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Histoire@Politique

2007/2 (n° 02)



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Je crois que dans les paroles que j'ai prononcées, j'ai montré que je savais m'incliner devant un ordre et je demande au Collège de censure de conformer son attitude à la mienne. Il ne s'agit pas à l'heure actuelle d'apprécier l'opportunité des mesures qui sont prises. Il s'agit d'obéir. L'obéissance est une grande vertu ; il faut aujourd'hui la pratiquer. Le Chef de l'Etat l'a rappelé dernièrement : il est trop facile de s'incliner devant les mesures que l'on approuve; le sacrifice commence quand, au fond de soi-même, on les regrette. Votre geste serait compris comme une espèce de résistance à l'autorité gouvernementale. La Banque ne doit pas avoir cette attitude..." Pierre Fournier [1]   Pierre Fournier, inspecteur des Finances (promotion... [1] .

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« Pouvons-nous rétrospectivement déterminer ce qui est moralement infranchissable dans la fonction publique au-delà de ce qu’exigent normalement la discipline et l’appartenance ? Pour des serviteurs délibérément imperturbables, où commence l’inadmissible ? (…) Faut-il distinguer entre les décideurs et les exécutants ? Sans doute ; mais à partir de quel niveau hiérarchique ? Même chez les plus subalternes - les gendarmes et les policiers ordinaires notamment -, les conduites pouvaient être différentes, suivant des règles de simple humanité qui sont claires. A fortiori, chez les hauts fonctionnaires qui ont pu choisir à tout moment entre la complicité et l’abstention. Aucun n’était contraint par son statut à faire n’importe quoi de contraire à sa conscience. Il y avait pour tous des échappatoires qui n’impliquaient pas nécessairement la démission totale. Rares étaient les situations dans lesquelles on ne pouvait ni esquiver ni refuser sans sacrifier ses moyens d’existence. Et il n’y avait pas de captif du devoir. Il suffisait le plus souvent d’être prêt à se faire mal voir, à être éloigné des tâches importantes, à ne plus ‘avancer’. » François Bloch-Lainé [2]   François Bloch-Lainé, Claude Gruson, Hauts fonctionnaires... [2] .

Introduction [3]   Cette communication, actualisée, a été faite au ... [3]

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Fonctionnaires, agents ou serviteurs de l’Etat, fonction publique (civile, militaire), administrations, ces termes ne sont pas équivalents et sont pourtant souvent utilisés indifféremment par les historiens.

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Les fonctionnaires sous Vichy sont nombreux et surtout leur nombre augmente considérablement au cours de la période. En 1939, la fonction publique réunit près de 900 000 fonctionnaires dont environ 750 000 civils, de 1941 à 1946 l’augmentation est de 26% environ [4]   Cité par Marc-Olivier Baruch, « Introduction », ... [4] . Economie de pénurie et étatisation obligent.

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Ce monde est fortement stratifié, socialement et professionnellement, à l’image d’une administration dont le cloisonnement vertical et horizontal s’explique par des missions différentes et des recrutements différents. Chaque administration, chaque catégorie de fonctionnaires, possède donc sinon une historiographie particulière du moins une histoire différente. Leur point commun est qu’ils relèvent du budget de l’Etat et qu’ils sont chargés d’assurer l’application des lois et la marche des services publics conformément aux directives gouvernementales.

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Si les hauts fonctionnaires peuvent être définis comme « les membres des grands corps de l’Etat, sous-directeurs et emplois plus élevés et les emplois assimilables » selon un questionnaire envoyé le 20 mars 1941 aux administrations, signé par H. Moysset, secrétaire général de la vice-présidence du Conseil [5]   Document établissant notamment la liste nominative... [5] , « le fonctionnaire moyen », lui, est plus un stéréotype qu’une réalité. Pourtant, les fonctionnaires existent bien et étudier à part et ensemble les fonctionnaires – civils seulement ici - du point de vue de l’historiographie est justifié car leur fonction les distingue des autres groupes socioprofessionnels.

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Sous Vichy, cette distinction s’accentue. D’abord la simple application de l’article 3 de la convention d’armistice prévoit que « le gouvernement français » invite immédiatement toutes les autorités françaises et tous les services administratifs du territoire occupé à se conformer aux règlements des autorités militaires allemandes, et à collaborer avec ces dernières d’une manière correcte ». Les fonctionnaires de la zone occupée sont donc conduits à « une collaboration administrative minimale et inévitable [6]   Cf. Marc-Olivier Baruch, Vincent Guigueno, (dir.)... [6]  ». Ensuite les conséquences, dès l’automne 1940, de la négociation, symbolisée par Montoire, voulue par la France avec une Allemagne, qu’on voyait maîtresse de l’Europe pour longtemps, entraînent les fonctionnaires de la zone libre à collaborer avec l’Allemagne. Par ailleurs, l’Etat français leur a assigné explicitement une double mission d’encadrement de la société et de relais des objectifs de la Révolution nationale [7]   Ce qu’avait bien vu Pierre Barral dès 1974 : « L’administration... [7] . Comme le disait Pétain, « La France nouvelle réclame des serviteurs animés d’un esprit nouveau », suffisamment « français » et « loyaux » [8]   Proclamation du maréchal Pétain, le 13 août 1940,... [8] . Certains fonctionnaires ont donc subi, particulièrement et prioritairement, l’ensemble des mesures d’exclusion que d’autres fonctionnaires furent chargés d’appliquer. Enfin, en face du pouvoir légal, et dès le 8 janvier 1942, un communiqué de la France libre, lu à la radio, a enjoint aux fonctionnaires et aux magistrats de rejoindre Londres, ou s’ils ne le pouvaient pas, de demeurer à leur poste et de saboter les ordres de l’ennemi. L’ennemi pour Londres étant les Allemands et le régime de Vichy, l’alternative, dès lors, était posée, même si la France libre n’a jamais été perçue comme le gouvernement légal.

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Cette place à part dans la collaboration, dans le régime de Vichy, dans la société, et lors de l’épuration [9]   L’ordonnance du GPRF du 27 juin 1944 définit les principes... [9] se retrouve dans l’histoire de Vichy et, réciproquement, la période de Vichy occupe une place à part dans l’histoire longue des administrations et des différentes catégories de fonctionnaires, non pas comme une parenthèse mais plutôt comme un trait d’union avec ses continuités et ses innovations provisoires ou durables.

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A cette spécificité des fonctionnaires sous Vichy, correspond donc un questionnement en partie original, une chronologie particulière de l’historiographie de Vichy. Quelle que soit leur approche – biographie, monographie, politiques publiques, sectorielle, thématique - tous les historiens ont cherché à répondre aux questions énoncées notamment par Marc-Olivier Baruch en 1995 : « Comment et pourquoi les fonctionnaires de la République sans doute républicains et patriotes, se sont adaptés à un ordre nouveau exceptionnel à double titre » en raison de l’Occupation et de la nature anti-républicaine du nouveau régime [10]   Marc-Olivier Baruch, Servir l’Etat français. L’administration... [10] . Les enjeux éthico-politiques de tous ces travaux, même s’ils n’ont pas été perçus par les fonctionnaires à l’époque en ces termes, restent d’actualité, comme le rappelle Jean-Pierre Azéma : « Jusqu’où un fonctionnaire peut-il servir un Etat qui cesse d’être un Etat de droit et pratique ouvertement répression et exclusion ? [11]   Jean-Pierre Azéma, Raymond Lévy-Bruhl, Béatrice Touchelay,... [11] ».

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Le changement quantitatif et qualitatif des recherches historiques s’opère au milieu des années 1990 qui voient l’histoire des technocrates du gouvernement de Vichy et de la collaboration d’Etat s’élargir à tous les fonctionnaires et à leur comportement au service du nouveau régime. La production historique s’étoffe alors, à la mesure de l’ouverture des archives publiques (notamment de l’épuration), du déplacement de perspective vers les politiques d’exclusion, de l’influence « baruchienne » à partir de 1995-1997, et de la demande sociale via les commémorations notamment.

1945 -1990 : le temps des technocrates

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Cette période a ceci en commun qu’elle privilégie les politiques menées par le nouveau régime et donc par les hauts fonctionnaires aux commandes, « les technocrates ». Le contenu de cette histoire est marqué par le tournant « paxtonnien» de 1974, suivi par d’autres historiens américains et chercheurs français, juristes notamment.En effet, en 1970, au colloque de la FNSP, P.M. Dioudonnat et J. Phillipet dans leur communication sur « Les technocrates du Gouvernement de Vichy » [12]   Colloque de la Fondation nationale des sciences politiques... [12] constataient que le groupe des « technocrates » était encore peu connu [13]   Notons qu’ils ne citent pas Joseph Billig, le Commissariat... [13] . Les souvenirs des témoins et les procès en haute cour publiés restaient les sources essentielles de ces travaux très lacunaires et centrés sur la collaboration d’Etat. L’heure était encore à l’opposition manichéenne de Darlan/Laval, au double jeu de Pétain véhiculés par Robert Aron et ses épigones et à la « semi-résistance des excellences vichyssoises  [14]   Robert Aron, Georgette Elgey, La France de Vichy,... [14] ».

Le tournant « paxtonien » en 1974

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Le mérite de Robert Paxton (aidé par les travaux de Eberhard Jäckel) a été de démontrer le poids de la haute administration dans le nouveau régime et ses liens fondamentaux avec la nature de ce régime [15]   Robert Paxton, La France de Vichy, 1940-1944, ... [15] . Il a bien fait remarquer que, faute de soutien de représentants élus, la légitimité du régime tenait au soutien de l’opinion et à celui de l’administration. Il a relevé le rôle des très hauts fonctionnaires dans la politique de la collaboration d’Etat et plus succinctement, chiffres à l’appui, la prolifération de la bureaucratie qui, sous couvert de l’objectif de la gestion de la pénurie, donne au nouveau régime sa véritable nature : un régime étatique. Enfin, il s’est attaché à démontrer la modernité de bien des mesures prises et leur survivance. Mais, l’analyse reste peu fouillée, technocrates et bureaucratie occupent 12 pages sur 379 [16]   Le chapitre « Les hommes de Vichy » occupe 8... [16] . On ne s’étonnera donc pas que trente ans plus tard, dans l’ouvrage collectif La France sous Vichy : autour de Robert O. Paxton paru en 2004, les fonctionnaires ne soient pas évoqués [17]   Sarah Fishman (dir.), La France sous Vichy : ... [17] .

De Paxton au début des années 1990

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Dans son introduction au colloque de 1990 de l’IHTP, Vichy et les Français, René Rémond fait bien remarquer que depuis 1970 « les historiens ont travaillé », mais Jean-Pierre Azéma énumérant les études menées depuis 1970 sur les soutiens du régime ne mentionne encore aucune recherche sur les fonctionnaires.

