun, chanvre et lin) étaient traitées comme des cultures de base (comme par exemple le sarrasin et l’orge). Une grosse partie de la production des jardins était comptée comme une récolte de foin dans une riche prairie. Le cadastre ne mentionne pas la pomme de terre, ce qui ne signifie pas pour autant que sa culture était inconnue, mais souligne plutôt le fait qu’elle était perçue comme une culture typiquement potagère au milieu des années 1780 [15][15] Fierich, 1950, p. 35-38, 53, 54..

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Certaines études démontrent l’utilité des registres de dîmes payées à l’Église pour évaluer la production agricole à l’époque moderne [16][16] Voir par ex. : Olsson, Svensson, 2010, p. 275–304.. Malheureusement, pour ce qui est des terres polonaises, les registres des dîmes sont très rares. Par exemple, ceux de 1778 et de 1803 (deux) ne font pas mention de dîme sur la pomme de terre [17][17] La dîme, mesurée en gerbes, était habituellement payée.... L’introduction d’une nouvelle culture pouvait entraîner certaines complications quant aux dîmes dues. Un problème de ce type s’est posé dans la ville de Wojnicz, où les habitants commencèrent à planter du tabac avant 1762. Depuis le Moyen Âge, selon la loi polonaise, la dîme était exigible sur les récoltes qui nécessitaient l’utilisation de la charrue, c’est-à-dire, de manière générale, les cultures de plein champ [18][18] Ceci fut explicitement stipulé en 1791 à Nowe Brzesko.... Cela explique l’absence de renseignements concernant d’éventuels problèmes liés au respect de la dîme pour les pommes de terre avant 1772, puisqu’elles n’étaient plantées que dans les jardins potagers. Après 1772, les autorités autrichiennes n’ayant pas légiféré quant à la question de la dîme sur cette nouvelle récolte, on appliqua l’ancienne réglementation polonaise. Des documents juridiques de l’époque soutiennent que puisque la pomme de terre était devenue une culture de plein champ et qu’elle avait également remplacé les céréales dans beaucoup de leurs fonctions (notamment en tant que matière première pour la production d’alcool), il n’y avait plus aucune raison de l’exonérer de la dîme [19][19] Haimberger, 1826, p. 236-237.. Le sujet ne semble pas avoir été très litigieux, bien que cela requière une étude plus détaillée [20][20] Un registre des dîmes dans le village de Łysakówek....

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Les valeurs marchandes ont été publiées pour les deux plus grandes villes du sud de la Pologne : Lvov et Cracovie. Pour la première, le prix de la pomme de terre fut répertorié à partir de 1804. Quant à Cracovie, il le fut à partir de 1810 [21][21] Hoszowski, 1934, p. 61 ; Górkiewicz, 1950, p. 104.. Les documents faisant référence aux villes plus petites sont pour la plupart manuscrits, hormis pour la ville de Wojnicz, où les prix de vente au marché hebdomadaire et à la foire annuelle ont été publiés. Dans une série de relevés datant de la fin du xviiie siècle au début du xixe, on trouve le prix de la pomme de terre pour décembre 1804, ainsi qu’une liste d’autres produits (19) [22][22] Rachunki miasta Wojnicza, 1997, p. 108.. Généralement, la liste des prix ne comprenait que les types de produits permettant d’évaluer la productivité des différentes cultures ayant été identifiées à des fins fiscales (les quatre cultures céréalières principales, le foin et le bois).

