Horizons stratégiques
La Doc. française

I.S.B.N.sans
192 pages

p. 37 à 47
doi: en cours

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n° 2 2006/2

2006 Horizons stratégiques

Concilier mobilité résidentielle et mobilité professionnelle : cadrage statistique et pistes de réflexion

Cécile Vignal Cécile Vignal est maître de conférences en sociologie et rattachée au Clersé-CNRS de l’université de Lille 1. Sa démarche de recherche conjugue la sociologie urbaine, sous l’angle des mobilités, de l’habitat, de la politique de la ville, avec les sociologies de la famille et de l’emploi. Elle travaille notamment sur les arbitrages résidentiels et familiaux face aux restructurations d’entreprises, les inégalités entre hommes et femmes en matière de migrations professionnelles, et le relogement des habitants lors de rénovations urbaines.
Si les événements professionnels créent des ruptures répétées dans la relation entre l’habitat et l’emploi, ils ne conduisent pas systématiquement à un déménagement. Notre objectif est d’identifier les facteurs qui expliquent les comportements de mobilité ou d’ancrage résidentiels des salariés touchés par l’instabilité de leur emploi ou le chômage. Un cadrage statistique de l’articulation entre mobilité résidentielle et emploi, puis de l’articulation entre déménagement et chômage, suggère combien les contraintes professionnelles, résidentielles et familiales s’entrecroisent pour expliquer la faible mobilité résidentielle des salariés peu qualifiés, licenciés ou au chômage. Enfin, nous proposons de nouvelles pistes de réflexion forgées à partir d’une approche plus qualitative. La flexibilité de l’emploi et le chômage déstabilisent à la fois l’intégration professionnelle et les formes de l’intégration domestique mais peuvent aussi faire l’objet d’adaptations de la part des salariés. Mots-clés : mobilité résidentielle, mobilité professionnelle, licenciement, ancrage.
Alors que les formes de flexibilités de l’emploi se sont largement diffusées depuis les années 1980, alors que les ruptures dans les trajectoires professionnelles se multiplient du fait des licenciements collectifs, des plans sociaux ou des fins de contrats temporaires, on connaît relativement mal les effets de ces transformations sur les comportements migratoires et sur la sphère domestique et familiale. On peut supposer que ces situations mettent en jeu les pratiques spatiales des salariés et contribuent à modifier leur rapport au logement et au territoire. Il semble notamment que pour certaines catégories de salariés, si les événements professionnels créent des ruptures répétées dans la relation entre l’habitat et l’emploi, ils ne conduisent pas systématiquement à un déménagement. C’est donc sur l’articulation entre les mobilités professionnelles et les comportements résidentiels et migratoires que se porte notre réflexion. Notre objectif est d’identifier les facteurs qui expliquent les comportements de mobilité ou d’ancrage résidentiels des personnes touchées par l’instabilité de leur emploi ou le chômage. Il s’agira de comprendre les choix des salariés eux-mêmes mais aussi de les mettre en relation avec les attentes des conjoint(e)s et plus largement de leurs familles.
Après avoir rappelé l’évolution parallèle des mobilités résidentielles et des mobilités professionnelles en France, nous réaliserons un cadrage statistique de l’articulation entre mobilité résidentielle et emploi (1) puis de l’articulation entre mobilité résidentielle et chômage (2). Enfin, nous proposerons de nouvelles pistes de réflexion forgées à partir d’une approche plus qualitative et compréhensive. Il s’agira alors de montrer combien la flexibilité de l’emploi et le chômage déstabilisent à la fois l’intégration professionnelle et les formes de l’intégration domestique mais peuvent aussi faire l’objet d’adaptations et de compromis de la part des salariés (3).
 
1. Évolutions des mobilités résidentielles et des mobilités professionnelles
 
 
L’évolution de la mobilité résidentielle [1] en France depuis trente ans est un révélateur des formes d’adaptation aux transformations de la société (1.1). Parmi ces changements, on peut distinguer l’évolution des mobilités professionnelles qui révèlent des relations salariales plus instables pour une majorité d’actif, notamment les ouvriers. Ces transformations de l’emploi n’impliquent toutefois pas systématiquement un déménagement (1.2).
1.1. L’évolution des mobilités résidentielles en France
Après une dynamique séculaire de croissance des migrations internes liée à l’exode rural et à l’urbanisation qui s’accélère après la Seconde Guerre mondiale (arrivée à l’âge adulte des enfants du baby boom, rapatriés et immigration de travail), la mobilité résidentielle a diminué en France entre 1975 et la fin des années 1990. Toutes les échelles géographiques sont concernées par cette baisse mais ce sont les changements de logement de courte distance qui sont les plus touchés. Les déménagements ont décru sous l’effet d’une moindre pression démographique mais aussi du fait d’un ralentissement de la construction de logements neufs et de conditions économiques moins favorables. Cette baisse résulte également d’une évolution de la structure des ménages comme l’atteste l’augmentation de la part des plus de soixante-cinq ans (un quart des ménages français ont une personne de référence de plus de soixante-cinq ans), de la proportion de propriétaires et d’accédants à la propriété (54,7% en 1999) et de la proportion de logements confortables (quatre logements sur cinq sont considérés comme confortables au sens de l’INSEE en 1999) [2].
