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Histoire urbaine

2004/2 (n° 10)



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Une ville quadrangulaire ou circulaire ?

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Lorsque les Romains fondaient une ville, ils adoptaient en général un plan orthogonal de rues se croisant à angle droit, à l’intérieur d’un espace plus ou moins quadrangulaire : ils auraient emprunté cette pratique aux É trusques qui passaient pour des maîtres en la matière. Mais depuis l’Antiquité, on a abondamment souligné que si ce modèle urbanistique était généralement respecté par la plupart des colonies fondées par Rome, Rome elle-même, qui était pourtant censée servir de modèle en tout point à ses colonies, présentait au contraire un plan de rues assez désordonné à l’intérieur d’un vaste espace qui ne ressemblait en rien à un quadrilatère [1]  Cf. Tite-Live, Histoire Romaine, V, 55,4-5; Tacite,... [1] (cf. le parcours de la muraille dite « servienne » qui enserrait la ville de Rome pendant presque toute l’époque républicaine [2]  Maddalena Andreussi, s.v. « ‘‘Murus Servii Tullii’’;... [2]  ). Certes, une tradition plus conforme au modèle hippodaméen évoquait l’existence d’une Roma Quadrata fondée par Romulus sur le Palatin [3]  Denys d’Halicarnasse, Antiquités Romaines, I, 88,2 :... [3] , mais même en admettant avec Andrea Carandini l’historicité de cette cité romuléenne, il ne pourrait s’agir que d’une cité antérieure au synœcisme qui regroupa les habitats protohistoriques présents sur les différentes collines et qui donna véritablement naissance à la Ville et à ses institutions [4]  Andrea Carandini, La nascita di Roma. Dèi, Lari, eroi... [4] .

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À côté d’une première fondation de Rome sur le Palatin, la tradition se souvenait en fait d’une deuxième fondation de la Ville par Romulus : après la guerre avec les Sabins et la réconciliation qui s’ensuivit, Romulus fit la paix avec leur roi, Titus Tatius, qu’il rencontra en un point du Forum appelé le Comitium [5]  Plutarque, Romulus, 19,9-10. Cf. Paolo Carafa, Il Comizio... [5] . Le Comitium, situé dans la partie occidentale du Forum, au pied du Capitole (voir infra fig. 1), est un espace qui servait au rassemblement du peuple pour les assemblées politiques ou judiciaires (suivant la définition donnée par Varron [6]  Varron, Sur la langue latine, V, 155 : Comitium ab... [6]  ) : c’est là que le peuple se réunissait pour voter ou élire par curies (comices curiates) ou par tribus (comices tributes); c’est là que se trouvait, pendant une bonne part de la période républicaine, le tribunal du préteur; c’est là enfin que l’on a retrouvé la plus ancienne inscription latine connue, sur le cippe dit du « Lapis Niger », qui remonte au milieu du VIe siècle environ [7]  Corpus Inscriptionum Latinarum (C.I.L.), I2, 1. [7] . Or l’historien grec Plutarque rapporte, dans sa biographie de Romulus (11,2), la fondation « dans la zone du Comitium actuel », d’un monument qui porte le nom de mundus : il s’agirait d’une « fosse circulaire » ( βό θρος κυκλοτερή ς ) dans laquelle chaque compagnon de Romulus, après y avoir déposé les prémices des récoltes, aurait jeté « une poignée de terre apportée du pays d’où il était venu », manifestation concrète du synœcisme qui s’opérait [8]   Plut., Rom., 11,2 : Βό θρος γὰ ρ ὠ ρύ γη περὶ τὸ νῦ... [8] . Après quoi, ce mundus aurait servi de centre pour le tracé des limites de la ville, auxquelles on aurait donné la forme d’un cercle (« on traça les limites de la ville à la manière d’un cercle autour de ce centre ») : ces limites auraient été matérialisées sous la forme d’un « sillon » creusé sur une « ligne circulaire » tracée au sol, et qui correspondra au pomerium, la limite sacrée qui correspondait grosso modo au contour des murailles de la ville [9]  Paul Diacre, Abrégé de Festus, p. 295 Lindsay (L.) :... [9] . L’étude philologique a permis de montrer que ce passage de Plutarque dérive très vraisemblablement des Antiquitates rerum humanarum de Varron, une œuvre malheureusement perdue [10]  Carmine Ampolo et Mario Manfredini (édité par), Plutarco,... [10] . Mais dans son traité Sur la langue latine (V, 143), l’antiquaire latin revient sur le rite étrusque de fondation d’une ville, et fait curieusement dériver le mot « ville » (urbs) du mot « cercle » (orbis), car le cercle (orbis) tracé au sol pour le creusement du pomerium constituait selon lui le « commencement de la ville » (urbis principium) [11]  Varron, Sur la langue latine, V, 143 : Oppida condebant... [11]  : c’est en effet à l’intérieur de la limite juridico-religieuse du pomerium que se déroulaient les « auspices urbains » (auspicia urbana) [12]  Aulu-Gelle, Nuits Attiques, XIII, 14,1 : « Pomerium »... [12] ; c’est également à cette limite sacrée que s’opérait la distinction entre imperium domi (à l’intérieur du pomerium) et imperium militiae (à l’extérieur) [13]  Cf. Jö rg Rü pke, Domi militiae. Die religiöse Konstruktion... [13] .

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On ne connaît pas avec exactitude le tracé du pomerium pour la période républicaine, mais on peut à la rigueur admettre qu’il pouvait adopter, à la manière des murailles, la forme d’un large cercle autour de la ville dont le Forum aurait à peu près constitué le centre géographique, au cœur duquel se plaçaient le Comitium et le mundus [14]  A. Magdelain, dans Jus, imperium, auctoritas, op. cit.,... [14] . Mais il n’y a, à notre connaissance, aucun rapport de nature religieuse, juridique ou institutionnelle entre le Comitium et le pomerium, ou entre le Comitium et le mundus. L’image du cercle qui se dégage des textes parallèles de Plutarque et de Varron semble en fait provenir d’une représentation symbolique de l’espace de la cité, une représentation qui est en contradiction avec l’image traditionnelle de l’urbanisme romain. Il s’agit dès lors d’essayer de découvrir l’origine historique de cette représentation de l’espace civique : autrement dit, quel est le rapport entre le Comitium, le mundus et l’image du cercle comme représentation symbolique de l’espace de la cité dont le mundus serait le centre, et quand et pourquoi ce rapport s’est-il mis en place ?

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Le texte de Plutarque sur la fondation du mundus par Romulus à proximité du futur Comitium est souvent rapproché d’un passage des Fastes d’Ovide [15]  Ovide, Fastes, IV, 819-826 : Apta dies legitur, qua... [15] (IV, 819-826), dans lequel le poète évoque le creusement d’une fosse, apparemment située sur le Palatin, et dans laquelle on a jeté « des fruits du sol, ainsi que de la terre qu’on est allé chercher dans le voisinage »; Ovide ne parle pas explicitement de mundus, mais selon certains, le poète y ferait une allusion étymologique en parlant de cette fosse (inde movetur opus : d’après Festus en effet (p. 126 L.), le mundus s’appellerait ainsi quod terra movetur) [16]  W. Kroll, s.v. « Mundus », dans Pauly et Wissowa (sous... [16] ; quoi qu’il en soit, d’après Ovide, une fois la fosse comblée, on aurait élevé un autel par-dessus, avant que Romulus ne commence à tracer autour de cet endroit le sillon primordial (sulcus primigenius [17]  Paul Diacre, Abrégé de Festus, p. 271 L. : Primigenius... [17]  ) qui aurait permis de dessiner les murailles et qui aurait donc constitué le pomerium primitif. Le parcours de celui-ci est d’ailleurs précisément décrit par Tacite (Annales, XII, 24) qui lui donne une forme à peu près quadrangulaire : il aurait fait le tour du Palatin (cf. aussi Aulu-Gelle, Nuits Attiques, XIII, 14,2) et serait à l’origine de la première Rome, appelée Roma Quadrata. À partir du témoignage de Festus qui appelle « Roma Quadrata (...) l’endroit où ont été déposés les objets qu’on a l’habitude d’utiliser au moment de la fondation d’une ville pour obtenir un présage favorable » [18]  Festus, De la signification des mots, p. 310 L. : Quadrata... [18] , on identifie parfois l’autel évoqué par Ovide avec un monument également appelé Roma Quadrata, qui existait à l’époque impériale devant le temple d’Apollon (Festus, p. 310 L.), qui est encore mentionné dans le compte rendu des Jeux séculaires de 204 (C.I.L., VI, 32327), et qui semble indiqué sur le plan de la ville d’époque sévérienne (la forma Urbis) [19]  Cf. G. Carettoni, A. M. Colini, L. Cozza, G. Gatti,... [19] . D’après ces sources litté-raires et épigraphiques, la Roma Quadrata renverrait donc à deux choses distinctes : d’une part, la ville fondée par Romulus sur le Palatin, d’autre part, un monument (carré ?) qui se trouvait devant le sanctuaire d’Apollon sur le Palatin [20]  Cf. F. Coarelli, s.v. « Roma Quadrata », dans LTUR,... [20] . Autrement dit, on se trouverait face à deux traditions sur le mundus : l’une qui en ferait un monument carré situé sur le Palatin et qui serait le centre symbolique d’une ville quadrangulaire; l’autre qui le situait sur le Forum, à proximité du Comitium, et qui le présentait sous la forme d’une fosse circulaire, centre symbolique d’une ville elle-même circulaire [21]  Cf. A. v. Blumenthal, « Roma Quadrata », Klio, 35,1942,... [21] . Le mundus

