2007
Horizons stratégiques
Entre autonomie et insertion.
Les grands dispositifs de la politique de la jeunesse et de la famille en Allemagne
Monika Salzbrunn
Docteur en sociologie et en anthropologie, Monika Salzbrunn est chargée de recherche au Centre de recherches interdisciplinaires sur l’Allemagne de l’EHESS Paris et à l’Institute for World Society Studies de l’université de Bielefeld. Elle est également conseillère scientifique au Département Questions sociales du Centre d’analyse stratégique. Ses travaux portent sur les politiques françaises et allemandes de la famille ainsi que sur les migrations internationales.
Les débats politiques actuels en Allemagne autour de la jeunesse sont marqués par deux problèmes majeurs : un taux de chômage élevé qui indique les limites du système d’apprentissage et un faible taux de natalité qui appelle à une réorientation profonde des politiques familiales. Ces deux problèmes sont analysés à partir d’éléments historiques et factuels. Dans le domaine de l’emploi, il est difficile de déceler une politique spécifique destinée exclusivement à la jeunesse en Allemagne, car toutes les mesures ont pour objectif de permettre aux personnes en difficultés d’obtenir un diplôme scolaire et/ou une formation professionnelle. En revanche, les jeunes d’origine étrangère sont moins qualifiés et rencontrent des difficultés d’insertion sur le marché de travail, ce qui a poussé le gouvernement à développer un grand nombre de mesures spécifiques. D’un autre côté, l’Allemagne présente un très faible niveau de diplômés de l’enseignement supérieur. Ce groupe est presque épargné par les problèmes de chômage. Face aux graves problèmes démographiques qui s’annoncent, l’Allemagne repense les politiques publiques en faveur de la famille, de la jeunesse et de la solidarité entre les générations. Les nouvelles mesures proposées par la ministre de la Famille (une allocation pour les parents d’enfants ayant entre 12 et 14 mois, et la création d’ici à 2013 de nouvelles places en crèche permettant de garder un tiers des enfants) se heurtent à des méfiances anciennes vis-à-vis de l’État. Finalement, les rapports entre les générations sont repensés par la création de lieux de vie communs qui sont un moyen de faire face à la modification des structures familiales et au surnombre de personnes âgées. Dans une première partie, les nouvelles mesures d’orientation destinées aux jeunes en difficulté sont analysées dans le contexte du marché de travail. La seconde partie est consacrée à une analyse des nouveaux dispositifs des politiques familiales.
Au-delà des enfants : les politiques publiques face à une démographie alarmante et aux problèmes d’insertion des jeunes
[1]
Les débats politiques actuels en Allemagne autour de la jeunesse sont marqués par deux problèmes majeurs : un taux de chômage élevé (15,54% chez les jeunes de 15 à 24 ans
[2]) qui indique les limites du système d’apprentissage, et un faible taux de natalité
[3] (entre 1,3 et 1,4 enfant par mère) qui appelle à une réorientation profonde des politiques familiales, inaugurée par une nouvelle allocation pour les parents, l’
Elterngeld. Dans le domaine de l’emploi, il est difficile de déceler une politique spécifique destinée exclusivement à la jeunesse en Allemagne, car toutes les mesures ont pour objectif de permettre aux personnes en difficultés d’obtenir un diplôme scolaire et/ou une formation professionnelle. Cette dernière est toujours très bien considérée en Allemagne (malgré un certain essoufflement récent), ce qui explique que même les bons élèves font souvent le choix d’obtenir d’abord un diplôme professionnel avant d’envisager des études supérieures. La considération de la formation professionnelle comme « valeur sûre » explique en partie le faible pourcentage de bacheliers et de diplômés de l’enseignement supérieur : l’Allemagne a été récemment critiquée par l’OCDE pour son faible pourcentage de diplômés de l’université, à savoir 20,6%, la moyenne au sein des pays de l’OCDE étant 34,8%
[4]. Ce groupe est presque épargné par les problèmes de chômage : seulement 3,8% d’entre eux étaient en recherche d’emploi en 2006
[5].
En revanche, les jeunes d’origine étrangère sont moins qualifiés et rencontrent des difficultés d’insertion sur le marché de travail : seulement 8,2% parmi eux obtiennent le baccalauréat (contre 24,1% en moyenne). Face à ce constat, le gouvernement a développé un grand nombre de mesures spécifiques pour les personnes qui échouent malgré ces dispositifs d’insertion. Parmi elles se trouvent surtout des jeunes immigrés d’origine turque ainsi que des Aussiedler (descendants d’Allemands revenus des pays de l’ancienne Union Soviétique après la chute du Mur). Ils rencontrent des problèmes d’insertion qui sont surtout liés à leur faible connaissance de la langue allemande. Ceci est dû à un manque de pratique de l’allemand dans la vie quotidienne, lié au faible nombre de structures collectives (notamment le nombre réduit de crèches et de structures de garde pour les enfants sortant de l’école à midi). Bien que grandissant en Allemagne, ces enfants sont socialisés dans un espace familial turcophone ou russophone.
Les problèmes d’insertion et le faible taux de natalité s’expliquent alors par une chaîne d’obstacles qui trouve sa racine dans la quasi-absence de structures de garde, à commencer par celles concernées par la petite enfance : cette absence entraîne une obligation de choix entre vie de famille
[6] et vie professionnelle, imposée majoritairement aux femmes pour des raisons financières et « morales » : au sein de la plupart des couples, elles gagnent un salaire inférieur au père, ce qui conduit ce dernier à conserver son travail afin de nourrir la famille. Les raisons « morales » de vouloir conserver une répartition des rôles entre une mère présente au foyer pendant les premières années de l’enfant et un père qui gagne le salaire du foyer sont actuellement défendues par l’aile droite de la CDU, parti chrétien-démocrate, ainsi que par l’évêque d’Augsburg Walter Mixa qui, quoique minoritaire au sein de l’Église catholique, prend une large place au sein des médias en dénonçant les projets de la nouvelle ministre de la Famille, Ursula von der Leyen. Cette dernière souhaite offrir aux parents un vrai choix de reprendre le travail en triplant le nombre de crèches d’ici 2013. Le passage de 250 000 à 750 000 places permettrait de garder un tiers des enfants de 2 à 3 ans, ce qui amènerait l’Allemagne à la moyenne des pays européens. De plus, la ministre vient d’instaurer l’
Elterngeld, une allocation destinée aux parents pendant les 12 à 14 premiers mois de leur enfant. Une première véritable révolution culturelle a été déclenchée par le fait que cette allocation, plafonnée à 1 800 euros et représentant les deux tiers du dernier salaire net, est versée pendant 14 mois si le deuxième parent, qui est dans la plupart des cas le père, consacre au moins deux mois à l’éducation de son enfant.
Face aux graves problèmes démographiques qui s’annoncent, l’Allemagne repense alors les politiques publiques en faveur de la famille, de la jeunesse et de la solidarité entre les générations. Pour autant, les nouvelles mesures proposées par le gouvernement se heurtent à des méfiances anciennes vis-à-vis de l’État qui ne disparaissent que lentement.
