Un abonnement.
Ajouter au panier Ajouter au panier - Revue historique| Abonnement annuel particuliers 2013 | 98 € |
Tous les numéros en ligne sont immédiatement accessibles.
ATTENTION : cette offre d'abonnement est exclusivement réservée
aux particuliers. Pour un abonnement institutionnel, veuillez
vous adresser à l'éditeur de la revue ou à votre agence d'abonnements.
Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.
S'inscrire Alertes e-mail - Revue historique Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezPierre Leroy-Beaulieu : un importateur des méthodes électorales américaines en France
AuteurPhilippe Secondy du même auteur
Docteur en science politique. Il est l’auteur d’une thèse intitulée : La droite extrême dans l’Hérault (1890-1944). Sociologie historique d’une configuration politique (Université de Montpellier I). Chargé de cours aux Universités de Montpellier I, de Montpellier III et de Nîmes, il collabore aux activités du Centre d’Études politiques de l’Europe latine (UMR 5112-CNRS). Il a notamment publié Royalisme et innovations partisanes. Les « Blancs du Midi » à la fin du XIXe siècle, Revue française de science politique, 53 (1), février 2003. Ses recherches portent sur les partis politiques et sur l’histoire de l’extrême droite.Dans son livre sur l’histoire de la science politique en France, Pierre Favre fait un parallèle entre André Siegfried et Pierre Leroy-Beaulieu. Il remarque que ces « deux hommes ont une biographie étrangement proche »[1] [1] Pierre Favre, Naissances de la science politique...
suite. La trajectoire du premier est bien connue, contrairement à celle du second[2] [2] Peu de sources présentent la trajectoire de...
suite.
2 Depuis la Révolution française, la famille de Pierre Leroy-Beaulieu se trouve au cœur des milieux intellectuels et politiques. Du côté paternel, son arrière grand-père, maire de Lisieux, siège à l’Assemblée législative avant d’être assassiné au cours de l’assaut de son manoir par les troupes républicaines. Son fils entame une carrière d’avocat puis devient procureur du roi. Nommé maire en 1832, il se fait élire jusqu’en 1857 à la Chambre des députés. Sa longévité politique s’explique par l’appui constant de Guizot mais aussi grâce à une conversion symbolique déterminante. Le descendant de François-Pierre, lui-même fils de François Le Roy, sieur de Beaulieu, choisit de supprimer la particule. Le patronyme Leroy-Beaulieu sera repris par ses deux fils : l’aîné, Anatole, historien, membre de l’Institut et directeur de l’École libre des sciences politiques, et Paul, avocat de formation qui n’exerce pas pour se consacrer à l’économie politique.
3 Particulièrement prolixe, Paul Leroy-Beaulieu intègre le monde des publicistes et la Revuedes Deux-Mondes. Son mariage conforte ses positions. Un éclairage sur la trajectoire des parents de son épouse le confirme. Son père, Michel Chevalier, est un économiste au cœur des rouages de la monarchie de Juillet et du Second Empire. Polytechnicien, membre du Conseil d’État et du Collège de France, il gère l’un des principaux chantiers du siècle : l’élaboration du réseau de chemin de fer à l’échelon national. La politique le tente dès la fin des années 1830. Après différentes tentatives infructueuses, il obtient un siège de député dans l’Aveyron avant de s’installer dans l’Hérault où il se marie avec Emma Fournier, la fille d’un riche industriel de la draperie de Lodève, propriétaire de la manufacture et du domaine de Montplaisir. Rallié au Second Empire, Michel Chevalier assoit son ancrage électoral en se faisant élire dans le canton de Lunas, à l’ouest de Lodève, puis à la présidence du conseil général. Il partage alors son temps entre la politique locale et le poste de conseiller économique de Napoléon III. L’« héritier » de toutes ses positions de pouvoir fut Paul Leroy-Beaulieu. Comme il a eu quatre filles, « son gendre prend la place du descendant masculin absent »[3] [3] Renaud Dorandeu, Se faire un nom. De la tradition...
suite. Paul lui succède au sein de l’assemblée départementale dès 1877 et conserve le mandat pendant trente ans. Son beau-père le présente aux électeurs comme son « continuateur » et fait l’éloge de ses opinions « conservatrices et libérales »[4] [4] Henri Leroy-Beaulieu, loc. cit. , p. 352. ...
suite. Par ailleurs, il se voit attribuer les enseignements d’Économie politique au Collège de France, conduits de concert avec ceux d’histoire financière donnés dès l’ouverture de l’École libre des sciences politiques. Dans le même temps, il gère le domaine de Montplaisir, lequel employait au milieu du XIXe siècle jusqu’à 800 ouvriers. C’est dans ce cadre familial que Pierre Leroy-Beaulieu naît en 1871.
4 Comme André Siegfried, il a une ascendance normande, le textile constitue une partie de sa fortune, son éducation politique commence dès sa prime enfance dans une famille accoutumée aux titres académiques[5] [5] Il devient polytechnicien comme son grand-père. ...
suite et à la découverte du globe. La Revue des Deux-Mondes lui ouvre ses colonnes, et l’entrée en 1899 dans les locaux de la rue Saint-Guillaume[6] [6] Pierre Leroy-Beaulieu est titulaire de la chaire...
suite apparaît comme l’aboutissement « naturel » d’un parcours marqué par l’importance des liens de parenté dans la reproduction des positions de pouvoir. La comparaison prend une tournure particulière quand on se penche sur les expériences électorales d’André Siegfried et de Pierre Leroy-Beaulieu. Ils font campagne simultanément au cours des scrutins législatifs de 1902, 1906, 1910 ainsi qu’à l’occasion d’une nouvelle candidature faisant suite à une procédure d’invalidation : en 1903 pour le premier et en 1907 pour le second. Les Basses-Alpes d’un côté et l’Hérault de l’autre sont les départements choisis pour relever le défi du suffrage universel. « Si l’un et l’autre furent battus en 1902, Pierre Leroy-Beaulieu, lui, fut élu en 1906 (élection confirmée l’année suivante après son invalidation) et réélu en 1910 (...). Leur rapport aux élections représente l’intérêt majeur du parallèle (...). Le Tableau politique de la France de l’Ouest peut donc apparaître pour partie comme la substitution de l’entreprise intellectuelle à l’entreprise politique avortée »[7] [7] Il échoue lors des élections législatives...
suite, conclut Pierre Favre. Dans les premières pages de cette œuvre pionnière de la science politique, André Siegfried assimile le processus électoral à un « secret »[8] [8] André Siegfried, Tableau politique de la France...
suite qu’il cherche à percer en proposant une observation fouillée sur la longue durée.
5 Nous nous pencherons ici sur un autre « secret » : celui qui entoure les succès de Pierre Leroy-Beaulieu. Passés sous silence au terme de la comparaison, les dessous de la réussite électorale paraissent revêtir un intérêt particulier au regard de l’histoire de la professionnalisation des activités politiques en France. La thèse de Renaud Dorandeu[9] [9] Renaud Dorandeu, Faire de la politique :...
suite, centrée sur le processus de politisation à partir de l’exemple héraultais, jette un premier éclairage sur cette « dynastie »[10] [10] À ce propos, nous pouvons relever que parmi...
suite politique. Nous souhaitons prolonger la réflexion sur la stratégie élaborée par Pierre Leroy-Beaulieu pour obtenir un mandat national. Plus précisément, en reprenant des éléments puisés dans la campagne électorale de 1906 et dans celle de 1907, nous chercherons à montrer qu’il apporte une touche très personnelle à son entreprise de conquête des suffrages.
6 Dans l’article nécrologique publié en 1915, quelques semaines après son décès, Raphaël-Georges Lévy retrace un parcours marqué par le goût de la découverte[11] [11] Raphaël-Georges Lévy, Pierre Leroy-Beaulieu,...
suite. À cette époque, l’entretien d’un style de vie remarquable pousse les élites sociales à manifester une « tradition de cosmopolitisme » plus développée dans la grande bourgeoisie que parmi l’aristocratie[12] [12] Éric Mension-Rigau, Aristocrates et grands...
suite. Beaucoup tournent leur regard vers l’Europe, alors que Pierre Leroy-Beaulieu manifeste une « ardente curiosité pour les continents nouveaux (...) et par les nombreux problèmes que soulève l’administration des vastes territoires »[13] [13] Raphaël-Georges Lévy, ibid. , p. 550. ...
suite. Ce qui s’est traduit par un voyage autour du monde, facilité par des « lettres de recommandations pour les hommes notoires de chaque pays »[14] [14] Henri Leroy-Beaulieu, op. cit. (n. 2), p. 351. ...
suite. Entamé en 1895, cet attrait pour les pratiques étrangères vise à « lui donner cette connaissance immédiate des hommes et des choses, aujourd’hui plus nécessaire que jamais pour la formation complète de l’intelligence et la conduite des affaires publiques et privées ». Tel un anthropologue, il livre un regard méthodique sur les pays parcourus avec la volonté d’en « analyser les ressorts pour nous en expliquer la marche. (...) Une mémoire très sûre lui permettait de ne rien perdre des précieuses semences qu’il avait récoltées si abondamment. Le contact direct qu’il prit, dès son entrée dans la vie, avec les peuples des principales parties du globe, lui fournit des trésors de faits et d’observations. (...) Au cours de ces voyages ou plutôt de ces séjours à l’étranger, pas une minute n’était perdue, toute l’intensité d’une observation pénétrante était mise au service d’un esprit admirablement préparé à comprendre les sociétés, si différentes de la nôtre ». En collaborant dès le milieu des années 1890 à L’Économiste français, le journal fondé par son père, Pierre Leroy-Beaulieu bénéficie d’une tribune de choix pour raconter le fruit de ses pérégrinations. Les problèmes financiers et sociaux sont au cœur de ses « quelques centaines d’articles »[15] [15] Raphaël-Georges Lévy, ibid. ...
suite. La vingtaine de textes publiés par la Revue des Deux-Mondes, entre 1896 et 1912[16] [16] Il a par exemple publié : Boers et Anglais...
suite, dans les rubriques « Voyages » et « Histoire et politique contemporaines », lui apporte une caution supplémentaire pour enseigner à l’École libre des sciences politiques. Les succès de librairies de ces trois livres
7 Dès les premières pages du livre sur le « nouveau monde », publié en 1904, il loue le profil « entrepreneurial » d’une population dominée par ceux qui manifestent un sens aigu pour l’« esprit d’organisation » :
8
suite
9 L’auteur de cette enquête très minutieuse, centrée sur « l’étude de la mise en valeur par ces hommes énergiques » des ressources naturelles et des outils de production[18] [18] Il consacre les différents chapitres de son...
suite, n’a pu ignorer un livre paru d’abord en Grande-Bretagne en 1902 puis en France l’année suivante portant le titre suivant :
suite
suite. Toutefois, les quelques éléments glanés sur la trajectoire d’Ostrogorski nous laissent à penser que la relation a pu s’établir. Né en 1854 en Russie, l’auteur de cet ouvrage pionnier a fréquenté l’École libre des sciences politiques entre 1884 et 1885. Paul Leroy-Beaulieu a été son professeur. Quatre ans plus tard, il donne un premier coup de projecteur sur le phénomène partisan en publiant trois articles dans les Annales de l’École sous le titre « De l’organisation des partis politiques aux États-Unis », avant de proposer en 1893 une étude sur le cas anglais, publiée dans la Revue historique. Comme Pierre Leroy-Beaulieu, il accompagne sa recherche documentaire d’un travail de terrain, quasi ethnographique, en faisant un premier séjour sur le sol américain en 1896. Bref, tous deux sont attirés par les expériences conduites à l’étranger, et plus particulièrement par le « nouveau monde », ils mobilisent des moyens d’investigations semblables, en gravitant jusqu’en 1905 dans les mêmes milieux parisiens.
10 Les faiseurs d’opinion, autour de la Revue des Deux-Mondes ou de la Revue de Paris, fustigent les « pratiques pittoresques » des politiciens du « nouveau monde » qui font de leur engagement un « métier »[21] [21] « La plupart se sont faits politicians comme...
suite. L’utilisation du terme de « Machine » alimente le rejet. Parmi toutes les voix qui s’élèvent, celle du publiciste conservateur Charles Benoist se remarque. Érigé en porte-parole des contempteurs des mœurs politiques anglo-saxonnes et, au-delà, de la conquête de 1848[22] [22] Il déplore « qu’un régime en vienne par...
suite, il pourfend « l’application du machinisme à la politique »[23] [23] « C’est une sorte de manipulation mécanique...
suite. Dans son travail sur l’image des Américains dans l’opinion nationale entre 1870 et 1914, Jacques Portes résume la teneur des vives discussions de l’époque ainsi : « Certains n’hésitent pas à le dire, en France les hommes politiques sont choisis parmi les meilleurs, aux États-Unis les politiciens le sont dans la couche la plus humble de la société, parmi les ratés. »[24] [24] Jacques Portes, op. cit. , p. 186. ...
suite Paul Leroy-Beaulieu fait figure de précurseur dans cette campagne de dénigrement des pratiques américaines. Dès le 25 août 1876, dans le Journal des Débats, il n’hésite pas à écrire que « les politiciens ne considèrent les hommes qu’à un seul point de vue : comme instrument de leur ambition ; ils n’ont pas le savoir, la réflexion, le désintéressement qui doivent présider à un bon système d’éducation »[25] [25] C’est à partir de cette période que les...
suite. À l’aube des années 1890, dans un opuscule écrit à partir de son expérience personnelle, il confirme son intransigeance en dénonçant et en refusant le « système de sophistication »[26] [26] Paul Leroy-Beaulieu, Un chapitre des mœurs...
suite inhérent à une compétition de plus en plus intense.