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C’est la politique anti-juive et plus précisément l’application des lois d’exclusion d’un régime autoritaire et anti-républicain qui élargit progressivement les champs de recherche à l’ensemble des serviteurs de l’Etat et non plus aux seuls décideurs. Cette nouvelle priorité historique, initiée là encore par les historiens américains Michael Marrus et Robert Paxton [18]   Michaël R. Marrus, Robert Paxton, Vichy et les Juifs,... [18] à partir notamment des rapports des préfets, en étudiant les acteurs de la répression mais aussi les victimes, rencontre inévitablement les agents de la fonction publique sans qu’ils soient encore traités à part [19]   Cf. la bibliographie de Jean-Claude Farcy et Henry... [19] . Un deuxième champ s’ouvre avec l’étude de l’épuration à la Libération mais c’est surtout l’épuration judiciaire et extra-judiciaire à partir de sources publiées qui sont étudiées à la suite de l’ouvrage de Peter Novick rédigé en 1968 mais publié en 1985 [20]   Peter Novick, L’épuration française, 1944-1949, ... [20] . L’épuration administrative, comme objet et surtout comme source pour l’histoire des fonctionnaires sous l’Occupation doit encore attendre.

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A cette époque, les hauts fonctionnaires restent privilégiés. A côté de l’œuvre essentielle sur les élites économiques de Richard Kuysel traduite en 1984 [21]   Richard Kuisel, Le Capitalisme et l'État en France.... [21] , en France les politologues [22]   Jeanne Siwek-Pouydesseau, Le corps préfectoral sous... [22] et surtout les juristes ouvrent de nouveaux chantiers. Ainsi, le Conseil d’Etat est étudié notamment par Danièle Loschak, en 1972, et surtout Jean Marcou, en 1984 [23]   Danièle Loschak, Le rôle politique du juge administratif... [23] . Il est le premier juriste à mettre en lumière, à côté de la fonction juridictionnelle et consultative du Conseil, une nouvelle fonction, apparue sous Vichy, qu’il appelle « technocratique » et qui, bien que non officielle, est fondamentale, encore aujourd’hui. Cette fonction, déjà en vigueur chez les inspecteurs des Finances et les ingénieurs des grands corps techniques, désigne « l’exercice, par les membres du corps, de tâches politico-administratives extérieures [24]   Jean Marcou, Le Conseil d’Etat, thèse de doctorat... [24]  », fonction que d’autres ont appelée « bureau de placement ». Son deuxième mérite est de mettre au jour l’application, au contentieux, sans état d’âme et très rigoureuse, de la politique d’exclusion du Conseil d’Etat. Mais Jean Marcou est bien conscient que l’histoire du comportement du Conseil sous Vichy devant les nouvelles lois d’exclusion ne peut s’appuyer sur les seuls arrêts, le premier arrêt datant de février 1942. Son troisième mérite est d’avertir les lecteurs de la difficulté qu’il y a à étudier la fonction législative, les avis n’étant pas publiés et pas consultables [25]   On peut regretter que ceux-ci ne soient toujours pas... [25] . Selon Marc-Olivier Baruch, « Les avis du CE peuvent se trouver ça et là au hasard des dossiers administratifs dans les archives mais une étude exhaustive de ces avis et un recensement seraient utiles car ils permettent de remonter au début de la période dès l’automne 40 ». Marc-Olivier Baruch cite un document de fin 1941 du statut des personnes du CGQJ (Commissariat général aux Questions juives) qui fait état de 201 demandes de dérogation au Conseil d’Etat et de 10 réponses positives seulement [26]   Cf. Marc-Olivier Baruch, Servir l’Etat. L’administration... [26] . En étudiant de front les parcours des membres et les pratiques de l’institution, Jean Marcou a montré le chemin pour l’étude d’autres grands corps.

1990-1995 : l'histoire des fonctionnaires et des administrations,  une conséquence du renouveau historiographique sur Vichy

Enfin une place dans quelques grands colloques

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Deux grands colloques, celui de l’IHTP en 1990 déjà cité et celui de la Fondation Charles de Gaulle associée à la FNSP à Bayeux en 1994 accordent enfin une place aux « instruments de l’Etat » (préfets, police, gendarmerie, magistrats, Conseil d’Etat, Affaires étrangères, Université) et à la décision économique [27]   Le colloque de l’IHTP est publié en 1992, sous la... [27] . La même année paraît un ouvrage collectif de l’IHTP (initié dès 1976 par Jean Bouvier), sous la direction d’Alain Beltran, Robert Frank, Henri Rousso, sur La vie des entreprises sous l’Occupation, qui révèle les « béances de la recherche » concernant la collaboration économique. Le rôle des hauts fonctionnaires des administrations concernées et plus seulement les technocrates du gouvernement, commence à être étudié [28]  Alain Beltran, Robert. Frank, Henri Rousso (dir.),... [28] . Peu de temps avant, en 1989, un autre colloque de l’IHTP sous la direction de Robert Frank et Philippe Buton (publié en 1994 seulement) s’était intéressé aux administrations locales à la Libération [29]   Philippe Buton, Robert Frank, Jean-Marie Guillon,... [29] .

Les hauts fonctionnaires au détour de quelques grandes thèses

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C’est la publication de quelques grandes thèses dépassant parfois la seule période de Vichy qui modifie le regard sur les comportements des hauts fonctionnaires des ministères économiques, leur obéissance à Vichy, leur initiative dans la collaboration d’Etat, et leurs liens avec les milieux économiques privés. Il faut citer Michel Margairaz, L’Etat, les finances et l’économie 1932-1952, Claire Andrieu, La Banque sous l’Occupation, Danièle Rousselier-Fraboulet, Les Entreprises sous l’Occupation. Le monde de la métallurgie à Saint-Denis et Philippe Mioche, La Sidérurgie et l’État en France des années 1940 aux années 1960. [30]   Michel Margairaz, L’État, les finances et l'économie.... [30] .

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La priorité accordée à la question juive entraîne des recherches neuves sur des catégories de fonctionnaires et d’administrations devant la politique raciale de Vichy, comme celui de Jean-Marie Muller qui, dans Désobéir à Vichy. La résistance civile de fonctionnaires de police, démontre le caractère exceptionnel du comportement des agents de la police nancéenne opposés à la politique d’exclusion [31]   Jean-Marie Muller, Désobéir à Vichy. La résistance... [31] . Claude Singer avec Vichy, l’Université et les juifs montre la précocité de l’épuration générale administrative du nouveau régime. « La loi du 17 juillet 1940 sur l’épuration dans la fonction publique, (qui) peut être considérée comme l’acte fondateur de toute la législation répressive de Vichy dans la fonction publique », cette « juilletisation » n’enlevant pas à la législation antisémite sa spécificité [32]   Claude Singer, Vichy, l’Université et les Juifs, ... [32] .

L’émergence de l’histoire de l’épuration administrative de l’après-guerre

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Enfin, cette période voit le début des recherches sur l’épuration de l’administration et 1944-1946, objet d’histoire avec ses processus et son chiffrage comparatif entre administrations et entre fonctionnaires mais aussi source d’histoire pour les fonctionnaires sous l’Occupation. L’article d’Henry Rousso « L’épuration, une histoire inachevée » et celui de François Rouquet « L’épuration administrative en France après la Libération, une analyse statistique et géographique » dans Vingtième siècle en 1992, ont à cet égard relancé bien des recherches [33]  Vingtième siècle. Revue d’histoire, n°33, janvier-mars... [33] . La thèse de François Rouquet en 1988 sur les PTT, puis son ouvrage publié en 1993 sur L’épuration dans l’administration française (Education nationale et PTT essentiellement) à partir d’archives neuves, insistent sur la collaboration des fonctionnaires ordinaires [34]   François Rouquet, Une administration dans la Seconde... [34] . Il souligne les difficultés d’interprétation de ces sources et du sens à donner au mot « collaboration » pour les fonctionnaires, leur métier les obligeant à servir l’Etat quel que soit le gouvernement en place : « Chacun en restant à son poste favorisa parce qu’il continuait de remplir sa fonction l’effort de guerre allemand et le maintien du gouvernement de Vichy » [35]   François Rouquet, op. cit., p. 14. [35] . Cette perception de la légalité du gouvernement de Vichy est attestée a contrario par ceux qui désobéissaient et « n’avaient aucun doute quant au fait que ce qu’ils faisaient était illégal ». On ne pouvait donc à la Libération inculper tous ceux qui s’étaient limités au cadre professionnel comme l’avait déjà dit Peter Novick [36]   Peter Novick, L’épuration française, 1944-1949, ... [36] . Il est le premier à insister sur le biais introduit dans l’étude de la collaboration de ces fonctionnaires par la nature des griefs retenus, liés au contexte et différents d’un corps à l’autre. Ces biais rendent difficiles et nécessaires les aller et retour entre « la réalité d’actes objectifs sanctionnés par des textes et la subjectivité des témoignages retenus dans les dossiers ».

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Quelles que soient la nouveauté et la richesse de tous ces travaux, les administrations au sens étroit et les fonctionnaires « de bureau » qui les servent, les corps des grands ministères régaliens et leur attitude en face de l’ensemble des décisions de Vichy entre 1940 et 1944 ne sont pas encore le cœur du sujet. [37]   Ainsi dans leur ouvrage important, La France des ... [37] C’est ce que prend à bras le corps Marc-Olivier Baruch d’abord, puis Jean-Marc Berlière et Alain Bancaud.

Le tournant "baruchien", 1995-1997 : les fonctionnaires au coeur de l'histoire de Vichy

« Avez-vous lu Baruch ? C‘est un bien beau génie » (La Fontaine)

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Comme il y a eu un tournant « paxtonnien » pour l’ensemble du régime de Vichy, on peut soutenir qu’il y a eu un tournant « baruchien » dans l’historiographie des fonctionnaires avec la publication en 1997 de la thèse de Marc-Olivier Baruch, soutenue en 1995, Servir l’Etat français dont l’ambition figure dans le sous-titre, L’administration en France de 1940 à 1944 [38]   Marc-Olivier Baruch, Servir l’Etat. L’administration... [38] .