« Modèle familial des années 1950 » ou du « XXIe siècle » : l’image de la mère allemande dans le débat actuel
Le débat sur la conciliation de la vie professionnelle avec la vie familiale a été relancé par une interview qu’Ursula von der Leyen a accordée le 9 février 2007 à la
Süddeutsche Zeitung. La ministre de la Famille a longuement évoqué l’exemple français, notamment les bonnes structures de garde pour les enfants ayant moins de 3 ans. Elle rappelle également que la relation entre l’enfant et la mère doit être de qualité, rejetant les « mères frustrées au foyer qui mettent leurs enfants devant la télé pour les empiffrer de sucreries »
[7]. La proposition du triplement des places en crèche, bien qu’elle ne revendique pas d’infrastructures pour la totalité des enfants en bas âge, a été violemment attaquée par l’aile droite du propre parti de la ministre (CDU) ainsi que par l’évêque d’Augsburg Walter Mixa : ce dernier lui a reproché de vouloir dégrader les femmes en « machines à pondre » (
Gebährmaschinen) qui ne s’occuperaient plus de leurs enfants au profit de leur carrière. Les défenseurs d’une réforme traitent le modèle promu par l’évêque de « résidu des années 1950 », et souhaitent reléguer la « femme au foyer » à une époque révolue. Le reproche de manquer de respect aux femmes restant au foyer a aussitôt été avancé et repris par la presse et par quelques membres de la CDU. L’image du
Lebensborn et des organisations de jeunesse nazies ainsi que le rappel de l’endoctrination en vigueur dans certaines crèches de l’ex-Allemagne de l’Est (notamment des éléments d’une éducation paramilitaire à l’école maternelle) sont d’autres arguments avancés par les adversaires des structures collectives. Ce type d’argumentation traduit la profonde méfiance vis-à-vis de « l’intrusion de l’État dans l’éducation », citée dans de nombreux courriers de lecteurs des grands hebdomadaires. D’un autre côté, le fait que ces propositions viennent du parti chrétien-démocrate traduit un changement profond des mentalités au sein des écoles de pensée conservatrices. La forte interpellation de l’opinion publique et le changement de l’opinion majoritaire en faveur de l’extension de l’offre de garde et de la conciliation de la vie professionnelle avec la vie familiale, sont en partie le résultat d’une prise de conscience de la catastrophe démographique qui s’annonce. Cet échange a alors suscité un grand débat de fond sur le rôle de la mère, les besoins de l’enfant et les raisons d’un taux de natalité dangereusement bas. Les unes des journaux et les débats politiques à la télévision ont consacré leurs réflexions sur ce sujet pendant plusieurs semaines. La chancelière Angela Merkel a soutenu la politique de sa ministre, sans pour autant apporter des éléments de précision concernant la répartition du coût de la mise en place de crèches supplémentaires. Lors d’un sommet du 3 avril, organisé autour de la question des crèches (
Krippengipfel), l’objectif d’assurer une place en crèche à un tiers des enfants d’ici l’an 2013 a été fixé, mais la décision concernant le partage du financement entre le Bund (l’État fédéral), les Länder (les régions) et les communes, a été reportée au débat général sur le budget programmé pour cet été. Le coût de cette mesure est estimé à 3 milliards d’euros. Le « tournant de l’histoire de la politique familiale en Allemagne », envisagé par Anne Salles dans un récent article
[8], semble enfin trouver une expression concrète et matérielle, bien que l’offre de garde annoncée par la ministre de la Famille ne fasse que ramener l’Allemagne dans la moyenne des pays européens. Dernièrement, les rapports entre les générations ont été repensés sur un nouveau mode : la création de lieux de vie communs est peut-être un moyen de faire face à la modification des structures familiales et au surnombre de personnes âgées.
Dans une première partie, les nouvelles mesures d’orientation destinées aux jeunes en difficulté, notamment celles visant à réduire les inégalités liées au milieu social et aux origines, dont souffrent les jeunes adultes actuellement (cf. OCDE, 2004), sont analysées dans le contexte du marché de travail. La seconde partie est consacrée à une présentation des nouveaux dispositifs des politiques familiales, accompagnée d’une analyse de leur efficacité.
Mesures d’accompagnement pour les jeunes
Des relations au marché du travail contrastées, des groupes en grande difficulté : les limites du système dual
La bonne considération d’un métier d’artisan ou d’un métier dans le secteur des services, appris sans études universitaires, ainsi que la rémunération évaluée en grande partie selon l’expérience professionnelle, ont pendant longtemps été les clés du succès du système d’apprentissage allemand. La forte valorisation des parcours d’études associant travail en entreprise et études théoriques
[9] rend moins heurtée la transition entre études et emploi. De plus, en l’absence d’une hiérarchie binaire des diplômes obtenus, l’appréhension initiale est réduite pour ceux qui ne seraient pas titulaires de diplômes prestigieux. En revanche, en France comme en Allemagne, une frange non négligeable de la jeunesse se trouve confrontée à des difficultés
a priori inextricables. Les jeunes sortis du système scolaire sans qualification en France et les jeunes Allemands ne trouvant pas de place en apprentissage
[10] se voient en effet en partie durablement exclus du marché du travail.
Les difficultés d’insertion concernent principalement les jeunes qui n’arrivent pas à entrer dans le système dual, soit parce qu’ils n’ont pas trouvé de place en apprentissage (
Ausbildungsplatz) soit parce qu’ils n’ont pas obtenu de diplôme du secondaire. Deux types de facteurs contribuent à une telle situation. En premier lieu, l’offre de places peut ne pas correspondre au choix effectué par l’élève, pour des raisons conjoncturelles (l’apprentissage durant entre 2 et 3 ans, il n’est pas évident que le choix initial corresponde à tout moment aux besoins du marché du travail) ou structurelles (il existe ainsi une offre trop importante de places dans les secteurs artisanaux, et un manque symétrique dans le secteur des services pourtant plus porteur). En deuxième lieu, les entreprises allemandes considèrent que les jeunes candidats à l’apprentissage ne disposent pas toujours d’un niveau de formation initiale suffisant pour pouvoir travailler efficacement en leur sein. Dans l’ensemble, les groupes en grande difficulté sont majoritairement composés de jeunes n’ayant pas trouvé de place dans l’apprentissage, ou n’ayant pas réussi leurs études secondaires (Hauptschulabschluss ou
Realschulabschluss, comparable au Brevet des collèges français). Il s’avère que 17,5% des élèves d’origine étrangère inscrits en 2004/2005 sortaient du système scolaire sans diplôme ni place d’apprentissage pour une moyenne globale de 8,2%
[11]. Les problèmes majeurs pour les jeunes en difficulté en Allemagne sont donc la réussite de leurs études secondaires et l’obtention d’une place pour l’apprentissage, puis la réussite de leur diplôme professionnel à l’issue de l’apprentissage. Nous revenons d’abord sur le système d’apprentissage et plus généralement sur le système scolaire allemand afin de comprendre les failles liées à son organisation, et les réflexions actuelles sur une amélioration des dispositifs.
Réduire les inégalités fondées sur l’origine et le genre
Notamment face aux enjeux de l’intégration des jeunes issus de l’immigration, le système allemand présente des failles que met bien en exergue l’étude PISA
[12]. La majorité des élèves est orientée dès l’âge de 10 ans, à l’issue des quatre ans d’enseignement primaire, sur une des trois écoles suivantes : la
Hauptschule, la
Realschule ou le
Gymnasium. Seuls les élèves du
Gymnasium obtiennent le baccalauréat
[13]. Cette sélection prématurée explique selon l’étude PISA les problèmes de mobilité sociale ainsi que la sous-représentation des élèves d’origine étrangère au
Gymnasium (8,2% contre 24,1% en moyenne). Les élèves défavorisés sont regroupés majoritairement dans les
Hauptschulen
[14]. Parmi les élèves d’origine étrangère, le pourcentage des éléments qui quittent le système scolaire sans diplôme est également particulièrement élevé : 17,5%, la moyenne étant 8,2% et le pourcentage concernant les Allemands de 7,2%. Les inégalités sociales et linguistiques sont également renforcées par le fait que la plupart des cours se terminent vers 14 heures, ce qui laisse les écoliers soit aux mains des quelques structures de garde existantes (les
Horte), mais insuffisantes, soit au parent resté au foyer, soit à l’abandon.
Suite à cette étude, des réformes profondes sont en cours : augmentation du nombre de places dans les Horte, prolongation des cours jusqu’à 16 heures, instauration des Ganztagsschulen (écoles qui comprennent une cantine et ne ferment que le soir), mesures de soutien aux jeunes d’origine étrangère (jeunes d’origine turque mais aussi Aussiedler). La nouvelle politique familiale qui prévoit une forte augmentation des structures de garde vise également à réduire les inégalités fondées sur l’origine, en offrant des lieux de sociabilité dans lesquels les enfants apprennent et pratiquent la langue allemande.
Dans les deux groupes, les filles réussissent mieux que les garçons et obtiennent des diplômes plus élevés. Les disparités liées à l’origine, au genre et à la région de résidence font l’objet d’analyses détaillées et mènent à la mise en Å“uvre d’un grand nombre de mesures. Certaines mesures sont réalisées au niveau fédéral, d’autres au niveau de la région ou de la commune. Cette diversification permet de mieux répondre aux problèmes spécifiques de chaque groupe, voire de chaque individu.
