Revue historique 2003/2
Revue historique
2003/2 (n° 626)
232 pages
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I.S.B.N. 9782130534914
DOI 10.3917/rhis.032.0243
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Vous consultezFaut-il en rire ?

Le médecin Rigord, historien de Philippe Auguste

AuteurFrançois-Olivier Touati du même auteur

Agrégé d’histoire et ancien pensionnaire de la Fondation Thiers, François-Olivier Touati est maître de conférences à l’Université de Paris XII - Val-de-Marne. Après avoir consacré une part importante de ses travaux à l’impact des pathologies sur les sociétés médiévales (Archives de la lèpre. Atlas des léproseries entre Loire et Marne au Moyen Âge, Paris, CTHS, 1996, et Maladie et société au Moyen Âge. La lèpre, les lépreux et les léproseries dans la province ecclésiastique de Sens jusqu’au milieu du XIVe siècle, Bruxelles, De Boeck, 1998), ses recherches portent actuellement sur les structures hospitalières (Saint-Lazare de Jérusalem, XIIe-XIIIe siècles, HDR, Université de Paris I, 2001) et l’histoire de l’Orient latin.
Cette réflexion s’inscrit dans le cadre d’une enquête sur l’identification des pathologies à travers les sources narratives du Moyen Âge. Sa première esquisse a été présentée lors de la table ronde organisée en 1998 par le Groupe de recherche « Expression littéraire des idées philosophiques et des mentalités » (Université de Paris XII) sur « Le médecin écrivain ». Je remercie vivement M. Bernard Guenée, membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, ainsi que Mme Claude Gauvard, professeur à l’Université de Paris I et membre de l’Institut universitaire de France, d’avoir bien voulu l’enrichir de leurs précieuses critiques et suggestions.

1 Magister Rigordus, natione Gothus, professione physicus, regis Francorum cronographus, beati Dionysii Areopagite clericorum minimus... Telle est la formule par laquelle le célèbre auteur des Gesta Philippi Augusti se présente d’entrée, dans le prologue dédicatoire au jeune prince Louis, ajouté à son œuvre vraisemblablement vers 1200 : « médecin et chronographe du roi, le plus petit des clercs de saint Denis l’Aréopagite », c’est-à-dire déjà plus que moine[1] [1] Henri-François Delaborde (éd. ), Œuvres...
suite
...

2 Peu banale dans ce type d’écrit, pareille suscription de la part d’un médecin, surtout connu pour être l’écrivain d’autre chose que de médecine, appelle l’attention sur l’élaboration d’un témoignage généralement considéré comme majeur sur un règne (1180-1223) lui-même tenu pour décisif[2] [2] John W.  Baldwin, Philippe Auguste et son gouvernement. ...
suite
. Pièce essentielle d’une nécessaire contextualisation qui semble avoir été quelque peu éludée, elle oriente notre intérêt vers une question simple : quelles interférences existent-elles entre la formation ou la profession médicale et le processus de rédaction littéraire ou historique ? Autrement dit, une spécificité de l’homme ou de l’œuvre, de l’homme et de l’œuvre, peut-elle être reconnue ? Au-delà d’une épistémologie commune, au moins posée depuis Hippocrate, reliant l’histoire naturelle de l’homme et de ses dérèglements à l’histoire des hommes[3] [3] Dr Cabanès, L’Histoire éclairée...
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, quelles particularités caractérisent-elles le « médecin-écrivain »[4] [4] La problématique proposée ici inverse le point...
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 ? Pour le médiéviste autant que pour l’historien de la médecine en quête d’informations sur la culture scientifique comme sur la réalité morbide, quelle source représente une chronique de cette importance ?

3 A priori, rien n’empêcherait de la prendre pour test ou référence, prélude d’un examen plus systématique des écrits de même nature offerts en relative abondance. Les qualités éminentes dont se pare Rigord ouvriraient ainsi à une évaluation optimale des données pathologiques ou médicales transmises par ce type de document : on sait, par exemple, tout l’intérêt que revêtent à cet égard dès le Xe siècle l’Historia de Richer de Reims ou les notations ultérieurement fournies par le Journal d’un bourgeois de Paris (1405-1449)[5] [5] Loren C.  Mackinney, Tenth Century Medicine...
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. Rien ne s’y opposerait donc, hormis deux interrogations complémentaires et pour autant capitales :

4 1 / Le passage d’une pratique disciplinaire à un autre registre de compétence implique-t-il autant qu’on l’imaginerait une mutuelle imprégnation, ou bien à genres distincts, exercices différents ?

5 2 / Enfin et surtout, Rigord est-il bien celui qu’on croit, ou plutôt celui qu’il prétend être ? À la sévérité de ses détracteurs, de son vivant ou peu après, dans chacun des champs affichés, s’ajoute le probable ricanement : l’écho de ces sarcasmes incite à la prudence ou, pour le moins, à une lecture aussi méticuleuse que possible.

RIGORD ET L’ÉLABORATION DE SON ŒUVRE

6 De la vie et la carrière de Rigord, hormis le terme non daté inscrit à l’obituaire de l’abbaye de Saint-Denis au 17 novembre, aucun autre document que ce qu’il énonce dans son œuvre, essentiellement les Gesta, n’apporte de précision[6] [6] Auguste Molinier (éd. ), Obituaires de la province...
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. Ce fait permet de corriger une donnée admise jusque-là : à la différence de ses contemporains, tels Arnaud de Poitiers, Jean l’Anglais (ou Jean de Saint-Albans), Pierre Le Gallois, Jean de Saint-Gilles (auteur d’Experimenta et, s’il n’est attribuable au suivant, d’un De formatione corporis pronostica), Roger de Fournival et plus encore Gilles de Corbeil, aucune trace archivistique n’autorise à ranger Rigord parmi les médecins du roi[7] [7] Ernest Wickersheimer, Dictionnaire biographique...
suite
.

7 Ainsi, seul le texte de la chronique reste à même de fournir quelques éclaircissements[8] [8] Voir l’introduction donnée à l’édition...
suite
. Trois strates scripturaires successives peuvent être identifiées. À la première correspond un prologue à la louange de son héros, le roi Philippe le Conquérant, que Rigord est le premier à qualifier d’Auguste – « celui qui augmente » –, en raison, explique-t-il, de l’ajout du Vermandois au domaine royal ou plus exactement de « l’accroissement ainsi opéré de ses revenus » : après 1185 par conséquent, et avant l’annexion de la Normandie en 1204[9] [9] Rigord, p.  4-6 : Incipit prologus in librum...
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. Une brusque rupture de ton, désormais violemment désapprobateur, se manifeste à partir de sa relation du mariage du roi et de la répudiation quasi simultanée d’Ingeburge en 1193 [§ 92] : des lignes écrites ou retouchées trois ans plus tard lors de la troisième et « coupable » union de Philippe Auguste avec Agnès de Méranie[10] [10] À partir du § 92 ; cette suite est ponctuée...
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. C’est donc d’avant 1196, voire 1193, qu’il faut dater cette rédaction initiale, entamée dix ans plus tôt selon l’aveu de son auteur, soit vers 1183-1186[11] [11] Rigord, p.  5 [prologue adressé à Philippe...
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. Sans doute agrégée d’un seul tenant, une deuxième phase d’écriture doit être associée à l’ajout de la seconde épître dédicatoire, adressée cette fois à l’héritier de la couronne, futur Louis VIII, né en 1187 d’Isabelle de Hainaut, « encore enfant » mais sur le point de « passer de la jeunesse à la maturité du trône »[12] [12]Ibid. , p.  1-4 : regis Augusti filium, a...
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. Cette dernière expression consacre un tournant de la vie de Louis, son mariage à 13 ans avec Blanche de Castille : mai 1200[13] [13] Rigord, § 132, p.  148 et Introduction par...
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. Enfin, la rédaction s’est prolongée au-delà, rapportant chronologiquement les événements jusqu’en 1206 ou 1209, avant d’être exhumée par le chapelain du roi, Guillaume le Breton, qui en reprend à la fois la trame et le cours[14] [14] Soit du § 133 au § 148 qui évoque les inondations...
suite
.

8 S’il est difficile dans ces conditions de reconnaître en Rigord le « Dr Gubler » de Philippe Auguste – quitte à avoir subi la disgrâce de son « client » et protecteur[15] [15] Il n’apparaît pas totalement incongru ici...
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 – quel cheminement l’a conduit à entreprendre son récit ? Natione Gothus déclare Rigord, c’est-à-dire originaire du Languedoc : par recoupement onomastique, la distribution de son patronyme au XIIIe siècle caractérise particulièrement la région comprise entre Nîmes, Arles et Montpellier. Mieux encore, seule la parenté avec notre auteur est à même d’expliquer la mention exceptionnelle d’un laïc par l’obituaire de l’abbaye de Saint-Denis : Bernardus Rigordi, consul de Montpellier en 1212, qui est selon toute vraisemblance un de ses parents[16] [16] Henri-François Delaborde, Introduction, op.  cit. ...
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. Rigord rapporte du reste des événements locaux, tel qu’un tremblement de terre à Uzès [§ 40], sans relation avec le centre de son sujet. On sait de quel éclat brillaient alors, depuis 1137 au moins, les écoles de médecine montpelliéraines, recevant privilège de leur totale liberté d’enseignement de la part du comte Guillhem VIII en 1181, avant que le légat du pape ne confère en 1220 ses premiers statuts à l’Université[17] [17] Outre les travaux de Jacques Verger sur Les...
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. De là à imaginer que Rigord a reçu sa formation médicale sur place, il n’y a qu’un pas, franchi du reste au XVIIIe siècle par l’érudit Jean Astruc[18] [18]Mémoires pour servir à l’histoire de la Faculté...
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. Succès entier de ses études et de son exercice médical ? Il y a, en revanche, de quoi en douter. Rigord fait part en effet, dès son premier prologue, des obstacles rencontrés au début de son projet d’écriture : son état d’indigence, ses difficultés matérielles à survivre, l’instance des créanciers[19] [19] Rigord, p.  4 : egestas seu rerum inopia...
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... Tout laisse à penser – la chronologie comme la curieuse formulation de ses déboires y invitent[20] [20]Ibid. :mihi scribere gestiendi multa concurrerunt...
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 – que son entreprise fût alors non la cause des embarras traversés mais bien la conséquence : l’un des moyens de parvenir à la hauteur de son ambition. Sinon, comment comprendre la montée à Paris, l’œuvre déjà entamée depuis une dizaine d’années, le renoncement apparent au monde, non pas n’importe où mais à Saint-Denis, monastère royal par excellence ? Là, l’opportunité est offerte même « au plus petit des clercs » de s’inscrire dans la filiation prestigieuse du saint fondateur, Denis l’Aréopagite, le disciple converti par saint Paul avant de devenir évêque d’Athènes, alors confondu, depuis le IXe siècle, avec son homonyme parisien. Savant lui aussi, son œuvre assimilée à celle d’un théologien anonyme dont le manuscrit était parvenu depuis l’Orient, a précisément pour objet la hiérarchie du monde et celle des lumières divines qui l’éclairent : le programme est ainsi tracé ! La renommée intellectuelle du modèle éclipse le martyr... À tout le moins, elle permet à Rigord, reprenant la même formulation que celle employée par un illustre prédécesseur à Saint-Denis, l’abbé Suger (  1151), en tête de sa Vie du roi Louis VI, de placer ses prétentions dans une continuité historiographique éclatante, toute modestie d’apparence et de rang mise à part[21] [21] Ce que suggère, indépendamment du vocabulaire...
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...

