2002
Revue historique
Le rôle de l’État dans la Réforme catholique : une inspection du diocèse de Poitiers lors des Grands Jours de 1634
Daniel Hickey
Daniel Hickey est professeur d’histoire moderne à l’Université de Moncton (Moncton, Nouveau-Brunswick, Canada). Il a notamment publié Le Dauphiné devant la monarchie absolue : le procès des tailles et la perte des libertés provinciales, 1540-1640, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 1993, et Local Hospitals in Ancien Régime France : Rationalization, Resistance, Renewal, 1530-1789, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 1997.
Traditionnellement, la Réforme catholique et la reconquête des espaces et des âmes protestants sont vues comme l’œuvre de l’Église. Toutefois, une littérature croissante montre l’implication, voire parfois la direction des cadres de la monarchie dans cette œuvre de reconquête. Traitant du rapport d’une inspection des bénéfices du diocèse de Poitiers, ordonnée par les Grands Jours de Poitiers en 1634, cet article montre à quel point l’État s’intéresse aux problèmes de l’Église locale, l’état de ses bâtiments, l’absentéisme de ses curés, l’administration des sacrements, l’état de ses biens et revenus et les possibles difficultés posées par ses relations avec les gentilshommes huguenots des alentours. Les principales préoccupations révélées dans cette visite éclairent la perception des problèmes religieux des officiers de la Couronne inscrite dans la longue durée. Certaines de ces perceptions sont déjà présentes dans un rapport officiel rédigé pour le roi en 1618, bien avant la visite de 1634. Ces inquiétudes peuvent être à nouveau retrouvées dans les rapports rédigés par Colbert de Croissy concernant l’état de la province en 1664, trente ans après les inspections.Mots-clés :
XVIIe siècle, Poitou, Réforme catholique, protestantisme, Grands Jours.
Traditionally, the Catholic Reform movement, the reconversion of Protestants and of Huguenot-controlled regions has been seen as the work of the Church. However, a growing body of historical literature shows the implication, even the direction, of Crown officials in this conversion effort. Studying a report on church holdings in the Diocese of Poitiers, carried out under the orders of the Grands Jours of Poitiers in 1634, this article shows the clear interest of the Crown in the problems of the local church : its buildings, the non-residence of its pastors, the administration of its sacraments, its land holdings and revenues and its relations with local Huguenot seigneurs. The principal preoccupations revealed in this visit indicate certain long term perceptions of religious problems held by Crown officials. Most of these perceptions were already evident in a report submitted to the King in 1618, well before the 1634 visit. These same perceptions continued to be present and can be found in a report on the state of the province submitted by Intendant Colbert de Croissy in 1664, thirty years after the inspection.
Keywords :
XVIIth century, Poitou, catholic Reform, protestantism, Grands Jours.
Traditionnellement, la Réforme catholique et la reconquête des espaces et des âmes convertis au protestantisme sont considérées comme l’
œuvre de l’Église. Encouragés par les recommandations du concile de Trente et la fondation de nombreuses nouvelles congrégations religieuses, les évêques reprennent en main leur diocèse, établissent des séminaires et organisent des retraites pour la formation du clergé
[1]. Quant à l’éducation des fidèles, elle est assurée par les missions et par l’enseignement de la foi mis en application et approfondi par l’instauration de nouvelles confréries
[2]. Toutefois, comme l’ont souligné plusieurs auteurs, l’église n’est pas seule dans cette entreprise. La Réforme catholique y est aidée et appuyée par les cadres de la monarchie, surtout avec la création de la Compagnie du_ Saint-Sacrement et le rôle croissant joué par les dévots parmi les élites de la société et du monde politique
[3]. Dernièrement, les travaux de Joël Cornette ont rappelé la complicité de la Couronne dans cette entreprise traditionnellement associée aux initiatives des prélats réformateurs et des missionnaires
[4].
Il est peu d’endroits où l’implication de l’État dans les domaines religieux est plus évidente que dans le diocèse de Poitiers. Les huguenots sont la cible de presque toutes ces interventions. Pendant le Siège menant à la prise de La Rochelle en 1628 par l’armée royale, la ville de Poitiers devient en quelque sorte le fer de lance de la reconquête du Centre-Ouest tenu alors par les nobles protestants et elle devient ainsi la base du renforcement de la présence royale. En 1628, l’assemblée générale du clergé s’est réunie à Poitiers et elle vote une subvention extraordinaire de trois millions de livres pour soutenir l’effort de guerre. Même le Grand Conseil, durant cette période, y tient ses sessions afin d’être proche du roi
[5]. Le siège présidial de Poitiers devient garant à la fois du pouvoir de la Couronne et de l’orthodoxie de l’église. Il constitue le principal outil de la royauté pour apaiser les tumultes qui secouent la région pendant les années 1630
[6]. Il joue aussi un rôle actif dans l’effort pour mieux « contrôler » les protestants du Centre-Ouest après la chute de La Rochelle.
Deux hommes ont eu une responsabilité particulièrement importante dans ces différentes interventions, l’évêque de Poitiers et l’avocat du roi au présidial de Poitiers. Mgr de La Roche-Posay a présidé à l’introduction de la Réforme catholique durant son long épiscopat, de 1612 à 1651. Le diocèse s’est transformé avec la fondation de près de 60 nouveaux collèges et l’établissement de nombreuses communautés religieuses masculines et féminines
[7]. Les Capucins y exercent leur apostolat dans les campagnes, et notamment auprès des communautés huguenotes
[8]. Dès sa nomination, il entreprend de visiter les paroisses, ce qui lui permet non seulement de prêcher et d’administrer la confirmation, mais aussi de constater l’état de la pratique religieuse dans tous les coins de son diocèse. Poitiers est l’un des premiers diocèses à utiliser un questionnaire standard imprimé pour les visites pastorales et le formulaire est en place dès 1632
[9]. La Roche-Posay fait de la lutte contre la non-résidence des curés l’une des priorités de ses visites pastorales et c’est ainsi qu’en 1634, il peut affirmer avoir réussi à la réduire de moitié. Les listes et procès-verbaux de ces visites ont disparu, mais Marcelle Formon a trouvé trace de la première visite de l’évêque à Saint-Maixent en 1618
[10].
Au cours de ses 39 années d’épiscopat, La Roche-Posay a géré avec soin son diocèse, mais il n’est pas considéré par les historiens comme l’un des grands évêques réformateurs. Malgré ses efforts, il n’a pu établir un séminaire diocésain et sa crédibilité a souffert de son implication dans de nombreuses controverses avec les réguliers, les ultramontains et certains jansénistes
[11]. Sa lutte pourtant prioritaire contre les huguenots n’a pas totalement réussi, même si l’estimation donnée par Louis Pérouas, à partir des documents des missionnaires capucins, chiffre à 10 000 le nombre de protestants convertis durant l’épiscopat de La Roche-Posay
[12].