11 Toutes les années de jeunesse de Pierre Leroy-Beaulieu ont été imprégnées par ces débats. Les expériences étrangères n’ont pu que nourrir son imagination politique. Au cours de son expertise du modèle américain[27] [27] La pérennité de celui-ci lui paraît menacée :...
suite, Pierre Leroy-Beaulieu souligne l’importance de la maîtrise de procédés techniques. Il n’hésite pas, pour sa part, à saluer le « progrès du machinisme »[28] [28]Ibid. , p. 246 et s. ...
suite qui place le pays au premier rang mondial au niveau industriel. L’Europe, selon lui, doit s’en inspirer. De manière générale, il estime que « les méthodes américaines sont toujours intéressantes et instructives à examiner »[29] [29]Ibid. p. XIV. ...
suite, et pas simplement sur le plan économique. Parmi tous les procédés innovants, le futur député considère que « dans le gouvernement des hommes, ils sont destinés à faire certaines écoles ». En la matière, leur « esprit pratique » le fascine[30] [30]Ibid. p. XXI. ...
suite. De telles conclusions tendent à nous laisser croire que le « machinisme électoral », tant décrié dans l’Hexagone, ne le laissera pas indifférent quand il présentera sa candidature à la députation dans l’Hérault. L’incroyable succession d’échecs de son père aux élections législatives de 1878, 1881, 1883, 1885, 1889, 1893, 1898 et 1906 dans les circonscriptions de Lodève, de Paris et de Lyon conditionne les métamorphoses de son entreprise politique.
12 Les obstacles abondent dès que l’on envisage de se pencher sur la fabrication d’une campagne électorale. Les Mémoires des élus éludent leur importance[31] [31] Alain Garrigou, Histoire sociale du suffrage...
suite, et bien peu de travaux historiques s’attachent à reconstituer avec finesse le cheminement des candidats[32] [32] René Rémond, L’apport des historiens aux...
suite. La compétition politique cultive la discrétion. Pour décortiquer la stratégie élaborée, la seule solution consiste à pénétrer dans la « coulisse »[33] [33] Moiséi Ostrogorski, La démocratie. . . , op. cit. ...
suite à l’instar de la démarche privilégiée par Moisei Ostrogorski et, plus récemment, par quelques anthropologues décidés à descendre avec les acteurs du jeu politique « dans les cuisines sans hésiter à se salir les mains »[34] [34] Marc Abélès, L’anthropologue et le politique,...
suite. L’observation participante, rodée à l’épreuve des tribus lointaines, fut utilisée pour appréhender les comportements contemporains[35] [35] Cf. Yves Pourcher,
suite
suite, nous tenterons de nous glisser dans le groupe organisateur pour tenter d’ « observer » et de comprendre la trame concrète des scrutins de 1906 et de 1907 qui sont complètement imbriqués. Face à un tel défi[37] [37] Un défi, semblable sur bien des points, a été...
suite, il convient tout d’abord de mieux cerner le contexte électoral, puis de chercher à découvrir les arcanes de la « Machine » construite pour lutter contre ce que les Leroy-Beaulieu considèrent comme une « malédiction »[38] [38] Renaud Dorandeu, Faire de la politique. . . , op. cit. ,...
suite, avant de se pencher sur les ressorts d’un « événement » qui a bouleversé la campagne électorale de 1907 : « l’attentat de Vailhauquès ».
LE CONTEXTE DE L’ENTRÉE EN POLITIQUE
13 Dans le « portrait-hommage » de la Revue des Deux-Mondes, qui n’échappe pas aux présentations standardisées visant à figer pour l’éternité les « morts illustres »[39] [39] Delphine Dulong, Mourir en politique. Le discours...
suite, l’entrée en politique de Pierre Leroy-Beaulieu apparaît à la fois comme une suite logique de ses prises de positions publiques, mais aussi comme un « devoir envers lui-même et envers la patrie (...) pour proclamer ce qu’il croyait nécessaire au salut de son pays »[40] [40] Raphaël-Georges Lévy, loc. cit. , p. 552. ...
suite. Les conditions spécifiques liées à son accession au statut de candidat sont ignorées par le biographe. Il se contente de rapporter que « dès 1902, il se présenta à Lodève... ». La première tentative a été facilitée par l’ancrage familial dans le secteur. Quatre ans après ce baptême politique manqué, un découpage modifie la carte électorale. Paul Leroy-Beaulieu se focalise à nouveau sur le berceau familial, alors que Pierre choisit la première circonscription qui couvre une partie de Montpellier et des villages voisins jusqu’à la limite des Cévennes gardoises[41] [41] Elle comprend les cantons d’Aniane, de Claret,...
suite. La situation se complique car la série d’insuccès de son père et sa campagne infructueuse de 1902 nuisent à sa légitimité. Une grande réticence vis-à-vis de son investiture va se manifester. Elle est portée par une fraction politique qui occupe une place hégémonique au sein du camp conservateur : les royalistes.
14 Dans un département où la très grande majorité des élus dans les cantons ou au Parlement cautionnent la République radicale, les partisans du Prétendant demeurent toujours durant la « Belle Époque » les plus irréductibles opposants des réformes en cours. Au centre du « plus grand vignoble du monde »[42] [42] Raymond Dugrand, Villes et campagnes en Bas-Languedoc. ...
suite, leur pouvoir social persiste grâce au développement d’une viticulture industrielle propice au renouveau de l’influence de la noblesse alliée à la grande bourgeoisie terrienne[43] [43] Dans une enquête préfectorale, réalisée...
suite. La « campagne laïque » du « petit père Combes » a provoqué un sursaut organisationnel et une mobilisation vivace à l’occasion des inventaires[44] [44] « Les royalistes se déplacent quand ils savent...
suite. L’Église sous la férule de Mgr de Cabrières, l’un des derniers évêques ouvertement monarchistes, pèse sur les rapports sociaux par l’entremise des associations de charité et de militants qui forment un entremêlement de réseaux concentrés sur le chef-lieu languedocien et dans l’Est du département. L’Action française naissante bénéficie d’un travail en profondeur réalisé par le marquis Charles de Cadolle et André Vincent, les dirigeants d’une jeunesse royaliste érigée en exemple par les cadres nationaux[45] [45] Philippe Secondy, Royalisme et innovations partisanes. ...
suite. Enfin, l’existence à Montpellier de L’Éclair, dont les éditions arrosent toute la façade méditerranéenne, ne peut être oubliée. Il s’agit, à l’échelle hexagonale, du dernier grand quotidien fidèle aux idées monarchistes qui conservera un lectorat nombreux jusqu’à son démantèlement après la Seconde Guerre mondiale[46] [46] Marc Martin, La presse régionale. Des affiches...
suite.
15 Dans un premier temps, les personnalités au cœur de cette nébuleuse partisane souhaitent appuyer une candidature qui affichera avec force un rejet du régime républicain[47] [47] La très grande majorité des interventions...
suite. Elles envisagent de faire confiance à un jeune et pugnace monarchiste, maire de Cazilhac et conseiller général du canton de Ganges : Henri de Rodez-Bénavent. Devant les signes de désunion, les conservateurs mettent en place une « commission dotée des pleins pouvoirs » (elle est dirigée par Paul de Girard, en charge du comité monarchiste héraultais, tout en occupant le poste de délégué régional du duc d’Orléans) afin de régler ce délicat problème. Nous ignorons avec précision sa composition ou le détail des discussions engagées. Cependant le résultat des négociations ne laisse planer aucun doute puisque L’Éclair publie, peu de temps après, un communiqué pour justifier le choix de Pierre Leroy-Beaulieu[48] [48] « Le parti royaliste est resté fidèle à...
suite.
16 Alors que seulement quelques semaines auparavant de nombreuses réserves visaient sa candidature, il a réussi à franchir ce premier obstacle. Sans maîtriser les motivations du choix, deux pistes fiables peuvent être avancées. Le département fait la part belle aux radicaux[49] [49] Ils détiennent quasiment tous les sièges électoraux...
suite, tandis que le mouvement ouvrier commence seulement à se structurer au sein de la Fédération socialiste autonome et indépendante[50] [50] Jean Sagnes, Le mouvement ouvrier en Languedoc. ...
suite. Dans ce contexte, certains élus de la mouvance conservatrice défendent une candidature peu marquée politiquement qui arborerait l’étiquette de « républicain catholique »[51] [51] C’est la ligne d’un conseiller d’arrondissement...
suite, malgré la contradiction entre les deux termes de l’appellation dans le climat de « guerre religieuse »[52] [52] L’article écrit par les responsables du comité...
suite du début du siècle. Pierre Leroy-Beaulieu a le profil recherché. Dans sa présentation publique, il cultivera toujours l’ambiguïté quant à son positionnement en se rangeant dans la vague catégorie des « progressistes », des « républicains indépendants »... À l’instar de son père, il reste dans l’expectative sur la question du régime[53] [53] « Aux questions des conseillers généraux...
suite. En effet, lors des différentes tentatives infructueuses, Paul Leroy-Beaulieu a toujours jonglé avec des étiquettes très variées : « républicain modéré », « républicain soutenu par L’Éclair,L’Univers, de Broglie », « conservateur », « boulangiste »... Farouchement hostile à l’essor du socialisme[54] [54] Il publie plusieurs contributions dans la Revue...
suite, il appartient au cercle des « conservateurs libéraux » qui veulent que l’État respecte le catholicisme[55] [55] Cf. Jean Garrigues, La République des hommes...
suite. Quand la République commence son travail de sécularisation de la société, l’élu héraultais s’en détache. La caution apportée au « syndicalisme jaune »[56] [56] Paul Leroy-beaulieu figure en 1905 parmi les...
suite, historiquement liée aux monarchistes[57] [57] Cf. Pierre Lévêque, Histoire des forces politiques...
suite, confirme sa frilosité envers les mutations en cours. L’autre hypothèse plausible pour expliquer le ralliement des partisans du roi réside dans l’influence de Mgr de Cabrières. À la tête du diocèse de Montpellier entre 1874 et 1921, il multiplie les interventions pour s’insurger contre les avancées de la politique laïque n’hésitant pas à prendre ses distances par rapport à Léon XIII et à agir durant les campagnes électorales[58] [58] Cf. Philippe Secondy, La droite extrême dans...
suite. Véritable chantre de la mouvance conservatrice[59] [59] Au début de la réunion qui entérine le soutien...
suite, le prélat a toujours entretenu les meilleures relations avec les Leroy-Beaulieu[60] [60] Henri Leroy-Beaulieu rapporte, par exemple,...
suite, qu’il épaulera constamment.
17 Nous mènerons de front nos investigations sur les deux campagnes qui se suivent dans la première circonscription en 1906 et 1907. Les principaux concurrents de Pierre Leroy-Beaulieu demeurent les candidats de la Fédération radicale et radicale-socialiste : Auguste Mas, lors du premier scrutin, et Auguste Laurent, quelques mois plus tard. Tous deux seront activement soutenus par Le Petit Méridional, le plus puissant organe républicain du Languedoc. Député sortant, premier adjoint au maire de Montpellier, Auguste Mas, par ailleurs professeur de rhétorique au lycée, a apporté son aval à toutes les mesures du « Bloc des gauches ». Quant au deuxième adversaire, il apparaît comme un spécialiste des questions viticoles ; ce qui lui permet d’occuper, dès 1894, la présidence de la Société d’encouragement à l’agriculture de l’Hérault. Les rivaux du « Congrès radical-anti-chapelard » (les radicaux-indépendants et leur porte-parole : La Dépêche) perturbent les débats en investissant Jules Huriaux en 1906. L’influence de celui-ci reste toutefois mineure. Cet avocat, également conseiller d’arrondissement, se retire l’année suivante au profit d’une candidature d’ « union républicaine »[61] [61] Il se rallie à la majorité des suffrages tout...
suite. Les socialistes unifiés, peu aguerris sur le plan électoral, maintiennent leur confiance au dénommé Reboul en 1906 et durant l’élection partielle. Ce choix témoigne de leur faible influence au tournant du siècle puisqu’ils se tournent vers un élu du conseil d’arrondissement de Mauguio : un canton qui ne se trouve pas dans l’aire géographique concernée par l’élection.