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Le cœur de son sujet ce sont les administrations régaliennes, leurs structures et tous les fonctionnaires dont la fonction est d’administrer y compris les cadres moyens. De cette bureaucratie, il montre les motivations, les discours, les pratiques, comment les fonctionnaires ont appliqué les nouvelles mesures du régime, ce qu’ils y ont gagné ou perdu. Il étudie de nouveaux objets : les administrations de l’Intérieur, du ministère des Finances (la direction du Budget, du Personnel et celle des Douanes), le secrétariat général du Gouvernement, les préfets mais aussi le Conseil d’Etat. Il observe aussi bien les fonctionnaires victimes que les fonctionnaires acteurs à travers les réactions administratives aux différentes lois ou décrets les concernant (hommes et femmes). La force de sa thèse est d’intégrer, en posant Vichy dans la plus longue durée, les cultures propres des administrations, leur capacité à s’auto-protéger, leur concurrence, les réactions de rejet des anciennes administrations vis-à-vis des plus jeunes, le maintien des réseaux d’avant-guerre, leur esprit de corps, le poids de la hiérarchie, bref tout ce qui nourrit leur marge de manœuvre pour résister ou à l’inverse pour adhérer. Il démontre bien que leur autonomie partielle est inégalement mise en œuvre selon les contraintes et les menaces du régime, selon les périodes et selon les mesures. A cet égard sont particulièrement intéressantes ses conclusions : sur les mesures anti-maçonniques appliquées avec moins de zèle que les mesures antijuives pour des raisons difficiles à déterminer ; sur les variations d’un ministère à l’autre, celui du Ravitaillement avec Charbin étant plus rigoureux que celui de Berthelot aux Communications par exemple ; ou encore sur la capacité de certaines administrations en l’occurrence celle des Douanes à freiner l’ardeur de la « juilletisation » même anti-communiste pour des raisons où se mêlent le corporatisme et l’efficacité. L’argument officiel est de ne pas créer dans les zones frontalières franco-espagnoles de mouvement d’opinion hostile au régime. Les arguments officieux sont d’un autre ordre : rester maître de ses affectations, rester solidaires, ne pas désorganiser une administration. Il faut lire l’analyse minutieuse (p. 485-486) du reclassement des prisonniers de guerre imposé par la loi du 28 juin 1943 pour comprendre la capacité de résistance des bureaux lorsque les traditions des administrations où les besoins de compétences s’opposent aux exigences de l’ordre nouveau. Marc-Olivier Baruch montre aussi l’effritement de l’adhésion générale des fonctionnaires au nouveau régime qui intervient à partir de 1943, si l’on en croit leur capacité à freiner les effets de la loi du 16 février 1943 sur le STO auquel n’échappent pas les fonctionnaires, exception faite des policiers.

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Il faut lire également le chapitre sur le statut des fonctionnaires établi par la loi du 14 septembre 1941 dans lequel Marc-Olivier Baruch distingue bien la part qui revient à la jurisprudence du Conseil d’Etat et aux travaux de codification menés depuis le milieu des années 1930 par la Commission de la Hache et la part de l’idéologie de la Révolution nationale et de « la primauté absolue de l’obéissance, y compris sur le respect de la légalité [39]   Marc-Olivier Baruch, op.cit., p. 274. [39] ». Quant à son application, après une longue démonstration sur les obstacles rencontrés, il conclut : « Ce ne sont que des morceaux de statut, de plus en plus ténus à mesure que le grand rêve de rénovation fit place à la simple gestion du quotidien, qui entrèrent en vigueur [40]   Marc-Olivier Baruch, op.cit., p. 297. [40]  ».

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Enfin, en mettant en avant la dimension politique de tout service de l’Etat, (problématique qu’il reprendra ultérieurement dans les ouvrages sous sa direction), l’ouvrage de Marc-Olivier Baruch a renouvelé l’histoire administrative tout autant que l’histoire de Vichy. Cette volonté de ne plus isoler la période de Vichy pour mieux en comprendre les caractères et les innovations se retrouve à la même époque dans deux monographies exemplaires.

Les policiers chez Jean-Marc Berlière

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Dès 1994, dans sa communication au colloque de Bayeux, cité ci-dessus, Jean-Marc Berlière, s’intéresse à la police en tant que « symbole concret de la collaboration d’Etat, en zone occupée comme en zone libre » et à son épuration. Il rappelle que la police a été prise au piège de l’armistice, de la légalité de Vichy, et du bénéfice que pouvait tirer l’occupant de son « autonomie » ; il soutient que sa collaboration systématique et officielle à la politique de répression et persécution menée par les nazis n’a pas d’autre exemple en Europe occupée [41]   Jean-Marc Berlière, « L’épuration dans la police »,... [41] . Deux ans plus tard, en 1996, dans son ouvrage sur Le monde des polices en France, il inscrit la période de Vichy dans l’histoire longue [42]   Jean-Marc Berlière, Le monde des polices en France,... [42] . Il y démontre notamment l’opportunité qu’a constitué Vichy pour faire passer des réformes durables attendues et réclamées par les représentants des policiers depuis le début de XX e siècle (par exemple, l’étatisation des polices par la loi du 23 avril 1941, la création de l’école nationale des polices le même jour). Il note que la continuité dans les réformes, et notamment l’étatisation, s’explique aussi par la continuité du personnel au début de la période, en dépit de son passé et de sa sensibilité républicaine. Mais avec l’étatisation de la police au printemps 1941, l’augmentation des effectifs, l’inégale intégration des anciens, et surtout les polices parallèles, le renouvellement des hommes devient plus important. L’étude fine des brigades spéciales des renseignements généraux (essentiellement consacrées à la lutte anti-communiste) révèle les nouveautés des pratiques de Vichy. « Ruptures dans le recrutement et les motivations, mais aussi changements profonds au niveau des missions et dérive des méthodes caractérisent la police de l’Occupation… C’est en réalité toute une morale professionnelles qui était foulée aux pieds ». La conclusion ? « Les policiers ont été pris au piège de leur habitudes, de leur culture, de leurs intérêts corporatifs et de la volonté de collaboration du gouvernement. » Il démontre les conséquences implacables des accords Bousquet-Oberg en juin 1942 : « Une police française amenée à remplir les tâches de l’Occupant en échange d’une autonomie administrative et d’une reconnaissance de souveraineté que Vichy était prêt à payer à n’importe quel prix [43]   Jean-Marc Berlière, op. cit., p. 185. Le décret... [43]  ».

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Entre 1994 et 2001, le dépouillement de milliers de dossiers d’épuration du ministère de l’Intérieur et de la préfecture de Police lui permet de publier (avec la collaboration de Laurent Chabrun) un ouvrage plus complet sur la période, et notamment sur l’épuration, Les policiers français sous l’Occupation [44]   Jean-Marc Berlière (avec Laurent Chabrun), Les policiers... [44] . En application de l’ordonnance du 27 août 1944 relative à l’épuration administrative sur le territoire métropolitain, la définition des délits est large, notamment l’interprétation de l’atteinte aux institutions constitutionnelles et aux libertés fondamentales, mais l’ordonnance du 28 novembre 1944 prévoit des excuses absolutoires pour les fonctionnaires ayant agi sur ordre. Parmi les délits, Jean-Marc Berlière cite les délits d’opinion (attestés notamment par le refus de faire grève en août 1944), de pensée, d’expression, de fréquentation, de parenté. 3 939 dossiers soit 20% des effectifs ont donné lieu à des décisions du 8 septembre 1944 au 14 novembre 1945 pour la Préfecture de police, décisions allant du classement (maintien ou remise en fonction) à la révocation sans pension. Plus de 400 d’entre eux, 10%, ont été transmis à la justice et parmi eux la moitié a été sanctionnée soit 200 et 355 pour tout le ministère de l’Intérieur [45]   Jean-Marc Berlière, Le monde des polices en France,op.... [45] . Il conclut : « Finalement, les policiers furent tels qu’on les avait choisis, recrutés, formés. Ils eurent des attitudes conformes à ce qu’on avait toujours attendu d’eux... Là réside sans doute la faillite la plus spectaculaire de la III e République et la limite bien réelle d’une « police républicaine ». Les quelques principes péniblement acquis n’ont guère résisté aux tentations : souci de l’efficacité, concurrences inattendues, absence des principes démocratiques d’un Etat de droit [46]   Jean-Marc Berlière, Les policiers français sous ... [46]  ».

Les magistrats chez Alain Bancaud

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L’autre travail qu’il faut retenir comme exemplaire depuis celui de Marc-Olivier Baruch concerne La magistrature en France 1930-1950, une exception ordinaire, thèse d’Alain Bancaud [47]   Alain Bancaud, Une exception ordinaire : la magistrature... [47] , publiée en 2002, mais développée déjà depuis quelques années dans des articles [48]   Alain Bancaud, « L’épuration judiciaire », Le... [48] . Dans sa thèse, il procède à une véritable phénoménologie des comportements de ce corps de fonctionnaires durant une période d’exception, encadrée par l’étude de la décennie précédente et suivante. D’abord, il étudie minutieusement comment le régime se sert de la justice pour imposer sa politique en faisant du Parquet l’instrument privilégié de contrôle et d’adaptation aux exigences répressives. Ensuite, preuves à l’appui, l’auteur décrit et analyse avec finesse tous les moyens mis en œuvre pour encadrer, soumettre ou mettre hors jeu une magistrature susceptible de résister. Mais, et c’est là la thèse originale qui traverse tout le livre, Alain Bancaud montre que l’État français s’inscrit dans une tradition d’étatisation de la justice que les situations de crise aggravent. Ce type de justice n’est donc pas nouveau, elle se fonde sur des modes d’organisation et de fonctionnement remontant, pour l’essentiel, à la Révolution et surtout à Napoléon I er que la III e République n’a guère modifiés. Enfin, en dépit des arguments invoqués par les magistrats au lendemain de la guerre sur leur impuissance, Alain Bancaud estime, à partir d’une grille des différentes postures prises par la magistrature et d’une typologie des comportements, que le magistrat ne s’est pas contenté de suivre la tradition positiviste pour commenter, appliquer et finalement légitimer la politique anti-juive. Et de citer : la soumission aux lois et aux instructions fondée sur une culture de l’obéis­sance ; l’art de l’accommodation qui se traduit par une déférence à l’égard de l’État ; « l’art traditionnel d’éviter les conflits » ; la banalisation opportuniste ou la déresponsabilisation ; la considération quasi systématique du caractère politique des décisions à prendre. Il faut méditer ces pages sur les types de comportement, le carriérisme et la peur de la mutation. En somme, non seulement les juges n’ont pas été des héros mais ils ont été des juges trop ordinaires, aux habitus professionnels bien intégrés et bien reproduits qu’une situation extraordinaire fait ressortir de manière exacerbée. « Le corps judiciaire, conclut l’auteur, apparaît bien comme une formidable machine à banaliser, c’est-à-dire à appliquer et, par voie de conséquence, à légitimer, mais aussi à rabattre l’extraordinaire politique à l’ordinaire judiciaire et bureaucratique [49]   Alain Bancaud, op. cit., p. 441. [49]  ». L’auteur démontre la continuité de ces pratiques, en amont, sous la III e République, et en aval après la Libération.