L’intervention du pouvoir royal dans la Réforme catholique s’incarne dans la personne du conseiller et avocat du roi à la sénéchaussée et au présidial de Poitiers, Jean Filleau. Docteur en droit de l’Université de Poitiers, il a acquis sa charge, confirmée par le parlement de Paris, en 1633 et il l’occupe jusqu’à sa mort en 1682. Dévot reconnu et défenseur acharné de l’Église catholique, Jean Filleau participe activement aux différents travaux des Grands Jours de Poitiers pour faire peser le plein poids de la justice sur les communautés huguenotes de la province. Dès 1637, il est membre de la Compagnie du Saint-Sacrement, qui crée officiellement un groupe à Poitiers en 1642. Ce rameau poitevin comprend l’intendant Voyer d’Argenson, quelques chanoines, des nobles, des membres du présidial et quelques marchands – un réseau qui étend l’influence des catholiques dans plusieurs domaines du pouvoir séculier
[13]. Jean Filleau est le frère de l’autre Jean Filleau, vicaire général du diocèse de Poitiers et bras droit de La Roche-Posay pendant un quart de siècle. Un autre de ses frères est provincial des Jésuites
[14]. Outre ses nombreux travaux dans le domaine de la jurisprudence, Jean Filleau rédige en 1663 un ouvrage monumental,
Recueil des décisions catholiques, qui constitue une dénonciation des croyances et pratiques protestantes et une démonstration légaliste de la façon dont elles contreviennent aux décisions des cours souveraines et aux édits royaux
[15].
L’évêque d’un côté et de l’autre le magistrat du présidial sont les têtes de pont de l’offensive catholique dans le diocèse de Poitiers au cours du deuxième quart du XVIIe siècle. Il est possible d’observer les débuts de leur collaboration dans les inspections des paroisses du diocèse ordonnées par le tribunal des Grands Jours en 1634 et dont l’une a été menée par Jean Filleau lui-même.
Cet article fera état des travaux d’inspection engagés par cette visite, des objectifs des commissaires, des problèmes décrits, des résistances rencontrées. Pour ce faire, trois volets seront abordés : une description de la source, la tournée d’inspection et de sa place dans la démarche des Grands Jours ; une analyse statistique des questions et sujets traités dans chaque paroisse visitée ; et enfin, pour démontrer que l’inspection de 1634 s’inscrit dans une progression continue d’interventions étatiques en matière religieuse, un traitement comparatif des thèmes du procès-verbal avec d’autres documents relatifs aux questions religieuses élaborés aussi au XVIIe siècle par des officiers de la Couronne.
LA SOURCE : UNE INSPECTION DES PAROISSES
La complicité de la monarchie et de l’église peut être constatée clairement dans le procès-verbal de cette inspection de 1634, document inventorié dans le
Répertoire des visites pastorales publié sous la direction de Dominique Julia et de Marc Venard
[16]. Bien qu’elle ait été incluse dans le
Répertoire, l’inspection de 1634 n’est pas, à proprement parler, une véritable visite pastorale, notamment parce qu’elle n’a pas été réalisée à l’instigation de l’église. Ce sont les juges du parlement de Paris, réunis en session des Grands Jours de Poitiers, qui prennent l’initiative en cette année de nommer et d’envoyer des enquêteurs, paroisse par paroisse, pour établir un bilan de l’état du diocèse de Poitiers. Dans son ouvrage récent sur Omer Talon, avocat général aux Grands Jours de Poitiers, Joël Cornette note le rôle central de ce tribunal d’exception dans la double entreprise de réformer l’État absolutiste et de relancer l’Église catholique dans la région du Centre-Ouest
[17].
Lancée par déclaration royale le 3 avril 1634, la tenue des sessions des Grands Jours de Poitiers était prévue entre le 1
er juillet et le 1
er décembre. Dès le 2 juin, le roi précise qu’en plus des causes civiles et criminelles, le tribunal des Grands Jours doit faire porter ses travaux sur « nos sujets de la religion prétendue réformée » et sur les causes touchant à la religion et qui sont normalement du ressort de la Chambre de l’édit
[18]. En deuxième lieu, le tribunal allait s’attaquer au « grand désordre qui estait en la province de Poitou au sujet des entreprises faites par ceux de la Religion prétendue réformée » et il chercherait à remettre de l’ordre dans l’Église poitevine et à réduire les activités des huguenots aux strictes limites légales accordées par l’édit de Nantes. Pour faire suite à ce deuxième volet, le tribunal dans une ordonnance publiée le 20 septembre établissait une commission extraordinaire pour visiter toutes les églises du diocèse et faire « une exacte perquisition des biens ecclésiastiques usurpez ». Composés de quatre commissaires nommés par le tribunal et quatre autres institués par l’évêque de Poitiers, ces hommes devaient en un mois effectuer leurs visites.
L’enquête sur les établissements catholiques est réalisée par ces commissaires. Les huit hommes désignés semblent avoir formé quatre équipes, composée chacune d’un commissaire choisi par le tribunal et d’un autre par l’évêque. Deux commissaires nous ont laissé un procès-verbal des 123 établissements qu’ils ont visités entre les 9 et 31 octobre 1634. Il s’agit de Jean Filleau, mandaté par le tribunal des Grands Jours, et Denys Guilloteau, docteur en théologie, chanoine et théologien du diocèse de Poitiers, choisi par l’évêque. Prêtre originaire du diocèse de Maillezais, Denys Guilloteau semble être venu à Poitiers pour y faire des études. En 1616, il rédige les statuts de la Faculté de théologie de Poitiers et en 1624, il obtient le titre de docteur régent de l’Université de Poitiers. L’ensemble de son ministère est étroitement associé au diocèse de Poitiers.
Sauf erreur, le procès-verbal des commissaires Filleau et Guilloteau serait l’unique témoignage subsistant de tous ceux dressés dans le cadre des Grands Jours. Ce document a longtemps fait partie des archives personnelles de M. Bouchet-Filleau, un notable poitevin. Au moment de son décès, il y a quelques années, le fonds a été légué aux Archives départementales des Deux-Sèvres. Une copie réalisée par l’abbé Monsabert a été microfilmée et déposée aux Archives départementales de la Vienne
[19].
Ce procès-verbal va bien au-delà de ce qui était requis par le tribunal des Grands Jours. Davantage qu’un rapport lié aux biens confisqués pendant les années de guerre, il prend la forme d’une véritable visite pastorale, détaillant le titulaire de chaque établissement, la résidence des curés, la régularité du culte, l’administration des sacrements et la présence ou l’absence d’objets de culte. Quant aux biens de chaque paroisse, les commissaires traitent de l’état des bâtiments, l’existence d’une fabrique, d’une chapelle ou d’autres biens pourvus de dotation, la situation des dîmes en terminant par le bilan des biens, dîmes ou revenus confisqués. Toutefois, à la différence des comptes rendus habituels des visites pastorales, l’on peut constater que chacun des deux commissaires avait des domaines de responsabilité précis. Il apparaît clairement que Denys Guilloteau est chargé d’apprécier les objets de culte aussi bien que la capacité du curé à administrer les sacrements. Avec Filleau, il s’occupe de la question de la responsabilité des desservants de chaque paroisse ou chapelle, de la non-résidence des curés, de juger la valeur des motifs d’absence et de déterminer qui est juridiquement responsable de chaque établissement. Pour sa part, Jean Filleau, inspecte les bâtiments, les revenus de la fabrique, des chapelles, dîmes et terres léguées.