9 Le rapprochement avec l’illustre patronage du « fondateur » dont se réclame Rigord conduit également vers une autre piste : celle d’un compatriote, Guillaume de Provence (ou de Gap), abbé de Saint-Denis en 1173 et traducteur du grec en latin de l’Éloge de saint Denis l’Aréopagite écrit par le Jérosolomitain Michel Syncelle (761-846). Or Guillaume semble pouvoir être aussi identifié comme médecin, avant de résigner sa charge abbatiale en 1186[22] [22] Ernest Wickersheimer, Dictionnaire biographique,...
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 : ce dernier fait, exceptionnel, sur lequel notre auteur reste parfaitement silencieux, est-il dû à une opposition monastique ou à une disgrâce royale ? La destinée de Rigord s’est-elle trouvée associée à celle de son aîné ? L’hypothèse d’une rencontre à Montpellier ou de l’intercession d’un maître favorisant l’entrée au monastère d’un moine « prometteur » ne saurait être écartée : la déconvenue subie par Rigord par la mise à l’écart de son éventuel « protecteur » pourrait dès lors avoir attisé sa volonté de revanche, le familiarisant avec les mœurs factieuses du milieu, sans doute encore insuffisamment...

10 Rigord nous apprend alors sa présence, en 1189, comme moine au prieuré d’Argenteuil [§ 64] et la « sollicitation » de l’abbé Hugues Foucaud en personne dont il serait devenu entre-temps un familier – hasard étonnant, s’il ne s’agit pas, comme tout prête à le croire, d’un poncif –, le poussant à offrir au roi ce qu’il juge lui-même de « littérature simple » à peine bonne « à enfouir secrètement » afin qu’elle devienne par ce biais un « authentique monument » (in publica veniret monumenta) : la consécration suprême[23] [23] Rigord, p.  5 : Tandem ad preces venerabilis...
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. Le vocabulaire trahit les intentions : au-delà des emprunts et du style, la carrière. Sans gain particulier, du reste : on ne voit pas que Philippe ait accordé quelque faveur au moine, sans doute marri de sa déconvenue au point de lui devenir hostile et de retenter opiniâtrement sa chance auprès de Louis VIII quelques années plus tard, avant de disparaître[24] [24] Ces enjeux étaient dépassés ou n’ont pas...
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.

11 La confection par Rigord d’un guide à l’usage du visiteur des tombeaux royaux, dont ne subsiste plus qu’une version fragmentaire, ne fait que corroborer cette démarche en quête d’une reconnaissance inaccomplie : le « plus petit des clercs... » persiste et signe, vouant « toutes ses forces » – que l’on n’ose interpréter comme ultimes – à cet essai de nature généalogique et commémorative dédié à Jean, prieur de Saint-Denis entre 1190 et 1196, et à la communauté monastique dont il se réclame le « familier », pour ne pas dire le « serviteur » (tanquam famulus vester)[25] [25]Tanquam famulus vester, pro captu virium mearum. . . ...
suite
. Recherche d’appuis élargis ou d’une plus vaste audience ? S’il revendique ici encore l’étiquette de « médecin de profession et chronographe du roi... », identique au premier prologue des Gesta, il n’est plus question de relations privilégiées avec l’abbé : le transfert à Argenteuil pourrait dès lors avoir eu tous les traits d’une relégation[26] [26] John Baldwin, Philippe Auguste et son gouvernement,...
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. La frustration ou le refoulement, au moins vécus une première fois devant l’indifférence royale, sont à même d’éclairer une dynamique peu commune.

UNE CHRONIQUE ORDINAIRE ?

12 Face à une appréciation historiographique généralement béate, ce contexte donne la mesure avec laquelle les Gesta doivent être plus vraisemblablement abordés.

13 Le récit de Rigord hérite de la longue tradition des annales monastiques la forme chronologique et le style bref, emphatique, composite : 148 (ou 154) paragraphes courts, précédés d’un titre pour la première moitié de l’ensemble, relatant année par année les faits mémorables de l’action royale depuis la naissance de l’auguste Philippe en 1165 consignée en un passage liminaire pour passer aussitôt à l’année 1179, celle du sacre du vivant même de son père, jusqu’en 1206 : vingt-sept ans de règne sur les quarante-quatre. Cette seule forme apparaît bien en deçà de la narration de la Vie de Louis VI, rédigée par Suger vers 1144, dont les copieux 34 chapitres embrassent les cinquante-sept années jusqu’à la sépulture du roi en 1137, ou, à l’inverse, de l’incomparable densité qui caractérise le récit des trois années de Louis VII en Orient (1147-1149) par Eudes de Deuil, son successeur à l’abbatiat de Saint-Denis (1151-1162) et chapelain du roi[27] [27]Vita LudoviciGrossi regis, éd. Henri Waquet,...
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 : rien sur l’éducation, les goûts, les qualités ou les aptitudes du roi, ses relations (si l’on excepte ses différentes épouses, et encore, vite évoquées), rien sur son mode de gouvernement, son entourage, le détail des conflits armés ou non, ses lieux de séjours[28] [28] On verra l’information apportée par les autres...
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. Mêlés à quelques rares documents retranscrits, toujours précieux pour l’historien en quête de sources disparues – surtout après la perte des archives royales lors de la bataille de Fréteval en 1194 – et dont l’abbaye de Saint-Denis avait pu être le dépositaire provisoire ou occasionnel[29] [29] Actes relatifs à l’institution de la dîme...
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, quelques thèmes-phares correspondant aux phases successives du règne pourraient donner l’illusion d’une construction :

14 — l’accès au trône et la mort de Louis VII [§ 1 à 5 et § 11] ;

15 — les démêlés avec les juifs, les spéculateurs et usuriers [§ 6 à 10, 12 à 19, 84, 112, 122] ;

16 — les opérations en Flandre, en Vermandois et en Bourgogne [§ 26 à 29, 32 à 36 et 78-79] ;

17 — les aménagements de Paris dont l’étymologie donne lieu à une digression sur la généalogie troyenne des rois de France [§ 20-21, 37-39, 47, 71, 120] ;

18 — les aumônes royales [§ 45 à 48, 95, 105] ;

19 — le conflit avec Henri II Plantagenêt [§ 44, 50-51, 66-67] ;

20 — la troisième croisade et les mesures prises pour la régence du royaume [§ 30-31, 53 à 59, 69-70, 72 à 76, 81 à 83, 90] ;

21 — l’union du roi avec Ingeburge et sa répudiation [§ 92 et 131-132] ;

22 — le conflit avec Richard Cœur de Lion, puis contre Jean sans Terre [§ 52, 60 à 63, 87 à 89, 94, 96 à 100, 104, 107, 113, 132, 135, 138, 140-144, 147, 149-150] ;

23 — les échos de la quatrième croisade [§ 139].

24 La répartition indiquée, plutôt liée au fil des événements et à l’opportunité offerte par la chronologie, trahit l’absence d’un plus grand degré d’homogénéité, comme hésitant entre un parti ou un autre : l’impression échevelée en est accrue par l’insertion d’incidentia qui entrecoupent le récit sans logique apparente[30] [30] Par exemple, Rigord, p.  35, § 22 (sur la...
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.

25 S’y ajoute la relation plutôt succincte et dispersée de rares événements notables relatifs à la communauté de Saint-Denis : la reconnaissance des reliques du fondateur [§ 39 et 80], les quelques miracles qu’elles ont opérés [§ 91, 93, 95], la mort de l’abbé et sa succession [§ 41-42, 116], la description d’une éclipse de lune rapportée par quelques frères du monastère – Rigord dormait-il encore à matines pour avoir besoin de ce témoignage [§ 64] ? –, la promotion de son prieur [§ 110], la visite du roi [§ 69, 83] ou celle du légat pontifical [§ 153]. Le dossier reste toutefois mince pour un « familier » de l’abbé, même si le monastère n’est pas le centre du récit. Les pièces documentaires produites de façon tout aussi restreinte, sans autre forme d’analyse, sont également loin de faire de Rigord un éventuel archiviste, a fortiori comparable à ce que seront ultérieurement, à la même place mais dans une position vraisemblablement différente, Guillaume de Nangis ou Michel Pintoin[31] [31] Voir sur ce point les analyses pénétrantes...
suite
.

26 À vrai dire, il n’est là qu’un assemblage de faits entendus, connus par beaucoup de ses contemporains : aucune nécessité de fréquenter la cour ou la maison royale pour constater les transformations de l’urbanisme parisien (le célèbre pavage des rues, la création des halles aux Champeaux ou la construction de l’enceinte), ni être informé des rivalités politiques ou des campagnes menées par Philippe, assez platement restituées. La rumeur, le ouï-dire, tiennent volontiers lieu de sources d’argumentation plutôt que d’information, au risque de déformer les intentions ou les motivations du roi et de voir s’opposer l’analyse d’autres chroniqueurs contemporains, tel l’historien anglais Raoul de Dicet, à propos du rançonnement des juifs notamment, comme l’a montré Gilbert Dahan[32] [32]Les intellectuels chrétiens et les juifs au...
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. Des erreurs de datation, des confusions de localisation ou de personnes émaillent la narration : Arras donné pour lieu du mariage du roi à la place d’Amiens [§ 92], par exemple, Guy de Vergy mentionné pour son fils Hugues [§ 32], ou Robert de Leicester curieusement dénommé Guillaume [§ 96][33] [33] Rigord, § 20, 22, 26, 32, 41, 44, 72, 74,...
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.

