Horizons stratégiques 2007/2
Horizons stratégiques
2007/2 (n° 4)
310 pages
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Vous consultezLe passage tardif à l’âge adulte des Italiens : entre maintien du modèle traditionnel et individualisation des trajectoires biographiques

AuteursVincenzo Cicchelli du même auteur

Vincenzo Cicchelli est sociologue, maître de conférences (Cerlis, Paris 5/CNRS). Il travaille sur les jeunes et les liens qui les unissent aux adultes, sur leur mobilité internationale dans une perspective comparative et interculturelle, sur l’histoire de la sociologie de l’adolescence et de la jeunesse. Il a notamment publié La construction de l’autonomie (PUF, 2001), dirigé Ce que nous savons des jeunes (avec C. Pugeault-Cicchelli et T. Ragi, PUF, 2004) et (avec M. Breviglieri) Adolescences Méditerranéennes. L’espace public à petits pas (à paraître, INJEP/L’Harmattan, 2007).

Maurizio Merico du même auteur

Maurizio Merico est chercheur au sein du Département de Sociologie et Science de la Politique à l’université de Salerne (Italie). Il travaille sur l’histoire de la sociologie de la jeunesse, les jeunes dans la société contemporaine et la citoyenneté chez les jeunes. Il a notamment publié Giovani come. Per una sociologia della condizione giovanile in Italia (Liguori, 2002) et Giovani e società (Carocci, 2004).

Cet article souhaite analyser les modalités de la transition des Italiens à l’âge adulte, en mettant en évidence certaines de leurs spécificités à l’égard du contexte européen, tout en essayant de les inscrire dans un débat sociologique plus vaste sur l’individualisation (ou non) des trajectoires biographiques des jeunes dans les sociétés méridionales.

2 Si l’allongement de la jeunesse a été observé partout en Europe, le prolongement de la permanence des jeunes au domicile parental assume en Italie (et en Europe du Sud) des proportions plus importantes qu’ailleurs (Cavalli et Galland, 1993). Pour analyser ce phénomène, les chercheurs ont invoqué des explications renvoyant aux grandes difficultés d’insertion des jeunes dans le marché du travail. Cette référence au chômage juvénile a toutefois été par la suite abandonnée, en raison des proportions élevées de salariés stables parmi les jeunes vivant encore chez leurs parents. Ainsi, de nombreux auteurs ont focalisé leur attention sur la famille et son fonctionnement interne. Pour caractériser cette longue appartenance à la famille d’origine ont été forgées les expressions famiglia lunga (famille prolongée) et giovani adulti (jeunes adultes) (Donati, 1988). Si l’analyse du passage à l’âge adulte a produit dans ce pays un nombre important de recherches dans le domaine de la famille, d’autres facteurs explicatifs sont restés dans l’ombre, notamment ceux renvoyant au rôle joué par les politiques sociales pouvant favoriser le départ des jeunes ou à la pénurie de l’offre du logement. Ces deux absences n’ont pas le même statut. Le premier s’explique par la grande faiblesse des politiques publiques en direction de la jeunesse. On sait que le modèle général d’État-Providence en Italie tend à renvoyer à la sphère domestique la prise en charge de problèmes qui en France feraient plutôt l’objet d’une intervention publique. En particulier, les difficultés liées au passage à l’âge adulte n’ont pas reçu en Italie une réponse adéquate de la part de la puissance publique dans la mesure où elles devraient être, dans l’intention de l’administration publique, plutôt résolues par l’intervention de la famille d’origine. On comprend alors que les écrits des chercheurs italiens ne vont guère plus loin qu’une dénonciation de l’indifférence de l’État aux problèmes de la jeunesse. L’absence de prise en compte du rôle du marché du logement appartient, en revanche, à ces oublis de la recherche qui seront très probablement compensés à l’avenir (Livi Bacci, 2005).

3 Plus généralement, le débat public sur les effets sociaux de la dépendance des jeunes de leurs familles d’origine a longtemps été insignifiant. S’il commence à émerger depuis peu, on peut déplorer de la part des pouvoirs publics un désintérêt à l’égard des analyses proposées par les sciences sociales (Cavalli, 2002)[1] [1] Nous sommes donc loin de ce qui s’est passé en France,...
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.

4 Après avoir rappelé les différentes versions des théories du passage à l’âge adulte dans la littérature internationale, cet article présentera les analyses des sociologues italiens. Nous focaliserons notre attention sur les cinq enquêtes par questionnaires menées par l’Institut de recherches IARD entre 1983 et 2000[2] [2] Nous tenons à remercier chaleureusement les responsables...
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et sur des enquêtes réalisées par d’autres grands organismes. Bien qu’utilisant les mêmes protocoles d’enquête, les appréciations quant à l’éventuelle individualisation des trajectoires biographiques de la transition à l’âge adulte divergent dans ces recherches. Certains sociologues estiment en effet que la société italienne étant soumise aux mêmes tendances historiques observables dans d’autres pays occidentaux, le passage à l’âge adulte se modifie, en devenant plus complexe, moins irréversible. D’autres auteurs récusent cette thèse, en plaidant pour le maintien d’un modèle plus traditionnel. Il existe, en revanche, un fort consensus chez les savants sur les craintes relatives aux éventuelles conséquences sociales et démographiques de l’allongement de la jeunesse.