À la fin de leurs visites, les deux commissaires promulguent des ordonnances pour remédier aux manquements observés. Dans le cas de litiges concernant la responsabilité légale de la paroisse, ils ordonnent aux détenteurs de régulariser leur situation auprès de l’évêque. Le cas échéant, ils ordonnent aux paroissiens de se procurer les objets de culte manquants ou de procéder aux réparations nécessaires, sous la surveillance des procureurs de la fabrique, du détenteur des dîmes ou du bailli local. Enfin, les problèmes de non-paiement des dîmes, la « disparition » des terres léguées à l’église, la confiscation des revenus des chapelles, prieurés ou autres biens pourvus de revenus – éléments constituant leur mandat principal – les commissaires ordonnent que le cas soit référé dans la quinzaine au procureur général du tribunal des Grands Jours de Poitiers.
Les deux commissaires commencent leur visite des 123 établissements avec l’abbaye de Saint-Benoît de Quinçay dans les environs de Poitiers. Ensuite, ils descendent au sud dans l’archiprêtré de Gençay pour poursuivre vers les archiprêtrés de Lussac et Montmorillon au sud-est, puis au sud sud-ouest pour atteindre Ambernac et Ruffec, avant de remonter vers Poitiers en visitant Chaunay (voir carte 1). En général, ils procèdent méthodiquement, allant de proche en proche. Sauf, le jour du 18 octobre où ils passent d’une région à une autre, quand, après avoir inspecté La Tremoillé, Saint-Pierre de Tremoillé, Saint-Antoine de Fontmoron et Saint-Michel de Hains, ils se déplacent d’une quarantaine de kilomètres, vraisemblablement en descendant la Vienne pour le lendemain matin commencer avec Saint-Georges de Vigeant à côté d’Isle-Jourdain. Au cours de ce mois sur les routes, Jean Filleau et Denys Guilloteau visitent en moyenne cinq établissements par jour. Le 15 octobre représente la journée la moins chargée car ils ne visitent que la paroisse de Mouterre dans l’archiprêtré de Lussac. En revanche, le 21 octobre, ils inspectent neuf établissements entre Confolans et Champagne-Mouton dans l’archiprêtré d’Ambernac.
Évidemment, leur tâche est facilitée dans les cas de visites en agglomération. Ainsi en est-il de Lussac, Montmorillon, Isle-Jourdan, Confolans, Champagne-Mouton, Ruffec et Civray où ils peuvent contrôler plusieurs institutions, opérant en fil d’araignée à partir du bourg principal. Pratiquement partout ils parviennent à visiter l’établissement désigné avec inspection des lieux et bâtiments, entretien avec le curé ou le vicaire et un certain nombre de paroissiens, avant de dresser l’inventaire des objets de culte, biens et revenus pour à la fin rédiger des ordonnances. En règle générale, les commissaires n’ont aucune difficulté à accéder aux lieux. Les villages de Chastin et Négret font en ce sens figure d’exception puisqu’il ne s’y trouve personne pour ouvrir les deux églises et les inspecteurs doivent se contenter d’une inspection extérieure. Autre singularité, pour Ruffec et Limalonges, ils ne font que s’entretenir avec quelques curés des villages environnants sans se rendre sur les lieux mêmes, ainsi ce sont les témoignages ecclésiastiques qui font office d’évaluation.
Carte 1. — Inspection des biens de l’Église, sud du diocèse de Poitiers (1634)
À partir des 123 établissements visités lors de ce procès-verbal, une grille de lecture a pu être dressée afin d’en organiser le traitement statistique et de produire une évaluation globale et comparative de l’état des biens et de la pratique catholique relevée par les commissaires dans cette région sud du diocèse
[20]. Appliquer cette grille de lecture aux
différents éléments traités par Jean Filleau et Denys Guilloteau permet d’interpréter les évaluations qualitatives attribuées et d’en dégager le profil global de leurs préoccupations
[21].
Dans son étude critique des évaluations des paroisses dans le cadre des visites pastorales, Marc Venard souligne que généralement les commentaires reflètent davantage l’état d’esprit des commissaires que l’état des paroisses elles-mêmes : « Les visites nous en disent moins sur les réalités de la vie religieuse que sur les curiosités, les habitudes d’esprit, voire les obsessions des visiteurs. »
[22] L’inspection de 1634, tout en n’étant pas au sens strict une véritable visite pastorale, obéit aux mêmes règles – là aussi s’y révèlent les préoccupations des commissaires. L’analyse des procès-verbaux de Jean Filleau et Denys Guilloteau permet de dégager les six principaux points étudiés par les commissaires. De ceux-ci, trois se classent au-dessus d’une moyenne de trois sur une échelle où une constitue la meilleure et cinq la pire note (voir tableau 1). Ils traduisent ainsi l’ordre d’importance des problèmes soulignés par les commissaires.
La détérioration des églises et bâtiments constitue à l’évidence la caractéristique principale signalée par les commissaires. D’ailleurs, Dominique Julia a déjà noté à ce propos que pour chacune des visites pastorales, l’attention des inspecteurs se focalise essentiellement sur le bâti – élément le plus concret porté à leur jugement
[23]. Cela dit, l’évaluation de l’état des églises avec un coefficient de 3,9 est suivie de près par celle relative à l’administration des sacrements (3,6). Dans cette catégorie, le vicaire général incluait l’absence d’objets de culte comme
les custodes, tabernacles ou lampes pour le Saint-Sacrement, chasubles ou vêtements pour la célébration de la messe, nappes ou objets pour garnir l’autel ainsi que les livres de prières pour les services. Toutes ces lacunes relevées sont à l’image de la conception qu’ont les visiteurs selon laquelle les paroisses doivent disposer des objets de culte indispensables aux cérémonies recommandées par le concile de Trente et à l’application de ses nouvelles valeurs.
Tableau 1. — Abus identifiés par les commissaires lors de l’inspection de 1634
Après l’évaluation du bâtiment et de l’administration des sacrements, viennent les deux préoccupations qui constituent la raison d’être de l’inspection : la non-résidence des curés avec remplacement par les vicaires sans provision épiscopale et l’usurpation des biens de la paroisse. Dans le cas de non-résidence, la situation est plus critique que le coefficient de 2,24 ne le laisse apparaître. En réalité, toutes les valeurs sauf le chiffre 1 représentent un degré de non-résidence. Celles comprises entre 2 et 5 correspondent effectivement à diverses formes de non-résidence (vicaire avec ou sans provisions, prêtre « loué » pour effectuer des tâches précises). Il n’y a que 46 des 123 établissements qui sont classés en catégorie 1. Cela signifie que, dans la moitié des cas considérés, il s’agit de non-résidence. Cette non-résidence est aussi clairement reflétée dans la catégorie « presbytère », où sur les 63 paroisses seuls 20 presbytères sont estimés soit en bon ou mauvais état. Les autres, en ruines ou inexistants, posent à l’évidence la question de la capacité d’accueil en résidence d’un curé dans sa paroisse. La préoccupation des inspecteurs en la matière fait sans doute écho à la détermination de La Roche-Posay de réduire l’absentéisme des curés conformément aux recommandations du concile de Trente.