27 Quelques emprunts – classiques – avoués ou inavoués témoignent des lectures ou des copies de Rigord : Platon, Virgile, Suétone, le Pseudo-Méthode[34] [34] § 19, p.  32-33 (secundo futurum dicit Methodius...
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, la vie de sainte Agathe[35] [35] Rigord, § 15, p.  28. ...
suite
, les Gesta Francorum d’Aimoin de Fleury[36] [36]Ibid. , § 18, p.  32 : ex Gestis regum...
suite
, et plus récents alors, Gautier de Châtillon ou Geoffroy de Monmouth transcrits sans être nommés[37] [37] Rigord, § 38-39. Une part du prologue (éd. ...
suite
. Une bonne part provient plus vraisemblablement d’abrégés ou de florilèges, tel celui rédigé au XIIe siècle par Hugues de Saint-Victor[38] [38] Rigord, § 37-38 (relevé par H. -F.  Delaborde,...
suite
. D’autres passages – s’ils n’ont pas été interpolés – ne forment que l’écho normal d’une propagande dans l’air du temps : celle qui, par exemple, a entouré la naissance de Philippe[39] [39] Rigord, § 1, constitué d’éléments présents...
suite
. Citations allusives ou approximatives, élémentaires, sans comparaison avec celles que reflète la culture d’un Éginhard peignant le portrait de Charlemagne ou d’Otton de Freising brossant à travers ses Gesta impériaux l’action de Frédéric Barberousse[40] [40]Vita Karoli Magni, voir l’édition et commentaires...
suite
. Cuistrerie caractéristique plutôt que la marque d’une étroite dépendance des sources ? Rigord justifie son développement totalement incident des origines troyennes de Paris et de la royauté en invoquant l’autorité conjointe d’Eusèbe, d’Idace et de Grégoire de Tours, alors que ce récit doit essentiellement son originalité au condensé fourni par Frédégaire, ou du moins à sa reprise par Aimoin et Hugues de Fleury dont Rigord pouvait aisément disposer dans la bibliothèque de Saint-Denis[41] [41] Donatella Nebbiai-Dalla Guarda, La...
suite
, ainsi qu’à la vogue du Roman de Troie de Benoît de Sainte-Maure, oubliés[42] [42] Rigord, § 37, p.  55 : Et quoniam multi...
suite
... Il ne semble pas que le fait d’indiquer le mois de Nisan en hébreu [§ 15-16] soit par ailleurs le gage d’une très forte érudition biblique ou hébraïque[43] [43] Réminiscences d’une jeunesse montpelliéraine...
suite
. Les références à l’Écriture sainte sont, au reste, fort limitées. Presque exclusivement vétéro-testamentaires et essentiellement requises pour justifier la poursuite contre les juifs, elles témoignent de la simple répétition d’un argumentaire courant, accessible sous forme de traités polémiques, tel celui de Gautier de Châtillon – auteur déjà mis à contribution dans son premier envoi – et soucieux de démontrer par les Prophètes la divinité non reconnue du Christ [§ 9-10, 17] ou par le Livre de l’Exode [§ 13], le « juste châtiment » de ses victimes, au risque maladroit d’en rajouter par rapport aux interprétations classiques des théologiens : le dépouillement des Égyptiens par les Hébreux lors de la sortie d’Égypte, par exemple [§ 6][44] [44] Voir Gilbert Dahan, Les intellectuels chrétiens...
suite
. La plupart des citations bibliques relèvent de versets couramment chantés, pour ne pas dire rabâchés, à l’office ou empruntés à la liturgie la plus marquante (celle de la Passion du Christ, notamment)[45] [45] Citations très courtes et familières, souvent...
suite
 : un adage aussi banal que « Rendre à César... » (Matthieu 22, 21), employé dès l’ouverture [§ 1], mérite-t-il même d’être rangé dans cette catégorie ? Dans ces conditions, l’absence de tout recours aux Pères de l’Église, hormis le Commentaire d’Isaïe par saint Jérôme sur les humiliations du nom du Christ [§ 17], de culture cléricale des plus communes, devrait-elle encore étonner ?

28 Le constat est donc peu reluisant. Du moins, la spécialité affichée par Rigord de sa profession médicale laissait espérer la compensation de quelques notations plus riches, plus rares aussi puisque nourries a priori d’autres autorités que celles habituellement rencontrées dans le registre théologique ou littéraire : une plus vive attention aux réalités pathologiques.

QUELLE SENSIBILITÉ MÉDICALE ?

29 Indifférent à l’essor de l’enseignement parisien, notamment en matière de médecine attesté par la reprise de Guillaume le Breton, et à l’émergence contemporaine de son organisation corporative en université[46] [46] Attesté non seulement par Guillaume le Breton,...
suite
, Rigord ne signale que fortuitement le nombre « infini d’écoliers » qui a rejoint en 1191 la foule parisienne à la léproserie Saint-Lazare lors de la procession d’intercession en faveur de l’héritier royal dont la vie semblait menacée[47] [47] Rigord, p.  111, § 77 : ad ecclesiam...
suite
 : son mutisme est, ici encore, surprenant, alors que ses « confrères », Jean de Saint-Albans et Gilles de Corbeil, qui exerçaient auprès du roi, paraissent avoir pris une part étroite à la diffusion du savoir scientifique hors du cloître et à son extension pionnière depuis les pôles méditerranéens jusque-là consacrés, Salerne et Montpellier[48] [48] Voir Jacques Verger, À propos de la naissance...
suite
. Il ne fait pas davantage allusion aux praticiens qui semblent avoir accompagné Philippe Auguste en nombre suffisant, à en juger seulement par les anecdotes qui en survivront au XIIIe siècle au point d’être colportées par la prédication[49] [49] Deux épisodes humoristiques sur les 18 exempla...
suite
. Curieux silence pour un médecin languedocien : pas même une comparaison avec ce que ses années d’études supposées avaient pu lui prodiguer.

30 Le récit de Rigord n’aborde qu’à sept reprises seulement le champ de la maladie, ce qui sur la somme de son ouvrage est peu : la paralysie de Louis VII [§ 2 et 4] ; la brusque apparition d’un paysan présentant une grave lésion faciale charbonneuse dont la vue impressionnante plonge le jeune Philippe dans une affliction aiguë (acuto morbo) passagère, peut-être un accès de nature psychosomatique dirait-on aujourd’hui [§ 3] ; l’atteinte fatale de Geoffroy, comte de Bretagne [§ 44] ; l’envoi par Jean de Tolède, en 1186, de prédictions astrologiques annonçant une tempête et la venue d’une épidémie (mortalitas et infirmitas plures occupabunt) [§ 49] ; la crise de dysenterie de Louis VIII en août 1191 et celle, parallèle, de son père [§ 77] ; la maladie de Philippe Auguste lors de son séjour en Terre sainte [§ 81]. Encore ces mentions apparaissent-elles des plus laconiques : « maladie très grave » ou « aiguë », « mortalité », « infirmité », c’est à peine si Rigord se préoccupe de caractériser davantage, éprouvant même le besoin d’invoquer explicitement le recours au langage des médecins pour désigner... la dysenterie[50] [50] Rigord, § 77 : Ludovicus, filius Philippi...
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 ! Effet de style ou aveu d’incompétence à l’heure où ses « collègues » parisiens multiplient autant les abrégés de symptomatologie que de savants traités de diagnostic et recourent aux dernières sophistications de l’examen du pouls ou des urines[51] [51] Tel est le cas célèbre de Gilles de Corbeil,...
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 ? Aucun détail particulier ne ressort d’une nosographie réduite à sa plus simple expression, plus succincte même que celle offerte par la réécriture de Guillaume le Breton lorsqu’il dépeint à son tour, dans la Philippide, les symptômes subis par le roi outremer et son progressif rétablissement après l’accès de scorbut (la fameuse arnaldia) qui l’avait atteint en même temps que Richard à la suite de leur transport en Terre sainte[52] [52] Henri-François Delaborde, Œuvres de Rigord...
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. Malgré la convocation par Philippe Auguste de tous les médecins parisiens au chevet du comte Geoffroy de Bretagne en 1186, parmi lesquels il aurait dû théoriquement se trouver, Rigord n’évoque qu’en termes généraux les soins déployés (curam et diligentiam) ; il ne laisse aucune appréciation du diagnostic fatal de son affection (egritudo), alors que Benoît de Peterborough, pourtant plus éloigné, l’impute aux multiples contusions malencontreusement reçues lors d’un tournoi[53] [53]Gesta Henrici regis, I, 350. ...
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. Il n’en dit pas davantage de l’embaumement du comte dont les détails auraient pu retenir son attention au-delà des aromates [§ 44][54] [54] À comparer, entre autres exemples, avec la...
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, ni des causes de la mort des papes Urbain III [§ 55] ou Clément III [§ 76], d’Henri II Plantagenêt [§ 67], d’Isabelle de Hainaut [§ 68] dont la Généalogie des comtes de Flandre nous apprend les circonstances tragiques de son accouchement de jumeaux non viables[55] [55]Recueil des chroniques de Flandre, éd. J.  de...
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. Même si, à la différence des précisions fournies par les chroniqueurs anglais contemporains, on peut comprendre sa distance politique à l’égard des suites malheureuses de la blessure infligée à Richard Cœur de Lion lors du siège de Châlus [§126], Rigord reste là encore silencieux[56] [56] Voir la description fournie par Raoul de Coggeshall,...
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31 En revanche, sa prédilection le dirige à souligner les gestes de piété accomplis par Adèle de Champagne désireuse d’enfanter un garçon [éd. p. 2], le recours à la prière lorsque le jeune Philippe, perdu dans la forêt de Compiègne, est frappé de sa rencontre morbide [§ 3], le merveilleux qui marque certaines circonstances particulières [§ 86, 120], telle la dentition d’adulte acquise d’emblée par les enfants nés l’année de la prise de Jérusalem par Saladin, signe donné pour preuve d’un monde ayant vieilli subitement [§ 55]. Peut-on même dire que Rigord cherche – du moins dans sa vision la plus favorable au roi –, à étayer la sainteté de son héros, alors qu’il ne s’agit que d’exalter l’intervention de la Providence en faveur de la royauté [§ 29, 61, 66][57] [57] Échec de cette tentative selon Jacques Le Goff,...
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 ? En 1185, durant la campagne de Vermandois, les blés ravagés par les chevaux des armées royales lors du siège de Boves n’ont jamais donné si belle moisson ! Telle est la preuve, donnée au peuple, de la sagesse divine qui anime le roi[58] [58] Rigord, § 29. Ce miracle est analysé par...
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. Goût du prodige [§ 121], du surnaturel, là où l’on attendrait les développements du médecin frais émoulu d’un savoir alors en pleine transformation, pour ne pas dire révolution, et pour lequel, après Salerne, Montpellier représente alors un relais envié par Paris[59] [59] Voir Danielle Jacquart et Françoise Micheau,...
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. Inclination pour un commérage passablement décousu ? Ainsi, le roi se serait dépris d’Ingeburge « par l’envoûtement de sorcières obéissant au diable » (instigante diabolo..., ut dicitur, maleficiis per sorciarias) : autant dire un Tristan à rebours, selon le dernier roman alors en vogue !

32 L’interprétation spectaculaire livrée par Rigord des symptômes qui affectent l’homme apparu au jeune Philippe perdu dans la forêt de Compiègne donnerait-elle libre cours à une imagination subitement marquée de réminiscences médicales ? Elle diverge complètement de celle fournie avant lui par Robert de Torigny qui n’y reconnaît qu’un simple charbonnier (la face noircie !) prompt à secourir le prince[60] [60] Rigord, § 3, p.  11 : eminus rusticum...
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. Hormis ce portrait inopiné et d’objectivité douteuse, aucune description physique ne ressort, même des relations de miracles (deux « résurrections », notamment celle d’un enfant frappé de mort subite [§ 91]), qui soit comparable aux véritables dossiers cliniques consignés par Grégoire de Tours six siècles plus tôt, moins encore aux réalités médicales telles que Richer de Reims s’en faisait l’écho au Xe siècle[61] [61] Outre les œuvres elles-mêmes, voir Bertrand...
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RIGORDUS, RIGUOTUS, RIGNOTUS ?