Toutefois, si l’on s’intéresse à la période récente et au comportement des ménages [3] (et non plus celui des individus), on constate que la mobilité résidentielle a augmenté à nouveau depuis le milieu des années 1990. Cette reprise est confirmée par le recensement de 2004 qui montre que la mobilité résidentielle a légèrement augmenté entre 1999 et 2004 : sur cette période, en moyenne, chaque année, 12% des personnes ont changé de logement (Baccaïni, 2005). La mobilité résidentielle est particulièrement plus fréquente chez les personnes de moins de 40 ans et lors de migrations de longue distance avec changement de région. Ces évolutions rappellent que des dynamiques contradictoires jouent sur l’évolution des déménagements en France. La multiplication des étapes familiales et des modifications de la taille du ménage (décohabitation, mise en couple, séparation, naissance, etc.) a pour effet de multiplier la mobilité résidentielle alors que le vieillissement de la population et la propriété du logement la freinent. L’emploi a également suscité nombre de mobilités : les migrations ont longtemps facilité une mobilité sociale ascendante. La question, que nous développerons dans les points suivants, sera de savoir si aujourd’hui l’instabilité des trajectoires professionnelles suscite de nouvelles pratiques de déménagements.
1.2. L’articulation entre mobilités professionnelles et déménagement
Aujourd’hui, les mobilités professionnelles et géographiques sont présentées comme un élément central de l’expérience professionnelle. Les pratiques managériales des entreprises ont depuis une trentaine d’années renforcé l’implication des salariés mais aussi demandé plus de flexibilité et de disponibilité. Deux grands types de situations peuvent être retenus :
  • pour une majorité de salariés, la mobilité professionnelle s’accompagne d’un changement d’employeur (mobilité externe). Ces situations, souvent contraintes, concernent essentiellement les salariés peu qualifiés ou en début de carrière : la perte d’un emploi suite à un licenciement, la fin d’un contrat à durée déterminée ou d’une mission d’intérim, les propositions de mutation suite à la délocalisation d’une entreprise multiplient les déménagements suscités par l’emploi ;
  • lorsque la mobilité professionnelle est interne (entre deux établissements d’une entreprise ou de la fonction publique), elle offre généralement des perspectives de carrière et de promotion. D’après certaines enquêtes statistiques, la promotion professionnelle implique souvent un déplacement géographique, notamment vers les grandes agglomérations. Ce sont alors les salariés les plus qualifiés qui en bénéficient le plus souvent. Ces mouvements sont, en outre, loin d’être anecdotiques. Au cours des années 1990, plus d’un cadre ou ingénieur sur quatre quittant une entreprise appartenant à un groupe le fait pour occuper un emploi dans ce même groupe (Delarre et Duhautois, 2003). Ainsi par exemple, en moyenne entre 1996 et 2001, 50 000 établissements de l’industrie et du tertiaire marchand (hors secteur financier, soit 2% du parc) ont quitté leur commune chaque année, dont un sur sept en changeant de région (Jourdan, 2004).
On assiste donc à une croissance structurelle de l’instabilité professionnelle, à une diversification voire à une dualisation des trajectoires professionnelles entre « les plus qualifiés, bénéficiant d’emplois stabilisés et de mobilités choisies, et les moins qualifiés, circulant sur des emplois précaires et dans le cadre de mobilités contraintes » (Germe, Monchatre et Pottier, 2003, p. 50). Depuis les années 1980, le système de flexibilité de l’emploi renforce donc les divergences entre ceux qui subissent un passage par le chômage et ceux pour qui la mobilité est choisie et valorisante.
Quelles en sont les conséquences sur la mobilité résidentielle ? Les raisons professionnelles motivent une part importante des déménagements (environ un tiers) à l’échelle de la vie. Toutefois, même si les raisons professionnelles sont, dans les années 1990, plus fréquemment invoquées qu’au cours des années 1980 (18,3% des ménages les ont citées en 1996), elles ne retrouvent pas les niveaux observés à la fin des années 1970.