Ces inspections traduisent aussi la volonté des officiers royaux de quantifier l’étendue des biens usurpés de l’église. Fondement du mandat reçu du tribunal des Grands Jours, la question, prise très au sérieux par les commissaires, se situe à 3,29 dans notre classement. Cette préoccupation de détournement aurait-elle amené les commissaires à visiter de préférence les établissements soupçonnés d’usurpation ou de détérioration ? Cela ne paraît pas improbable dans la mesure où plusieurs sont de la sorte inventoriés sans contrôle d’âmes (20 chapelles, prieurés et aumôneries parmi les 123 établissements).
En effet, ces bénéfices sans charge d’âmes sont de loin les plus détériorés. À la Commanderie de Soulge, près de Pindray, les commissaires notent qu’il « y a fort peu de vestiges de la chapelle que nous a montrée Jacques Chovet, métayer audit lieu »
[24]. À Saint-Michel de Bourpeuil, près de l’Isle-Jourdain, ils constatent qu’il n’y a « que quatre murs et l’autel sans aucune couverture ». La chapelle de Saint-Sauvestre de la Chaise-de-Champagne-Mouton est toute ruinée : « Il n’y reste que le portail avec quelques vestiges d’un logis derrière la chapelle. »
[25] Il semble évident ici que la grande préoccupation des commissaires est de déterminer s’il y a des terres ou revenus attachés à ces chapelles et, dans l’affirmative, d’identifier qui sont les bénéficiaires. Dans le cas de Saint-Sauvestre, deux habitants affirment « que toutes les maisons et pièces de terre qui sont audit village entre les bornes qu’ils ont montrées [...] sont toutes les appartenances de ladite chapelle et que le Sieur de Fontanon, Pierre de Goret, s’est emparé et qu’il les a données en rente féodale et financière à plusieurs personnes »
[26]. Les commissaires ordonnent que dans la quinzaine le curateur des enfants du Sieur de Fontanon, décédé, doit communiquer les titres des propriétés au procureur général des Grands Jours de Poitiers.
Comme ces exemples le montrent, l’état de la plupart des 20 chapelles, prieurés, aumôneries et autres établissements sans charge d’âmes est bien plus dégradé que la moyenne des paroisses (voir tableau 2). Selon les totaux de cinq catégories traités dans le classement, ces bénéfices se situent à 18,5 avec six points de plus que les églises (moyenne de 12,7). Somme toute, le fait que les commissaires aient choisi d’enquêter précisément sur ces établissements est conforme à la mission confiée aux commissaires de l’inspection : établir si des terres ou biens ont été usurpés et déterminer ce qu’ils sont devenus. D’où le choix ciblé de visiter en priorité les institutions offrant sur ce plan le plus de probabilité.
Tableau 2. — Évaluations des paroisses comparées aux établissements sans contrôle d’âmes
La même constatation peut être faite en étudiant les ordonnances prescrites par les commissaires. Sur l’ensemble des 123 établissements dénombrés, 86 ordonnances ont été publiées incitant les intéressés à prendre des mesures pour remédier aux abus constatés, chaque ordonnance pouvant regrouper plusieurs abus. La non-résidence fait l’objet de 16 ordonnances, 19 concernent la messe et les sacrements (achat d’un calice, régularité dans la célébration de la messe), 53 recommandent la reconstruction des bâtiments détériorés (église, chapelle, presbytère) et 46 touchent à la probable usurpation des dîmes et rentes, ou aux revenus d’une fabrique ou des confréries. Bien qu’ici dominent en apparence les problèmes liés à l’entretien des bâtiments, il ressort avec clarté de la formulation même des ordonnances que le suivi sera davantage assuré pour les cas d’abus de non-résidence et d’usurpations. En effet, le règlement des problèmes d’entretien est systématiquement confié aux autorités locales (procurateur fiscal, lieutenant, responsables de fabrique), alors que les abus de non-résidence sont déférés à l’évêque de Poitiers et les questions concernant les usurpations sont renvoyées directement au tribunal des Grands Jours de Poitiers.
Même si la raison d’être de cette inspection est d’identifier les biens usurpés des paroisses, il apparaît néanmoins que les commissaires tiennent aussi compte des préoccupations de La Roche-Posay relatives à la non-résidence des curés. Ces deux questions ressortent distinctement des procès-verbaux de l’inspection. Peut-on pour autant suspecter les commissaires de négliger les autres manquements constatés ? Ce n’est pas sûr, ne serait-ce qu’en raison de l’examen systématique qu’ils font des bâtiments. Le coefficient de 3,9 pour la moyenne des églises, chapelles et presbytères recensés est le plus important de tous les éléments traités et les 53 ordonnances s’y rapportant sont aussi les plus nombreuses. Par ailleurs, il est évident que le travail des commissaires est allé au-delà du strict mandat donné par le tribunal des Grands Jours et par les autorités épiscopales poitevines, mais n’a pas évalué toute la gamme de catégories faisant l’objet habituel des visites pastorales conduites par les ecclésiastiques.
D’AUTRES INTERVENTIONS DE L’ÉTAT
Cette inspection, avec les interrogations qu’elle suscite, s’inscrit dans le cadre d’une politique plus large de la Couronne dans cette province. Tout en étant conforme aux mêmes tendances et soulevant les mêmes questions que s’il s’agissait d’une visite pastorale, il faut tenir compte du fait qu’elle n’en est pas une. Cette inspection répond, de ce fait, à des critères différents. Pour mieux éclairer ce document, il convient de se référer à d’autres documents dressés par les officiers de la Couronne dans lesquels il est question d’évaluations et de bilans de l’état de l’Église. Deux sources seront ainsi examinées : un état du diocèse dressé, semble-t-il, par un agent de la Cour en 1618, seize ans avant les enquêtes des Grands Jours et les mémoires préparés par l’Intendant Croissy de Colbert en 1664 comme prélude aux « recherches de la noblesse ».
L’Estat de la religion en Poictou de 1618, l’un des seuls documents existant relatif au diocèse pendant les premières années de l’épiscopat de La Roche-Posay, est conservé dans la série TT aux Archives nationales dans une liasse regroupant des documents confisqués dans les consistoires huguenots du diocèse de Poitiers après la révocation de l’édit de Nantes
[27].
Œuvre d’un supposé agent secret de la Cour, ce rapport dresse un très sombre tableau de la situation du diocèse. Souvent repris par les auteurs d’ouvrages de tendance protestante, comme l’ont fait Auguste Lièvre et Pierre Dez, il sert à illustrer combien la corruption et les abus règnent sur le catholicisme poitevin du début du XVII
e siècle. Cependant, même Pierre Dez admet que certaines critiques y sont exagérées. Pour sa part, Marcelle Formon, biographe de La Roche-Posay, voit le document comme essentiellement crédible alors que Joël Cornette, qui partage l’avis de Dez au sujet de l’exagération, cite des extraits de l’
Estat pour décrire l’état de décadence des institutions du diocèse au début du mandat de l’évêque
[28].
