Horizons stratégiques
La Doc. française

I.S.B.N.sans
310 pages

p. 130 à 151
doi: en cours

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Varia

n° 5 2007/3

2007 Horizons stratégiques Varia

Vers une gestion interministérielle des sorties de conflits ?

Niagalé Bagayoko Niagalé Bagayoko est docteur en science politique, chercheure à l’Institute of Development Studies (IDS, université du Sussex). Ses recherches actuelles portent sur les concepts de cultures stratégiques et tactiques dans les contextes européens et africains, la réforme du secteur de sécurité dans le monde francophone ainsi que sur les processus interagences de gestion des conflits. Elle est l’auteure de l’ouvrage Afrique : les stratégies française et américaine, Paris, L’Harmattan, 2003. Elle a également publié en collaboration avec Bernard Hours, États, ONG et production des normes sécuritaires dans les pays du Sud, Paris, L’Harmattan, décembre 2005, ainsi que Les officiers français et la construction européenne : l’européanisation du point de vue des acteurs de la défense, Paris, Les Documents du C2SD, février 2006. Christophe Cazelles Christophe Cazelles est saint-cyrien (1990-1993, promotion général Guillaume), titulaire d’un DESS de communication institutionnelle et breveté du Collège interarmées de Défense (2004-2005). Après avoir passé dix ans dans les forces à des postes opérationnels, il est aujourd’hui adjoint du département Institutions et Société du Centre d’analyse stratégique. Il s’intéresse en particulier à l’évolution des institutions liées à la sécurité européenne. Il a notamment dirigé des travaux consacrés à l’action de l’Europe en Afrique dans le domaine de la sécurité. Les actes d’un colloque consacré à ce thème ont été publiés dans la collection « Rapports et Documents » du Centre d’analyse stratégique.
L’introduction d’instruments interministériels de gestion des sorties de conflits est considérée de manière croissante comme une nécessité par l’ensemble des acteurs gouvernementaux français. Pourtant, un certain nombre de rivalités bureaucratiques et institutionnelles freinent aujourd’hui encore les tentatives de réforme. Une mise en réseaux des instruments mobilisés, davantage que la mise en place d’un dispositif interministériel centralisé, apparaît aujourd’hui comme la voie la plus prometteuse [1]. Mots-clés : interministérialité, sortie de conflit, ministère des Affaires étrangères, développement, ministère de la Défense, coopération.
Sur la scène internationale, les processus de sortie de conflits qui font suite aux interventions armées tendent à se prolonger : l’issue favorable ou non des phases de stabilisation devient un enjeu crucial, permettant en réalité de juger de la réussite d’une opération. Désormais, les interventions sur les théâtres de crises s’inscrivent le plus souvent dans des processus de long terme et ont pour vocation le rétablissement d’un contrat social au sein de l’État déchiré par la guerre et sa réintégration au sein des nations souveraines et démocratiques. La sortie de conflit peut être définie comme la période succédant à la fin des hostilités armées, au cours de laquelle des acteurs internationaux apportent une assistance extérieure aux acteurs locaux afin de garantir un cessez-le-feu durable et d’aider à la mise en place des conditions nécessaires à la stabilité politique. L’objectif ultime est de transférer progressivement la responsabilité de l’administration du pays aux autorités locales. Il est ainsi possible de considérer que la phase de sortie de conflit s’achève lorsque les acteurs locaux (gouvernement, administration, population) sont en mesure de se prendre en charge et qu’ils ne dépendent plus de manière cruciale de la communauté internationale pour le fonctionnement de l’État ou pour leur survie quotidienne (satisfaction des besoins vitaux minimaux, réintégration dans le tissu économique et social par le biais d’une activité professionnelle, réconciliation politique ou communautaire). Pourtant, si l’objectif premier et affiché est bien d’amener les acteurs locaux à une situation sinon d’indépendance, du moins d’autonomie, les logiques d’influence sont extrêmement présentes dans les processus de sortie de conflits. Dans un contexte international dans lequel l’aptitude à gérer des conflits est une preuve de la capacité à peser dans les rapports de forces mondiaux, la gestion des sorties de conflits est désormais l’objet d’une importante compétition internationale. Émerge ainsi un nouveau champ d’action, qui constitue pour les États intervenants un terrain d’affirmation de leurs stratégies d’intérêt et d’influence sur la scène internationale. Il est ainsi crucial aujourd’hui pour la France, acteur majeur des interventions dans les crises internationales récentes (Bosnie, Kosovo, Timor oriental, Côte -d’Ivoire, République démocratique du Congo), de veiller à rationaliser son action sur les théâtres post-conflits. L’introduction d’instruments interministériels de gestion de crises est aujourd’hui considérée comme un impératif par l’ensemble des acteurs gouvernementaux français concernés, afin d’améliorer la coordination entre les différents instruments mobilisés dans les processus de sortie de conflits. Toutefois, un certain nombre de rivalités bureaucratiques et institutionnelles freinent aujourd’hui encore les tentatives de reforme.
 