En effet, tout changement d’emploi n’entraîne pas systématiquement un changement de logement. Tout d’abord, les choix résidentiels prennent aujourd’hui en compte les possibilités accrues de déplacements quotidiens, notamment vers le travail, afin de ne pas avoir à déménager en cas de changement ou de recherche d’emploi. Ensuite, la bi-activité des ménages a probablement réduit les marges de manœuvre des couples depuis les années 1970. L’emploi du conjoint, et notamment des conjointes, est plus fréquemment inclus dans les décisions qu’il y a trente ans. À partir de l’Enquête Emploi, Daniel Courgeau a pu montrer que la bi-activité des couples augmente leur probabilité de rester sédentaires (Courgeau et Meron, 1995). Cette contrainte a ainsi participé au phénomène de métropolisation des actifs, puisque les milieux urbains denses peuvent offrir une gamme d’emplois diversifiée, propice aux couples bi-actifs. Enfin, aujourd’hui, le besoin d’habiter à proximité de son lieu de travail est moins fort du fait de l’instabilité de l’emploi et de l’amélioration des moyens de transports, en particulier la généralisation de l’automobile, qui permettent de se déplacer plus loin et plus rapidement. Dès lors, l’emploi suscite essentiellement des migrations de longue distance : près de la moitié des déménagements avec changement de région ont été motivés par des raisons professionnelles en 2002. Ces motifs représentent toujours les premières causes de migrations interrégionales, lesquelles restent toutefois minoritaires dans l’ensemble des mobilités résidentielles (20,7% des déménagements en 2002). 
1.3. De fortes disparités sociales
Déménager pour des raisons professionnelles implique souvent une migration de longue distance. Mais ces comportements migratoires sont fortement différenciés selon la catégorie socioprofessionnelle d’appartenance, les métiers et la position dans le cycle de vie professionnelle.
Un consensus se dégage des études sur les migrations : de manière générale, les personnes mobiles sont plus jeunes et plus qualifiées que la moyenne. La mobilité résidentielle est élevée pour les moins de trente-cinq ans du fait de la décohabitation, puis de la mise en couple et de la naissance des enfants ainsi que pour des raisons liées à l’insertion professionnelle. On déménage d’autant plus pour l’emploi que l’on est jeune. Les comportements de mobilité professionnelle et géographique sont également fortement différenciés selon le niveau de diplôme et la catégorie socioprofessionnelle. Le taux de migration des jeunes de niveau inférieur au baccalauréat est de 20% alors que ce taux s’élève jusqu’à 50% chez les jeunes ayant poursuivi leurs études au-delà du bac (Drapier et Jayet, 2002). Les jeunes peu qualifiés sont moins nombreux à changer de région mais, parmi les migrants, on observe davantage de migrations répétées dans cette catégorie. Cette récurrence dans les déplacements s’explique avant tout par la nature précaire des emplois occupés.
La qualification et les diplômes ouvrent le champ des possibles professionnels mais aussi spatiaux. Si les migrations liées à l’emploi sont plus fréquentes en début de vie active chez les personnes les plus diplômées et se destinant à des postes qualifiés, les pratiques se distinguent également dans les distances parcourues. Plus le niveau de qualification est faible, plus la distance couverte par la mobilité géographique pour l’emploi est courte. Les cadres effectuent le plus de déménagements et auront également réalisé, en fin de vie active, des migrations de plus longue distance que les exploitants agricoles, les personnels de service et les ouvriers. Ainsi un cadre aura-t-il parcouru 120 kilomètres en moyenne alors qu’un ouvrier aura effectué une migration de 78,3 kilomètres (Baccaïni, 1990).
Les catégories socioprofessionnelles connaissent donc des cycles de vie migratoires différents selon le champ des possibles professionnels. On comprend alors que si la mobilité géographique peut être choisie lorsqu’elle accompagne une promotion professionnelle ou fait partie de l’exercice du métier, elle tend à être imposée et à signifier davantage de précarité pour une partie de la main-d’œuvre employée et ouvrière. Moins diplômés et s’installant plus tôt dans la vie professionnelle, les ouvriers constituent la catégorie de salariés la moins mobile. Ils effectuent relativement peu de déménagements pour des raisons professionnelles : 37% des cadres de vingt-cinq à trente-quatre ans qui ont déménagé entre 1992 et 1996 l’ont fait pour des exigences professionnelles (premier emploi, changement d’employeur, mutation, rapprochement du lieu de travail) contre 23% des employés et 12% des ouvriers (Dubujet, 1999).
 
2. Mobilité résidentielle et chômage : un cadrage statistique
 
 
Plus précisément, existe-t-il des pratiques spécifiques de mobilité résidentielle en cas de chômage ? Il faut, au préalable, souligner combien la mesure de la mobilité résidentielle liée au chômage demeure incertaine.
Les données du recensement ne permettent pas d’analyser la mobilité résidentielle des chômeurs par rapport à celle des actifs occupés [4]. En effet, si les chômeurs apparaissent plus mobiles que l’ensemble des actifs (58,3% des chômeurs recensés en 1999 ont déménagé, contre 54,2% de la population active et 53,7% des actifs ayant un emploi), on ne peut pas dire que la recherche d’un emploi incite à la mobilité puisque l’enquête ne dit pas si les personnes étaient au chômage avant le déménagement. Ces résultats montreraient plutôt que « la mobilité du chef de ménage peut entraîner la perte d’emploi d’autres membres du ménage » (Courgeau et Pumain, 1993). On observerait ainsi une mise en chômage, consécutive à un déménagement causé par l’emploi du conjoint. En effet, on sait que le changement de région de résidence est le premier facteur de risque de devenir chômeur en 2000, devant le fait d’être employé en contrat à durée déterminée. Mieux, le risque de devenir chômeur après une migration est presque trois fois plus élevé pour les femmes que pour les hommes (Dinaucourt, 2002). Une analyse formulée à partir du « Panel européen des ménages » montre d’ailleurs, sur un échantillon réduit, que les chefs de ménage chômeurs ont une probabilité de changer de commune de résidence plus faible que ceux qui occupent un emploi (Gobillon, 2001).