Anciennes et nouvelles théories de la transition à l’âge adulte

5 Après une première phase de la recherche sociologique sur la jeunesse consacrée au conflit entre les générations et aux formes de la culture juvénile (entre 1940 et la première moitié des années 1970), la question de la transition à l’âge adulte a acquis par la suite une place prépondérante (Cicchelli et Merico, 2001 ; Merico, 2002 ; 2004). La plupart des études consacrées à ce phénomène a fait sienne la proposition avancée en 1976 par John Modell, Frank Fustenberg et Theodore Hershberg d’étudier le passage à l’âge adulte en analysant le timing du dépassement de cinq seuils : la sortie du système scolaire, l’entrée dans le marché du travail, le départ de la famille d’origine, le mariage et la constitution d’une nouvelle famille avec la naissance des enfants. La prise en compte de ces seuils fait désormais figure de référence. Ces trois auteurs insistaient sur le fait que même s’il n’est pas sûr que tous les individus suivent le même calendrier de passage à l’âge adulte, il est heuristique de postuler que chaque société définit des normes relatives à ce qu’est l’âge adulte et à la façon dont on l’atteint. De tels seuils ont servi à repérer la « séquence » qui pendant longtemps a caractérisé des trajectoires normalisées, c’est-à-dire socialement reconnues et légitimées, de transition à l’âge adulte (Hogan, 1978 ; Marini, 1984). Ces mêmes seuils ont par ailleurs permis d’analyser ce passage en distinguant deux axes majeurs, le premier familial et matrimonial, le second scolaire et professionnel (Galland, 1990 ; Galland, 2006).

6 De récents développements de la recherche ont souligné les profondes transformations de l’entrée dans l’âge adulte depuis l’après-guerre (Hogan et Astone, 1986). A ainsi été souligné un report des âges auxquels le dépassement des seuils se réalise, ce qui provoque un allongement de la jeunesse. Quoique selon des temporalités et modalités différentes, ce phénomène a fini par toucher l’ensemble des pays occidentaux (Fussel, 2002). Plus spécifiquement, on assiste à une transformation significative du dépassement des phases qui conduisent à l’âge adulte : la transition le long des deux axes (scolaire-professionnel et familial-matrimonial) ne s’accomplirait plus de façon synchronique, le passage par le premier se réalisant généralement bien avant le second (Galland, 2006 ; Iedema et alii, 1997).

7 Une autre perspective focalise l’attention sur l’individualisation des trajectoires biographiques (Beck, 2001) et sur les transformations des temporalités juvéniles (Leccardi, 2005a ; Leccardi, 2005b). Trois éléments pointent l’impossibilité de la part des cadres sociaux de déterminer désormais, en dernière instance, les destinées individuelles. Primo, la fragmentation croissante des expériences des jeunes conduit à une multiplication des parcours possibles. Ceci engendre une forte incertitude quant à l’avenir et peut donner à l’individu le sentiment de ne plus maîtriser son destin (Evans et Furlong, 2000). Secundo, les trajectoires deviennent réversibles, car le dépassement d’un seuil n’est plus définitif, un individu pouvant faire des allers-retours entre des situations qui paraissaient autrefois exclusives aussi bien sur l’axe scolaire-professionnel que sur celui familial-matrimonial. Certains sociologues utilisent l’expression de trajectoires yo-yo pour caractériser cette oscillation constante (Egris, 2001 ; du Bois-Reymond et López Blasco, 2004). Tertio, dans ce contexte de forte différenciation des systèmes sociaux, d’augmentation du chômage, de flexibilité et d’inadéquation entre la formation et le marché du travail, les jeunes peuvent à la fois continuer une formation scolaire tout en faisant des stages ou en ayant des emplois précaires par exemple. Bref, là où on repérait des séquences ordonnées et normalisées dans les passages à l’âge adulte, on voit aujourd’hui une multiplicité, une réversibilité et une simultanéité des situations des jeunes adultes.

Le point de vue des chercheurs italiens sur le passage à l’âge adulte en Italie

8 Dans la sociologie italienne de la jeunesse, les études relatives à la transition à l’âge adulte occupent une place considérable. Cette transition est appréhendée le plus souvent par le paradigme des séquences, que ce soit sur la longue durée du XXe siècle ou en prenant comme laps de temps les trente dernières années. S’il existe un fort consensus sur le report de la décohabitation parentale et sur le rôle joué par les familles dans cet accompagnement vers l’âge adulte, des divergences apparaissent quant à l’éventuelle individualisation des parcours de vie. Ce qu’il importe de souligner est qu’au fond les deux thèses s’opposent surtout quant à l’interprétation des données ; elles recourent néanmoins au même protocole d’enquête qui assimile une trajectoire biographique à un parcours par étapes délimitées, ordonnées et finalement exclusives.

