Horizons stratégiques 2007/2
Horizons stratégiques
2007/2 (n° 4)
310 pages
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Vous consultezIntroduction à l’analyse u BEPA

« Investir dans la jeunesse : de l’enfance à l’âge adulte »

AuteurJulien Damon du même auteur

Julien Damon est responsable du département Questions sociales au Centre d’analyse stratégique et professeur associé à Sciences Po (cycle d’aménagement et d’urbanisme). Ancien responsable du département Recherche et prospective de la Caisse nationale des Allocations familiales, il est notamment l’auteur de La question SDF (PUF, 2002) et de Les politiques familiales (PUF, 2006).

Le document qui suit est une note de synthèse d’un travail approfondi, portant sur la jeunesse et les politiques de la jeunesse au sein de l’Union[1] [1] On peut trouver ce document original, qui date d'octobre...
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. Le lecteur y trouvera un tableau des situations et un ensemble d’invitations et de suggestions. Ce texte, que le BEPA nous a aimablement autorisé à publier dans le cadre de cette livraison d’Horizons stratégiques consacrée aux jeunes en Europe, est une manière d’énoncer et d’évaluer les problèmes démographiques, sociaux et politiques d’une Europe vieillissante. C’est aussi et surtout un texte programmatique qui envisage, dans le prolongement et l’approfondissement de la Stratégie de Lisbonne, un virage des États-providence européens, virage à entreprendre vers une logique dite d’investissement social.

2 Le bureau des conseillers de politique européenne (BEPA) est, en quelque sorte, le think tank officiel et public du président de la Commission européenne. Département de la Commission, directement placé auprès du président, composé d’experts de haut rang, il a pour responsabilité et tâche de fournir des conseils et de formuler des recommandations. Dans une visée moins opérationnelle que prospective, il a pour mission de nourrir la réflexion. Des groupes consultatifs d’experts extérieurs de haut rang sont constitués en son sein. Il en est ainsi du « groupe d’analyse de politique sociétale ». Celui-ci, dont sont notamment membres les universitaires de renom Loukas Tsoukalis, Gösta Esping-Andersen, Julian Le Grand, François Bourguignon, Maurizio Ferrera ou encore Manuel Castells, s’est intéressé aux défis du modèle social européen et à l’investissement dans la jeunesse.

3 Confrontées aux nouvelles réalités sociales, autour desquelles le BEPA a d’ailleurs récemment lancé une consultation de grande ampleur[2] [2] Voir ce « document consultatif » sur « la réalité...
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, les sociétés européennes sont appelées à réagir et à adapter leurs priorités de politique sociale. Une des principales voies de réforme est celle dite de l’investissement social, c’est-à-dire de la concentration des moyens sur la jeunesse et l’enfance. L’idée est forte. Elle part d’un double constat. Le premier est simple : il vaut mieux prévenir que guérir. Le deuxième est plus sophistiqué : les systèmes de protection sociale européens, avec leurs différences, se sont constitués non pas pour prévenir les problèmes sociaux, mais plutôt pour compenser les charges liées à leurs conséquences. C’est donc à une réforme en profondeur qu’encouragent les partisans de ce mouvement vers un État-providence centré sur le capital humain, la jeunesse et l’enfance. Emmenés par des penseurs européens de réputation internationale, au premier rang desquels le Danois Esping-Andersen[3] [3] Voir par exemple l’ouvrage qu’il a dirigé Why we Need...
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, les analystes et praticiens qui soutiennent une telle idée avancent une série d’arguments et de priorités que l’on retrouve dans le document du BEPA.

4 D’abord, raisonner et afficher en termes d’investissement c’est stopper cette critique de l’État-providence selon laquelle les dépenses sociales seraient d’abord, et donc essentiellement, une charge et un coût. Surtout, approcher les politiques sociales de la sorte, c’est s’autoriser plusieurs types de gains. Tout d’abord pour les enfants défavorisés : mettre l’accent sur une intervention le plus tôt possible, par exemple avec une politique extrêmement dense d’accueil de la petite enfance, c’est viser la réalisation de l’objectif d’égalité des chances. Ensuite, passer par ce développement de modes d’accueil de qualité pour tous, c’est permettre aux familles vivant en Europe de réaliser à la fois leurs souhaits d’investissement professionnel et leurs désirs d’enfant(s). L’État d’investissement social, au moins en ce premier sens, se veut un soutien à la démographie. Troisième observation et proposition : l’investissement dans la petite enfance et dans la jeunesse est favorable à l’égalité entre les hommes et les femmes car il permet l’émancipation et l’autonomie des femmes. Ces dernières – quatrième effet positif attendu d’un tournant souhaité vers l’investissement social – trouveraient plus d’offres d’emploi dans une économie favorisant les services à la personne (aux petits enfants en particulier).