Nous avons exploité certaines questions de l’enquête « Trajectoire des adhérents à une convention de conversion » (TDA-CC) menée par la DARES en 1996. Les résultats confirment que le chômage suscite un contexte d’incertitude peu favorable à la mise en œuvre d’une mobilité résidentielle. Une question de l’enquête permet de constater que si un emploi satisfaisant mais éloigné est proposé, 54% des chômeurs enquêtés en moyenne refuseraient de déménager et 14% des individus déclarent qu’ils hésiteraient. Ces résultats suggèrent plus précisément une résistance à la migration. L’insertion sociale et économique des salariés aurait davantage tendance à s’inscrire au sein de territoires contigus s’ils sont âgés de plus de 50 ans [5], ouvriers ou employés [6], propriétaires ou accédants à la propriété [7], ou s’ils vivent en couple avec des enfants. Pour les salariés licenciés dont l’ancrage dans un bassin d’emploi a pu longtemps prévaloir [8], la trajectoire résidentielle et familiale dessine un territoire, un espace vécu, qui peut aussi être un espace de ressources : c’est un support d’entraide psychologique et matérielle, un support de propriété sociale et résidentielle.
On peut donc constater des disparités dans les comportements résidentiels des chômeurs selon les catégories socioprofessionnelles d’appartenance (2.1) et les contraintes financières et résidentielles du ménage (2.2).
2.1. Les disparités sociales entre chômeurs en matière de déménagement
Selon la qualification et le niveau de diplôme, l’intérêt pour une migration au cours de la recherche d’emploi est très différencié. Si l’extension spatiale de la recherche engendre des coûts supplémentaires, elle permet cependant d’augmenter le nombre d’offres disponibles. Or, pour les salariés peu diplômés, les écarts de salaires demeurent généralement faibles et les emplois proposés font appel à des connaissances standardisées. En somme, l’élargissement de l’espace de la recherche ne permet pas forcément d’augmenter sa rémunération, mais simplement d’accéder plus facilement à un travail. Deux schémas se dessinent alors : « Pour les qualifiés, le schéma "migrer pour rejoindre immédiatement un emploi attractif" semble s’opposer au schéma des moins éduqués : "migrer pour trouver un emploi et interrompre ainsi la période de chômage" » (Drapier et Jayet, 2002, p. 369).
Chez les jeunes, la propension à déménager pour trouver du travail est moins forte lorsqu’ils sont au chômage que lorsqu’ils occupent un emploi. En effet, l’Enquête Emploi 1992 de l’INSEE montre que le chômage n’incite pas a priori à la mobilité géographique : 37% des jeunes sans emploi refuseraient une migration contre 22% de ceux qui ont déjà un emploi mais pensent en changer. Ces résultats recoupent en partie les disparités de qualification des individus car « les plus diplômés, qui occupent plus souvent un emploi, peuvent espérer mieux valoriser leurs diplômes au prix d’une mobilité ; pour les moins diplômés, plus nombreux parmi les chômeurs, le coût financier et humain de la mobilité peut apparaître trop élevé en regard d’une espérance de gain faible en termes de carrière » (Dumartin, 1995, p. 109).
Déménager pour retrouver un emploi est donc une pratique plutôt socialement discriminante, davantage intégrée par les personnes ayant un niveau de qualification et de diplôme élevé et ayant la possibilité de trouver une situation professionnelle ailleurs.
2.2. Des freins à la mobilité résidentielle des chômeurs
Les pratiques résidentielles des chômeurs sont donc limitées par une faible qualification, la catégorie socioprofessionnelle et les contraintes financières. Les dimensions liées aux caractéristiques des ménages entrent également en jeu.
En cas de chômage, le conjoint renforce la stabilité...
