Revue historique 2004/3
Revue historique
2004/3 (n° 631)
240 pages
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I.S.B.N. 9782130546900
DOI 10.3917/rhis.043.0507
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Vous consultezLe roi, l’or et le sang des pauvres dans Le livre de l’information des princes, miroir anonyme dédié à Louis X[*] [*] Je remercie vivement Mme Claude Gauvard des remarques fécondes...
suite

AuteurLydwine Scordia du même auteur

Maître de conférences à l’Université de Rouen. Ses recherches portent sur les idées et les croyances politiques (théorie et imaginaire), et, plus particulièrement, sur les formes d’opposition théorique au pouvoir royal en France (XIIIe-XVe siècles). Elle aborde l’étude de la fiscalité royale moderne, permanente et régulière à partir des textes d’exégèse biblique, des quodlibets des facultés de théologie, du droit canon et civil, de la littérature politique du temps, sans oublier les sources non écrites. Parmi ses principales publications, on note : « Les sources du chapitre sur l’impôt dans le Somnium Viridarii », Romania, 117, 1999, p. 115-142 ; « L’exégèse de Genèse 41, les sept vaches grasses et les sept vaches maigres : providence royale et taxation vertueuse (XIIIe-XIVe siècles) », Revue des Études augustiniennes, 46, 2000, p. 93-119 ; « Le roi refuse l’or de ses sujets. Analyse d’une miniature du Livre de bonnes meurs de Jacques Legrand (  1415) » ; Médiévales, 46, 2004, p. 109-130 ; Le roi doit vivre du sien. La théorie de l’impôt en France (XIIIe-XVe siècles), Paris, Institut d’études augustiniennes, 2004. Elle prépare actuellement les éditions du Livre de l’information des princes (BNF, fr. 1950) et du Livre des trois aages (BNF, Smith-Lesouëf 70).

1

« Len raconte de un roy qui fist ses chambellens si pres de soy, que de tout il se conseilloit par eulz, [...] et le roy estoit de touz hay. [...] Toutefoiz en brief temps, Dieu, qui resiste aus outrecuidies, le demonstra tel comme il [le chambellan] estoit, et quil nestoit mie tant seulement indigne de si grant benefice, ains nestoit mie digne de viure corporellement. Et comme il fust de plusieurs maulz accuse, et le roy le vousist excuser ; finablement par iustice, et par linstance des accusans, il fu a mort condampne et pendu au gibet, et non mie sans grant admiration de plusieurs, et a grant ioie des autres qui aimoient lonneur du roy. »[1] [1]Le livre de l’information des princes, BNF,...
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2 Dans ce miroir anonyme dédié à Louis X, l’auteur se réjouit de la mise à mort d’un mauvais chambellan trop puissant, que le roi laisse gouverner. Le roi qui perd son temps à la chasse est haï de tous ; et le chambellan finit pendu au gibet, à la grande satisfaction de ceux qui aiment l’honneur du roi. L’intemporalité habituelle des miroirs semble ici céder le pas à l’actualité la plus proche. Et l’on hésite à ne pas reconnaître Philippe IV sous les traits du roi « de touz hay »[2] [2] Très nombreuses critiques du roi chasseur dans...
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, et Enguerran de Marigny sous ceux du chambellan « pendu au gibet » de Montfaucon le 30 avril 1315, moins d’un an après la mort du roi.

3 L’irruption de l’histoire nationale la plus contemporaine dans les traités de bon gouvernement est assez inédite. Les « miroirs au prince » sont pour la plupart des œuvres à dominante morale plus que politique. Ces textes censés renvoyer à leur destinataire l’image idéale du bon prince – d’où le nom générique de « miroir » (speculum) sous lequel ils sont désignés[3] [3] Lester K.  Born, The Perfect Prince : A...
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 – ont pour auteurs des clercs souvent inquiets de l’ampleur du pouvoir royal. Les miroirs contiennent un fonds commun de notations sur les vices et les vertus que le jeune prince doit respectivement fuir et cultiver. À l’époque carolingienne, les miroirs s’apparentent aux admonitiones prononcées par des clercs pour mettre le prince en garde contre les dérives du pouvoir[4] [4] Les quatre miroirs carolingiens sont la Via...
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. Le genre trouve un nouvel élan au XIIe et surtout au XIIIe siècle, au moment où le pouvoir royal tend à s’accroître. Les deux principaux témoins de ce renouveau sont le Policraticus (1159) de Jean de Salisbury, dédié à Thomas Becket, et le très aristotélicien De regimine principum (1278) de Gilles de Rome, composé pour le futur Philippe IV.

4 Au-delà des ressemblances qu’imprime le genre, chaque miroir a ses signes distinctifs ; le Livre de l’information des princes a les siens. L’auteur se montre très sensible aux thèmes financiers et, plus particulièrement, aux conséquences morales et politiques du prélèvement fiscal sur les sujets. Dès la fin du XIIIe siècle, le règne de Philippe le Bel a ouvert ce que J. B. Henneman a appelé « l’âge du subside de guerre »[5] [5] John B.  Henneman, Royal Taxation in Fourteenth...
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. Le prince a multiplié les types de prélèvements et les a étendus à tous ses vassaux et arrière-vassaux, mettant ainsi entre parenthèses la structure féodale existante. Les empiétements de pouvoir sont si nombreux que des ligues nobiliaires se formèrent en 1314-1315, à la mort du prince[6] [6] Sur les ligues, voir André Artonne, Le mouvement...
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. C’est dans ce contexte que l’auteur du Livre de l’information expose les risques politiques et moraux de l’impôt régulier.

UN MIROIR ANONYME À SUCCÈS

5 La diversité des incipit a probablement contribué à l’oubli presque total dont souffre ce traité[7] [7] Le travail d’édition de la double version...
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. L’intitulé latin le plus fréquent est Liber de informatione principum. Il a été traduit en français par Le livre de l’information des princes[8] [8] Les variantes sont nombreuses : mineures,...
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. Ni les termes eruditio, institutio, instructio,regimen ou speculum n’ont été choisis dans l’incipit du traité, mais le mot informatio qu’il faut prendre ici dans le sens d’ « enseignement » ou d’ « instruction »[9] [9] Sur les différents sens de informatio/ « information »,...
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.

Une double version latine et française

6 La plupart des témoins indiquent que le destinataire du traité est « Loys, ainsne de Phelippe », c’est-à-dire le futur Louis X (1314-1316)[10] [10] Ici aussi, les variantes sont notables. Le miroir...
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. Quant à l’attribution, elle est des plus variées. Le nom qui revient le plus souvent est Gilles de Rome, mais le miroir est parfois attribué à un maître ou docteur en théologie de l’ordre de saint Dominique[11] [11] BNF, fr. 126 ( « Ci liure fut extrait et translate...
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. Ce texte mal identifié a tout à la fois profité et souffert de la confusion avec le fameux De regimine principum de Gilles de Rome ou avec le De eruditione principum de Guillaume Peyraut[12] [12] Arpad Steiner a identifié le Pseudo-Thomas...
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. Il reste pour l’heure anonyme, même si l’on peut remarquer un ton et une inspiration proches des milieux Mendiants.

7 En 1379, plus d’un demi-siècle après sa rédaction, Charles V, qui possède un manuscrit de la version latine[13] [13] Léopold Delisle, Recherches sur la librairie...
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, en demande une traduction au carme Jean Golein (  1403). Charles V poursuit depuis quelques années déjà une large politique de traduction des textes les plus utilesCharles V à la pensée politique[14] [14] Le franciscain Denis Foulechat traduit le Policraticus...
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et le religieux est un des plus éminents traducteurs du temps[15] [15] Jean Golein a traduit le RationaldesDivinsOffices...
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. Le plan du Livre de l’information des princes a peut-être incité le sage roi à commander ce travail à Jean Golein. En effet, le traité accorde une place très importante à la sagesse, ce qui a pu suffire à justifier le choix de Charles V. De plus, ce miroir est extrêmement vivant, car l’auteur recourt à un très large éventail d’histoires et d’exempla puisés dans la Bible, l’Antiquité, et dans l’histoire nationale, y compris l’histoire la plus récente. L’exemplaire destiné au roi a été conservé, il s’agit du manuscrit français 1950 de la BNF[16] [16] François Avril, La librairie de Charles V,...
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 ; il nous servira de témoin dans cette étude. La version française eut du succès : on compte plus d’une vingtaine de manuscrits ; une dizaine pour la version latine[17] [17] Léopold Delisle avait établi une liste de...
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. Le traité fut recopié pour des princes (Jean de Berry, Louis d’Orléans...) ou des élites urbaines (échevinage de Rouen)[18] [18] Respectivement, les manuscrits BNF, fr. 1210 ;...
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. Enfin, une traduction française fut imprimée à Paris en 1517 avec Le secret des secrets d’ « Aristote », sous le titre du Mirouer exemplaire ; le traité y est encore attribué au « tres excellent docteur » Gilles de Rome, mais l’indication du destinataire a disparu[19] [19] L’édition ancienne a pour titre complet :...
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.

8 Léopold Delisle redécouvre le Liber de informatione principum pour l’Histoire littéraire de la France (1893)[20] [20] Léopold Delisle,Anonyme auteur du Liber de...
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. Wilhelm Berges le répertorie en quelques pages dans son Fürstenspiegel (1938) ; de même Jacques Krynen dans L’empire du roi (1993)[21] [21] Wilhelm Berges, Die Fürstenspiegel,op.  cit. ...
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. Le Livre de l’information des princes n’a cependant pas de notice propre dans le DictionnairedesLettresfrançaises, où il n’apparaît qu’à la rubrique des traductions du Deregimine principum, ce qui est assez déroutant quand on se souvient que le miroir aristotélicien de Gilles de Rome est dédié à Philippe le Bel et que le Livre de l’information, qui est très peu aristotélicien, est hostile à ce même prince[22] [22] Sylvie Lefèvre, Information des princes, Dictionnaire...
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. Ce traité n’est donc pas inconnu, mais il n’a pas d’existence propre aux yeux de la critique historique[23] [23] La différenciation des nombreux traités de...
suite
.

Auctor, auctoritas[24] [24] Auctor et auctoritas. Invention et conformisme...
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9 Le Livre de l’information des princes s’inspire, comme toute œuvre de ce temps, de textes antérieurs. On reconnaît certains passages démarqués du Policraticus de Jean de Salisbury, du miroir dédié à Louis IX par le franciscain Guibert de Tournai (1259), et du traité moral de Durand de Champagne, franciscain lui aussi, confesseur de la reine Jeanne de Navarre (  1305), femme de Philippe le Bel[25] [25] Guibert de Tournai, Le traité Eruditio regum...
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. Le travail sur les filiations de l’œuvre devrait permettre d’identifier le milieu d’élaboration du Livre de l’information des princes, sinon son auteur.