L’essor de la pomme de terre selon les sources locales

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L’état actuel de la recherche sur les prémices de la pomme de terre ainsi que d’autres cultures introduites à l’époque ne justifie pas un renoncement aux ressources imprimées éparpillées, ni même aux sources archivistiques. Les sources déjà publiées (telles que les plumitifs ruraux), les travaux de recherche sur l’activité économique des domaines de la noblesse terrienne, ou encore, sujet très populaire ces derniers temps, les monographies sur les communautés locales du sud de la Pologne, fournissent un certain nombre de renseignements. Ce qui est sans doute le premier texte évoquant le tubercule, planté dans le potager d’un paysan, remonte à 1767, et fait référence au village de Jazowsko, le long de la rivière Dunajec [23][23] Księgi sądowe wiejskie klucza jazowskiego, 1967, p..... Des renseignements intéressants sont disponibles pour le domaine de Poręba Wielka, propriété de la famille Wodzicki. Des pommes de terre y furent plantées dès les années 1770, non seulement sur les terres du propriétaire, mais aussi dans les fermes des paysans, en quantité suffisante pour permettre d’en destiner à la vente. Dès 1780, on entreprit de distiller de la vodka avec celles-ci [24][24] Rychlikowa, 1960, p. 103-104 ; en 1798, de la vodka.... D’autres traces écrites de la même époque fournissent des renseignements sur des pommes de terre cultivées dans la région de Żywiec, et dans une tout autre région de la Galicie, près de Zamość [25][25] Baranowski, 1960, p. 19 ; dans le domaine reçu comme.... L’un des auteurs associe la propagation de la pomme de terre dans la région d’Oświęcim à une famine ayant touché la Silésie et les terres polonaises limitrophes en 1771–1772. Néanmoins, que ce soit en 1776 ou vers 1790, la pomme de terre demeurait un légume cultivé dans les potagers des domaines de la noblesse terrienne [26][26] Stanek, 1959, p. 105, 106, 114, 120.. Les auteurs d’une étude sur la régionalisation économique de Malopolska dans la seconde moitié du xviiie siècle indiquent que sa culture n’en était à l’époque qu’à sa phase initiale, mais ils font également référence à plusieurs cas de plantation par des paysans (dans les années 1770 et 1780) [27][27] Madurowicz et Podraza, 1958, p. 77.. Vers 1785, la pomme de terre était bien connue dans les régions vallonnées et montagneuses du sud-est du territoire examiné [28][28] Tokarz, 1909, p. 247 ; Życie gospodarcze ziemi sanockiej.... Elle n’est cependant devenue une culture de plein champ qu’à la fin des années 1820 ou au début des années 1830. Pour le domaine des comtes de Tarnów (propriété des Sanguszko), on trouve des renseignements datant de 1786 évoquant des plantations dans les fermes des paysans, et de 1791 pour le potager des comtes [29][29] NiedojadŁo, 2011, p. 87, 141..

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En dehors des sources imprimées, des recherches approfondies ont été faites dans les dossiers des tribunaux de la noblesse, dans le centre de la Galicie. Celles-ci comprennent, entre autres, des inventaires listant les domaines de la noblesse terrienne, mais aussi des registres de dommages. Les recherches portent principalement sur la fin des années 1770 et le début des années 1780. Une importante réserve à émettre est le fait que les inventaires ne comprennent de descriptions détaillées que pour les jardins potagers, et les chiffres sur la taille de terrain utilisé pour chaque culture sont très rares.

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De manière générale, on peut conclure que la pomme de terre en tant que légume potager a pris une certaine importance dans la seconde moitié des années 1770 et que la situation n’a pas changé pendant les dix années suivantes. Dans les années 1770, une nouvelle plante fut de plus en plus cultivée dans les champs des domaines : le colza [30][30] ANK, TP (Terrestria Pilsnensia) 107, n° 107 (1774,.... Dans les comptes exacts de la ferme du domaine de Żabno pour les années 1772 et 1773, des légumes potagers apparaissent dans la section « revenus » (carottes, choux et navets) et d’autres dans la section « dépenses » (oignons, ail et concombres), mais les pommes de terre ne figurent nulle part [31][31] ANK, TP 106a, n° 286.. Les registres relativement précis des dommages causés aux bâtiments et aux fermes des paysans dans un des plus grands domaines par les inondations de 1774 ne font pas mention des pommes de terre (ils font seulement référence aux choux, aux carottes ou aux légumes de manière générale) [32][32] ANK, TP 107, n° 231 (Dębica, un domaine du duc Antoni.... Puis, en 1775, la pomme de terre surgit sur les listes d’une ferme appartenant alors à un petit propriétaire (zagrodnik en polonais) dans le village de Tymowa. Une description datant de 1779 de la ferme d’un paysan dans le village de Pleśna la mentionne également parmi d’autres cultures potagères, occupant une superficie comparable à celle des carottes, choux et betteraves [33][33] ANK, TCz (Terrestria Czchoviensia) 81, n° 304 ; TP.... D’autres références à la pomme de terre sont faites en tant que légume potager [34][34] ANK, TP 113, n° 139 (Gnojnica, 1780), n° 212 (Koszyce....