Nous avons vu que les jeunes de dix-huit à vingt-neuf ans recherchant un emploi ont une propension à déménager moins grande lorsqu’ils sont au chômage que lorsqu’ils disposent déjà d’un emploi. L’Enquête Emploi 1992 révèle que parmi ces jeunes de moins de trente ans, les célibataires envisagent plus volontiers que les autres de déménager. Pour les personnes vivant en couple, l’écart d’opinion est très marqué entre les filles et les garçons : la moitié de ces femmes refuseraient de déménager contre un quart des hommes. L’obstacle justifiant le refus de ces jeunes femmes est, de très loin, le travail du conjoint. Pour les hommes, l’emploi de la conjointe est moins perçu comme une contrainte ou, du moins, l’attachement à la région est mis pratiquement sur le même plan que l’emploi de la conjointe pour justifier un ancrage résidentiel. De même, les analyses descriptives du « Panel européen des ménages » révèlent le poids du genre (Gobillon, 2001) : les hommes chefs de ménage chômeurs migrent moins souvent que les hommes ayant un emploi (2,7% contre 4,0%), alors que les femmes chômeuses en couple ont un taux annuel de migration plus élevé que les femmes en couple ayant un emploi (5,7% contre 2,9%).
...tout comme l’occupation d'un logement social
L’attribution des habitations à loyer modéré repose sur un système de file d’attente à préférence locale : les demandeurs de logement social habitant la commune sont prioritaires. Aussi, ces locataires perdent-ils le bénéfice de ces logements à loyer modéré lors d’une migration. Cette perte représente un coût auquel les locataires de logements privés n’ont pas toujours à faire face. À partir des données du « Panel européen des ménages », Laurent Gobillon montre que les locataires du public ont une probabilité de migrer plus élevée (6%) que celle des propriétaires (1,35%) mais elle est inférieure à celle des locataires du privé (8,27%).
Inversement, la stabilité dans le logement peut aussi faciliter le retour à l’emploi. Pour les populations les plus en difficulté, l’intégration professionnelle peut découler d’une autonomie résidentielle qui facilite une démarche d’insertion. Par ailleurs, une récente étude a montré que les aides au logement reçues par les allocataires du RMI ne sont pas désincitatives au travail. Au contraire, d’un point de vue strictement économique, le mécanisme d’intéressement permettant de cumuler à court terme RMI et revenu d’activité et le fait que l’aide au logement ne couvre pas l’intégralité du loyer incitent à reprendre une activité professionnelle tout en stabilisant le ménage.
Le chômage reproduit voire renforce les disparités observées en matière de mobilité sociale et résidentielle. Nous retiendrons en particulier de ces analyses la spécificité de la problématique de la mobilité résidentielle pour les ouvriers menacés par l’instabilité de l’emploi. Cependant les grandes enquêtes statistiques disponibles et les analyses agrégées ne permettent pas d’explorer plus finement ces dimensions. Les incitations professionnelles au déménagement qui auront été évitées ou les projets de mobilités avortés restent des dimensions cachées de ces méthodes d’enquête. En outre, en observant les mobilités effectives, on agrège des changements volontaires et des changements contraints. Ces sources statistiques ne peuvent donc être suffisantes et appellent des analyses qualitatives plus ciblées.
 
3. Approche qualitative des arbitrages résidentiels et professionnels
 
 
Nous proposons de nouvelles pistes de réflexion forgées à partir d’une approche qualitative et compréhensive. L’enquête, menée dans le cadre d’une thèse (Vignal, 2003), repose sur l’analyse de la fermeture d’une usine de câbles située à Laon en Picardie dont la production a été délocalisée, au cours de l’été 2000, à Sens en Bourgogne, en entraînant la fermeture du site picard. Le plan social, engagé au début du printemps 2000, proposait aux salariés d'opter soit pour une mutation directe soit pour une mutation d’essai d’au moins six mois dite « période probatoire », ou bien encore pour le licenciement [9].
3.1. Les décisions des salariés et l’invention de compromis
La restructuration et la délocalisation de l’usine a suscité un refus élevé de la mutation et du déménagement à Sens : près des deux tiers des trois cents salariés ont opté pour le licenciement. Un an après, ce sont moins de quatre-vingt salariés qui sont restés définitivement dans le nouvel établissement. Ce terrain d’enquête nous a permis d’identifier quatre types d’arbitrages résidentiels et professionnels des salariés en situation de mobilité géographique contrainte (Vignal, 2005a). Dans les deux premiers types, les logiques professionnelles et familiales ne sont pas antagonistes et s’ajustent mutuellement.
  • La « migration de carrière » concerne les salariés acceptant la mutation dans une perspective d’ascension sociale et déménageant à Sens avec leur famille. La qualification de ces ouvriers et techniciens les place dans une position favorable à la migration. Cet arbitrage spatial repose également sur un ajustement entre les logiques professionnelles des membres du couple, un rapport au territoire plus labile et une prise de distance avec le réseau de parenté.
  • L’« ancrage de projets » est un refus de la mutation-migration motivé par un attachement au logement, aux relations sociales ou à la région. Mais cette non-mobilité est toutefois « assurée » par la formulation d’un projet professionnel de reconversion ou par une recherche d’emploi active et relativement soumise aux contraintes du marché. Ici, il n’y a pas d’opposition avec les attentes familiales.