Entrer dans le circuit professionnel : les mesures d’orientation et d’insertion ciblées selon le public en difficulté
En Allemagne, la principale stratégie de réduction du taux de chômage des jeunes consiste en des initiatives destinées à leur trouver une place en apprentissage. Au niveau fédéral, un Pacte national
[15] pour l’apprentissage, l’
Ausbildungspakt, a été conclu en 2004 entre l’État et les entreprises : ce pacte propose un programme spécifique de requalification (EQJ,
Einstiegsqualifizierung für Jugendliche) ou une place en apprentissage à chacun de ces jeunes. Les chambres de commerce et de l’industrie ont noté une augmentation de 4,7% de places en apprentissage, grâce à la reprise de la conjoncture allemande ainsi qu’aux efforts conclus par l’
Ausbildungspakt. Le programme EQJ a été mis en place le premier octobre 2004 et consiste en une formation préparatoire de 6 à 12 mois. Il est destiné aux jeunes qui ne trouvent pas d’
Ausbildungsplatz, même après les
Nachvermittlungsaktionen (mesures de médiation conduites sous les auspices de l’agence pour l’emploi entre entreprises et jeunes, et destinées à pourvoir les dernières places en apprentissage après la rentrée). Dans les différentes mesures d’
Einstiegsqualifizierung für Jugendliche (EQJ) existent 40 000 places réparties sur l’ensemble du territoire allemand, ce qui permet à tous les jeunes n’ayant pas trouvé de place en apprentissage de choisir un programme préparatoire ciblé selon leurs besoins. Grâce à ces programmes de qualification, 28% des 49 500 jeunes sans
Ausbildungsplatz au 30 septembre 2006, (soit 6 000 jeunes) ont trouvé deux mois plus tard soit une place en apprentissage, soit une place dans un des nombreux programmes de qualification destinés à parfaire leur éligibilité à une formation. Cependant, ces mesures ne garantissent pas l’obtention d’une place en apprentissage à l’issue de la formation et risquent de servir seulement de « parking » aux jeunes sans emploi. Le risque est dès lors de voir ces populations enfermées dans des circuits publics de réinsertion sociale stigmatisants. Selon une étude sur l’impact des programmes de qualification (EQJ), 56,6% des jeunes commencent une
Ausbildung à l’issue de leur programme de qualification. Si l’on y ajoute les jeunes poursuivant leurs études sans lien avec une entreprise, on atteint le score de 65,6% de jeunes qui se trouvent dans un circuit de formation ordinaire (et non spécifiquement dédié aux jeunes et/ou aux populations à problèmes). Selon une étude
[16] qui a accompagné le programme EQJ, le diplôme scolaire, le sexe, la région de résidence et la filière choisie sont des facteurs qui influent sur le succès de l’intégration professionnelle, mais non l’âge. Les programmes d’orientation ont été développés en connaissance de ces disparités et de l’évolution du marché de travail, bien que certaines formations ne correspondent pas à la demande de l’industrie. Les enjeux en termes de politique publique en faveur de la jeunesse se posent dès lors de manière renouvelée.
Comme le nombre de jeunes hommes d’origine turque parmi les jeunes en difficulté est particulièrement élevé, le gouvernement fédéral, les gouvernements régionaux ainsi que les communes
[17] ont développé des mesures
[18] destinées à aider des groupes spécifiques
[19], surreprésentés parmi les perdants du système, à trouver une place en apprentissage. Néanmoins, la stratégie d’orienter les jeunes adultes vers le système d’apprentissage n’est pas une garantie contre le chômage. Le manque de places en apprentissage dans le secteur des services, conjugué au surcroît de places dans les métiers de l’artisanat présentant de moins bonnes perspectives, déplace le problème d’insertion professionnelle à un stade ultérieur : une fois formée au bout de deux ou trois années d’apprentissage, une partie des jeunes ayant choisi des métiers soumis à une conjoncture défavorable ne trouve pas d’emploi et est contrainte à se réorienter.
Une prise de conscience tardive mais conséquente : l’exemple du Bade-Wurtemberg
Suite à la prise de conscience pour les inégalités fondées sur l’origine, un certain nombre de mesures ont été mises en place. Selon une étude qui a accompagné les programmes de soutien dans la région du Bade-Wurtemberg
[20], trois problèmes majeurs expliquent le taux de chômage élevé chez certains jeunes : 1/ maîtrise insuffisante de la langue allemande ; 2/ manque de connaissance de l’offre de formations et faible orientation vers le système dual, lié entre autres à l’absence de modèles au sein de la famille ; 3/ problèmes juridiques liés au statut de résident, par exemple impossibilité d’entreprendre un apprentissage pour les personnes qui sont seulement « tolérées » (
geduldet) sur le territoire allemand. On constate également que tous les jeunes ne parviennent pas à s’intégrer sur le marché du travail malgré les nombreuses mesures d’orientation et de requalification. Dans le Land du Bade-Wurtemberg, 30% des jeunes apprentis d’origine étrangère sont sortis du système d’apprentissage sans avoir obtenu leur diplôme final.
Suite à ce constat, les mesures suivantes ont été envisagées : amélioration de l’offre de soutien scolaire pour les jeunes issus de l’immigration ; renforcement des cours d’allemand dans les écoles qui reçoivent des groupes à problèmes, notamment les Hauptschulen et les Sonderschulen ; soutien linguistique aux enfants d’origine étrangère dès la petite enfance dans les crèches, les écoles maternelles et les écoles primaires ; mise en cause de la sélection prématurée des enfants dès l’âge de 10 ans et remise en question de l’homogénéité du niveau d’apprentissage dans les classes ; mise en place de mesures de soutien scolaire individualisées ; amélioration de l’information sur l’offre de formations ; renforcement des coopérations entre les écoles et les agences pour l’emploi ; mise en place de cours d’intégration pour les jeunes immigrés en âge de commencer une formation ; individualisation des mesures d’orientation dans les agences pour l’emploi ; renforcement des mesures de rattrapage pour les jeunes n’ayant pas une qualification suffisante pour trouver une place en apprentissage ; renforcement de la coopération de tous les acteurs impliqués dans les politiques publiques concernant les politiques de la jeunesse. Ces derniers prendront des initiatives spécifiques dédiées aux élèves d’origine étrangère : mesures d’orientation spécifiques, recherche d’entreprises acceptant de former des apprentis d’origine étrangère, etc. En dernier lieu, un recours à des lieux de formation en dehors de l’entreprise est envisagé, le but final étant toujours d’orienter les jeunes vers le marché de travail, donc vers une entreprise qui forme l’apprenti, et qui serait susceptible de l’employer à l’issue de cette formation. Cet exemple du Bade-Wurtemberg confirme la tendance générale de la politique en faveur des jeunes : l’objectif des mesures ciblées reste toujours l’orientation des élèves vers le marché commun du travail. Le succès de ces mesures reste encore à démontrer, mais on peut dès lors constater que la prise de conscience pour ces problèmes spécifiques a fortement contribué à déclencher la mise en place de programmes ciblés et d’orientations individualisées, nettement plus efficaces que les mesures générales qui ne tenaient pas compte des besoins spécifiques d’un public particulier.
Réduire les inégalités fondées sur l’origine parmi les élèves particulièrement doués : l’exemple de la Rhénanie du Nord-Westphalie
Le gouvernement de Rhénanie du Nord-Westphalie et la fondation privée Hertie ont développé un système de bourses pour les enfants d’immigrés particulièrement doués et engagés dans la société, afin de réduire les inégalités de chances fondées sur l’origine. Cette initiative relève d’une prise de conscience d’inégalités qui n’existent pas seulement au niveau des classes défavorisées, mais aussi au sein de la classe moyenne. La bourse mensuelle de 100 euros est complétée par un équipement complet en informatique (ordinateur portable, scanner, imprimante) et surtout par de nombreux stages, séminaires (dont un entraînement aux modalités de sélection pratiquées par les entreprises comme l’Assessment Center) et rencontres qui offrent un réseau important de relations.
Vers une individualisation des mesures d’orientation
Pendant longtemps, la politique en faveur des jeunes a été marquée par des mesures d’orientations collectives, par exemple des stages professionnels ou des réunions d’information à l’agence pour l’emploi destinées aux élèves de l’enseignement secondaire. Ces mesures ne rencontrent qu’un succès mitigé, car elles ne tiennent pas suffisamment compte des besoins individuels des élèves. Au lieu de convoquer toute une classe à une réunion d’information, des séances de conseil individuelles sont désormais encouragées. L’objectif de ce coaching est de permettre aux élèves de se rendre compte de leurs compétences et leurs champs d’intérêts, la majorité d’entre eux étant perdue à cause d’une offre de formation abondante. Comme le monopole de l’État en matière de conseil pour l’emploi a été brisé, un grand nombre de fournisseurs privés inonde le marché. Compte tenu des difficultés de faire des prévisions fiables concernant les besoins de main-d’Å“uvre, le nouveau credo des conseillers est celui de l’orientation individuelle, centrée sur le sujet, et non pas sur les structures ou l’offre du marché de l’emploi. Derrière cette tendance se cache une idéologie donnant à chacun l’illusion de pouvoir tout réussir. Ce type d’orientation convient aux élèves doués, ayant reçu de bonnes bases pendant leur éducation et ayant les moyens intellectuels de s’épanouir dans le domaine de leur choix. En revanche, le succès auprès des jeunes qui font partie des groupes à problèmes, notamment ceux qui n’ont pas obtenu de diplôme scolaire, reste à déterminer, car leurs perspectives sont très limitées.