Du « peace keeping » au « state building ».
 
 
La guerre froide avait eu pour effet de geler les conflits locaux, qui ne donnaient que rarement lieu à une intervention étrangère, les grandes puissances ne pouvant se permettre qu’ils dégénèrent en des affrontements régionaux. La chute du mur de Berlin (novembre 1989), la dissolution du Pacte de Varsovie (février 1991) puis celle de l’URSS (décembre 1991) ont marqué la fin de cette période, et la réapparition des interventions militaires, en particulier sous l’égide de l’ONU. La rapidité avec laquelle celles-ci se sont succédé [2] a contrarié la définition d’une nouvelle doctrine et de nouveaux instruments, qui se sont en fait adaptés au fur et à mesure qu’apparaissaient les limites des différentes opérations. Une place croissante a été accordée aux phases de stabilisation, en particulier par les organisations internationales, le plus souvent dans le cadre de la coopération « interagences » ; au niveau national, il a donc été nécessaire d’envisager un effort interministériel.
Les difficultés rencontrées dans la mise en Å“uvre d’une réponse aux nouvelles formes de crises sont apparues en particulier au cours des opérations déclenchées en Somalie [3], où une guerre civile avait débuté en 1988. Une première mission, ONUSOM 1, fut mise sur pied en 1992 ; dotée de moyens dérisoires, une cinquantaine d’observateurs à l’origine, elle n’obtint pas de résultats malgré le renforcement progressif du contingent. Devant la dégradation de la situation humanitaire, les États-Unis obtinrent la création d’une force ad hoc opérant sous mandat de l’ONU, l’UNITAF ; déployée à partir de décembre 1992 dans le cadre de l’opération Restore Hope, elle rassembla jusqu’à 38 000 soldats et permit le rétablissement au moins provisoire de l’ordre. En mai 1993, elle fut relevée par une seconde mission de l’ONU, ONUSOM 2, forte de 20 000 soldats et de 8 000 civils. De nombreux affrontements eurent lieu entre les forces de l’ONU et les différentes factions. Les États-Unis eurent notamment à déplorer dix-huit morts et soixante-dix-huit blessés en octobre 1993 et retirèrent leur contingent au cours de l’année 1994. Ils furent imités par d’autres États contributeurs avant que ne soit mis fin à l’opération en mars 1995. Malgré le sacrifice de plus de cent casques bleus, l’opération n’avait pas permis de rétablir la paix. Ces événements ont provoqué une remise en cause des concepts de peace keeping et de peace making : l’ONU semblait en effet incapable d’imposer l’environnement sécuritaire nécessaire au règlement de la crise. Si l’action des États avait permis un certain retour au calme, elle n’avait pas pour autant, en raison de contingences nationales, permis de le maintenir, empêchant alors l’ONU d’« aider au relèvement des institutions politiques de la Somalie et au redressement de son économie, [et de] favoriser un règlement politique et la réconciliation nationale  » [4].
La difficulté pour l’ONU d’imposer la paix s’est également illustrée en ex-Yougoslavie, où seule l’intervention de l’OTAN à partir de 1995 a permis de mettre fin aux affrontements. Les accords de Dayton signés, un effort particulier a alors été consenti pour que les conditions d’une normalisation durable soient établies : une force de l’OTAN de 60 000 hommes étant déployée, le représentant spécial des Nations unies, Kofi Annan, a été principalement chargé de coordonner les différents programmes de réhabilitation (retour des réfugiés et personnes déplacées, déminage, promotion des droits de l’Homme, aide aux enfants, etc.) et la mission d’aide à la réforme de la police et du système judiciaire, la MINUBH. À partir de 2002, l’Union européenne, qui avait défini des programmes d’assistance spécifiques aux Balkans dans le cadre de sa politique de voisinage, a progressivement pris le relais de l’ONU et de l’OTAN [5] ; entre 1995 et 2005, l’aide totale qu’elle a apportée a représenté plus de deux milliards d’euros.