En somme, L’Estat de la religion... dévoile trois faiblesses majeures de l’église poitevine : la domination des seigneurs sur l’église rurale, la corruption des mœurs des curés de campagne et l’influence des huguenots sur les pratiques catholiques. Dans une certaine mesure, ces accusations constituent à la fois la base d’un plan d’action de la monarchie pour le diocèse de Poitiers. Elles en indiquent déjà les éléments qui seront examinés lors de l’inspection de 1634, et les priorités qui seront traduites dans les actions concrètes posées par la monarchie au XVIIe siècle.
Quant à la responsabilité des seigneurs dans la dégradation des paroisses rurales, L’Estat... pose le même diagnostic que l’inspection de 1634. C’est un problème omniprésent. Si l’on se réfère à la grille de lecture proposée de l’inspection, la situation est encore plus accentuée dans la zone rurale entre l’Isle-Jourdain et Civray (voir carte 2). En effet, dans ce secteur 35 des 69 établissements (soit 50,7 %) ont perdu le bénéfice d’héritages et de dîmes (12 cas) ou leurs titres (23 cas) au profit des nobles. Les données sur les biens et héritages sont précisées pour 30 établissements les plus détériorés de cette région. Parmi eux, 16 (soit 53 %) ont vu tous les titres de leur paroisse, chapelle ou prieuré, passés aux mains des nobles. Dans 6 autres cas, les titres sont au nom des couvents ou abbayes. Aucun établissement déclare disposer de la totalité de ses dîmes et rentes.
Carte 2. — Établissements religieux les moins bien tenus, sud du diocèse de Poitiers (1634)
Le procès-verbal de l’inspection souligne particulièrement les difficultés rencontrées par les curés de campagne avec les seigneurs, notamment leur ingérence dans le fonctionnement de l’Église. Ce qui corrobore les observations déjà notées dans
L’Estat de la religion, suivant lesquelles certains prieurés, tels ceux de la Chaise et de Jouillié sont pourvus aux enfants des seigneurs locaux, en l’occurrence ici, à Benjamin de Rochouard, fils naturel du seigneur de Morthemal, et aux enfants du Sieur de la Malbercherye, âgés de 13 et 14 ans
[29]. Les commissaires notent en outre que des paroisses sont « possédées » par leur seigneur, ce qui semble être le cas de Blanzay et de Villaret où le Sieur de la Rochesnard aurait gagné la confiance des anciens curés pour usurper les terres de l’Église
[30]. L’ingérence apparaît aussi à Saint-Blaise d’Aybron où, selon le témoignage de l’archiprêtre de Ruffec, il est de « bruit commun » que la paroisse est « réputée confidencière » au Sieur des Effes et que le curé est considéré comme son métayer
[31]. Situation encore plus marquée à Souvigné, dans la région de Ruffec tout près de Civray, où « le prieur-curé ne réside audit lieu et n’y avons trouvé aucun vicaire qui aye voulu paraître devant nous et nous a dit que l’on en changoit [de prêtre] de deux mois en deux mois selon la volonté du Sieur de Bussac (gentilhomme RPR) »
[32].
La possibilité d’une influence indue des gentilshommes de campagne auprès des curés est évoquée pour le prieuré de Ligné où le prêtre Jean Arnault, qui exerce sans provision épiscopale, loge chez le Sieur de Roussillon, décimateur de la paroisse. Les commissaires notent que « ni le Sieur Roussillon ni autre que le curé puisse s’immiscer ni jouir du temporel » et ils font signer au Sieur de Roussillon un document à cet effet
[33]. Le curé de Saint-Laurent du Bourg-Archambault déplore que « ça fait trente-sept ans qu’il est pourvu de sa cure mais que... l’autorité du Sieur du Bourg-Archambault qui intimide tous les paysans pour ne déclarer ce qui est à l’église, l’a empêché jusqu’à présent à se plaindre »
[34].
Il est vrai que ces seigneurs s’estiment souvent propriétaires de ces paroisses. Ils prennent la liberté de placer leurs bancs et tombeaux dans le c
œur des églises en stricte contravention avec les décrets du concile de Trente. À Notre-Dame de Sangé, les commissaires notent que le Sieur de Beaupuy s’attribuant la fondation de l’institution « a fait mettre un lit funèbre autour de l’église et un banc dans le c
œur »
[35]. À Saint-Martin de Journet, le Sieur de la Rivière, un huguenot, s’est approprié une chapelle au fond du cimetière où il a fait construire un lit funèbre portant ses armes. Il prétend avoir le droit de s’y faire enterrer, contrevenant ainsi aux édits et arrêts de la Cour
[36].
Le compte rendu de l’inspection de 1634 renforce ce que faisait déjà apparaître L’Estat de la religion... de 1618 : les gentilshommes pratiquent exagérément le captage des biens et bénéfices tant des paroisses que des établissements religieux du diocèse. Étant donné les preuves accablantes réunies à l’encontre des seigneurs ruraux lors de cette inspection, il n’est guère surprenant qu’ils deviennent une cible privilégiée de la monarchie quand, en 1667-1668, ont été lancées les « recherches de noblesse ». Ordonnées à l’échelle du royaume, sous la direction, dans le Poitou, de Charles Croissy de Colbert, maître des requêtes et frère de Jean-Baptiste Colbert, ministre d’État. Ces recherches apparaissent comme une suite logique des constatations recensées dans le document de 1618 et lors de l’inspection de 1634. Avec pour but d’identifier les faux nobles pour les démasquer, les investigations provoquent naturellement une attitude défensive de la part du deuxième état.
Dans le chapitre consacré aux « Principales maisons de la province, leurs alliances, biens, religion et conduite » du
Mémoire concernant l’État du Poitou, publié en 1664 par Croissy de Colbert, 104 maisons sont passées en revue, à commencer par celle de M. de La Trémoille. Dans l’ensemble, peu de maisons échappent à des critiques quant à leur conduite
[37]. Le
Mémoire... signale les problèmes posés par l’indiscipline des nobles. Certains sont criblés de dettes alors même qu’ils contrôlent souvent des abbayes et jouissent de bénéfices ecclésiastiques. Plusieurs résident à l’extérieur de leurs domaines, à Paris ou à Poitiers. D’autres sont huguenots et un certain nombre d’entre eux sont accusés de maltraiter les catholiques dans leurs domaines, d’autres encore sont accusés de meurtres et de violences et quelques-uns sont soupçonnés d’avoir usurpé leurs titres et terres. Dans la partie du
Mémoire... consacrée aux finances, le maître des requêtes reproche à ceux qui ont usurpé leurs titres de représenter un manque à gagner non négligeable pour l’État. Entre autres problèmes, il signale que « le principal provient de la quantité de faux nobles, qui se maintiennent par la violence et exemptent même leurs fermiers et parents, en sorte que la taille est payée par les plus misérables »
[38]. C’est donc à la suite de ce
Mémoire... dénonçant le comportement des faux nobles et leurs exactions de gentilshommes envers les paysans et les institutions rurales, que la commission de recherches de noblesse est créée en 1667. Elle examine le cas de 2 153 maisons nobles de la province, dont 309 (soit 14,3 %) seront condamnées
[39]. L’image déjà négative des gentilshommes de la province en 1618 est renforcée par les conclusions de l’inspection de 1634 et des
Mémoires... Les recherches de 1667-1668 ne sont que la conséquence de cette perception.