Une decennie féconde en attendant la suite : 1997-2007

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Ces dix dernières années, les monographies sur des catégories de fonctionnaires, sur des institutions et quelques grands corps, les études sectorielles et thématiques qui couvrent partiellement l’histoire de fonctionnaires se sont multipliées autour de la politique raciale d’abord mais aussi d’autres innovations de Vichy comme la collaboration économique ou la politique coloniale, sans que, pour autant, on puisse prétendre que dans ce domaine tout a été dit, notamment sur les comportements « résistants » ou sur les administrations locales.

D’autres administrations et d’autres corps

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En dehors de ces deux monographies majeures, il faut citer l’étude sur l’Inspection générale des services administratifs de Marie Vogel en 1998. Cette institution paiera par une épuration quasi totale de ses membres en 1944 la transformation de ses missions de contrôle en missions de surveillance étroitement politique. Citons aussi l’analyse non publiée sur le Service national de la statistique de Jean-Pierre Azéma, Raymond Lévy-Bruhl et Béatrice Touchelay en 1998, qui illustre bien la pertinence du concept de vichysto-résistant pour certains fonctionnaires [50]   Marie Vogel, Contrôler les prisons, l’Inspection ... [50] . En effet, la conscience professionnelle, l’orgueil, la crainte de la concurrence de fonctionnaires d’autres directions, ont conduit ses dirigeants à prendre des initiatives pour répondre du mieux possible à des demandes actionnées par l’occupant. Parmi ces initiatives : la mention des changements de domicile, la proposition faite à Xavier Valat en décembre 1941 d’exploiter le recensement de juin 1941 destiné à centraliser tous les renseignement sur les juifs ; la répartition par département des travailleurs nés en 1920, 1921, 1922 astreints au STO en mars 1943. Pourtant, son directeur, René Carmille, dès 1941 prépare un fichier facilitant une éventuelle mobilisation clandestine, combat dans sa direction l’idéologie collaborationniste incarnée par le contrôleur des armées Saint-Salvy, entre en résistance active l’été 1943, est arrêté en février 1944, et meurt à Dachau le 25 janvier 1945.

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Tandis que les polytechniciens ont trouvé leur historien depuis 1995 avec Vincent Guigueno [51]   Vincent Guigueno, « Une figure contestée, l’officier... [51] et les savants avec Nicolas Chevassus-Au-Louis depuis 2004 [52]   Nicolas Chevassus-Au-Louis, Savants sous l’Occupation,... [52] , les préfets de Vichy aussi ont commencé à être sérieusement étudiés d’abord par Marc-Olivier Baruch qui s’est démarqué fortement de l’histoire maison [53]   Pierre Henry, Histoire des préfets, Cent cinquante... [53] , puis par Elodie Prost-Panier grâce à l’ouverture plus large des dossiers d’épuration et à l’utilisation du dictionnaire des préfets de René Bargeton dans une thèse soutenue en 2005. Mais c’est sans doute le très récent travail de Tal Bruttmann qui éclaire le mieux désormais le fonctionnement quotidien ordinaire, vu d’en bas, d’une préfecture, en l’occurrence celle de l’Isère, sous le régime de Vichy, à travers l’application de la législation antisémite [54]   Tal Bruttmann, Au bureau des Affaires juives, l’administration... [54] . Véritable étude ethnographique, attachée à la matérialité des sources [55]   Il fait ainsi remarquer que le classement des archives... [55] , au vocabulaire employé, au rôle des circulaires, à la forme des procès-verbaux, cet ouvrage permet de corriger bien des approximations sur le zèle des fonctionnaires comme sur les dénégations a posteriori. Magnifique exemple d’une micro-histoire qui montre toute la fécondité d’une histoire politique de l’administration dans la lignée des travaux de Baruch. A cet égard, il faut lire sa conclusion : « L’antisémitisme d’Etat devint donc dès lors une norme administrative banale, intégrée aux tâches quotidiennes des agents publics…  ».

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Même si les 2 500 employés du Commissariat aux Questions juives ne sont pas fonctionnaires, l’étude exhaustive et minutieuse par Laurent Joly parue en 2006, du fonctionnement de cette administration nouvelle, de ses relations avec les administrations traditionnelles dans l’application des deux lois sur les juifs d’octobre 1940 et de juin 1941, éclaire sinon le monde des fonctionnaires, du moins là aussi le fonctionnement politique d’une administration nouvelle dont l’efficacité fut redoutable en dépit d’une bureaucratie lourde et peu compétente [57]   Laurent Joly, Vichy dans la « Solution finale », ... [57] .

L’approche comparative des colloques

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A côté de ces thèses ou monographies, la diffusion des recherches sur les fonctionnaires de Vichy continue de passer par des colloques ou ouvrages collectifs permettant une approche comparative et transversale. J’en citerai trois, par ordre chronologique, dirigés par Marc-Olivier Baruch : avec Vincent Guigueno, Le choix des X en 2000 qui comporte deux articles, de Marc-Olivier Baruch d’une part, de Rémi Baudouï d’autre part proposant une méthode de questionnement propre aux administrations techniques ; avec Vincent Duclert dans une perspective de longue durée : Serviteurs de l’Etat, une histoire politique de l'administration française, 1875-1945 ; enfin, sous sa seule direction : Une poignée de misérables, l’épuration de la société française après la Seconde guerre mondiale [58]   Marc-Olivier Baruch, Vincent Guigueno (dir.), Le ... [58] .

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L'histoire du syndicalisme des fonctionnaires sous Vichy [59]   Jean-Pierre Le Crom, Syndicats, nous voilà ! ... [59] a profité des travaux sur le syndicalisme sous Vichy porté surtout par le juriste Jean-Pierre Le Crom. Mais il a atteint des limites qui ne pourront sans doute pas être dépassées. En effet, comme le signale la politologue Jeanne Siwek-Pouydesseau, cette histoire se heurte à la pénurie de sources due à la dissolution des syndicats de fonctionnaires et au peu de succès des associations professionnelles qui les ont remplacés (art. 8 de la loi du 15 octobre 1940), sauf aux PTT et au ministère du Travail. Lors d'un colloque en décembre 2005 sur « Syndicalismes à l’épreuve », les conclusions de Jeanne Siwek-Pouydesseau restent prudentes à partir des quelques sources syndicales imprimées. Notant la préférence générale pour l'attentisme des syndicats (maintenus) dans les collectivités territoriales ou pour les employés publics, elle fait remarquer que chez les fonctionnaires (ou employés), "la politique de la présence" pouvait abriter aussi bien des activités résistantes qu'une adhésion à la révolution nationale ou encore la volonté de maintenir aussi longtemps que possible les structures syndicales se cantonnant à une défense corporative sans adhésion idéologique au régime « au risque de  ».

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L’histoire des fonctionnaires s’est enrichie aussi, mais plus à la marge, des travaux sur l’histoire des entreprises sous l’Occupation, des comités d’organisation, du STO.

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Sous la direction de Olivier Dard, Jean-Claude Daumas et François Marcot, les actes du colloque L’Occupation, l’Etat français et les entreprises à Besançon en 1999 sont publiés en 2000. Pour la première fois, une communication étudiait les choix de carrière et les motivations d’une partie des serviteurs de Vichy issus de l’inspection générale des Finances et faisait le point quantitatif des révoqués de Vichy, des épurés à la Libération, des résistants et dissidents de ce corps prestigieux à partir d’archives détruisant bien des idées fausses issues d’annuaires peu fiables [61] . Sous la coordination d’Hervé Joly, un colloque international s’est tenu à Caen en avril 2003 sur Les comités d’organisation et l’économie dirigée du régime de Vichy, mais c’est l’Occupant et les entreprises qui sont privilégiés et non leurs interlocuteurs des ministères économiques. Quant aux membres des CO, ils ne sont pas fonctionnaires et ceux qui sont issus de la fonction publique ne sont pas recrutés à ce titre mais selon leur responsabilité professionnelle dans les secteurs économiques [62]   Hervé Joly (dir.), Les comités d’organisation et ... [62] . D’une manière générale, les travaux sollicités par le groupe d’étude et de recherche du CNRS 2539 sur Les entreprises sous l’Occupation rencontrent nécessairement les agents chargés d’appliquer la politique de Vichy ou de l’Occupant. Ainsi en est-il de l’étude d’Alain Beltran sur la direction des carburants à la journée sur Les entreprises du secteur de l’énergie sous l’Occupation [63]  « De la difficulté d’être un secteur stratégique, ... [63] . Aussi intéressantes les deux sessions du colloque sur « Le Travail dans les entreprises sous l’Occupation », celle de Dijon des 8 et 9 juin 2006 et celle de Besançon des 12 et 13 octobre 2006, sont, hélas, moins riches sur les administrations de Vichy. Au cours de cette dernière session, Lars Hellwinkel de l’université de Kiel a pu démontrer l’aide qu’a apporté la Marine française pour la réparation des navires, la sécurité et la surveillance de la base de Brest entre 1940 et 1944, mais il s’agit là de fonctionnaires militaires. L’intérêt des communications sur les effets de la Relève forcée (loi du 4 septembre 1942), puis du STO dans les entreprises, incite comme l’a fait remarquer Denis Peschanski dans sa conclusion à élargir le sujet aux administrations de Vichy. Sans doute faudra-t-il regrouper un jour tous les apports concernant les fonctionnaires et les administrations de Vichy issus de ces travaux collectifs sur les entreprises.

Le rôle ambigu des colloques commémoratifs

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L’apport historique des commémorations d’institutions ou administrations sur la période de Vichy est très inégal et les historiens restent encore interloqués par l’attaque du conseiller d’Etat Donnedieu de Vabre (père) contre la communication de Marc-Olivier Baruch, traitée de « réquisitoire » à la Journée d’études du 14 novembre 1997, à l’occasion de la célébration du bicentenaire du Conseil d’Etat [64]  Revue administrative, PUF, 2001, vol. 1. [64] . On ne peut pas non plus oublier « le pas de deux » sur Bichelonne à l’occasion du bicentenaire de l’Ecole polytechnique [65]  Agenda 1994 - Bicentenaire de l’Ecole polytechnique,... [65] ou le choix des bornes chronologiques des grands textes législatifs sur l’X qui a permis de faire l’impasse sur la réforme bien peu républicaine de Berthelot par décret du 15 avril 1941 [66]  L’Ecole polytechnique, 100 ans de textes législatifs,... [66] . En revanche, rendons hommage à la direction du Budget, première administration des Finances à avoir organisé avec le CHEFF (Comité pour l’histoire économique et financière de la France), en 1999, une journée d’étude, portant en partie sur la période de Vichy et publiant les archives orales des jeunes budgétaires de cette période [67]  La direction du Budget entre doctrines et réalité,... [67] . Hélas, il n’est pas certain que la Cour des comptes suive cet exemple pour son bicentenaire dont le programme annoncé accorde à cette période une portion congrue.