10 Tous ces traités de bon gouvernement suivent une trame que l’on retrouve de miroir en miroir. Les plans sont divers, mais une problématique domine : le roi doit d’abord savoir se gouverner avant de gouverner les autres[26] [26] Augustin, Enarrationes in Psalmos, Ps.  44,...
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. Le plan type s’inspire du De regimine principum de Gilles de RomeVoir De regimine principumGilles de Rome qui, lui-même, reprenait la tripartition aristotélicienne, soit le gouvernement de soi-même (éthique), le gouvernement domestique (économique) et le gouvernement de la communauté (politique). L’Anonyme auteur du Livre de l’information des princes a choisi de structurer le traité en suivant le plan suggéré par un lemme biblique qui résume la fonction royale en une phrase : Regnabit rex, et sapiens erit, et faciet judicium et justiciam in terram (Le roi régnera et sera sage et il exercera équité et justice, Jr 23, 5). La première partie traite de l’excellence de la dignité royale et des vertus nécessaires à un roi (Rex) ; la deuxième centre le propos autour des obligations du roi envers sa famille et sa maison (regnabit) ; la troisième partie fait l’éloge de la sagesse (sapiens erit) ; et la quatrième développe la fonction judiciaire du roi (faciet judicium et justiciam in terra)[27] [27] Les livres I et II comprennent chacun 33 chapitres...
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. Le nombre des chapitres est plus ou moins le même à l’intérieur de chaque livre (30 à 41), mais leur développement est très inégal. Les deux premiers livres représentent à eux seuls 70 % du miroir, comme si l’auteur avait d’abord bâti l’ensemble de la structure, mais qu’il avait – le cas n’est pas rare – davantage développé les premières parties que les dernières.

11 Le Livre de l’information compte de beaux chapitres sur la richesse, la libéralité et l’avarice, qui posent le problème de la nature et de l’acceptation de l’impôt royal. Les deux versions latine et française de ce miroir recouvrent le demi-siècle clé pour l’histoire de la mise en place théorique et pratique de l’impôt moderne. La réflexion sur la légitimité du prélèvement fiscal est ancienne, mais, dans la pratique, la question d’un impôt royal direct levé sur l’ensemble des sujets est essentiellement posée sous les règnes de Philippe IV et de Charles V. Au début du XIVe siècle, l’impôt royal appartient encore aux ressources extraordinaires. Un demi-siècle plus tard, le paiement de la lourde rançon de Jean II régularise la perception fiscale pendant vingt ans[28] [28] L’ordonnance du 5 décembre 1360 établit...
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. L’impôt est donc régulier jusqu’en 1380, date à laquelle le roi abolit le fouage sur son lit de mort. Quelle que soit la cause, militaire, le plus souvent, le prélèvement royal est étroitement lié à une finalité précise et notoire. Lorsque la cause cesse, l’effet cesse[29] [29] Sur la formule cessante causa cessat effectus,...
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. Il faut attendre 1445 pour que le roi Charles VII pérennise l’impôt. L’armée est alors devenue permanente – et, avec elle, le moyen de la financer.

12 L’argumentation théorique de l’impôt moderne est en place dès le règne de Philippe IV : les traités postérieurs ne feront que puiser dans ce corps de sources[30] [30] On en veut pour preuve la synthèse faite dans...
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. Mais si la théorie existe, les esprits continuent de penser que le roi doit « vivre du sien », c’est-à-dire qu’il doit se contenter des revenus de son domaine. Or, au tournant des XIIIe et XIVe siècles, les dépenses ont augmenté, alors que les revenus ordinaires, qui représentaient 80 % des recettes en 1202-1203, se sont effondrés, et ne représentent plus que 50 % en 1330[31] [31] Chiffres donnés par Philippe Contamine, Réformer...
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. La situation est matériellement difficile pour un roi écartelé entre les réalités du temps et l’idéal ministériel d’un roi riche, puisant à pleines mains dans son trésor pour le service de ses sujets.

LA RICHESSE DU ROI

13 Les trois premiers chapitres du livre I (Rex) exposent l’image d’un roi puissant, chef du corps politique, modèle de ses sujets[32] [32] L’Anonymeparaphrase le célèbre passage organiciste...
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. Le chapitre 4, que l’on trouvera en annexe, s’intitule : « Le quart : de lopulence ou habonde diuites ou richesces ». L’auteur y affirme que le jeune roi doit avoir profusion de richesses temporelles pour le bien de la chose publique.

« Il est expedient au roy auoir richesces, assembler tresors »

14 L’Anonyme revient à plusieurs reprises sur la nécessaire richesse du roi, richesse matérielle dont il précise qu’elle doit être abondante : « Le roy seurmonte et passe touz les autres en dignites et richesces » (I, 4)[33] [33] L’anonyme reporte la référence aux richesses...
suite
. La richesse apparaît dans la Bible comme un attribut royal : tous les rois de l’Écriture, bons ou mauvais, sont riches[34] [34] Rois d’Israël, de Juda ou de Perse :...
suite
. Leur richesse y prend des formes diverses : or et argent, orfèvrerie et vêtements, chars, armes et chevaux... (1 Sm 9, 20)[35] [35] Les riches rois sont nombreux dans l’Écriture :...
suite
. La corrélation entre pouvoir et richesse s’explique, selon l’Anonyme, car la richesse temporelle fait la puissance « selon le cours du monde » (I, 4).

15 Les nombreuses occurrences bibliques de la richesse royale ne doivent pas faire oublier les versets qui enseignent le désintéressement aux hommes de pouvoir guettés par la démesure de la tyrannie. Le Code deutéronomique met le roi en garde (Dt 17, 16-17) : Qu’il n’aille pas multiplier ses chevaux... Qu’il n’aille pas multiplier le nombre de ses femmes... Qu’il ne multiplie pas à l’excès son argent et son or(neque argenti et auri immensa pondera). Face à ce type de contradictions, l’auteur du miroir, comme tout scolastique, distingue les registres et parvient à concilier les contraires :

« La loye ne reprent mie le prince riche, mais lauarice de li » (I, 4).

16 Passons rapidement sur la forme de cette phrase, apparentée à une glose biblique ; pour le fond, l’Anonyme découple la richesse du péché capital d’avarice et justifie par avance le trésor du roi. L’éloge de la richesse royale trouvait certainement un écho très contemporain pour le traducteur Jean Golein, car le roi Charles VCharles V fut un temps surnommé « le Riche », même si la postérité a retenu le surnom du « Sage », donné par Christine de PisanChristine de Pisan[36] [36] Guillebert de Mets : « De l’excellence...
suite
. Le sage roi avait perçu la nécessité de thésauriser pour l’utilité du bien commun et l’importance de son trésor était considérable[37] [37] L’inventaire du trésor fut établi en 1379 :...
suite
.

17 Pour tous les contemporains, le modèle biblique de la richesse et de la sagesse s’incarne dans le roi Salomon, fils de David. Le choix de Salomon n’est pas uniquement conditionné par l’ampleur de ses biens. Tout prince est appelé à méditer les enseignements du songe du fils de David. Yahvé apparut à Salomon et lui dit : Demande ce que je dois te donner (2 Ch 1, 7). Salomon lui demanda un cœur plein de jugement pour discerner le bien et le mal (1 R 3, 9). Dieu, satisfait de ce désintéressement matériel, lui donna la sagesse et une richesse et une gloire comme à personne parmi les rois (1 R 3, 13). Richesse et sagesse sont très souvent associées dans l’Écriture. Tour à tour accolés ou opposés, les deux termes permettent une multitude de combinaisons métaphoriques aptes à dévoiler le sens du texte saint. Richesse et sagesse ont à la fois un sens spirituel et temporel. Elles sont toutes deux d’un grand prix[38] [38] Sg 7, 14 ; Si 1, 26 ; He 11, 26 ;...
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. Acquises ou données, elles sauvent ou damnent l’homme qui se perd dans leur conservation stérile. Sagesse et richesse ont en commun l’image de l’enfouissement. La sagesse enfouie comme un trésor ne sert à rien. Il faut rechercher la sagesse comme on cherche un trésor[39] [39] Si 20, 30-31 ; 51, 17 ; Mt 25, 25...
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. L’économie divine suppose une circulation de cette richesse qu’il importe de ne pas immobiliser. À la suite du texte saint, prédicateurs et auteurs de traités didactiques jouent sur la double acception de la richesse en un constant va-et-vient. On peut s’étonner de l’omniprésence de la métaphore financière dans une religion qui oppose Dieu et Mammon. Son succès tient au fait qu’elle rapproche deux plans distincts, le temporel et le spirituel, tous deux incommensurables. La métaphore financière de l’échange salvateur signale fort bien le fossé existant entre les richesses spirituelles et matérielles[40] [40] Giacomo Todeschini, Il prezzo della salvezza. ...
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. L’utilisation de ce procédé littéraire va croissant dans les derniers siècles du Moyen Âge[41] [41] Nicole Bériou, L’esprit de lucre entre vice...
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18 De même qu’il doit « auoir copie souffisant de richesces » (I, 4), le roi doit être sage. Les deux sens de la sagesse (vertu et science) ne sont pas contradictoires dans le Livre de l’information, quoi qu’en dise l’épître paulinienne (1 Co 1, 18-25)[42] [42]Nous prêchons, nous, un Christ crucifié, scandale...
suite
. Le miroir dédié à Louis X met l’accent sur la nécessaire éducation du roi. Éducation morale, car le pouvoir concédé par Dieu est immense et risque de dégénérer en tyrannie si la conscience du roi n’est pas droite. Les vertus du roi le gardent, lui et son royaume, de la démesure. Éducation politique aussi, car le prince du Livre de l’information a une lourde charge, il travaille pour autrui et non pour ses affaires privées : il laisse « ses propres besoignes pour faire celles du commun peuple » (I, 4). Son temps ne lui appartient pas et il ne saurait le perdre à des vanités comme la chasse, dérisoire et infantile : ceux qui courent après les bêtes sauvages sont « semblables aus enfans qui queurent apres les papillons »[43] [43]Le livre de l’information des princes, BNF,...
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. L’Anonyme partage l’hostilité des clercs à la chasse – ou, plus exactement, leur hostilité à l’égard de la passion de la chasse, qui détourne le prince du travail[44] [44] L’hostilité à la chasse n’est pas générale :...
suite
. Dès le XIIe siècle, les miroirs témoignent de l’importance prise par la formation intellectuelle du prince. À la suite de Jean de Salisbury, l’auteur répète, comme tant d’autres, la phrase du Policraticus : « Le roy non lettre est aussi comme asne coronne. »[45] [45]Le livre de l’information des princes, BNF,...
suite
Si l’Anonyme pense que le prince possède des vertus spécifiques charriées par le sang royal, il sait également la nécessité de « labourer » et développer ces vertus innées par une pratique acquise.

Le bien de la chose publique

19 Le prince du Livre de l’information œuvre pour la « chose publique ». Il fait primer la « commune utilite » sur l’utilité privée[46] [46] Dans son miroir datant de 1265, le dominicain...
suite
. Les deux termes ne sont pas forcément opposés, mais la fonction royale, vue par l’Anonyme, amène le prince à privilégier l’utilité des sujets sur la sienne propre. L’objet du gouvernement est la « commune utilite » (I, 4). La notion est apparentée à l’utilité publique d’Augustin[47] [47] Sur les origines de la notion d’utilitas publica...
suite
 ; elle est distincte du « bien commun » aristotélicien absorbé par Thomas d’Aquin[48] [48] Thomas d’Aquin, Somme théologique,IIa,IIae,...
suite
. Dans ce miroir, le pouvoir politique est davantage perçu comme un remède que comme l’exercice d’un art[49] [49] Sur les influences comparées et conjuguées...
suite
.