33 À l’emphase et à la litote qui caractérisent d’emblée le premier prologue écrit par Rigord et dévoilent autant les prétentions auxquelles il aspire que l’estime dans laquelle il se tient, l’introduction apportée vers 1214 par Guillaume le Breton à sa chronique en prose vaut d’être lue comme la réponse – on n’ose dire celle demandée par le roi, tant elle laisserait supposer la moindre attention de sa part : il n’est pas interdit de devancer ou de raviver les désirs de celui que l’on sert. L’ironie qu’elle manifeste, à peine voilée, est sans appel : exposant sa reprise du « libelle du si célèbre maître Riguotus au point que personne ou presque n’en eût connaissance », il avertit ne pas agir à son tour « pour paraître mendier ainsi quelque louange, ni prétendre mériter se faire appeler chronographe ou historiographe »[62] [62] Éd. Henri-François Delaborde, Œuvres...
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. Cruelle dérision...

34 Pire encore : Rigord traité de Riguotus ou Rignotus ? Comment cette déformation, appelée à faire long feu, ne serait-elle pas volontaire et des plus péjoratives ? Derrière l’apparence anodine de cette graphie, la distorsion semble trop énorme pour ne pas cacher un jeu de mots assassin : Rigord, le « ragoteur », le « rigolo » ; au-delà, le probable acharnement qu’inspire l’ambiguïté de lecture des deux jambages du u propre à le transformer en n, R-ignotus, l’ « inconnu, M. R. »[63] [63] Malgré son origine obscure, le mot « rigoler »...
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. Damnatio memoriæ, oublier cet obscur moine noir autant que sa prose : sans doute vaut-il mieux en rire, mais d’un rire féroce que les gens d’Église n’eussent guère apprécié en d’autres circonstances[64] [64] Sur les degrés du rire « admissible »,...
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. Car, à poursuivre la logique de cette supposition, il y a là.dessous suffisamment d’éléments suggestifs, jusqu’à la manière même, pour laisser croire à un règlement de compte interne, l’hallali posthume des « chiens muets » dénoncés par Rigord lors de la dissolution de l’union royale prononcée en 1196[65] [65] Voir ci-dessus n.  10, p.  246. ...
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, et peut-être, comme en toute meute, un bon chien de tête : obéissant à la voix de son maître...

35 La proie présentait d’indéniables faiblesses ; le milieu dionysien qui l’avait « supporté » – aux deux sens du terme – nécessitait toutefois un relatif ménagement, du moins de la part du chapelain du roi. Aussi la charge la plus apparente se situe-t-elle en position décalée par rapport au délit majeur, sur un terrain technique, donc imparable, surtout venant d’un spécialiste de son art, à la plume de surcroît virulente et sans retenue : elle n’en semble pas moins justifiée, comme on l’a vu. Rigord serait-il un médecin raté ? Gilles de Corbeil l’affirme sans détour dénonçant « les vaines paroles de cet empirique, à réprouver absolument venant d’un auteur damnable entre tous, un déshonneur noircissant la profession, bon à être crucifié, lui qui, en guise de sédatif aux moines atteints de fièvres aiguës, leur donne le repos éternel et remplit de moines noirs l’enfer trop étroit pour les accueillir tous ! »[66] [66]De laudibus et virtutibus compositorum medicaminum,...
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36 La compensation du passage à l’écriture se révèle tout aussi pathétique. Sans talent particulier qui l’eût hissé au niveau de l’auteur du Karolinus, plongé dans une ambiance intellectuelle certes non dénuée d’âpres concurrences, d’envies et de compromissions[67] [67] Sur ce bouillonnement : John W.  Baldwin,...
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, Rigord avait cumulé les maladresses : après un premier échec, n’était-il pas d’un opportunisme aussi affligeant que provocateur d’attendre la mise en interdit du royaume pour offrir au prince héritier une critique décousue et peu nuancée des agissements de son père et des prélats qui le soutenaient ? Chacun peut aisément en convenir : par leurs genres, la médecine et l’art du chroniqueur ressortissent de pratiques séparées comme de niveaux de discours distincts ; toutefois, leur rencontre dépend assurément de l’intérêt et de la culture de leurs auteurs, sans que ceux-ci soient forcément médecins, a fortiori mauvais. Comparé à d’autres chroniqueurs contemporains – ceux du parti Plantagenêt comme ceux de la « périphérie » royale[68] [68]Chronique de Tours, Robert de Saint-Marien d’Auxerre,...
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 –, bien pâle risquerait d’apparaître le témoignage de Rigord s’il ne restait son objet lui-même. Il sert de trame préparatoire au travail de Guillaume le Breton, qui le sauve de l’oubli en le prolongeant chronologiquement, en l’abrégeant, en l’amendant : bref, en le réécrivant[69] [69] Sur ces différentes transformations, Henri-François...
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. C’est donc, là aussi, nier l’auteur.

37 L’intégration aux Grandes chroniques de France de l’œuvre de Rigord demeurée à l’état « brut », deux générations plus tard, n’est sans doute pas neutre de la part des historiographes dionysiens. Cette dernière compilation en présente le seul manuscrit intégral[70] [70] Références ci-dessus, n.  14, p.  246. ...
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 : ses écrits étant « tenus secrettement cloz et enfermez a Saint-Denys et n’estoient pas encore communiqués », comme l’argumente, un siècle et demi plus tard, le chapitre de Notre-Dame de Paris, s’opposant violemment à l’abbaye sur la possession du chef de saint Denis[71] [71] Les pièces du procès devant le Parlement,...
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. Au cœur de l’affaire, portée jusqu’en Parlement en 1410, le témoignage de Rigord est avancé par les moines « contre l’erreur des Parisiens »[72] [72] Rigord, § 80, p.  114-115 [à l’année 1191] :...
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. Aussi donne-t-il lieu à une attaque implacable qui est aussi une leçon critique exemplaire[73] [73] On se reportera à l’analyse d’ensemble...
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 : comment ce « petit livre » exhumé des archives abbatiales peut-il rendre compte d’une querelle qui semble bien plus récente[74] [74] Henri-François Delaborde, Le procès, op. cit. ...
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 ? Forgerie ou interpolation du texte des Gesta ? Le débat glisse rapidement vers la personne même de leur auteur : sous l’autorité de Jean Gerson – qui n’est, faut-il le rappeler, pas le moindre des intellectuels même s’il joue ici apparemment le rôle d’apaiseur –, les chanoines s’élèvent contre les qualités prêtées à Rigord[75] [75] Robert Gane, Le...
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. Contester la « preuve », c’est démentir les titres mêmes dont s’affuble ou est affublé son auteur, sa légitimité : « N’avoit ledit Rignotus ou Rigordus aucun tiltre fors qu’il estoit croniqueur de Saint-Denis et maistre ou licencié en médecine, ne s’appelloit point croniqueur des roys de France ne ne devoit faire. »[76] [76] Henri-François Delaborde, Le procès, op. cit. ...
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On notera à nouveau la dérision avec laquelle l’avocat du chapitre, après Guillaume le Breton, déforme à dessein le nom du chroniqueur[77] [77] Voir ci-dessus, n.  63, p.  259. ...
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. Tout aussi risible, pour ne suggérer que son incompétence médicale et par conséquent l’usurpation de la fonction qui lui est imputée « entour le roy », est l’idée qu’il en ait jamais détenu le moindre « office » : « Car combien qu’il die professione physicus, si n’estoit-il pas pour ce phisicien du roy, si comme aucuns desdiz religieux ont voulu dire. »[78] [78] Henri-François Delaborde, Le procès, op. cit. ...
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Pour les moines, il s’agit non seulement de défendre l’authenticité de leur insigne relique mais surtout la vérité des textes qu’ils produisent. Enjeu majeur qui est celui du pouvoir historiographique : ancrer historiquement face au Parlement, donc devant le roi, la revendication d’écrire la geste « officielle » du royaume, c’est-à-dire d’en détenir l’office. Enjeu paroxystique au moment où Michel Pintoin rédigeait sa Chronique de Charles VI, à la seule initiative de son abbé malgré ses contacts avec la cour[79] [79] Voir sa relation dans la Chronique du religieux...
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. En de telles circonstances, être réduit à revenir à la production malheureuse de Rigord, avait toute chance de ramener au pire.

38 Le parcours solitaire de Rigord et sa vocation tardive peuvent éclairer ses faiblesses, intellectuelles mais aussi humaines : des balbutiements résultant d’un apprentissage éclectique ? À la différence de bien des entreprises monastiques comparables, aucune « équipe » ne semble être venue lui apporter son concours[80] [80] Sur les conditions du travail historique, Bernard...
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. Il est notable, à la fin du XIIe siècle, que son initiative soit d’abord celle d’un laïc, avant son entrée dans la vie religieuse.

39 La monumentalisation inespérée de son œuvre, par le biais des Grandes chroniques de France, due à des nécessités qui dépassent largement sa propre valeur, s’est trouvée amplifiée par le travail d’édition des érudits modernes jusqu’à la vogue de la « nouvelle histoire » et les besoins de l’enseignement[81] [81] Pithou en 1596, Nicolas Peiresc en 1633, Duchesne...
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. En l’absence d’original, la retranscription de la fameuse « ordonnance-testament » du roi pour le gouvernement du royaume durant la croisade est, bien sûr, devenue irremplaçable[82] [82] Rigord, § 70, p.  100-105. ...
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 : elle offre de surcroît un morceau de choix à la propédeudique actuelle de tout apprenti médiéviste[83] [83] Quelques exemples de ces « morceaux choisis » :...
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. Simples et directes, aujourd’hui d’accès plus facile que d’autres très riches sources relatives à cette période, quelques-unes de ses pages permettent d’aborder l’histoire des mentalités, celle des attitudes envers les minorités, des avatars de la conjugalité (et de la sexualité ?) princière, ou encore l’histoire matérielle ou urbaine avec la description des travaux parisiens ; elles servent beaucoup moins l’histoire des pathocénoses.