Les efforts de l’ONU comme de l’Union européenne ont également porté sur la définition de concepts et de structures adaptées. Pour la première, il s’agit notamment du rapport Brahimi, Report of the Panel on United Nations Peace Operations, qui visait en particulier à améliorer le Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) créé en 1992. La mise en Å“uvre d’une partie des recommandations a permis le renforcement de son équipement et de ses structures ; sa capacité à planifier et à gérer les opérations de maintien de la paix ne fait cependant pas encore l’unanimité [6]. En décembre 2005, a été créée une Commission de consolidation de la paix dont la vocation première est d’améliorer la coordination des acteurs multilatéraux et multinationaux concernés par la sortie de conflit. L’Union européenne s’est elle aussi résolument engagée en faveur de la définition d’outils à même de participer à la reconstruction, et ce d’autant que « la valeur ajoutée de l’Union réside dans sa capacité à conjuguer toutes les facettes possibles de l’action internationale » [7]. Cette volonté de développer une approche intégrée apparaît en particulier dans la cCommunication de la Commission relative à la prévention des conflits, présentée le 11 avril 2001 ; dans la création en 2001 d’une cellule de crise au sein de l’Unité de prévention des conflits et de gestion des crises (DG Relations extérieures) ; dans l’instauration, la même année, d’un mécanisme de réaction rapide permettant à l’UE de débloquer rapidement des fonds destinés à promouvoir la stabilité politique. Le Conseil a pour sa part créé en 2002 un Comité chargé des aspects civils de la gestion des crises (CIVCOM), puis une cellule civilo-militaire, opérationnelle depuis 2005, et a développé à partir du sommet de Nice (2000) un concept européen de gestion civile des crises. Des difficultés subsistent cependant, en particulier dès lors qu’il s’agit de coordonner l’action de la Commission et du Conseil ou des différents intervenants au sein de ces institutions.
La France avait été un des acteurs majeurs de l’effort militaire en ex-Yougoslavie, au prix de lourdes pertes. Elle s’est également engagée dans les programmes de réhabilitation et de reconstruction, sans pour autant obtenir les retombées espérées tant en matière d’influence que sur un plan strictement économique [8]. Ces limites ont été prises en compte lors de la crise du Kosovo : une Mission interministérielle pour l’Europe du Sud-Est (MIESE) a été créée au sein du secrétariat général pour la Défense nationale (SGDN) par le Premier ministre Lionel Jospin, afin de coordonner l’effort français de reconstruction. Présidée par l’ancien ministre Roger Fauroux, son travail était supervisé par un comité de pilotage comprenant les représentants des ministères impliqués dans la reconstruction. L’ensemble des observateurs s’accorde pour considérer que la MIESE a constitué une structure française réactive et clairement identifiable. Elle a su s’imposer, en parvenant à faciliter la pénétration des entreprises françaises sur les marchés de reconstruction : il s’agissait d’un effort inédit pour intégrer les acteurs privés dans une politique française d’influence. La MIESE a également mené une stratégie d’influence efficace au sein des structures multilatérales et européennes. Elle a en revanche reçu un accueil mitigé à l’intérieur de l’administration française. En réaction, elle a dénoncé les carences de l’organisation française et, outre ses fonctions opérationnelles, a pris l’initiative politique d’un groupe de travail interministériel destiné à créer un « dispositif interministériel de gestion des crises internationales ». Ses recommandations ont été entérinées par un « Bleu de Matignon », daté de juillet 2001. L’organisation envisagée prévoyait le dispositif suivant : un pilotage politique par une cellule de crise réunie au ministère des Affaires étrangères (MAE), présidée par le directeur de cabinet du Premier ministre et associant les ministères concernés ; une structure permanente d’appui interministériel installée au SGDN, chargée d’assurer la mise en Å“uvre coordonnée des orientations arrêtées par la cellule de crise ; un opérateur privilégié des actions décidées : l’Agence française pour le développement [9] (AFD). Ce dispositif n’a cependant pas encore été mis en Å“uvre lors des crises suivantes, en particulier pour l’Afghanistan, l’organisation gouvernementale traditionnelle subsistant.
 