Un siècle de passages à l’âge adulte

9 Depuis 1997, des enquêtes longitudinales sont en cours sur les familles italiennes (ILFI). Ces données permettent d’analyser les transformations dans le timing de la transition à l’âge adulte dans ce pays au XXe siècle (Schizzerotto, 2002). On constate (cf. tableau n˚ 1) que les indicateurs classiques de passage à l’âge adulte (le départ du foyer parental n’a pas été pris en compte) ne suivent pas tous la même évolution lorsque l’on met en confrontation les données des cohortes des Italiens nés entre 1910 et 1927 et ceux nés entre 1958 et 1967. Aussi bien pour les hommes que pour les femmes, l’axe de la formation et de la profession suivent un accroissement linéaire : l’âge médian de sortie du système scolaire et l’âge médian d’entrée dans le marché du travail s’élèvent régulièrement[3] [3] En réalité, ces résultats convergent seulement si l’on...
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. À titre d’exemple, si la moitié des hommes sortaient du système scolaire à 12,1 ans pour les générations nées entre 1910 et 1927, le franchissement de ce seuil se vérifiait à 19,6 ans pour les générations plus récentes (nées entre 1968 et 1979). Du côté des femmes, si les générations plus anciennes quittaient l’école plus précocement que les hommes, ceci n’est plus le cas aujourd’hui : l’âge médian est sensiblement le même pour les deux sexes. En revanche, l’axe conjugal et familial suit une courbe en U. En effet, jusqu’en 1950, on assiste à un rajeunissement du temps médian de formation d’une nouvelle union et de naissance du premier enfant. Par la suite, ces deux événements ont commencé à être reportés. Pour l’âge médian au mariage, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, il faut attendre les générations nées après 1958 pour retrouver des valeurs proches du début du siècle. En ce qui concerne la naissance du premier enfant, les dernières données disponibles montrent que ces mêmes générations ont désormais le comportement le plus tardif de la période historique examinée.

Tableau n˚ 1
Âge médian à l’obtention du diplôme, au premier emploi, au mariage, à la naissance du premier enfant (selon la cohorte de naissance et le sexe)


10 Si les jeunes Italiens semblent aujourd’hui retarder leur entrée dans l’âge adulte sur le plan familial, c’est qu’on les compare en définitive aux générations nées après la Seconde Guerre mondiale. La prise en compte d’un laps de temps plus long conduit à d’autres conclusions, que l’on voit plus aisément grâce à l’indicateur relatif à l’« ampleur » de la jeunesse, définie comme la période comprise entre l’âge médian à la sortie du système scolaire et l’âge médian à la naissance du premier enfant. On voit nettement dans le graphique n˚ 1 que cet indicateur suit une courbe en U. Cette évolution paraît affaiblir la thèse selon laquelle le prolongement de cet âge de la vie serait un phénomène typique de la période contemporaine : en suivant les analyses de Pisati (2002), on pourrait en revanche faire l’hypothèse que l’allongement de la jeunesse caractérise ces phases historiques où le marché du travail se révèle incapable d’absorber la main-d’œuvre, alors qu’une entrée plus précoce dans la vie adulte se vérifierait plutôt pendant des périodes de croissance économique et de quasi-plein emploi.

Graphique n˚ 1
Ampleur* (en années) de la transition à la vie adulte, selon l’année de naissance et le sexe


Une entrée plus tardive dans l’âge adulte

11 La tendance à retarder l’entrée dans l’âge adulte qui émerge vers la moitié du XXe siècle est confirmée par des enquêtes portant sur des cohortes plus récentes. Reportons-nous tout d’abord aux enquêtes menées par l’Institut IARD[4] [4] Cet institut réalise, depuis 1983 et tous les quatre ans,...
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. À partir des années 1980, on assiste à un report dans l’âge adulte concernant tous les indicateurs classiques (cf. tableau n˚ 2). Après avoir caractérisé brièvement les deux premiers seuils, nous nous arrêterons plus longuement sur les trois derniers qui ont été plus particulièrement indiqués par les chercheurs comme les plus significatifs de la situation italienne.

Tableau n˚ 2
Pourcentage des individus ayant franchi chaque seuil d’entrée dans l’âge adulte pour chaque groupe d’âge de 1983 à l’an 2000


12 Jusqu’à 20 ans, les jeunes Italiens qui sortent du système scolaire constituent une minorité qui diminue constamment depuis trente ans. Dans la classe d’âge successive (les 20-24 ans), les pourcentages de permanence dans l’enseignement supérieur sont globalement stables, ils se différencient par la suite : il ne reste pas moins vrai que, en l’an 2000, 12,5% de ceux qui avaient dépassé la trentaine suivaient toujours une formation. Du côté de l’entrée sur le marché du travail, on constate pour les 18-29 ans une inversion significative de la tendance : si, en effet, de 1983 à 1996, le pourcentage des jeunes qui déclaraient avoir un emploi diminuait régulièrement, ceci n’est plus le cas en l’an 2000. Pourtant, un quart des 30-34 ans ne déclare pas encore d’emploi (Buzzi, 2002).