LA « MACHINE » CONTRE LA « MALéDICTION »
18 Fort d’un appui unanime de toutes les fractions conservatrices, Pierre Leroy-Beaulieu impulse une dynamique originale. Le témoignage donné par son descendant direct en 1978 insiste sur le « goût » qu’il apporte à la conquête des électeurs : « Ardent, combatif, violent même, aimant la parole et parlant bien, sachant convaincre, il vit aussitôt se grouper autour de lui des partisans enthousiastes (...). »[62] [62] Henri Leroy-Beaulieu, loc. cit. , p. 352. ...
suite Le contraste est saisissant avec le portrait qu’il fait de Paul Leroy-Beaulieu confronté au même défi : il « n’était pas fait pour cela. Il restait dans le Midi un “exotique”, ignorait le patois (c’était grave à l’époque). Sérieux et distant, ce savant n’avait pas le contact convenant aux foules méridionales. On disait qu’il parlait aux paysans de la région comme il devait faire ses cours au Collège de France » ! Le souvenir familial, perpétué par Henri Leroy-Beaulieu, insiste sur un comportement inapproprié au changement d’échelle du corps électoral. Il permet de mieux comprendre sa rigidité vis-à-vis de l’émergence de la spécialisation de l’activité politique.
19 Au moment de sa première confrontation avec le suffrage universel et avec un éclat particulier entre 1906-1907, Pierre Leroy-Beaulieu va s’efforcer de construire une stratégie de campagne qui ne se limite pas, comme le fait son père, à « la seule mobilisation des réseaux de notabilité appuyés par la participation gratuite d’individus en situation de clientèle »[63] [63] Renaud Dorandeu, Faire de la politique. . . , op. cit. ,...
suite. Certes, celle-ci constitue toujours un pan majeur de son appareillage électoral. Nous n’en tiendrons pas compte ici. Elle relève de l’intervention des intermédiaires politiques « naturels » du candidat : le clergé, les élus, les industriels, les grands propriétaires terriens... Leur rôle est sans cesse souligné par les observateurs de la société locale[64] [64] Plusieurs textes des agents du ministère de...
suite. L’apport de Pierre Leroy-Beaulieu repose sur un savoir-faire qui a fait l’objet d’une longue maturation.
20 Dès 1905, Le Midi, un quotidien financé par la famille du gendre de Michel Chevalier[65] [65] Renaud Dorandeu, Faire de la politique. . . , op. cit. ,...
suite, annonce que les « républicains libéraux » envisagent « un perfectionnement des outils des campagnes politiques » pour établir un régime « délivré des monomanies criminelles du régime combiste ». Dans cette optique, Le Midi va accroître son implantation en ne se limitant plus à l’aire montpelliéraine pour « devenir l’arme quotidienne de combat ». Les rédacteurs de l’article n’hésitent pas à écrire : « Nous sommes convaincus que les résultats de sa propagande surprendront même les plus optimistes de nos amis. »[66] [66]Le Midi, 7 mai 1905. ...
suite Cet article témoigne de la réflexion menée avec soin, plusieurs mois avant les élections législatives, pour construire un dispositif performant, assimilable à une « Machine », au sens qu’en donne Moisei Ostrogorski. Pierre Leroy-Beaulieu apparaissant comme un boss, c’est-à-dire un « homme énergique » qui va se détacher de la masse par son « habileté à manier ceux qui savaient manier les classes populaires »[67] [67] Moiséi Ostrogorski, La démocratie et les partis...
suite.
Les « mercenaires » de Figuerolles
21 Parmi les sept cantons de la circonscription, les résultats des scrutins antérieurs prouvent que ceux qui se trouvent dans le couloir cévenol (Ganges, Les Matelles et Saint-Martin-de-Londres) demeurent historiquement sensibles aux courants conservateurs[68] [68] Cf. Philippe Secondy, La droite extrême. . . ,...
suite. Ils ne constituent donc pas une priorité pour le candidat Leroy-Beaulieu. Il préfère se focaliser sur les deux cantons urbains qui regroupent environ 60 % de la population. Le second regroupe plusieurs localités situées dans la banlieue, alors que le premier se structure autour des bas-fonds de Montpellier. Le faubourg Figuerolles en constitue l’épicentre.
22 De nombreuses corporations de métiers liées à la vigne (les fabricants et vendeurs de fûts, les loueurs d’attelage, les réparateurs d’outillage agricole...) sont installées à Figuerolles, par ailleurs lieu d’accueil traditionnel des flux de main-d’œuvre venus de l’arrière-pays et plus tard de l’étranger. Pierre Leroy-Beaulieu se lance dans la campagne en axant ses efforts sur le quartier. Il se situe dans les « entrailles » d’une ville démunie devant l’ « extrême misère »[69] [69] Mireille Lacave, Montpellier naguère (1845-1944),...
suite de la très grande partie des habitants, totalement dépendante de la monoculture viticole. La contestation se construit aussi sur une remise en cause des « privilèges » accordés par le Parlement aux distilleries et au lobby sucrier du Nord. Les grèves à répétition aboutissent à ce que les historiens ont appelé la « révolte du Midi ». Elle connaît un pic en juin 1907 avec la présence de 500 000 manifestants dans les rues de la capitale languedocienne[70] [70] Un fort pourcentage des municipalités dénonce...
suite.
23 Au début du siècle, la ville et les faubourgs restent toujours deux réalités distinctes. La coupure sociale et l’exacerbation populaire à l’égard du gouvernement, jugé inefficace pour juguler la crise, n’incitent pas au dialogue personnalisé. La présence quotidienne du « candidat réactionnaire » étonne dans un premier temps, puis soulève les sarcasmes du personnel politique radical issu des cercles bourgeois. Comme Pierre Leroy-Beaulieu, bien avant le début officiel de la campagne, se complait dans les débits de boissons, on lui affuble un surnom : « Le candidat mastroquet. »[71] [71] Un mastroquet tient un débit de boissons. ...
suite
24
suite
25 Le terreau montpelliérain lui paraît très favorable pour trouver l’équivalent américain des
suite
suite. Une tâche analogue est confiée à un certain « Claparède, contrebandier dangereux, chargé de lui procurer des hommes à poigne »[75] [75] Rapport du commissaire spécial du 17 mars 1906. ...
suite.
26 Entre les boys et le boss, on trouve les hechmen, c’est-à-dire les « lieutenants et les aides (responsables devant lui) du succès des opérations »[76] [76] En contrepartie, le boss va promettre de faire...
suite. Réunis autour du comte Raoul de Laistre, un riche viticulteur royaliste, cet étage supérieur de la « machine » s’appuie dans le chef-lieu du département principalement sur François Lauras, ancien conseiller municipal, aidé par un trésorier et un secrétaire[77] [77] Albert Saller fait office de trésorier et un...
suite. Ils appartiennent au « comité central ». Celui-ci regroupe les délégués des différentes communes[78] [78] Dans son édition du 26 mars 1906, Le Midi...
suite, ainsi que des personnalités départementales comme Louis Guibal, président de l’association générale des catholiques du diocèse ; Paul de Girard, délégué régional du duc d’Orléans, Gaston Chamayou, un avocat bonapartiste... À l’échelle des cantons, des localités, voire des quartiers, des antennes visent à relayer la parole électorale. Au sein de l’organigramme, quelques-uns endossent volontiers la responsabilité du recrutement des « agents et des ouvriers électoraux ». Dans une lettre publiée par L’Éclair, François Lauras cherche à protéger le boss mis en cause par un malfrat (Charles Berthomieu), quelques mois après le scrutin de 1906. Dans son intervention publique, il éclaire une partie méconnue de la « machine » :
27
suite
28 Le personnel, ainsi désigné, a des propriétés sociales bien tranchées. De nombreux documents nous en donnent une description précise. Les comptes rendus des représentants du ministère de l’Intérieur les décrivent ainsi : « Pierre Leroy-Beaulieu a stipendié des vauriens, des contrebandiers, des souteneurs et des repris de justice qui lui font escorte partout où il se rend et qui le protègent partout où il se trouve. Ce sont ces derniers qui les premiers ont rudoyé les républicains et gêné le bon déroulement des réunions publiques (...), moyennant une somme de 10 F (chemin de fer et nourriture payés). J’en connais plusieurs entre autres un dénommé Astruc, un ancien lutteur qui n’est pas électeur ; un nommé Lalanne, pisteur à la gare, souteneur avéré (...). »[80] [80] Rapports des 18 février et 1er mars 1907. ...
suite
29 Ils se comportent comme des « brigades volantes », selon la presse radicale, « allant exercer une action malsaine dans les communes »[81] [81]Le Petit Méridional, 4 mars 1907. ...
suite. Les visites électorales des deux scrutins se déroulent dans un climat de « terreur », s’insurge-t-elle, à cause des « séides taillés en hercules »[82] [82]Le Petit Méridional, 16 février 1907. ...
suite. On évoque la résurrection des « procédés boulangistes » : « Le candidat est entouré de crieurs, d’aboyeurs, de camelots (...). Quand il doit donner une réunion, il est précédé d’éclaireurs qui font la salle, soit dans un café dont le fonds a été acheté, soit dans un autre lieu public devenu, pour la période électorale, l’officine d’où partiront les appels contre la République. »[83] [83]Le Petit Méridional, 19 février 1907. ...
suite Le tapage continuel, lors des rassemblements populaires, pousse Auguste Laurent à refuser le « débat contradictoire permanent »[84] [84]Le Midi, 14 février 1907. ...
suite proposé par Pierre Leroy-Beaulieu. À partir d’un « itinéraire commun », il voulait croiser le fer avec son concurrent direct sur toutes les estrades communales.
30 À côté de cet investissement public, les « gros gaillards de la ville et les aboyeurs des villages »[85] [85]Le Petit Méridional, 18 février 1907. ...
suite, rémunérés par le chef de file des « républicains indépendants », sont invités à mener un travail en profondeur sur l’électorat[86] [86] Pour une vision globale de l’investissement...
suite. Ils profitent des brèches que procure un système de contrôle administratif encore rudimentaire. La dislocation sociale, propre aux contrées méridionales en cette époque de tourmente économique, contribue à la confusion. Les cartes électorales font l’objet de toutes les convoitises. L’univers urbain, plus complexe à maîtriser, reçoit une attention soutenue : « Un certain nombre de rabatteurs, toujours bien payés, furent chargés de rechercher et de relever les noms de ceux qui mouraient et de ceux qui quittaient Montpellier pour divers motifs. »[87] [87]Le Petit Méridional, 19 février 1907. ...
suite À partir des listes établies, ils négociaient soit « de gré à gré, si le “disparu” avait laissé des parents ou amis complaisants à son domicile ; soit moins aisément, donnant-donnant, si l’on se trouvait en présence de quelque récalcitrant. Le prix normal de ces cartes était de 25 F, on pourrait en citer qui ont été payées 50 et même 100 F »[88] [88]Ibid. ...
suite. Plus prosaïquement, des « ouvriers » au service du petit-fils de Michel Chevalier arpentent les rues pour monnayer les précieux sésames de la citoyenneté[89] [89] Plusieurs comptes rendus évoquent l’existence...
suite. Un stratagème ingénieux pour s’approprier les voix de ceux qui fuient la pauvreté en quittant la région va même être conçu. Il repose sur l’envoi « sous enveloppe fermée et par lettre recommandée affranchie à 0,35 centimes de plis à en-tête de tel ou tel négociant de la ville (...). La réclame et le prospectus ne sont là que pour donner le change, et si les envoyeurs recommandaient leur lettre, c’était pour savoir simplement quels étaient les électeurs réellement présents à Montpellier et dans la campagne, quels étaient aussi les électeurs réellement absents. Le facteur, en effet, ne peut remettre une lettre recommandée qu’entre les mains mêmes du destinataire qui, en retour, est obligé de lui donner une signature. Si le destinataire est absent, le facteur consigne la chose sur son carnet et la lettre retourne avec la mention à l’envoyeur »[90] [90]Le Petit Méridional, 20 février 1907. ...
suite. Le procédé, employé à plusieurs reprises, permet le cas échéant de se procurer à la mairie la « carte de l’absent » pour l’utiliser le jour du vote.