Quant au deuxième facteur abordé dans le rapport de 1618, la corruption des m
œurs des curés de campagne, au lieu de s’attarder à des révélations scabreuses sur la vie des prêtres, l’inspection de 1634 s’attaque à ce que Filleau et Guilloteau considèrent comme la racine du problème, la non-résidence. Leur inspection souligne que pratiquement la moitié des établissements sont affectés à divers degrés – vicaires sans provisions ou prébendes, réguliers exerçant sur plusieurs paroisses. Les commissaires sont notamment scandalisés par la situation à Pougné où les paroissiens avaient choisi leur curé et à Souvigné où c’était le Sieur de Bussac, gentilhomme huguenot, qui l’a mis en place
[40]. En fait, après vingt ans de lutte contre l’absentéisme des curés, les inspecteurs trouvent que La Roche-Posay a encore du travail à faire.
Dans le
Mémoire concernant l’État du Poitou, dressé en 1664, cette question est encore à l’ordre du jour. Croissy de Colbert trouve aussi que les administrateurs ecclésiastiques ont besoin de renforcer la surveillance de leurs prêtres. Il note que l’évêque Gilbert de Clérembault est « malade » et que ses administrateurs au lieu de l’aider et de le seconder dans ses tâches « manquent sans doute de zèle et de courage, et laissent régner le désordre et la licence dans ce diocèse »
[41]. Il somme les ecclésiastiques de reprendre les visites pastorales ajoutant qu’elles n’ont pas été réalisées depuis quarante ans. De ce manque de vigilance, selon lui, « viennent la débauche et l’ignorance des ecclésiastiques, parmi lesquels la paillardise et l’inceste sont fort communes. Pour faire court [écrit-il] l’évêché de Poitiers est une sentine de mauvais prêtres, lesquels étant chassés par les évêques circonvoisins, qui veillent soigneusement à leurs troupeaux, viennent se réfugier dans le diocèse de Poitiers, où ils trouvent de la confusion et de l’impunité »
[42].
À l’évidence, les officiers de la Couronne sont convaincus que la discipline du clergé du diocèse laisse à désirer. Ils surveillent la question de près et, dans son mémoire de 1664, Croissy de Colbert exige la reprise des visites pastorales. Jacques Marcadé et Louise Fracard soulignent le fait que Gilbert de Clérembault, sans doute pour faire suite à ce mémoire, effectue une visite pastorale à Saint-Maixent en mai 1664. Les archives de la ville indiquent que ses successeurs y sont revenus à quatre reprises entre 1664 et la fin du siècle. Mais, pour Marcadé et Fracard, la question se pose de savoir si d’autres villes et régions ont été visitées aussi souvent
[43]. Dans son livre récent, Fabrice Vigier fait état d’un certain redressement pendant cette période, notamment par la fondation du grand séminaire en 1681 et par une visite pastorale de l’ensemble du diocèse en 1695
[44]. Cette dernière, dont subsiste le procès-verbal, relève beaucoup de non-résidence, mais très peu de cas de « mauvais » prêtres. Tout comme l’inspection de 1634, la question des manquements moraux et vices des curés est ignorée. Ces textes laissent songeur devant le problème moral : peut-on attribuer le silence de ces documents aux réticences des visiteurs à évoquer les défauts moraux des prêtres ainsi que le suggèrent Marc Venard et Dominique Julia, ou y aurait-il eu une certaine amélioration dans la qualité du clergé vers la fin du siècle ?
Le troisième grand thème traité par le document de 1618 concerne l’influence des huguenots et surtout les gentilshommes huguenots sur les communautés catholiques du diocèse. Les deux commissaires de l’inspection de 1634, et surtout Jean Filleau, sont bien connus pour leur opposition huguenote. Puisque les commissaires interviennent dans plusieurs régions à forte présence huguenote, il n’aurait pas été surprenant que soient mentionnés des « obstacles » posés par les membres de la RPR à la pratique des catholiques. La zone autour de Melle et de Chef-Boutonne, pas très loin de Ruffec et Civray, se composait de plusieurs villages et bourgs à majorité huguenote et leur présence renforçait les communautés protestantes dans les archiprêtrés voisins de Ruffec, d’Ambernac et de Chaunay
[45]. De plus, les établissements visités dans ces archiprêtrés sont parmi les plus détériorés selon les statistiques produites à partir de notre grille de lecture de l’inspection de 1634. Les églises des archiprêtrés de Chaunay (avec un coefficient moyen de 17,14), Ambernac (de 16) et Ruffec (de 15,2) s’en sortent assez défavorisées par rapport à Lussac avec 12,5 Montmorillon avec 14,9 et Gençay avec 14,8.
Les paroisses de ces trois archiprêtrés ont le plus de difficultés à trouver de bons prêtres et à maintenir leurs bâtiments et leurs revenus. À la lumière de
L’Estat de la religion... l’on peut se demander si c’est par simple coïncidence que ces difficultés sont davantage prononcées dans les régions où la concurrence huguenote est la plus active. Effectivement, les commissaires mettent l’accent sur les paroisses où l’influence des huguenots occasionne des troubles. Lors de l’inspection de la paroisse de Souvigné dans la région de Ruffec, tout près de Civray, les commissaires notent que la paroisse est aux mains du Sieur de Bussac, gentilhomme huguenot. Ils écrivent : « Estans entrée dans l’église, l’avons trouvé couverte, mais du reste en pitoyable état... les autels tout à nu... les fenêtres sans vitres et ladite église même polluée par la sepulture de deux corps de la religion prétendue reformée inhumée depuis sept ou huit mois au milieu du c
œur devant le grand autel. »
[46] Puis, ils notent qu’à Champagne-Mouton, l’église de Saint-Martin construite dans l’enceinte du château est passée aux mains du huguenot le comte de Roussy. Le procès-verbal précise que les commissaires n’ont pas visité l’église « d’autant qu’elle a été entièrement démolie et qu’il n’en reste aucun vestige »
[47].
Toutefois, même si les « notes » obtenues par Chaunay, Ruffec et Ambernac sont moins bonnes que les trois autres archiprêtrés, il n’est pas sûr que ce soit en raison de la présence des huguenots. En effet, au cours de leur visite des 123 établissements et malgré leurs positions radicalement hostiles aux huguenots, les commissaires ne relèvent que dix cas où les protestants empêchent le bon fonctionnement des paroisses et, de ces dix, seulement deux sont dans l’archiprêtré de Ruffec, deux autres à Chaunay et un à Ambernac. En fait, loin de la région à concentration huguenote, l’archiprêtré de Montmorillon avec trois mentions de difficultés avec des huguenots obtient la première place.