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L’emplacement précis du mundus a fait l’objet de nombreuses discussions, d’autant que le texte de Plutarque n’est pas d’une grande précision topographique [22]  Cf. notamment V. Basanoff, « Pomerium Palatinum »,... [22] . Sur la base du témoignage très vague du passage des Fastes d’Ovide (IV, 819-826), certains ont voulu placer le mundus sur le Palatin en l’identifiant avec le monument connu à l’époque impériale sous le nom de Roma Quadrata : mais il s’agit-là d’une confusion tardive, et F. Coarelli a fait justice du témoignage d’Ovide. H. Le Bonniec mettait le mundus en relation avec le fameux temple de la triade plébéienne (Cérès, Liber et Libera) qu’il situait au voisinage immédiat du Grand Cirque (à l’emplacement de S. Maria in Cosmedin) : il comparait ainsi le mundus au silo à vocation agraire qui se trouvait sous l’autel de Consus au Grand Cirque [23]  Henri Le Bonniec, Le culte de Cérès à Rome. Des origines... [23] . J.-M. Pailler met également le mundus en relation avec le temple de la triade plébéienne, mais en le plaçant sur l’Aventin, ce qui lui permet de mieux suggérer le rapprochement entre les nouveaux « rites thesmophoriens de Cérès-Proserpine » adoptés vers le milieu du IIIe siècle et les « mystères dionysiaques » mis au jour dans l’affaire des Bacchanales [24]  Jean-Marie Pailler, Bacchanalia. La répression de 186... [24] . Toutefois, s’il était effectivement impossible de tenir des comices les jours où « mundus patet », comme l’affirme Caton [25]  Caton chez Festus, p. 144 L. (voir infra n. 33). [25] , cela signifie que le mundus devait se trouver à l’intérieur du pomerium (ce qui exclut l’Aventin), sinon on ne comprend pas en quoi son ouverture pouvait troubler les auspices urbains au point d’empêcher la tenue des comices.

Fig. 1 - Le mundus et le Comitium d’après la restitution proposée par F. Coarelli
(F. Coarelli, Il Foro Romano, I, p. 139, fig. 39)
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Il faut donc, comme le fait F. Coarelli, restituer toute sa valeur au témoignage de Plutarque, qui situe le mundus « dans la zone du Comitium actuel » ( περὶ τὸ νῦ ν Κομίτιον ) (fig. 1). Comme le Comitium, en tant que monument, n’existait plus à l’époque de Plutarque (depuis le remaniement de la zone par les grands travaux césariens et augustéens), cette expression doit elle aussi provenir directement de Varron, dont le témoignage peut ainsi difficilement être remis en cause. En s’appuyant sur un passage de Macrobe, F. Coarelli situe très précisément le mundus dont parle Plutarque entre l’autel de Saturne et le Comitium (Saturnales, I, 11, 48 : et in sacellum Ditis arae Saturni cohaerens), à l’emplacement d’une curieuse construction conique en brique qui s’élève derrière les Rostres impériaux, à côté de l’arc de Septime Sévère, et qu’il identifie avec l’umbilicus Urbis, le « nombril de la Ville », ce qui en ferait à la fois le centre symbolique de la cité et un centre cosmique [26]  F. Coarelli, « Ara Saturni, Mundus », art. cit., p. 346-377 ;... [26] . Il admet que ce mundus a pu être à la fois la « fosse circulaire » dont la partie souterraine était vouée aux divinités infernales et était ouverte trois fois par an, lorsque « mundus patet », et une fosse de fondation, c’est-à-dire un monument qui commé-morait la fondation de la cité.

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Les descriptions du mundus laissées par les sources antiques sont en effet ambiguës : d’une part, il s’agirait d’une fosse de fondation dans laquelle les compagnons de Romulus auraient jeté des « prémices » ainsi qu’une motte de terre de leur pays d’origine; d’autre part, il s’agirait d’une cavité souterraine dans laquelle on pouvait descendre, mais qui était normalement maintenue fermée parce que vouée aux dieux Mânes ou aux divinités infernales, et qui était exceptionnellement ouverte trois fois par an, à des jours marqués dans le calendrier par les lettres MP (mundus patet : « le mundus est ouvert »), au cours desquels il n’était possible de mener à Rome aucune activité publique ou privée; enfin, on apprend par Festus que ce mundus ouvert trois fois par an était aussi appelé mundus Cereris (« le mundus de Cérès »), et par Macrobe (qui semble s’inspirer de Varron) que ce mundus était également « consacré à Dis Pater et à Proserpine » [27]  Festus, p. 126 L. : (...) Cereris qui mundus appellatur,... [27] .

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La bibliographie sur la question du mundus est impressionnante et propose des hypothèses à la fois nombreuses et contradictoires pour essayer de concilier les témoignages apparemment inconciliables des sources. En fait, la solution de ce problème épineux repose sans doute en partie dans une mise en perspective historique des divers éléments du dossier, qui n’ont pas dû tous apparaître en même temps. Ainsi, selon H. Le Bonniec et J.-M. Pailler, la plus ancienne divinité à laquelle le mundus était consacré devait être Cérès, une vieille divinité italique dont le culte était à la fois agraire et funéraire [28]  H. Le Bonniec, Le culte de Cérès, op. cit., p. 175-184;... [28]  : les sources parlent du mundus Cereris (Festus, p. 126 L.) et à Capoue, une inscription évoque l’existence d’une sacerdos Cereris mundialis (C.I.L., X, 3926) [29]  Cf. aussi le Scoliaste de Berne, Commentaire des É... [29] . D’après J.-M. Pailler, le mundus n’aurait accueilli le culte de Dis Pater / Pluton et de Proserpine qu’après l’introduction de ces divinités à Rome au moment des Jeux Séculaires de 249 av. J.-C., et ce serait l’apparition de ces divinités infernales dans le mundus qui aurait conduit les autorités à limiter son ouverture à trois jours par an (lorsque « Mundus patet ») et à déclarer ceux-ci religiosi [30]  J.-M. Pailler, Bacchanalia, op. cit., p. 421-435. [30] . En effet, comme le calendrier romain indique la lettre C pour chacun des trois jours d’ouverture (24 août, 5 octobre et 8 novembre), A. Magdelain en avait déduit avec justesse que ces jours-là avaient anciennement été comitiales et qu’ils ne furent considérés religiosi qu’à une époque ultérieure, précisément lorsque l’ouverture du mundus fut mise en relation avec les divinités infernales [31]  A. Magdelain, dans Ius, Imperium, auctoritas, op. cit.,... [31] . De plus, les Fasti Antiates Maiores, le plus ancien calendrier romain conservé, qui date des années 80 av. J.-C. et qui reproduit le calendrier républicain préjulien, ne mentionne « mundus patet » (MP) à aucune des trois dates, ce qui suggère clairement qu’au moment de la première publication de ce calendrier (sans doute au moment de la publication des Fastes par Cn. Flavius en 304 av. J.-C.), ces jours-là n’étaient pas encore devenus religiosi [32]  Attilio Degrassi (édité par), Inscriptiones Italiae,... [32] . Autrement dit, le culte infernal de Dis Pater et de Proserpine n’a dû avoir été introduit au mundus de Cérès qu’après la fin du IVe siècle av. J.-C.

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La plus ancienne source à nous parler du mundus est Caton, qu’il faut probablement identifier avec le Censeur, et remonte par conséquent au milieu du IIe siècle au plus tard [33]  Festus, p. 144 L. : Mundus, ut ait Capito Ateius in... [33] . Comme celui-ci invoque l’autorité des Anciens (maiores censuerunt (...); iudicaverunt (...); nihil in eo tempore in republica geri voluerunt) à propos de la fermeture obligatoire du mundus et des interdits religieux qui pesaient sur la vie publique durant les trois jours où « mundus patet », il faut admettre que sa description est certainement valable au moins pour le milieu du siècle précédent, sinon plus tôt encore. Si l’on suit les descriptions parallèles proposées par Caton et par Plutarque, le mundus aurait été composé de plusieurs parties superposées : il aurait comporté une partie souterraine, où séjournaient les divinités infernales, un autel à ciel ouvert, probablement dédié à Cérès [34]  J.-M. Pailler, Bacchanalia, op. cit., p. 431. [34] , et enfin l’espace céleste qui le surmontait, où vivaient les dieux de l’Olympe. D’après Caton, la partie souterraine était surmontée d’une voûte qui symbolisait le ciel auquel il ressemblait (forma enim eius est, ut ex is qui intravere cognoscere potui, adsimillis illae) et auquel il empruntait son nom (mundo nomen impositum est ab eo mundo qui supra nos est) [35]  Caton chez Festus, p. 144 L. (voir supra n. 33). [35]  : le mot mundus désigne donc à la fois la voûte céleste du monde et l’ouverture du monde souterrain. Plutarque écrit qu’« on appelle cette fosse le mundus, de la même manière que l’on désigne l’Olympe » : en grec, ce mot désigne en effet aussi la voûte céleste, à laquelle la voûte qui surmontait la partie souterraine du mundus devait ressembler [36]  Cf. aussi le Scoliaste de Berne, Commentaire des É... [36] . Le mundus correspond ainsi aux trois définitions d’un templum qui sont données par Varron (De la langue latine, VII, 6) : il s’agit à la fois d’un templum céleste (templum a natura in caelo), d’un espace consacré au sol (templum ab auspiciis in terra) et d’un templum sub terra fait a similitudine de celui du ciel [37]  Varron, Sur la langue latine, VII, 6 : Templum tribus... [37] . Cette tripartition correspondrait, d’après J.-M. Pailler, à une « tripartition des niveaux religieux et des dieux eux-mêmes en ‘‘supérieurs’’, ‘‘terrestres’’ et ‘‘infernaux’’» [38]  J.-M. Pailler, Bacchanalia, op. cit., p. 430. [38] . Pour M. É liade, « ce mundus était le lieu d’intersection des trois niveaux cosmiques » [39]  Mircea Eliade, Traité d’histoire des religions, Paris,... [39] .