31 Les « brigades » agissent à un autre niveau. Elles sillonnent « de jour et de nuit » la circonscription pour trouver des familles victimes de la crise « qui n’osaient pas faire directement appel à la générosité intéressée » de leur candidat dont « la fortune lui rapporterait annuellement au moins 250 000 F d’intérêt »[91] [91] Rapport du commissaire de Montpellier du 10 mars 1907. ...
suite. Cette aide complète le travail des réseaux de charité tenus par les monarchistes. Leurs épouses ne restent pas à l’écart du jeu électoral : « Les dames ont été chargées de parcourir certains quartiers de la ville et de prendre des notes sur la situation des familles nécessiteuses. Elles ont pour mission de promettre à l’électeur besogneux qu’il recevra de l’argent et que son loyer lui sera payé à la condition qu’il vote pour le candidat qu’on lui désignera prochainement. »[92] [92] Rapport du commissaire de Montpellier du 1er février 1906. ...
suite De même, elles distribuent « à tour de rôle des bons de pains, de viande et quelques pièces d’argent »[93] [93]La Dépêche, 1er mars 1907. ...
suite. Poussées par l’Église, elles participent à l’obstruction des meetings. Un tel comportement prend une connotation spécifique dans les « Cévennes catholiques »[94] [94] Robert Sauzet,
suite
suite à propos de l’attitude des habitants du canton de Ganges et des communes limitrophes du Gard. Par exemple, à Saint-Bauzille-de-Putois, l’envoyé du préfet écrit : « Il y a dans la salle 300 femmes qu’il est absolument impossible de faire taire. Devant cette obstination, le président lève la séance. »[96] [96] Une contestation féminine semblable s’était...
suite L’équipe de campagne étend l’enrôlement aux enfants. Ils reçoivent des « gros sous » pour « lacérer et enlever, s’ils le peuvent, les affiches de M. Laurent »[97] [97] Rapport du commissaire de Montpellier du 18 février 1907. ...
suite. Les « gamins » de Figuerolles participent à la politique de contestation systématique des réunions républicaines en utilisant un arsenal original : « Au cours d’une réunion (...), les habitants du quartier de la Valfère n’ont pas été peu surpris d’entendre une bordée de coups de sifflets qui a duré plus d’une demi-heure. De pâles jeunes gens, quelques-uns repris de justice, avaient été munis de sifflets à roulette et s’en donnaient à bouche que veux-tu. Mais ce qui a le plus indigné la population républicaine, c’est la présence d’enfants de 8 à 12 ans qui, également munis de sifflets, figuraient dans ce triste cortège. »[98] [98]Le Petit Méridional, 23 février 1907. ...
suite
Le recours à une « Société de propagande électorale »
32 Le « candidat républicain indépendant et de défense viticole » construit son identité publique en insistant sur sa « personnalité », ses « compétences économiques »[99] [99]L’Éclair, 16 février 1907. ...
suite. Le bulletin de vote ou les tracts mentionnent son passage par une institution scolaire légitimante ( « Ancien élève de l’école polytechnique » ) et sa proximité avec les préoccupations locales ( « Propriétaire-Viticulteur » ). Pour accéder au rang de spécialistes de l’ « extraction des suffrages »[100] [100] Michel Offerlé (éd. ), La profession politique. . . ,...
suite, Pierre Leroy-Beaulieu professionnalise son engagement en mettant en place une « Société de propagande électorale ». Cet intitulé orne bien des supports de persuasion. Ils véhiculent son message en faisant sa promotion sans qu’apparaisse sa signature. Un regard rapide sur les plaquettes distribuées laisse supposer qu’elles émanent de représentants anonymes des principales catégories sociales victimes de la dépression économique. Elles exprimeraient par ce biais leur mécontentement contre les mandataires du régime. Les publications distribuées ont plusieurs cibles.
33 Tout d’abord, elles cherchent à capter une classe ouvrière au cœur de tous les enjeux. Un tract, signé par « un socialiste indépendant », s’intitule : « Quel doit être l’élu ? Qu’en attend la classe ouvrière ? Conseils aux ouvriers. » Il entend semer le trouble parmi les adversaires tout en répondant à ceux qui rangent Leroy-Beaulieu dans la catégorie des « réactionnaires ». Le rédacteur, s’adressant à ses « camarades », espère des « changements durables » pour « chasser la misère et rétablir la gaîté », afin « que nos enfants ne marchent plus pieds nus ». Il préconise de ne pas se laisser influencer par les sirènes contestataires : « Il faut que l’on nous donne du travail, au lieu de nous promettre un paradis terrestre qui n’existe que dans les programmes. » Dénonçant l’incapacité des opposants, qualifiés de « politiciens » ( « Ils se valent tous les trois. Ils ne recherchent que leur propre avantage et celui de leur famille. [...] Nous servons de poire » ), le « socialiste indépendant » les rejette pour préférer un « économiste » qui « s’est préparé sans tapage, par l’étude et la réflexion au rôle qu’il ambitionne ». N’hésitant pas prétendre que « Pierre Leroy-Beaulieu est partisan de la lutte des classes à sa manière, c’est l’homme de la classe ouvrière », il conclut que « son élection sera saluée par les chants d’allégresse de huit mille affamés par la mévente ».
34 Ce positionnement « ouvriériste »[101] [101] Dans la plupart de ces prises de positions publiques,...
suite est renforcé par le financement d’un hebdomadaire (Le Réveil social et viticole) qui renaît exclusivement au cours des autres rendez-vous avec le suffrage universel[102] [102] Deux spécialistes de la presse locale relèvent...
suite. Il édite les dépliants diffusés par la « Société de propagande électorale ». Pour ne pas rester au stade des simples promesses, les campagnes sont ponctuées d’appels aux « ouvriers sans travail »[103] [103] À titre d’exemple, on peut se reporter à...
suite. Les membres de son organisation proposent de servir d’intermédiaires entre le patronat et les chômeurs. Peu de temps avant son invalidation, alors que la rumeur l’annonce dans les sphères parisiennes, le député Leroy-Beaulieu franchit un nouveau cap en finançant, au cœur de Figuerolles, un « fourneau économique »[104] [104] Il s’agit d’un restaurant destiné aux indigents. ...
suite qui ouvre à l’automne 1900[105] [105] Rapport du commissaire de Montpellier du 15 novembre 1906. ...
suite. Enfin, parmi tous les procédés observés, Le Petit Méridional se gausse particulièrement des « petites parlottes organisées dans les appartements d’ouvriers où des fidèles amenaient quelques électeurs pour assister à une causerie, soi-disant spontanée, faite par le candidat ou un ami zélé »[106] [106]Le Petit Méridional, 4 mars 1907. ...
suite.
35 Le recours à la moquerie est un élément coutumier des joutes électorales[107] [107] Yves Pourcher, La politique au risque de la...
suite. Il permet d’accroître l’impact de la propagande. Le jeu politique parfois abstrait prend alors une couleur plus attractive. Pierre Leroy-Beaulieu n’est pas épargné. Les expressions sarcastiques pleuvent à son sujet : « Pierre le petit », « Monsieur Pierre », le « petit Roy Beaulieu »... Pour faire oublier le parfum « dynastique » qui entoure sa candidature, tout en s’employant à construire une image différente de celle laissée par son père, il soigne ses opérations de séduction. L’utilisation du patois ou le pastiche de chansons populaires complètent une démarche qui s’efforce de toucher le plus grand nombre. Entre 1906 et 1907, les fabricants de la campagne de Leroy-Beaulieu font preuve d’une imagination débordante pour railler les concurrents politiques. La presse et les opuscules, édités spécialement pour l’occasion, constituent le vecteur privilégié de l’entreprise de stigmatisation. Au cours du premier scrutin législatif, le candidat socialiste unifié (Reboul) ne paraît pas représenter un risque majeur pour le « républicain indépendant » ou les radicaux. La position, encore marginale de sa tendance politique, ne le place pas au centre des querelles électorales. L’Éclair se contente de « commenter » sa trajectoire personnelle de « politicien », qui « a soif de publicité », et dont « les bévues, les âneries et les théories d’illuminés (auraient pour conséquence qu’en cas d’élection), il deviendrait avant trois mois la risée du Parlement »[108] [108]L’Éclair, 26 février 1906. ...
suite. L’essentiel des efforts vise les porte-parole de « la Petite Chapelle » : le député sortant Auguste Mas, en 1906, et Auguste Laurent, un an plus tard. Concernant le premier, Le Midi publie tous les jours une tribune, signée Sam, aux titres évocateurs : « M. Mas, le député à sortir » ; « Le caniche » ; « Le député fumiste » ; « Il dort » ; « Un député obscur » ; « Passez, on vous a déjà donné ». La teneur des articles est en phase avec les axes des principales brochures massivement distribuées dans la circonscription. Pour rendre l’offensive efficace, deux arguments reviennent sans cesse.
36 Le comité de Pierre Leroy-Beaulieu entend dénoncer son mépris de l’intérêt général et sa duplicité. « Première charité commençant par soi, M. Mas a d’abord songé à caser les siens. »[109] [109]Le Midi, 27 février 1906. ...
suite La « société de propagande électorale » adresse « Aux viticulteurs et aux électeurs » un petit livret de 8 pages « rédigé » par « Un groupe de viticulteurs ruinés ». « Heureuse famille ! » et « Ma famille avant tout »[110] [110] Ad Hérault, 3 M 1215. ...
suite sont les deux expressions qui apparaissent à la lecture de la couverture. Le document entend démontrer que « tout le monde n’est pas malheureux dans le Midi. Nous connaissons, nous, une famille gavée de faveurs et de sinécures, à qui tout semble sourire (...). Cette famille, c’est la famille Mas. Écoutez bien ce qui suit, ô viticulteurs au ventre vide et aux foudres pleins. Écoutez bien et souvenez-vous ». Il s’ensuit une démonstration chiffrée et illustrée par des éléments extraits du parcours professionnel de son « frère », de son « fils », de son « beau-frère », de son « second frère » et de « lui-même » souhaitant montrer comment le député sortant a servi les siens (la rubrique s’intitule « Fonctions et traitements »). Tous auraient bénéficié de son appui pour intégrer ou avancer plus rapidement dans la fonction publique. « Et c’est nous, paysans, qui payons tout cela par les impôts de toutes sortes qui pèsent sur nos terres », peut-on lire dans le dépliant qui se finit en disant que Mas n’est pas encore arrivé à ses fins ( « il a encore deux enfants à caser » ). Tous les paragraphes s’achèvent par une expression occitane résumant les points clés mis en avant. La dernière phrase du texte appelant à le rejeter l’utilise aussi de manière humoristique : « E que se foute lou can au Canigou ! »[111] [111] Ce qui signifie : « Qu’il s’en aille...
suite
37 Le Midi et L’Éclair vantent le dynamisme viticole et les compétences économiques du professeur de l’École libre des sciences politiques. Selon eux, il s’en servira pour proposer des mesures parlementaires pour contrer les abus des « distilleries et sucreries du Nord »[112] [112]Le Midi, 3 mars 1906. ...
suite, responsables de la mauvaise conjoncture régionale. Leur « victoire » s’explique, et c’est le second axe de la propagande, par la « paresse »[113] [113] Dans Le Midi du 8 avril 1906, nous pouvons...
suite de Mas. Un opuscule connaît un large succès durant la campagne[114] [114] Ad Hérault, 3 M 1215. ...
suite. Mesurant 11 × 16 cm, la couverture se présente ainsi : « Chambre des députés. Législature de 1902-1906. Discours complets de M. Auguste Mas, professeur de littérature, député de Montpellier sur : La ratification de la convention de Bruxelles ; Le régime du sucre ; La réglementation des bouilleurs de cru ; La taxe différentielle sur l’Alcool. » Au verso, le citoyen à la recherche d’informations retrouve la « table des matières », la page suivante commence par le titre général et se poursuit par cinq feuilles blanches. La septième contient deux expressions en patois : « Aco’s tout » (au milieu) et « Forcès pas, Auguste ! » (au bas de la feuille). Quant à la huitième qui clôt le livret, elle s’efforce d’aider l’électorat à tirer les leçons de quatre années de travail parlementaire : « Vous voilà édifiés, chers concitoyens sur l’activité de M. Mas. Il appartient à l’espèce des représentants muets. Il a voté contre nos intérêts les plus sacrés (...). D’ores et déjà, la nécessité de congédier ce professeur de littérature apparaît à tous. Choisissons un représentant actif, désintéressé, indépendant, viticulteur lui-même, au courant des questions économiques qui de plus en plus dominent le monde, et renvoyons Auguste Mas à sa classe de rhétorique en lui criant : Zou ! L’escouba ! »[115] [115] « Il ne force pas Auguste ! » ;...
suite
38 Celui qui signe en 1907 toutes ses publications électorales « Pierre Leroy-Beaulieu, Député élu par le peuple » reprend face à Auguste Laurent une stratégie de campagne analogue. Parmi tous les procédés novateurs, il se place sur le terrain humoristique pour discréditer un postulant qui « compte beaucoup d’amis dans tous les milieux politiques »[116] [116] Rapport du commissaire spécial de Montpellier...
suite. Dans la même veine que la brochure de pages blanches, symbolisant l’inertie parlementaire de Mas, les agents électoraux s’activent pour distribuer et interpréter, tout spécialement pendant les réunions publiques des « Blocards », une chanson qui reprend l’air de « Cadet Rousselle ». L’objectif est ici de discréditer celui qui se présente comme l’apôtre de la viticulture.
39 L’aspect sophistiqué, de ce que l’on appellerait aujourd’hui la communication électorale, se révèle dans ces quelques exemples. Les traits d’esprit, l’utilisation des expressions locales ou encore des airs connus pastichés par les régisseurs de la campagne, contribuent à rendre attractif une relation entre les acteurs politiques et les masses, pas entièrement rodée à l’aube des années 1900, au moment où se mettent en place les éléments les plus significatifs de la démocratie représentative. L’apport des agents recrutés dans les bas-fonds facilite l’interaction entre deux entités, le populaire et le politique, pendant longtemps séparées. Leur manière, souvent rustre, s’assimile à une forme de violence politique inhérente au jeu électoral. Toutefois, l’effervescence déclenchée par la lutte électorale prend parfois des proportions difficiles à évaluer, comme le montrent les dernières heures précédant le premier tour du scrutin de 1907.
L’ATTENTAT DE VAILHAUQUèS : LA MISE EN SCèNE D’UN COUP POLITIQUE ?