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En revanche, la commémoration du centenaire du ministère du Travail a été l’occasion d’un grand colloque en mai 2006 sur Les politiques du travail 1906-2006 : acteurs, institutions, réseaux sous la direction d’Alain Chatriot, Odile Join-Lambert et Vincent Viet. Bien que dispersées, les communications portant directement ou indirectement sur la période de Vichy et les fonctionnaires de ce ministère ont été nombreuses, offrant là un contre-exemple de commémoration réussie sur le plan scientifique [68]   Alain Chatriot, Odile Join-Lambert, Vincent Viet (dir.),... [68] .

La place des fonctionnaires dans les histoires sectorielles ou thématiques

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L’historien des fonctionnaires peut aussi rencontrer les fonctionnaires dans les très nombreuses publications sur Vichy qui se poursuivent, depuis 1995 : sur la répression et sur l’exclusion, [69]   Cf. Denis Peschanski, Vichy 1940-1944, Contrôle ... [69] sur l’épuration encore [70]   Cf. Philippe Buton, La Joie douloureuse : la Libération... [70] , sur les femmes [71]   Cf. Françoise Muel-Dreyfus, Vichy l’éternel féminin.... [71] , sur la politique sociale, sur l’histoire coloniale, sur la résistance enfin.

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Dans leurs travaux sur la politique sociale de Vichy, Philippe Jean-Hesse et Jean-Pierre Le Crom, soulignant la poursuite de la lente et irrésistible montée de l’État-Providence pendant cette période, l’expliquent en partie par le maintien en 1940 des hauts fonctionnaires, notamment au ministère du Travail, au cœur de la mise en place de cette politique. La montée inexorable de l’Etat est présentée comme un mouvement de fond que le régime de Vichy n’avait aucune raison de contrecarrer, étant donné le retard pris par la III e République en matière de politique sociale et l’avance relative de l’Allemagne [72]   Philippe-Jean Hesse, Jean-Pierre Le Crom (dir.), ... [72] .

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L’histoire coloniale, qui a longtemps connu une certaine désaffection, a commencé aussi à s’intéresser aux administrations coloniales de Vichy [73]   Cf. Vichy et les colonies, Outre-mers, Revue d’histoire,... [73] . Parfois, l’accent mis sur les politiques et idéologies dans l’Empire, laisse une place encore réduite et indirecte aux fonctionnaires, qu’ils soient partisans de Vichy ou non, qu’ils soient acteurs ou victimes des lois d’exclusion. Ainsi dans l’ouvrage collectif dirigé par Jacques Cantier et Eric Jennings, L’empire colonial sous Vichy en 2004, le seul texte évoquant par son titre, les fonctionnaires de l’administration coloniale, concerne l’AOF, mais son auteur Ruth Gino ne leur accorde que deux pages [74]   Eric Jennings et Jacques Cantier (dir.), L’empire... [74] . Elle constate une continuité de l’action administrative et de son personnel, en dépit des limogeages, la plupart des administrateurs étant restés en place [75]   8% de fonctionnaires coloniaux en AOF limogés en ... [75] . A cet égard, dans le ralliement à Vichy comme dans la dissidence, le facteur important et insuffisamment mis en évidence dans les études des administrations ou des grands corps est le poids des chefs. Eric Jennings a ainsi souligné le rôle de la personnalité de Weygand dans l’arrimage des colonies à la Révolution nationale. Autre facteur d’explication d’attitudes divergentes outre-mer, la dimension géographique et la proximité des colonies britanniques. Touchant un plus vaste public,l’historien canadien Eric Jennings dans son Vichy sous les tropiques met davantage en évidence les pratiques des fonctionnaires coloniaux d’autant plus intéressantes qu’ils échappaient eux aux contraintes allemandes [76]   Eric Jennings, Vichy sous les tropiques : la ... [76] .

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C’est sans doute sur la résistance des fonctionnaires que la recherche semble le moins aboutie. Tous les travaux sur la résistance révèlent l’absence de résistance collective des administrations ou des grands corps. S’il y eut des résistants fonctionnaires, il n’y a pas eu pour reprendre la distinction de Marc-Olivier Baruch de fonctionnaires-résistants, exception faite du réseau du NAP (Noyautage des administrations publiques) à partir de l’été 1942 puis du Super-NAP. Sur les deux réseaux, Noyautage des administrations publiques mis en place par Combat et Claude Bourdet à l’été 1942 puis Super-NAP créé en parallèle par Liberation-Sud pour noyauter les ministères à Paris et à Vichy, les deux fusionnant en 1944, on ne dispose pas encore de travaux faute de sources identifiées. Laurent Douzou a bien souligné l’inconvénient que présentait le NAP, offrant un alibi aux opportunistes et praticiens du double-jeu mais aussi l’immense avantage des multiples informations irremplaçables. Comme il le dit « le NAP constitua un baromètre assez fiable de l’évolution des esprits et des comportements » chez les fonctionnaires. Mais au prix fort ! Laurent Douzou fait état de 120 tués sur 1 500 agents, sans compter les déportations dont celle en 1944, d’un de ses derniers dirigeants, Pierre-Paul Schweitzer, inspecteur des Finances de la promotion 1936 [77]   Laurent Douzou, « Noyautage des administrations ... [77] . Restent les choix individuels, les itinéraires très divers qu’il faudrait recenser [78]   Cf. Laurent Douzou, Robert Franck, Denis Peschanski,... [78] pour savoir s’il y a une chronologie ou une typologie spécifiques à la fonction publique civile ou à certaines administrations ou corps, pour définir les critères et une typologie des engagements dans la « resistenz » des bureaux et mieux identifier les fonctionnaires engagés de la dernière heure. Vaste travail à faire !

Conclusion

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En dépit de l’abondance des publications, « tout n’a donc pas été dit », sur les fonctionnaires du moins, contrairement aux propos optimistes de Jean-Pierre Azéma en 2004 [79]   « Vichy, toujours », JIM, Journal intime du Massif... [79] , et, surtout, tout n’est pas également diffusé, notamment au sein des administrations elles-mêmes et auprès du public éclairé ou des relais d’opinion.

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Tentons de résumer les acquis essentiels de ces travaux sur les fonctionnaires sous Vichy - sachant bien sûr qu’ils s’inscrivent aussi dans les problématiques générales de la période notamment celle de l’antisémitisme, de la contrainte allemande, des vichysto-résitants ou de « la logique d’accommodation sociale  [80]   Philippe Burrin, La France à l’heure allemande, ... [80] » : l’utilisation politique, par tous les moyens, des agents de l’Etat par le pouvoir dès juillet 1940, quel que soit le caractère apparemment technique et a-politique de la fonction ; la culture d’obéissance qui, à la Libération, prendra à contre-pied les fonctionnaires d’autorité comme d’exécution qui seront accusés d’avoir obéi ; les bénéfices qu’ont pu tirer du service de l’Etat français toutes les catégories de fonctionnaires ; la réalisation par Vichy de nombreuses réformes administratives réclamées par les fonctionnaires depuis longtemps et qui seront maintenues après 1945 ; la perception des grands corps d’un droit implicite aux fonctions d’autorité, quelle que soient leur administration d’origine et d’accueil, effet pervers du mode de recrutement et de l’esprit de corps ; le poids de la hiérarchie et de la continuité des hauts responsables dans l’adhésion de 1940 qui a contrario permet de penser que l’absence de grandes figures dissidentes a sans doute pesé dans « l’accommodation » au moins jusqu’en 1943 ; les marges de manœuvre des serviteurs de l’Etat inégalement utilisées selon les réformes imposées, les administrations, les périodes et les fonctions ; la force des réseaux de solidarité, fonction de la taille des administrations, dans l’adhésion au régime comme dans la « resistenz » ; la concurrence entre les différentes administrations et les différences de culture administrative, plus ou moins techniciennes, plus ou moins autonomes, plus ou moins anciennes, facteurs de surenchère dans la collaboration mais aussi de frein dans l’exécution de cette politique ; la formidable machine qu’est l’administration, ses techniques et ses agents, à banaliser les mesures les plus exceptionnelles; la poursuite de l’étatisation des administrations, engagée sous la III e République, et les risques qu’elle comporte pour une démocratie ; le basculement des opinions et des comportements des fonctionnaires au printemps 1943, donc plus tardif que celle des Français en général qui se situe en 1942 [81]   Pierre Laborie, L’opinion française sous Vichy, ... [81] .

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Ces acquis ne doivent pas occulter les problèmes de sources et de méthodes propres à l’histoire des fonctionnaires, parmi lesquels il faut citer l’inaccessibilité en général des dossiers de personnel pourtant bien utiles pour situer les individus par rapport aux groupes ou aux institutions. A défaut, et même si « l’illusion biographique » est un risque réel, l’étude des grandes figures permet de construire des typologies opérationnelles à partir de parcours individuels, « cas symboliques confinant aux idéals-types chers à Max Weber » comme l’a proposé Olivier Wievorka dans son étude sur « Polytechniciens et résistances [82]   Olivier Wieviorka, « Polytechniciens et résistances »,... [82]  ». Les dossiers de l’épuration administrative, très riches et indispensables, posent eux le problème de la grille des comportements répréhensibles, élaborée dans le contexte de la Libération et qui ne reflètent pas nécessairement la palette des comportements réels sous l’Occupation. L’utilisation quantitative et sans précaution des annuaires, voire des statistiques rétrospectives issues des ministères a conduit parfois à relever des continuités abusives en 1940 mais surtout en 1945 parmi le haut personnel notamment. Robert Paxton en a été la première victime [83]   Robert Paxton, La France de Vichy, 1940-1944, ... [83] . L’échelle des sanctions, lisible dans les dossiers de carrière, est bien plus subtile. Le renouvellement en 1944-1946 dans certains ministères est important, il s’est fait au profit des générations plus jeunes et donc plus engagées dans la résistance même s’il s’agit toujours des mêmes grands corps [84]   Pour avoir regardé de près les « IF », si ce... [84] . Parmi les souvenirs des acteurs, les archives orales constituées par les comités d’histoire des administrations, certains journaux ou correspondances, les Mémoires publiés tardivement sont parfois trop négligés au profit d’ouvrages publiés dans le contexte du refoulement de l’après-guerre, plus accessibles mais surexploités sans critique contradictoire toujours suffisante [85]   Sur ce contexte, cf. Henri Rousso, Le syndrome de... [85] .