L’interprétation pythagoricienne du mundus

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J.-M. Pailler précise, mais sans développer l’idée, que « cette symbolique de l’analogie céleste et de la correspondance entre les niveaux <est> largement inspirée d’interprétations philosophiques d’essence surtout pythagoricienne » [40]  J.-M. Pailler, Bacchanalia, op. cit., p. 431. [40] . Plusieurs rapprochements effectués par P. Boyancé dans ses É tudes sur le Songe de Scipion montrent en effet que dans ces milieux philosophiques, « si on comparait le cosmos à un sanctuaire, particulièrement à un sanctuaire d’initiation, on ne manquait pas inversement de rapprocher certains sanctuaires du cosmos », et de citer la définition que « le vieux Caton » donnait du mundus, dans laquelle L. Ferrero verra également l’influence de la pensée pythagoricienne [41]  Pierre Boyancé, É tudes sur le Songe de Scipion, Limoges,... [41] . Le mot latin mundus est d’ailleurs la traduction exacte du grec cosmos, dont l’invention était attribuée par certains aux Pythagoriciens [42]  Cf. Diogène Laërce, Vie de Pythagore, 48; Plutarque,... [42] ; quoi qu’il en soit, la sémantique des deux termes, mundus et cosmos, montre qu’ils désignent l’organisation ordonnée et harmonieuse de l’univers [43]  Jaan Puhvel, « The Origins of Greek kosmos and Latin... [43] (cf. la théorie pythagoricienne de « l’harmonie des sphères » que l’on retrouve chez Platon et chez Cicéron [44]  Platon, La République, X, 616 d – 617 d; Timée, 36... [44]  ). De même, l’umbilicus Urbis, monument datant probablement du IIe siècle av. J.-C. et que F. Coarelli identifie avec le mundus, correspond à l’omphalos grec, terme qui désigne précisé-ment le centre du cosmos (et dont l’exemple le plus connu se trouvait dans le sanctuaire d’Apollon de Delphes) [45]  Cf. F. Coarelli, s.v. Mundus, dans L.T.U.R., op. cit.,... [45] . Pour Caton et pour Plutarque, le mot mundus désigne d’abord les espaces célestes « qui sont au-dessus de nos têtes » (mundo nomen impositum est ab eo mundo qui supra nos est) et qui se confondent avec l’Olympe, séjour des dieux [46]  Caton chez Festus, p. 144 L. (voir supra n. 33). L’Olympe... [46] . En fait, les Pythagoriciens avaient établi une distinction entre l’Olympe, le Cosmos et le Ciel : Aétius, qui s’appuie probablement sur Théophraste, nous apprend que « Philolaos appelle ‘‘Olympe’’ la partie la plus haute <de l’univers>, l’enveloppe où l’on trouve les éléments les plus purs; ce qu’il appelle ‘‘cosmos’’, c’est l’espace qui s’étend sous la rotation de l’Olympe, là où se trouvent les cinq planètes ainsi que le Soleil et la Lune, et il nomme ‘‘ciel’’ la région sublunaire proche de la Terre et située sous les planètes, qui est le domaine de la génération de ce qui est apte au changement » [47]  Philolaos, fr. 44 A 16 Diels-Kranz (chez Aëtius, Sentences,... [47] . Cicéron reproduit une cosmologie similaire dans le Songe de Scipion, au sixième livre de son traité Sur la République (VI, 17), ce qui montre que ces considérations pythagoriciennes sur l’organisation du cosmos n’étaient pas inconnues à Rome, comme l’a signalé l’étude réalisée par P. Boyancé [48]  P. Boyancé, É tudes sur le Songe de Scipion, op. cit.,... [48] . La cosmologie pythagoricienne présentée par Philolaos fournit dès lors les principaux éléments sémantiques du mundus romain, triple templum dont les trois niveaux superposés reflètent la structure fondamentale du Cosmos (mundus) : la sphère céleste, séjour des dieux (l’« Olympe »), la Terre, séjour des hommes et des êtres vivants, et le monde souterrain, séjour des morts et des divinités infernales (le templum sub terra).

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Le mythe de fondation du mundus rapporté par Plutarque contient un autre élément qui peut le rattacher aux doctrines pythagoriciennes. Plutarque écrit qu’au moment de sa fondation, « on y déposa les prémices de tout ce qui est bon de par la Loi ou nécessaire de par la Nature » ( ἀ παρχαί τε πά ντων῟ ὅ σοις νό μῳ μὲ ν ὡ ς καλοĩς ἐ χρωντ὇ φύ σει δ᾽ ὡ ς ἀ ναγκαίοις῟ ἀ πετέ θησαν ἐ νταῦ θα ). Or, la conformité des prémices aussi bien à la Loi qu’à la Nature ne peut avoir qu’un sens symbolique, et signifie que l’ordre politique (ou social) et l’ordre naturel sont (ou doivent être) homogènes, car l’un et l’autre sont (ou doivent être) des images du cosmos qui respectent le logismos, c’est-à-dire le principe mathématique qui régit l’univers (en fait, la proportion géométrique) : tel est l’enseignement que Platon attribue aux Pythagoriciens (les sophoi) dans le Gorgias, enseignement dont il reprend et développe l’analyse dans la République et dans le Timée [49]  Platon, Gorgias, 508 a; République, VI, 500 c; Timée,... [49] . De même, d’après les textes néo-pythagoriciens réunis dans les Florilèges de Stobée et attribués à Archytas de Tarente, la nature de l’Univers serait gouvernée selon la proportion mathématique, et le droit humain doit s’en inspirer comme d’une loi universelle [50]  Pseudo-Archytas, De legibus, fr. 2 Thesleff (chez Stobée,... [50] . Le récit étiologique du mundus tel qu’il a été rapporté par Plutarque, probablement à partir de Varron, contiendrait de la sorte un message philosophico-politique d’inspiration pythagoricienne.

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Nous avons vu que l’un des cultes qui étaient rattachés au mundus était consacré à Dis Pater (Pluton) et à Proserpine [51]  Macrobe, Saturnales, I, 7,30-31 ; I, 7,37 ; I, 11,48-49;... [51]  : les deux divinités symbolisaient l’union des deux parties du monde, chthonienne et uranienne, qui déterminait la richesse et la prospérité de la Cité suivant le cycle continu des saisons et des générations [52]  Pour les Pythagoriciens, Perséphone personnifiait la... [52] . Mais le couple qui présidait le tribunal des Enfers symbolisait également la Justice à laquelle devait se conformer l’organisation de la Cité. Son culte semble d’ailleurs attesté pour les fondations de cités étrusques, notamment pour les colonies transpadanes qui auraient été toutes consacrées à Dis Pater : pour F.-H. Massa-Pairault, « les divinités infernales sont essentielles dans la fondation des cités parce qu’elles garantissent la reproduction des générations. Elles en conservent les semina (semences) et sont à l’origine des saecula naturalia (des géné-rations naturelles), idée en rapport évident avec le concept d’échéance fatale incombant sur la vie des cités au bout d’un certain nombre de saecula (période de cent dix ans environ chacune). » [53]  Françoise-Hélène Massa-Pairault, La cité des É trusques,... [53] La présence de ces divinités dans le mundus romain pourrait donc faire penser à une origine étrusque, conforme aux libri rituales qui définissaient l’urbs iusta fondée etrusco ritu, à l’instar de ces monuments identifiés à des fosses de fondation et retrouvés au cœur de plusieurs cités étrusques ou latines (Marzabotto, Norba, Préneste) [54]  Cf. F. Coarelli, « Ara Saturni, Mundus », op. cit.,... [54] .

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Mais le culte d’Hadès et de Perséphone était également pratiqué à Tarente depuis l’époque archaïque, et les cérémonies tarentines ont déterminé l’organisation, au moment de l’introduction à Rome des Jeux Séculaires en 249, des ludi Tarentini consacrés à Dis Pater et à Proserpine, qui étaient pratiqués au Terentum (devenu le Tarentum) sur le Champ de Mars : le culte tarentin d’Hadès et de Perséphone était en fait étroitement lié aux croyances orphico-pythagoriciennes sur l’immortalité de l’Âme et le cycle perpétuel du retour à la vie [55]  Emanuele Ciaceri, Storia della Magna Grecia, III, Decadenza... [55] . Ces croyances sont d’ailleurs attestées au sein de l’aristocratie étrusque dès la fin du IVe siècle au moins, notamment à Tarquinia, où une fresque de la « Tombe de l’Ogre II » (vers 330-320 av. J-C.), représente la comparution du guerrier Géryon devant Hadès et Perséphone, dans des Enfers peuplés d’âmes en attente de se réincarner [56]  Cf. M. Torelli, Storia degli Etruschi, Rome-Bari, Laterza,... [56] . Et chez les Pythagoriciens, comme chez Platon, la métempsycose et l’immortalité de l’Âme étaient liées à l’existence de cycles cosmiques et à la nature de l’Univers [57]  Cf. Walter Leszl, « Pitagorici ed Eleati », dans G.... [57] . L’interprétation « pythagoricienne » et d’origine tarentine du culte d’Hadès et de Perséphone, installé au fond du mundus afin d’assurer la pérennité de la Cité dont l’organisation devrait se conformer à la Justice du Cosmos, pourrait par conséquent s’être diffusée simultanément aux cités étrusques et à Rome entre le IVe et le IIIe siècle [58]  C. Dognini, « Kosmos e mundus », art. cit., p. 94-97,... [58] . Mundus et Comitium :