40 Ars longa, vita brevis proclame le premier aphorisme d’Hippocrate. Matière à contestation, le dossier Rigord éclaire les risques du métier : celui du médecin et, davantage, celui d’un art peut-être plus long, celui de l’historien. Il confirme, après Bernard Guenée, combien « un chroniqueur n’est jamais une personne tout à fait ordinaire »[84] [84]Histoire et culture historique, op.  cit. (n.  2),...
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Notes

[ 1] Henri-François Delaborde (éd.), Œuvres de Rigord et de Guillaume le Breton, historiens de Philippe Auguste, Paris, Renouard, Société de l’Histoire de France, I, 1882, p. 1 (désormais cité Rigord, sauf pour l’introduction de l’éditeur et la continuation de Guillaume). L’emploi du terme alors peu fréquent (aucune entrée dans le Glossarium mediæ et infimæ latinitatis de Du Cange, rééd. Graz, Druck, 1954) de cronographus (ou chronographus) est à noter (sur ses occurrences, Bernard Guenée, L’historien par les mots, dans Le métier d’historien au Moyen Âge, id. (dir.), Paris, Publications de la Sorbonne, 1977, p. 4-5) ; de même, l’expression de « clerc de saint Denis l’Aréopagite », sur laquelle on reviendra ci-après p. 248, n. 21.Retour

[ 2] John W. Baldwin, Philippe Auguste et son gouvernement. Les fondations du pouvoir royal en France au Moyen Âge, trad. fr., Paris, Fayard, 1991, p. 13, p. 456-495 (L’émergence de l’idéologie royale) et chap. XV, p. 496-504 (L’archéologie des sources) ; Marie-Henriette Jullien de Pommerol, Rigord, dans le Dictionnaire des Lettres françaises. Le Moyen Âge, éd. revue par Geneviève Hasenohr et Michel Zink, Paris, Fayard, 1992, p. 1274-1275. On trouvera dans l’ouvrage de Bernard Guenée, Histoire et culture historique dans l’Occident médiéval, Paris, Aubier, 1980, non seulement de nombreux points d’analyse sur Rigord (Index, p. 430) mais aussi un éclairage sur la production historiographique de toute la période.Retour

[ 3] Dr Cabanès, L’Histoire éclairée par la clinique, Paris, Albin Michel, 1921, avant Jean-Charles Sournia, Histoire et médecine, Paris, Fayard, 1982 ; voir le tableau dressé par Celse, De medicina, Præfatio, 1-11, traduction et commentaire par Philippe Mudry, Rome, 1982, p. 15-17.Retour

[ 4] La problématique proposée ici inverse le point de vue développé par Michael Neue, Medicine and Literature, dans Companion Encyclopedia of the History of Medicine, W. F. Bynum et R. Porter (éd.), Londres, Routlege, 1993, II, p. 1520-1535, qui envisage seulement le thème de la médecine chez les écrivains depuis Chaucer.Retour

[ 5] Loren C. Mackinney, Tenth Century Medicine as seen in the Historia of Richer of Rheims, Bulletin of the History of Medicine, II, 1934, p. 347-375 ; Journal d’un bourgeois de Paris, éd. Colette Beaune, Paris, Lettres gothiques, Librairie générale française ( « Livre de poche » ), 1990, p. 74-75, par exemple.Retour

[ 6] Auguste Molinier (éd.), Obituaires de la province de Sens, Paris, 1902, I, p. 331 et 351, sans qualification particulière à la différence de Roger de Fournival, à l’obituaire du Chapitre d’Amiens (Du Cange, Glossarium, op. cit., p. 361) : magistri Rogeri de Furnivalle medici regis illustris Franciæ Philippi fortunatissimi. Également parmi les témoins d’un acte de Hugues Foucaut, abbé de Saint-Denis, en décembre 1193, Cartulaire blanc de l’abbaye de Saint-Denis, Paris, AN LL 1157, p. 60. Rigord n’est cité parmi les médecins du roi que par l’ajout de Carpentier au Glossarium de Du Cange, op. cit., p. 361, répété sans fondement par Chéreau, article Archiâtre, dans A. Dechambre, Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, Paris, 1864 et Dr Finot, Les médecins des rois capétiens, Histoire des sciences médicales, nouvelle série, VII, 1973, p. 236.Retour

[ 7] Ernest Wickersheimer, Dictionnaire biographique des médecins en France au Moyen Âge, Paris-Genève, Champion-Droz (1936), rééd. 1979, p. 44, 196-197, 476, 644, 721 ; de même Jean Racicot, barbier du roi en 1221 (id., p. 471) ; sur Rigord, p. 704-705 ; également ci-après, n. 51, p. 257.Retour

[ 8] Voir l’introduction donnée à l’édition de l’œuvre par Henri-François Delaborde, Œuvres de Rigord, op. cit. (n. 1), p. VI-XI et le complément de sa Notice sur les ouvrages et la vie de Rigord, moine de Saint-Denis, Bibliothèque de l’École des Chartes, 45, 1884, p. 585-614. Ceci précédé par Dom Félibien, Histoire de l’abbaye royale de Saint Denys en France, Paris, 1706, p. 223.Retour

[ 9] Rigord, p. 4-6 : Incipit prologus in librum gestorum regis Philippi Augusti a Deo dati... ; p. 6 : Sed forte miramini quod in prima fronte hujus operis voco regem Augustum. Augustos enim vocare consueverunt scriptores Cesares qui rempublicam augmentabant, ab augeo, auges dictos ; unde iste merito dictus est Augustus ab aucta republica. Adjecit enim regno suo totam Viromandiam quam predecessores sui multo tempore amiserant et multas alias terras ; redditus etiam regum plurimum augmentavit...Retour

[ 10] À partir du § 92 ; cette suite est ponctuée d’accents d’une rare violence qui inclut la hiérarchie ecclésiastique comparée à « des chiens muets, incapables d’aboyer, et craignant pour leur peau... » (Rigord, p. 125) ; changement de forme et de style également dans la présentation manuscrite qui reprend l’allure plus brève des annales, chaque séquence étant introduite par des indications de temps (anno Domini, eodem anno, eo tempore, dum hec, post hec brevi temporis, tunc vero...), sans autres intertitres que ceux, aléatoires, des années de règne, au contraire de tout ce qui précède le § 70.Retour

[ 11] Rigord, p. 5 [prologue adressé à Philippe Auguste] : opus decennio elaboratum habui in voluntate supprimere aut penitus delere vel certe, quantum viverem, in occulto sepelire.Retour

[ 12] Ibid., p. 1-4 : regis Augusti filium, a cunis sapientie thronum mature conscendere... ; accipite igitur, queso, gratanter, puer inclyte, de manibus clerici vestri nuntium paterne virtutis opusculum... ; ipse vos eadem gratia qua feliciter educavit in puerum, felicius vos promoveat in juvenem, et tractu temporis per prosperos ad vota successus felicissime vos in perfectam consummet etatem... Ces considérations laisseraient-elles penser à un quelconque rôle pédagogique de Rigord auprès du futur roi ? Les termes sont ambigus.Retour

[ 13] Rigord, § 132, p. 148 et Introduction par Henri-François Delaborde, op. cit. (n. 1), p. XI.Retour

[ 14] Soit du § 133 au § 148 qui évoque les inondations survenues à Paris en 1206 et se termine par la formule qui suggère un premier explicit : Per omnia benedictus Deus qui salvat sperantes in se (p. 165) quitte à avoir subi remaniements et nouvelle prolongation jusqu’au § 154 qui signe les débuts de la croisade contre les Albigeois. Rigord avoue lui-même ce processus d’écriture (voir ci.dessus, n. 11). Sur Guillaume le Breton, Henri-François Delaborde, op. cit. (n. 1), p. 168 et s. et Introduction, p. XI et XXXIV-LI ; ajoutons qu’un seul manuscrit, de surcroît postérieur (Paris, BNF, ms lat. 5925, fol. 248 rb - 285 v), livre l’intégralité du texte compilé sans solution de continuité avec le récit en prose de Guillaume (fol. 285v°-305) : est-ce là laisser supposer un « montage » où les interstices auraient été comblés par un auteur anonyme ? Le ms Vatican Reine Christine 83, fol. 176-198 en offre la seule seconde copie (effectuée à partir du précédent ?), mais partielle quant à elle, jusqu’au § 79.Retour

[ 15] Il n’apparaît pas totalement incongru ici d’oser ce parallèle de situations, notamment sur les incidences psycho-affectives du processus d’écriture, avec le médecin doublement censuré de François Mitterrand : voir (s’il est autorisé...) Dr Michel Gubler et Michel Gonod, Le Grand secret, Paris, Plon, 1996, 192 p.Retour

[ 16] Henri-François Delaborde, Introduction, op. cit. (n. 1), p. XXIX.Retour

[ 17] Outre les travaux de Jacques Verger sur Les Universités du Midi de la France, thèse dactylographiée, Université de Paris IV, 1995, voir Hastings Rashdall, The Universities of Europe in the Middle Ages, 2e éd., Oxford, University Press, II, 1951, p. 119-124 ; Frédéric Fabrège, Histoire de Maguelone, Paris-Montpellier, Picard, III, 1901, p. 336 et s. ; Marcel Bories, La fondation de l’Université de Montpellier, Cahiers de Fanjeaux, 5, Les Universités du Languedoc au XIIIe siècle, 1970, p. 98-101 et Étienne Delaruelle, L’évolution de la théorie et de la pratique médicales à Montpellier, ibid., p. 234-241.Retour

[ 18] Mémoires pour servir à l’histoire de la Faculté de médecine de Montpellier, Paris, 1767, p. 138-142.Retour

[ 19] Rigord, p. 4 : egestas seu rerum inopia acquisitio victualium, instantia negotiorum...Retour

[ 20] Ibid.:mihi scribere gestiendi multa concurrerunt impedimenta... Textuellement : « de nombreux ennuis me poussèrent [concurrerunt] à entreprendre d’écrire... ».Retour

[ 21] Ce que suggère, indépendamment du vocabulaire usuel des formules de la chancellerie abbatiale, la litote dont use Rigord dans son prologue beati Dionysii Areopagite clericorum minimus... en écho à la présentation de Suger, Vita LudoviciGrossi regis, éd. Henri Waquet, Paris, Les Belles Lettres (1929), 1964, p. 2 : Suggerius, Dei pacientia beati ariopagite Dyonisii abbas vocatus... Hormis cet emploi d’auteur, sans doute marqué par l’influence contemporaine du commentaire In Hierarchiam cælestem sancti Dionysii de Hugues de Saint-Victor (  1141) sur la diffusion de l’œuvre du pseudo-Denys et la réactivation de son culte, Suger s’intitule seulement, tant dans ses actes que dans sa correspondance, « abbé » ou « humble serviteur de l’église de Saint-Denis », beati Dionysii abbas (en 1135, 1144, 1147 ou 1148) ou ecclesie Beati Dionysii humilis minister (en 1125), suivant une tendance progressivement épurée, se départissant du titre solennel des débuts « de l’église des bienheureux martyrs Denis, Rustique et Éleuthère » (en 1122-1124) : voir Suger, Œuvres, II, éd. Françoise Gasparri, Paris, Les Belles Lettres, 2001, p. 3, 5, 157, 167 ou 183 ; de même les adresses pontificales de Léon III à partir de 796, Benoît III en 855 ou Innocent II en 1130 ne considèrent que le martyre du ou des saints et inclinent, à partir de la seconde moitié du XIIe siècle, vers une semblable sobriété : « Saint-Denis » tout court ; Grégoire IX et Alexandre IV innovent au XIIIe siècle en ajoutant l’épithète in Francia (voir les actes édités par Jacques Doublet, Histoire de l’abbaye de Saint-Denis en France, Paris, De Heuqueville, 1625, p. 452, 485, 507-586) ; le vocable de saint Denys l’Aréopagite paraît statistiquement exceptionnel : il est notamment accompagné d’un développement sur la « lumière de la vérité » dans un acte du roi Robert le Pieux, vers 1008 (ibid., p. 827), et deux autres exemples peuvent être relevés dans des actes de laïcs, Foulques de Courtomer en 1133 et Renaud de Graçay en 1159 (ibid., p. 491 et 879) ; voir également Dom M. Félibien, Histoire de l’abbaye royale de Saint Denys, op. cit. (n. 8), Pièces justificatives, p. 589 et s. et les cartulaires manuscrits Paris, AN LL 1157-1158 et BNF, ms lat. 5415. Sur le Pseudo-Denys l’Aréopagite : articles sub verbo par Philippe Chevallier, Dictionnaire de Spiritualité ascétique et mystique. Doctrine et histoire, Paris, Beauchesne, III, 1957, col. 244-324 et René Roques, DHGE, XIV, Paris, Letouzey et Ané, 1960, col. 265-286 ; égal. les analyses de ce dernier, L’univers dionysien. Structure hiérarchique du monde selon le Pseudo-Denys, Paris, Le Cerf, 1978.Retour