20 La « commune utilite » consiste à maintenir la paix dans le royaume. Or, suivant l’ordre financier du temps, ce sont les dépenses qui conditionnent les recettes et non l’inverse. L’ordonnancement des dépenses dans le Livre de l’information des princes est triple. En premier, la richesse du roi lui permet de défendre le royaume en payant « largement » les soldats nécessaires pour « deffendre soy et sa terre contre ses ennemis » (I, 4). La défense et la justice sont les deux fonctions primordiales du roi, conservatoires et négatives, au sens où il lui revient de maintenir et de garder le royaume, comme un pasteur garde son troupeau.

21 En deuxième, la richesse du roi présente l’avantage de le faire craindre de ses ennemis : « Car de tant comme il est plus riche, de tant est il plus puissant selon le cours du monde et le redoubtent plus ses ennemis a le guerroier » (I, 4). La phrase laisse entendre que cette puissance doit être largement connue pour parvenir à freiner les ambitions des ennemis. L’important est donc à la fois la réalité et surtout la réputation de la richesse du roi. Elle devra se manifester par des signes extérieurs de magnificence. Les dépenses distingueront le roi comme la personne publique à laquelle nul ne peut se comparer, elles prouveront également l’ampleur de ses moyens aux ennemis potentiels.

22 Troisièmement, le roi doit abonder de libéralité, car le prince deviendra essentiellement roi en donnant plus. Ses deniers ne restent pas « fichiez » en terre. Le roi « en prent tant comme il en a necessite aus humains usages » (I, 4). Le trésor ne doit être ni enfermé ni immobile. Tout prince a en mémoire la malédiction du riche : Votre richesse est pourrie, vos vêtements sont rongés par les vers. Votre or et votre argent sont rouillés, et leur rouille témoignera contre vous : elle dévorera vos chairs ; c’est un feu que vous aurez thésaurisé dans les derniers jours ! (Jc 5, 2-3). Le Livre de l’information en donne un écho : « Lor naisse dedenz la terre quant il se moille et adioint auarice » (I, 4). Le roi peut être riche à condition de dépenser son argent. Le trésor peut être abondant s’il est fluide. La vie n’est possible que par ce mouvement. Que serait le corps dont le sang ne circulerait pas, le peuple des justes qui ne recevrait pas la grâce ou un royaume qui ne serait pas vivifié par le trésor du roi ? C’est le mouvement et la circulation du sang, de la grâce et du trésor qui justifient leur abondance.

23 Ces différents types de dépenses posent la question des recettes et le double problème de leur origine et de leur régularité. La guerre étant éphémère, elle entraîne par conséquent des dépenses ponctuelles. Mais comment assumer financièrement la prévention et la préparation de la guerre souhaitées par l’auteur ? N’induisent-elles pas logiquement de trouver une ressource permanente qui, en l’absence de revenus domaniaux suffisants, ne peut être que la ponction fiscale ?

L’OR EST LE SANG DES PAUVRES

24 L’amalgame fait entre l’or et le sang des pauvres est imagé mais elliptique. Sans déflorer l’image par une trop longue explication, signalons tout de même qu’elle combine une comparaison (l’or irrigue le royaume comme le sang nourrit le corps) et une allusion biblique (C’est tuer son prochain que de lui ôter la subsistance, c’est répandre le sang que de priver le salarié de son dû, Si 34, 22). Le prélèvement fiscal pressure les pauvres, autant dire que le prince imposant ses sujets se comporte comme un anti-Christ.

D’où proviennent les trésors assemblés ?

25 L’ensemble du Livre de l’information des princes, et le chapitre 4 en particulier, expriment une nette hostilité à l’impôt permanent. Le vocabulaire du prélèvement fiscal est manifestement dépréciatif. Le prélèvement est qualifié d’ « exactions », « extorsions » et « oppressions » qui servent à acquérir « indeuement richesces ». La seule condition fiscale admise est le cas de nécessité ( « se nest en cas de necessite » ). La conception fiscale de ce miroir répond à la règle du cessante causa,cessat effectus[50] [50] Elizabeth A. R.  Brown, Cessante causa and the...
suite
. Cette maxime obère le pouvoir financier du roi. Le prince est condamné à attendre le danger pour justifier l’impôt. Nulle anticipation possible, à moins de faire subir à la nécessité une curieuse entorse sémantique en envisageant la perpétuation d’une exception (perpetua necessitas)[51] [51] Sur la « nécessité perpétuelle », lire...
suite
. La perception inquiète des dangers militaires et la propension de l’Anonyme à affirmer l’importance de trésors assemblés devraient le conduire à définir un cas de nécessité perpétuelle dont la source financière resterait à identifier. Or l’auteur ne poursuit pas ce raisonnement, il s’arrête à mi-chemin, laissant à d’autres le soin d’articuler l’impôt à la nécessité des réserves[52] [52] Il faut préciser que, lors de la rédaction...
suite
. L’Anonyme est écartelé entre les réalités du temps qui justifient les réserves, et l’idéal d’un prince qui ne se projette pas dans le temps. L’auteur trouve des accents franciscains quand il cite en exemple ceux qui « mettent au noient toute sollicitude et soing de temporalite » (I, 4).

26 Tous les princes n’ont pas une telle modération financière. Ce roi, dont l’Anonymedit qu’il perd son temps à la chasse, s’entoure de mauvais officiers, multiplie les impôts et laisse gouverner un mauvais chambellan, ressemble fort au roi Philippe le Bel[53] [53] Sur la complexité psychologique de Philippe...
suite
.

« Len raconte dun roy simple auquel se prochains collateraux conseillierent quil feist tant quil eust les biens de ses subgiez et toute leur pecune. Et premierement, quil procedast par maniere de prest ; apres, par subuentions et par diuerses extorcions, mais que au premier, il demandast petite quantite, et apres greigneur, et que souuent il le replicast. »[54] [54]Le livre de l’information des princes,BNF,...
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27 Le passage est un véritable réquisitoire impliquant directement le roi. En effet, la banale incrimination des mauvais conseillers n’oblitère pas la responsabilité du roi, car un prince doit savoir s’entourer : il est responsable des officiers. Le roi est accusé de vouloir s’emparer des « biens de ses subgiez et [de] toute leur pecune ». La dénonciation trouve un écho très précis pour les hommes du temps, car une telle attitude n’est pas le fait d’un roi mais d’un tyran. Beaucoup racontent l’histoire de Denys, le tyran de Syracuse qui a rempli ses coffres de toute la fortune de la cité en cinq ans[55] [55] Aristote, Les Politiques, V, 11, éd. Pierre...
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. Les différents moyens de se procurer de l’argent sont condamnés : l’Anonyme est hostile à l’emprunt ( « par maniere de prest » ) qui semble pourtant à certains préférable à l’impôt, même si l’emprunt n’évite pas l’impôt puisqu’il faut bien rembourser l’argent. Le choix n’est pas entre l’emprunt et l’impôt, puisque l’emprunt mène à l’impôt[56] [56] Ptolémée de Lucques (  1326) tient la même...
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. Le prince décrié par l’Anonyme prélève des « subuentions et diverses exorsions » qui ne cessent d’augmenter ( « au premier, il demandast petite quantite, et apres greigneur » ). Cette peinture semble être un énoncé de la politique fiscale de Philippe IV, qui a successivement levé le centième en 1295, et le cinquantième en 1296, 1297 et 1300. La faute royale vient de la réitération du prélèvement : « Souuent il le replicast. » Passe encore une ponction de nécessité, mais, lorsque la nécessité devient permanente, beaucoup se demandent si le roi n’invente pas les guerres pour justifier les exactions. Ce n’est plus alors la guerre qui légitime l’impôt, mais la guerre qui sert de prétexte à l’impôt.

28 Le nom de ce mauvais roi est imprononçable pour l’Anonyme, qui n’a pas tant d’hésitations quand il célèbre les bons rois[57] [57] L’Anonymevante la science de Charlemagne (III,...
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. L’auteur personnalise les bons comportements qui font l’objet d’exempla et préfère laisser les mauvais dans l’anonymat. La laudatio peut exalter l’individu, la vituperatio reste générale[58] [58] Jean-Claude Mühlethaler, Laudatio temporis...
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. Il reste que certains textes politiques de la même époque n’ont pas eu ces précautions. Geoffroi de ParisGeoffroi de Paris exhorte Louis X à suivre l’exemple de ses « ancessors », « qui de lor royaume riens ne prirent », et critique nommément Philippe le BelPhilippe le Bel, « Roy, de l’autrui tant as ja pris »[59] [59] Geoffroi de Paris, La Chronique métrique, op.  cit. ...
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. Le temps de Monseigneur Saint Louis reste pour longtemps la référence fiscale. Le roi respectait, dit-on, la franchise des Français et donnait abondamment aux pauvres. La réalité de cet idéal fut sans doute assez différente : on sait que le saint roi augmenta fortement la pression fiscale sur le royaume[60] [60] Voir Jean Favier, Les finances de Saint Louis,...
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. Peu importe, la postérité opposera Philippe IV à Louis IX, le petit-fils à son grand-père.

29 L’Anonyme aborde le thème du domaine royal dans un passage allusif et décalé puisqu’il oriente son développement non sur la théorie domaniale, mais sur le statut du domaine[61] [61] L’Anonyme l’aborde plus directement dans...
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. Le prince est-il le propriétaire du domaine ? « Il appartient a roy auoir copie souffisant de richesces », commence-t-il, mais le texte saint a dit : Non habebit... (Dt 17, 16-17). Les richesses n’appartiennent pas au prince, dit l’Anonyme, car « il les possesse pour la commune utilite » (I, 4). De même, le roi ne s’appartient pas, car « en dilatant laffection de son cuer, se doit dire de touz ses subiez et a eulz, non mie a soy » (I, 4). C’est par une comparaison métaphorique que l’auteur du Livre de l’information veut faire comprendre à son royal élève la nature du lien existant entre le roi et les richesses[62] [62] Lydwine Scordia, Le roi doit vivre du sien.  Histoire...
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. Le prince n’est pas le propriétaire du domaine, il en est le gardien ou l’intendant. Le statut du domaine est conditionné par l’usage qui en est fait. Les revenus du domaine servent à la « commune utilite », c’est elle qui conditionne le statut public de ces biens. On trouve ici un écho du débat opposant les juristes Martinus et Bulgarus sur la question du dominium du prince[63] [63] En 1158, Frédéric Barberousse avait demandé...
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. L’auteur a visiblement adopté la réponse de Bulgarus : le roi exerce son pouvoir ad protectionem vel iuridictionem et non comme un propriétaire[64] [64] Une dispute opposait Martinus à Bulgarus. S’appuyant...
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. Le roi est le protecteur du domaine, car l’essence de sa fonction n’est pas de caractère privé, mais relève de l’ordre public. Si l’auteur du traité de bon gouvernementparvient à la même conclusion que les hommes du droit, il utilise une autre argumentation. Pour se faire entendre du prince, et approfondir la nature de la fonction royale, l’Anonyme introduit le thème du cœur. Les richesses n’appartiennent pas plus au roi qu’il ne s’appartient lui-même. Le prince appartient à ses sujets « en dilatant laffection de son cuer ». Ce beau passage est en fait un démarquage du Policraticus[65] [65] Jean de Salisbury, Policraticussive de nugis...
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, transformé par le franciscain Guibert de Tournai dans son miroir destiné à Saint Louis. C’est Guibert de Tournai qui a surdéveloppé le thème cordial, ébauché par Jean de Salisbury, en introduisant la significative image de la « dilatation de l’affection du cœur du roi »[66] [66] Guibert de Tournai, Eruditio regum et principum,op.  cit. ...
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30 Sensible aux nécessaires dépenses du royaume, l’Anonyme ne se résout pourtant pas à conseiller au prince d’imposer régulièrement ses sujets, car, si la richesse peut être un signe de la bénédiction divine – l’exemple de Salomon est là pour le prouver –, elle n’est pas sans danger pour celui qui la possède.