Un exemple : le domaine de Przecław

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Pour suivre les changements sur une période plus longue (jusqu’à la moitié du xixe siècle), les recherches se sont concentrées sur différents types de sources à propos de la petite ville de Przecław et ses environs immédiats [35][35] La ville de Przecław était une des plus petites de.... La chronologie décrite plus haut est corroborée par ces sources. En 1777, quelques résidants de la ville furent accusés d’avoir volé des pommes de terre dans une ferme d’un autre domaine, dans le village voisin de Rzemień. Grâce à un autre document faisant référence à un procès pour vol, en 1789, nous apprenons que la culture de la pomme de terre ne se limitait pas à Przecław même (elle était cultivée par les habitants de la ville et le prêtre de la paroisse), mais qu’elle existait aussi dans les villages voisins (Czarna, près de Tarnów). Le dossier indique également que le maïs était connu dans la région, fait d’autant plus intéressant lorsqu’on sait que la culture du maïs était alors plus commune dans la partie est de la Galicie. En 1805, on imposa à tous les citoyens de Przecław de fournir des denrées alimentaires aux forces armées, dont 3,5 kg de pommes de terre, entre autres. Enfin, en 1809, la ville se plaignit des dégâts causés par les forces russes, faisant mention des pommes de terre et autres légumes [36][36] ANK, dep. ms 459.. Selon l’inventaire de 1831 du domaine laissé en héritage par un tisserand de Przecław, les pommes de terre n’occupaient pas moins de 20 % de son petit terrain agricole (environ 2,3 ha) [37][37] Elles occupaient 16 des 79 zagons (étroites bandes....

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Le développement du tubercule fut également une réussite dans les fermes de Przecław et Rzemień, domaines du comte Kajetan Rey (décédé en 1822) à partir de la fin du xviiie siècle. Des contrats passés dans plusieurs lieux du domaine en 1807 pour octroyer des droits selon le privilège de « propination » (propinacja), c’est-à-dire le droit exclusif de produire de la vodka et de la vendre dans les tavernes, entraînèrent la production d’environ 200 tonnes destinées à chaque distillerie [38][38] Paroisse de Przecław, Registre des contrats (Nagoszyn,.... Selon les inventaires rédigés en 1822 et 1829, la plupart des fermes des domaines étaient pourvues de distilleries qui disposaient de l’équipement nécessaire pour faire de la vodka. En 1822, dans les domaines la qui cultivaient, elle représentait près de 20 % de l’ensemble. En 1829, à la ferme du domaine de Rzemień, 15 tonnes furent plantées, soit 44 % des cultures ensemencées et plantées [39][39] ANK, FNT (Forum Nobilium Tarnoviense) Pup. 1 249, p..... Entre 1822 et 1829, le comte Dominik Rey disposait encore de matériel Hermbstädt dans la distillerie de la ferme du domaine à Podole. Le fait que les petits bacs pour rincer les pommes de terre aient été remplacés par des tonneaux et les batteurs par des appareils mixeurs plus spécifiques témoigne du développement de la production de vodka entre 1822 et 1829 [40][40] ANK, FNT, Pup. 1 249, p. 269 (Sigismund Friedrich Hermbstädt.... Nous pouvons supposer que le mildiou de la pomme de terre du milieu des années 1840 toucha peu Przecław et sa région [41][41] Michał Toczyski, propriétaire du domaine de Podleszany,....

Incidences sociales et démographiques

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Il serait aujourd’hui difficile de nier les incidences positives de la propagation de la culture de la pomme de terre sur la réduction du nombre de famines, comme l’indiquèrent déjà ceux qui en virent les conséquences directes dans leur vie à l’époque. Dès le début du xixe siècle, la pomme de terre était devenue l’une des principales composantes du régime alimentaire des habitants de la ville et des paysans [42][42] Bredetzki, 1811, p. 267 ; Hibl, 1811, p. 1 070, 1 072,.... Bien que nous sachions aujourd’hui que plusieurs autres facteurs ont contribué au déclin du taux de mortalité dans certaines régions d’Europe au xviiie siècle, l’amélioration générale de l’alimentation, y compris l’enrichissement du régime alimentaire grâce à la pomme de terre, fut un facteur primordial [43][43] Post, 1976, p. 14-37 ; Kunitz, 1983, p. 349-364 ; Matossian,.... Par conséquent, les variations dans les statistiques démographiques (le taux de mortalité par exemple) peuvent indiquer le développement des cultures. Malheureusement, les données pour l’ensemble de la Galicie ne sont continues qu’à partir de 1816. Celles-ci montrent que jusqu’en 1847 (début de la famine causée par le mildiou de la pomme de terre), hormis l’année 1831 (épidémie de choléra), il n’y eut aucune fluctuation brutale du taux de mortalité, mais au contraire de longues périodes d’accroissement naturel significatif [44][44] Szewczuk, 1939, p. 182-191, 246-252, 306-311 ; Wojtun,.... Peut-on lier cette tendance positive au prix de la pomme de terre ? Cela est relativement difficile, pour le moins si l’on analyse les prix de Lviv (jusqu’en 1846, Cracovie était repassée hors de Galicie, et nous n’avons pas de données pour les autres villes). Le prix de la pomme de terre était donc généralement à la baisse jusqu’en 1845, cependant il en était de même pour le prix du seigle (la principale céréale destinée à la production de pain). Le coefficient de corrélation de Pearson pour ces prix dans les années 1804-1847 est r = 0,88.