Encore une fois, l’inspection de 1634 ne semble pas refléter la gravité des plaintes enregistrées dans L’Estat de la religion... contre la mauvaise influence des communautés huguenotes sur les pratiques catholiques. Il est impossible de croire que les commissaires n’aient pas été conscients des « dangers » représentés par la RPR aux yeux de la hiérarchie catholique et surtout des dévots. Impliqué dans la Compagnie du Saint-Sacrement, Jean Filleau a brillé par son opposition aux huguenots dans les autres démarches des Grands Jours. De son côté, le Mémoire concernant l’État du Poitou rédigé en 1664 n’a pas non plus repris l’accusation de l’influence néfaste des congrégations protestantes sur leurs voisins catholiques. Son accent est plutôt mis sur les « dangers » que peuvent représenter les gentilshommes protestants pour l’église et pour les congrégations catholiques. Il est clair que le nouveau but de la monarchie est de mettre de l’ordre dans la noblesse et surtout dans la noblesse protestante à travers les recherches de l’origine des titres.
Ces inspections et évaluations des établissements catholiques du diocèse de Poitiers montrent à quel point la monarchie tenait à rester informée de l’état des cadres de l’Église, des bâtiments religieux et de la pratique catholique dans la province. En définitive, les sujets traités dans les documents officiels étudiés ici sont indicateurs d’une certaine perception des problèmes déjà repérés dans le diocèse en 1618 et ils laissent entrevoir les actions qui seront éventuellement entreprises pour y remédier. Les deux rapports rédigés en 1618 et 1664 traitent de façon globale les observations des officiers royaux quant à l’état de l’église. L’inspection joue, il est vrai, un rôle dans la vérification de ces perceptions, mais les observations sont souvent très loin de les confirmer. Dans le cas de curés « vicieux » ou « ignorants », il est évident que les données de l’inspection ne fournissent que peu d’éléments pour appuyer ces accusations. Pourtant, même mal étayée cette idée refait surface dans le Mémoire... de Croissy de Colbert en 1664 et l’État continue de presser les autorités ecclésiastiques de mettre de l’ordre dans leur maison. Quant aux accusations contre les communautés huguenotes, là aussi, l’inspection recense peu d’éléments nouveaux et de preuves suffisantes. De même, le Mémoire... de 1664 ne mentionne que brièvement le rôle supposé néfaste des communautés protestantes. Peut-être ce silence vient-il de ce que l’État a déjà décidé d’agir contre ces communautés par l’éventuelle destruction de plusieurs temples.
Le constat commun à l’ensemble de ces documents est surtout accablant pour les gentilshommes catholiques et protestants qui dirigent en roi et maître leur village, usurpent des terres et biens de leur église, dictent les conditions de vie des curés et vicaires et affrontent les représentants de l’évêque. Le Mémoire... de 1664 et les recherches de noblesse entamées en 1667-1668 correspondent à l’aboutissement de tous les rapports, plaintes et inspections. En ce sens, les actions engagées à cette époque sont la confirmation de l’existence de cette situation d’abus, l’une des plus communes soulignées par les commissaires Jean Filleau et Denys Guilloteau dans l’inspection de 1634.
Il apparaît donc clairement que l’inspection commencée lors des Grands Jours de Poitiers fait partie du processus de décision gouvernementale du XVIIe siècle. Bien que revêtue de toutes les apparences d’une visite pastorale, cette inspection s’insère plutôt dans les sujets de préoccupation du pouvoir gouvernant de l’époque. Elle fournit aux officiers royaux des données sur les problèmes constatés à l’intérieur des cadres de l’église et dans les pratiques religieuses. Ils suivent ces problèmes tout au long du siècle à travers rapports, mémoires et inspections comme celle de 1634. Tous ces instruments leur permettent la mise en place des actions qu’ils jugent nécessaires pour « nettoyer » l’église et c’est précisément dans cet esprit stratégique qu’il faut replacer l’inspection menée par Jean Filleau et Denys Guilloteau.
[1]
Jean Delumeau,
Le Catholicisme entre Luther et Voltaire, Paris, PUF, « Nouvelle Clio », 1971, p. 62-86. Robert Sauzet, Présence rénovée du Catholicisme (1520-1670), dans
Histoire des catholiques en France, François Lebrun (sous la dir. de), Toulouse, Privat, 1980, p. 85-164.
[2]
Pour une bibliographie des travaux principaux, voir François Lebrun, Directions de recherche, dans
La Religion populaire dans l’Occident chrétien. Approches historiques, Bernard Plongeron (sous la dir. de), Paris, Beauchesne, 1976, p. 122-128.
[3]
En fait, les historiens de tendance protestante ont surtout souligné l’intervention des autorités civiles dans l’imposition des cadres de la Réforme catholique, voir Élisabeth Labrousse, «
Une foi, une loi, un roi ? ». La révocation de l’édit de Nantes, Paris-Genève, Payot, Labor et Fides, 1985, p. 125-140. Janine Garrisson,
L’édit de Nantes et sa révocation. Histoire d’une intolérance, Paris, Le Seuil, 1985, p. 119-127 et 143-161.
[4]
Joël Cornette,
Histoire de la France : l’affirmation de l’État absolu, 1515-1652, Paris, Hachette Supérieur, 1993, p. 151-163 ;
La mélancolie du pouvoir. Omer Talon et le procès de la raison d’État, Paris, Fayard, 1998, chap. VIII ;
Les années cardinales. Chronique de 1599 à 1652, Paris, SEDES, 2000.
[5]
Jean Tarrade, Le temps des troubles (1550-1660), dans
Histoire du Poitou, du Limousin et des Pays charantais, E.-R. Labande (sous la dir. de), Toulouse, Privat, 1976, p. 253-254.
[6]
Ibid., p. 255-256.
[7]
René Crozet,
Histoire du Poitou, Paris, PUF, 1970, p. 86. Voir aussi Marcelle Formon, Henri-Louis Chasteigner de La Roche-Posay (1612-1651),
Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest et des Musées de Poitiers, 4
e série, vol. III, 3
e trimestre, 1955, p. 165-231.
[8]
Louis Pérouas, La Mission de Poitou des Capucins pendant le premier quart du XVII
e siècle,
Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest et des Musées de Poitiers, 4
e série, vol. VII, 1
er trimestre 1964, p. 349-362.
[9]
Dominique Julia, La Réforme post-tridentine en France d’après les procès-verbaux de visites pastorales : ordre et résistances, dans
La Società religiosa nell’età moderna, Actes du Colloque de 18-21 mai 1972, Napoli, Guida editori, 1973, p. 323.
[10]
Jacques Marcadé et Louise Fracard, Le XVII
e siècle : un triomphe difficile, dans
Le diocèse de Poitiers, Robert Favreau (sous la dir. de), Paris, Beauchesne, 1988, p. 138-139.
[11]
Marcelle Formon conclut que Mgr de La Roche-Posay n’était pas vraiment de ces évêques réformateurs de leur temps. Plusieurs de ses efforts de changement n’ont pas abouti, notamment la fondation des séminaires ou la lutte contre les protestants. Sous son épiscopat, des querelles faisaient rage qu’il n’a pu contrôler : il a dû faire face aux réguliers, aux gallicans et aux ultramontains, sans compter la controverse janséniste. Voir Formon, Henri-Louis Chasteigner de La Roche-Posay,
op. cit. (n. 7), p. 165-231.
[12]
Louis Pérouas, La Mission du Poitou,
op. cit., p. 358-362.