L’horreur de l’avarice racontée au prince

31 À la suite de l’Apôtre, l’auteur dénonce le péché d’avarice, racine de tous les maux (1 Tm 6, 10) : « Ceste pestilence dauarice estoit semence original de touz maulz » (1, 4). Plus que l’image végétale de l’arbre, sous-jacente dans le verset de l’épître à Timothée, c’est celle de la chaîne qui s’impose à nos yeux. Celui qui possède une vertu doit les posséder toutes, car la chaîne est aussi forte que son maillon le plus faible. La chaîne des vertus peut devenir infernale, puisque celui qui a un vice les pratiquera tous. L’avarice est-elle le pire des vices ? Des sept péchés capitaux, l’avarice est peut-être le péché le plus unanimement condamné dans les miroirs au prince ; il est talonné par l’orgueil[67] [67] Lester K.  Little, Bible et nouveaux problèmes...
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. Augustin et Grégoire le Grand les apparentent car ils expriment tous deux le désir de pouvoir[68] [68] Voir Morton W.  Bloomfield, The Seven Deadly...
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. « Reine des vices » pour Grégoire le Grand (  604)[69] [69] Grégoire le Grand, Moralia in Job, 31, 45,...
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, l’avarice est le pire des vices pour un roi, selon Jean de Salisbury[70] [70] Jean de Salisbury, Policraticus, VIII, 4, PL 199,...
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. « L’homme acquiert avec la richesse la faculté de perpétrer n’importe quel péché et celle d’en avoir le désir, du fait que l’argent peut aider à se procurer les biens de ce monde quels qu’ils soient, selon le mot de l’Ecclésiaste (Qo 10, 19) : À l’argent tout obéit , commente Thomas d’AquinThomas d’Aquin[71] [71] Thomas d’Aquin, Somme théologique, Ia,IIae,...
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32 L’avarice est un vice infernal, car elle ne connaît pas de terme. « Le fameileux et lauaricieux ont touz.ii.fain, mais lauaricieux plus, car de tant comme il a de plusieurs choses appetit et faux desir, de tant est il plus tourmente et malaisie et ne se puet saouler ne assazier » (I, 4). C’est l’illimitation de la cupiditas qui en fait la racine de tous les maux. Le prince se perd dans la recherche éperdue de pécune, véritable aliéné d’une quête sans assouvissement. Alors que le Christ multiplie et distribue le pain, le bon vin et les poissons aux hommes qu’il rassasie[72] [72] Mt 14, 13-23 ; Mc 6, 32-52 ; Lc 9,...
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, le roi avare commet une véritable inversion de pouvoir : il n’est plus le roi nourricier mais le roi glouton, image du tyran dévorateur de ses sujets. Le roi avare ne veille pas sur son peuple comme un berger ou comme un coq « les siens poussinez repaissant »[73] [73] Geoffroy de Paris, Un Songe, BNF, fr. 146, fol. ...
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.Il est prisonnier de son vice, il est « serfs de la peccune »[74] [74]Le livre de l’information des princes, BNF,...
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33 La cupidité qui s’empare de l’avaricieux est d’autant plus effrayante quand elle s’exerce sur les plus faibles, c’est-à-dire sur les pauvres. Il ne faudrait pas imaginer que l’auteur se complaît dans une description abominable mais théorique de la cupidité. Son propos n’est pas dépourvu de touches réalistes. En effet, si le prince ne taxe pas les nihil habentes, il a beaucoup de mal à imposer les plus riches. Aussi, l’impôt retombe – la constante est historique – sur les « moiens » qui sont assez riches pour être retenus, mais pas assez pour trouver un arrangement avec le pouvoir. Ce sont les « moiens » qui risquent la ruine. L’Anonyme les distingue des pauvres et condamne les princes qui font « leurs subiects destruire et mendier » (I, 4).

34 L’auteur met alors en scène une série d’histoires et d’images propres à convaincre son élève. Histoires puisées dans la Bible, dans l’histoire contemporaine et dans les bestiaires. Le Livre de l’information se livre à une vive critique de la cour et des « curiaux ». Un des « seruans » du roi mérite cependant un traitement particulier : le chambellan. La description du bon chambellan loyal et sage tient en deux lignes. Le portrait du mauvais chambellan couvre presque deux feuillets :

« Len raconte de un roy, qui fist ses chambellens si pres de soy, que de tout il se conseilloit par eulz, et faisoit quanquil li disoient, et que il vouloient, tellement que les honnorables ne les grans du royaume nauoient point daces a li et ne pooit nulli expedier chose quil eust a faire par deuers yceli roy, se nest par yceulx chambellens ou leur moien, ou que par eulx il en fust prie. Et se celi roy faisoit aucune grace a.i.prince ou quiconques autres, il conuenoit que ce fust par le moien diceulz chambellens, afin quil semblast estre fait par eulz et non aultrement, et afin qu’il en eussent la grace, et que len les merciast, et non mie au roy. Si auint que touz ceulz qui auoient a besoignier deuers le roy nauoient nulle esperance de expedier leurs besoignes, se nest par yceulz moiens ; et ainsi par telle maniere, il firent que touz furent obligiez a eulz, et le roy estoit de touz hay, et le rendoient insipient, inutile et de nulle valeur. »[75] [75]Ibid. , II, 11, fol. 65 ra - 65 rb. ...
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35 Les contemporains ont été particulièrement sensibles à cette mainmise sur le pouvoir par Enguerran de Marigny. « Nul ne pouvait parler au roi si Enguerran ne lui en donnait pas le droit », écrit le chroniqueur Jean de Saint-Victor[76] [76] Jean de Saint Victor (  v. 1351), Memoriale...
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. Le pouvoir d’Enguerran double celui du roi au lieu de se fondre en lui. L’ascension d’Enguerran avait été très rapide : chambellan en 1304, principal conseiller du roi en 1313, il est maître des finances royales par l’ordonnance du 19 janvier 1314[77] [77] Jean Favier, Un conseiller de Philippe le Bel. ...
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. Ce chambellan trop puissant pour son rang – il venait d’un « petit estat » – prend la place des conseillers naturels du prince[78] [78]Le livre de l’information des princes, BNF,...
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. L’Anonymedénonce ceux qui installent leurs parents et amis aux bonnes places et en appelle à la justice divine contre le mauvais chambellan.

36 La critique de l’avarice est parfois plus imagée, mais non moins percutante. L’Anonyme anime pour son royal élève une véritable « ménagerie fiscale ». L’avare est comme la taupe qui vit dans la terre, s’en nourrit et ne « voit ne le ray du souleil ne la lumiere » (I, 4). « Les mulos, les ras, les souris assemblent en leurs teignieres le grain a leur appetit » (I, 4). Ils placent leurs biens sous terre et c’est en Enfer qu’ils mourront. L’avaricieux est comme le chien insatiable ; la sangsue des pauvres est l’autre nom des avares ; les percepteurs sont comme le castor qui ne « retrait iamais ses dens iusques a tant quil sent les os croistre et resonner »[79] [79]Ibid. , II, 14, fol. 70 ra, et II, 17, fol. 75...
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. L’Anonyme exalte les oiseaux qui ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers (Mt 6, 26), et il stigmatise mulots et autres rats, qui stockent leurs provisions en greniers et celliers. Or c’est le même auteur qui, quelques lignes plus haut, enjoignait au prince de rassembler des trésors. La contradiction est suggestive. Comment l’expliquer ? Les mulots thésaurisent pour se nourrir pendant l’hiver ; leurs réserves ne sont donc pas figées puisqu’elles ont pour fin d’être consommées. Mais pour l’auteur, le problème n’est pas là : les mulots sont comme l’homme riche de la parabole de Lc 12, 19, lui aussi condamné, non parce qu’il a amassé des réserves dans des greniers, mais parce qu’il a thésaurisé pour lui-même (sibi thesaurizat). La thésaurisation est admise quand elle a pour objet la défense de la communauté dans un cas d’urgente nécessité et non pas la thésaurisation égoïste, alors que nul danger n’est à craindre. Les trésors sont justifiés par l’usage qui en est fait. La richesse est admise à condition de la dépenser pour la commune utilité. C’est ainsi qu’est annulée la charge peccamineuse de l’argent. Le roi peut avoir des coffres à condition d’y puiser à pleines mains pour le salut de ses sujets[80] [80] Les coffres pleins symbolisent l’anti-don...
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. Cette double attitude paradoxale à l’égard de la thésaurisation est caractéristique des modes de pensée franciscains ; ce sont les mêmes hommes qui préconisent et condamnent à la fois la thésaurisation. Leur souci du lendemain pour la temporalité (prince) s’oppose à leur hostilité absolue aux réserves pour leur ordre (religieux)[81] [81] D’autres franciscains épris de pauvreté,...
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. Le roi vit dans le temps, avec les contingences matérielles que cela implique, alors que le religieux s’en libère pour se perdre dans la contemplation de la divinité[82] [82] Sylvain Piron, Parcours d’un intellectuel...
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Avenir temporel et au-delà spirituel du prince

37 Celui qui fait son « paradis de la souffidite dautrui » est en grand danger de damnation éternelle. Tous les princes qui ont « exactionne », « opprime », « ruine », « agreue » les pauvres se comportent comme des loups avides de sang. Les positions de l’Anonyme sont assez radicales : qui n’est pas un bienfaiteur des pauvres en est un oppresseur. Le modèle christique est là pour servir d’exemple au jeune prince : le Christ est venu pour donner et non pour prendre. Les avares ne tendent pas la main pour aider les pauvres ( « les princes ne leur aura sa main estendue pour leur aidier » ) : « endurcis et obstinez », ils « cloent leurs greniers » (I, 4). L’auteur déploie une belle métaphore fondée sur les instruments de la Passion. Il oppose le Christ en croix aux bras étendus, paumes ouvertes, symbolisant le don total, au prince avaricieux replié sur lui-même, clouant ses coffres. Le premier ouvre la voie du salut, le second « se cloent la voie de grace et de gloire » (I, 4).