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Parmi les chantiers encore délaissés, certains doivent être ouverts ou ré-ouverts comme ceux de quelques grands corps qui ont été soit incomplètement étudiés comme le Conseil d’Etat ou l’inspection générale des Finances, soit tout à fait négligés comme la Cour des comptes, le Quai d’Orsay, certains grands corps techniques [86]   Par voie de conséquence, il y a trop souvent confusion... [86] , comme ceux aussi de certaines administrations centrales, de la préfecture de la Seine, des services du ravitaillement ou des services industriels de l’Etat au statut particulier comme le SEITA, par exemple [87]   Il faut espérer que l’exemple de la SNCF qui a suscité... [87] sans oublier les administrations locales. Enfin, redisons-le, si la résistance à l’ennemi, à Vichy, à la révolution nationale apparaît au détour de certains travaux, les fonctionnaires-résistants du NAP n’ont pas encore été étudiés. Plus généralement, l’histoire sociale des fonctionnaires de Vichy est un peu la parente pauvre de cette historiographie, par exemple les modifications des recrutements et leurs conséquences ou encore les trajectoires des exclus de 1940 et 1944.

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Des études transversales synthétiques peuvent être désormais envisagées comme, par exemple celle de l’antisémitisme chez les fonctionnaires ou des réformes administratives de Vichy, ou encore la comparaison avec les fonctionnaires des autres pays occupés, ou les comportements résistants. Mais l’heure de la synthèse sur l’histoire des fonctionnaires de Vichy n’est pas encore venue, si tant est qu’elle soit un jour possible, tant sont grandes les différences entre catégories de fonctionnaires et entre administrations, hier comme aujourd’hui.

Notes

[ 1 ]

Pierre Fournier, inspecteur des Finances (promotion 1919), gouverneur de la Banque de France, renvoyé par Yves Bouthillier, ministre des Finances, s’adresse au collège des trois censeurs démissionnaires par solidarité, procès-verbal du Conseil général, séance du vendredi 6 septembre 1940, cf. Nathalie Carré de Malberg, « Les inspecteurs des Finances à la Banque de France au XX e siècle », Politiques et pratiques des banques d’émission, XVII e -XX e siècles. Le bicentenaire de la Banque de France dans la perspective de l’identité monétaire européenne, Paris, Albin Michel, 2003, p. 569-588. Pierre Fournier est aussitôt nommé président de la SNCF, fonction qu’il cumule du début décembre 1940 à mai 1941 avec celui de chef du service de contrôle des administrateurs provisoires, le SCAP.

[ 2 ]

François Bloch-Lainé, Claude Gruson, Hauts fonctionnaires sous l’Occupation, Paris, Editions Odile Jacob, 1996, p. 133. Ils sont tous deux inspecteurs des Finances (promotion 1936).

[ 3 ]

Cette communication, actualisée, a été faite au colloque Guerre, collaboration, résistance : un demi-siècle d'historiographie française, co-organisé par l’université de Tel-Aviv et l'Institut d’études politiques de Paris, qui a eu lieu au campus de l'université de Tel-Aviv, les 17-19 mai 2005, coordonné par Elie Barnavi et Jean-Pierre Azéma. Le programme de ce colloque était : Introduction générale : Jean-Pierre Azéma, « L'historiographie de la France de Vichy » ; Henry Rousso, « Le syndrome de Vichy comme ‘lieu de mémoire’ » ; Chantal Kesteloot, « L’historiographie de la France de Vichy et l’évolution de l’historiographie dans les pays occupés à l’Ouest » ; Laurent Douzou, « L’historiographie de la Résistance et l’historiographie de Vichy : similitudes et variantes » ; Pascal Ory, « Vichy fut-il un régime fasciste ? » ; Paule René-Bazin, « La politique des Archives de France et Vichy » ; Jean-Marc Berlière, « Historiographie de la répression non raciale » ; Henry Rousso, « Mémoires de ‘la communauté juive’ française et l’historiographie de Vichy » ; Catherine Nicault, « Vichy et les juifs » ; Claire Andrieu, « Spoliations et restitutions » ; Robert Frank, « Pétain, Darlan, Laval et la collaboration d'État » ; Michel Margairaz, « Les politiques économiques de Vichy » ; René Rémond, « Eglises chrétiennes et chrétiens dans la France de Vichy » ; Alain-Gérard Slama, « Vichy et les intellectuels » ; Pierre Laborie, « L’opinion publique » ; Jean-Pierre Rioux, « La vie culturelle sous Vichy », Nathalie Carré de Malberg, « Les fonctionnaires sous Vichy » ; Jean-Pierre Azéma, « Les ‘vichysto-résistants’ » ; Itamar Rabinovich, « Vichy et le Levant » ; Conclusion générale : René Rémond.

[ 4 ]

Cité par Marc-Olivier Baruch, « Introduction », in Vincent Duclert (dir.), Serviteurs de l’Etat français, une histoire politique de l’administration 1875-1945, Paris, La Découverte, 2000, p. 15. Il s’appuie sur André Tiano, Le traitement des fonctionnaires et leur détermination, Paris, Ed. Marie-Thérèse Génin, 1957, p. 5 et sur une réponse ministérielle à une question écrite du député Dariac, SAEF B 33443.

[ 5 ]

Document établissant notamment la liste nominative des hauts fonctionnaires relevés de leur fonction. Cité par Marc-Olivier Baruch, Servir l’Etat. L’administration en France 1940-1944, Paris, Fayard, 1997, p. 125, Archives nationales (AN) : 2 AG 28 et F60 245

[ 6 ]

Cf. Marc-Olivier Baruch, Vincent Guigueno, (dir.) Le choix des X, L’Ecole polytechnique et les polytechniciens 1939-1945, Paris, Fayard, 2000, p. 104.

[ 7 ]

Ce qu’avait bien vu Pierre Barral dès 1974 : « L’administration est un des pivots essentiels du régime de Vichy. Elle le doit à ce qu’elle incarne la continuité de l’Etat dans les épreuves nationales et aussi, sur un plan moins noble à ce que ses membres tiennent à maintenir leur influence ». Cf. Pierre Barral, « Idéal et pratique du régionalisme dans le régime de Vichy », RFSP, vol XXIV, n°5, octobre 1974, p. 937 ; cf. aussi Yves Durand, « Toute étude locale ou régionale montre comment le pouvoir – et même l’encadrement de la société - est confié pour l’essentiel aux agents de l’Etat », « Les notables », Vichy et les Français, Paris, Fayard, 1992, p. 378. Ces deux citations sont extraites de Marc-Olivier Baruch, Servir l’Etat français. L’administration en France, 1940-1944, op.cit., p. 14.

[ 8 ]

Proclamation du maréchal Pétain, le 13 août 1940, cf. Philippe Pétain, Discours aux Français 17 juin 1940-20 août 1944, collectés et annotés par Jean-Claude Barbas, Paris, Albin Michel, 1989, p. 71-79.

[ 9 ]

L’ordonnance du GPRF du 27 juin 1944 définit les principes de l’épuration administrative et l’ordonnance du 28 novembre 1944 prévoit des excuses absolutoires pour les fonctionnaires ayant agi par ordre.

[ 10 ]

Marc-Olivier Baruch, Servir l’Etat français. L’administration en France, 1940-1944, op.cit., p. 14.

[ 11 ]

Jean-Pierre Azéma, Raymond Lévy-Bruhl, Béatrice Touchelay, Mission d’analyse historique sur le système statistique français de 1940 à 1945, dact., 1998, p. 58.

[ 12 ]

Colloque de la Fondation nationale des sciences politiques des 6-7 mars 1970, Le gouvernement de Vichy et la Révolution nationale, dact.

[ 13 ]

Notons qu’ils ne citent pas Joseph Billig, le Commissariat aux Questions juives, 3 vol., Paris, Editions du Centre, 1955-1960. En revanche, ils citent : Philippe Bauchard, Les technocrates et le pouvoir, Paris, Arthaud, 1966 ; Henri Ehrmann, La politique du patronat français (1936- 1955), Paris, Armand Colin, 1959 ; Jean Meynaud, La technocratie, mythe ou réalité, Paris, Payot, 1964 ; Stanley Hoffman, « Aspects du régime de Vichy », RFSP, janvier 1956, p. 44-69 ; et « Vichy devant l’histoire : collaborateurs et collaborationnistes », Preuves, juillet-septembre 1969, n°219-220, p. 60-74.

[ 14 ]

Robert Aron, Georgette Elgey, La France de Vichy, Paris, Fayard, 1954. L’expression est de Jean-Pierre Azéma, Vichy et les Français, Paris, Fayard, 1992, p. 36.

[ 15 ]

Robert Paxton, La France de Vichy, 1940-1944, Paris, Seuil, « Point histoire », trad. éd., 1974, p. 236 ; Eberhard Jäckel, la France dans l’Europe d’Hitler, Paris, Fayard, 1968 (édition allemande 1966).

[ 16 ]

Le chapitre « Les hommes de Vichy » occupe 8 pages, p. 247-254 ; le développement sur le renforcement de l’Etat (hommes et structures) occupe à peine 5 pages sur 379 : p. 189-192.

[ 17 ]

Sarah Fishman (dir.), La France sous Vichy : autour de Robert O. Paxton,Bruxelles, Editions Complexe, 2004.

[ 18 ]

Michaël R. Marrus, Robert Paxton, Vichy et les Juifs, Paris, Calmamn-Lévy, 1981.

[ 19 ]

Cf. la bibliographie de Jean-Claude Farcy et Henry Rousso, « Justice, répression et persécutions en France (fin des années 1930 et début des années 1950) ; essai bibliographique », Cahiers de l’IHTP, n°24, juin 1993. Elle comprend 20 pages et 250 références.

[ 20 ]

Peter Novick, L’épuration française, 1944-1949, Paris, Balland, 1985 ; cf. aussi, Claude Lévy et Dominique Veillon, « L’épuration en France, approche bibliographique », Bulletin de l’IHTP,n°4, juin 1981, p. 24-45.

[ 21 ]

Richard Kuisel, Le Capitalisme et l'État en France. Modernisation et dirigisme au XX e siècle, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1984, traduit de l’anglais par André Charpentier, préface de Jean-Noël Jeanneney.

[ 22 ]

Jeanne Siwek-Pouydesseau, Le corps préfectoral sous la III e et la IV e République, Paris, Armand Colin, 1969 ; Jeanne Siwek-Pouydesseau, Le Syndicalisme des fonctionnaires jusqu’à la Guerre froide, 1848-1948, Lille, Presses universitaires de Lille, 1989.

[ 23 ]

Danièle Loschak, Le rôle politique du juge administratif français, Paris, LGDJ, 1972.