13 La sortie du domicile parental ne concerne plus que trois jeunes sur dix parmi les 25-29 ans en 2000 alors qu’ils étaient 40% en 1992. En outre, près d’un tiers des 30-34 ans vit chez ses parents lors de la dernière enquête effectuée. Si plus d’un tiers des 25-29 ans se déclaraient en couple stable en 1992, ce pourcentage ne concerne plus qu’un peu moins d’un quart huit ans après. Ainsi près de quatre Italiens sur dix parmi les 30-34 ans n’ont pas encore franchi cette étape. Quant à la naissance d’un enfant : un interviewé sur cinq affirmait avoir eu un enfant en 1992, alors que huit ans après ils n’étaient plus qu’un sur dix. Seulement un peu moins de la moitié des 30-34 ans a franchi ce seuil.

Tableau n˚ 3
Nombre de seuils dépassés de transition aux rôles adultes par classes d’âges


14 Aussi, comme le montre le tableau n˚ 3, « si l’on estimait de façon grossière, mais probablement très efficace, le dépassement de trois étapes comme indicateur d’acquisition d’un statut adulte, l’on devrait considérer comme non encore adultes 98% des jeunes Italiens ayant entre 18 et 20 ans, 94% des 21-24 ans, 73% des 25-29 ans et 35% des 30-34 ans » (Buzzi, 2002, p. 27).

15 Pour mieux comprendre la spécificité de l’allongement de la jeunesse italienne, il faut toutefois insister sur le lien entre la sortie du foyer parental et la constitution d’une nouvelle famille. Les données du volet italien de l’enquête rétrospective Family and Fertility Survey (FFS) attestent que pour les individus nés entre 1946 et 1975, quel que soit leur sexe, la sortie retardée du domicile parental coïncidait dans la très grande majorité avec une mise en couple (Billari et Ongaro, 1999). Or, en 1995, les trois quarts de ceux qui sont partis de chez leurs parents l’ont fait à l’occasion de leur mise en couple, alors que 10% l’ont fait pour des raisons liées au travail, 9% pour des raisons liées à leurs études, 7% pour d’autres raisons. Aussi, l’opposition entre permanence au foyer des parents et indépendance résidentielle, opposition perdant peu à peu sa pertinence dans d’autres pays en raison de sa complexité morphologique (Cicchelli, 2001a), elle continue d’être opérationnelle dans le cas italien. La sortie de la maison des parents coïncide encore avec le mariage, les jeunes Italiens passant le plus souvent de leur famille d’origine à la famille de procréation sans expérimenter des phases de vie solitaire ou en union libre dans un domicile indépendant (Ongaro, 2001 ; Rusconi, 2004). D’après une enquête menée par l’Istituto di Ricerche sulla Popolazione (IRP) en 1998, les garçons vivant en solo ne représentent que 5% des 20-34 ans, les filles 3%. Ces proportions ne varient pas significativement lorsque l’on se réfère aux jeunes en emploi (respectivement 6% et 5%). La colocation avec des amis ou collègues est par ailleurs quasi inexistante : 2,5% des garçons et 2% des filles (Bonifazi et alii, 1999). Les unions libres restent par ailleurs rares et peu fécondes (Castiglioni, 1999), les Italiennes plébiscitant le mariage comme forme d’union (Angeli, Pillati et Rettaroli, 1999).

Du chômage juvénile au climat relationnel : la famille prolongée

16 Comment expliquer le report de la décohabitation familiale et la fondation tardive d’une nouvelle famille ? Il existe sans doute une série de facteurs jouant en Italie comme dans d’autres pays européens, tels l’allongement de la scolarité et la démocratisation de l’enseignement supérieur, la précarisation de l’emploi et les incertitudes du marché du travail, une transformation des relations entre les générations dans le sens d’un affaiblissement de l’autoritarisme et une plus grande marge de manœuvre pour les jeunes (de Singly, 2000 ; Cicchelli, 2001b ; de Singly et Cicchelli, 2003 ; Biggart et alii, 2004).

17 Les proportions particulièrement élevées du chômage juvénile, surtout chez les jeunes femmes et dans les régions du sud du pays (Pugliese, 1992 ; Cortese, 2000) plaident pour la prise en compte de ce facteur ; pourtant, quatre considérations invitent les chercheurs à faire appel à d’autres explications. Primo, l’élévation de l’âge au mariage et au premier enfant est plus importante dans les régions italiennes les plus riches (Buzzi, Cavalli et de Lillo, 2002). Secundo, sur 100 jeunes (18-34 ans) vivant dans leur famille d’origine en 2003, 46% déclaraient avoir un emploi stable (ISTAT, 2005). Tertio, les deux cinquièmes des interviewés dans la dernière enquête IARD pensent que leur salaire serait suffisant pour vivre dans un logement indépendant ; mais seulement 23% d’entre eux déclarent avoir cherché à concrétiser cette possibilité (Facchini, 2002). Finalement, en 1998, l’item le plus choisi par un Italin sur deux vivant au domicile parental (18-34 ans) était « je suis bien comme ça, j’ai mon autonomie ». Seulement 17% des interviewés justifiaient leur permanence en faisant référence à l’absence d’un travail rémunéré (Carrà Mittini, 2001). 