D’autres situations suscitent au contraire une contradiction entre les logiques familiales et les logiques d’ordre professionnel :
  • La « migration de compromis familiaux » est un type où l’intégration professionnelle est davantage perçue comme incertaine. Les tensions dans la prise de décision et l’organisation de cette mutation sont fortes et débouchent sur une bi-résidentialité. En effet, sur les quarante-deux salariés enquêtés ayant été mutés en Bourgogne, dix-neuf ont opté pour un système de double résidence. La migration est associée au maintien de la famille dans le domicile initial en Picardie ou à la conservation de la maison familiale tout en louant un nouveau logement à Sens. Les entretiens révèlent le souci des familles, et particulièrement celui des conjointes, de ne pas quitter leur maison, leur territoire familial et leur espace relationnel.
  • Dans l’« ancrage d’affiliation familiale », la proposition de mutation professionnelle et géographique est perçue comme incertaine voire menaçante. Pour ces personnes au profil socioprofessionnel moins favorisé, il faut protéger les acquis, à savoir la stabilité résidentielle et familiale. Leur refus conduit à leur licenciement. Ici, la recherche d’emploi se traduit souvent par une insertion dans des emplois précaires et le sacrifice du travail au profit de la préservation du rythme et de l’organisation familiale.
On peut retenir de cette typologie combien la mobilité résidentielle ne se détermine pas uniquement en fonction des opportunités qu’elle offre mais aussi en fonction des coûts qui y sont associés. Ces derniers peuvent être d’ordre financier et professionnel. La migration est rendue difficile par la faiblesse des ressources économiques mais aussi par les inégales perspectives d’ascension professionnelle des salariés : la possibilité des techniciens, des cadres ou de certains ouvriers qualifiés de tirer parti de la mutation d’un point de vue professionnel (poursuite d’une carrière, promotion salariale, accès à un grade supérieur) facilite le choix de la mutation. À l’inverse, les postes d’ouvriers et d’employés, en particulier non qualifiés, offrent peu de perspectives en matière de revenus et de stabilité de l’emploi. Déménager pour retrouver un emploi est donc une pratique plutôt socialement discriminante, davantage intégrée par les personnes ayant un niveau de qualification et de diplôme élevé.
Il faut également souligner l’importance de la famille et du réseau de parenté dans les choix de mobilité. Cette enquête démontre l’existence de déterminants sociaux jouant en faveur d’un « choix » de licenciement : être accédant à la propriété de son logement, avoir des enfants, appartenir à un couple bi-actif, être âgé de plus de quarante ans. Au-delà de ces variables, les configurations familiales et résidentielles (l’attachement au logement, l’appartenance à une famille-entourage et l’enracinement dans un territoire local) jouent un rôle indéniable dans l’arbitrage rendu par les salariés licenciés. Un réseau de parenté géographiquement proche et solidaire constitue des ressources locales (aide à la recherche d’un emploi, soutien matériel, garde des enfants) qui donnent une certaine rationalité à l’option du refus d’une mobilité géographique pour l’emploi (Vignal, 2005b).
Néanmoins, si les mobilités résidentielles liées à l’emploi peuvent reproduire voire aggraver les inégalités sociales, cette enquête révèle combien les arbitrages de migrations et d’ancrages ne sont pas « juste le décalque des inégalités sociales » (Epstein, 2002, p. 94). On voit émerger, entre les deux vagues d’entretiens, l’invention de compromis résidentiels et spatiaux : double résidence, transfert partiel ou total de la famille, mobilité quotidienne plus importante. En effet, la moitié des salariés ayant accepté la mutation a instauré un système de double résidence [10] entre le nouveau lieu de travail à Sens et le lieu de résidence familial dans la région de Laon. Au-delà des tensions au sein des couples au moment de leur mise en œuvre, ces systèmes ont pu d’autant plus facilement être pratiqués que les salariés ont bénéficié des aides financières et matérielles prévues par le plan social en matière de déménagement, d’accès au logement, de déplacements et d’emploi du (de la) conjoint(e) [11].
3.2. Mobilités et ancrages, modalités du rapport aux risques professionnels et familiaux
Cette recherche nous donne enfin l’opportunité de réfléchir aux effets des transformations de la relation salariale sur les comportements résidentiels et sur le rapport aux risques que ces situations impliquent.
Les restructurations d’entreprises mettent au jour la question des mutations économiques en termes d’équité sociale et territoriale car, pour les salariés, en particulier ouvriers, pour les populations de plus de quarante ans, employés notamment dans les secteurs traditionnels, le licenciement économique est avant tout un risque et une forme d’insécurité sociale : l’articulation entre sphère professionnelle et sphère résidentielle relève bien d’un arbitrage contraint. Ce genre de situation où le salarié doit « choisir » son licenciement finit par « transformer les causes extérieures en responsabilités individuelles, et les problèmes liés au système en échecs personnels » (Beck, 2001, p. 202). L’alternative devant laquelle les salariés sont placés n’est pas risque contre sécurité mais bien risque contre risque.