40 Le vocabulaire utilisé par les candidats et leur entourage pour convaincre la majorité des votants revêt à la fois un aspect martial et commercial. Parler de « campagnes » nous renvoie aux opérations militaires[117] [117] Raymond Huard, Le suffrage universel en France...
suite, tout en évoquant une part de transaction aux contours mystérieux. L’événement rituel qui ponctue la vie citoyenne implique une rupture dans les habitudes quotidiennes. Afin de prendre conscience de l’importance du détour par les urnes et avec l’espoir de mobiliser les populations autour d’une personnalité spécifique, un foisonnement de moyen est nécessaire pour capter l’intérêt des maîtres de l’équation politique. Moisei Ostrogorski insiste sur l’importance du « tapage », du « vacarme », pour « ameuter » ou plutôt « arracher au corps électoral d’un seul coup le verdict dans un assaut furieux ». La course engagée, dans ce « moment chaud », pousse chacun des postulants à « frapper l’imagination des électeurs » non seulement par l’« intermédiaire de l’intellect »[118] [118] Moiséi Ostrogorski, op. cit. , p. 482-523. ...
suite, mais aussi et surtout en jouant sur l’affect.
41 Trois jours avant le scrutin partiel du 3 mars, un événement toujours difficile à démêler aujourd’hui va exciter les passions. Les deux principaux journaux de l’époque proposent à leurs lecteurs les titres suivants dans leurs éditions du 1er mars : « Tentative d’assassinat sur M. Pierre Leroy-Beaulieu. Odieux guet-apens » (L’Éclair) ; « Coup de feu sur un candidat. Pierre Leroy-Beaulieu blessé d’un coup de feu » (Le Petit Méridional). Les faits évoqués se sont produits dans la soirée (vers 23 heures) du jeudi 28 février, au retour d’une réunion tenue dans la commune de Vailhauquès, à une quinzaine de kilomètres de Montpellier. Pendant plus de deux mois, l’ « attentat » donne lieu à une polémique sans précédent dans la presse régionale et nationale. Il imprime sa marque dans la mémoire collective des lieux environnants[119] [119] Plusieurs témoignages recueillis auprès de...
suite. Les interprétations échafaudées connaissent une ampleur exceptionnelle après l’élection. Les supports républicains condamnent « l’acte odieux, dont vient d’être victime Pierre Leroy-Beaulieu ». Ils souhaitent « de tout cœur que sa blessure n’ait aucune gravité »[120] [120]Le Petit Méridional, 1er mars 1907. ...
suite. La Dépêche du 2 mars consacre une large place à ce qu’elle désigne comme « l’attentat commis contre M. Leroy-Beaulieu » en notant que, environ quatre heures après ce geste, Auguste Laurent et le maire de Montpellier se sont présentés « à l’hôtel de la Métropole, pour prendre des nouvelles du blessé ». Devant l’impossibilité de le rencontrer, ils vont lui laisser un témoignage écrit pour signifier leurs « regrets les plus douloureux », tout en formant des « vœux bien sincères pour qu’il soit rétabli le plus promptement possible ». Le bulletin de santé de l’intéressé, rédigé par des sommités de la Faculté de médecine, clôt la rubrique. Il se veut rassurant : « Pas de complications. Actuellement, gonflement douloureux persistant. » Toujours la veille du premier tour, Le Petit Méridional rapporte les conversations entendues dans « les couloirs de la Chambre » où « chacun regrettait cet incident ». Il se livre ensuite à une autopsie de celui-ci en se penchant sur la « version des témoins oculaires », recueillie par L’Éclair, en l’occurrence le cocher et un dénommé « Baldy qui causait avec Leroy-Beaulieu dans la voiture au moment où fut tiré le coup de feu ». Cherchant à mieux comprendre et sans remettre en question l’ « événement », les journalistes s’emploient à décortiquer le déroulement de la soirée en notant quelques contradictions dans les déclarations des personnes présentent sur les lieux. Le style se veut didactique et revient sur dix points : « la vitre qui a été brisée », « les coups de feu tirés », « la distance à laquelle ils furent tirés », « le nombre de coups », « quelle balle a touché Leroy-Beaulieu », « le nombre de silhouettes aperçues »... L’article se termine par un commentaire qui résume bien le sentiment général partagé par les feuilles de soutien du candidat radical : « Nous relevons toutes ces contradictions simplement parce qu’elles existent et sans avoir l’intention d’en tirer la moindre conclusion. » Tout au plus pouvons-nous noter une allusion à une « protestation » commune, publiée dans les éditions de La Dépêche et du Petit Méridional, à propos d’une « affiche d’une extrême violence ». Ils pensent saisir la justice pour en « châtier » les auteurs. Les tâtonnements, la compassion, la volonté d’analyser de manière méticuleuse « l’attentat » prédominent encore la veille du vote. Les virulentes discussions qui émaillaient la bataille électorale marquent un coup d’arrêt frappant chez les partisans d’Auguste Laurent, alors qu’on assiste à un emballement inouï dans l’autre camp.
42 Le temps de réaction de l’équipe de campagne de Leroy-Beaulieu est remarquable. Au petit matin, une poignée d’heures seulement après le retour de Vailhauquès, les murs de la circonscription se couvrent d’une affiche imposante de 1,50 × 1 m. Écrit en gros caractère (20 cm), le titre ne manque pas d’accrocher les passants : « ASSASSINS ! ». Le sous-titre choisi entend apporter une information toute fraîche : « Lâche attentat sur Pierre Leroy-Beaulieu. » La recherche du sensationnel guide la plume des rédacteurs : « Revenant de Vailhauquès, accompagné de deux amis, sa voiture a été assaillie ; quatre coups de feu ont été tirés presque à bout portant sur notre si sympathique candidat. La position du bras gauche, transpercé de part en part, a seule évité un coup mortel. » Lors du récit de l’extraction de la balle, ils se répètent volontairement pour accentuer le caractère sanguinaire de l’acte ( « le bras est transpercé de part en part, l’hémorragie a été très abondante, la faiblesse du blessé est extrême » ). Les coupables sont aisément désignés :
43
suite
44 Un tel déchaînement de haine irrigue toutes les colonnes de la presse conservatrice. Le Midi reproduit l’affiche et un long texte de Pierre Vialles, l’un des principaux animateurs de la campagne de Leroy-Beaulieu. Revenant sur les multiples altercations entre les deux camps, il s’en prend aux « feuilles des chapelards » qui auraient appelé à « l’assassinat » et ne manque pas de donner sa version de la soirée. Le vocabulaire utilisé exacerbe l’entreprise de dramatisation commencée dans les rues : « si le vaillant candidat n’a pas le plomb dans la cervelle, c’est que les assassins ont mal visé » ; « une balle siffla aux oreilles du cocher » ; « il fut transporté dans un état alarmant » ; « la balle a pu être extraite. C’est une balle de revolver, complètement déformée par le choc » ; « sans l’avant-bras, la balle atteignait le cœur »[122] [122]Le Midi, 2 mars 1907. ...
suite...
45 L’Éclair, le même jour, donne la parole à la mère de la « victime ». Après avoir pris des nouvelles de son fils, elle a accepté de confier sa « douleur » au quotidien monarchiste tout en fournissant un témoignage très politisé[123] [123] Selon Henri Leroy-Beaulieu, l’épouse de Paul...
suite, dans la même veine que l’argumentaire des autres moyens d’informations au service du candidat : « Je n’ai pas de soupçons sur les personnes mêmes qui l’ont attaqué, mais sur ceux pour le compte de qui ils ont commis le crime, il n’y a pas de doute. Si la justice voulait agir, elle pourrait découvrir certainement les coupables, mais la justice n’agira pas. Il y a huit jours, mon fils a été attaqué et blessé. Son chapeau amortit heureusement le coup qui lui fut porté et sa blessure fut légère. De nombreux témoins ont reconnu ses agresseurs. À leur tête se trouvaient des employés de la mairie de Montpellier. Ils n’ont été nullement inquiétés. C’était un encouragement à aller plus loin. C’est ce qui est arrivé ! »[124] [124]L’Éclair, 2 mars 1907. ...
suite
46 « La science » est mobilisée pour couper court aux moindres rumeurs. Quand la presse républicaine commence à faire des « insinuations », qualifiées de « ridicules » par les « républicains indépendants », l’équipe de campagne s’en remet « au rapport des médecins éminents qui ont été appelés depuis le premier jour à prodiguer leurs soins » :
47
suite
48 Toutes ces interventions ciblées concourent à étayer la thèse du « guet-apens ». L’ensemble de la population a été sensibilisée par la débauche d’énergie employée pour « communiquer » sur une accusation à la portée extravagante. En effet, la violence banale en politique semble avoir franchi dans le cas présent une nouvelle dimension. L’équipe de campagne s’empresse de la réinscrire dans le contexte héraultais tout en notant qu’elle ne concerne pas un « candidat ordinaire ». Les multiples procédures d’invalidations concernant les Leroy-Beaulieu poussent certains à penser qu’il existerait une volonté délibérée de les empêcher de franchir le seuil du Palais-Bourbon, comme si, rapporte un député, « un article secret de la Constitution les rendaient inéligibles »[126] [126] Cette citation est attribuée au député Aynard,...
suite. Quel que soit le scénario envisagé pour expliquer le déroulement si énigmatique de cette soirée sur la route de Vailhauquès, il reste indéniable que l’émoi soulevé par l’annonce d’un tel acte et son habile orchestration ont eu une influence considérable le jour du vote[127] [127] Dans un rapport détaillé, pour chercher à...
suite. Sans trancher de manière définitive sur la nature du fait incriminé, nous pouvons noter, en reprenant des mots empruntés à Georges Balandier, qu’il a représenté un véritable « effet de surprise – ce que le langage du jour nomme un “coup” – qui brise la routine, étonne et donne l’avantage »[128] [128] Georges Balandier, Le pouvoir sur scènes, Paris,...
suite.
49 Dans un tel contexte, la large victoire de Pierre Leroy-Beaulieu, dès le premier tour de l’élection, provoque un déchaînement journalistique et politique. Tous les ingrédients du « roman-feuilleton » sont présents dans la profusion verbale qui en découle au moins jusqu’au mois de mai 1907[129] [129] C’est l’expression employée par Le Midi,...
suite. Après les deux jours de tergiversations (les 1er et 2 mars), la presse républicaine, et en premier lieu Le Petit Méridional, est passée du stade des « insinuations » à une réfutation globale. Elle s’attache à démonter, point par point, ce que le quotidien montpelliérain finira par appeler une « comédie »[130] [130]Le Petit Méridional, 28 avril 1907. ...
suite. Son homologue radical, même s’il se pose aussi beaucoup de questions, ne partage pas les démonstrations échafaudées qui s’emploient, en même temps, à jeter l’opprobre sur le personnel médical à l’origine des premières conclusions. Une nouvelle invalidation risquerait, selon La Dépêche, de rendre le nouveau parlementaire « indéracinable »[131] [131] Le titre de La Dépêche du 22 avril 1907...
suite. Après la parenthèse électorale, où un front commun semblait exister, les querelles entre les deux fractions politiques refleurissent avec une nouvelle acuité. Pendant ce temps, Pierre Leroy-Beaulieu « se remet de sa blessure » et distille des communiqués de presse visant à confondre les « abracadabrantes inventions du journal capelard »[132] [132]Le Midi, 1er mai 1907. ...
suite pour indiquer que l’ « attentat était dans l’air »[133] [133] C’est le titre d’un article de L’Éclair...
suite et qu’il n’est donc pas étonnant que « mes adversaires en soient arrivés à m’attendre à un coin de bois et à tirer sur moi ». Dans une lettre publiée par Le Midi, le 25 avril 1907, le « blessé » écrit : « Qu’aurais-je fait d’après mes ennemis politiques ? J’aurais retroussé la manche de mon veston de façon qu’elle ne soit pas trouée : je l’aurais ensuite enlevée, mais j’aurais eu soin d’en laisser la doublure intacte. J’aurais donc fait “tout” pour rendre l’attentat invraisemblable. Je me serais ainsi fait tirer un coup de revolver à cinquante ou quatre-vingts centimètres dans l’avant-bras, à quatre travers de doigt au-dessous du coude, c’est-à-dire dans une région où, sans avoir fait de l’anatomie, chacun sait qu’il y a deux os, de gros vaisseaux sanguins, des muscles et des nerfs importants. Donc, si par hasard, les muscles et les nerfs avaient été atteints, je courrais fort le risque de n’avoir plus l’usage de ma main. J’ajoute que la moindre déviation du revolver aurait pu porter la balle au coude : j’aurais pu être estropié et même subir l’amputation de l’avant-bras. (...) Le moindre cahot de la voiture aurait pu faire dévier la balle en pleine poitrine. Et j’aurais fait ce beau coup à 13 km de Montpellier, à 11 heures du soir, loin de tout secours ! Je n’ai jamais réfléchi à la manière dont on pouvait simuler un attentat, n’ayant jamais songé un seul instant à le faire. Mais je soutiens qu’un homme d’une intelligence moyenne, même au-dessous de la moyenne, ne s’y serait pas pris d’une façon aussi maladroite. »
50 Tout au long de ces semaines, la radiographie des méthodes utilisées pour vaincre le « maléfice » nous offre la possibilité d’entrevoir un déploiement sans précédent, au regard des « méthodes traditionnelles » pratiquées jusqu’alors par les membres de cette lignée d’élus. L’entreprise électorale conduite dans la première circonscription dénote dans le paysage politique local. Les articles parus dans Le Petit Méridional, le lendemain « des » succès de 1906 et de 1907, attribuent la défaite à la mise en œuvre de « procédés nouveaux dans notre région »[134] [134] C’est ainsi qu’Auguste Mas explique, en...
suite ou encore à « toute une organisation compliquée et savante »[135] [135]Le Petit Méridional, 4 mars 1907. ...
suite. Ce qui rejoint bien des critiques entendues durant la compétition, où l’on parlait des « procédés boulangistes »[136] [136]Ibid. , 15 février 1907. ...
suite et, de façon plus marginale, de la « lutte à l’américaine contre la République »[137] [137]Ibid. , 27 février 1907. ...
suite, voire des « manières de Yankee de violenter le suffrage universel »[138] [138]La Dépêche, 1er mars 1907. ...
suite. L’expérimenté commissaire spécial de Montpellier fait un constat similaire quand il écrit que « selon beaucoup, Pierre Leroy-Beaulieu a eu le grand tort d’innover à Montpellier des mœurs électorales inconnues jusqu’à nos jours »[139] [139] Rapport du commissaire spécial du 1er mars 1907. ...
suite. De telles accusations rentrent dans le cadre des moyens classiques pour « diminuer la victoire » et provoquer une procédure pouvant aboutir à une invalidation[140] [140] Alain Garrigou, Histoire sociale du suffrage...
suite.