18 On comprend alors que le regard des sociologues se soit dirigé vers le fonctionnement de la sphère familiale. Dans cette perspective, à partir de l’adolescence, et tant que l’individu appartient encore à sa famille d’origine, la socialisation familiale est entendue comme un processus d’insertion des plus jeunes au sein des générations : processus qui voit les parents autant que leurs enfants s’engager dans un partenariat complexe exigeant un fort soutien réciproque. Les chercheurs se sont intéressés aux formes de l’interaction entre jeunes et leurs parents, aux territoires dont les premiers disposent dans leurs familles d’origine (Scabini et Rossi, 1997). La reformulation des relations entre les générations se laisse particulièrement bien appréhender par l’existence d’importantes marges de liberté dont bénéficient les jeunes adultes et par leur faible participation aux tâches domestiques (Facchini, 2002). En particulier, les proportions des jeunes pouvant loger leurs amis à la maison, choisir leurs propres amis sans ingérence aucune de leurs parents, choisir de façon autonome les lieux fréquentés oscillent autour de 80%. Il existe certainement des différences de genre, d’âge et de région de résidence, mais l’image qui émerge renvoie plutôt à une grande liberté de mouvement aussi bien dans l’enceinte domestique que dans la sphère publique. Plus le niveau de liberté est élevé, plus grande est la proportion de jeunes qui se déclarent satisfait de vivre chez leurs parents. L’implication des jeunes dans la vie domestique quotidienne apparaît somme toute modeste, surtout pour les garçons : dans les domaines des courses, de la cuisine, du repassage, du nettoyage, des petits travaux et des tâches bureaucratiques, moins de trois jeunes sur dix participent (Facchini, 2002, p. 176). Encore, la contribution des jeunes ayant un emploi au budget familial apparaît limitée. Aussi, mais sans oublier qu’il est des proportions significatives de jeunes pour qui la poursuite de la cohabitation est dictée par des contraintes socio-économiques, il s’agirait pour eux d’un choix plutôt lié au climat relationnel qui règne dans la famille (Scabini et Cigoli, 1997).

19 On peut se demander s’il existe une alternative au modèle de la famille prolongée. La réponse est négative. Toutefois, la dernière enquête IARD montre que des situations marginales sont présentes qu’on ne saurait négliger. Aussi, un départ et un mariage précoces, éléments à la base d’un présupposé modèle italien traditionnel de passage à l’âge adulte, existent-ils toujours[5] [5] Toutefois, des études de démographie historique ont montré...
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. Ces comportements concernent le plus souvent des jeunes appartenant aux milieux modestes, vivant dans de petites villes, intégrant rapidement le marché du travail. Ensuite, on retrouve comme on l’a déjà vu, des jeunes gens vivant dans un logement indépendant et qui n’ont pas contracté de mariage (Facchini, 2002). Il s’agit plutôt de jeunes appartenant aux classes moyennes et supérieures de la société italienne, vivant dans des centres urbains des régions du centre et du nord. Il est évidemment trop tôt pour conjecturer si ce nouveau comportement constituera une alternative à la famille prolongée, ce qui, le cas échéant, ferait de cette dernière une étape intermédiaire entre le modèle traditionnel et le modèle de l’avenir.

« Séquences typiques », « séquences atypiques »

20 Cet allongement de la jeunesse a-t-il été accompagné d’une modification dans le calendrier du passage à l’âge adulte ? Certains auteurs estiment que cette transition se fait en Italie selon un itinéraire strictement ordonné : « le parcours idéal vers l’obtention de l’autonomie en Italie est constitué par différentes étapes : tout d’abord, la fin des études, ensuite l’entrée dans le monde du travail et finalement le mariage. Cet ensemble d’événements tend à former, aujourd’hui plus que jamais, une succession qui suit un ordre chronologique rigoureux et non modifiable, avec un modèle de passage à l’âge adulte plus linéaire et moins flexible que celui existant dans d’autres pays » (Decanini et Palomba, 1999, p. 10). Deux sources peuvent être mobilisées confirmant l’existence d’une « biographie normale » constituée par des séquences suivies par la grande majorité des jeunes. La première correspond à l’analyse des cohortes proposées par l’enquête ILFI. Cette enquête a en effet essayé de vérifier si, au fil des décennies, l’itinéraire commençant par la fin des études, continuant par l’entrée sur le marché du travail, le mariage et se terminant par la naissance du premier enfant suivait toujours le même ordre ou non. Sont appelées « séquences typiques » les parcours qui respectent le calendrier mentionné ci-dessus et « séquences atypiques » tous les autres cas. Aussi, si l’on compare les cohortes des hommes italiens nés entre 1910 et 1927 avec toutes les autres jusqu’à 1958-1962, force est de constater que l’ensemble des séquences typiques reste le plus important : il concerne sept cas sur dix. Dans le cas des femmes, on constate que le modèle dominant est encore du côté du respect du calendrier, même si, et c’est ce qui distingue leurs parcours de ceux des hommes, le pourcentage des séquences typiques augmente régulièrement et significativement : de 21% pour les femmes nées avant 1927 à 33% pour celles nées entre 1958 et 1962. Or, cette augmentation est due surtout au fait qu’un nombre plus important de femmes a accédé au travail avant de poursuivre des études (et donc de se marier et d’avoir un enfant par la suite) (Pisati, 2002, p. 136). La seconde source correspond à une exploitation secondaire des données IARD. Si l’on exclut les individus n’ayant dépassé aucun seuil, le pourcentage de ceux qui ont suivi ou sont en train de suivre un parcours régulier est de 53,2% pour les garçons et de 45,3% pour les filles. Ont un itinéraire irrégulier 10,7% des garçons et 18,8% des femmes.