Ainsi, nos résultats montrent que loin d’être des « risquophobes » (Castel, 2001), les salariés font face à un système de contraintes économiques et familiales qui les conduit à adopter la solution qu’ils jugent la moins mauvaise. Les entretiens font bien apparaître cette perception des différents risques : se retrouver au chômage, perdre sa femme en cas de séparation prolongée, vendre sa maison à perte, etc. Selon leurs ressources et le mode d’articulation entre les contraintes familiales et les impératifs professionnels, les salariés se sentent mieux armés (ou moins désarmés) pour faire face à tel risque plutôt qu’à tel autre.
Accepter de déménager pour suivre la délocalisation de son emploi témoigne d’une recherche de ressources professionnelles et économiques. Le type caractéristique est celui de la « migration de carrière » qui désigne une adaptation assumée à la flexibilité géographique de l’emploi. Il associe la recherche du maintien de l’intégration professionnelle, voire une perspective d’ascension sociale, et l’adaptation du projet familial. Mais le choix de migration pour l’emploi n’est pas exempt de risques professionnels (en cas de licenciement à terme dans une région inconnue) et de risques familiaux et résidentiels (tensions dans le ménage, abandon d’une maison de famille, perte d’un point ancrage dans la région d’origine). Les salariés tentent, lorsqu’ils en ont les moyens, de réduire ces risques. C’est le cas de la « migration de compromis familiaux » où l’on s’efforce de maintenir à la fois l’intégration professionnelle, en acceptant la mutation, et l’intégration domestique et familiale en optant pour une stratégie de double résidence. Les tensions dans la prise de décision et l’organisation de cette mutation sont fortes. Les logiques familiales pèsent ici dans le sens d’un rapport stratégique à la migration qui conduit à construire, non pas une double vie, mais une vie entre deux territoires, l’un défini par le lieu de travail, l’autre par l’appartenance familiale ou par un ancrage résidentiel.
Refuser un déménagement et prendre l’option du licenciement est évidemment un choix contraint qui comporte la menace du chômage, voire de la précarité professionnelle et économique pour ceux dont la recherche d’emploi est la plus difficile. Si l’ancrage permet la protection du projet familial et résidentiel (attachement au logement, aux relations familiales ou à la région), cette option n’est pas sans conséquence. Une partie des licenciés peut s’investir dans un « ancrage de projets » dans lequel ils tentent de construire une immobilité viable par la formulation d’un projet professionnel de reconversion ou par une recherche d’emploi active et relativement soumise aux contraintes du marché. Mais des contradictions entre les logiques familiales et les logiques d’ordre professionnel suscitent souvent un « ancrage d’affiliation familiale » dans lequel la recherche d’emploi est subie, précaire et entre parfois en conflit avec le mode de vie et l’organisation du ménage. Les risques de cette situation d’ancrage-licenciement sont tels qu’ils suscitent nombre de situations intermédiaires, entre le type de l’« ancrage de projets » et de celui de l’« affiliation familiale », que nous avons identifiées dans notre corpus d’entretiens.
Ces résultats permettent de prendre toute la mesure des choix résidentiels et professionnels qui s’imposent aujourd’hui aux ménages et ainsi de réfléchir à leur prise en compte par l’action publique.
De manière générale, la progression de l’éclatement des lieux de travail et de résidence donne aux questions de migration (et de mobilité quotidienne) une place centrale dans la relation à l’emploi [12]. Or, l’articulation entre l’habitat et l’emploi n’est plus aujourd’hui planifiée par les entreprises ou par l’État. Pourtant les contextes de restructurations et de délocalisations d’entreprises et leurs effets sur les territoires, a fortiori sur des territoires non métropolitains dans lesquels les possibilités de reconversions locales sont plus limitées, questionnent crûment les capacités de mobilités résidentielles et de mobilités domicile-travail des salariés. Ces phénomènes entrent en contradiction avec l’accession à la propriété et la stabilité résidentielle des ménages et défient la recherche de formes d’urbanisation assurant un meilleur équilibre habitat-emploi. On constate néanmoins, sur ce sujet, un renouveau de l’action publique autour d’un « principe d’égalité des opportunité » (Gérard-Varet et Mougeot, 2001, p. 73). Face aux restructurations d’entreprises et à l’évolution de leur répartition sur le territoire, la politique d’aménagement du territoire et la politique de l’emploi tentent aujourd’hui d’inciter à la mobilité des hommes. On peut notamment citer la mesure, annoncée au début du mois de septembre 2005, visant à favoriser la mobilité géographique au cours de la recherche d’emploi. Les chômeurs et titulaires de minima sociaux qui prendront un emploi à plus de 150 kilomètres de chez eux bénéficient d’un crédit d’impôt de 1 500 euros et les non imposables d’un chèque d’un montant identique. Les propriétaires d’un logement, contraints de déménager pour suivre ou retrouver un emploi, bénéficient également d’allégements d’impôt sous la forme d’un abattement sur les revenus locatifs dans le cas où ils loueraient leur ancienne résidence principale. L’objectif affiché est d’alléger les frais de déménagement ou de double résidence.