Des acteurs gouvernementaux aux intérêts divergents
 
 
Alors que la gestion des conflits est un secteur où le politique joue un rôle majeur, la gestion des sorties de conflits, telle qu’elle est actuellement conçue en France, apparaît comme un domaine essentiellement technique mobilisant des capacités d’expertise. Le retrait du politique de cette sphère d’action publique explique en grande partie la difficulté à faire converger les efforts des différentes administrations. Le faible investissement des plus hautes autorités de l’État dans la gestion des sorties de conflits, qui se manifeste le plus souvent par une absence d’arbitrage, explique en grande partie le fait que les différents acteurs gouvernementaux développent des conceptions différentes de cette sphère d’intervention et produisent en conséquence des contradictions internes au champ étatique lui-même, contradictions exacerbées par certaines rivalités bureaucratiques.
L’Élysée et Matignon
Dans la phase aiguë de traitement d’une crise internationale, le processus décisionnel est articulé autour du président de la République, qui s’appuie sur un Conseil restreint auquel participent le Premier ministre, les ministres concernés et le chef d’état-major des armées (CEMA). Le SGDN assure le secrétariat du Comité restreint tandis qu’une cellule de crise interministérielle placée au sein du MAE assure la conduite politique de la crise. Cette organisation assure la prééminence du président de la République dans la phase pré-crise et dans la phase de gestion du conflit proprement dite, c’est-à-dire dans les phases d’urgence politique. En revanche, l’expérience des crises récentes révèle que la Présidence de la République est extrêmement absente dans les phases de sorties de conflits, au cours desquelles la prise de décision est beaucoup plus diluée. Or, la prééminence très largement présidentielle du régime s’est parallèlement avérée un obstacle à l’émergence d’un dispositif de gestion de crise pérenne, c’est-à-dire moins axé sur les seules phases d’urgence. Ce cadre constitutionnel a notamment empêché la mise en place d’un dispositif institutionnalisé dépendant de Matignon. Les différentes expériences positives (e.g. Kosovo) et les échecs relatifs (e.g. Timor, Afghanistan, Irak) en matière de gestion interministérielle des sorties de conflits peuvent ainsi être lues en fonction de l’implication politique du Premier ministre. C’est par décision du Premier ministre que sont mises en place des cellules interministérielles. Or, il est intéressant de constater que c’est précisément dans une période de cohabitation, soit dans une phase d’affaiblissement de la fonction présidentielle au profit de celle de Premier ministre, qu’a été mise en place la seule initiative véritablement réussie de gestion interministérielle des sorties de conflits, la MIESE. Le fait que celle-ci ait été créée à l’initiative du Premier ministre d’alors démontre l’importance d’une implication – au moins initiale – du politique dans la gestion des sorties de conflits.
Le Conseil de défenseAgrandir l'image Le Conseil de défense
Secrétariat interministériel, le SGDN est chargé de la réflexion, de la préparation de la décision et du suivi de sa mise en Å“uvre. Ses compétences en matière de veille stratégique, de coordination des services de renseignement et des activités d’intelligence économique ainsi que le rôle qu’il joue dans la préparation des Conseils de Défense pléniers ou restreints expliquent que cette instance ait été désignée pour assurer la gestion de la sortie de certaines crises récentes. Les attributions organiques ne suffisent pas pour asseoir l’autorité d’une instance, d’autant que les prérogatives du SGDN ne couvrent pas les aspects humanitaires, consulaires ou diplomatiques. L’autorité du SGDN dépend en grande partie de celle du Premier ministre : les difficultés du SGDN à s’imposer comme acteur majeur en matière de gestion interministérielle des crises, en dépit des décisions des Premiers ministres successifs qui ont cherché à lui accorder cette responsabilité, s’explique en réalité ainsi par l’absence de prééminence institutionnelle de Matignon sur la définition de la politique étrangère. L’absence d’autonomie financière de Matignon limite aussi considérablement sa marge de manÅ“uvre en termes de gestion interministérielle des crises [10] .
 