[ 22] Ernest Wickersheimer, Dictionnaire biographique, op. cit. (n. 7), p. 243 et, sur les aléas de la carrière monastique, l’exemple homonyme de Guillaume de Saint-Denis, suggéré par Edmond-René Labande, Vaux en Châtelleraudais vu par un moine du XIIe siècle, Cahiers de Civilisation médiévale, XII, 1969, p. 15-24. Il demeure évident qu’une entreprise de prosopographie monastique serait largement nécessaire tout comme une étude plus particulière de l’abbaye de Saint-Denis au Moyen Âge.Retour

[ 23] Rigord, p. 5 : Tandem ad preces venerabilis patris Hugonis beatissimi Dionysii abbatis, cui ista familiariter revelaveram et ad ipsius instantiam, hoc opus in lucem protuli et christianissimo regi humiliter obtuli, ut sic demum per manum ipsius regis in publica veniret monumenta. Cette présentation procède à la fois d’une imitation de l’épître dédicatoire à l’abbé Abbon de Fleury-sur-Loire par Aimoin, auteur d’une Historia (ou Gesta) Francorum au tout début du XIe siècle que Rigord avoue ultérieurement utiliser (§ 18-19 et 37) et d’une démarque de l’Alexandréide de Gautier de Châtillon (voir ci-après n. 37, p. 253 et 44, p. 255). Sur les dimensions de cette officialisation, Bernard Guenée, Histoire et culture historique, op. cit. (n. 2), p. 136-137.Retour

[ 24] Ces enjeux étaient dépassés ou n’ont pas été vus au milieu du XIIIe siècle par le copiste qui a inséré tel quel le texte des Gesta Philippi Augusti dans le corpus historiographique dyonisien, base de la compilation ensuite traduite par Primat à partir de 1274 (voir Jules Viard, Les Grandes Chroniques de France, I, Paris, Société de l’Histoire de France, 1920) : cette version ultérieure, seule connue, a conservé (ou agrégé, à la manière actuelle d’un « copié-collé » qui aurait omis de « couper » l’envoi initial au père de Louis VIII) les deux prologues enchâssés l’un dans l’autre, celui dédié au jeune Louis (second prologue) ouvrant l’œuvre ; le maintien à la suite du premier prologue à Philippe Auguste, pour le moins indélicat envers la famille royale – pour son dernier destinataire en particulier – fournit donc la preuve de l’utilisation des seuls manuscrits laissés par Rigord et de leur absence de diffusion initiale.Retour

[ 25] Tanquam famulus vester, pro captu virium mearum... Édition partielle par Henri-François Delaborde, Œuvres de Rigord, Introduction, op. cit. (n. 1), p. XX qui juge sévèrement, d’après ses commencements subsistants, « que la suppression du reste ne constitue pas une grande perte pour la science historiographique » et p. XXVI « cet insipide ouvrage ».Retour

[ 26] John Baldwin, Philippe Auguste et son gouvernement, op. cit. (n. 2), p. 498, postule que Rigord y prit l’habit religieux.Retour

[ 27] Vita LudoviciGrossi regis, éd. Henri Waquet, Paris, Les Belles Lettres (1929), 1964. Rigord paraît dépendre des notes laissées par Suger sur la vie de Louis VII à propos de la naissance de Philippe (§ 1). Eudes de Deuil, De profectione Ludovici VII in Orientem, éd. Henri Waquet, Paris, Geuthner (Documents relatifs à l’histoire des croisades publiés par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, III), 1949, 92 p. ; sur le développement du genre, voir Bernard Guenée, Histoires, annales, chroniques. Essai sur les genres historiques au Moyen Âge, Annales. Économie. Sociétés. Civilisations, 1973, p. 997-1015 et Gabrielle M. Spiegel, The Chronicle Tradition of Saint-Denis : A Survey, Brooklin-Leyde, 1978.Retour

[ 28] On verra l’information apportée par les autres sources, y compris et peut-être surtout poétiques ; celle-ci notamment mise en œuvre par Robert-Henri Bautier, Philippe Auguste : la personnalité du roi ; Raymonde Foreville, L’image de Philippe Auguste dans les sources contemporaines ; Yves Lefevre, L’image du roi chez les poètes, dans La France de Philippe Auguste. Le temps des mutations, éd. Robert-Henri Bautier, Paris, CNRS, 1982, respectivement p. 33-57, 115-130 et 133-144.Retour

[ 29] Actes relatifs à l’institution de la dîme saladine (Rigord, p. 85-90) ; ordonnance-testament de Philippe Auguste (ibid., p. 100-105) ; prédictions astrologiques de Jean de Tolède (p. 73-77).Retour

[ 30] Par exemple, Rigord, p. 35, § 22 (sur la condamnation d’hérétiques à Arras et la mort de Henri Court-Mantel en 1183) ; p. 70, § 46 (sur l’éclipse de 1187) ; p. 93, § 64 (sur l’éclipse de 1188).Retour

[ 31] Voir sur ce point les analyses pénétrantes de Bernard Guenée, Documents insérés et documents abrégés dans la Chronique du Religieux de Saint-Denis, BEC, 152, 1994, p. 375-428 et Olivier Guyotjeannin, La science des archives à Saint-Denis, dans Saint-Denis et la royauté. Études offertes à Bernard Guenée, Paris, Publications de la Sorbonne, 1999, p. 339-353.Retour

[ 32] Les intellectuels chrétiens et les juifs au Moyen Âge, Paris, Éditions du Cerf, 1990, p. 26-27 et 53-54, à propos de Rigord, § 6, même si Raoul de Dicet n’est guère favorable au roi de France.Retour

[ 33] Rigord, § 20, 22, 26, 32, 41, 44, 72, 74, 76, 140, 144, 146 ; confusions géographiques ou d’attribution : § 32, 92, 96.Retour

[ 34] § 19, p. 32-33 (secundo futurum dicit Methodius in fine temporum) : il s’agit d’une citation approchante (de mémoire ?) du texte des Revelationes (VIIe siècle) à propos de la venue de l’Antéchrist associé par Rigord aux « circoncis », Juifs et Sarrasins. Platon est « invoqué » dans le prologue au prince Louis (Rigord, p. 2) ; trois vers sont extraits de l’Églogue IV de Virgile (p. 3) ; Suétone, Vie des douze Césars, II, 7, a lointainement inspiré le surnom d’Auguste de l’envoi initial (p. 5-6) auquel Rigord accorde une valeur flagorneuse qui dépasse le sens courant donné pour majeur de cette épithète par l’auteur romain, pour décrire la naissance inespérée de Philippe « Dieudonné » : sanctifié, comme il l’explicite sitôt après ; la possession du Vermandois augmente davantage les revenus royaux auxquels Rigord paraît plus sensible qu’aux données géopolitiques, que le « royaume » proprement dit puisqu’il ne s’agit que d’une incorporation au domaine ; son acception du regnum est énoncée dans son Manuel abrégé au visiteur de Saint-Denis, éd. Henri-François Delaborde, Œuvres, op. cit. (n. 1), p. XXV.Retour

[ 35] Rigord, § 15, p. 28.Retour

[ 36] Ibid., § 18, p. 32 : ex Gestis regum Francorum didicimus ; également § 19 et 37 ; lus vraisemblablement à travers la tradition postérieure de ses continuateurs retranscrite à Saint-Denis, jusqu’à l’Historia regum Francorum, compilation de l’Anonyme de Saint-Germain-des-Prés, son exact contemporain (voir BNF, ms lat. 12710-11, ms lat. 4862 et éd. RHF, III et XII). L’œuvre d’Aimoin ouvre le recueil manuscrit confectionné à Saint-Denis au milieu du XIIIe siècle dans lequel se trouve inséré le texte de Rigord (BNF, ms lat. 5925, fol. 248 ro b-285 v°). Sur ces auteurs et les problèmes soulevés par leur diffusion, Alexandre Vidier, L’Historiographie à Saint-Benoît-sur-Loire et les miracles de saint Benoît, Paris, Picard [1898], 1965, p. 71-75 : la chaîne semblerait, plus précisément, devoir être prolongée jusqu’à Rigord comme le suggère son adjonction au manuscrit d’ensemble, postérieur, voir la récente mise au point par Pascale Bourgain, La protohistoire des Chroniques latines de Saint-Denis (BNF, lat. 5925), dans Saint-Denis et la royauté, op. cit. (n. 31), p. 375-394. Leurs œuvres avaient été précisément retranscrites à Saint-Denis à partir de l’abbatiat de Suger (1122-1151) : voir Gabrielle M. Spiegel, The Chronicle Tradition, op. cit. (n. 27), Christiane Le Stum, L’HistoriaFrancorum d’Aimoin de Fleury : étude et édition critique, Positions des thèses de l’École des Chartes, 1976, p. 89-93 et la synthèse par Bernard Guenée, Chancelleries et monastères. La mémoire de la France au Moyen Âge, dans Les Lieux de mémoire, Pierre Nora, dir., II, La Nation, 1, Paris, Gallimard, 1986, p. 5-30.Retour

[ 37] Rigord, § 38-39. Une part du prologue (éd. citée, p. 4-5) est directement plagiée de l’Alexandréide : voir Marvin L. Colker, Walter of Châtillon, Rigord of Saint-Denis and an alleged Quotation from Juvenal, Classica Folio, 24, 1970, p. 89-95 et John W. Baldwin, Philippe Auguste, op. cit. (n. 2), p. 458 et 641-642, n. 33.Retour

[ 38] Rigord, § 37-38 (relevé par H.-F. Delaborde, éd. citée, n. 3 p. 55). Sur le succès de cette forme : Bernard Guenée, Histoire et culture historique, op. cit. (n. 2), p. 281-282.Retour

[ 39] Rigord, § 1, constitué d’éléments présents dans la continuation de l’œuvre inachevée de Suger sur Louis VII par le moine de Saint-Germain-des-Prés, dans l’Hymne à la joie du fils du roi attribuée à Pierre Riga ou chez Giraud de Galles : analyse et références par Andrew W. Lewis, Le sang royal. La famille capétienne et l’État, France, Xe-XIVe siècle, trad. fr., Paris, Gallimard, 1986, p. 97-106.Retour

[ 40] Vita Karoli Magni, voir l’édition et commentaires par Louis Halphen, Paris, Les Belles Lettres (1938), 1967 ; Gesta Friderici imperatoris (éd. Waitz, MGH,Scriptores rerum Germanicarum, 1884) qui utilise quant à lui notamment Flavius Josèphe, De bello Judaico. Bernard Guenée rappelle (Histoire et culture historique, op. cit., p. 212) combien « ce travail de marqueterie pouvait être conçu et réalisé de façons différentes ».Retour