38 Le ton de l’Anonyme se fait plus menaçant envers les rois, car « trez destroitement leur sera imputee la mort de ceulz quil ont peu aider, se par deffaute de leur aide, il sont perilz, mors ou maltraitiez », et Dieu « leur demandera la mort » au jour du Jugement (I, 4). Ce jour-là, le poids de leur or et de leur cupidité les entraînera en Enfer, car si « lor de sa nature est pesant, mais plus sanz comparoison poise auarice et plus agreue les cuers et appesantist » (I, 4). Nul Purgatoire pour le prince avaricieux, c’est en Enfer que son crime le transportera, c’est là qu’il souffrira les tourments et la peine sans fin de son insatiable passion. Lui, dont la faim d’or était inassouvie, connaîtra la soif du riche tombé en Enfer (Lc 16, 19-30). L’histoire de Lazare et du mauvais riche était bien connue[83] [83]Le livre de l’information des princes, BNF,...
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. Peut-être prenait-elle une saveur particulière pour ceux qui se souvenaient qu’à la veille de sa mort Philippe le Bel avait toujours soif et que la sécheresse de sa bouche et de sa langue ne le quittait pas[84] [84] Dominique Poirel, Philippe le Bel, Paris, 1991,...
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39 L’auteur termine le chapitre 4 par un appel à une libéralité toujours renouvelée, ainsi qu’il « sera dit ci apres ou chapitre de largesce »[85] [85] Ce renvoi interne annonce le chap.  25 du livre I :...
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. De manière plus concrète, l’Anonyme en appelle à la réformation du royaume. Le thème de la réformation est intemporel, mais il est ici développé d’une manière assez inhabituelle. Averti par « la clameur importune et insistante du peuple » des « grans exces, extorcions, et larrecins en ces diz officiers »,le roi envoie « plusieurs reformateurs bons hommes et loyaus » dans le royaume[86] [86]Ibid. , II, 16, fol. 72 rb. ...
suite
. La description rappelle l’enquête ordonnée par Saint Louis en janvier 1247. La suite du propos est plus inattendue. En effet, loin d’aboutir dans leur enquête, les « inquisiteurs » se heurtent à une corruption quasi générale :

« Les mendres pristrent a accuser les moiens, et les moiens les greigneurs, iusques a tant que len vint aus collateraulz du roy, et fu trouue quil en estoient consentans et cause. Et quant yceulz collateralz le sourent, il procurerent par deuers le roy que ces deuant dis inquisiteurs cessassent de leurs offices et de lexecucion de la iustice, parquoy les deuant dis officiaulz furent delaissiez en leurs deuant dis offices. »[87] [87]Ibid. , II, 16, fol. 73 va. ...
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40 La réforme est non seulement impossible, faute de rupture du mur de la corruption, mais elle est finalement présentée comme non souhaitable. L’auteur du Livre de l’information prend l’exemple du bailli : doit-on souhaiter qu’un bailli reste longtemps en place ou non ? À la question posée, on s’attend à ce que l’auteur réponde : « Peu de temps », car il faut éviter que le bailli ne se considère comme le maître du bailliage. Sa réponse est tout autre : le bailli doit rester longtemps pour la raison qu’on ne sait pas comment sera son successeur. Ainsi, le blessé ne chasse pas les mouches posées sur ses blessures, car elles sont gorgées de sang et qu’elles le laissent tranquilles, « mais se autres nouuelles y venoient, elle me poindroient et abstranoient de mon sanc sanz pitie iusques as os. Ainsi sont les bailliz et les nouuiaux officiers, car il succent le sanc de leurs sousmis tant quil en ont assez »[88] [88]Ibid. ,II, 22, fol. 102 vb. On trouve déjà l’histoire...
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41 L’Anonyme ne peut certainement pas en rester à cette description assez découragée de la nature humaine. L’ouvrage a pour objet de former le prince et non de l’accabler par l’énumération des travers humains. L’apparent scepticisme de l’auteur à l’égard de la réformation s’explique autrement. Le prince qui pense que les causes du déclin sont extérieures (mauvais officiers, vices des « curiaux »...) se condamne et condamne le royaume à une impuissance à en sortir. La seule vraie réforme est intérieure et individuelle. Autrement dit, la réforme du royaume passe par la réforme du prince.

CONCLUSION

42 Au-delà de la reprise de thèmes communs au genre des miroirs, le Livre de l’informaction des princes introduit une importante modification dans l’équation du pouvoir financier du roi. La fonction première, sinon essentielle, du prince consiste à défendre le royaume sans imposer ses sujets, c’est-à-dire en recourant aux revenus ordinaires du domaine. L’Anonyme ne change pas cette équation « défense=domaine », il lui adjoint un élément : les réserves financières. Le roi doit avoir « habondance de richesces temporelles ». La perception qu’en donne le Livre de l’information des princes est à la fois traditionnelle et innovante. Traditionnelle, car le roi est un riche seigneur dont la libéralité signe l’excellence. Innovante, car la richesse du roi équivaut essentiellement, pour lui, à la constitution d’un trésor qui permettra de résister aux ennemis. L’appréhension inquiète du contexte militaire amène l’auteur à exonérer les trésors royaux de toute charge peccamineuse, puisqu’ils sont employés pour la « commune utilite ». Le roi pourvu de trésors n’est ni orgueilleux ni avaricieux, il œuvre pour le bien du royaume. L’équation nouvelle comprend désormais trois éléments : « défense=domaine + trésors ». Sur l’origine du trésor, la position de l’Anonymeest sans ambiguïté : la source des revenus se trouve dans le domaine et non pas dans l’impôt. La diatribe acérée contre Philippe le Bel donne un bon écho du refus du prélèvement fiscal et de la détestation d’un roi qui « souuent le replicast ». Alors que l’auteur découple nettement la richesse de l’avarice, la levée de l’impôt est encore absolument associée à la cupidité. La rédaction de ce miroir correspond à un moment important dans l’histoire de l’impôt. Le domaine reste encore – pour peu de temps – la ressource principale de la monarchie. L’impôt est exceptionnel. Or les troubles de la première moitié du XIVe siècle vont modifier ce fragile équilibre : les revenus du domaine s’effondrent alors que les périls prolifèrent. La compensation financière se fera par le prélèvement fiscal permanent, dans une variante de l’équation première où l’impôt remplace le domaine : « défense=trésors + impôt ». La nécessité des réserves est donc une porte ouverte à la mutation financière et un véritable défi pour les « hommes de savoir » qui vont devoir trouver une argumentation légitimant l’impôt honni jusque-là.

ANNEXE

43 Le livre de l’information des princes, BNF, fr. 1950, I, 4, f. 9 vb - 11 va.

[f. 9 vb] « Le quart [chapitre] de lopulence ou habonde de diuites ou richesces. Le tiers [élément] que le roy ennoblist et tient en puissance est habondances de richesces temporelles. Selon la verite, il est expedient au roy auoir richesces, assembler tresors afin que, en temps de necessite, il puist donner largement aus personnes honnestes qui le pueent aidier a deffendre soy et sa terre contre ses ennemis. Car de tant comme il est plus riche, de tant est il plus puissant selon le cours du monde, et le redoubtent plus ses ennemis a le guerroier. Mais pour ce, ne doit il mie, se nest en cas de necessite, greuer son peuple ne opprimer les poures ne ses subiez par exactions et diuerses extorsions trop agreuer. Et ce souuerainement doiuent contre garder les roys et les princes, que par telz calumpnies et oppressions, il naquierent indeuement richesces, et doiuent garder que, pour [10 ra] habunder, il ne facent leurs subiects destruire et mendier et quil ne facent leur paradis de la souffidite dautrui, car il leur est par la loy deffendu quil naient grans pois de metaux, si comme le met le faiseur de la loy en descrisant le regle des roys : Non habebit inquit rex argenti et auri immensa pondera[89] [89] Dt 17, 17 : Non habebit uxores plurimas...
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, le roy naura mie pois oultre mesure dor ne dargent. Mais aucuns arguent le contraire, par lexemplaire du roy Salemon, qui auoit oultre mesure richesces a habundance et a li permises et ordennees de Dieu, mais par leuterite de la loy deuant dite. Nous donnons une brieue responce que la loy ne reprent mie le prince riche, mais lauarice de li. Car ou temps de Salemon, lor estoit en vilte et de petit de reputacion, et par ce est purgiee lauarice du roy, qui ne le fust mie en terre, mais en prent tant comme il en a necessite aus humains vsages. Pour quoy appert que entre Salemon et Cesar a grande difference : duquel Cesar, len raconte que Petronius, qui fu.i.feure, forga vn vaissel de voirre, qui [10 rb] fu aussi ferme comme sil fust dargent ou dor. Et pour conquester la grace de Cesar li presenta, de quoy chascun qui vit ce present sesmerveilloit de la forme et de la biaute et comme il estoit fait par artificieux engin. Mais ledit feure veullant plus demonstrer son art, et faire les regardans plus merueiller, rua fort et geta ledit vaissel ou fiole contre le pauement et le fist ploier, aussi comme sil fust quasse. Et tantost il trait un petit martel, et le redreca et appareilla ledit vaissel comme sil fust ploiant et ductible comme dor et dargent. Et quant Cesar ot trouue que ou monde nauoit autre que ledit Patronius qui sceust celi art, commanda quil fust occis, disant que se celi art estoit sceu de plusieurs, lor et argent ou temps auenir ne seroient en nulle reputacion aincois samleroient aussi comme boue[90] [90] Pétrone, Satyricon, 51 : « Fuit tamen...
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« Mais nous creans que Salemon fu plain de si grant sapience quil ne doubta onques que or ne argent auilast ne deffausist a ses successeurs, comment quil veist bien que leur nature estoit enclinee a couuoiter or et pecune. Et pour ce en [10 va] esperit, il crioit dolent : Omnia obediunt pecunie[91] [91] Qo 10, 19 : Pecuniae oboedient omnia. ...
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, toutes choses obeissent a la pecune. Et pour ce, il demonstra que ceste pestilence dauarice estoit semence original de touz maulz[92] [92] 1 Tm 6, 10 : Radix enim omnium malorum...
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et amonnesta ses successeurs en tres loyale doctrine quil deuoient despiter et pou auoir cure de pecune. Nous sauons bien quil appartient a roy auoir copie souffisant de richesces, voire par telle maniere repute et tiengne icelles richesces estre du peuple. Car il les possesse pour la commune vtilite, comme li meismes en amour priue ne se doie mie estre sien repute. Ains en dilatant laffection de son cuer, se doit dire de touz ses subiez et a eulz, non mie a soy, et laissier ses propres besoignes pour faire celle du commun peuple.
« Mais nous demanderons.i.petit de pardon, et nous conuertirons a aucuns princes qui sont fichiez in limo profundi[93] [93] Ps 68, 3 : Infixus sum in limo profundi. ...
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, ou limon du parfont et ont le ventre conglutine et ens la terre et les iex de la pensee au chief comme a la taupe, qui ne voit ne le ray du souleil ne la lumiere, et leschent la terre a maniere de serpent de leurs leures, desquiex la conuersacion est richesces terriennes : “De terra sunt et terram sapiunt”[94] [94] Ph 3, 19 : Et gloria in confusione ipsorum...
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, il sont de la terre et sentent la terre et parlent de la terre, car il nauoient point la vraie lumiere, et portent en aucune maniere lymage des paines denfer comme il soient continuelment tormantez en assemblant les richesces, et leur ardeur dauarice soit en exactioner les poures, esquiex Nostre Seigneur mist son royaume en vente pour le donner et vendre et baillier aus bienfaiteurs des poures, et deneer et oster a ceulz qui, en temps de compassion et de necessite, cloent leurs greniers et laffection de pitie, et a ceulx, qui sont endurcis et obstinez contre les poures et se cloent la voie de grace et de gloire. Et sachent de certain que Dieu leur demandera la mort de autant de milliers comme il en perist par deffaute de ce que les princes ne leur aura sa main estendue pour leur aidier. Et tres destroitement leur sera imputee la mort de ceulz quil ont peu aider, se par deffaute de leur aide, il sont perilz mors ou maltraitiez. Et pleust a Nostre Seigneur que les princes atendissent aus parolles de Caton [11 ra] qui leur monstre comme la chose publique fu faite par les maieurs de Romme, de petite grande, non mie par fait darmes ne par multitude de cheuaux ou de gens, ains par iustement gouuerner lempire par dehors et par dedens, liberte de conseil qui nestoit gouuerne par delit ne par charnalite[95] [95] Salluste, La conjuration de Catilina, éd. B.  Ornstein,...
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. Et ore, nous auons pour les vertus qui soloient gouuernier les vices qui nous font desordenner comme sont luxure et auarice qui font la chose publique fameilleuse et poure. Et loue chascun princes richesces et particulier bien. Et par ce appert comme conuoitise est dommageuse et greuante les subiez et la chose publique.
« Autressi sommes nous par plusieurs exemples enseigniez que par auarice on est de Dieu esloigne, car de tant que creature est plus prochaine du ciel, de tant conuoite elle moins et assemble moins de temporalitez, comme dit leuangille : Volatalia neque serunt, etc.[96] [96] Mt 6, 26 : Respicite volatalia caeli quoniam...
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, les volatilles ne sement ne cueillent ne assemblent riens en greniers ne en celiers. Ains mettent au noient toute sollicitude et soing de temporalite. Mais les mulos, [11 rb] les ras, les souris assemblent en leurs teignieres le grain a leur appetit et demeurent dedenz la terre, et plusieurs autres bestes qui la sencloent. Et autres en y a qui usent de la terre et en viuent. Mais tiex ont leur finable resolucion en terre et deuiennent terre et limon. Le fameilleux et lauaricieux ont touz. ii. fain, mais lauaricieux plus, car de tant comme il a de plusieurs choses appetit et faux desir, de tant est il plus tourmente et malaisie et ne se puet saouler ne assazier. Lor de sa nature est pesant, mais plus sans comparoison poise auarice et plus agreue les cuers et appesantist. Et comme lor naisse dedenz la terre quant il se moille et adioint a auarice, il fait de necessite descendre aual et les courages celestiaux maine par sa ponderosite et sa nature au parfont descent : “Quia graue tendit deorsum.”[97] [97] Aristote, Physique, II, 9, 200 a. , Paris, éd. ...
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Le pesant, ce dit le Philosophe, descent touziours dessouz.
« Comment le roy se doit auoir en vser de richesces, il sera dit ci apres ou chapitre de largesce. Et quant a present puet souffire que il dit de la temporalite royale et comment le roy [11 va] doit labourer a estre riche espirituelment. Car cest chose mult sourde a considerer que vn roy habonde en biens temporelz et que lame soit poure et vuide de biens espirituelz et eternalz. Et sembleroit par rayson, que de tant comme le roy seurmonte et passe tous les autres en dignites et richesces, que aussi il seurmonte et passe touz les autres en accroissant les noblesces et vertus espirituelles. »