le centre cosmique et institutionnel de la Cité

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Or c’est vers la même époque que les gradins du Comitium, qui avait jusque là respecté la forme quadrangulaire d’un templum, ont adopté une forme circulaire, à l’image de certains ecclesiasteria contemporains de Grande-Grèce et de Sicile (Poséidonia, Métaponte, Agrigente) [59]  Cf. F. Coarelli, Il Foro Romano, I, op. cit., p. 126;... [59] . Nous avons vu ailleurs [60]  M. Humm, « Le Comitium du Forum Romain et la réforme... [60] que cette transformation architecturale doit être mise en rapport avec l’installation, au temps des guerres samnites, des statues de Pythagore et d’Alcibiade « dans les cornes du Comitium » (in cornibus Comitii), c’est-à-dire de part et d’autre de la Curie, à chacune des extré-mités des gradins en arc de cercle du Comitium [61]  Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, XXXIV, 12; Plutarque,... [61] (fig. 2); mais aussi avec la dédicace en 304 av. J.-C., in Graecostasi, c’est-à-dire sur une plateforme qui dominait les gradins du Comitium et où se tenaient les ambassades étrangères en attendant les décisions du Sénat romain [62]  Varron, Sur la langue latine, V, 155; cf. F. Coarelli,... [62] (voir supra fig. 1), d’une chapelle en bronze consacrée à la Concorde [63]  Tite-Live, IX, 46,6-7 ; Pline, Hist. Nat., XXXIII,... [63] , interprétation romaine de l’Homonoia pythagoricienne qui était alors l’une des pièces maîtresses de l’idéologie politique des cités pythagoriciennes de la Grande-Grèce et que l’on retrouvait notamment dans la Tarente d’Archytas [64]  Archytas, 47 B 3 Diels-Kranz (voir supra n. 49); cf.... [64] . Nous avons vu aussi que la forme circulaire adoptée par le Comitium pouvait elle-même être mise en rapport avec les conceptions cosmogoniques de la philosophie pythagoricienne; dans la géométrie pythagoricienne, le cercle possède en effet une véritable dimension cosmique : il est la figure géométrique la plus parfaite parce qu’il reproduit en deux dimensions le volume de la sphère, image de la Terre et du Cosmos [65]  On retrouve ces idées chez Platon et Aristote : Plat.,... [65] .

Fig. 2 - Emplacement des statues du Comitium d’après F. Coarelli : 7 – statue de Pythagore; 8 – statue d’Alcibiade
(F. Coarelli, Il Foro Romano, II, p. 120, fig. 21 )
15

La philosophie pythagoricienne semble précisément avoir inspiré, vers la fin du IVe siècle, une profonde réforme des institutions romaines par l’introduction du principe de l’égalité « géométrique » dans l’organisation d’une nouvelle répartition des charges et des honneurs au sein de la Cité [66]  Cf. Claude Nicolet, « L’idéologie du système centuriate... [66] . Enfin, nous avons vu que la forme circulaire du Comitium répondait également aux nouvelles fonctions de ce monument devenu, avec la création des comices tributes, le centre symbolique d’un nouvel espace civique : désormais, l’ensemble du corps civique ne pouvait plus se réunir simultanément à l’intérieur du Comitium (comme peut-être au temps des anciens comices curiates), mais les citoyens allaient dès lors y entrer successivement pour y voter tribu par tribu [67]  M. Humm, « Le Comitium du Forum Romain », art. cit.,... [67] . Or le mundus est un monument en étroite relation avec le Comitium, auquel il a été associé par le mythe de fondation de Romulus [68]  C’est aussi au Comitium qu’une tradition plaçait la... [68]  : avec lui, il constituait le centre de l’espace symbolique de la cité, dont les limites formaient comme un cercle symbolique autour de ce centre. La proximité du mundus avec le Comitium, tous deux considérés comme des centres symboliques de l’espace civique, peut ainsi expliquer à la fois leur interprétation pythagoricienne et la forme circulaire de l’espace dont ils étaient censés figurer le centre.

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Autrement dit, le mundus aurait reçu, entre la fin du IVe et le milieu du IIIe siècle, une interprétation pythagoricienne qui l’assimila à une repré-sentation symbolique du cosmos. Sa forme circulaire, à rapprocher de celle du Comitium, centre d’un espace symbolique lui-même circulaire, aurait dès lors été conforme à la cosmologie et aux conceptions politiques des Pythagoriciens. Par ailleurs, le mundus, reproduction miniature du Cosmos, pouvait servir de modèle à l’organisation de la Cité, qui devait elle aussi se trouver conforme à celle du Cosmos, afin d’en reproduire l’harmonie. Cette interprétation pythagoricienne ou pythagorisante du mundus ne serait donc pas seulement l’œuvre tardive d’un antiquaire comme Varron, mais pourrait avoir été la conséquence de l’adoption de la forme circulaire du Comitium, dont le mundus finit par traduire la dimension cosmique. Le mundus et le Comitium sont donc devenus, entre la fin du IVe et le milieu du IIIe siècles, les centres symboliques de l’espace de la cité, et leur interprétation pythagoricienne (ou pythagorisante) en fit des représentations cosmiques de l’univers, auquel les nouvelles lois de la Cité, adoptées vers la fin du IVe siècle, tâchaient de se conformer.

Notes

[1]

Cf. Tite-Live, Histoire Romaine, V, 55,4-5; Tacite, Annales, XV, 43 ; Suétone, Néron, 38.

[2]

Maddalena Andreussi, s.v. « ‘‘Murus Servii Tullii’’; Mura repubblicane », dans Eva Margareta Steinby (sous la direction de), Lexicon Topographicum Urbis Romae (LTUR), III, Rome, Quasar, 1996, p. 319-324.

[3]

Denys d’Halicarnasse, Antiquités Romaines, I, 88,2 : « Quand <Romulus> estima que tout ce que la raison considère comme agréable aux dieux avait été accompli, il appela tout le monde à l’endroit désigné et dessina un quadrilatère ( περιγρά φει τετρά γωνον ) sur la colline en traçant, avec un bœuf mâle et une vache attelés à une même charrue, un sillon continu destiné à recevoir le rempart. Depuis lors, les Romains ont conservé cette coutume de tracer un sillon autour de leurs terres quand ils fondent des cités »; Plutarque, Romulus, 9,4 : « Romulus, qui avait fondé ce qu’on appelle la Roma Quadrata, c’est-à-dire carrée, voulait y placer la ville... »; Solin, I, 17 : Nam, ut adfirmat Varro auctor diligentissimus, Romam condidit Romulus, Marte genitus et Rea Silvia, vel ut nonnulli Marte et Ilia : dictaque primum est Roma quadrata, quod ad aequilibrium foret posita, ea incipit a silva quae est in area Apollinis, et ad supercilium scalarum Caci habet terminum, ubi tugurium fuit Faustuli. Ibi Romulus mansitavit, qui auspicato murorum fondamenta iecit... Cf. Ferdinando Castagnoli, « Roma Quadrata », dans Studies presented to David Moore Robinson, Saint-Louis, 1951, p. 389-399 ( = Id., dans Topografia antica. Un metodo di studio, I, Roma, Rome, 1993, p. 179-187).

[4]

Andrea Carandini, La nascita di Roma. Dèi, Lari, eroi e uomini all’alba di una civiltà, Turin, Einaudi, 1997, p. 491-507 ; cf. Nicola Terrenato, s.v. « Murus Romuli », dans LTUR, op. cit., III, 1996, p. 315-317 ; Paolo Carafa, « Il solco primigenio e le mura », dans A. Carandini et Rosanna Cappelli (sous la direction de), Roma. Romolo, Remo e la fondazione della città, Catalogue de l’exposition (Rome, Musée National Romain, Thermes de Dioclétien, 28 juin – 29 octobre 2000), Milan, Electa, 2000, p. 272-276. Cf. R. Ross Holloway, The Archaeology of Early Rome and Latium, Londres-New York, Routledge, 1994, p. 101-102; Timothy J. Cornell, The Beginnings of Rome, Londres-New York, Routledge, 1995, p. 97-103. Mais pour F. Castagnoli, la tradition sur la Roma quadrata romuléenne est une construction pseudo-historique datant du IVe ou du IIIe siècle av. J.-C. et qui était destinée à servir de modèle aux fondations coloniales construites sur des plans orthogonaux de type hippodaméen (cf. Ostie) : F. Castagnoli, « Note sulla topografia del Palatino e del Foro Romano », Archeologia Classica (ArchClass), XVI, 1964, p. 178-179 ( = Id., Topografia antica, I, op. cit., p. 283-284); Id., « Topografia e urbanistica di Roma nel IV secolo a. C. », Studi Romani (StudRom), 22,1974, p. 438-444 ( = Id., Topografia antica, I, op. cit., p. 233-237).

[5]

Plutarque, Romulus, 19,9-10. Cf. Paolo Carafa, Il Comizio di Roma dalle origini all’età di Augusto, Rome, « L’Erma » di Bretschneider, 1998, p. 101-105, qui semble prêt à admettre l’historicité de cette rencontre et date l’origine du Comitium de la fondation de Rome par Romulus vers le milieu du VIIIe siècle...

[6]

Varron, Sur la langue latine, V, 155 : Comitium ab eo quod coibant eo comitiis curiatis et litium causa.

[7]

Corpus Inscriptionum Latinarum (C.I.L.), I2, 1.