[ 41] Donatella Nebbiai-Dalla Guarda, La Bibliothèque de l’abbaye de Saint-Denis en France, du IXe au XVIIIe siècle, Paris, CNRS, 1985, p. 48 ; voir également les n. 34 et 36 ci-dessus.Retour

[ 42] Rigord, § 37, p. 55 : Et quoniam multi solent dubitare de origine regni Francorum, quomodo et qualiter reges Francorum ab ipsis Trojanis descendisse dicantur ; ideo sollicitius, prout potuimus colligere ex historia Gregorii Turonensis, ex chronicis Eusebii et Hidacii et ex aliorum multorum scriptis, in hac nostra historia satis lucide determinavimus. Idace (427-468), évêque de Chaves en Galice, auteur d’une Chronique rapportant le passage des Alains, Suèves et Vandales dans la péninsule Ibérique, est encore mentionné avec Grégoire de Tours au § 39, p. 63, dans la chronogénéalogie des rois des Francs : sur ces auteurs et la composition des œuvres, Franz Brunhölzl, Histoire de la littérature latine du Moyen Âge, I, 1, L’époque mérovingienne, Turnhout, Brepols, 1990, p. 70, 133-139 ; sur les origines troyennes, Colette Beaune, Naissance de la nation France, Paris, Gallimard, 1985, p. 19-27 (qui cite étrangement « Guillaume Rigord » ?) et M. Klippel, Die Darstellung der frankischen Trojanersage in Geschichtsschreibung und Dichtung vom Mittelalter bis zu Renaissance in Frankreich, Marbourg, Beyer und Hausknecht, 1936 ; égal., John W. Baldwin, Philippe Auguste, op. cit. (n. 2), p. 469-471 et 645, n. 72. Sur Benoît de Sainte-Maure, Dictionnaire des Lettres françaises, op. cit. (n. 2), p. 139-140. Sans vouloir systématiquement charger Rigord, ce passage généralement considéré comme fondateur de l’idéologie royale semble ici d’abord devoir être remis dans son contexte qui est celui d’une simple digression partant de l’étymologie ancienne de Paris, elle-même issue d’un mauvais jeu de mots sur Lutèce, « ville de la fange » (a luti fetore, éd. citée, p. 54) émis à propos des travaux d’urbanisme entrepris par le roi.Retour

[ 43] Réminiscences d’une jeunesse montpelliéraine davantage marquée par le brassage (populaire) ?Retour

[ 44] Voir Gilbert Dahan, Les intellectuels chrétiens et les juifs, op. cit. (n. 32), p. 54 (qui juge « la maladresse de cette justification » par rapport à l’utilisation « toujours positive de l’allégorie par les théologiens médiévaux ») ; sur cet argumentaire, id., p. 386 et s. (La polémique dans l’exégèse de la Bible).Retour

[ 45] Citations très courtes et familières, souvent regroupées à la façon d’un travail de fioriture, leur usage n’est vérifié que jusqu’au § 27 : Livre de la Sagesse, Psaumes et Écclésiaste (§ 9 et 10), Cantique des cantiques (§ 10), Corinthiens I (§ 11, emprunt à la liturgie des morts), Deutéronome (§ 12), Rois, Daniel, Isaïe (§ 13, et pour ce dernier égal. § 25-26), Exode (§ 18), Luc (§ 24), Judith (§ 27). La citation de Job, XIX, 25, au § 114, ne fait que reproduire l’épitaphe de l’évêque de Paris, Maurice de Sully.Retour

[ 46] Attesté non seulement par Guillaume le Breton, Gesta Philippi Augusti, éd. Henri-François Delaborde, Œuvres de Rigord et de Guillaume le Breton, op. cit. (n. 1), I, § 152, p. 230 (et de ea facultate que de sanandis corporibus et sanitatibus conservandis scripta est, plena et perfecta inveniretur fortuna), qui suggère même une reconnaissance antérieure par Louis VII peu relevée jusqu’ici (propter libertatem et specialem prerogativam defensionis quam Philippus rex, et pater ante ipsum, ipsis scholaribus impendebant), mais surtout par le témoignage – moins précis quant à l’enseignement de la médecine – d’autres chroniqueurs strictement contemporains de Rigord (Gilles de Paris, Roger de Hoveden) et par l’intervention du roi dès 1200 en faveur des « écoliers » parisiens (Henri Denifle et Émile Châtelain, éd., Chartularium Universitatis Parisiensis, I, Paris, 1889, p. 59-61, no 1 et p. 72-73, no 13) ; en août 1213, un acte de l’évêque de Paris, Pierre de Corbeil, fournit la première attestation connue de ce nouveau cadre d’enseignement où la médecine trouve place à côté des arts, du droit et de la théologie (ibid., p. 76, no 16) ; analyse d’ensemble par Stephen C. Ferruolo, The Origins of the University : The Schools of Paris and their Critics, 1100-1215, Stanford, 1985, p. 283-301 ; Jacques Verger, Naissance de l’université de Paris, Histoire des universités en France, Toulouse, Privat, 1986, p. 28-33 ; id., Des écoles à l’université : la mutation institutionnelle, dans La France de Philippe Auguste, op. cit. (n. 28), p. 817-842 et Danielle Jacquart, La médecine médiévale dans le cadre parisien, Paris, Fayard, 1998, p. 20-21.Retour

[ 47] Rigord, p. 111, § 77 : ad ecclesiam Sancti Lazari juxta Parisium venerunt, ubi facta sunt oratione et populi subsequentis oblatione, universi conventus religiosorum Parisienses et venerabilis Mauricius Parisiensis episcopus cum canonicis suis et clericis et infinita scholarium et populi concurrente multitudine...Retour

[ 48] Voir Jacques Verger, À propos de la naissance de l’Université de Paris : contexte social, enjeu politique, portée intellectuelle, id., Les Universités françaises au Moyen Âge, Leyde, Brill, 1995, p. 6-7, n. 21 ; Stephen d’Irsay, The life and works of Gilles de Corbeil, Annals of Medical History, VIII, 1925, p. 362-378 ; Monique Ausécache, Gilles de Corbeil ou le médecin pédagogue au tournant des XIIe et XIIIe siècles, Early Science and Medicine, 3, 1998, p. 187-215.Retour

[ 49] Deux épisodes humoristiques sur les 18 exempla repérés relatifs à Philippe Auguste : voir leur traduction dans le recueil réédité d’Albert Lecoy de la Marche, présenté par Jacques Berlioz, Le rire du prédicateur, Turnhout, Brépols, 1992, p. 56 et 57.Retour

[ 50] Rigord, § 77 : Ludovicus, filius Philippi regis, cepit egrotare morbo gravissimo qui a physicis dissinteria vocatur... La tournure de cette phrase, dont la subordonnée utilise un présent, ne nous semble pas désigner le processus de diagnostic effectué. Seules sont citées, selon le stéréotype évangélique, les guérisons miraculeuses des aveugles, sourds, muets et paralytiques (ou boiteux) qui suivent la prédication de Foulques de Neuilly [§ 120].Retour

[ 51] Tel est le cas célèbre de Gilles de Corbeil, De signis morborum, éd. Valentin Rose, Berlin, 1864, Viaticus de signis et sinthomatibus egritudinum, éd. Valentin Rose, Leipzig, 1908, De pulsibus et De urinis, in Carmina medica, éd. Ludwig Choulant, Leipsig, 1826 ; autres références, ci-dessus, n. 7, p. 245.Retour

[ 52] Henri-François Delaborde, Œuvres de Rigord et de Guillaume le Breton, op. cit. (n. 1), p. 97, n. 6 et p. 116, n. 3 et id., II, liber IV, v. 261-278, p. 106-107.Retour

[ 53] Gesta Henrici regis, I, 350.Retour

[ 54] À comparer, entre autres exemples, avec la description fournie une trentaine d’années auparavant par les Annales d’Egmond en Flandre, du traitement appliqué au corps du comte de Scowenburch en 1164 (MGH, Scriptores, 16, p. 463).Retour

[ 55] Recueil des chroniques de Flandre, éd. J. de Smet, II, Bruxelles, 1856, p. 62.Retour

[ 56] Voir la description fournie par Raoul de Coggeshall, Chronicon Anglicanum, éd. J. Stevenson, Londres, Rolls Series, 1875, p. 94 ou Roger de Howeden, Chronica, éd. W. Stubbs, Londres, Rolls Series, 1880, IV, p. 82-84. Richard meurt le 6 avril 1199.Retour

[ 57] Échec de cette tentative selon Jacques Le Goff, Le dossier de sainteté de Philippe Auguste, magazine L’Histoire, 100, mai 1987, p. 22-29. D’une richesse incomparable, la Vie de Robert le Pieux par Helgaud de Fleury ne paraît pas avoir bénéficié d’une diffusion manuscrite qui l’eût fait plus directement connaître des moines de Saint-Denis (éd. Robert-Henri Bautier et Gilette Labory, Paris, CNRS, 1965, p. 50).Retour

[ 58] Rigord, § 29. Ce miracle est analysé par Claude Gauvard, La France au Moyen Âge, Paris, PUF, 1996, p. 275-276.Retour

[ 59] Voir Danielle Jacquart et Françoise Micheau, La médecine arabe et l’occident médiéval, Paris, Maisonneuve & Larose, 1990, p. 168-176.Retour

[ 60] Rigord, § 3, p. 11 : eminus rusticum quemdam, statura procerum, prunas in igne sufflantem, subito prospexit, aspectu horribilem, carbonum nigredine [pour nigretudine] infectum, vultu deformem, super collum securim magnam tenentem... Ex hoc enim timore Philippus a Deo datus graviter tunc acuto morbo laboravit... ; et selon Robert, Chronica, éd. Richard Howlett, Londres, 1889, p. 282-283 : Tandem invento quodam homine, qui ad opus fabrorum carbones parabat...Retour

[ 61] Outre les œuvres elles-mêmes, voir Bertrand Lançon, Maladies, malades et thérapeutes en Gaule à la fin de l’Antiquité (IIIe-VIe siècles), thèse de doctorat, Paris IV, 1990, p. 93 et s. ; François-Olivier Touati, Maladie et société au Moyen Âge. La lèpre, les lépreux et les léproseries dans la province ecclésiastique de Sens jusqu’au milieu du XIVe siècle, Bruxelles, De Boeck Université, 1998, p. 88-90 ; Loren C. Mackinney, Tenth Century Medicine, op. cit. (n. 5).Retour

[ 62] Éd. Henri-François Delaborde, Œuvres de Rigord et de Guillaume le Breton, op. cit. (n. 1), p. 168 : non ut inde laudis aliquid videar mendicare aut chronographus sive historiographus vocari merear... ; p. 169 : Et quoniam libellus ille magistri Riguoti a paucis habetur, et adhuc multitudini non communicatur...Retour