Le taux de chômage est inversement proportionnel au niveau du diplôme
Le dernier recensement global, daté de 1999, montre une tendance sur le marché de l’emploi allemand qui est confirmée par le rapport de l’OCDE en 2006
Education at a Glance : le taux de chômage est inversement proportionnel au niveau de diplôme. Parmi les titulaires d’un diplôme professionnel de base (obtenu au terme d’un apprentissage), le taux de chômage était de 10%. Parmi les titulaires d’un diplôme de technicien, de maître (permettant de créer une entreprise d’artisanat et de former des apprentis), le taux de chômage s’élevait à 6%. Le taux de chômage des diplômés de l’enseignement supérieur (université et écoles comparables aux IUT français) s’élevait à 5% en 1999. Concernant ces diplômés de l’enseignement supérieur en Allemagne, l’OCDE critique leur faible pourcentage en comparaison avec le taux d’autres pays : malgré une hausse du taux des diplômés de l’enseignement supérieur dans une classe d’âge de 19,3% en 2000 à 20,6% en 2004, l’Allemagne se trouve loin derrière la moyenne des pays de l’OCDE (34,8%)
[21]. À ce niveau de formation, l’Allemagne manque de diplômés, en particulier dans le secteur de l’ingénierie. Ce manque explique entre autres le faible taux de chômage des jeunes diplômés : 3,8% en 2006
[22]. Néanmoins, ce faible taux de chômage est à différencier selon la filière d’études, car la reprise de l’économie a eu un impact différent selon le secteur d’activité : entre janvier et août 2006, les offres d’emploi pour les ingénieurs ont augmenté de 38% (par rapport à la même période en 2005)
[23]. Le secteur de l’informatique a bénéficié d’une augmentation de 150% des offres d’emploi, l’économie de 60% et le secteur du bâtiment de 49%. Parmi toutes les offres d’emploi (destinées aux diplômés de l’enseignement supérieur), un tiers s’adressaient à des ingénieurs constructeurs de machines. Les diplômés en sciences humaines et sociales bénéficient d’une demande exponentielle dans le domaine du
consulting : selon une enquête du
Hochschulanzeiger
[24] en 2007, parmi les dix plus grands cabinets de
consulting, huit cherchent explicitement des candidats diplômés en sciences humaines, et les plus grands cabinets déclarent ne pas recevoir suffisamment de candidats aux postes publiés. Contrairement à la France, où le chômage des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur est l’un des plus élevés en Europe, l’Allemagne n’attire pas suffisamment d’étudiants vers l’Université. Cette tendance risque de s’aggraver avec la récente instauration de frais de scolarité pouvant atteindre jusqu’à 500 euros par semestre. Le gouvernement a alors développé des mesures spéciales comme le « Girl’s Day » afin d’attirer un nouveau public, en particulier les jeunes femmes, vers les formations scientifiques et techniques. Ces mesures ont pour but de pallier le manque de diplômés dans ce secteur, et de réduire les inégalités entre les hommes et les femmes. L’instauration du système Licence-Master-Doctorat sous forme de diplômes de B.A., M.A. et Doctorat suite au processus de Bologne a entraîné des réformes profondes au sein des universités allemandes. Il est trop tôt pour savoir si la possibilité d’obtenir un diplôme universitaire dès 3 ans (au lieu de cinq auparavant) attire davantage d’étudiants vers les universités allemandes. Le marché du travail a jusqu’alors bien absorbé les diplômés des
Fachhochschulen, réputées pour leurs filières appliquées et courtes (trois ans). En revanche, il reste à déterminer si la formation universitaire de base, aussi courte, peut trouver un écho sur le marché de travail.
Citoyens précoces et étudiants de la seconde chance
Finalement, la grande tendance générale des mesures d’orientation est d’insérer les jeunes le plus tôt possible dans une voie d’orientation ouverte à tous (en évitant de créer des mesures réservées aux jeunes). Les jeunes deviennent ainsi rapidement adultes grâce à un diplôme scolaire, universitaire et/ou une formation professionnelle. L’objectif de faire entrer les jeunes à l’âge adulte le plus tôt possible se traduit aussi par de nombreuses mesures liées à la participation politique, notamment par un droit de vote dès 16 ans dans certaines élections municipales.
Réciproquement, le statut d’étudiant ou d’élève n’est pas réservé à la jeunesse ou à un âge particulier, car de nombreuses passerelles permettent d’obtenir un diplôme scolaire comme le baccalauréat après une formation professionnelle
[26], ou de reprendre des études après une période d’activité professionnelle. Ces dispositifs de seconde chance permettent alors de surmonter ultérieurement les obstacles qu’engendre la sélection précoce pour les élèves qui se retrouvent en bas de la hiérarchie scolaire. La condition pour suivre cette logique de formation à vie reste toutefois d’avoir réussi à entrer dans le circuit professionnel par un apprentissage réussi ou un premier diplôme de l’enseignement supérieur. Dans le domaine de la formation, on peut alors parler d’une politique sans âge.
Vers une politique sans âge ?
Plusieurs mesures témoignent de la conscience du gouvernement actuel pour les risques liés au déséquilibre croissant entre les générations. Afin de rompre l’isolement des générations et d’éviter une « guerre » entre elles
[27], les
Mehrgenerationenhäuser (Maisons à plusieurs générations)
[28] ont été créées. Elles sont pensées comme « un modèle social de vie », servant de lieu de rencontre, d’échange, d’entraide. Une coopération avec les entreprises locales fait partie du concept, de même qu’avec les associations locales, les écoles, les bibliothèques, les agences pour l’emploi, etc. Ces maisons sont conçues comme des plateformes locales qui pallient le déficit de liens sociaux dû à l’éclatement géographique des familles et/ou à l’absence de liens familiaux. L’objectif du gouvernement est de créer 439
Mehrgenerationenhäuser d’ici 2010 sur l’ensemble du territoire.
Dans l’ensemble, les politiques publiques allemandes abordent les problèmes intergénérationnels sous l’angle démographique, développant des mesures globales liées au déséquilibre qui s’annonce au niveau économique et social
[29]. Cette prise de conscience pour la nécessité de prendre en compte les nouveaux rapports entre les générations symbolise un changement fondamental des politiques allemandes. Plus qu’un changement, une véritable révolution concernant les valeurs et le rôle des femmes et des hommes dans l’éducation des enfants, ainsi qu’une profonde modification de l’équilibre entre le domaine privé et le domaine public, sont en train de se produire en Allemagne. Nous avons vu que l’insertion des jeunes en difficulté passe avant tout par une bonne pratique de la langue allemande qui, elle, est la meilleure base de réussite d’un diplôme scolaire. Cet exercice linguistique est possible dans les lieux de sociabilité, notamment dans les crèches et les structures de garde. Avant d’entrer dans le débat actuel qui vise à renforcer ces structures collectives gérées par l’État, nous présentons les principaux dispositifs publics en faveur des enfants et des parents.
Analyse des nouveaux dispositifs des politiques familiales
L’action publique en faveur des jeunes passe par l’aide à la famille et l’aide directe aux jeunes
La France et l’Allemagne se caractérisent par un niveau élevé de dépenses affectées à la protection sociale : 30,2% du PIB allemand et 30,9% du PIB français y ont été consacrés en 2003. Toutefois, l’Allemagne y consacrait une part plus importante aux enfants et aux familles, les tendances étant à la hausse en Allemagne et à la baisse en France. Ainsi, l’Allemagne dépensait en 2003 0,4 point de PIB supplémentaire afin d’aider les familles. Cette tendance pourrait conduire à relativiser ce qui aujourd’hui apparaît comme une orientation plus autonomiste des politiques de la jeunesse en Allemagne. Les aides en faveur de la jeunesse peuvent en effet être catégorisées selon l’importance de la prise en compte des ressources familiales dans l’attribution de certaines allocations. Ainsi, les allocations familiales (ou le
Kindergeld allemand) et les diverses mesures fiscales prenant en compte la taille de la famille peuvent être considérées comme des politiques familialistes en faveur des jeunes en ce qu’elles incitent les familles à assumer financièrement leurs enfants jusqu’à des âges parfois importants. En France, le quotient familial intègre les enfants jusqu’à l’âge de 27 ans contre 14 ans en Allemagne. En revanche, les allocations familiales en France prennent fin dès que l’enfant atteint 20 ans, contre 18 ans en Allemagne sauf pour les enfants étudiants (27 ans) ou chômeurs (21 ans). Le montant du BAföG
[30] (principale bourse d’études en Allemagne) dépend dans la plupart des cas du revenu des parents, obligés de subvenir aux besoins de leurs enfants jusqu’au terme des études, dans la limite de leurs possibilités financières. Le BAföG, moitié allocation, moitié crédit à taux zéro, complète donc l’allocation que les parents sont censés verser. Par ailleurs, il existe un revenu minimum d’un montant fixé par les Länder et versé sans condition d’âge : la
Sozialhilfe.