[13]
Marcadé et Fracard,
op. cit., p. 142. Ici, ils révisent les hypothèses de Marcelle Formon sur l’implication de Filleau dans la Compagnie. Voir Formon, La Compagnie du Saint-Sacrement à Poitiers,
Bulletin de la Société des Antiquaires de l’Ouest et des Musées de Poitiers, 4
e série, vol. I, 3
e trimestre 1953, p. 282.
[14]
Marcadé et Fracard,
op. cit. (n. 10), p. 143, et Formon, Henri-Louis Chasteigner de La Roche-Posay,
op. cit. (n. 7), p. 173.
[15]
Jean Filleau,
Recueil des décisions catholiques, ou Recueil général des arrêts rendus en toutes les cours souveraines de France en exécution ou interprétation des édits qui concernent l’exercice de la religion prétendue réformée avec des raisons fondamentales desdits arrêts..., Poitiers, Imprimerie Fleurian, 1668.
[16]
La liste des visites du diocèse de Poitiers est l’
œuvre de Louis Pérouas, voir
Répertoire des visites pastorales, Dominique Julia et Marc Venard (sous la dir. de), 4 vol., Paris, CNRS, 1977-1985, III, 389.
[17]
Joël Cornette,
La mélancolie du pouvoir, op. cit. (n. 4), p. 21-56.
[18]
Déclaration royale, Fontainebleau, 2 juin 1634, enregistrée au Parlement le 2 août 1634, Bib. Mazarine, Paris, J 1431, vol. 2.
[19]
Procès-verbal de visite des bénéfices ecclésiastiques dans les archiprêtrés de Gençay, Lussac, Montmorillon, Ruffec, Ambernac et Chaunay, diocèse de Poitiers, 1634, Archives départementales de Vienne (Ad Vienne), Copie du P. Monsabert d’après l’original de M. Bouchet-Filleau, 1 Mi 15 (R1).
[20]
Ce type de grille n’est pas inusité. Déjà Alain Lottin s’est servi d’une telle méthode dans son analyse de la visite du diocèse de Lille, voir Lottin, Aperçu de la situation religieuse dans les campagnes entre Lille et Tournai en 1664,
Revue du Nord, 208, 1971, p. 5-20.
[21]
Les éléments de cette grille comportent une clé aux données qui traite six facteurs : le responsable de la paroisse, la messe et services rendus à la communauté, l’administration des sacrements, l’état de l’église, l’état du presbytère et les biens et héritages de la paroisse. La valeur maximale attribuée à chaque élément correspond au chiffre « l ». Elle indique la régularité de la présence du curé, de la célébration des services divins et de l’administration des sacrements. Cette valeur maximale est appliquée pour les appréciations « très bon état » ou « rien à dire » portant sur les objets de culte, l’état des bâtiments et la jouissance normale des dîmes et revenus de la cure. Inversement, les valeurs augmentent en fonction de l’état de détérioration constaté : vitraux manquants, écroulement des voûtes, absence de tabernacles, dégâts permettant aux grands vents de souffler « sur l’autel ce qui cause grand inconvénient à la sainte hostie », etc.
[22]
Marc Venard, Les visites pastorales françaises du XVI
e au XVIII
e siècle, dans Venard,
Le Catholicisme à l’épreuve dans la France du XVIe siècle, Paris, Cerf, 2000, p. 56.
[23]
Julia, La Réforme post-tridentine en France,
op. cit. (n. 9), p. 331-332.
[24]
Procès-verbal de visite des bénéfices ecclésiastiques... Diocèse de Poitiers, Ad Vienne, Visite de la Commanderie de Soulage, 12 octobre 1634, p. 33.
[25]
Ibid., Visite de Saint-Michel de Bourpeuil, 19 octobre 1634, p. 177.
[26]
Ibid., Visite de la Chapelle de Saint-Sauvestre de la Chaise, Champagne-Mouton, 23 octobre 1634, p. 94.
[27]
Pour le texte, voir Auguste Lièvre,
Histoire des Protestants et des Églises réformées du Poitou, Paris, Grasset, 1856, p. 290-293. Il est aussi reproduit dans Pierre Dez,
Histoire des Protestants du Poitou, 2 vol., La Rochelle, Imprimerie de l’Ouest, 1936, I, p. 253-256.
[28]
Formon, Henri-Louis Chasteigner de La Roche-Posay,
op. cit. (n. 7)
, p. 55-56. Cornette,
La mélancolie du pouvoir, op. cit. (n. 4), p. 171-172.
[29]
Procès-verbal de visite des bénéfices ecclésiastiques... Diocèse de Poitiers, Ad Vienne, Visite de Saint-Roc de la Chaise, 12 octobre 1634, p. 32.
Ibid., Visite du Prieuré de Juillié, 26 octobre 1634, p. 114-115.
[30]
Ibid., Visite de Blanzay, 30 octobre 1634, p. 137-139, et
ibid., Visite de Villaret, 30 octobre 1634, p. 139-141.
[31]
Ibid., Visite de Saint-Blayse d’Aybron, 27 octobre 1634, p. 119.
[32]
Ibid., Visite de Souvigné, 27 octobre 1634, p. 119-120.
[33]
Ibid., Visite du Prieuré de Ligné, 26 octobre 1634, p. 115-117.
[34]
Ibid., Visite de Saint-Laurent du Bourg Archambault, 17 octobre 1634, p. 65-67.
[35]
Ibid., Visite de Notre-Dame de Sange, 13 octobre 1634, p. 38.
[36]
Ibid., Visite de Saint-Martin de Journet, 17 octobre 1634, p. 68-69.
[37]
Charles Croissy de Colbert, Mémoire concernant l’État du Poitou (1664) reproduit dans
État du Poitou sous Louis XIV, Charles Dugast-Matifeux (éd.)., Poitiers, Le Bouquiniste, 1976, p. 93-131.
[39]
Croissy de Colbert, Jacques-Honoré de Barentin et Rouillé du Coudray, Catalogue alphabétique des nobles de la généralité de Poitiers maintenus et condamnés roturiers,
ibid., p. 205-363. Voir aussi Daniel Hickey, La remise en cause d’une élite : la noblesse de Poitou et les recherches de noblesse de 1667-1668,
Cahiers de Gérhico, n
o 1, automne 2000, p. 39-49.
[40]
Procès-verbal de visite des bénéfices ecclésiastiques... Diocèse de Poitiers, Ad Vienne, Visite de Pougné, 24 octobre 1634, p. 103, et
ibid., Visite de Souvigné, 27 octobre 1634, p. 119-120.
[41]
Charles Croissy de Colbert, Mémoire concernant l’État du Poitou,
op. cit. (n. 37), p. 43.
[43]
Marcadé et Fracard,
op. cit. (n. 10), p. 148.
[44]
Fabrice Vigier,
Les curés du Poitou au siècle des Lumières, La Crèche, Geste Éditions, 1999, p. 138-139.
[45]
Marcadé et Fracard,
op. cit. (n. 10), p. 183-184.
[46]
Procès-verbal de visite des bénéfices ecclésiastiques... Diocèse de Poitiers, Ad Vienne, Visite à Souvigné, 27 octobre 1634, p. 119-120.
[47]
Ibid., Commentaires sur Saint-Martin de Champagne-Mouton, 21 octobre 1634, p. 91.