51 La « déviance » dénoncée n’est pas vraiment récusée par l’équipe de campagne au service de Leroy-Beaulieu. Comme nous l’avions remarqué, un an avant la première élection, Le Midi annonçait une volonté de « perfectionner » les outils de persuasion et d’étendre son maillage. Durant la compétition, elle justifie implicitement le recours à une nouvelle technique de conquête des voix, pour faire face à la concurrence qui bénéficie du concours d’un relais territorial prépondérant : la « puissance publique »[141] [141] « Oser reprocher aux élus de l’opposition...
suite. Les exemples abondent dans les archives de l’intervention régulière sur la scène politique des agents de l’État[142] [142] Le commissaire de Montpellier donne de manière...
suite, mobilisés en faveur de ceux que le commissaire de Ganges, dans un courrier au préfet, appelle : « nos amis politiques »[143] [143] Rapport du commissaire de Ganges au préfet...
suite.
52 Un autre indicateur atteste de l’attraction suscitée par la démarche des concepteurs de la « machine ». En comparant les deux scrutins, on s’aperçoit que les « procédés nouveaux », assimilés à des tricheries en 1906, ont été calqués par le camp républicain lors de la seconde confrontation. C’est ainsi que, voyant l’influence grandissante des foyers populaires, comme celui de Figuerolles dans le processus de mobilisation précédent, toute la stratégie d’implantation du dispositif d’Auguste Laurent sera d’ « oser » se rendre dans les lieux délaissés jusqu’à ce jour par les radicaux-socialistes. Le jour même de son investiture, il fait sa première visite électorale dans ce quartier. À l’instar de Pierre Leroy-Beaulieu, le représentant du « Bloc des gauches » promet de s’y investir[144] [144] « M. Laurent présente brièvement son programme...
suite et cherche à enrôler des agents électoraux originaires des bas-fonds. Le Midi et L’Éclair pourfendent les radicaux qui, à présent, n’hésitent pas à fréquenter la « canaille »[145] [145] Le titre de l’article est : « Laurent...
suite ou à faire appel à des « apaches »[146] [146] De nombreux articles du Midi attestent que Laurent...
suite pour battre la campagne. Même le maître d’œuvre de la « police politique » cherche à justifier l’utilisation d’une main-d’œuvre de repris de justice[147] [147] « Bien à contrecœur, M. Laurent a été...
suite...
53 Ces indices témoignent d’une volonté manifeste d’employer une tactique efficace sur le plan électoral. Dans ce cas de figure, l’observatoire américain a sans nul doute été une source d’inspiration primordiale. L’ « héritier » use d’un savoir-faire spécifique pour transformer une image « ternie », par l’invraisemblable succession d’échecs de son père, en mettant en place un style d’organisation qui préfigure ce qu’imposera le développement du « métier » politique au XXe siècle[148] [148] Pour une vision d’ensemble, on peut renvoyer...
suite.
Notes
[ 1] Pierre Favre, Naissances de la science politique en France (1870-1914), Paris, Fayard, 1989, p. 263-275.
[ 2] Peu de sources présentent la trajectoire de Pierre Leroy-Beaulieu. Pour l’essentiel, nous nous appuierons sur : Raphaël-Georges Lévy, Pierre Leroy-Beaulieu, Revue des Deux-Mondes, vol. 26, 1915, p. 548-567. Quelques informations émanent de l’étude que son fils (Henri) consacre aux responsables du domaine familial. Cf. Henri Leroy-Beaulieu, Les propriétaires de Montplaisir ou la rencontre de la technique, de la politique et de l’économie, dans Hommage à Jacques Fabre de Morlhon. Mélanges historiques et généalogiques Rouergue-Bas-Languedoc, Jean-Denis Bergasse (éd.), Albi, Ateliers professionnels de l’OSJ, 1978, p. 351-353.
[ 3] Renaud Dorandeu, Se faire un nom. De la tradition familiale à la modernisation de l’entreprise politique. La famille Leroy-Beaulieu dans l’Hérault à la fin du XIXe siècle, dans L’hérédité en politique, ClaudePatriat, Jean-Luc Parodi (éd.), Paris, Economica, 1992, p. 111.
[ 4] Henri Leroy-Beaulieu, loc. cit., p. 352.
[ 5] Il devient polytechnicien comme son grand-père.
[ 6] Pierre Leroy-Beaulieu est titulaire de la chaire de géographie commerciale et statistique qui sera octroyée en 1916 à André Siegfried... Cf. Pierre Favre, op. cit. (n. 1), p. 268.
[ 7] Il échoue lors des élections législatives de 1914 et meurt un an plus tard au champ d’honneur. En parallèle, Pierre Leroy-Beaulieu occupera le poste de conseiller général du canton de Saint-Martin-de-Londres de 1906 jusqu’à sa disparition. Cf. Pierre Favre, op. cit. p. 275.
[ 8] André Siegfried, Tableau politique de la France de l’Ouest, Paris, Imprimerie nationale, 1995 (1re éd., 1913), p. 40.
[ 9] Renaud Dorandeu, Faire de la politique : contribution à l’étude des processus de politisation. L’exemple de l’Hérault de 1848 à 1914, thèse de doctorat de science politique, sous la direction de Dominique Rousseau, Université Montpellier I, 1992. Il a repris l’essentiel de son développement sur cette question dans : Se faire un nom. De la tradition familiale à la modernisation de l’entreprise politique..., op. cit (n. 3).
[ 10] À ce propos, nous pouvons relever que parmi les enfants de Pierre, celui qui porte le prénom d’Henri tentera de poursuivre la carrière électorale de son père. Il échoue lors des élections législatives de 1936 à Narbonne contre Léon Blum. Un de ses neveux (Pierre Leroy-Beaulieu, né à Paris, en 1928) a été député gaulliste de 1968 à 1973, maire d’Agde de 1971 à 1989 et conseiller régional du Languedoc-Roussillon de 1986 à 1992.
[ 11] Raphaël-Georges Lévy, Pierre Leroy-Beaulieu, Revue des Deux-Mondes, op. cit.
[ 12] Éric Mension-Rigau, Aristocrates et grands bourgeois. Éducation, traditions, valeurs, Paris, Hachette/Pluriel,1996 (1re éd., 1994), p. 299 et s.
[ 13] Raphaël-Georges Lévy, ibid., p. 550.
[ 14] Henri Leroy-Beaulieu, op. cit. (n. 2), p. 351.
[ 15] Raphaël-Georges Lévy, ibid.
[ 16] Il a par exemple publié : Boers et Anglais dans l’Afrique du Sud (1896) ; L’Australie et la Nouvelle-Zélande : les expériences sociales (1899) ; La Sibérie et le Transsibérien (1898) ; Le problème chinois (1900) ; Le Japon et ses ressources dans la guerre actuelle (1904) ; Le Mexique au XXe siècle (1905)...
[ 17] Pierre Leroy-Beaulieu, 
[ 18] Il consacre les différents chapitres de son étude qui approche les 500 pages au pays et à la population, à l’agriculture, à l’industrie, aux transports ainsi qu’au commerce et à l’expansion économique extérieure.
[ 19] Moisei Ostrogorski, La démocratie et l’organisation des partis politiques, Paris, Calmann-Lévy, 1903. Une version abrégée de ce livre a été publiée en 1912 sous le titre La démocratie et les partis politiques, Calmann-Lévy. Nous nous référons ici à l’édition intégrale publiée en 1993 reprenant l’intitulé de 1912 : La démocratie et les partis politiques, Paris, Fayard.
[ 20] Jacques Portes, Une fascination réticente. Les États-Unis dans l’opinion française (1870-1914), Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1990 ; Denis Lacorne, Marie-France Toinet, Jacques Rupnik (éd.), L’Amérique dans les têtes. Un siècle de fascination et d’aversions, Paris, Hachette, 1986.
[ 21] « La plupart se sont faits politicians comme ils se seraient faits agriculteurs, chauffeurs de locomotive, avocats ou banquiers. Ce qu’ils veulent c’est gagner de l’argent ». Cf. C.-M. de Limousin, « Une excursion aux États-Unis à l’occasion de l’Exposition de Philadelphie », Le Journal des économistes, février 1877. Cette référence a été donnée par Jacques Portes dans Une fascination réticente, op. cit. p. 184 et s. Cet auteur précise que « l’on retrouve des termes identiques par exemple chez de Varigny (Scènes de la vie politique aux États-Unis, Revue des Deux-Mondes, 15 octobre 1892), une vingtaine d’années plus tard ». Leur manière d’exercer ce « métier » soulève un vent d’indignation de tous les commentateurs de l’époque. Ils s’étonnent que ce territoire, très estimé pour son ingéniosité dans de nombreux domaines, soit « à la merci des politiciens, société de renards organisés pour vivre aux dépens de la démocratie des corbeaux ». Cf. G. de Molinari, Lettres sur les États-Unis, Paris, Hachette, 1876, p. 159.
[ 22] Il déplore « qu’un régime en vienne par le jeu naturel de ses institutions, à amener au pouvoir, souvent et presque normalement, ce qu’il y a de moins qualifié, de moins désigné pour le pouvoir (...) ». Seul un traitement de choc permettra de soigner cette « maladie » alors, poursuit-il, « ce qu’on ne comprendra pas, c’est que de grands peuples aient pu tolérer si patiemment l’expérience, qui ne pouvait aboutir qu’au règne de la médiocrité et de la sottise, d’une politique d’occasion menée par des politiciens d’aventure ». Cf. Charles Benoist, La crise de l’État moderne. De l’organisation du suffrage universel, Paris, Maison Didot, 1897, p. 4 et 308-309.
[ 23] « C’est une sorte de manipulation mécanique de la démocratie, en vue de la production industrielle de l’opinion au moyen et au profit du mécanicien ou du chauffeur : le politicien professionnel. » Cf. Charles Benoist, Comment on capte le suffrage et le pouvoir : la « Machine », Revue des Deux-Mondes, 15 juin 1904, p. 906.
[ 24] Jacques Portes, op. cit., p. 186.
[ 25] C’est à partir de cette période que les dictionnaires français donnent la définition du terme politicien en précisant qu’il renvoie à une conception de la politique pratiquée aux États-Unis. Le premier supplément du 
[ 26] Paul Leroy-Beaulieu, Un chapitre des mœurs électorales dans les années 1880 et 1890, Paris, Chaix, 1890, p. 31.
[ 27] La pérennité de celui-ci lui paraît menacée : « Ce type Américain, si remarquable assurément, tout en ayant ses défauts, n’est-il pas exposé à se gâter à l’avenir, et le XXe siècle n’assistera-t-il pas à sa décadence ? D’aucuns le craignent, en voyant l’afflux récent d’immigrants du Midi et de l’Orient de l’Europe, gens “arriérés”, à demi touchés seulement par la civilisation moderne, beaucoup plus difficiles à assimiler que les Allemands et les Scandinaves qui, jusqu’aux environs de 1890, avaient formé avec les Anglais et les Irlandais la très grande majorité des colons (...). Cette introduction d’éléments nouveaux et hétérogènes, conclut Pierre Leroy-Beaulieu, si elle doit avoir un effet sensible sur le type américain, ce ne peut guère être qu’en mal. Plus grave, renchérit-il, est le problème posé par la présence sur le sol de l’Union de neuf millions de noirs (...). Ce poids d’une population inférieure et qui le restera, sinon toujours, du moins pendant des siècles » (ibid., p. X-XII).
[ 28] Ibid., p. 246 et s.
[ 29] Ibid. p. XIV.