À la croisée des chemins, les politiques française et allemande de la jeunesse s’inscrivent dans un cadre européen qui inciterait plutôt à favoriser l’autonomisation précoce des individus, y compris en renonçant à faire de l’âge un élément de différenciation des dispositifs publics visant à améliorer l’insertion professionnelle des individus. Cette autonomisation précoce des individus est freinée par des dispositifs politiques et financiers destinés aux parents plutôt qu’aux enfants ou adolescents.
Les nombreux dispositifs destinés aux parents ne pallient pas le manque de crèches
Le débat politique actuel en Allemagne se concentre sur le rôle de la famille, la répartition des rôles au sein de la famille, et surtout sur la répartition des tâches éducatives entre la famille et l’État. Par la suite, certains dispositifs au cÅ“ur du débat public sont d’abord présentés en détail. La politique de la jeunesse en Allemagne s’exprime de différentes manières : par un soutien à la famille sous forme d’allocations et de mesures fiscales ;
par un soutien direct aux jeunes, sous forme d’allocations mais aussi sous forme d’aides immatérielles.
Comme nous avons vu ci-dessus, ces aides peuvent s’adresser à un public général ou particulier, notamment aux jeunes qui n’ont pas trouvé de place pour effectuer un apprentissage. Il y a également des aides qui s’adressent aux jeunes particulièrement doués.
Les dispositifs financiers destinés à la famille sous forme d’allocations
[31]
Allocation pour l’enfant (Kindergeld), versée aux parents dès le premier enfant jusqu’au terme de leur formation initiale (fin de l’Ausbildung/apprentissage ou fin des études supérieures)
Les allocations familiales sont versées pour tous les enfants jusqu’à l’âge de 18 ans par principe, 21 ans pour les enfants sans activité professionnelle et 27 ans pour les jeunes en cours de formation. En règle générale, les allocations familiales sont servies par les caisses familiales des agences locales de l’emploi. Elles sont versées à la personne qui a la garde de l’enfant par le gouvernement fédéral et les Länder (à hauteur de 74% et 26% respectivement). Depuis 2002, chaque famille reçoit alors une allocation sans condition de ressources dès le premier enfant : 154 euros par enfant et par mois jusqu’à trois enfants, puis 179 euros par enfant et par mois à partir du quatrième. Ce montant élevé place l’Allemagne parmi les pays les plus généreux d’Europe envers les parents
[32]. En revanche, le versement direct des allocations aux parents trouve une continuité dans les propositions actuelles avancées par l’aile conservatrice de la CDU, à savoir le versement d’un forfait d’éducation aux parents qui leur permettrait soit d’employer une nourrice, soit de payer une place en crèche, soit de se rémunérer soi-même pour la garde des enfants. Cette proposition est minoritaire et concurrencée par celle du centre-gauche qui souhaite plutôt investir dans la création de structures de garde, cruellement manquantes en Allemagne de l’Ouest, mais aussi, dans une bien moindre mesure, dans les régions de l’Est.
L’Elterngeld : Une allocation pour les parents qui gardent l’enfant pendant les 14 premiers mois
L’
Elterngeld, entrée en vigueur le 1er janvier 2007, est la mesure phare du gouvernement actuel afin de faciliter la réconciliation entre vie professionnelle et vie familiale. L’
Elterngeld s’élève à 67% du dernier salaire net, avec un plafond de 1 800 euros par mois. Cette allocation est attribuée pendant 12 mois si un seul parent se consacre à l’éducation de l’enfant, et pendant 14 mois si le père et la mère arrêtent de travailler de façon périodique
[33].
Congé parental (Elternzeit)
L’
Elternzeit correspond à l’ancien congé parental d’éducation (
Erziehungsurlaub). Les mères et les pères qui exercent une activité professionnelle ont droit à un congé parental pour la prise en charge de leur enfant nouveau-né jusqu’à l’âge de 3 ans révolus de l’enfant. Dorénavant, cela vaut aussi pour les parents nourriciers à plein temps. Les parents peuvent prendre ce congé parental en même temps, soit pour la totalité soit pour une partie de sa durée. Le congé parental est pris en considération séparément pour chaque parent. En plus, il est possible de reporter 12 mois maximum du congé parental à l’intervalle entre le troisième et le huitième anniversaires de l’enfant. Au fil de ce congé, chaque parent a le droit de travailler jusqu’à 30 heures par semaine. Par ailleurs, les parents ont, en principe, le droit d’exercer un emploi à temps partiel pendant le congé parental, du moment que plus de 15 personnes sont salariées au sein de l’entreprise. Cette mesure a été créée afin de garantir aux parents (notamment aux mères,
de facto les plus concernées), la possibilité de retrouver leur emploi à l’issu du congé parental. Néanmoins, cette mesure de protection des femmes actives s’est avérée être parfois un handicap : certains chefs entreprise hésitent à employer des femmes en âge de procréer car ils considèrent qu’ils courent un risque en étant obligé de leur garantir la réintégration en cas de grossesse. Comme ces raisons ne sont jamais invoquées explicitement, il est difficile de prouver que les femmes sont discriminées sur le marché du travail
[34].
Les dispositifs financiers destinés à la famille sous forme d’abattements fiscaux
Le quotient familial et des mesures fiscales : abattement pour enfants à charge et abattement pour charges éducatives (Kinderfreibetrag et Kinderbetreuungskosten)
L’abattement pour enfants à charge s’élève à 3 648 euros pour le couple conjugal et à 1 824 euros pour les monoparents. L’abattement consenti au titre de la garde et de l’éducation ou de la formation des enfants se monte à 4 000 euros maximum par an et par enfant jusqu’à l’âge de 14 ans pour les familles monoparentales et pour les couples au sein desquels les deux parents travaillent. Deux tiers des frais de garde sont pris en compte. Les autres parents peuvent déclarer jusqu’à 4 000 euros de frais de garde dans la limite des deux tiers du coût réel par an pour les enfants âgés entre 3 et 6 ans. Ces abattements sont, dans la plupart des cas, acquittés par le versement des allocations parentales. Ce n’est que dans les cas où les allocations familiales versées n’ont pas le plein effet d’exonération obtenu par les deux abattements susmentionnés que ces abattements sont pris en considération après coup lors de l’évaluation fiscale du revenu par l’administration des impôts. Cette éventualité ne vaut d’habitude que pour les revenus plus élevés. Dans ces cas, les allocations familiales sont prises en compte. Cette mesure favorise seulement les parents qui ont des revenus imposables, car elle ne s’applique pas aux demandeurs d’emploi ni aux personnes sans ressources.
Prise en compte des frais de garde des enfants en matière d’imposition du revenu
Les parents seuls et les couples mariés, où les deux parents exercent une activité professionnelle, peuvent à partir du 1er janvier 2006 déduire pour leurs enfants de la naissance jusqu’à l’âge de 14 ans révolus deux tiers des frais, au maximum jusqu’à 4 000 euros par an et par enfant, au titre des charges professionnelles ou des charges d’exploitation de leur redevance fiscale. Si le parent seul ou un partenaire est malade, handicapé ou en formation et si l’autre exerce une activité professionnelle ou est également malade, handicapé ou en formation, les deux possibilités existent également, mais cette fois au titre des dépenses exceptionnelles déductibles. Tous les autres parents peuvent également déduire pour leurs enfants de 3 à 6 ans deux tiers des frais de garde des enfants, au maximum jusqu’à 4 000 euros par an et par enfant, au titre des dépenses exceptionnelles de leur redevance fiscale. Comme il s’agit d’abattements fiscaux, ce dispositif avantage également les personnes ayant des ressources imposables.
Parmi les autres abattements fiscaux
[35], l’imposition séparée des époux (
Ehegattensplitting) est un privilège contesté. Les époux ont le choix entre une péréquation fiscale de leurs revenus et l’établissement global de l’imposition. Dans le cas de la taxation globale, appliquée en règle générale, le revenu des deux conjoints est totalisé. Pour la liquidation de l’impôt, le revenu est partagé en deux et l’impôt résultant du revenu partagé est doublé. De cette façon, l’abattement de base inclus dans le barème d’imposition du revenu est, en fait, doublé pour le couple conjugal, et la progression du tarif fiscal en est ralentie. Ce sont surtout les ménages à salaire unique qui profitent de ce système. Cette mesure est fortement critiquée par les couples non mariés ayant des enfants, car leur configuration familiale est fiscalement défavorisée. Ceci est juridiquement possible car la protection du mariage est inscrite dans la loi fondamentale. Une critique de cette protection fiscale du mariage est prédominante dans l’opinion publique depuis quelques mois, et se résume par le constat «
Familie ist dort, wo Kinder sind » : une famille existe là où il y a des enfants (et non pas seulement là où un mariage a été conclu).