[ 24 ]

Jean Marcou, Le Conseil d’Etat, thèse de doctorat de droit, inédit, Grenoble, 1984. Il note 17 conseillers mis hors cadre en 1941 au lieu de 4 à 6 en moyenne dans les années 1930. Rarement une thèse non publiée aura été autant utilisée. Notamment Jean Massot et Jacques Chevallier dans les colloques de 1990 et 1994 (cf. ci-dessous) et au cours de la célébration du bicentenaire du Conseil d’Etat à la journée d’études du 14 novembre 1997 publié dans La Revue administrative, PUF, 2 vol., 2001.

[ 25 ]

On peut regretter que ceux-ci ne soient toujours pas consultables.

[ 26 ]

Cf. Marc-Olivier Baruch, Servir l’Etat. L’administration en France 1940-1944, op. cit., p. 182-183 et note de la page 164. On peut s’étonner que cette référence et cette fonction du Conseil d’Etat ne figurent pas dans la thèse de Laurent Joly, Vichy dans la « Solution finale », histoire du commissariat aux Questions juives 1941-1944, Paris, Grasset, 2006. Cf. notamment le chapitre sur le Conseil d’Etat et le contentieux antisémite, p. 520-525. L’auteur appuie son analyse essentiellement sur les 35 arrêts étudiés par Marcou (qu’il ne cite d’ailleurs pas) et repris par Jean-Paul Dubois qu’il cite : « La jurisprudence administrative », in « Le droit antisémite de Vichy », Le Genre humain, n°30-31, 1996, p. 339-362. Ce faisant, Laurent Joly néglige les acquis récents de Ph. Fabre dans Le Conseil d’Etat et Vichy.Ce dernier est le premier à travailler sur la totalité des arrêts (56 arrêts, dont 34 publiés in extenso), et procède à une étude fine de l’historiographie du Conseil qui élimine définitivement, du moins on l’espère, les « supercheries » du conseiller Bouffandeau en 1947 en contradiction flagrante avec la lecture du Lebon. Cf. Le Conseil d’Etat sous Vichy, le contentieux de l’antisémitisme, Paris, Publications de la Sorbonne, 2001, p. 332-354.

[ 27 ]

Le colloque de l’IHTP est publié en 1992, sous la direction de Jean-Pierre Azéma et François Bedarida, Vichy et les Français, Paris, Fayard. Celui de la Fondation Charles de Gaulle et de la FNSP est publié en 1996, Le rétablissement de la légalité républicaine, Actes du colloque organisé par la Fondation Charles de Gaulle, la FNSP et l’association française des constitutionnalistes, 6, 7, 8, octobre 1994 à Bayeux, Bruxelles, Editions Complexe, 1996.

[ 28 ]

Alain Beltran, Robert. Frank, Henri Rousso (dir.), La vie des entreprises sous l’Occupation, une enquête à l’échelle locale, Paris, Belin, 1994. 

[ 29 ]

Philippe Buton, Robert Frank, Jean-Marie Guillon, Les pouvoirs publics à la Libération, Paris, Belin, 1994.

[ 30 ]

Michel Margairaz, L’État, les finances et l'économie. Histoire d'une conversion, 1932-1952, Paris, CHEFF, 2 vol., 1991 ; Claire Andrieu, La Banque sous l’Occupation. Paradoxes de l’histoire d’une profession, Paris, Presses de la FNSP, 1990 ; Danièle Rousselier-Fraboulet, Entreprises et Occupation : la métallurgie dyonisienne 1937-1947, 2 vol., Paris, EPHESS ; Philippe Mioche, La Sidérurgie et l’État en France des années 1940 aux années 1960, doctorat d’État, 4 vol., université Paris IV, 1992.

[ 31 ]

Jean-Marie Muller, Désobéir à Vichy. La résistance civile de fonctionnaires de police, Nancy, PUN, 1994.

[ 32 ]

Claude Singer, Vichy, l’Université et les Juifs, 1992, Paris, Hachette Pluriel, 1996. La loi du 17 juillet 1940 donne en effet aux autorités la possibilité de relever ou d’exclure sans justification préalable tout personne de la fonction publique.

[ 33 ]

Vingtième siècle. Revue d’histoire, n°33, janvier-mars 1992, p. 78-106 et p. 106-118.

[ 34 ]

François Rouquet, Une administration dans la Seconde guerre mondiale, les PTT, 3 vol., Thèse d’histoire, Paris VIII et Toulouse II ; L’épuration dans l’administration française, Paris, CNRS Editions, 1993 ; « L’épuration, histoire d’un chiffre et mémoire du nombre ».

[ 35 ]

François Rouquet, op. cit., p. 14.

[ 36 ]

Peter Novick, L’épuration française, 1944-1949, op.cit., p. 231.

[ 37 ]

Ainsi dans leur ouvrage important, La France des années noires (Paris, Seuil, 1993), Jean-Pierre Azéma et François Bédarida accordent certes une place aux fonctionnaires, mais celle-ci est encore bien modeste. Autre révélateur, Philippe Burrin dans son étude, La France à l’heure allemande, 1940-1944 (Paris, Seuil, 1995), ne peut encore rien dire de « l’accommodation » des serviteurs de l’Etat auxquel il ne consacre pas de chapitre spécifique.

[ 38 ]

Marc-Olivier Baruch, Servir l’Etat. L’administration en France 1940-1944, op.cit.

[ 39 ]

Marc-Olivier Baruch, op.cit., p. 274.

[ 40 ]

Marc-Olivier Baruch, op.cit., p. 297.

[ 41 ]

Jean-Marc Berlière, « L’épuration dans la police », Le rétablissement de la légalité républicaine, op. cit., p. 489-509.

[ 42 ]

Jean-Marc Berlière, Le monde des polices en France, Bruxelles, Editions Complexe, 1996. La période de Vichy occupe 40 pages soit deux chapitres.

[ 43 ]

Jean-Marc Berlière, op. cit., p. 185. Le décret du 10 janvier 1944 met la police aux ordres de la milice.

[ 44 ]

Jean-Marc Berlière (avec Laurent Chabrun), Les policiers français sous l’Occupation, Paris, Perrin, 2001.

[ 45 ]

Jean-Marc Berlière, Le monde des polices en France,op. cit., p. 173.

[ 46 ]

Jean-Marc Berlière, Les policiers français sous l’Occupation, op. cit., p. 351.

[ 47 ]

Alain Bancaud, Une exception ordinaire : la magistrature en France, 1930-1950, Paris, Gallimard, coll. « NRF essais », 2002.

[ 48 ]

Alain Bancaud, « L’épuration judiciaire », Le rétablissement de la légalité républicaine, op.cit., p. 435-446 ; « Vichy et la tradition de l’étatisation de la justice : histoire d’un demi-succès », Marc-Olivier Baruch, Vincent Duclert (dir.), Serviteurs de l’Etat, une histoire politique de l’administration, op.cit., p. 509-522.

[ 49 ]

Alain Bancaud, op. cit., p. 441.

[ 50 ]

Marie Vogel, Contrôler les prisons, l’Inspection générale des services administratifs et l’administration pénitentiaire 1907-1948, Paris, La Documentation francaise, 1998 ; Jean-Pierre Azéma, Raymond Lévy-Bruhl, Béatrice Touchelay, Mission d’analyse historique sur le système statistique français de 1940 à 1945, dact., 1998.

[ 51 ]

Vincent Guigueno, « Une figure contestée, l’officier ingénieur, 1920-1943 », in Bruno Belhoste, Amy Dahan-Dalmenico, Antoine Picon (dir.), La formation polytechnicienne 1794-1944, Paris, Dunod, 1994 ; « Les élèves juifs et l’Ecole polytechnique (1940-1943), Vingtième siècle, Revue d’histoire, n°57, janv-mars 1998, p. 76-88 ; Marc-Olivier Baruch, Vincent Guigueno, (dir.) Le choix des X, L’Ecole polytechnique et les polytechniciens, 1939-1945, Paris, Fayard, 2000.

[ 52 ]

Nicolas Chevassus-Au-Louis, Savants sous l’Occupation, enquête sur la vie scientifique française entre 1940 et 1944, Paris, Seuil, 2004.

[ 53 ]

Pierre Henry, Histoire des préfets, Cent cinquante ans d’administration provinciale, 1800-1950, Paris, Nouvelles éditions latines, 1950. Cf. Marc-Olivier Baruch, Servir l’Etat français, op. cit., p. 225 et suiv ; « L’épuration du corps préfectoral », in Marc-Olivier Baruch (dir.), Une poignée de misérables, p. 139-172 ; René Bargeton, Dictionnaire biographique des préfets : septembre 1870-mai 1982, Paris, Archives de France, 1994.

[ 54 ]

Tal Bruttmann, Au bureau des Affaires juives, l’administration française et l’application de la législation antisémite (1940-1944), Paris, La Découverte, coll. « L’espace de l’histoire », 2006.

[ 55 ]

Il fait ainsi remarquer que le classement des archives par un service est révélateur de son fonctionnement plus ou moins rigoureux et efficace, op.cit.,p. 9.

[ 56 ]

Tal Brutmann, op.cit, p. 200-202.

[ 57 ]

Laurent Joly, Vichy dans la « Solution finale », histoire du commissariat général aux Questions juives 1941-1944, Paris, Grasset, 2006. Il souligne la responsabilité de Darlan et du gouvernement de Vichy autant que de l’Occupant dans la création du commissariat et des mesures d’exclusion et de spoliation de juin 1941. Notons que les archives orales ici sont inutiles tant la mauvaise conscience de ceux qui y ont travaillé est grande, l’auteur note même que la majorité des anciens agents « n’ont pas fait valoir leur activité au commissariat pour leur retraite », cf. p. 486.

[ 58 ]

Marc-Olivier Baruch, Vincent Guigueno (dir.), Le choix des X, L’Ecole polytechnique et les polytechniciens 1939-1945, op.cit. ; Marc-Olivier Baruch, Vincent Duclert (dir.), Serviteurs de l’Etat, une histoire politique de l'administration française, 1875-1945, Paris, La Découverte, 2000 ; Marc-Olivier Baruch (dir.), Une poignée de misérables : l'épuration de la société française après la Seconde guerre mondiale, Paris, Fayard, 2003.

[ 59 ]

Jean-Pierre Le Crom, Syndicats, nous voilà ! Vichy et le corporatisme, Paris, éditions de l’Atelier/éditions Ouvrières, coll. « Patrimoine », 1995 ; Jeanne Siwek-Pouydesseau,« Le syndicalisme des fonctionnaires 1900-1981 », Vingtième siècle. Revue d’histoire, n°37, janvier-mars 1993, p. 115-126 ; et plus récemment, Les syndicats des fonctions publiques au XX e siècle, Berger-Levrault, 2001, p. 160-164.

[ 61 ]

Nathalie Carré de Malberg, « Les inspecteurs des Finances sous l’Occupation, le passage des entreprises à l’Etat », in Oliver Dard, Jean-Claude Daumas, François Marcot (dir.), L’Occupation, l’Etat français et les entreprises, Actes du colloque organisé à Besançon, Paris ADHE, 2000, p. 261-277.