[ 30] Ibid. p. XXI.
[ 31] Alain Garrigou, Histoire sociale du suffrage universel en France (1848-2000), Paris, Le Seuil, 2002, p. 284.
[ 32] René Rémond, L’apport des historiens aux études électorales, dans Explication du vote. Un bilan des études électorales en France, Daniel Gaxie (éd.), Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1985, p. 46.
[ 33] Moiséi Ostrogorski, La démocratie..., op. cit. (n. 19), p. 524.
[ 34] Marc Abélès, L’anthropologue et le politique, L’Homme, 97-98, 1986, p. 200.
[ 35] Cf. Yves Pourcher, 
[ 36] Pour l’essentiel, nous avons puisé notre documentation dans les archives départementales (rapports, professions de foi, affiches électorales...), la presse, les sources officielles, les annuaires spécialisés... Nous ne bénéficions pas de l’accès aux archives privées. Concernant les élections, la thèse de Renaud Dorandeu constitue un outil de travail précieux pour ce qui concerne la campagne électorale de 1906. Il n’évoque pas celle de 1907 qui retiendra ici une bonne partie de notre attention.
[ 37] Un défi, semblable sur bien des points, a été relevé par Éric Phélippeau. Il a su tirer profit d’un accès privilégié à des sources archivistiques privées remarquables. Cf. Éric Phélippeau, L’invention de l’homme politique moderne. Mackau, l’Orne et la République, Paris, Belin, 2002.
[ 38] Renaud Dorandeu, Faire de la politique..., op. cit., p. 500 et s.
[ 39] Delphine Dulong, Mourir en politique. Le discours politique des éloges funèbres, Revue française de science politique, 44 (4), 1994.
[ 40] Raphaël-Georges Lévy, loc. cit., p. 552.
[ 41] Elle comprend les cantons d’Aniane, de Claret, des Matelles, de Saint-Martin-de-Londres, de Ganges et les 1er et 3e de Montpellier.
[ 42] Raymond Dugrand, Villes et campagnes en Bas-Languedoc. Le réseau urbain du Bas-Languedoc méditerranéen, Paris, PUF, 1963, p. 104-105.
[ 43] Dans une enquête préfectorale, réalisée au début des années 1890, les « réactionnaires » détenaient un peu plus du tiers des communes (118 sur 338) (Ad Hérault, 3 M 2217 et 3 M 2218).
[ 44] « Les royalistes se déplacent quand ils savent qu’un inventaire doit avoir lieu dans une commune. Ils donnent congé à leurs ouvriers et les invitent à protester contre l’application de la loi ». Rapport du commissaire spécial du 16 mars 1906 sur « Le mouvement royaliste et clérical dans l’arrondissement de Montpellier à l’occasion des inventaires ». Cf. David Sauvade, L’anticléricalisme et le cléricalisme dans l’Hérault de 1880 à 1914, mémoire de DEA, Histoire, sous la dir. de Gérard Cholvy, Université Paul-Valéry - Montpellier III, 1994.
[ 45] Philippe Secondy, Royalisme et innovations partisanes. Les Blancs du Midi à la fin du XIXe siècle, Revue française de science politique, 53 (1), 2003, p. 73-99.
[ 46] Marc Martin, La presse régionale. Des affiches aux grands quotidiens, Paris, Fayard, 2002, p. 321.
[ 47] La très grande majorité des interventions relevées par les agents du commissaire spécial présents aux réunions des notabilités conservatrices du secteur, présidé par Paul de Girard, le responsable du comité départemental royaliste, vont dans ce sens. Le bâtonnier Louis Guibal, président de l’association générale des catholiques du diocèse, réfute tous les candidats qui n’auraient pas un profil « nettement conservateur ». Les partisans de l’Action française, comme André Vincent, affirment qu’il « ne faut pas se cacher derrière un masque ». Gaston Chamayou, classé par la police parmi les « impérialistes cléricaux », lui rétorque que Pierre Leroy-Beaulieu est « une personnalité honorablement connue en qui on pouvait avoir une entière confiance. Le parti conservateur, martèle-t-il, doit lui accorder son vote... ». Il est immédiatement conspué par les monarchistes qui s’écrient : « Non ! non ! Il s’est rallié à la République. » Cf. Rapports du commissaire spécial de Montpellier sur les réunions du 18 novembre 1905 et du 4 mars 1906 (Ad Hérault, 3 M 1215).
[ 48] « Le parti royaliste est resté fidèle à sa ligne de conduite et il a su, une fois de plus mettre au-dessus de ses convictions politiques, si ardentes qu’elles soient, l’impérieuse nécessité de défendre avant tout les libertés religieuses, les plus menacées en ce moment par une secte oppressive et tyrannique » (L’Éclair, 21 avril 1906).
[ 49] Ils détiennent quasiment tous les sièges électoraux au conseil général ainsi que tous les mandats parlementaires. Leur influence dans les grandes villes (Montpellier, Béziers...) est également indéniable. Une grande cassure existe en leur sein entre les radicaux-socialistes indépendants, souvent unis aux socialistes (tendance dominée par la « dynastie » parlementaire des Razimbaud) et la Fédération radicale et radicale-socialiste. Les premiers ont le soutien de La Dépêche ; quant aux seconds, ils peuvent compter sur la franc-maçonnerie et Le Petit Méridional. Celui-ci est le plus important des quotidiens héraultais. Cf. Fabien Nicolas, Ressources privées et mobilisation politique : la construction du Parti républicain-radical et radical-socialiste à Béziers (1904-1947), thèse de doctorat de science politique, sous la direction de Paul Alliès, Université Montpellier I, 2004.
[ 50] Jean Sagnes, Le mouvement ouvrier en Languedoc. Syndicalistes et socialistes de l’Hérault de la fondation des Bourses du travail à la naissance du parti communiste, Toulouse, Privat, 1980.
[ 51] C’est la ligne d’un conseiller d’arrondissement du secteur de Montpellier nommé Vialles (Rapport du commissaire spécial sur la réunion du 18 novembre 1905. Ad Hérault, 3 M 1215).
[ 52] L’article écrit par les responsables du comité départemental royaliste dans L’Éclair du 16 février 1906 nous en donne une bonne illustration.
[ 53] « Aux questions des conseillers généraux républicains qui lui demandent à plusieurs reprises s’il veut une révision de la Constitution dans un sens monarchique ou républicain, il reste dans le vague et ne répond pas clairement ». Cf. Christophe Benoît, 
[ 54] Il publie plusieurs contributions dans la Revue des Deux-Mondes qui attestent de son rejet des revendications portées par le mouvement ouvrier : La question ouvrière au XIXe siècle (15 juillet 1870) ; Les aspirations des ouvriers et leurs projets de réforme sociale (1er juillet 1875)...
[ 55] Cf. Jean Garrigues, La République des hommes d’affaires (1870-1940), Paris, Aubier, 1997.
[ 56] Paul Leroy-beaulieu figure en 1905 parmi les membres du conseil national. Cf. Yves Lequin, La classe ouvrière, dans Histoire des droites en France, t. 3 : Sensibilités, Jean-François Sirinelli (éd.), Paris, Gallimard, 1992, p. 492.
[ 57] Cf. Pierre Lévêque, Histoire des forces politiques (jusqu’en 1940), Paris, Armand Colin, 1994, p. 251.
[ 58] Cf. Philippe Secondy, La droite extrême dans l’Hérault (1890-1944). Sociologie historique d’une configuration politique, thèse de doctorat de science politique, sous la direction de Paul Alliès, Université Montpellier I, 2001.
[ 59] Au début de la réunion qui entérine le soutien des royalistes à Pierre Leroy-Beaulieu, Paul de Girard a lu une lettre de Mgr de Cabrières appelant à la mobilisation : « Il écrit, indique le commissaire spécial, entre autres choses que “Dieu n’a pas abandonné tous les bons catholiques (...), qu’il faut avoir du courage et que l’année 1906 sera l’année de la délivrance” » (Rapport du commissaire spécial de Montpellier du 1er février 1906. Ad Hérault, 3 M 1215).
[ 60] Henri Leroy-Beaulieu rapporte, par exemple, que « par permission expresse de l’évêque de Montpellier le baptême de Pierre eut lieu au château de Montplaisir même et non pas dans une église » (Henri Leroy-Beaulieu, loc. cit., p. 351).
[ 61] Il se rallie à la majorité des suffrages tout en apparaissant agacé par cette décision. Il fera distribuer un tract contre la Petite Chapelle qui cautionne Auguste Laurent. Le titre de celui-ci est le suivant : « Grand eldorado de la Petite Chapelle. Tournée d’Auguste Laurent et Cie. Représentations extraordinaires du grand succès du jour. Les désopilantes évolutions d’Auguste » (Ad Hérault, 3 M 1219).
[ 62] Henri Leroy-Beaulieu, loc. cit., p. 352.
[ 63] Renaud Dorandeu, Faire de la politique..., op. cit., p. 498.
[ 64] Plusieurs textes des agents du ministère de l’Intérieur insistent sur les sermons partisans des prêtres ou encore sur les pressions de Mgr de Cabrières. Il va, par exemple, exercer des pressions sur l’épouse d’Auguste Laurent afin qu’elle le dissuade de se présenter (Rapport du commissaire spécial du 6 janvier 1907. Ad Hérault, 3 M 1219).
[ 65] Renaud Dorandeu, Faire de la politique..., op. cit., p. 499.
[ 66] Le Midi, 7 mai 1905.
[ 67] Moiséi Ostrogorski, La démocratie et les partis politiques, op. cit., p. 434 et 526.
[ 68] Cf. Philippe Secondy, La droite extrême..., op. cit., p. 421 et s.
[ 69] Mireille Lacave, Montpellier naguère (1845-1944), Paris, Payot, 1981, p. 186.
[ 70] Un fort pourcentage des municipalités dénonce l’inertie des pouvoirs publics et démissionne massivement (76 % des conseils municipaux dans l’Hérault sont dans ce cas). Des émeutes à Narbonne feront cinq morts. Même les militaires refusent de réprimer le mécontentement des paysans puisque le 17e Régiment d’infanterie à Agde se révolte. Cf. Jean Sagnes, Monique et Rémy Pech, 1907 en Languedoc et en Roussillon, Montpellier, Espace sud Édition, 1997.
[ 71] Un mastroquet tient un débit de boissons.
[ 72] La Dépêche, 22 mars 1906. Ce terme revient souvent. C’est ainsi que le président du groupe radical-socialiste de Grabels, une commune du troisième canton de Montpellier, ironise : « Je demande qu’on émette un vœu pour que le citoyen Leroy-Beaulieu soit gratifié d’une licence de mastroquet. » Cf. Le Petit Méridional du 11 avril 1906.
[ 73] Il s’agit de « simple workers qui s’acquittent de la grosse besogne, de la très souvent vilaine besogne de la politique. Ils sont les protagonistes des primaries, ils sont toujours là au complet, pour soutenir de leur voix et, s’il le faut, de leurs poings les meneurs ; ils se font l’instrument docile des fraudes et des manœuvres conçues par l’ingéniosité du ring dirigeant ; ils fournissent la claque aux meeting ; ils battent le pavé aux processions et aux parades ; ils courent les cabarets pour y ramasser les électeurs, ils vont les chercher à domicile ; et, en général, ils sont toujours aux trousses des meneurs, prêts à exécuter n’importe quel ordre, ce qui leur a valu le sobriquet de heelers (qui talonne, qui suit de près). Ignorants, brutaux, rebelles à un travail régulier, les heelers se recrutent de préférence dans les classes “dangereuses”, criminelles ou semi-criminelles, parmi les habitués des cabarets, les ratés et les fainéants de toute espèce ». Moiséi Ostrogorski utilise aussi le terme de « mercenaire » pour qualifier les personnes recrutées. Cf. Moiséi Ostrogorski, ibid., p. 486 et 527-528.
[ 74] Rapport du commissaire spécial du 18 février 1906. Ad Hérault, 3 M 1215.
[ 75] Rapport du commissaire spécial du 17 mars 1906. Ad Hérault, 3 M 1215.
[ 76] En contrepartie, le boss va promettre de faire aboutir les ambitions politiques des « lieutenants ». Cf. Moiséi Ostrogorski, ibid., p. 528.
[ 77] Albert Saller fait office de trésorier et un certain Bousquet, de secrétaire. Nous ignorons les trajectoires de ces « lieutenants ». Un rapport de police le présente comme des proches de Louis Guibal, le président de l’association des catholiques du diocèse (Rapport du 2 décembre 1906. Ad Hérault, 3 M 1218).
[ 78] Dans son édition du 26 mars 1906, Le Midi annonce l’investiture de Pierre Leroy-Beaulieu en présentant la liste des délégués des différentes municipalités.
[ 79] L’Éclair, 14 janvier 1907.
[ 80] Rapports des 18 février et 1er mars 1907. Ad Hérault, 3 M 1218 et 3 M 1219.
[ 81] Le Petit Méridional, 4 mars 1907.
[ 82] Le Petit Méridional, 16 février 1907.
[ 83] Le Petit Méridional, 19 février 1907.
[ 84] Le Midi, 14 février 1907.
[ 85] Le Petit Méridional, 18 février 1907.