 

Notes

[ 1] Le livre de l’information des princes, BNF, fr. 1950, II, 11, fol. 65 ra - 67 ra. Le manuscrit BNF, fr. 1950 est le témoin utilisé dans cet article. Les références ont données en indiquant le no du livre en chiffres romains et celui du chapitre en chiffres arabes (ici II, 11).Retour

[ 2] Très nombreuses critiques du roi chasseur dans Le livre de l’information des princes, II, 23, fol. 88 rb - 92 ra ; III, 19, fol. 113 ra. Philippe IV meurt des suites d’une chute faite lors d’une chasse : son cheval fut renversé par un sanglier (29 novembre 1314). Plusieurs auteurs ont stigmatisé la passion du roi pour la chasse : « Tu ne fez que chacier aus biches », Geoffroi de Paris, La Chronique métrique, éd. Armel Diverrès, Paris, 1956, vers 6642, p. 216 ; et sa mort : « Là verrez-vous le deuil que sur la Seine / jette celui qui fausse la monnaie / et mourra estoqué d’un porte-couenne », dante, Paradis, Œuvres complètes, éd. André Pézard, Paris, 1965, chant XIX, vers 118-120, p. 1545.Retour

[ 3] Lester K. Born, The Perfect Prince : A Study in Thirteenth and Fourteenth Century Ideals, Speculum, 3, 1928, p. 470-504 ; Wilhelm Berges, Die Fürstenspiegel des hohen und späten Mittelalters, Leipzig, 1938 ; Dora M. Bell, L’idéal éthique de la royauté en France au Moyen Âge d’après quelques moralistes de ce temps, Genève-Paris, 1962 ; Herbert Grabes, Speculum, Mirror und Looking Glaas. Kontinuität und Originalität des Spiegelmetapher in der Buchtiteln des Mittelalters und der Englischen Literatur des 13. bis 17. Jahrhunderts, Tübingen, 1973 ; Jacques Krynen, Idéal du prince et pouvoir royal en France à la fin du Moyen Âge, 1380-1440, Paris, 1981, et, du même, L’empire du roi. Idées et croyances politiques en France XIIIe-XVe siècle, Paris, 1993, p. 167-239 ; Michel Senellart, Les arts de gouverner. Du regimen médiéval au concept de gouvernement, Paris, 1995 ; Einar M. Jonsson, Le Miroir. Naissance d’un genre littéraire, Paris, 1995 ; les ouvrages de la collection « Des princes », Isabelle Cogitore et Francis Goyet (dir.), Grenoble, 2001 et 2003 ; Miroirs et jeux de miroirs dans la littérature médiévale, Fabienne Pomel (dir.), Rennes, 2003. Signalons le colloque à venir : Le prince au miroir de la littérature politique, Frédérique Lachaud et Lydwine Scordia (dir.), Rouen, 9-10 mars 2005.Retour

[ 4] Les quatre miroirs carolingiens sont la Via regia de Samaragde de Saint-Mihiel (éd. Alain Dubreucq, à paraître), le De rectoribus christianis de Sedulius Scottus (éd. Alain Dubreucq, à paraître), le De institutione regia de Jonas d’Orléans (trad. Alain Dubreucq) et le De regis persona regio ministerio d’Hincmar de Reims (PL 125).Retour

[ 5] John B. Henneman, Royal Taxation in Fourteenth Century France. The Development of War Financing, 1322-1256, Princeton, 1971, p. 303.Retour

[ 6] Sur les ligues, voir André Artonne, Le mouvement de 1314 et les chartes provinciales de 1315, Paris, 1912 ; Elizabeth A. R. Brown, Charters and Leagues in Early Fourteenth Century France : The Movement of 1314 and 1315, Ph.D. diss., Radcliffe and Harvard Graduate School of Arts and Sciences, 1960.Retour

[ 7] Le travail d’édition de la double version latine et française du Liber de informatione principum est en cours. Nous ne traiterons pas ici le problème des deux familles distinctes de témoins latins et français.Retour

[ 8] Les variantes sont nombreuses : mineures, comme dans le BNF, fr. 1950 : L’informacion des roys et des princes ; ou plus importantes, dans le BNF, fr. 1210 : L’introducion des roys et des princes ; ou dans le BNF, fr. 12254 : Le gouvernement des princes.Retour

[ 9] Sur les différents sens de informatio/« information », voir Du Cange, Glossarium mediae et infimae latinitatis, Paris, 1840-1850, 7 vol. [1678], t. 4, 356 ; Jan-Frederik Niermeyer, Mediae latinitatis Lexicon Minus, Leiden, 1976, 533 (1 / disposition, arrangement ; 2 / enseignement, instruction ; 3 / action de guider, de gouverner ; 4 / information, mise au courant).Retour

[ 10] Ici aussi, les variantes sont notables. Le miroir est parfois dédié à « Louys fils ainsne de Phelippe le Bel » (BNF, fr. 126) ; à « Loys ainsne du roy Phelippe de Valoys » (BNF, fr. 9626) ; à « Charles aisne de Jehan » (BNF, fr. 581) ; ou sans dédicace nominative à un prince (BNF, fr. 1212).Retour

[ 11] BNF, fr. 126 ( « Ci liure fut extrait et translate du liure du Regime des princes, fait par messire Gilles de Romme, arcevesque de Bourges [?] » ) ; BNF, fr. 1210 ( « ung maistre en theologie de l’ordre saint Dominique » ) ; BNF, fr. 9629 ( « un docteur en théologie de l’ordre de saint Dominique » )...Retour

[ 12] Arpad Steiner a identifié le Pseudo-Thomas comme étant le dominicain Guillaume Peyraut (New Light on Guillaume Peyraut, Speculum, 17, 1942, p. 519-548). Guillaume Peyraut, De eruditione principum, dans Sancti Thomae Aquinatis Angelici Ordinis Praedicatorum, Opera omnia, Parme, 1865, t. 16, p. 390-476.Retour

[ 13] Léopold Delisle, Recherches sur la librairie de Charles V, Paris, 1906, t. 1, p. 101 et 262.Retour

[ 14] Le franciscain Denis Foulechat traduit le Policraticus en 1372.Les livres IV et VIII du Policratique ont été édités par Charles Brucker, Tyrans, princes et prêtres, Le Moyen Âge, 21, 1987.Retour

[ 15] Jean Golein a traduit le RationaldesDivinsOffices de Guillaume Durand en 1372 ; il y a introduit un développement connu, depuis les travaux de Marc Bloch, sous le nom de Traitédusacre (Les rois thaumaturges, Strasbourg, 1924).Retour

[ 16] François Avril, La librairie de Charles V, Paris, 1968, no 183, p. 105.Retour

[ 17] Léopold Delisle avait établi une liste de 5 manuscrits latins et 12 français dans son article pionnier (Anonyme auteur du Liber de informatione principum,HLF, Paris, 1893, t. 31, p. 35-47). Son énumération peut être complétée. Pour la version latine, citons : Cambridge, Corpus Christi College, 412 ; Leyde, Fonds Vossius Q. 82 ; Londres, British Library, Royal 12 B XVIII ; 12 D XV ; Paris, BNF, lat. 6698 ; 6698 A ; 6780 ; 16622 ; Institut 608 ; Rouen BM , 938 ; et, pour la version française : Beauvais BM, 21 ; Bruxelles, Bibliothèque royale, 9468 ; 9475 ; Grenoble, BM 870 ; Londres, British Museum, Harley 48 ; British Library, Royal 19 A XX ; 19 B I ; Paris, Arsenal, 5199 ; BNF fr. 126 ; 579 ; 581 ; 1209-1213 ; 1950 ; 9629 ; 12254. Description des témoins en cours.Retour

[ 18] Respectivement, les manuscrits BNF, fr. 1210 ; fr. 1213 ; fr. 126. Bibliothèque nationale de Russie, Fr.F.v.III.2. Tous mes remerciements pour leur extrême compétence et gentillesse à Natalia Elaguina, Vladimir Mazhuga, Véronique Souche, Marie-Hélène Tesnière et surtout à Elizabeth BrownRetour

[ 19] L’édition ancienne a pour titre complet : Le Mirouer exemplaire et tres fructueuse instruction selon la compillation de Gilles de Romme, tres excellent docteur, du regime et gouvernement des Roys, Princes, et grandz seigneurs qui sont chef colomne et vraiz pilliers de la chose publicque et de toutes monarchies, Ensemble des Presidens, Conseilliers, Seneschaulx, Baillisz, Juges, Prevostz, et aultres officiers qui, pour leurs grandes experiences et litteratures, sont commis par lesdictz Roys et Princes pour administrer iustice, Paris, Guillaume Eustache, 1517.Retour

[ 20] Léopold Delisle,Anonyme auteur du Liber de informatione principum,op. cit., p. 35-47.Retour