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L’analyse des statistiques démographiques au niveau local durant la période 1786/87-1847 donne des résultats mitigés. Si l’on prend en compte les localités étudiées par Sabina Rejman (villages et ville de Głogów près de Rzeszow) ainsi que la ville de Przecław (et la zone rurale qui l’entoure), on remarque plusieurs baisses brutales de l’accroissement naturel (voir Annexe). Il n’y a aucune explication évidente concernant la hausse du taux de mortalité en 1788 et 1789, particulièrement visible dans la ville de Głogów. Dans les villages près de Rzeszow, c’est une épidémie de fièvre en 1806 (ramenée par les troupes russes à leur retour d’Austerlitz) qui eut les conséquences les plus désastreuses. En 1810, les conséquences négatives de la présence des troupes russes et autrichiennes l’année précédente se firent sentir à Przecław. Partout, plus particulièrement à Głogow, on remarque une hausse du taux de mortalité pendant la période 1830-1832, ayant pour cause de mauvaises récoltes après l’hiver difficile de 1829-1830 et l’épidémie de choléra de 1831. Nous pouvons donc en conclure qu’à la fin du xviiie siècle et pendant la première moitié du xixe siècle, les périodes de famine étaient encore fréquentes, peut-être même plus que ne le laissent supposer les renseignements fournis [45][45] Rejman, 2006, p. 69-70, 225-233, 265-273 ; paroisse.... Cependant, à Przecław, les baisses de la croissance de la population sont moins fréquentes jusqu’en 1810. On peut donc se demander si cela est lié à l’introduction précoce de la culture de la pomme de terre décrite plus haut.

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Comme culture potagère, la pomme de terre fut sans doute introduite dans les fermes de toutes les classes sociales à la même époque. Reste à savoir si certaines l’ont intégrée plus rapidement ou l’ont introduite plus tôt en plein champ. On peut supposer que le meilleur rendement de la pomme de terre (par rapport aux céréales) fut une circonstance favorable à sa propagation dans les fermes de la ville, souvent petites, et dans les fermes des paysans, plus petites encore. La situation dans la Galicie occidentale était sans doute similaire à celle des terres du centre de la Pologne (le duché de Varsovie) en 1810-1811, où presque 80 % des récoltes de pommes de terre provenaient des fermes de paysans (qui représentaient alors environ 60 % des terres cultivées), contre seulement 34 % des récoltes de blé [46][46] Baranowski, 1960, p. 49. Il dit également que les habitants.... Des exemples individuels de Galicie occidentale soutiennent également cette thèse. Le 1er avril 1811, donc avant d’avoir semé, un paysan moyen du village de Wola Kosnowa possédait près de 200 kg de pommes de terre, soit bien moins que ce qu’il lui restait d’avoine, mais autant que sa réserve de seigle, et plus que ce qu’il lui restait de blé ou d’orge. En 1831, les pommes de terre représentaient pour le village de Łysakówek ¼ du volume des récoltes sur la liste des dîmes perçues par le prêtre de la paroisse de Przecław [47][47] Księgi sądowe wiejskie klucza łąckiego, 1963, p. 194 ;.... Malheureusement, les plus anciens relevés cadastraux autrichiens, que nous avons déjà évoqués pour la période 1785-1787 et ceux d’à partir de 1820, ne font pas mention des récoltes de pommes de terre pour estimer les revenus tirés des terres. Ils ne fournissent donc pas de renseignements concernant la taille et la diversité sociale de cette culture.