[8]

Plut., Rom., 11,2 : Βό θρος γὰ ρ ὠ ρύ γη περὶ τὸ νῦ ν Κομίτιον κυκλοτερή ς῟ ἀ παρχαί τε πά ντων῟ ὅ σοις νό μῳ μὲ ν ὡ ς καλοĩς ἐ χρῶ ντ὇ φύ σει δ᾽ ὡ ς ἀ ναγκαίοις῟ ἀ πετέ θησαν ἐ νταῦ θα. Καὶ τέ λος ἐ ξ ἧ ς ἀ φĩκτο γῆ ς ἕ καστος ὀ λίγην κομίζων μοĩραν ἔ βαλλον εἰς ταῦ τα καὶ συνεμί-γνυον. Καλοῦ σι δὲ τὸ ν βό θρον τοῦ τον ῳ῾ καὶ τὸ ν ὄ λυμπον ὀ νό ματι μοῦ νδον. Εἶθ᾽ ὥ σπερ κύ κλον κέ ντρῳ περιέ γραψαν τὴ ν πό λιν : « On creusa une fosse circulaire dans la zone du Comitium actuel, et l’on y déposa, d’une part les prémices de toutes les choses dont l’usage est bon dans la mesure où il est conforme à la Loi, et d’autre part de toutes celles dont l’usage est rendu nécessaire par la Nature. Et à la fin, chacun ayant emporté une petite portion de la terre d’où il venait, la jeta dans la fosse, et on mêla le tout ensemble. On appelle cette fosse le mundus, de la même manière que l’on désigne l’Olympe. Puis on traça les limites de la ville à la manière d’un cercle autour de ce centre. » W. Warde Fowler, « Mundus patet. 24th August, 5th October, 8th November », Journal of Roman Studies (JRS), 2,1912, p. 25-33 ; Stefan Weinstock, « Mundus patet », Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts (Rö m. Abteil.) (MDAI(R)), 45,1930, p. 116-118; Ludwig Deubner, « Mundus », Hermes, 68,1933, p. 277-278; Filippo Coarelli, Il Foro Romano, I, Periodo arcaico, Rome, Quasar, 19862, p. 224-225. D’après Cristiano Dognini, « Kosmos e mundus due concezioni a confronto », dans C. Dognini (édité par), Kosmos. La concezione del mondo nelle civiltà antiche, Alessandria (Studi di Storia greca e romana, 7), 2002, p. 93-94 et p. 98, l’étymologie du mot mundus renverrait à une réalité circulaire, comme la voûte ou le cercle.

[9]

Paul Diacre, Abrégé de Festus, p. 295 Lindsay (L.) : Posimirium pontificale pomerium, ubi pontifices auspicabantur. Dictum autem pomerium, quasi promurium, id est proximum muro.

[10]

Carmine Ampolo et Mario Manfredini (édité par), Plutarco, Le vite di Teseo e di Romolo, Fondazione Lorenzo Valla, Vérone, Mondadori, 19932, p. 298-300.

[11]

Varron, Sur la langue latine, V, 143 : Oppida condebant in Latio Etrusco ritu multi, id est iunctis bobus, tauro et vacca interiore, aratro circumagebant sulcum (hoc faciebant religionis causa die auspicato), ut fossa et muro essent muniti. Terram unde exculpserant, fossam vocabant et introrsum iactam, murum. Post ea qui fiebat orbis, urbis principium; qui quod erat post murum, postmoerium dictum, eo usque auspicia urbana finiuntur. Cippi pomeri stant et circum Ariciam et circum Romam. Quare et oppida quae prius erant circumducta aratro ab orbe et urvo urbes; ideo coloniae nostrae omnes in litteris antiquis scribuntur urbis, quod item conditae ut Roma, et ideo coloniae et urbes conduntur, quod intra pomerium ponuntur.

[12]

Aulu-Gelle, Nuits Attiques, XIII, 14,1 : « Pomerium » quid esset, augures populi Romani, qui libros De auspiciis scripserunt, istiusmodi sententia definierunt : « Pomerium est locus intra agrum effatum per totius urbis circuitum pone muros regionibus certeis determinatus, qui facit finem urbani auspicii ». Pour une définition juridique du pomerium, Francesco De Martino, Storia della Costituzione Romana, I, Naples, 19722, p. 126-129; Pierangelo Catalano, « Aspetti spaziali del sistema giuridico-religioso romano. Mundus, templum, urbs, ager, Latium, Italia », dans W. Haase (édité par), Aufstieg und Niedergang der römischen Welt : Geschichte und Kultur Roms im Spiegel der neueren Forschung (ANRW), II, 16,1, Berlin-New York, 1978, p. 440-553 ; André Magdelain, « Le pomerium archaïque et le mundus », dans Jus, imperium, auctoritas. É tudes de droit romain, Rome, É cole française de Rome (CEF, 133), 1990, p. 155-161.

[13]

Cf. Jö rg Rü pke, Domi militiae. Die religiöse Konstruktion des Krieges in Rom, Stuttgart, F. Steiner, 1990, p. 30-51.

[14]

A. Magdelain, dans Jus, imperium, auctoritas, op. cit., p. 168-177 ; M. Andreussi, s.v. « Pomerium », dans LTUR, op. cit., IV, 1999, p. 96-105; F. Coarelli, « Mundus, pomerium, ager : la concezione dello spazio a Roma », dans G. Camassa, A. De Guio, F. Veronese (édité par), Paesaggi di potere : problemi e prospettive, Rome (Quaderni di Eutopia, 2), 2000, p. 285-292.

[15]

Ovide, Fastes, IV, 819-826 : Apta dies legitur, qua moenia signet aratro. / Sacra Palis suberant : inde movetur opus. / Fossa fit ad solidum; fruges iaciuntur in ima; / et de vicino terra petita solo. / Fossa repletur humo, plenaeque imponitur ara; / et novus accenso finditur igne focus. / Inde premens stivam designat moenia sulco : / alba iugum niveo cum bove vacca tulit : « On fait le choix d’un jour propice, pour qu’il trace à la charrue la ligne des remparts; la fête de Palès approchait : c’est à cette date qu’on commence l’ouvrage. On creuse une fosse jusqu’au roc, on y jette des fruits du sol, et de la terre qu’on est allé chercher dans le voisinage. La fosse est comblée, on élève un autel par-dessus, et le nouveau foyer se fissure au feu qu’on y allume. Puis Romulus, pesant sur le manche de la charrue, dessine l’enceinte en traçant un sillon; une vache blanche porte le joug avec un bœuf blanc comme neige. »

[16]

W. Kroll, s.v. « Mundus », dans Pauly et Wissowa (sous la direction de), Realencyclopä die der klassischen Altertumswissenschaft (RE), XVI, 1,1933, col. 563 ; L. Deubner, « Mundus », art. cit., p. 277 ; A. Magdelain, dans Jus, imperium, auctoritas, op. cit., p. 183.

[17]

Paul Diacre, Abrégé de Festus, p. 271 L. : Primigenius sulcus dicitur, qui in condenda nova urbe tauro et vacca designationis causa inprimitur.

[18]

Festus, De la signification des mots, p. 310 L. : Quadrata Roma in Palatio ante templum Apollinis dicitur, ubi reposita sunt, quae solent boni ominis gratia in urbe condenda adhiberi, quia saxominitus(= munitus ?) est initio (= initus ?) in speciem quadratam. Eius loci Ennius meminit cum ait (Ann., fr. 157 V. 2 = 150 Skutsch) : « Et qui se sperat Romae regnare Quadratae ? ».

[19]

Cf. G. Carettoni, A. M. Colini, L. Cozza, G. Gatti, La pianta marmorea di Roma antica, Rome, 1960, p. 143 (pl. XIII).

[20]

Cf. F. Coarelli, s.v. « Roma Quadrata », dans LTUR, op. cit., IV, 1999, p. 207-209.

[21]

Cf. A. v. Blumenthal, « Roma Quadrata », Klio, 35,1942, p. 181-188; A. Magdelain, dans Jus, imperium, auctoritas, op. cit., p. 168.

[22]

Cf. notamment V. Basanoff, « Pomerium Palatinum », Memorie della Classe di Scienze morali e storiche dell’Accademia dei Lincei (MAL), 9, sér. 6,1939, p. 3-109; Einer Gjerstad, « Il Comizio romano dell’età repubblicana », Opuscula Archaeologica, II, Lund-Leipzig, 1941, p. 133-134; Robert E. A. Palmer, The Archaic Community of the Romans, Cambridge, 1970, p. 182-184; F. Coarelli, « Ara Saturni, Mundus, Senaculum », Dialoghi di Archeologia (DArch), 9-10,1976-1977, p. 346-377. Nouvelle discussion sur les sources et les interprétations modernes au sujet du mundus par Carl Deroux, « Le mundus : images modernes et textes anciens », dans Paul-Augustin Deproost et Alain Meurant (édité par), Images d’origines. Origines d’une image. Hommages à Jacques Poucet, Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université catholique de Louvain et Facultés universitaires Saint-Louis (Transversalités, 4), 2004, p. 125-137.

[23]

Henri Le Bonniec, Le culte de Cérès à Rome. Des origines à la fin de la République, Paris, Librairie C. Klincksieck, 1958, p. 185-193 ; p. 266-276. Contra : F. Castagnoli, « Il mundus e il rituale della fondazione di Roma », dans Topografia antica, I, op. cit., p. 189-193.

[24]

Jean-Marie Pailler, Bacchanalia. La répression de 186 av. J.-C. à Rome et en Italie : vestiges, images, tradition, Rome, É cole française de Rome (BEFAR, 270), 1988, p. 421-427.

[25]

Caton chez Festus, p. 144 L. (voir infra n. 33).

[26]

F. Coarelli, « Ara Saturni, Mundus », art. cit., p. 346-377 ; Id., « L’Umbilicus urbis. Il mundus in età tardo-repubblicana », Dialoghi di archeologia (DArch), 9-10,1976-1977, p. 378-398; Id., Il Foro Romano, I, op. cit., p. 199-226; Id., s.v. « Mundus », dans LTUR, op. cit., III, 1996, p. 288-289; Id., s.v. « Umbilicus Romae », dans LTUR, op. cit., V, 1999, p. 95-96.