Les revendications actuelles vont alors en faveur des multiples configurations familiales (nucléaires, monoparentales, homoparentales, etc.) au détriment des couples mariés sans enfant, très critiqués à cause de leur richesse relative (Kaufmann, 2005). Leur surnom « DINKS » signifie « deux salaires, pas d’enfants »
[36] et souligne le pouvoir d’achat qu’on leur reproche de manière implicite. On observe une certaine violence verbale dans le débat public envers les adultes sans enfant qui sont traités d’hédonistes et égoïstes, notamment par la célèbre journaliste Susanne Gaschke dans l’hebdomadaire le plus lu,
Die Zeit, pourtant d’orientation social-libérale. Dans ses articles, elle épargne seuls les couples infertiles du sentiment de culpabilité de renoncer aux enfants. Iris Radisch tente de contrebalancer ces attaques en appelant dans son dernier livre (2007) à « réinventer la famille », en passant par une « école des femmes »
[37].
Comme la majorité des mères reste au foyer faute de structures de garde, et que celles-ci sont obligées de prendre un travail à mi-temps car l’école se termine dans la plupart des établissements à midi, elles cotisent beaucoup moins pour leur retraite. Cette différence avec les couples sans enfants est mise en avance par les défenseurs des familles qui souhaitent abolir les privilèges des couples mariés
[38]. En ce qui concerne la répartition des tâches éducatives entre les hommes et les femmes, un lent changement des mentalités est en cours, qui n’est guère suivi par les pratiques sociales (cf. Salzbrunn 1997, Salzbrunn 2003, Fagnani et Letablier 2003). Une revendication dans le débat actuel concerne alors une meilleure prise en considération du temps consacré à l’éducation dans le calcul de la retraite. La relégation des tâches éducatives à la mère (au détriment de structures étatiques) trouve un écho dans la conception des solidarités familiales. Nous verrons que l’autonomie financière des jeunes en formation est freinée par l’indexation de leur allocation d’études sur le revenu de leurs parents.
Nous avons vu que le Kindergeld, l’allocation pour l’enfant, est versée aux parents jusqu’à l’âge de 27 ans de l’enfant si ce dernier se trouve encore en formation. Cela signifie que l’enfant adulte se trouve toujours dans une relation de dépendance financière avec ses parents, au lieu de pouvoir bénéficier d’un versement direct de cette allocation. Ce manque d’autonomie se retrouve également dans le calcul du BAföG, car le montant est dépendant du revenu des parents.
Le soutien direct aux jeunes s’exprime par l’allocation des études ou à la formation professionnelle
L’allocation des études/BAföG et AuslandsBAföG, une bourse couplée d’un crédit destiné aux élèves et aux étudiants dont les parents ont de faibles ressources.
Les élèves et les étudiants suivant des filières d’études post-élémentaires (école et université) peuvent bénéficier d’une aide à l’éducation et à la formation si, pour des raisons financières, ils n’étaient autrement pas en mesure de poursuivre des études correspondant à leurs aptitudes, leurs propensions et leurs performances. La loi fédérale sur l’aide à l’éducation et à la formation (BAföG) prévoit des taux forfaitaires mensuels établis sur la base d’une évaluation des besoins, en fonction du lieu de formation (école, université) et de l’hébergement de l’intéressé (chez ses parents ou à l’extérieur). Le montant définitif des mensualités dépend du revenu et des ressources de l’intéressé, du revenu de son conjoint ou de ses parents et de sa situation géographique
[39]. Les allocations familiales ne sont pas considérées comme un revenu.
Une moitié de l’aide accordée à l’étudiant est payée sous forme de subvention, l’autre revêtant la forme d’un prêt à taux zéro qui devrait être remboursé dans les 5 à 20 années qui suivent. Lorsque l’étudiant souhaite effectuer un semestre à l’étranger, il peut demander l’AuslandsBAföG, une allocation mensuelle entièrement versée sous forme de bourse non imposable, par le gouvernement fédéral et les Länder à hauteur de 65% et 35% respectivement. Il est important de noter que le pourcentage d’étudiants ayant droit au BAföG a été divisé par deux en vingt ans, passant d’un quart à un huitième des étudiants inscrits. Pour cette raison, les associations d’étudiants réclament une hausse du plafond de ressources. De plus, le montant du BAföG n’a pas été augmenté depuis cinq ans. Malgré le mouvement de protestation des étudiants, la ministre de la Recherche, Anette Schavan, a récemment confirmé que l’allocation ne serait pas augmentée.
Bourses au mérite
Les jeunes les plus doués d’une classe d’âge peuvent porter leur candidature à une bourse sur mérite offerte par différentes fondations, financées par l’État et/ou les partis politiques, les Églises, les syndicats, afin d’obtenir une bourse
[40] aux études universitaires et un soutien immatériel sous forme de séminaires, de tutorat, de mise en relation avec des personnalités, etc. L’Office allemand d’échanges universitaires (DAAD) offre également des bourses sur critères d’excellence pour les étudiants souhaitant poursuivre leurs études ou un stage à l’étranger.
Allocation d’aide à la formation professionnelle selon le Livre III du Code social - promotion de l’emploi – (Berufsausbildungshilfe nach dem SGB III – Arbeitsförderung)
L’allocation d’aide à la formation professionnelle pour les jeunes en apprentissage ou participant à des actions d’éducation préparant à la profession est une subvention aux frais d’entretien et de formation. Soumise à certaines conditions, elle est destinée à apporter un soutien financier pendant :
une formation professionnelle en entreprise ou interentreprises, ou la participation à des actions d’éducation préparant à la profession. En principe, l’allocation dépend des ressources de l’intéressé, de celles de ses parents et de son conjoint ; ce n’est que dans le cadre des actions préparant à la profession qu’il n’est pas tenu compte du niveau du revenu. Ces mesures rendent les jeunes adultes seulement partiellement autonomes, car il revient aux parents de verser le complément des prestations calculées en fonction de leur revenu. Autrement dit, les responsabilités reposent d’abord sur les épaules des familles avant d’engager l’État, car ce dernier verse son aide en fonction des possibilités financières des parents. Si les parents refusent toutefois de subvenir aux besoins de leur enfant qui se trouve en formation, ce dernier n’a guère le choix entre la recherche d’un travail salarié tout en menant ses études et une revendication de l’aide financière parentale par voie juridique.
L’État et la famille, deux instances de socialisation en concurrence ?
L’expérience des abus d’une délégation de l’éducation des jeunes enfants aux instances étatiques, pratiquée pendant la période nazie et dans l’ex-RDA, ont contribué à établir une méfiance profonde de ces institutions. L’éducation est considérée en Allemagne comme étant en grande partie une affaire privée. Ce contexte historique explique pour partie le manque de prise d’initiatives de la part de l’État pour créer des places en crèche pour les enfants de moins de 3 ans. Le droit d’obtenir une place en école maternelle, existant en RDA, a cependant été inscrit dans la loi fédérale après une période de transition suite à l’unification. Cet héritage explique également l’hésitation de 40% des femmes diplômées de l’enseignement supérieur à avoir des enfants, car les exigences portées par la maternité leur semblent incompatibles avec les exigences professionnelles demandées aux cadres supérieurs pour les courants de pensée conservateurs. Celles qui voudraient, finalement, opter pour une place en crèche, se heurtent à un manque cruel de places, lié, comme mentionné plus haut, à cette réticence de la part du gouvernement fédéral à déléguer cette tâche. S’y ajoutent des problèmes de financement de plus en plus graves auxquels sont confrontées les communes, sources principales du financement des crèches. Les Églises, gestionnaires de la majorité des écoles maternelles et jardins d’enfants en ex-Allemagne de l’Ouest, sont également en train de se désengager de ces investissements coûteux. Il reste bon nombre d’initiatives privées, héritières du modèle autogéré du Kinderladen, pour combler cette lacune. Les dernières mesures du gouvernement confirment cette direction, incarnée par l’Elterngeld. Néanmoins, la nouvelle ministre de la Famille, mère de sept enfants, poursuit la politique progressiste du gouvernement précédant : elle a non seulement mis en place l’Elterngeld, une idée la précédente ministre, Renate Schmidt, mais aussi gardé son chef de cabinet, un social-démocrate réputé pour sa compétence et sa lutte en faveur des égalités entre hommes et femmes. Ses dernières déclarations, visant à tripler le nombre de places en crèche pour les enfants âgés de 2 à 3 ans d’ici 2013, lui ont pourtant valu certaines critiques au sein de son parti. La répartition entre le Bund, les Länder et les communes des 3 milliards d’euros nécessaires à la création de 500 000 places de crèches ou chez des assistantes maternelles n’est pas encore décidée. En revanche, la ministre a obtenu le soutien des Églises protestantes et catholiques pour son projet de décharger les femmes souhaitant concilier vie de famille et vie professionnelle. Ce soutien, ainsi que l’opinion changeante au sein du parti des chrétiens-démocrates, seront précieux pour la ministre qui engage une véritable révolution culturelle en Allemagne. Ces nouvelles structures de garde devraient également porter leurs fruits dans l’intégration des jeunes d’origine étrangère sur le marché du travail, car un bon apprentissage de l'allemand dès la crèche permet de réduire à l'avenir les inégalités fondées sur l'origine.