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Au début du xixe siècle, la pomme de terre devint capitale pour l’agriculture des propriétaires terriens, mais en tant que culture industrielle (matière première pour la distillerie). Cependant, cela ne se produisit pas de façon simultanée. Mis à part les exemples du début du xixe siècle déjà cités, nous savons qu’il y avait des domaines (tels que Łańcut et Łysaków, propriétés de la famille Potocki) où même au début des années 1820, la pomme de terre n’était plantée dans le champ qu’en petite quantité [48][48] ANK, Archiwum Krzeszowickie Potockich 2 487, 2 488,.... Néanmoins, le prix de la vodka bas de gamme connut une forte baisse après 1816. Le prix moyen dans les années 1825-1834 était trois fois moins cher que les années 1807-1816. Bientôt, on reconnut les effets négatifs de l’utilisation désormais répandue du tubercule pour la production d’alcool. L’alcoolisme devint un problème de société, constaté par l’Église catholique, qui mit en place en 1844 une « société de tempérance » dans chacune des paroisses de Galicie, avec l’approbation des autorités locales.

22

*

23

Comme le confirment les sources, dans les années 1770, la pomme de terre était devenue une culture potagère répandue dans le sud de la Pologne (Carte 1).

Carte 1 - Les premières mentions de pommes de terre en GalicieCarte 1
24

On ne sait pas exactement comment cela s’est produit. Bien entendu, certains propriétaires de grands domaines fonciers étaient au courant du succès de la pomme de terre en Europe de l’Ouest. Les marchands locaux qui se rendaient en Silésie ou dans les régions de l’est de l’Allemagne auraient très facilement pu se livrer à des observations pratiques et acheter des boutures ou des semis. Il est néanmoins très probable que la culture de la pomme de terre ait été acceptée avec joie à la fois dans les fermes des paysans et celles de la ville.

25

Dans les dix premières années du xixe siècle au plus tard, la pomme de terre commença à être plantée dans les champs, et fut de plus en plus destinée à la production de vodka. Ce processus continua de s’intensifier jusque dans les années 1840, faisant de la Galicie l’un des plus gros producteurs de pommes de terre. Il s’avère que ce n’est pas tant le mildiou de la pomme de terre, mais plutôt les transformations politiques et sociales (propagation de la tempérance, abolition du servage et octroi du droit de propriété aux paysans) qui entraînèrent un déclin de la croissance des récoltes de pommes de terre, en premier lieu dans les domaines nobles.

26

La forte croissance de la production reprit dans les années 1870. Les récoltes dans l’ensemble de la Galicie passèrent d’environ 1,2 million de tonnes en 1865 à près de 2,1 millions de tonnes dans la première moitié des années 1870, pour atteindre 5,7 millions de tonnes juste avant la Première Guerre mondiale. La superficie consacrée à la culture de la pomme de terre augmenta, tout comme sa proportion par rapport à la superficie ensemencée (de 10 % en 1874 à 15 % en 1913). Notons que la production par hectare augmenta également (de 72 quintaux dans les années 1870 à 111 quintaux avant la Première Guerre mondiale). En Galicie occidentale, la pomme de terre occupait une plus grande proportion des terres ensemencées, mais les rendements furent plus faibles. En termes de rendements, la Galicie se plaçait en 1913 bien loin derrière la Wielkopolska (Empire allemand), mais devant le royaume du Congrès (empire de Russie) [49][49] Franaszek, 1995, p. 37, 38, 47, 54, 71, 72 ; Główny....


Annexe

Naissances et décès dans certains villages et villes de la Galicie occidentale dans les années 1786-1847

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Notes

[1]

Le territoire situé à l’ouest du pays fut rattaché à la Prusse (qui deviendra l’Empire allemand) ; les terres au sud du pays rejoignirent l’empire autrichien des Habsbourg (qui deviendra l’Autriche-Hongrie) ; le territoire situé au centre du pays forma tout d’abord le duché de Varsovie, créé par Napoléon, puis le royaume de Pologne (royaume du Congrès) sous le règne de la dynastie russe des Romanov, pour être finalement annexé dans l’Empire russe ; le territoire situé à l’est (la Lithuanie, la Biélorussie, et l’Ukraine) devint partie intégrante de la Russie au moment des partages.

[2]

Baranowski, 1960 ; Czwojdrak, 1965.