5 Au-delà de la seule question de la petite enfance, les rédacteurs de la note du BEPA voient quatre raisons pour investir davantage dans la jeunesse : (1) améliorer la situation actuelle des enfants et des jeunes adultes, (2) accélérer le processus de modernisation des régimes de protection sociale au sein de l’Union, (3) se confronter à la réalité du déclin démographique et des changements d’équilibre générationnels qui l’accompagnent, (4) prouver symboliquement que la politique doit d’abord s’attacher à l’avenir.

6 Ils dégagent ensuite cinq domaines prioritaires, qui correspondent d’ailleurs à cinq étapes de la transition vers l’âge adulte.

7 Le bien-être de tous les petits enfants appelle la plus grande attention. À ce titre le BEPA, relayant d’ailleurs des analyses et invitations de l’OCDE, plaide en faveur d’un « accès universel » des enfants à des modes d’accueil de qualité[4] [4] Voir l’ouvrage issu de la deuxième investigation thématique...
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. La santé des enfants, qui devient un problème de plus en plus préoccupant en termes d’obésité ou d’usage de stupéfiants, doit faire l’objet d’interventions précoces et soutenues ; la Commission européenne pouvant intervenir avec le développement de stratégies d’informations et de coordination. L’éducation est, dans une stratégie d’investissement social et d’intervention en faveur du capital humain, le domaine clé. Pour le primaire, le secondaire et le supérieur, les efforts doivent permettre, d’une part, à tout enfant d’acquérir autonomie, indépendance (et même bonheur !) et, d’autre part, à l’Union européenne d’atteindre les ambitieux objectifs fixés en 2000 à Lisbonne. L’emploi doit être plus ouvert aux jeunes. Il n’y a pas ici à créer de statuts ou de contrats dérogatoires, mais à adapter le système social afin que les jeunes puissent rapidement pénétrer dans la sphère active. La participation est un impératif démocratique. Dans des sociétés vieillissantes, les jeunes sont une force politique mécaniquement en retrait relatif. Il importe de pouvoir leur offrir des conditions améliorées d’exercice de la citoyenneté.

8 Les sujets et les ambitions sont donc vastes. Ce ne sont pas que des termes généraux, et le texte fourmille de suggestions et d’idées concrètes. Il faut cependant noter que la « stratégie » qui est dessinée, plutôt que les quelques mesurettes qui pourraient s’annoncer, consiste véritablement en une révolution. En particulier pour les États-providence d’essence et de tradition bismarckiennes, la reconnaissance de la priorité de l’investissement social implique des arbitrages qui pourraient être difficiles[5] [5] Voir à ce sujet les diverses interventions de Julian Le...
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.

9 Il y a de l’ambition et du souffle dans cette analyse et cet ensemble de suggestions. Le BEPA, dans sa mission, fait ici œuvre utile d’exploration de pistes et d’alimentation du débat public, à l’échelle européenne.

 

Notes

[ (1)] On peut trouver ce document original, qui date d'octobre 2006, à l’adresse suivante : hhhh http://ec. europa. eu/ dgs/ policy_advisers/ publications/ docs/ investing_in_youth_11_october_2006_final_en. pdf. Le rapport complet « Investir dans la jeunesse, une stratégie d’empowerment », mis en ligne en avril 2007, se trouve lui à l’adresse : hhhh http://ec. europa. eu/ dgs/ policy_advisers/ publications/ docs/ Investing_in_Youth_25_April_fin. pdf. Retour

[ (2)] Voir ce « document consultatif » sur « la réalité sociale de l’Europe », mis en ligne en mars 2007. Voir également pour ceux que le sujet intéresse – et il est vraiment souhaitable qu’ils soient nombreux – le rapport Eurobaromètre (n˚ 273, « Réalité sociale européenne », février 2007) réalisé à l’occasion de cette consultation.Retour

[ (3)] Voir par exemple l’ouvrage qu’il a dirigé Why we Need a New Welfare State (Oxford, Oxford University Press, 2002), ou, plus récemment et plus synthétiquement sa tribune dans Le Monde (8 décembre 2006), « Vers un État-providence centré sur l’enfance ».Retour

[ (4)] Voir l’ouvrage issu de la deuxième investigation thématique de l’OCDE à ce sujet : Starting Strong II. Early Childhood Education and Care (Paris, OCDE, 2006).Retour

[ (5)] Voir à ce sujet les diverses interventions de Julian Le Grand, de Bruno Palier ou d’Agnès Hubert au colloque « Les jeunes dans une Europe vieillissante » organisé par le Centre d’analyse stratégique le 5 mars 2007. On peut également relever que deux des thèmes de travaux sur lesquels le Premier ministre a saisi le Centre en 2006, en l’occurrence l’idée d’un « service public de la petite enfance », ou bien l’étude des systèmes de dotation en capital des jeunes, sont très présents dans les développements du BEPA.Retour


POUR CITER CET ARTICLE

Julien Damon « Introduction à l'analyse u BEPA », Horizons stratégiques 2/2007 (n° 4), p. 88-90.
URL :
www.cairn.info/revue-horizons-strategiques-2007-2-page-88.htm.