Annexe : Les dispositifs financiers complémentaires destinés aux familles
Allocation de maternité (Mutterschaftsgeld), complément patronal
Pendant la période pré- et postnatale – six semaines avant et, en règle générale, huit semaines après la naissance de l’enfant – les femmes salariées se voient attribuer une allocation de maternité. Les mères affiliées à la caisse d’assurance maladie obligatoire touchent jusqu’à 13 euros par jour. La différence entre 13 euros et la rémunération journalière nette moyenne de la salariée est payée par le patron. Cette différence est également versée aux femmes salariées qui ne sont pas affiliées à la caisse d’assurance maladie obligatoire. En plus, l’Institut fédéral des assurances à Bonn leur sert une allocation unique de maternité se montant à 210 euros. Organismes débiteurs : les caisses d’assurance maladie obligatoire, le patron et le gouvernement fédéral.
Avance sur pensions alimentaires (Unterhaltsvorschuss)
La caisse compétente pour les avances sur les sommes dues au titre de l’obligation alimentaire envers les enfants (avances sur pensions alimentaires) assiste les mères et les pères seuls lorsque le parent débiteur d’aliments manque à ses obligations.
Les avances sur pensions alimentaires sont versées pendant 72 mois au maximum, l’âge limite étant, toutefois, fixé à 12 ans.
Organismes débiteurs : le gouvernement fédéral à 1/3 ; les Länder peuvent répartir les 2/3 restants entre eux et les communes. Dans la mesure du possible, L’État recouvre les avances sur pensions alimentaires auprès du parent débiteur.
Majoration pour enfants (Kinderzuschlag)
À partir du 1er janvier 2005, une majoration pour enfants de l’ordre de 140 euros pour chaque enfant est servie. En bénéficieront le(s) parent(s) dont les enfants vivent dans leur ménage et si ces parents perçoivent également les allocations familiales pour ces enfants. Il faut que les parents disposent au moins de revenus ou de fonds suffisants pour subvenir à leurs propres besoins. Ces besoins sont calculés en fonction de l’allocation de chômage II. Lorsque le revenu d’activité des parents est supérieur à leurs besoins personnels, la majoration pour enfants sera réduite de 7 euros pour chaque dizaine d’euros que les parents gagnent de plus. En d’autres termes, les revenus résultant d’une activité professionnelle ne sont pris en compte qu’à concurrence de 70% dans ce secteur. Il ne faut cependant pas que les revenus et la fortune des parents dépassent un certain plafond. Lorsque les parents gagnent assez pour subvenir à leurs propres besoins et à ceux de leurs enfants, ils perdent le droit à la majoration pour enfants. Les revenus propres des enfants tels que pensions alimentaires, avances sur pensions alimentaires ou pension d’orphelin sont imputés sur la majoration comme allégeant les besoins. La majoration pour enfants est une prestation familiale. Par conséquent, il est logique qu’elle soit réglementée dans la loi fédérale sur les allocations familiales et versée par les caisses familiales qui ont déjà un répertoire des enfants pour lesquels le bénéficiaire reçoit des allocations familiales. Les détails de la procédure restent à être déterminés ; les bénéficiaires des allocations familiales en seront informés. Le versement de la majoration pour enfants est limité à 36 mois. Avant le 31 décembre 2006, le gouvernement fédéral aura établi un rapport sur les effets et, le cas échéant, sur le développement nécessaire de la majoration pour enfants.
Allocation de logement (Wohngeld)
Accordée à titre de participation aux dépenses locatives, l’allocation de logement est versée aux ménages à revenu modeste en vue de réduire leurs dépenses pour une habitation appropriée et adaptée aux exigences de la famille. Elle est également octroyée, sous forme de subvention aux charges, aux propriétaires occupants qui ne disposent que de ressources modestes. Le montant de l’allocation de logement dépend du revenu global de la famille, du nombre de ses membres faisant partie du ménage ainsi que du montant mensuel du loyer ou des charges ouvrant droit à une subvention, dans la limite de certaines contributions plafonds. Les contributions maximales au loyer ou aux charges ouvrant droit à une subvention dépendent du barème des loyers applicable à la commune respective. C’est le loyer brut sans charges qui sert de base.
Organismes débiteurs : le gouvernement fédéral (50%) et les Länder (50%).
Régime légal d’assurance vieillesse
a) Périodes d’éducation des enfants
Les mères ou les pères nés à compter de 1921 dans les anciens Länder et à compter de 1927 dans les nouveaux Länder se voient créditer les périodes consacrées à l’éducation des enfants en tant que périodes de cotisation obligatoire au régime légal d’assurance vieillesse qui ou bien fondent leur droit à une pension ou bien viennent augmenter leur pension. Ces périodes d’éducation des enfants sont (« additionnellement ») créditées aux périodes simultanées de cotisation déjà existantes (par exemple à la suite d’une activité professionnelle) – à concurrence d’un plafond qui est adapté chaque année et s’applique à l’ensemble du régime légal d’assurance vieillesse. La valeur des droits à pension de vieillesse en cours d’acquisition fondés par l’éducation des enfants s’oriente au revenu brut moyen (2 442 euros bruts), ce qui se traduit comme suit :
b) Revalorisation des droits aux prestations en cours d’acquisition pendant la période parentale
Afin d’atténuer les effets, en termes de droit en matière de retraite, des salaires plus modestes suite à la période d’éducation d’un enfant durant trois ans, les droits aux prestations en cours d’acquisition des personnes qui élèvent un enfant et qui ont un emploi pendant les dix premières années de vie de l’enfant (période parentale), mais dont le salaire est inférieur à la moyenne, par exemple parce qu’elles exercent une activité à temps partiel à cause de l’éducation de l’enfant, sont revalorisés lors du calcul des pensions. Cette revalorisation s’applique aux périodes parentales à partir de 1992, ce qui signifie que ces périodes peuvent également se rapporter aux enfants nés au cours de la décennie antérieure à l’an 1992. Dès la quatrième année de vie de l’enfant, ces personnes qui se consacrent à l’éducation d’un enfant voient leurs cotisations au titre de la pension de retraite revalorisées de 50% jusqu’à concurrence de 100% maximum du revenu moyen. Par conséquent, ces personnes disposant d’un revenu égal à 2/3 du salaire moyen acquièrent les mêmes droits à une pension que celles qui ont un salaire moyen. Grâce à la revalorisation, une femme qui travaille à temps partiel et a un enfant à charge peut recevoir une allocation de retraite additionnelle à concurrence de 60 euros par mois. Les personnes qui assument l’éducation de deux enfants ou plus âgés de moins de dix ans bénéficient toujours de la somme maximum mentionnée, indépendamment du fait si et dans quelle mesure elles exercent une activité lucrative.
c) Assistance aux ayants droit survivants
Depuis 2002, l’éducation des enfants se répercute également sur le montant de la pension des ayants droit survivants de la personne qui s’en occupe. À l’heure actuelle, la majoration de la pension des ayants droit survivants s’élève à :
Depuis le 1er janvier 2005, les règlements relatifs à l’assistance aux ayants droit survivants s’appliquent également aux partenariats de vie enregistrés.
Régime légal d’assurance maladie
Environ 70 millions de sujets (soit 85% de la population de la République fédérale d’Allemagne) sont assurés sous le régime légal d’assurance maladie. En principe, les conjoint(e)s, les partenaires enregistré(e)s
[41] et les enfants mineurs sont co-assurés sans cotiser, à condition que leur revenu mensuel individuel ne dépasse pas 350 euros (400 euros en cas d’emploi peu rémunéré). D’une façon générale, les enfants sont coassurés sans cotiser jusqu’à l’âge de 18 ans. Lorsque les enfants n’exercent pas d’activité lucrative, l’assurance familiale prend fin pour eux à l’âge de 23 ans révolus. Elle se termine à l’âge de 25 ans révolus, lorsque l’enfant suit une formation scolaire ou professionnelle ou effectue une année de volontariat social ou écologique. Si la formation scolaire ou professionnelle est interrompue ou retardée parce que l’enfant suffit à son obligation légale de service (militaire ou civil), l’assurance persiste au-delà de l’âge de 25 ans pour la durée correspondante. Sont co-assurés en principe, sans limite d’âge les enfants incapables de subvenir à leurs besoins à cause d’un handicap physique, mental ou psychique.