[3]

Le terme « sud de la Pologne » utilisé dans le titre de cet article correspond approximativement à cette partie de la Galicie, qui fut une province sous la monarchie autrichienne des Habsbourg et qui fait désormais partie de la Pologne. Cette région (le sud-ouest de la Pologne avant les partages) fut conquise par l’Autriche en 1772 et connut plusieurs modifications territoriales jusqu’en 1918. Généralement, elle comprenait la région au sud de la Vistule, s’étendant jusqu’aux bassins supérieurs du Dniestr et du Bug, avec Lviv (Lemberg/Lvov/Lwów : le nom de la ville changea au fil des époques selon le pays au pouvoir) pour capitale. En 1809, Zamoś ? et ses environs cess ?rent d ?en faire partie, puis Cracovie et ses environs y furent ajout ?s en 1846. La province ?tait divis ?e, de mani ?re plus ou moins officielle, entre Galicie occidentale (? majorit ? ethnique polonaise) et Galicie orientale (ukrainienne et polonaise) ? ; cette division territoriale correspondait approximativement ? la fronti ?re actuelle entre la Pologne et l ?Ukraine.ć et ses environs cessèrent d’en faire partie, puis Cracovie et ses environs y furent ajoutés en 1846. La province était divisée, de manière plus ou moins officielle, entre Galicie occidentale (à majorité ethnique polonaise) et Galicie orientale (ukrainienne et polonaise) ; cette division territoriale correspondait approximativement à la frontière actuelle entre la Pologne et l’Ukraine.

[4]

Inglot, 1972, p. 175 ; Zarys historii gospodarstwa wiejskiego w Polsce, 1964, p. 160, 429, 430 ; Pruski, 1975, p. 35-36.

[5]

Les premiers renseignements sur les débuts de la culture de la pomme de terre, y compris les plus crédibles, comme le récit selon lequel la pomme de terre aurait été rapportée en Pologne en 1683 de Vienne par le roi Jean III Sobieski après la campagne ottomane, et qu’elle aurait été propagée par les jardiniers de Varsovie, sont d’une importance marginale puisqu’il est difficile de conférer une dimension économique et sociale à la pomme de terre pour toute période antérieure au milieu du xviiie siècle ; cf. Baranowski, 1960, p. 16-17.

[6]

Baranowski, 1960, p. 30-31.

[7]

Tokarz, 1909, p. 247 ; Baranowski, 1960, p. 48.

[8]

Rutowski, 1885, p. xvii ; Lepucki, 1938, p. 71, 156-157.

[9]

Rutowski, 1885, p. xiv-xv.

[10]

Hibl, 1811, p. 1 070 ; Koerber, 1811, p. 421, 449-450 (renseignements fournis par le district de Jasło et Myślenice).

[11]

Les renseignements fondamentaux sur la production de pommes de terre des années 1860 à la Première Guerre mondiale sont compilés dans : Franaszek, 1992 et Franaszek, 1995.

[12]

En Galicie, les sociétés agricoles (à Cracovie et Lviv/Lwów) n’ont été formées qu’à partir du milieu des années 1840. Jusqu’en 1990, pour les historiens polonais, il était très difficile d’avoir accès aux archives étrangères (à Vienne), voire impossible (à Lviv).

[13]

Les chiffres de 1840 sont plus variés pour le royaume de Pologne que pour la Galicie ; en 1845, les récoltes furent bonnes, avec environ 1 375 000 tonnes métriques récoltées, puis elles commencèrent à chuter ; cf. Baranowski, 1960, p. 61.

[14]

Cependant, les effets démographiques des mauvaises récoltes et du mildiou de la pomme de terre furent dramatiques en Galicie, voir KopczyŃski, 2007, p. 464-465.

[15]

Fierich, 1950, p. 35-38, 53, 54.

[16]

Voir par ex. : Olsson, Svensson, 2010, p. 275–304.

[17]

La dîme, mesurée en gerbes, était habituellement payée en blé, seigle, orge, avoine, pois, millet commun et sarrasin ordinaire ; cf. Mielec, paroisse de saint Matthieu, Regestr dziesięciny wytycznej snopowej z Woli Mieleckiej Anno 1778 ; paroisse de Rzochów, Opis wszelkich realności y praw kościoła Żochowskiego ; ANK (Archives nationales à Cracovie), dep. ms 308, p. 15 (Radomyśl Wielki).