[27]

Festus, p. 126 L. : (...) Cereris qui mundus appellatur, qui ter in anno solet patere : VIIII Kal. Sept. et III Non. Octobr. et VI Id. Novembr. Qui velenimdictus est quod terra movetur : « On appelle mundus de Cérès celui qu’on a l’habitude d’ouvrir trois fois par an : le neuvième jour avant les calendes de septembre, le troisième jour avant les nones d’octobre et le sixième jour avant les ides de novembre. Ou, si vous voulez, le mundus est ainsi appelé parce que la terre se meut. » Macrobe, Saturnales, I, 16,17-18 : (...) nec Latinarum tempore (...) inchoari bellum decebat (...) nec patente mundo, quod sacrum Diti patri et Proserpinae dicatum est, meliusque occlusa Plutonis fauce eundum ad proelium putaverunt. Unde et Varro ita scribit : « Mundus cum patet, deorum tristium atque inferum quasi ianua patet » : « À l’époque des Féries Latines (...), il n’aurait pas été convenable de commencer une guerre (...), ni lorsque le mundus est ouvert : en effet, il est consacré à Dis Pater et à Proserpine, et l’on a pensé qu’il valait mieux marcher au combat lorsque le couloir de Pluton est fermé. Aussi Varron écrit-il : ‘‘Lorsque le mundus est ouvert, c’est pour ainsi dire la porte des divinités funestes et infernales qui est ouverte.’’»

[28]

H. Le Bonniec, Le culte de Cérès, op. cit., p. 175-184; J.-M. Pailler, Bacchanalia, op. cit., p. 421-422.

[29]

Cf. aussi le Scoliaste de Berne, Commentaire des É glogues de Virgile, III, 104 : voir infra no 36. Voir S. Weinstock, MDAI(R), 45,1930, p. 111-123 ; W. Kroll, dans RE, op. cit., XVI, 1,1933, col. 561.

[30]

J.-M. Pailler, Bacchanalia, op. cit., p. 421-435.

[31]

A. Magdelain, dans Ius, Imperium, auctoritas, op. cit., p. 188-190. Les jours comitiaux étaient considérés comme des jours fastes (en fait, ceux pendant lesquels on pouvait convoquer les comices) : Varron, Sur la langue latine, VI, 29,30; Macrobe, Saturnales, I, 16,14.

[32]

Attilio Degrassi (édité par), Inscriptiones Italiae, XIII, 2, Fasti anni Numani et Iuliani, Rome, 1963, p. 17, p. 20 et p. 22; cf. table III. Sur la publication du calendrier des Fastes, voir Michel Humm, « Spazio e tempo civici : riforma delle tribù e riforma del calendario a Roma alla fine del IV secolo a. C. », dans Christer Bruun (édité par), The Roman Middle Republic. Politics, Religion, and Historiography, c. 400 - 133 B.C. (Papers from a conference at the Institutum Romanum Finlandiae, September 11-12,1998), Acta IRF, 23, Rome, Institutum Romanum Finlandiae, 2000, p. 91-120.

[33]

Festus, p. 144 L. : Mundus, ut ait Capito Ateius in lib. VI Pontificali, ter in anno patere solet diebus his : postridie Volkanalia et ante diem <III Non. Oct. et ante diem> VI Id. Nov. Qui quid ita dicatur sic refert Cato in Commentaris iuris civilis : « Mundo nomen inpositum est ab eo mundo qui supra nos est : forma enim eius est, ut ex is qui intravere cognoscere potui, adsimilis illae. Eius inferiorem partem, veluti consecratam Dis Manibus clausam omni tempore nisi his diebus qui supra scripti sunt maiores c<ensuerunt habenda>m. Quos dies etiam religiosos iudicaverunt ea de causa, quod quo tempore ea, quae occultae et abditae religionis Deorum Manium essent, veluti in lucem quandam adducerentur et patefierent, nihil eo tempore in republica geri voluerunt. Itaque per eos dies non cum hoste manus conserebant, non exercitus scribebatur, non comitia habeba<ntur, non> aliud quicquam in republica, nisi quod ultima necessitas admonebat, administrabatur » : « Le mundus, comme le dit Ateius Capito dans le sixième livre Du droit pontifical, s’ouvre d’habitude trois fois par an les jours suivants : le lendemain des Volcanalia, le troisième jour avant les nones d’octobre et le sixième jour avant les ides de novembre. Caton, dans ses Commentaires sur le droit civil, rapporte ce que l’on appelle ainsi de la manière suivante : « Le nom qui s’applique au mundus provient du monde (mundus) qui est au-dessus de nous : en effet, comme j’ai pu l’apprendre de ceux qui y sont entrés, la forme du mundus est semblable à celle de l’autre mundus. Nos ancêtres ont décidé que sa partie inférieure devait rester fermée en permanence, comme si elle était consacrée aux Dieux Mânes, à l’exception des jours indiqués ci-dessus. Ils considéraient d’ailleurs ces journées comme marquées d’une crainte religieuse parce qu’à ce moment-là, les secrets de la religion des Dieux Mânes, qui étaient d’habitude occultés et cachés, étaient pour ainsi dire amenés en pleine lumière et placés devant les yeux, si bien qu’ils ne voulaient rien faire dans la gestion des affaires publiques pendant ce temps-là. C’est pourquoi, ces jours-là, ils n’en venaient pas aux mains avec l’ennemi, l’armée n’était pas enrôlée, on ne tenait pas de comices, on n’administrait rien d’autre dans les affaires publiques sauf en cas d’extrême nécessité. »

[34]

J.-M. Pailler, Bacchanalia, op. cit., p. 431.

[35]

Caton chez Festus, p. 144 L. (voir supra n. 33).

[36]

Cf. aussi le Scoliaste de Berne, Commentaire des É glogues de Virgile, III, 104 : Alii mundum in sacro Cereris et caelum pro mundo positum dicunt : « D’autres disent que le mundus est situé dans le sanctuaire de Cérès et que le ciel se situe à la place du mundus. » Voir C. Dognini, « Kosmos e mundus », art. cit., p. 89-93, qui montre que le sens donné au mot mundus par les auteurs latins les plus anciens qui nous sont parvenus (Caton, Plaute et Ennius) est celui de « voûte céleste ».

[37]

Varron, Sur la langue latine, VII, 6 : Templum tribus modis dicitur : ab natura, ab auspicando, a similitudine; <ab> natura in caelo, ab auspiciis in terra, a similitudine sub terra : « On dit qu’il y a trois façons d’avoir un templum : d’après la nature, d’après les auspices et d’après la ressemblance; d’après la nature, quand le templum est dans le ciel, d’après les auspices, quand il est sur terre, et d’après la ressemblance, quand il est sous terre. » Voir Paul Diacre (d’après Festus), p. 125 L. : Mundus appellatur caelum, terra, mare et aer : « On appelle mundus l’ensemble formé par le ciel, la terre, la mer et l’air. » Servius, Commentaire à l’É néide de Virgile, III, 134 : Quidam aras superorum deorum volunt esse, medioximorum id est marinorum focos, inferorum vero mundos : « Certains veulent que les autels soient consacrés aux dieux supérieurs (ou souverains), les foyers aux dieux moyens, c’est-à-dire marins, et les mundi aux divinités infernales. » Cf. F. Coarelli, Il Foro Romano, I, op. cit., p. 209 et p. 219-221.

[38]

J.-M. Pailler, Bacchanalia, op. cit., p. 430.

[39]

Mircea Eliade, Traité d’histoire des religions, Paris, 1964, p. 315.

[40]

J.-M. Pailler, Bacchanalia, op. cit., p. 431.

[41]

Pierre Boyancé, É tudes sur le Songe de Scipion, Limoges, 1936, p. 118; Leonardo Ferrero, Storia del pitagorismo nel mondo romano (dalle origini alla fine della Repubblica), Turin, 1955, p. 217 et no 180.

[42]

Cf. Diogène Laërce, Vie de Pythagore, 48; Plutarque, Sur Isis et Osiris, 75, p. 382 A; Jamblique, Vie de Pythagore, 162. Pour Armand Delatte, É tudes sur la littérature pythagoricienne, Paris, 1915, p. 17, l’attribution à Pythagore de la création du mot κό σμος pour désigner l’univers proviendrait de Timée, qui aurait ainsi reproduit le contenu des Mémoires des pythagoriciens ( των Πυθαγορικων ὑ πομνημά τα ) qui devaient circuler en Grande-Grèce fin IVe – début IIIe siècle. C. Dognini, « Kosmos e mundus », art. cit., p. 81-85, a montré que le mot κό σμος remonte à la poésie homérique et qu’il exprimait à l’origine les concepts d’« ordre » et de « perfection » : ce n’est qu’ultérieurement que les philosophes grecs l’ont employé dans le sens d’« univers » afin de désigner le monde comme une réalité ordonnée et parfaite (ce qui correspond effectivement à un des aspects importants de l’enseignement pythagoricien : voir infra n. 44).

[43]

Jaan Puhvel, « The Origins of Greek kosmos and Latin mundus », American Journal of Philology (AJPh), 97,1976, p. 154-167 ; C. Dognini, « Kosmos e mundus », art. cit., p. 81-98 ( κό σμος au sens abstrait d’univers « ordonné et parfait », et mundus au sens concret de « voûte céleste »).

[44]

Platon, La République, X, 616 d – 617 d; Timée, 36 d – 39 b; Cratyle, 405 c-d; Aristote, Du ciel, II, 9,290 b; fr. 47 Rose; fr. 203 Rose; Cicéron, La République, VI, 17-19; cf. Jamblique, Vie de Pythagore, 65-66. Cf. P. Boyancé, « Les Muses et l’harmonie des sphères », dans les Mélanges Félix Grat, t. 1, Paris, 1946, p. 3-16.

[45]

Cf. F. Coarelli, s.v. Mundus, dans L.T.U.R., op. cit., III, 1996, p. 289.

[46]

Caton chez Festus, p. 144 L. (voir supra n. 33). L’Olympe correspond d’abord au ciel : Varron, Sur la langue latine, VII, 20 : Caelum dicunt Graeci Olympum...; Servius, Commentaires à l’É néide de Virgile, IV, 268 : Olympus quasi ὀ λολαμπή ς dictus est sive mons sit Macedoniae, qui dicitur esse diversorium deorum, sive caelum; Isidore de Séville, É tymologies, XIV, 8,9 : Dictus autem Olympus quasi Ololampus, id est quasi caelum. Cf. C. Ampolo et M. Manfredini (édité par), Plutarco, Le vite di Teseo e di Romolo, op. cit., p. 300.