21 À la marge de ce modèle dominant, il est possible toutefois de constater quelques éléments importants qui plaident pour une transformation des trajectoires de passage à l’âge adulte dans le sens d’une plus grande individualisation. Tout d’abord et toutes choses étant égales par ailleurs, la variable la plus discriminante sur le fait d’accéder à la vie adulte en suivant une trajectoire « atypique » est le titre scolaire. Le fait de posséder un diplôme de laurea (quatre ou cinq ans d’enseignement supérieur selon les filières) augmente chez les hommes cette chance de 30 points en pourcentage. Chez les femmes, ces effets sont même plus importants, car le même diplôme augmente cette fois-ci cette chance de 44 points en pourcentage (Pisati, 2002). Ensuite, certaines réponses au questionnaire IARD constituent des indicateurs précieux d’une modification du rapport à l’avenir dans le sens d’une plus grande place accordée à la nécessité d’un avenir ouvert et aux choix réversibles : aussi, 7 interviewés sur 10 considèrent des choix définitifs comme un risque (« dans la vie, il vaut mieux laisser toujours ouvertes beaucoup de pistes et de voies ») et 6 sur 10 qu’il est toujours possible de revenir en arrière (« même les choix les plus importants ne le sont jamais pour toujours, on peut toujours y revenir »). Par ailleurs, la multiplicité des situations vécues par les jeunes se traduit par une possibilité de se définir au pluriel : se définissent aussi comme des étudiants 15% des travailleurs vivant chez leurs parents, 21% des individus qui vivent dans leur nouvelle famille sans occuper un emploi et 9% de ceux qui sont dans ce dernier cas et qui travaillent toutefois. Une enquête qualitative de Monica Santoro (2004) confirme bien ce que ces données indiquent, de façon encore indiciaire, au niveau de la simultanéité des situations vécues et de la réversibilité des séquences. Dans le contexte italien, caractérisé depuis quelques années par une offre de formation très variée, les jeunes assument de plus en plus des positions intermédiaires entre jeunesse et âge adulte, conjuguant plusieurs conditions sur les marchés du travail et de la formation.

Craintes des chercheurs, faiblesses du débat social

22 En Italie, le monde de la recherche essaie d’impulser le débat social sur les effets du prolongement de la dépendance des jeunes à l’égard de leurs parents, car les médias italiens semblent assez insensibles à cette question. Ces derniers focalisent l’attention plutôt sur l’adolescence et ses formes de violence les plus brutales (y compris dans les cas de parricide et matricide qui défrayent la chronique), ou d’apathie les plus déconcertantes.

23 Lorsqu’elle est évoquée, la question des moyens à fournir aux jeunes pour qu’ils deviennent une ressource pour la société de demain fait référence au seul agent traditionnel de la prise en charge de la jeunesse italienne : la famille. L’État est absent de ce questionnement, en raison de la grande faiblesse des politiques familiales dans ce pays depuis l’avènement de la République et du rôle marginal des pouvoirs publics dans la définition de la vie privée. Si l’on fait abstraction des grands changements du droit de la famille que l’Italie a connus au cours des années 1970 – comme d’autres pays européens –, l’État italien intervient bien moins que son homologue français dans ce travail de catégorisation de la vie privée (Saraceno, 1998). Ceci est notamment visible dans le fait que les dispositifs des allocations familiales sont moins généreux (Lévy, 1998). Bien que la fécondité italienne soit parmi les plus faibles au monde, et que cela ait été débattu par les démographes (Dalla Zuanna, 2000), aucune aide n’a été mise en place pour pallier cette situation.