[ 86] Pour une vision globale de l’investissement de cette catégorie de « travailleurs politiques », cf. François Miquet-Marty, Les agents électoraux. La naissance d’un rôle politique dans la deuxième moitié du XIXe siècle, Politix, 38, 1997, p. 47-62.
[ 87] Le Petit Méridional, 19 février 1907.
[ 88] Ibid.
[ 89] Plusieurs comptes rendus évoquent l’existence de ce commerce clandestin. Par exemple, le commissaire écrit au préfet : « Je sais de source certaine par M. Beluzou, coiffeur, demeurant rue de l’Argenterie, à Montpellier, que M. Massini, fils (...) a été sollicité par un agent de Leroy-Beaulieu pour qu’il lui vende sa carte d’électeurs. Cette proposition d’achat de carte a été faite, devant témoin, au café des Trois-Graces. Actuellement une équipe de plusieurs individus, à la solde de Leroy-Beaulieu, cherche des vendeurs de cartes électorales pour les acheter » (Rapport du 18 février 1907. Ad Hérault, 3 M 1219).
[ 90] Le Petit Méridional, 20 février 1907.
[ 91] Rapport du commissaire de Montpellier du 10 mars 1907. Ad Hérault, 3 M 1219.
[ 92] Rapport du commissaire de Montpellier du 1er février 1906. Ad Hérault, 3 M 1215.
[ 93] La Dépêche, 1er mars 1907.
[ 94] Robert Sauzet, 
[ 95] « Les réactionnaires ne cachent point que des renforts leur viendront des communes fanatiques des Cévennes, notamment du Gard, de Sumène, de Saint-Laurent-le-Minier, où l’on suit avec autant d’anxiété, que nous, la lutte électorale (...) » (Rapport du commissaire de Ganges du 27 février 1907. Ad Hérault, 3 M 1219).
[ 96] Une contestation féminine semblable s’était produite la veille à Ganges après l’appel du prêtre : « M. le curé dans son sermon au matin avait (indiqué) que mal voter serait un péché », (Rapports du commissaire de Ganges des 23 et 24 avril 1906. Ad Hérault, 3 M 1215).
[ 97] Rapport du commissaire de Montpellier du 18 février 1907. Ad Hérault, 3 M 1219.
[ 98] Le Petit Méridional, 23 février 1907.
[ 99] L’Éclair, 16 février 1907.
[ 100] Michel Offerlé (éd.), La profession politique..., op. cit. (n. 25), p. 12.
[ 101] Dans la plupart de ces prises de positions publiques, il cultive cette fibre. Par exemple, durant une réunion à Montpellier, le policier qui le suit consigne dans son rapport : « il a entretenu ses auditeurs des retraites ouvrières, de la journée de 8 heures, du repos hebdomadaire, des grèves... » (Rapport du commissaire central du 1er mai 1906. Ad Hérault, 3 M 1215).
[ 102] Deux spécialistes de la presse locale relèvent à propos de cet hebdomadaire : « A paru pendant les campagnes électorales pour les élections législatives du 6 mai 1906, du 3 mars 1907, de 1910 et de 1914 ». Cf. Roland Andréani, Françoise Poggioli, Bibliographie de la presse française. Politique et information générale (1865-1944). Hérault, Paris, Bibliothèque nationale, 1970, p. 62.
[ 103] À titre d’exemple, on peut se reporter à L’Éclair du 14 janvier 1907. Le Petit Méridional (4 mars 1907) considère que cela rentre dans le cadre de la tactique électorale : « Les officines de travail momentanées (sont) ouvertes un peu partout. (Il s’agit) de chantiers où s’achetaient les consciences en même temps qu’on donnait des outils, pinceaux ou pot à colle... »
[ 104] Il s’agit d’un restaurant destiné aux indigents.
[ 105] Rapport du commissaire de Montpellier du 15 novembre 1906. Ad Hérault, 3 M 1215.
[ 106] Le Petit Méridional, 4 mars 1907.
[ 107] Yves Pourcher, La politique au risque de la moquerie, Le monde alpin et rhodanien, 3-4, 1988.
[ 108] L’Éclair, 26 février 1906.
[ 109] Le Midi, 27 février 1906.
[ 110] Ad Hérault, 3 M 1215.
[ 111] Ce qui signifie : « Qu’il s’en aille sur le Canigou. » Il s’agit d’une montagne, qui se trouve dans les Pyrénées-Orientales, choisie par le député pour passer ses vacances. Au début de la brochure, on peut lire : « Alors que nous clamions bien haut notre misère, Auguste Mas allait conférencier à Vichy, et, durant les vacances parlementaires, il se reposait sous les ombrages de Marquinaxe, au pied du Canigou. »
[ 112] Le Midi, 3 mars 1906.
[ 113] Dans Le Midi du 8 avril 1906, nous pouvons lire : « Alors que les ruines s’accumulent, Mas n’a aucune réaction (...). (C’est) un paresseux. » Dans le même journal, Sam titre son billet le lendemain : « Qu’a-t-il fait pour la viticulture ? Rien ! Rien ! Rien ! »
[ 114] Ad Hérault, 3 M 1215.
[ 115] « Il ne force pas Auguste ! » ; « Dehors ! Du balai ! »
[ 116] Rapport du commissaire spécial de Montpellier du 6 janvier 1907. Ad Hérault, 3 M 1219.
[ 117] Raymond Huard, Le suffrage universel en France (1848-1946), Paris, Aubier, 1991, p. 269.
[ 118] Moiséi Ostrogorski, op. cit., p. 482-523.
[ 119] Plusieurs témoignages recueillis auprès de la population de Vailhauquès attestent que cet « événement » a marqué la vie politique locale tout au long du XXe siècle.
[ 120] Le Petit Méridional, 1er mars 1907.
[ 121] Ad Hérault, 3 M 1218.
[ 122] Le Midi, 2 mars 1907.
[ 123] Selon Henri Leroy-Beaulieu, l’épouse de Paul est très active dans toutes les campagnes électorales. Elle s’apparente à une sorte d’éminence grise toujours prompte à donner ses idées sur la manière de concevoir la stratégie. Cf. Henri Leroy-Beaulieu, ibid.
[ 124] L’Éclair, 2 mars 1907.
[ 125] L’Éclair, 3 mars 1907.
[ 126] Cette citation est attribuée au député Aynard, à propos de la procédure d’invalidation contre Leroy-Beaulieu. Cf. L’Éclair du 16 février 1907.
[ 127] Dans un rapport détaillé, pour chercher à comprendre la victoire de Pierre Leroy-Beaulieu, le commissaire spécial met en avant plusieurs facteurs : la grande misère, les divisions républicaines et « l’accident dont Pierre Leroy-Beaulieu a été victime (...). Il est devenu sympathique à beaucoup d’électeurs dès que la version d’un attentat commis sur sa personne a été admise par une certaine presse » (Rapport du 10 mars 1907. Ad Hérault, 3 M 1218).
[ 128] Georges Balandier, Le pouvoir sur scènes, Paris, Balland, 1980, p. 19.
[ 129] C’est l’expression employée par Le Midi, le 1er mai 1907, pour qualifier le flot de versions qui n’a pas cessé d’alimenter la presse parisienne et locale depuis l’annonce de l’ « attentat ».
[ 130] Le Petit Méridional, 28 avril 1907.
[ 131] Le titre de La Dépêche du 22 avril 1907 ne laisse planer aucun doute : « Pas d’invalidation ».
[ 132] Le Midi, 1er mai 1907.
[ 133] C’est le titre d’un article de L’Éclair du 29 avril 1907.
[ 134] C’est ainsi qu’Auguste Mas explique, en grande partie, son échec. Cf. Le Petit Méridional, 9 mai 1906.
[ 135] Le Petit Méridional, 4 mars 1907.
[ 136] Ibid., 15 février 1907.
[ 137] Ibid., 27 février 1907.
[ 138] La Dépêche, 1er mars 1907.
[ 139] Rapport du commissaire spécial du 1er mars 1907. Ad Hérault, 3 M 1218.
[ 140] Alain Garrigou, Histoire sociale du suffrage universel...,op. cit. (n. 31), p. 141.
[ 141] « Oser reprocher aux élus de l’opposition tels ou tels moyens employés par eux pour entraîner les électeurs, quand on ne craint pas soi-même de mettre au service de son parti toute la puissance publique y compris les finances de l’État, c’est une belle audace, mais qui prête à rire » (cf. L’Éclair du 1er mars 1907). On évoque aussi le « dressage des maires » par l’administration préfectorale dans Le Midi du 11 avril 1906.
[ 142] Le commissaire de Montpellier donne de manière fréquente des conseils au préfet pour organiser l’offensive. Cf. Philippe Secondy, La droite extrême..., op. cit., p. 449 et s.
[ 143] Rapport du commissaire de Ganges au préfet du 27 février 1907. Ad Hérault, 3 M 1219.
[ 144] « M. Laurent présente brièvement son programme (...) et déclare qu’il avait été heureux de répondre aux désirs des congressistes de faire sa première visite à Figuerolles parmi les électeurs républicains, livrés d’une manière si violente aux tentatives de pression et aux manœuvres de la réaction ». Cf. Le Petit Méridional, 11 février 1907.
[ 145] Le titre de l’article est : « Laurent et la canaille ». Cf. Le Midi, 18 février 1907. Dans la même édition, le journaliste écrit à propos d’un meeting républicain à Cournonterral : « Les éclaireurs cyclistes qui précèdent les voitures des contrebandiers furent mobilisés (...). Dans tout ce joli petit monde, nous reconnaissons des capteurs de chiens comme Oscar dit le “Frisé”, Tripet dit “Tripette”, la “Boulaille”... »
[ 146] De nombreux articles du Midi attestent que Laurent « a mobilisé une escorte d’apaches de Montpellier. »
[ 147] « Bien à contrecœur, M. Laurent a été obligé d’opposer la force à la force. Il a, lui aussi, son garde du corps et une escouade de dix bicyclistes qui accompagnent partout l’omnibus qui le transporte dans les diverses localités visitées » (Rapport du commissaire spécial de Montpellier du 18 février 1907. Ad Hérault, 3 M 1219).
[ 148] Pour une vision d’ensemble, on peut renvoyer à l’ouvrage d’Yves Billard, Le métier de la politique sous la Troisième République, Perpignan, Presses Universitaires de Perpignan, 2003.
Résumé
À la veille des années 1900, Pierre Leroy-Beaulieu est très fortement marqué par son séjour aux États-Unis. À l’instar d’un ethnologue, il observe les procédés innovants « dans le gouvernement des hommes » et les importe dans une France qui découvre les thèses de Moisei Ostrogorski, avec la publication en 1903 de La démocratie et l’organisation des partis politiques. Celui qui fut le petit-fils de l’économiste Michel Chevalier et le fils de Paul Leroy-Beaulieu, professeur au Collège de France et à l’École libre des sciences politiques, utilise les méthodes des « politiciens » américains lors de plusieurs campagnes électorales dans l’Hérault afin de surmonter les difficultés chroniques rencontrées par son père, constamment battu à la députation malgré ses huit tentatives consécutives. Nous observerons ici la stratégie déployée par cet « héritier » qui apparaît comme un pionnier de la « modernisation » des entreprises politiques en France.
NB. — Les guillemets situés autour de « politiciens » dans les mots clés ne sont pas traduisibles tels quels. Il existe bien une tournure qui rendrait bien la nuance péjorative qu’introduisent ces guillemets, mais elle me paraît excessive et correspond au français « politicard ». Ce terme est le suivant : « careering politician ».
Mots cles
années 1900, États-Unis, Hérault, campagnes électorales, « politiciens »At the dawn of the 1900s, Pierre Leroy-Beaulieu as under the marked influence of his sojourn in the United States. After the manner of a sociologist, he studies the new practices in the « management of men » and introduces them into a country which, with the publication of De la démocratie et l’organisation des partis politiques, was discovering the theories of Moisei Ostrogorski. A grandson and son, respectively, of economist Michel Chevalier and of Paul Leroy-Beaulieu, a professor at the Collège de France and the École libre des sciences politiques, he implemented the methods of American politicians on the occasion of several electoral campaigns in Hérault with a view to surmount the difficulties chronically encountered by his father, who had been repeatedly defeated in his eight consecutive attempts to become a member of Parliament. The purpose of the present article is to examine the strategy adopted by this « heir », who stands as a pioneer of the « modernization » of political ventures in France.Key Words
The 1990s, United States, Hérault, electoral campaigns, politicians
PLAN DE L'ARTICLE
- LE CONTEXTE DE L’ENTRÉE EN POLITIQUE
- LA « MACHINE » CONTRE LA « MALéDICTION »
- L’ATTENTAT DE VAILHAUQUèS : LA MISE EN SCèNE D’UN COUP POLITIQUE ?
POUR CITER CET ARTICLE
Philippe Secondy « Pierre Leroy-Beaulieu : un importateur des méthodes électorales américaines en France », Revue historique 2/2005 (n° 634), p. 309-341.
URL : www.cairn.info/revue-historique-2005-2-page-309.htm.
DOI : 10.3917/rhis.052.0309.