[18]

Ceci fut explicitement stipulé en 1791 à Nowe Brzesko (ville située sur la Vistule, dans le royaume de Pologne), où les pommes de terre étaient répertoriées parmi les plantes potagères ; cf. ANK, CCRel (Castrensia Cracoviensia Relationes) 222, p. 43.

[19]

Haimberger, 1826, p. 236-237.

[20]

Un registre des dîmes dans le village de Łysakówek en 1831 comprend la pomme de terre ; cf. paroisse de Przecław, Inventarium ecclesiae parochialis in Przecław, p. 38.

[21]

Hoszowski, 1934, p. 61 ; Górkiewicz, 1950, p. 104.

[22]

Rachunki miasta Wojnicza, 1997, p. 108.

[23]

Księgi sądowe wiejskie klucza jazowskiego, 1967, p. 202 (procès pour vol d’oignons et de pommes de terre).

[24]

Rychlikowa, 1960, p. 103-104 ; en 1798, de la vodka à base de pommes de terre fut également produite à Ślemień, près de Żywiec ; cf. Inwentarze dóbr żywieckich z xviii wieku zawierające obciążenia feudalne ich ludności, 1980, p. 189.

[25]

Baranowski, 1960, p. 19 ; dans le domaine reçu comme fief taillé (fideicommissum) par la famille Zamoyski (en polonais : Ordynacja Zamojska), les premières pommes de terre furent plantées dans les potagers en 1770 ; cf. Kasperek, 1972, p. 73.

[26]

Stanek, 1959, p. 105, 106, 114, 120.

[27]

Madurowicz et Podraza, 1958, p. 77.

[28]

Tokarz, 1909, p. 247 ; Życie gospodarcze ziemi sanockiej od xvi do xix w., 2004, p. 56.

[29]

NiedojadŁo, 2011, p. 87, 141.

[30]

ANK, TP (Terrestria Pilsnensia) 107, n° 107 (1774, Gorzyce) ; n° 147 (1774, Podleszany) ; 109, n° 81 (1776, Żelichów).

[31]

ANK, TP 106a, n° 286.

[32]

ANK, TP 107, n° 231 (Dębica, un domaine du duc Antoni Radziwiłł).

[33]

ANK, TCz (Terrestria Czchoviensia) 81, n° 304 ; TP 106a, n° 346.

[34]

ANK, TP 113, n° 139 (Gnojnica, 1780), n° 212 (Koszyce Wielkie, 1780).

[35]

La ville de Przecław était une des plus petites de la région, avec 720 habitants en 1786 (1 150 en 1880). Elle était majoritairement chrétienne (par opposition à de nombreuses villes galiciennes à majorité juive), et ses principales activités étaient la cordonnerie, le tissage, la vente de cochons, et l’agriculture comme activité auxiliaire ; la ville et les villages alentour faisaient partie du domaine possédé aux xviiie et xixe siècles par la famille noble Rey.

[36]

ANK, dep. ms 459.

[37]

Elles occupaient 16 des 79 zagons (étroites bandes de terre) ; cf. ANK, dep. ms 455, f. 109.

[38]

Paroisse de Przecław, Registre des contrats (Nagoszyn, Ocieka).

[39]

ANK, FNT (Forum Nobilium Tarnoviense) Pup. 1 249, p. 269, 373, 374, 399, 445, 533, 566, 637, 642, 759.

[40]

ANK, FNT, Pup. 1 249, p. 269 (Sigismund Friedrich Hermbstädt était un chimiste allemand).

[41]

Michał Toczyski, propriétaire du domaine de Podleszany, à une dizaine de km de Przecław, écrivait en 1849 : « Je suis chanceux que mes terres n’aient pas été touchées par le mildiou de la pomme de terre » ; Mielec. Studia i materiały z dziejów miasta i regionu, 1994, p. 543.

[42]

Bredetzki, 1811, p. 267 ; Hibl, 1811, p. 1 070, 1 072, 1 133.

[43]

Post, 1976, p. 14-37 ; Kunitz, 1983, p. 349-364 ; Matossian, 1984, p. 669-686.

[44]

Szewczuk, 1939, p. 182-191, 246-252, 306-311 ; Wojtun, 1983, p. 151-152.