24 La question du jeune adulte se pose en relation au problème de la natalité, car une entrée plus tardive des femmes dans la primo-maternité a des conséquences négatives sur leur descendance finale (Palomba, 1999). Nous l’avons vu : en Italie la très grande majorité des femmes ont un enfant après leur mariage, car la cohabitation est peu répandue et l’accès au lien juridique n’est que rarement précédé par une phase de décohabitation du foyer parental (De Sandre, Pinelli et Santini, 1999). Aussi s’agit-il de repenser la natalité dans le cadre d’une réflexion plus vaste sur les rapports entre les générations. La famille étant l’une des ressources nécessaires à l’accomplissement de la transition vers l’âge adulte, elle devient de facto une institution ambivalente. En l’absence d’autres institutions et mécanismes de régulations, elle est la seule à même de fournir des ressources matérielles et identitaires fortes. Elle se voit confier des tâches inédites de socialisation, de soutien matériel, affectif, symbolique. Ainsi, on se réjouit à la fois de l’avènement d’un partenariat conjoint entre parents et jeunes, se basant sur le dialogue et l’écoute réciproque, tout en avançant de fortes perplexités sur les effets sociaux de ce rapprochement. Plusieurs craignent un excès de famille qui finirait par empêcher la séparation entre les générations (Cavalli, 1997 ; Scabini et Rossi, 1997). Une famille trop accueillante risquerait alors de ne pas offrir aux jeunes les conditions pour atteindre l’indépendance définitive. Incapables d’accomplir une véritable transition générationnelle, qui garantisse leur accès au statut de parents, les jeunes adultes vivent cet état d’apesanteur sociale sans se soucier des risques en termes d’échange entre les générations. Ces questionnements s’inscrivent dans un diagnostic plus général sur l’affaiblissement du rapport à l’avenir, sur l’absence de projet chez les jeunes, sur leur repli sur le présent[6] [6] La sociologie italienne de la jeunesse a beaucoup travaillé...
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Quelques considérations finales

25 Nous voudrions terminer cet article sur les formes de la transition à l’âge adulte des jeunes Italiens en réfléchissant sur quelques pistes de recherche.

26 Les données que les sociologues italiens utilisent pour étudier ce phénomène sont produites par un protocole d’enquête faisant la part belle au repérage de séquences dans les parcours de vie. Si les trajectoires sont étudiées en fonction du franchissement des seuils conventionnels bien connus, peu d’éléments permettent de repérer des bifurcations dans les parcours, des retours en arrière, le fait d’avoir plusieurs statuts à la fois. Un jeune peut en effet exercer un travail précaire et continuer ses études, arrêter ses études pour chercher un statut plus stable, se consacrer à plein temps à une nouvelle formation avant d’intégrer à nouveau le marché du travail. Il peut être autonome et dépendant à la fois (de Singly, 2000 ; Cicchelli et Martin, 2004). La complexité des situations qu’un jeune peut avoir à gérer en même temps, y compris dans la sphère de la vie privée, échappe aux questionnaires s’inspirant du paradigme séquentiel du passage à l’âge adulte. Aussi, est-il possible que l’outil, auquel les chercheurs font appel depuis une trentaine d’années pour analyser les modalités du passage à l’âge adulte en Italie, ait caché l’émergence d’une plus grande individualisation des parcours biographiques – phénomène par ailleurs détecté de façon indiciaire.

27 On peut imaginer que la société italienne est elle aussi soumise aux mêmes changements historiques qui traversent les autres pays européens. Ne pas prendre en compte cet élément signifierait condamner les jeunes Italiens à une altérité irréductible qui empêcherait de repérer tout point commun avec d’autres aires culturelles. Il faut néanmoins tempérer cette position universaliste par une bonne dose de particularisme, car on ne peut sûrement pas amoindrir le rôle joué par l’histoire propre à ce pays. Donnons deux exemples de cette exigence de tenir une position équidistante entre universalisme et particularisme (Breviglieri et Cicchelli, 2006). Primo, si dans le cas italien, comme ailleurs dans l’Europe du sud, l’allongement de la jeunesse ne prévoit pas l’existence d’une période de vie entre les deux familles, d’origine et de procréation, les chercheurs devraient faire un effort pour penser la construction de l’autonomie des jeunes dans un cadre où sont absents les éléments invoqués ailleurs pour désigner la phase d’apesanteur sociale et d’expérimentation des rôles avant l’entrée statutaire dans l’âge adulte. Car de deux choses l’une : ou bien en Italie les jeunes accèdent directement à la vie adulte sans expérimenter leur liberté, donc ils ne sont pas jeunes au sens français ou allemand ou britannique du terme, ou bien il est possible de vivre cette phase de liberté sans passer par une absence de socialisation familiale. Aussi, une définition continentale et insulaire de l’expérimentation sociale demande à être revue pour comprendre la réalité italienne (Cassano, 1998 ; Cicchelli, 2001c). Plutôt que de postuler que la définition donnée à l’autonomie comme fondement de l’individu ne soit pas tout à fait la même que dans d’autres pays, à cause d’un passage inachevé à la modernité de l’Italie, nous proposons de creuser une autre piste : il se peut en effet que le sens donné aux liens et à leur entretien soit différent et qu’il n’y ait pas de jeu à somme nulle entre autonomie et dépendance. Comment alors expliquer le fait que les jeunes Italiens ne se plaignent nullement de leur dépendance prolongée d’une part et qu’ils ne se semblent pas faire de nécessité vertu d’autre part ? Secundo, on l’a vu, la traduction locale du phénomène européen d’allongement de la jeunesse s’est faite au nom d’une spécificité familialiste qui était déjà depuis longtemps considérée et condamnée, dans d’autres domaines, comme un trait culturel italien[7] [7] Voir sur ce point la vaste littérature critique à l’égard...
suite
. Or, cette explication doit bien se garder de devenir une assignation à une spécificité culturelle, car si cela était le cas, on négligerait de prendre en compte le rôle joué par des facteurs fondamentaux et longtemps laissés dans l’ombre tels l’absence cruelle en Italie de politiques publiques en direction de la jeunesse ou l’insuffisance de l’offre du marché du logement. Autrement dit, il est nécessaire de garder à l’esprit que l’usage de la catégorie de famille prolongée réactive et confirme des conceptions sur le rôle de la sphère privée dans la socialisation des jeunes, sur la place des interventions de la sphère publique pour traiter des dysfonctionnements de cette dernière, sur le contrat (en termes de devoirs et obligations) entre les générations.