[47]

Philolaos, fr. 44 A 16 Diels-Kranz (chez Aëtius, Sentences, II, 7,7), traduit par J.-P. Dumont, Les Présocratiques, Paris, Gallimard (« Bibliothèque de la Pléïade »), 1988, p. 497 : Τὸ μὲ ν οὖ ν ἀ νωτά τω μέ ρος τοῦ περιέ χοντος῟ ἐ ν ' τὴ ν εἰλικρίνειαν εἶναι τῶ ν στοιχείων῟ ὄ λυμπον καλεĩ῟ τὰ δὲ ὑ πὸ τὴ ν τοῦ ὀ λύ μπου φορά ν῟ ἐ ν ' τοὺ ς πέ ντε πλανή τας μεθ᾽ ἡ λίου καὶ σελή νης τετά χθαἷ κό σμον῟ τὸ δ᾽ ὑ πὸ τού τοις ὑ ποσέ ληνό ν τε καὶ περίγειον μέ ρος῟ ἐ ν ' τὰ τῆ ς φιλομεταβό λου γενέ σεως῟ οὐ ρανό ν.

[48]

P. Boyancé, É tudes sur le Songe de Scipion, op. cit., p. 57-115.

[49]

Platon, Gorgias, 508 a; République, VI, 500 c; Timée, 90 c-d; cf. les commentaires de M. Canto, éditeur de Platon, Gorgias, Paris, Garnier-Flammarion (collection « G. F. »), 1987, p. 348, no 190; et ceux de Jean-François Balaudé, Les théories de la justice dans l’Antiquité, Paris, Nathan Université, 1996, p. 76-78 et p. 91-93. Sur le logismos, dont la découverte et l’application aux institutions de la Cité permet d’éloigner la guerre civile (stasis) et d’apporter la concorde (homonoia) entre les citoyens, voir le fragment d’Archytas : 47 B 3 Diels-Kranz (Die Vorsokratiker, I3, p. 336), traduction française par J.-P. Dumont, Les Présocratiques, op. cit., p. 536.

[50]

Pseudo-Archytas, De legibus, fr. 2 Thesleff (chez Stobée, Florilège, IV, 1,136 (p. 83 H.) = 43, 133a M.) : Δεĩ δὲ τὸ ν νό μον ἀ κό λουθον ἧ μεν τῇ φύ σεἷ δυνατὸ ν τοĩς πρά γμασἷ συμφέ ροντα τᾷ πολιτικᾷ κοινωνίι · αἴτε γὰ ρ ἑ νὸ ς τού των αἴτε πλειό νων αἴτε πά ντων ἀ πολείπηταἷ ἤ τοι οὐ νό μος ἢ οὐ τέ λειος νό μος ἐ σεĩται. ᾿Ακό λουθος μὲ ν οὖ ν κα εἴη τᾷ φύ σεἷ μιμεό μενος τὸ τᾶς φύ σιος δίκαιον · τοῦ το δέ ἐ στιν τὸ ἀ νά λογον καὶ τὸ ἐ πιβά λλον ἑ κά στῳ κατὰ τὰ ν ἑ κά στου ἀ ξίαν : « Il faut que la Loi soit conforme à la Nature, efficace pour les affaires publiques, utile à la communauté politique. Car si elle manque de l’une ou de plusieurs ou de l’ensemble de ces qualités, elle ne sera pas une loi ou elle ne sera pas une loi parfaite. La Loi serait conforme à la Nature, si elle imitait le droit de la Nature : celui-ci est le [droit] proportionnel et ce qui revient à chacun selon sa dignité » (traduit par A. Delatte, Essai sur la politique pythagoricienne, Liège-Paris, 1922, p. 91). Cf. le commentaire d’A. Delatte, op. cit., p. 91-92.

[51]

Macrobe, Saturnales, I, 7,30-31 ; I, 7,37 ; I, 11,48-49; I, 16,16-18 (nec patente mundo, quod sacrum Diti patri et Proserpinae dicatum est). Cf. F. Coarelli, Il Foro Romano, I, op. cit., p. 207-208 et p. 215-217.

[52]

Pour les Pythagoriciens, Perséphone personnifiait la Lune, donc le monde uranien (les planètes étaient appelées « les chiens de Perséphone » : Aristote, fr. 196 Rose, chez Porphyre, Vie de Pythagore, 41 ).

[53]

Françoise-Hélène Massa-Pairault, La cité des É trusques, Paris, CNRS É ditions, 1996, p. 188.

[54]

Cf. F. Coarelli, « Ara Saturni, Mundus », op. cit., p. 365-373 ; Id., « Mundus, pomerium, ager », op. cit., p. 287-288; F.-H. Massa-Pairault, La cité des É trusques, op. cit., p. 111 ; Mario Torelli, « C. Genucio(s) Clousino(s) prai(fectos). La fondazione della praefectura Caeritum », dans Ch. Bruun (édité par), The Roman Middle Republic, op. cit., p. 141-176 (en part. p. 161-173); mais l’identification de ces salles avec une fosse de fondation, voire avec le mundus romain, est loin d’être assurée : cf. F. Castagnoli, dans Topografia antica, I, op. cit., p. 189-193 ; J.-M. Pailler, Bacchanalia, op. cit., p. 411-413.

[55]

Emanuele Ciaceri, Storia della Magna Grecia, III, Decadenza e fine degli stati italioti. Romanizzazione del Mezzogiorno d’Italia, dalla metà del IV esc. a. C. al sec. VI d. C., Milan-Gênes-Rome-Naples, 1932, p. 312-313 ; Pierre Wuilleumier, Tarente des origines à la conquête romaine, Paris, De Boccard (BEFAR 148), 1939, p. 502-511 et p. 678; Jérôme Carcopino, La basilique pythagoricienne de la Porte Majeure, Paris, L’Artisan du Livre, 1927, p. 264-385 ; Giovanni Pugliese Carratelli, « L’orfismo in Magna Grecia », dans Id. (sous la direction de), Magna Grecia, III, Milan, Electa, 1988, p. 159-170; A. Bottini, Archeologia della salvezza. L’escatologia greca nelle testimonianze archeologiche, Milan, 1992, p. 38-42; Christoph Riedweg, « Orfeo », dans Salvatore Settis (sous la direction de), I Greci, II, 1, Turin, Einaudi, 1996, p. 1251-1280; G. Maddoli, « Culti e dottrine religiose dei Greci d’Occidente », dans G. Pugliese Carratelli (sous la direction de), I Greci in Occidente, Milan, Bompiani, 1996, p. 483-486. En fait, d’après P. Boyancé, « L’influence pythagoricienne sur Platon », dans Filosofia e scienze in Magna Grecia. Atti del quinto Convegno di Studi sulla Magna Grecia (Tarente, octobre 1965), Naples, 1966, p. 107-108, le culte de Perséphone, que l’on retrouve mentionné dans les fameuses lamelles d’or découvertes dans diverses tombes de Grande-Grèce et datant des IVe et IIIe siècles av. J.-C., serait davantage orphique que pythagoricien (cf. G. Pugliese Carratelli, Les lamelles d’or orphiques. Instructions pour le voyage d’outre-tombe des initiés grecs, Paris, Les Belles Lettres, 2003 [traduction française de l’édition italienne de 2001 ], fr. II A 1, II A 2, II B 2, II C 1 : Hadès et Perséphone y sont considérés comme les souverains et juges des Enfers auxquels on s’adresse pour assurer l’immortalité de son âme).

[56]

Cf. M. Torelli, Storia degli Etruschi, Rome-Bari, Laterza, 1981, p. 243 et fig. 106; F.-H. Massa-Pairault, « La transmission des idées entre Grande Grèce et É trurie », dans Magna Grecia, Etruschi e Fenici. Atti del trentatresimo Convegno di Studi sulla Magna Grecia (Taranto, 1993), Tarente, 1996, p. 396-399; Ead., Iconologia e politica nell’Italia antica. Roma, Lazio, Etruria dal VII al I secolo a. C., Milan, Longanesi & C., 1992, p. 115-117, fig. 101-102; Ead., La cité des É trusques, op. cit., p. 180-182. Sur la croyance pythagoricienne en « un tribunal établi chez Hadès, prenant en considération l’âme et son essence, qui est la première des réalités » : cf. Jamblique, Vie de Pythagore, 155 et 179. Les âmes prêtes à se réincarner et qui peuplent les Enfers sont évoquées par Virgile (É néïde, VI, 706-751 ), dans une atmosphère manifestement néo-pythagoricienne : cf. J. Carcopino, La basilique pythagoricienne, op. cit., p. 274-275, no 2; E. Norden, éd. de P. Vergilius Maro, Aeneis Buch VI, Stuttgart, 19273, p. 3-20 et p. 305-312; Robert Schilling, Dans le sillage de Rome, Paris, É ditions Klincksieck, 1988, p. 90-93 ; Ettore Paratore (édité par), Virgilio, Eneide, vol. III, Libri V-VI, Milan, 19903, p. 323-334 (no 707-748). Le couple Hadès-Perséphone apparaît également dans les fresques de la « Tombe Gollini I » de Volsinies (deuxième quart du IVe siècle), où il est présenté en train de présider un banquet où le défunt figure en compagnie de ses ancêtres : pour F.-H. Massa-Pairault, La cité des É trusques, op. cit., p. 188, cette « réunion conviviale » en présence des divinités infernales se rapporte à « la conception pythagoricienne du banquet des Justes en présence de Perséphone », où le défunt est présenté comme « un héros du Bon Gouvernement et de la Justice » (cf. également Ead., Iconologia e politica, op. cit., p. 112-114 et fig. 98-100).

[57]

Cf. Walter Leszl, « Pitagorici ed Eleati », dans G. Pugliese Carratelli (édité par), Magna Grecia, III, op. cit., p. 204-206.

