Horizons stratégiques
La Doc. française

I.S.B.N.sans
192 pages

p. 8 à 9
doi: en cours

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n° 3 2007/1

2007 Horizons stratégiques

Introduction

La recherche face aux défis de la veille sanitaire

Jean-François Girard Conseiller d’ÉtatPrésident de l’Institut de recherche pour le développement.ancien Directeur général de la santé
 
Introduction
 
 
La recherche face aux défis de la veille sanitaire
Le rapport de la mission d’évaluation et d’expertise de la veille sanitaire en France [1], remis au ministre de la Santé et des Solidarités en octobre 2006, à la préparation duquel le Centre d’analyse stratégique a été étroitement associé, a conduit à un ensemble d’éléments de diagnostic et de recommandations qui dépassent le champ de la veille sanitaire, dans la mesure où cette fonction est au centre des missions touchant à la santé publique. Par ce positionnement, les réflexions sur la veille sanitaire, au-delà de leurs aspects techniques, interpellent les responsables des politiques publiques tant au niveau de la définition des stratégies, en situation de crise ou non, que de l’organisation de l’action publique.
Le premier constat consiste à relever la lenteur avec laquelle la veille sanitaire s’est développée en France, reposant pendant longtemps sur la seule procédure de déclaration obligatoire de certaines maladies et devant attendre 1992, avec la création du Réseau national de santé publique (RNSP), pour bénéficier d’une structure, certes légère, mais autonome. Le RNSP, constitué à l’origine sous forme de groupement d’intérêt public, fut transformé en 1998 en un établissement public, l’Institut national de veille sanitaire. Dans le même temps, sous la pression d’une série de crises sanitaires aux fortes conséquences économiques, plusieurs agences de sécurité sanitaire de produits furent créées d’emblée sous la forme d’établissement public et rapidement dotées de moyens à la mesure de l’urgence et de l’importance de leurs missions. Mais deux crises, la surmortalité liée à la canicule en 2003 et l’épidémie de chickungunya sur l’île de la Réunion en 2005-2006, sans conséquences économiques directes, ont illustré de façon éclatante l’importance du dispositif de veille sanitaire à côté des agences de sécurité sanitaire de produits et ont conduit à plaider pour leur renforcement.
L’analyse conduite à l’occasion de ce rapport a mis en évidence l’indispensable distinction entre la veille sanitaire qui relève de l’autorité publique, ici le ministère de la Santé et des Solidarités, et contribue à la prise de décisions d’ordre public, et la veille scientifique, mission générale dans laquelle les chercheurs et les établissements auxquels ils sont rattachés, sont tout particulièrement impliqués. Mais au-delà de la veille scientifique, la recherche en santé publique, encore débutante en France, doit être renforcée. C’est un objectif que doivent relever les organismes de recherche, en particulier l’INSERM, l’INRA, l’IRD et les universités. À cet égard, il faut saluer la création presque concomitante de l’École des hautes études en santé publique, de l’Institut de recherche en santé publique et d’un département de recherche en santé publique à l’INSERM. Sous réserve qu’ils atteignent rapidement une vitesse de croisière, tous les acteurs sont en place. Restera alors, et ce n’est pas le moindre des défis, à articuler l’activité de recherche avec la fonction de veille sanitaire. Il s’agira notamment de respecter les champs propres à la recherche et à la veille sanitaire : la recherche doit répondre aux questions posées par la veille sanitaire et en améliorer les méthodologies, tandis que la veille sanitaire doit contribuer, comme tous les acteurs de la Santé publique, à définir les questions dont la recherche doit s’emparer.
Les dernières années ont montré que les maladies infectieuses continuent, conformément à la prophétie de Charles Nicolle, d’occuper une place importante pour les responsables de la veille sanitaire, y compris dans les pays à développement avancé. La survenue de nouvelles maladies, dites émergentes, qui se succèdent à un rythme croissant, représente à chaque fois un défi pour la recherche, pour la veille sanitaire et plus généralement pour les politiques publiques. La maladie de la vache folle, l’épidémie de maladies pulmonaires (SRAS), la grippe aviaire, sans parler du Sida qu’il est difficile de classer dans les maladies émergentes 25 ans après son apparition, ne se résument pas à un problème de santé publique. Par le défi à la connaissance, par les peurs engendrées, par les conséquences économiques et par les adaptations sociales qu’elles impliquent, les maladies émergentes appellent une réponse qui associe le scientifique, la technique, l’éthique et le politique, le tout avec des pas de temps allant de quelques jours à plusieurs années.
Le développement de la recherche en santé publique, en soutien de la veille sanitaire en particulier, suppose trois conditions qui, à la suite du rapport, ont trouvé un début de réponse :
  • le développement d’une stratégie de recherche au service de la veille sanitaire (cf. la demande du ministre de la Santé et des Solidarités au Directeur général de la santé de mettre en place une structure de stratégie sanitaire) ;
  • le besoin de financement de la recherche en santé publique, qui a conduit à la création, avec le soutien de la Caisse nationale d’assurance maladie, d’un fonds de recherche en santé publique, dont l’Institut de recherche en santé publique devra assurer le pilotage ;
  • la possibilité de mutualiser les fonctions supports entre les agences sanitaires, qui fait partie des thèmes de la dernière vague d’audits de modernisation.
Dans la continuité de la mission qu’il nous a été donné de conduire, un séminaire sur la gestion publique des maladies infectieuses émergentes se déroulera au Centre d’analyse stratégique au premier semestre 2007, aux fins de traiter des principaux défis posés par ces maladies et de consolider la mise en œuvre des politiques publiques. 
 
NOTES
 
[(1)]Ministère de la Santé et des Solidarités, Jean-François Girard, Françoise Lalande, Louis-Rachid Salmi, Stéphane Le Bouler et Laetitia Delannoy (2006), Rapport de la mission d’expertise et d’évaluation de la veille sanitaire en France, octobre,http:// www. sante. gouv. fr/ www. sante. gouv. fr .
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