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Notes

[ (1)] Nous sommes donc loin de ce qui s’est passé en France, où la question des jeunes adultes a été propulsée sur la scène publique dès la fin des années 1990. Ceci avait été à l’origine, rappelons-le, d’un vaste débat social, de la mise en place d’une commission nationale pour l’autonomie des jeunes (2001-2002), de la publication de rapports officiels (Collectif, 2001 ; Collectif, 2002). Pour une comparaison France-Italie sur les débats sociaux sur la question des jeunes adultes, voir Cicchelli, 2001a.Retour

[ (2)] Nous tenons à remercier chaleureusement les responsables des enquêtes IARD d’avoir accepté de mettre à notre disposition les données présentées dans cet article. Cet article est une version remaniée d’un texte précédent : Cicchelli et Merico, 2005.Retour

[ (3)] En réalité, ces résultats convergent seulement si l’on prend en compte les femmes qui travaillent, car les médianes relatives à toute la population féminine ont un mouvement non linéaire d’accroissement et décroissement de l’entrée dans le monde du travail.Retour

[ (4)] Cet institut réalise, depuis 1983 et tous les quatre ans, une enquête par questionnaire sur la condition juvénile en Italie (Cavalli et alii, 1984 ; Cavalli-de Lillo, 1987 ; Cavalli-de Lillo, 1992 ; Buzzi, Cavalli et de Lillo, 1996 ; Buzzi, Cavalli et de Lillo, 2000). L’âge des interviewés était compris entre 15 et 24 ans dans les enquêtes menées en 1983, 1987 et 1992 ; entre 15 et 29 ans en 1996 ; entre 15 et 34 ans en l’an 2000.Retour

[ (5)] Toutefois, des études de démographie historique ont montré qu’il est très difficile de parler d’un modèle italien d’âge au mariage en raison des fortes disparités régionales (Rettaroli, 1992).Retour

[ (6)] La sociologie italienne de la jeunesse a beaucoup travaillé sur le rapport des jeunes au temps. Cf. au moins Cavalli, 1985 ; Garelli, 1984 ; Donati et Colozzi, 1997 ; pour les femmes, Leccardi, 1996.Retour

[ (7)] Voir sur ce point la vaste littérature critique à l’égard du « familialisme amoral » forgé par l’anthropologue américain Edward Banfield (1958) pour caractériser l’impact négatif de la famille méridionale dans la participation des individus à l’espace public.Retour

Résumé

Si l’allongement de la jeunesse a été observé partout en Europe, le prolongement de la permanence des jeunes au domicile parental assume en Italie et en Europe du Sud des proportions plus importantes qu’ailleurs. Les sociologues italiens focalisent leur attention sur les transformations des relations intergénérationnelles au sein de la « famille prolongée (« famiglia lunga »). En dépit de ce consensus, les modalités du passage à l’âge adulte voient s’opposer les chercheurs qui plaident pour l’émergence d’une individualisation des trajectoires à ceux qui estiment que les étapes de cette transition restent dans la plupart des cas ordonnées selon une séquence bien précise : fin des études, entrée sur le marché du travail, départ du domicile parental, mariage et naissance du premier enfant.


jeunes adultes, famille « prolongée », individualisation des trajectoires biographiques, séquences « typiques », séquences « atypiques »


PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Vincenzo Cicchelli et Maurizio Merico « Le passage tardif à l'âge adulte des Italiens : entre maintien du modèle traditionnel et individualisation des trajectoires biographiques », Horizons stratégiques 2/2007 (n° 4), p. 70-87.
URL :
www.cairn.info/revue-horizons-strategiques-2007-2-page-70.htm.