[ 63] Malgré son origine obscure, le mot « rigoler » est attesté en ancien français sous la forme « rigoter » ; « ragoter » signifie d’abord « braire, crier », et en moyen français, « raccourcir » ; le trébuchement sur ce nom est en tout cas péjoratif (voir s.v., Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, Paris, 1880 et Alain Rey (dir.), Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Le Robert, 1998, p. 3254, « Rigoler »), également ci.après, n. 76 et 77, p. 262.Retour

[ 64] Sur les degrés du rire « admissible », Jeannine Horowitz et Sophia Menache, L’humour en chaire. Le rire dans l’Église médiévale, Paris, Labor et Fides, 1994, p. 34-35 ; Jacques Le Goff, Rire au Moyen Âge, Cahiers du Centre de recherches historiques, 3, 1989, p. 1-14. Il va de soi qu’on entre ici dans les catégories dangereuses.Retour

[ 65] Voir ci-dessus n. 10, p. 246.Retour

[ 66] De laudibus et virtutibus compositorum medicaminum, éd. Ludwig Choulant, Carmina medica, Leipzig, 1826, IV, v. 486-491 : Nam est sententia vana Rigordi / Judicio reprobanda meo, damnabilis omni / Digna cruce atque sui titulo fuscanda patroni, / Qui Requiem monachis in acutis febribus offert / Et requiem facit æternam modicumque capacem / Obscurum nigris monachis ingurgitat Orcum. Sur cette saillie et le contexte polémique des poèmes satiriques et moralisateurs de Gilles, voir Camille Vieillard, Essai sur la société médicale et religieuse au XIIe siècle. Gilles de Corbeil, médecin de Philippe Auguste et chanoine de Notre-Dame, 1140-1224 ?, Paris, Honoré Champion, 1909, ici p. 233.Retour

[ 67] Sur ce bouillonnement : John W. Baldwin, Masters, Princes and Merchants. The social Views of Peter the Chanter and his Circle, Princeton, University Press, 1970. À en juger par certaines anecdotes colportées par les exempla émaillant la prédication au XIIIe siècle, la communauté monastique de Saint-Denis semble avoir été la cible de certaines jalousies ou dérisions : voir en particulier celle qui met précisément en scène Philippe Auguste choisissant pour abbé le seul moine – difficilement trouvé – de maigreur suffisante pour sembler respecter les pratiques ascétiques (A. Lecoy de la Marche, Le Rire du prédicateur, op. cit., p. 42-43, no 42) ; saint Denis l’Aréopagite n’est pas moins un intercesseur privilégié du roi (id., p. 57-58, no 49).Retour

[ 68] Chronique de Tours, Robert de Saint-Marien d’Auxerre, Hélinand de Froidmont, Geoffroy de Vigeois, Gislebert de Mons, Benoît de Peterborough, Roger de Hoveden, Guillaume de Neubourg, Raoul de Diceto, Giraud de Galles, Gervais de Cantorbéry, ou encore Ernoul... La recherche reste bien sûr à poursuivre : est-ce le genre lui-même qui suppose une faible attention aux pathologies ? Une comparaison avec ces auteurs comme avec ceux d’autres aires culturelles ou politiques, malgré leur relative concision à ce sujet – Guillaume de Tyr (voir François-Olivier Touati, La Terre sainte, un laboratoire hospitalier au Moyen Âge, Actes du Colloque de Reichenau, mars 2002, sous presse) –, ou antérieurs – Adam de Brême –, ne plaide pas davantage en faveur de Rigord.Retour

[ 69] Sur ces différentes transformations, Henri-François Delaborde, Œuvres, op. cit. (n. 1), Introduction, p. XXIV-LXXXII. De même, Guillaume de Nangis, moine et archiviste à Saint-Denis entre 1289 et 1299, a repris le guide chronologique des tombeaux des rois de France, avec un réel succès d’audience (éd. partielle dans le Recueil des Historiens de la France, XX, Paris, 1840, p. 649-653) ; voir Gabrielle M. Spiegel, The Chronicle Tradition, op. cit. (n. 27), p. 98-108.Retour

[ 70] Références ci-dessus, n. 14, p. 246.Retour

[ 71] Les pièces du procès devant le Parlement, auquel ce différend à multiples rebondissements depuis le XIIIe siècle a conduit (Paris, AN LL 1326, X1a 4788), ont été éditées par Henri-François Delaborde, Le procès du chef de saint Denis en 1410, Mémoires de la Société de l’histoire de Paris et de l’Île-de-France, 11, 1884, p. 297-409 ; ici, p. 379.Retour

[ 72] Rigord, § 80, p. 114-115 [à l’année 1191] : et, ad removendum errorem Parisiensium, retento capite hieromartyris Dionysii et in vase argenteo decenter collocato... ; la Chronique latine rédigée par Guillaume de Nangis à Saint-Denis dans la seconde moitié du XIIIe siècle reprend Rigord et revient sur cette « erreur » en précisant contre les Parisiens « qui dicebant » se habere caput pretiosi martyris Dionysii, comme le relève Henri-François Delaborde (éd. Henri Géraud, Paris, 1843, I, p. 101).Retour

[ 73] On se reportera à l’analyse d’ensemble de ces « règles fondamentales de la critique historique au XVe siècle » fournies par Bernard Guenée, Histoire et culture historique, op. cit. (n. 2), p. 137-138.Retour

[ 74] Henri-François Delaborde, Le procès, op. cit. (n. 71), p. 346.Retour

[ 75] Robert Gane, Le Chapitre de Notre-Dame de Paris au XIVe siècle. Étude sociale d’un groupe canonial, Saint-Étienne, Publications de l’Université, CERCOR, Travaux et recherches, 1999, p. 300-301 et 325-326 : après avoir accueilli le médecin du roi Charles VI, Martin Gazel, pour une demi-prébende (expliquant son échange contre trois canonicats en 1405), le chapitre dont Gerson est alors chancelier, comprend encore Thomas de Saint-Pierre, également médecin du roi, proviseur du collège d’Harcourt et doyen de la Faculté de médecine, Jean de Trélon, doyen de la Faculté de théologie, Guillaume du Kruet, docteur en droit canon, les humanistes et secrétaires du roi Gautier Col et Pierre Col (Gane, p. 304) ou le docteur en théologie Jean d’Achères (p. 71) ; données à compléter par le manuscrit BM Ajaccio, no 138, vol. V, p. 98, 159 et 214.Retour

[ 76] Henri-François Delaborde, Le procès, op. cit. (n. 71), p. 377. Le chapitre cathédral comprend alors un nombre croissant de maîtres de l’Université aussi célèbres que Jean Courtecuisse, aumônier du roi, ou Pierre Dubois de Chantelle, aumônier et confesseur du duc de Bourbon avant de devenir à son tour celui du roi (voir Nathalie Gorochov, Le collège de Navarre de sa fondation (1305) au début du XVe siècle (1418), Paris, Honoré Champion, 1997, p. 608, 621 et 639-640).Retour

[ 77] Voir ci-dessus, n. 63, p. 259.Retour

[ 78] Henri-François Delaborde, Le procès, op. cit. (n. 71), p. 387.Retour

[ 79] Voir sa relation dans la Chronique du religieux de Saint-Denis, éd. M. L. [Louis-François] Bellaguet (1842), rééd. Paris, CTHS, 1994, livre XXVII, chap. XIII et le commentaire introductif par Bernard Guenée, vol. 1, p. XVIII-XXX. Seul son successeur, Jean Chartier, est réellement commandité par Charles VII, avant ou parallèlement à la perte de cet éphémère monopole, non seulement par Saint-Denis mais aussi par les ecclésiastiques dans leur ensemble au profit de laïcs de la maison du roi : Gilles le Bouvier (dit le Héraut Berry, 1386-1455) ou Philippe de Commynes (1447-1511), ce dernier rédigeant du reste seulement ses Mémoires après la mort de Louis XI (1483) et sa disgrâce de la cour, à partir de 1489 à la demande de l’archevêque de Vienne.Retour

[ 80] Sur les conditions du travail historique, Bernard Guenée, Histoire et culture historique, op. cit. (n. 2), p. 48-50, contestant l’affirmation de V. H. Galbraith (Historical Research in Medieval England, Londres, 1951, p. 10-11) sur le niveau intellectuel et social des chroniqueurs monastiques.Retour

[ 81] Pithou en 1596, Nicolas Peiresc en 1633, Duchesne en 1649, Pierre Dupuy avant 1651, De La Curne de Sainte-Palaye en 1733, Montfaucon en 1739, Dom Brial en 1818 et les historiens de l’abbaye de Saint-Denis, Doublet, Félibien entre autres : références dans Ulysse Chevalier, Répertoire des sources historiques du Moyen Âge. Bio-bibliographie, Paris, Picard, 1907, col. 3974 ; sur ce mouvement, Jean-Marie Moeglin, L’historiographie moderne et contemporaine en France et en Allemagne et les chroniqueurs du Moyen Âge, dans Saint-Denis et la royauté, op. cit. (n. 31), p. 301-338.Retour

[ 82] Rigord, § 70, p. 100-105.Retour

[ 83] Quelques exemples de ces « morceaux choisis » : Robert Latouche, Le film de l’Histoire médiévale en France, Paris, Arthaud, 1959, p. 263-264, 276-277, Michel Mollat et René Van Santbergen, Recueil de textes d’histoire, II : Le Moyen Âge, Bruxelles, H. Dessain, 2e éd., 1977, p. 120-121 ou Charles-Marie de La Roncière, Philippe Contamine, Robert Delort et Michel Rouche, L’Europe au Moyen Âge. Documents expliqués, II, Paris, A. Colin (coll. « U »), 1969, p. 32-33.Retour

[ 84] Histoire et culture historique, op. cit. (n. 2), p. 137.Retour

Résumé

Les qualités de médecin et d’historien du roi de France, revendiquées par le chroniqueur Rigord, contrastent avec l’indifférence presque complète de son œuvre envers les réalités médicales ou pathologiques : s’agit-il d’une loi du genre ? Une analyse détaillée de sa chronique permet de remettre en cause le bien-fondé de ces titres, éclairant les critiques assassines de ses contemporains à son encontre et les enjeux historiographiques du temps.

Mots cles

Moyen Âge, Saint-Denis, Philippe Auguste, chronique, médecine



In contrast with Rigord’s assertion of his profession at once as a physician and as a historiographer of the king of France, his chronicle doesn’t reflect any distinctive interest in medical or pathological realities : is this lack of attention inferable from his own mediocrity or, more basically, from the genre of historical writings during the Middle Ages ? The study of the narrative and of its successive dedications leads to contest the legitimacy of his qualifications. The murderess or ironical denigration formulated by his contemporaries against Rigord gives to appreciate the historiographical issues of the time.

Key Words

Middle Ages, Saint-Denis, king of France, chronicle, medicine

PLAN DE L'ARTICLE

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POUR CITER CET ARTICLE

François-Olivier Touati « Faut-il en rire ? », Revue historique 2/2003 (n° 626), p. 243-265.
URL :
www.cairn.info/revue-historique-2003-2-page-243.htm.
DOI : 10.3917/rhis.032.0243.