[58]

C. Dognini, « Kosmos e mundus », art. cit., p. 94-97, voit la possibilité d’une influence de l’Etrusca disciplina dans la conception romaine du mundus, ainsi qu’une interférence de la langue étrusque dans la formation du mot mundus (la racine indo-européenne *mon-do- serait passée par l’étrusque munq pour donner le latin mundus) : faut-il alors imaginer que les conceptions pythagoriciennes présentes dans le mundus romain et venues de Grande-Grèce auraient transité par l’É trurie avant de toucher Rome ? (cf. F.-H. Massa-Pairault, « La transmission des idées entre Grande Grèce et É trurie », dans Magna Grecia, op. cit., p. 377-422).

[59]

Cf. F. Coarelli, Il Foro Romano, I, op. cit., p. 126; 133 ; 146-149; Id., Il Foro Romano, II, Periodo repubblicano e augusteo, Rome, Quasar, 19922, p. 11-21.

[60]

M. Humm, « Le Comitium du Forum Romain et la réforme des tribus d’Appius Claudius Caecus », Mélanges de l’É cole Française de Rome (Antiquité) (MEFRA), 111,1999,2, p. 625-694.

[61]

Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, XXXIV, 12; Plutarque, Numa, 8,20; cf. F. Coarelli, Il Foro Romano, I, op. cit., p. 149-159; ibid., II, p. 119-123.

[62]

Varron, Sur la langue latine, V, 155; cf. F. Coarelli, s.v. « Graecostasis », dans LTUR, op. cit., II, 1995, p. 373.

[63]

Tite-Live, IX, 46,6-7 ; Pline, Hist. Nat., XXXIII, 19-20.

[64]

Archytas, 47 B 3 Diels-Kranz (voir supra n. 49); cf. Aristote, Politique, VI, 5,1320 b. A. Delatte, Essai sur la politique pythagoricienne, op. cit., p. 112; p. 122; p. 143 ; p. 167 ; p. 171-172; P. Wuilleumier, Tarente, op. cit., p. 181-182; Arnaldo Momigliano, « Camillus and the Concord », Classical Quarterly (CQ), 36,1942, p. 111-120 ( = Id., Secondo contributo alla storia degli studi classici e del mondo antico, Rome, 1960, p. 89-104); M. Humm, « Les origines du pythagorisme romain : problèmes historiques et philosophiques », (II) « L’origine tarentine du pythagorisme romain », Les É tudes Classiques (LEC), 65,1997, p. 25-42.

[65]

On retrouve ces idées chez Platon et Aristote : Plat., Tim., 33 b : Σχῆ μα δὲ ἔ δωκεν αὐ τῷ τὸ πρέ πον καὶ τὸ συγγενέ ς. Τῷ δὲ τὰ πά ντα ἐ ν αὑ τῷ ζῷ α περιέ χειν μέ λλοντι ζῴ ῳ πρέ πον ἂν εἴη σχῆ μα τὸ περιειληφὸ ς ἐ ν αὑ τῷ πά ντα ὁ μό σα σχή ματα · διὸ καὶ σφαιροειδέ ς῟ ἐ κ μέ σου πά ντῃ πρὸ ς τὰ ς τελευτὰ ς ἴσον ἀ πέ χον῟ κυκλοτερὲ ς αὐ τὸ ἐ τορνεύ σατ὇ πά ντων τελεώ τατον ὁ μοιό τατό ν τε αὐ τὸ ἑ αυτῷ σχημά των῟ νομίσας μυρίῳ κά λλιον ὅ μοιον ἀ νομοίου : « Pour la forme, il lui a donné celle qui lui convenait et avait de l’affinité avec lui. Or la forme qui convenait à l’animal qui devait contenir en lui tous les animaux, c’était celle qui renferme en elle toutes les autres formes. C’est pourquoi le dieu a tourné le Monde en forme de sphère, dont les extrémités sont partout à égale distance du centre, cette forme circulaire étant la plus parfaite de toutes et la plus semblable à elle-même, car il pensait que le semblable est infiniment plus beau que le dissemblable. »; Arist., De caelo, I, 2,269 a : ῾Ο δὲ κύ κλος τῶ ν τελείων῟ εὐ θεĩα δὲ γραμμὴ οὐ δεμία... : « Le cercle est une des choses parfaites, ce que n’est aucune ligne droite... »; II, 3,286 b : Σχῆ μα δ᾽ ἀ νά γκη σφαιροειδὲ ς ἔ χειν τὸ ν οὐ ρανό ν· τοῦ το γὰ ρ οἰκειό τατό ν τε τῇ οὐ σίι καὶ τῇ φύ σει πρῶ τον : « Le ciel a nécessairement une forme sphérique, car cette figure est la mieux adaptée à sa substance et elle est première par nature. »; II, 8,290 a : Διὸ καὶ εὐ λό γως ἂν δό ξειεν ὅ τε ὅ λος οὐ ρανὸ ς σφαιροειδὴ ς εἶναι καὶ ἕ καστον τῶ ν ἄ στρων. Πρὸ ς μὲ ν γὰ ρ τὴ ν ἐ ν ἑ αυτῷ κίνησιν ἡ σφαĩρα τῶ ν σχημά των χρησιμώ τατον... : « Il est logique d’admettre que l’ensemble du ciel est sphérique et que chaque astre en particulier l’est aussi. La sphère est, en effet, la figure la plus avantageuse pour le mouvement sur soi-même... »; Pseudo-Arist., De mundo, II, 391 b : Τοῦ δὲ σύ μπαντος οὐ ρανοῦ τε καὶ κό σμου σφαιροειδοῦ ς ὄ ντος... : « L’ensemble du ciel et du cosmos étant de forme sphé-rique... » Cf. Jean-François Mattéi, Pythagore et les Pythagoriciens, Paris, PUF (collection « Que sais-je ? » no 2732), 1993, p. 85-86 : « Pythagore enseignait la sphéricité de la Terre et du monde, non pas pour des raisons empiriques, mais pour des raisons théoriques d’ordre harmonique, le plus beau des solides étant la sphère. »

[66]

Cf. Claude Nicolet, « L’idéologie du système centuriate et l’influence de la philosophie politique grecque », dans La filosofia greca e il diritto romano (Roma, 14-17 aprile 1973), I, Accademia Nazionale dei Lincei, Rome, 1976, p. 111-137 ( = Id., Censeurs et publicains. É conomie et fiscalité dans la Rome antique, Paris, Fayard, 2000, p. 45-69); Id., Le métier de citoyen dans la Rome républicaine, Paris, Gallimard, 1976, p. 81-85 ; p. 210-217 ; M. Humm, « Le Comitium du Forum Romain », art. cit., p. 690-693 ; Id., Appius Claudius Caecus. La République accomplie, Rome (BEFAR), (à paraître).

[67]

M. Humm, « Le Comitium du Forum Romain », art. cit., p. 639-643 et p. 675-682.

[68]

C’est aussi au Comitium qu’une tradition plaçait la mort de Romulus, dont le corps aurait été mis en pièces par les sénateurs qui en auraient chacun emporté une partie selon un processus inverse à celui de la fondation du mundus : Liv., I, 16,4; Dion. Hal., II, 56,3-5; Val. Max., V, 3,1 ; App., De bell. civ., II, 114; Plut., Rom., 27,6; cf. B. Liou-Gille, Cultes « héroïques » romains. Les fondateurs, Paris, 1980, p. 174-179.

Résumé

Français

Le mundus et le Comitium sont deux monuments symboliques placés au cœur de la Cité, à Rome : alors que le Comitium est le lieu de réunion symbolique des assemblées du peuple, le mundus est un monument qui évoque la fondation de la Cité ainsi que la communication de celle-ci avec ses dieux. Mais le mundus romain aurait reçu, entre la fin du IVe et le milieu du IIIe siècle, une interprétation pythagoricienne qui l’assimila à une représentation symbolique du cosmos. Cette interprétation pythagoricienne ou pythagorisante pourrait avoir été la consé-quence de l’adoption de la forme circulaire du Comitium, dont le mundus finit par traduire la dimension cosmique. Le mundus et le Comitium sont donc devenus, entre la fin du IVe et le milieu du IIIe siècles, les centres symboliques de l’espace de la cité, et leur interprétation pythagoricienne (ou pythagorisante) en fit des représentations cosmiques de l’univers, auquel les nouvelles institutions, adoptées vers la fin du IVe siècle, tâchaient de se conformer.

English

The mundus and the Comitium: symbolic representations of the city’s space The mundus and the Comitium are two symbolic monuments placed at the heart of the City, in Rome: while the Comitium is the symbolic meeting-place of the assemblies of the populus, the mundus is a monument that reminds the foundation of the City and its communication with its gods. But the Roman mundus would have received, between the end of the 4th c. and the middle of the 3rd c. B.C., a pythagorician interpretation that would have assimilated it to a symbolic representation of the cosmos. This pythagorician or pythagorizing interpretation could have been the consequence of the circular form adoption of the Comitium and the mundus would have expressed its cosmic dimension. Thus the mundus and the Comitium became, between the end of the 4th and the middle of the 3rd c. B.C. the symbolic centers of the City space and their pythagorician (or pythagorizing) interpretation built them as cosmic representations of the universe in which the new institutions – adopted circa the end of the 4th c. – had to shape themselves.

Plan de l'article

  1. Une ville quadrangulaire ou circulaire ?
  2. L’interprétation pythagoricienne du mundus
  3. le centre cosmique et institutionnel de la Cité

Pour citer cet article

Humm Michel, « Le mundus et le Comitium : représentations symboliques de l'espace de la cité », Histoire urbaine 2/ 2004 (n° 10), p. 43-61
URL : www.cairn.info/revue-histoire-urbaine-2004-2-page-43.htm.
DOI : 10.3917/rhu.010.0043

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