[ 21] Wilhelm Berges, Die Fürstenspiegel,op. cit. (n. 3), p. 336-340 ; Jacques Krynen, L’empire du roi,op. cit. (n. 3), p. 188-191. Une équipe de romanistes finlandais d’Helsinski, dirigée par Outi Merisalo, a travaillé en 1993 sur la traduction de Jean Golein. On peut trouver le compte rendu de recherches sur Internet ( « Équipe Golein » ). Merci à Jean-Patrice Boudet, lui aussi amateur de miroirs, de me l’avoir signalé.Retour

[ 22] Sylvie Lefèvre, Information des princes, Dictionnaire de Lettres françaises. Le Moyen Âge, Geneviève Hasenohr et Michel Zink (dir.), Paris, 1992, p. 713.Retour

[ 23] La différenciation des nombreux traités de bon gouvernement inspirés du De regimine principum est d’autant moins simple qu’il existe également plusieurs manuscrits d’un miroir démarqué de Gilles de Rome, où l’on retrouve de nombreuses anecdotes présentes dans le Livre de l’information des princes qui nous intéresse ici (Chantilly, Condé, fr. 314).Retour

[ 24] Auctor et auctoritas. Invention et conformisme dans l’écriture médiévale, dans Actes du Colloque de Saint-Quentin-en Yvelines(4-16 juin 1999), Michel Zimmermann (dir.), Paris, 2001.Retour

[ 25] Guibert de Tournai, Le traité Eruditio regum et principum de Guibert de Tournai, éd. A. de Poorter, Louvain, 1914 ; Le Speculum dominarum de Durand de Champagne, éd. Anne Dubrulle, thèse de l’École des Chartes, 1988.Retour

[ 26] Augustin, Enarrationes in Psalmos, Ps. 44, 17Ps 44, 17, éd. Eligius Dekkers et Johannes Fraipont, CCSL, 38, Turnhout, 1956, p. 505 ; Isidore de Séville, Etymologiae, IX, 3, éd. Marc Reydellet, Paris, 1984, p. 121, et Sententiae, PL 83, 537-738, III, 48, 7, 719.Retour

[ 27] Les livres I et II comprennent chacun 33 chapitres (fol. 3 va - 54 va ; fol. 54 va - 106 vb) ; le livre III en contient 41 (fol. 106 vb - 126 rb) et le livre IV en a 30 (fol. 126 rb - 148 rb).Retour

[ 28] L’ordonnance du 5 décembre 1360 établit l’impôt – un fouage principalement – pour le paiement de la rançon.Retour

[ 29] Sur la formule cessante causa cessat effectus, voir l’article d’Elizabeth A. R. Brown, Cessante causa and the Taxes of the Last Capetians : The Political Application of a Philosophical Maxim, Studia Gratiana, 15, 1972, p. 565-588.Retour

[ 30] On en veut pour preuve la synthèse faite dans un chapitre de la version latine du Songe du Vergier (1376) qui reprend mot à mot une question quodlibétique posée en 1287 au franciscain Richard de Mediavilla sur la licéité de l’impôt royal. Lydwine Scordia, Les sources du chapitre sur l’impôt dans le Somnium Viridarii, Romania, 117, 1999, p. 115-142.Retour

[ 31] Chiffres donnés par Philippe Contamine, Réformer l’État, rationaliser l’administration : à propos du contrôle des finances publiques vers 1456-1461, dans Finances, pouvoirs et mémoire. Hommages à Jean Favier, textes réunis par Jean Kerhervé et Albert Rigaudière, Paris, 1999, p. 388-396, p. 390 ; lire Jean-François Lassalmonie, La boîte à l’enchanteur. Politique financière de Louis XI, 1461-1483, préface Philippe Contamine, Paris, 2002.Retour

[ 32] L’Anonymeparaphrase le célèbre passage organiciste du Policraticus : « Len doit sauoir que la royal mageste est en la chose publique aussi comme un corps compose de diuers membres, ouquel le roy ou le prince tient le lieu du chief, et les seneschaulz, les preuoz, les iuges ont loffice des oreilles, des iex, et les sages conseilliers loffice du cueur, et les cheualiers deffendeurs le lieu des mains, et les marcheans courans par le monde sont a maniere de iambes, les laboureurs cultiueurs des champs et les autres popules poures sont adioncs a maniere des piez », Lelivre de l’information des princes, BNF, fr. 1950, I, 1, fol. 4 rb.Retour

[ 33] L’anonyme reporte la référence aux richesses spirituelles en conclusion du chap. I, 4.Retour

[ 34] Rois d’Israël, de Juda ou de Perse : 1 R 3, 13 ; 1 R 11, 23 ; 2 Ch 1, 11-12.Retour

[ 35] Les riches rois sont nombreux dans l’Écriture : 1 R, 9, 20 (Saül) ; 1 Ch 29, 28 ; Si 44, 6 (David) ; 1 R 10, 23 ; 2 Ch 9, 22 ; 2 Ch 17, 15-17 ; 2 Ch, 15 ; Sg 7, 8-9 ; Sg 8, 5 (Salomon) ; 2 Ch 17, 5 ; 18, 1 (Josaphat) ; 2 Ch 32, 27 (Ézéchias) ; Dn 11, 2 (Xerxès).Retour

[ 36] Guillebert de Mets : « De l’excellence du royaume de France. Recite maistre Raoul de Praelles ou preambule qu’il fist au livre intitulé De civitate Dei, lequel livre il translata de latin en françois pour et à la requeste du roy Charles cinquiesme de ce nom, surnommé le Riche », dans Antoine-Jean-Hector Leroux de Lincy et Lazare-Maurice Tisserand, Paris et ses historiens, Paris, 1867, p. 148.Retour

[ 37] L’inventaire du trésor fut établi en 1379 : « En orfèvrerie, il a pour 3879 marcs d’or, 6184 d’argent doré et 6127 marcs d’argent », sans compter tout ce qui n’a pu être pesé. « Rien qu’au Bois de Vincennes, il a 200 000 F d’or en espèces. Il y a aussi des sacs de métal précieux au château de Melun. » Françoise Autrand, Charles V, Paris, 1994, p. 684-685, 715-721 ; Mandements et actes divers de Charles V (1364-1380), éd. Léopold Delisle, Paris, 1874, pièce 1956, p. 949-950.Retour

[ 38] Sg 7, 14 ; Si 1, 26 ; He 11, 26 ; Pr 8, 21 ; Is 33, 6.Retour

[ 39] Si 20, 30-31 ; 51, 17 ; Mt 25, 25 (talent enfoui) ; Lc 19, 20 (mine enfermée dans un linge) ; Pr 2, 4 ; Col 2, 3.Retour

[ 40] Giacomo Todeschini, Il prezzo della salvezza. Lessici medievali del pensiero economico, Rome, 1994 ; Sylvain Piron, Parcours d’un intellectuel franciscain. D’une théologie vers une pensée sociale : l’œuvre de Pierre de Jean Olivi (ca 1248-1298) et son traité De contractibus, thèse EHESS, 1999.Retour

[ 41] Nicole Bériou, L’esprit de lucre entre vice et vertu. Variations sur l’amour de l’argent dans la prédication du XIIIe siècle, dans L’argent au Moyen Âge, Actes du XXVIIIe Congrès de la SHMESP(Clermont-Ferrand, 1997), Paris, 1998, p. 267-287, p. 284.Retour

[ 42] Nous prêchons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont appelés, Juifs comme Grecs, c’est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu (1 Co 1, 23-24).Retour

[ 43] Le livre de l’information des princes, BNF, fr. 1950, II, 23, fol. 91 va. Cf. n. 2.Retour

[ 44] L’hostilité à la chasse n’est pas générale : certains clercs comme Pierre le Chantre et Hugues de Saint-Cher la tolèrent pour les princes, car la chasse est une formation pour la guerre. Voir Philippe Buc, Pouvoir royal et commentaires de la Bible (1150-1350), AESC, 44, 1989, p. 691-715, p. 698-699.Retour

[ 45] Le livre de l’information des princes, BNF, fr. 1950, III, 1, fol. 107 vb - 108 ra.Retour

[ 46] Dans son miroir datant de 1265, le dominicain Guillaume Peyraut fait également référence à ce prince oublieux de ses propres affaires, uniquement préoccupé des affaires du royaume. Mais le miroir dominicain développe un thème très différent de celui du Livre de l’information, puisque le dévouement royal ne lui paraît en aucun cas un signe d’élévation morale. Le dominicain met en garde le prince et lui conseille de ne pas consumer sa vie dans des soins mal entendus (stulto labore consumitur), qui lui font négliger son propre salut. Guillaume Peyraut, De eruditione principum,op. cit. (n. 12), III, 1, p. 415.Retour

[ 47] Sur les origines de la notion d’utilitas publica et l’importance de la source cicéronienne,lire Augustin, La Cité de Dieu, éd. Lucien Jerphagnon, Paris, 2000, XIX, p. 843-892. Voir l’article de Jean Gaudemet, Utilitas publica. Revue historique de droit français et étranger, 1951, p. 465-499.Retour

[ 48] Thomas d’Aquin, Somme théologique,IIa,IIae, q. 59, a. 3, Paris, 1984-1986, 4 vol., t. 3, p. 396 : « Le bien commun est la fin de chacune des personnes vivant dans la communauté, comme le bien du tout est la fin de chacune des parties. »Retour

[ 49] Sur les influences comparées et conjuguées d’Aristote et d’Augustin au XIIIe siècle, lire Matthew Kempshall, The Common Good in the Late Medieval Thought, Oxford, 1999.Retour

[ 50] Elizabeth A. R. Brown, Cessante causa and the Taxes of the Last Capetians, op. cit. (n. 29), p. 565-588.Retour

[ 51] Sur la « nécessité perpétuelle », lire Ernst Kantorowicz, Les deux corps du roi [1957], Paris, 1989, p. 209-212.Retour

[ 52] Il faut préciser que, lors de la rédaction du Livre de l’information des princes, les revenus du domaine royal ont diminué, mais ne se sont pas effondrés.Retour

[ 53] Sur la complexité psychologique de Philippe IV, lire Robert-Henri Bautier, Diplomatique et histoire politique : ce que la critique diplomatique nous apprend sur la personnalité de Philippe le Bel, Revue historique, 525, 1978, p. 3-27.Retour

[ 54] Le livre de l’information des princes,BNF, fr. 1950, II, 17, fol. 74 va.Retour

[ 55] Aristote, Les Politiques, V, 11, éd. Pierre Pellegrin, Paris, 1990, p. 398.Retour

[ 56] Ptolémée de Lucques (  1326) tient la même position dans la continuation qu’il a donnée au miroir de Thomas d’Aquin, Tractatus de rege et regno ad regem Cypri,Opera omnia, t. 27, Opuscula varia, éd. L. Vivès, Paris, 1875, p. 336-412, II, 7, p. 362-363.Retour

[ 57] L’Anonymevante la science de Charlemagne (III, 23, fol. 119 va), la subtile justice de Philippe Auguste (IV, 28, fol. 146 rb - 147rb) et l’amour des pauvres et des églises de Saint Louis (I, 32, fol. 52 va ; I, 26, fol. 40 va).Retour

[ 58] Jean-Claude Mühlethaler, Laudatio temporis acti et translatio studii : apogée et déclin dans la satire médiévale (XIIIe-XIVe siècles), dans Apogée et déclin (Provins, 1991), Claude Thomasset et Michel Zink (dir.), Paris, 1993, p. 195-209, p. 203.Retour