Nos résultats de recherche invitent à considérer les dimensions territoriales du chômage sous l’angle des mobilités et de leurs multiples déterminants. Or, on peut craindre que les incitations financières à la mobilité couplées aux nouvelles sanctions appliquées aux demandeurs d’emploi en cas de refus d’offres d’emplois renforcent le caractère sélectif des migrations professionnelles si l’on omet de prendre en compte les dimensions non financières de la mobilité. En outre, organiser la fluidité du marché du travail nécessite une réflexion sur les marchés immobiliers, sur les coûts de la mobilité résidentielle et, plus largement, sur le rapport au logement et sur la « dépendance locale » des personnes à l’égard des réseaux sociaux et familiaux situés à proximité de leur lieu de résidence (Coutard, Dupuy et Fol, 2002). Si les ménages vivent leur situation sur le mode de l’ancrage local et non sur celui de l’assignation territoriale, n’est-il pas préférable de renforcer la reconversion des territoires et d’agir sur la localisation des entreprises ? À l’aune de ces constats statistiques et de notre enquête, le rapport entre trajectoires résidentielles et trajectoires professionnelles ne peut être considéré comme mécanique et doit prendre en compte les coûts sociaux et la dimension humaine qu’impliquent les formes de mobilité et de flexibilité de l’emploi.
 
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NOTES
 
[1]La mobilité résidentielle est entendue comme le changement de logement au cours d’une période donnée. Les termes de « mobilité résidentielle » et de « déménagement » sont donc synonymes.
[2]L’âge est la variable la plus discriminante en matière de mobilité résidentielle suivi par le statut d’occupation.
[3]Un ménage, au sens statistique, est défini comme l'ensemble des occupants d'une résidence principale, qu'ils aient ou non des liens de parenté. Un ménage peut ne comprendre qu'une seule personne.
[4]Seules des enquêtes longitudinales, telles que l'enquête « Biographie familiale, professionnelle et migratoire » dite « enquête Triple Biographie » de l’INED, permettent d’analyser les effets d’un événement sur un autre (Courgeau et Meron, 1995 ; Baccaïni, 1990).
[5]En 1996, seuls 46% des moins de trente ans contre 69% des plus de cinquante ans refusent le principe du déménagement.
[6]Statistiquement, les catégories ouvrières non qualifiées et d’employés refusent nettement plus d’être mobiles que les autres (respectivement 62% et 60%).
[7]Ainsi, les statuts de propriétaires et d’accédants à la propriété accentuent-ils le refus de déménager pour un emploi (respectivement 64% et 65%), contre 42% chez les locataires.
[8]Par exemple, le déménagement est davantage refusé par les chômeurs nés dans le département de résidence (57%), que par ceux qui sont nés dans un autre département ou à l’étranger (51%). 
[9]Cette enquête est composée de deux vagues d’entretiens semi-directifs réalisés à un an d’intervalle. Cinquante-neuf salariés (80% d’ouvriers et 20% de techniciens) ont ainsi été rencontrés au cours de l’été 2000 ; parmi ceux-ci, cinquante-six ont été à nouveau interviewés dix à douze mois plus tard. Un questionnaire postal a ensuite permis d’obtenir des informations sur quatre-vingt-dix-huit personnes supplémentaires (n = 154).
[10]Cette question de la double résidence est une problématique importante encore peu analysée faute de sources statistiques. Le développement de ces pratiques est motivé par une conjonction de facteurs sociaux, économiques et démographiques tels que les trajectoires professionnelles plus instables, les stratégies résidentielles des retraités ou celles des immigrés (Driant, Drosso et Vignal, 2005).
[11]Le plan social prévoyait : (i) une prime de licenciement pouvant atteindre 23 000 euros selon l’ancienneté ; (ii) pour les salariés mutés, des primes et remboursements de frais de mobilité s’élevant jusqu’à 16 770 euros avec le maximum d’ancienneté, auxquels s’ajoutaient 12 196 euros d’aide à l’accession à la propriété ou de remboursement de loyer sur deux ans ainsi que le remboursement des déplacements hebdomadaires pendant six mois si la famille restait sur place ; (iii) les salariés en période probatoire disposaient d’une chambre d’hôtel, de la restauration du soir et de frais de déplacements hebdomadaires remboursés. Ils bénéficiaient ensuite des mêmes indemnités selon qu’ils choisissaient de rester dans l’entreprise ou d’être licenciés.
[12]On sait par exemple que les évolutions des structures urbaines et des marchés du logement contraignent les ménages aux revenus modestes à résider plus fréquemment en périphérie ou en zone périurbaine. Ces catégories tendent, en particulier en Île-de-France, à s’éloigner des lieux d’emplois afin de réaliser leur accession à la propriété (Orfeuil, 2000a).
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