Assurance dépendance sociale
Les parents ayant des enfants à charge paient une cotisation réduite à l’assurance dépendance sociale. Sont pris en compte également les enfants adoptifs, les enfants d’un autre lit et les enfants en garde. Les personnes sans enfants paient en sus de la cotisation générale, dont la moitié, c’est-à-dire 1,7%, est supportée par le patron, une majoration de 0,25% de leur revenu brut.
Dispositifs complémentaires sous forme d’abattements fiscaux
Petits emplois et services dans des ménages privés
Les petits emplois et les services rendus dans des ménages privés sont tout particulièrement encouragés en tant que services afférents au ménage, sous forme de rabais sur la redevance fiscale pour les emplois afférents au ménage pour le recours à des services domestiques rendus au sein d’un ménage en Allemagne. Font, entre autres, partie des activités afférentes au ménage l’alimentation et la prise en charge d’enfants et de personnes malades ou dépendantes. De la sorte, l’emploi d’une aide ménagère devient plus simple et plus avantageux. Le montant du dégrèvement consenti sur demande s’élève à 10% des dépenses, à concurrence de 510 euros maximum, pour une activité réduite, et à 12% des dépenses, à concurrence de 2 400 euros maximum, pour les emplois afférents au ménage et qui font l’objet du paiement des cotisations obligatoires de la sécurité sociale. Pour les services afférents au ménage procurés par une entreprise ou une agence, le montant du dégrèvement est de 20% des dépenses, à concurrence de 600 euros maximum par an. En cas de recours à des services de soins et de garde de personnes dépendantes, le montant maximum est doublé et se monte à 1 200 euros maximum. Pour les travaux de rénovation et de maintien en condition exécutés par une entreprise artisanale s’applique un autre taux de dégrèvement de 20% des dépenses (à concurrence de 600 euros maximum par an), également déductibles de la redevance fiscale.
Abattement pour frais de formation (Ausbildungsfreibetrag)
Les parents d’enfants majeurs qui suivent une formation scolaire ou professionnelle et sont hébergés à l’extérieur, peuvent faire valoir un abattement de 924 euros maximum à titre de charges extraordinaires, à condition qu’ils reçoivent des allocations familiales ou des abattements fiscaux pour ces enfants. Les aides à l’éducation et à la formation servies sous forme de bourses publiques sont imputées sur le montant de l’abattement pour frais de formation. Si l’enfant a des revenus et des ressources propres dépassant la somme de 1 848 euros, l’abattement pour frais de formation s’amoindrit.
Exonération fiscale pour les parents seuls (Entlastungsbetrag für Alleinerziehende)
Les monoparents vivant seuls en ménage avec leurs enfants mineurs bénéficient d’une exonération fiscale de l’ordre de 1 308 euros par an à partir de 2004. Cette exonération tombe sous le principe mensuel. Elle est prise en compte sur la carte fiscale (classe d’imposition II).
Prestations alimentaires (Unterhaltsleistungen)
Les prestations alimentaires dues au créancier qui ne bénéficie ni d’allocations familiales ou d’abattement pour enfants à charge ni d’abattement pour la garde, l’éducation ou la formation, peuvent être déduites de l’impôt à concurrence de 7 680 euros maximum par an. Les revenus et les émoluments de la personne entretenue réduisent le montant maximum déductible, du moment qu’ils dépassent 624 euros. Les aides à l’éducation et à la formation servies sous forme de bourses publiques sont pleinement imputées sur le montant maximum.
Épargne retraite capitalisée encouragée par l’État
Depuis le 1er janvier 2002, l’État encourage, à titre supplémentaire, la capitalisation privée de l’épargne retraite sous forme de primes et de privilèges fiscaux. L’encouragement de l’épargne retraite capitalisée se fait au moyen de primes et de mesures d’allègement de l’impôt. Ce dispositif sera développé de façon continue entre 2002 et 2008. La prime maximum possible s’élève à :
Pour bénéficier du taux maximum, l’intéressé doit investir un pourcentage donné de son revenu brut annuel assujetti à l’assurance sociale dans une épargne retraite supplémentaire.
Il est toutefois à noter que même les personnes qui touchent des salaires très modestes doivent veiller à ce que leur contribution soit au moins égale à un montant forfaitaire de 60 euros par an.
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Baasen,G. et Riedel D., « Berliner Wahlen 2006, Ergebnisse der repräsentativen Wahlstatistik, Wahlbeteiligung ausländischer Unionsbürger und methodische Hinweise », in Statistische Monatsschrift, Ausgaben 2006, Heft 10-11/2006, p. 490-498.
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Böhm D. (2003), Erhöhung von Ausbildungsbeteiligung und-erfolg jugendlicher Ausländer, Stuttgart : ISW-Institut für südwestdeutsche Wirtschaftsforschung der Steinbeis-Stiftung. 81 p.
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[(1)]
L’auteure de cet article remercie Hélène Delquié, Sibylle Funck-Eiberg, Olivier Passet, Mechtild Oechsle, Aude Rousselot ainsi que les évaluateurs anonymes de la revue Horizons Stratégiques pour leurs précieux conseils et remarques.
[(2)]
Source : Eurostat. Le taux de chômage des Français âgés de 15 à 24 ans s’élève à 21,47% en 2005.
[(3)]
Même dans l’hypothèse fortement optimiste d’une hausse de ce taux de natalité à deux enfants par femme, la population diminuerait de manière constante jusqu’en 2060, puisque le nombre de mères potentielles s’est réduit à cause de la baisse de natalité en cours depuis les années 1970.
[(4)]
OCDE (2006), Regards sur l’éducation.
[(5)]
Source : Statistisches Bundesamt.
[(6)]
Le désir d’avoir des enfants baisse alors face à ce choix. Non seulement les femmes, mais encore davantage les hommes déclarent désirer de moins en moins un enfant. Cf. Alliance for families in Europe. Le recours à l’immigration permet de combler une partie du « manque à naître ».
[(7)]
Les associations de mères au foyer ont aussitôt revendiqué qu’on honore le travail qu’elles mènent.
[(8)]
Salles A. (2006), « La politique familiale allemande : les limites de l’État », Critique internationale, n
Ëš 31, avril-juin.
[(9)]
Selon le Statistisches Bundesamt (Schulstatistik, Statistique sur l’école), 39% des élèves allemands sont inscrits dans une filière menant au baccalauréat. Ce chiffre comprend les élèves qui obtiennent un bac au bout de 12 ans (au lieu de 13 comme les élèves de la filière générale) et peuvent poursuivre leurs études à la Fachhochschule (comparable à un IUT français). Le nombre de titulaires d’un baccalauréat général s’élève à moins de 30% d’une classe d’âge : 24,1% en 2005 selon la Schulstatistik du Statistisches Bundesamt.
[(10)]
27 900 jeunes n’avaient pas trouvé de place en apprentissage le 30 novembre 2006 et ont été orientés vers un des nombreux programmes de qualification, les préparant à un diplôme scolaire et/ou les aidant à acquérir des compétences indispensables pour trouver une place en apprentissage.
[(11)]
Source : Statistisches Bundesamt.
[(12)]
OCDE (2004), Learning for Tomorrow's World – First Results from PISA 2003, 471 p.
[(13)]
Les élèves des autres écoles peuvent bénéficier de passerelles pour rejoindre le
Gymnasium après l’obtention d’un diplôme comparable au Brevet des collèges français, à condition d’arriver à surmonter le retard pris pendant cinq ans. Dans certains Länder, une Gesamtschule a été créée, ressemblant au collège unique français, mais ce modèle ne réussit que dans les régions dans lesquelles il n’est pas concurrencé par le
Gymnasium.
[(14)]
Les cas les plus problématiques sont envoyés aux
Sonderschulen, écoles spéciales pour les élèves qui rencontrent des grandes difficultés intellectuelles ou mentales.
[(15)]
Ce programme fédéral est complété par des programmes régionaux, comme le
Sonderprogramm Ausbildung 2006 en Rhénanie du Nord-Westphalie, la plus grande région d’Allemagne.
[(16)]
Étude commandée par le gouvernement fédéral.
[(17)]
Plusieurs organisations sociales, subventionnées en grande partie par des bailleurs publics comme l’Arbeiterwohlfahrt (une association fédérale d’aide aux ouvriers, qui conduit entre autres des projets d’insertion pour les jeunes sortis du système scolaire, par exemple le Jugendbildungswerk en Westphalie), le