[45]

Rejman, 2006, p. 69-70, 225-233, 265-273 ; paroisse de Przecław, Przecław : Liber Natorum 1786-1839, 1840-1869, Liber Mortuorum 1786-1852 ; Błonie : Liber Natorum 1812-1857, Liber Mortuorum 1812-1873.

[46]

Baranowski, 1960, p. 49. Il dit également que les habitants de la ville encourageaient la culture de la pomme de terre.

[47]

Księgi sądowe wiejskie klucza łąckiego, 1963, p. 194 ; paroisse de Przecław, Inventarium ecclesiae parochialis in Przecław, p. 38.

[48]

ANK, Archiwum Krzeszowickie Potockich 2 487, 2 488, 2 489 ; Rychlikowa, 1964, p. 23.

[49]

Franaszek, 1995, p. 37, 38, 47, 54, 71, 72 ; Główny Urząd Statystyczny, 2006, p. 213, 216-217 ; KopczyŃski, 2007, p. 467.

Résumé

Français

Nos connaissances sur l’origine et la propagation de la culture de la pomme de terre dans la partie occidentale de l’ancienne province autrichienne de Galicie sont moins bonnes que pour les autres terres polonaises. Une des raisons à cet état de fait est le manque de sources de l’histoire économique au moment de la naissance d’un pays (statistiques, états des dîmes, etc.). La pomme de terre apparaît comme légume dans les jardins dans les années 1770. Même si on peut identifier des cas précoces de son utilisation pour la production de vodka, ce n’est qu’après la fin des guerres napoléoniennes et une forte baisse des prix des céréales passé 1816, dans les domaines de la noblesse, que sa culture en plein champ et à grande échelle se développe. Malgré le retard économique de la Galicie au début des années 1840, cette province était la plus grande productrice de pommes de terre dans les territoires autrichiens. Le mildiou n’a pas eu un grand impact sur le niveau de récolte dans les années 1850.

Mots-clés

  • Galicie
  • cultures nouvelles
  • sud de la Pologne
  • agriculture
  • pommes de terre

English

In comparison to other Polish lands, we still have a very limited knowledge of the origins and spread of potato cultivation in the western part of the former Austrian province of Galicia. One of the reasons is the lack of early economic, nation-wide sources (statistics, tithe records, etc). As a vegetable potato appeared in gardens in various parts of Galicia in the 1770s. Although one can identify early cases of the use of potatoes for vodka production, it was only after the end of the Napoleonic wars and a sharp drop in grain prices after 1816 that large scale field cultivation of this plant was launched for this purpose. Despite the economic backwardness of Galicia, in the early 1840s this province was the largest producer of potatoes in Austrian territory, and the potato blight did not have a significant impact on yields in this part of Poland in the 1850s.

Keywords

  • Galicia
  • new crops
  • Southern Poland
  • agriculture
  • potatoes

Español

Nuestro conocimiento sobre el origen y la propagación del cultivo de la patata en la parte occidental de la antigua provincia austriaca de Galicia no es tan bueno como para otras provincias polacas. Esto se debe en parte a la falta de fuentes en la época del nacimiento de un país (estadísticas, diezmos, etc.). La patata aparece en los huertos en los años 1770. Aunque se puede mencionar casos precoces de su utilización para producir vodka, no es sino después del final de las guerras napoleónicas coincidiendo con una fuerte baja del precio de los cereales después de 1816, cuando se desarrolla en las haciendas de los nobles el cultivo a gran escala de la patata para este fin. A pesar del retraso económico de Galicia a principios de los años 1840, esta provincia era la mayor productora de patatas en los territorios austriacos y la enfermedad de la patata (mildiu) no tuvo gran impacto sobre el nivel de la cosecha 1850.

Palabras claves

  • Galicia (Polonia)
  • nuevos cultivos
  • sur de Polonia
  • agricultura
  • patatas

Plan de l'article

  1. La Galicie : un retard historiographique
  2. Les sources nationales
    1. Statistiques
    2. D’autres sources
  3. L’essor de la pomme de terre selon les sources locales
    1. Un exemple : le domaine de Przecław
  4. Incidences sociales et démographiques

Pour citer cet article

Miodunka Piotr, « L’essor de la culture de la pomme de terre au sud de la Pologne jusqu’au milieu du xixe siècle », Histoire & Sociétés Rurales, 2/2014 (Vol. 41), p. 67-84.

URL : http://www.cairn.info/revue-histoire-et-societes-rurales-2014-2-page-67.htm


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