[ 62 ]

Hervé Joly (dir.), Les comités d’organisation et l’économie dirigée du régime de Vichy, colloque international à Caen le 3-4 avril 2003, Caen, Centre de recherche d’histoire quantitative, 2004 ; Hervé Joly, « Prosopographie des dirigeants des Comités d’organisation », in Oliver Dard, Jean-Claude Daumas, François Marcot (dir.), L’Occupation, l’Etat français..., op.cit., p. 245-260.

[ 63 ]

« De la difficulté d’être un secteur stratégique, le rôle de la Direction des carburants pendant la Seconde guerre mondiale », in Denis Varaschin (dir .), Les entreprises du secteur de l’énergie sous l’Occupation, Artois Presses université, 2006, p. 291-309.

[ 64 ]

Revue administrative, PUF, 2001, vol. 1.

[ 65 ]

Agenda 1994 - Bicentenaire de l’Ecole polytechnique, Levallois-Perret, MP2C éditeur, 1993, p. XXVI.

[ 66 ]

L’Ecole polytechnique, 100 ans de textes législatifs, 1794-1894, Palaiseau, Ecole polytechnique, 1994.

[ 67 ]

La direction du Budget entre doctrines et réalité, 1919-1944, Paris, CHEFF, 2001.

[ 68 ]

Alain Chatriot, Odile Join-Lambert, Vincent Viet (dir.), Les politiques du travail (1906-2006) : acteurs, institutions, réseaux, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2007.

[ 69 ]

Cf. Denis Peschanski, Vichy 1940-1944, Contrôle et exclusion, Bruxelles, Editions Complexe, 1997.

[ 70 ]

Cf. Philippe Buton, La Joie douloureuse : la Libération de la France, Bruxelles, Editions Complexe, 2004.

[ 71 ]

Cf. Françoise Muel-Dreyfus, Vichy l’éternel féminin. Paris, Le Seuil, 1996.

[ 72 ]

Philippe-Jean Hesse, Jean-Pierre Le Crom (dir.), La protection sociale sous le régime de Vichy, Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », 2001. Ainsi, Pierre Laroque, « père politique » et Francis Netter, « père comptable » de la protection sociale à la française, étaient déjà à l’œuvre avant la guerre. Ils font tous deux partie du cabinet de Belin.

[ 73 ]

Cf. Vichy et les colonies, Outre-mers, Revue d’histoire, 1 er semestre 2004, n°342-343.

[ 74 ]

Eric Jennings et Jacques Cantier (dir.), L’empire colonial sous Vichy, Paris, Editions Odile Jacob. Ruth Ginio, « Les élites européennes et coloniales face au nouveau régime en AOF », p. 235-264 (p. 237-239).

[ 75 ]

8% de fonctionnaires coloniaux en AOF limogés en 1940.

[ 76 ]

Eric Jennings, Vichy sous les tropiques : la Révolution nationale à Madagascar, en Guadeloupe, en Indochine 1940-1944, trad., Paris, Grasset 2004.

[ 77 ]

Laurent Douzou, « Noyautage des administrations publiques », in Francois Marcot (dir.), Dictionnaire historique de la résistance, Paris, Robert Laffont, 2006, p. 198-199 ; Claude Bourdet, L’aventure incertaine, de la résistance à la restauration, Paris, Stock, 1975 ; cf. Pierre-Paul Schweitzer, Entretien oral enregistré et transcrit en 1989 avec le CHEFF, 2 vol.

[ 78 ]

Cf. Laurent Douzou, Robert Franck, Denis Peschanski, Dominique Veillon, La résistance et le Français : villes, centres et logique de décision, actes du colloque de Cachan 16-18 novembre 1995, CNRS IHTP, 1995 ; Laurent Douzou, La désobéissance : histoire d’un mouvement et d’un journal clandestins, Libération-Sud, 1940-1944, Paris, Editions Odile Jacob, 1995 ; La résistance française : une histoire périlleuse, essai historiographique; Seuil, 2005 ; Olivier Wieviorka « Polytechniciens et résistance », in Marc-Olivier Baruch, Vincent Guigueno, Le Choix des X, L’école polytechnique...,. op.cit., p. 209-239. Parmi les témoignages publiés de hauts fonctionnaires entrés dans la résistance, on peut citer : André Postel-Vinay, Un fou s’évade, Souvenirs, 1941-1942, Editions du Félin, coll. « Résistance, Liberté-mémoire », 1997.

[ 79 ]

« Vichy, toujours », JIM, Journal intime du Massif central, n° 6, 2004.

[ 80 ]

Philippe Burrin, La France à l’heure allemande, 1940-1944, Paris, Seuil, 1995, p. 184.

[ 81 ]

Pierre Laborie, L’opinion française sous Vichy, les Français et la crise d’identité nationale, Paris, Le Seuil, 1990.

[ 82 ]

Olivier Wieviorka, « Polytechniciens et résistances », in Marc-Oliver Baruch, Vincent Guigueno (dir.), Le choix des X..., op.cit., p. 209-239.

[ 83 ]

Robert Paxton, La France de Vichy, 1940-1944, op.cit., p. 314-316. Pour les hauts fonctionnaires, ses conclusions sont invalidées par les dossiers de personnel et il confond maintien dans les annuaires et continuité des fonctions exercées.

[ 84 ]

Pour avoir regardé de près les « IF », si ce sont bien toujours des inspecteurs qui sont à la tête des grandes directions du ministère de l’Economie, des Finances et des banques, ce ne sont pas les mêmes en 1937, en 1942, en 1947. Comme le disait l’un d’entre eux : « Ceux qui étaient dehors sont entrés ceux qui étaient dedans sont sortis. » Il en va de même avec le Conseil d’Etat, dont un quart sort du Conseil en 1940 et un autre en 1944, sans oublier le renouvellement par des promotions abondantes à tous les concours des grands corps en 1945 et 1946.

[ 85 ]

Sur ce contexte, cf. Henri Rousso, Le syndrome de Vichy de 1944 à nos jours, Paris, Le Seuil, 2 ème édition, 1990. L’exemple caricatural de cet abus est celui de l’ouvrage du directeur de cabinet de Pétain, du Moulin de Labarthète, au détriment d’autres témoignages, écrits ou oraux, de ses camarades de l’inspection générale des Finances, comme Jacques Brunet, Hervé Alphand ou Jacques de Fouchier, sous-utilisés ou de ses archives privées déposées aux Archives nationales ou consultables auprès de ses descendants.

[ 86 ]

Par voie de conséquence, il y a trop souvent confusion entre grands corps et directions des ministères et généralisation abusive de cas particulier à l’ensemble d’un groupe.

[ 87 ]

Il faut espérer que l’exemple de la SNCF qui a suscité de nombreux travaux soit suivi. Des archives très riches sur le monopole des tabacs sont disponibles au SAEF. Cf. Christian Bachelier, La SNCF sous l’Occupation allemande 1940-1944, rapport documentaire, 5 volumes, Paris IHTP-1996 ; et plus récemment, l’ouvrage collectif de l’AHICF, Une 1942, en 1947. Comme le disait l’un d’entre eux : « Ceux qui étaient dehors sont entrés ceux qui étaient dedans sont sortis. » Il en va de même avec le Conseil d’Etat, dont un quart sort du Conseil en 1940 et un autre en 1944, sans oublier le renouvellement par des promotions abondantes à tous les concours des grands corps en 1945 et 1946.

Résumé

Français

Sous Vichy et donc dans l’historiographie de Vichy, les fonctionnaires – civils seulement ici – ont une place à part pour trois raisons essentielles : l’application de l’article 3 de la convention d’armistice conduit les fonctionnaires de la zone occupée à « une collaboration administrative minimale et inévitable » ; la politique de collaboration de l’Etat français, initiée par Montoire, entraîne les fonctionnaires de la zone libre à collaborer avec l’Allemagne ; enfin le nouveau régime leur assignant explicitement la double mission d’encadrement de la société et de relais des objectifs de la Révolution nationale, certains fonctionnaires subissent particulièrement et prioritairement, l’ensemble des mesures d’exclusion que d’autres fonctionnaires sont chargés d’appliquer. Cette place à part dans la collaboration, dans le régime de Vichy, dans la société, et lors de l’épuration se retrouve dans l’histoire de Vichy et réciproquement la période de Vichy occupe une place à part dans l’histoire longue des administrations et des différentes catégories de fonctionnaires. A cette spécificité des fonctionnaires, correspondent un questionnement original et une chronologie particulière dans l’historiographie. Quelle que soit leur approche tous les historiens ont cherché à répondre aux questions énoncées notamment par Marc-Olivier Baruch en 1995 : « Comment et pourquoi les fonctionnaires de la République sans doute républicains et patriotes, se sont adaptés à un ordre nouveau exceptionnel à double titre » en raison de l’Occupation et de la nature anti-républicaine du nouveau régime. L’enjeu, qui n’a pas été nécessairement perçue par tous les fonctionnaires à l’époque reste d’actualité, comme le rappelle Jean-Pierre Azéma : « Jusqu’où un fonctionnaire peut-il servir un Etat qui cesse d’être un Etat de droit et pratique ouvertement répression et exclusion ?».

Plan de l'article

  1. Introduction3
  2. 1945 -1990 : le temps des technocrates
    1. Le tournant « paxtonien » en 1974
    2. De Paxton au début des années 1990
  3. 1990-1995 : l'histoire des fonctionnaires et des administrations,  une conséquence du renouveau historiographique sur Vichy
    1. Enfin une place dans quelques grands colloques
    2. Les hauts fonctionnaires au détour de quelques grandes thèses
    3. L’émergence de l’histoire de l’épuration administrative de l’après-guerre
  4. Le tournant "baruchien", 1995-1997 : les fonctionnaires au coeur de l'histoire de Vichy
    1. « Avez-vous lu Baruch ? C‘est un bien beau génie » (La Fontaine)
    2. Les policiers chez Jean-Marc Berlière
    3. Les magistrats chez Alain Bancaud
  5. Une decennie féconde en attendant la suite : 1997-2007
    1. D’autres administrations et d’autres corps
    2. L’approche comparative des colloques
    3. Le rôle ambigu des colloques commémoratifs
    4. La place des fonctionnaires dans les histoires sectorielles ou thématiques
  6. Conclusion

Pour citer cet article

Carré de Malberg Nathalie, « Les fonctionnaires (civils) sous Vichy : essai historiographique », Histoire@Politique 2/ 2007 (n° 02), p. 12-12
URL : www.cairn.info/revue-histoire-politique-2007-2-page-12.htm.
DOI : 10.3917/hp.002.0012

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