[ 59] Geoffroi de Paris, La Chronique métrique, op. cit. (n. 2),vers 6475-6696, vers 6573-6574, 6597, p. 213-217.Retour

[ 60] Voir Jean Favier, Les finances de Saint Louis, dans Septième centenaire de la mort de Saint Louis. Actes du Colloque de Royaumont et de Paris(21-27 mai 1970), Paris, 1976, p. 133-140 ; Colette Beaune, Naissance de la nation France [1985], Paris, 1993, p. 192-205.Retour

[ 61] L’Anonyme l’aborde plus directement dans un autre chapitre : « Il nappartient point a roy magnanime de soy plaindre ne de deprier les autres pour les biens forains et de fortune, car les roys doiuent tellement habonder quil ne leur conviengne riens demander dautrui, ains doiuent auoir souffisance », Le livre de l’information des princes, BNF, fr. 1950, I, 27, fol. 42 va.Retour

[ 62] Lydwine Scordia, Le roi doit vivre du sien. Histoire d’un lieu commun fiscal, L’impôt au Moyen Âge. L’impôt public et le prélèvement seigneurial, fin XIIe- début XVIe siècle. Actes du Colloque de Bercy (Paris, 14-16 juin 2000), Philippe Contamine, Jean Kerhervé et Albert Rigaudière (dir.), Paris, 2002, p. 97-135.Retour

[ 63] En 1158, Frédéric Barberousse avait demandé une enquête à de savants docteurs bolonais sur l’étendue de ses droits (débat de Roncaglia).Retour

[ 64] Une dispute opposait Martinus à Bulgarus. S’appuyant sur le Code (Cod. 7 . 37 . 3) et le Digeste (Dig. 14 . 2 . 9), Martinus affirma que l’empereur était dominusmundi « etiam quoad proprietatem », ce qui impliquait que l’empereur avait le dominium sur les biens de ses sujets. La majorité des jurisconsultes suivirent néanmoins Bulgarus qui soutenait que le dominium de l’empereur ne s’appliquait que « ad protectionem vel iuridictionem ». Il fallait distinguer la propriété (proprietas) et la juridiction (iurisdictio).Retour

[ 65] Jean de Salisbury, Policraticussive de nugis curialium et vestigiis philosophorum, IV, 5, éd. Clement C. Webb, Londres, 2 vol., 1909, t. 1, p. 250.Retour

[ 66] Guibert de Tournai, Eruditio regum et principum,op. cit. (n. 25), I, 2, 4, p. 19 : « Scio quia regem esse expedit copiosum, ita tamen ut divitias suas populi reputet, quas alieno nomine possideat, cum et ipse privato amore suus esse non debeat, sed dilatato cordis affectu ipse est omnium subditorum. »Retour

[ 67] Lester K. Little, Bible et nouveaux problèmes de la chrétienté, dans Le Moyen Âge et la Bible, Pierre Riché et Guy Lobrichon (dir.), Paris, 1984, p. 553-578, p. 560-566.Retour

[ 68] Voir Morton W. Bloomfield, The Seven Deadly Sins. An Introduction to the History of a Religious Concept, with Special Reference to Medieval English Literature, Michigan State College Press, 1952 ; Lester K. Little, Pride goes before Avarice : Social Change and the Vices in the Latin Christendom, The American Historical Review, 76, 1971, p. 16-49. Voir la traduction récente du livre de Carla Casagrande et Silvana Vecchio, Histoire des péchés capitaux au Moyen Âge [2000], Paris, 2002.Retour

[ 69] Grégoire le Grand, Moralia in Job, 31, 45, cité par Lester K. Little, Pride before Avarice, op. cit., p. 19.Retour

[ 70] Jean de Salisbury, Policraticus, VIII, 4, PL 199, 719-720.Retour

[ 71] Thomas d’Aquin, Somme théologique, Ia,IIae, q. 84, a. 1, op. cit. (n. 48), t. 2, p. 528-529.Retour

[ 72] Mt 14, 13-23 ; Mc 6, 32-52 ; Lc 9, 10-17 ; Jn 2, 1-12 ; Jn 4, 10-14 ; Jn 6, 1-15 et 56-59 ; Jn 7, 37-39...Retour

[ 73] Geoffroy de Paris, Un Songe, BNF, fr. 146, fol. 52 vc - 53 ra. Cet éloge du « roi-coq » était destiné à Philippe V.Retour

[ 74] Le livre de l’information des princes, BNF, fr. 1950, I, 25, fol. 37 va.Retour

[ 75] Ibid., II, 11, fol. 65 ra - 65 rb.Retour

[ 76] Jean de Saint Victor (  v. 1351), Memoriale Historiarum,RHGF, Paris, 1855, t. 21, p. 630-676, p. 659 : « Nec aliquis Regi poterat loqui, nisi Enjoranus aditum sibi daret. »Retour

[ 77] Jean Favier, Un conseiller de Philippe le Bel. Enguerran de Marigny, Paris, 1963 ; du même, Les portraits d’Enguerran de Marigny, Annales de Normandie, 1965, p. 517-524.Retour

[ 78] Le livre de l’information des princes, BNF, fr. 1950, II, 16, fol. 73 ra.Retour

[ 79] Ibid., II, 14, fol. 70 ra, et II, 17, fol. 75 rb.Retour

[ 80] Les coffres pleins symbolisent l’anti-don aux pauvres. Thomas d’Aquin, Somme théologique, op. cit. (n. 48), IIa,IIae, q. 66, a. 2, t. 3, p. 438-439.Retour

[ 81] D’autres franciscains épris de pauvreté, comme Nicolas de Lyre (  1349), tiennent des propos très similaires sur les thèmes de l’argent du prince ou des réserves. Voir le commentaire littéral qu’il a donné de l’ensemble du texte biblique : Nicolas de Lyre, Biblia sacra cum Glossa ordinaria, Anvers, 1617, 6 vol. Lire Lydwine Scordia, L’exégèse au service de l’impôt royal : la Postille du franciscain Nicolas de Lyre, Revue d’histoire de l’Église de France, 89/2, 2003, p. 309-323.Retour

[ 82] Sylvain Piron, Parcours d’un intellectuel franciscain,op. cit. (n. 40), p. 452.Retour

[ 83] Le livre de l’information des princes, BNF, fr. 1950, II, 23, fol. 87 rb - 87 va.Retour

[ 84] Dominique Poirel, Philippe le Bel, Paris, 1991, p. 139 et 418.Retour

[ 85] Ce renvoi interne annonce le chap. 25 du livre I : « Le roy soit estre liberal en donner largement », Le livre de l’information des princes, BNF, fr. 1950, I, 25, fol. 36 vb - 40 ra.Retour

[ 86] Ibid., II, 16, fol. 72 rb.Retour

[ 87] Ibid., II, 16, fol. 73 va.Retour

[ 88] Ibid.,II, 22, fol. 102 vb. On trouve déjà l’histoire du blessé aux mouches dans Pierre le Mangeur, Historia scolastica, PL 198, 1682.Retour

[ 89] Dt 17, 17 : Non habebit uxores plurimas quae inliciant animum eius neque argenti et auri inmensa pondera.Retour

[ 90] Pétrone, Satyricon, 51 : « Fuit tamen faber qui fecit phialam vitream, quae non frangebatur. Admissus ergo Caesarem est cum suo munere, deinde fecit reporrigere Caesari et illam in pavimentum proiecit. Caesar non pote valdius quam expavit. At ille sustulit phialam de terra ; collisa erat tamquam vasum aeneum. Deinde martiolum de sinu protulit et phialam otio belle correxit. Hoc facto putabat se coleum Iovis tenere, utique postquam illi dixit : “Numquid alius scit hanc condituram vitrerum ?” Vide modo. Postquam negavit, iussit Caesar decollari : quia enim, si scitum esset, aurum pro luto haberemus. » L’histoire de « Petronius » est démarquée du Policraticus, IV, 5, op. cit. (n. 64), p. 248-249, et de l’Eruditio regum et principum de Guibert de Tournai,I, 2, 4, op. cit. (n. 25), p. 18.Retour

[ 91] Qo 10, 19 : Pecuniae oboedient omnia.Retour

[ 92] 1 Tm 6, 10 : Radix enim omnium malorum est cupiditas.Retour

[ 93] Ps 68, 3 : Infixus sum in limo profundi.Retour

[ 94] Ph 3, 19 : Et gloria in confusione ipsorum qui terrena sapiunt.Retour

[ 95] Salluste, La conjuration de Catilina, éd. B. Ornstein, trad. J. Roman, Paris, 1974, LII, p. 56-57 (propos attribué à Caton d’Utique, 95-46 av. J.-C.).Retour

[ 96] Mt 6, 26 : Respicite volatalia caeli quoniam non serunt neque metunt neque congregant in horrea et Pater vester caelestis pascit illa.Retour

[ 97] Aristote, Physique, II, 9, 200 a., Paris, éd. Henri Carteron, 1926, p. 79.Retour

[ *] Je remercie vivement Mme Claude Gauvard des remarques fécondes qu’elle a bien voulu faire sur ce texte.Retour

Résumé

Le genre des « miroirs au prince » a ses détracteurs et ses adeptes. Les uns ne voient dans ces traités de bon gouvernement qu’une liste convenue de vices et de vertus ; les autres considèrent que, au-delà des ressemblances qu’imprime le genre, l’étude des miroirs permet de mesurer les constantes, les inflexions et les évolutions de l’arsgubernandi à la fin du Moyen Âge. Le Livre de l’information des princes était destiné au fils aîné de Philippe IV le Bel, le futur Louis X (1314-1316). En 1379, Charles V en demande une traduction à Jean Golein. Malgré le succès des deux versions (plus de 30 manuscrits), ce texte est inédit. Très préoccupé par la politique financière du prince, l’auteur multiplie les exempla et recourt à l’histoire la plus contemporaine pour convaincre son royal élève de ne pas succomber à l’avarice, mais il l’invite par ailleurs à se constituer un trésor pour la « commune utilite » du royaume.

Mots cles

Bas Moyen Âge, France, « miroir au prince », finances, trésor, avarice



Monarchs’ mirrors is a genre criticized by some, praised by others. Some find in these considerations on good government only conventional lists of vices and virtues ; others are of the opinion that beyond the resemblances demanded by the genre, the study of these mirrors gives a mean to evaluate the constant features, the accents and evolutions of the ars gubernandi at the end of the Middle Ages. The Livre de l’information des princes was written for the eldest son of Philip IV the Fourth the Handsome who was to be Louis the Tenth (1314-1316). In 1379, Charles the Fifth orders a translation of it from Jean Golein. Inspite of both versions being successful (more than 30 manuscripts of them are to be found), this text has never been published. Very concerned with the monarch’s financial policy, the author gives numerous exempla and makes use of most contemporary history to persuade his royal pupil not to give way to avarice, whilst building up a treasury for the « commune utilite » of the kingdom.

Key Words

Late Medieval France, ideal government, finance, treasury, avarice

PLAN DE L'ARTICLE

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POUR CITER CET ARTICLE

Lydwine Scordia « Le roi, l'or et le sang des pauvres dans Le livre de l'information des princes, miroir anonyme dédié à Louis X », Revue historique 3/2004 (n° 631), p. 507-532.
URL :
www.cairn.info/revue-historique-2004-3-page-507.htm.
DOI : 10.3917/rhis.043.0507.