Le ministère des Affaires étrangères
 
 
D’un point de vue institutionnel, le ministère des Affaires étrangères (MAE) est en charge de la définition de la politique étrangère de la Nation [11]. Au nom de cette vocation à conduire l’action extérieure de la France, le ministère revendique aujourd’hui la responsabilité d’assurer la coordination des interventions françaises sur le théâtre de crise, y compris dans la phase post-conflictuelle. Cette ambition se heurte aux nombreuses critiques dont est l’objet l’institution en tant que telle, qui se voit reprocher sa difficulté à piloter l’action internationale de la France et son absence d’opérationnalité [12]. En réalité, cette difficulté est à la fois imputable à l’influence structurelle du président de la République sur la conduite de la politique étrangère, mais aussi à une évolution de temps long qui se traduit par l’implication d’autres acteurs dans la politique extérieure : ainsi que l’a démontré Brian Hocking [13], le statut de « gardien » (gatekeeper) revendiqué par les ministères des Affaires étrangères des différents États a en réalité toujours été contesté par d’autres administrations, telles que le Trésor, la Défense ou les ministères du Commerce, soucieuses d’affirmer leurs prérogatives sur la scène internationale. Aujourd’hui, le secteur de la gestion des sorties de conflits, précisément parce qu’il requiert l’intervention de nombreuses administrations, apparaît comme un champ particulièrement propice à la contestation de la prévalence du MAE. Les tentatives des autres ministères de s’affirmer à son détriment sont en outre encouragées par la faiblesse des budgets qui lui sont alloués lesquels, sur les terrains post-conflits, se révèlent bien limités comparés à ceux d’autres intervenants (ministère de la Défense et Agence française de développement notamment). La période contemporaine est par ailleurs propice à l’accroissement des prérogatives des militaires au détriment de celles des diplomates, processus à l’origine de l’émergence de « militaires-diplomates » dans de nombreux secteurs de la politique étrangère [14] : en raison du rôle central qu’il joue dans la phase de gestion des conflits, le militaire est perçu de manière consécutive – et souvent erronée – comme l’acteur majeur de la phase de sorties de crises. Enfin et surtout, pour être en mesure d’affirmer sa prévalence en matière de coordination des processus de sortie de conflits, le MAE doit pouvoir s’appuyer sur un fort engagement politique de ses représentants. Or, les ministres des Affaires étrangères se sont jusqu’ici extrêmement peu impliqués dans les processus de sortie de crises. Cet absence d’intérêt et d’investissement fait pendant à l’absence d’implication de la Présidence de la République et de Matignon soulignée plus haut.
En raison de l’insuffisante coordination au niveau le plus élevé du ministère et de l’absence de directives politiques, le rôle des différents services sectoriels et géographiques se révèle prépondérant. Certaines des faiblesses du ministère en matière de gestion des sorties de conflits tiennent ainsi à l’insuffisante coordination interne existant entre les différents services. En théorie, le secrétaire général du Quai d’Orsay « assure la haute direction de tous les services », au titre du décret du 4 novembre 1993 [15]. Il est ainsi chargé d’exercer un pouvoir d’arbitrage en cas de conflit entre les différentes directions. Dans les faits, la fonction de secrétaire général est parfois réduite par l’influence des directeurs de cabinet du ministre [16].
Organigramme indicatif de la gestion interministérielle des questions de défenseAgrandir l'image Organigramme indicatif de la gestion interministér...
La Direction générale des affaires politiques et de sécurité (DGAPS) est un acteur central en matière de gestion des sorties de conflits car elle regroupe en son sein un certain nombre de directions et de services appelés à s’impliquer dans ces processus (cf. schéma). Le rôle du directeur des Affaires politiques (DAP) est de mettre en cohérence l’action de ces différents services, afin d’éviter qu’ils ne travaillent de manière séparée. Par ailleurs, l’action des différents services et directions dépendant de la DGAPS doit être coordonnée avec celle des directions géographiques (Afrique et Océan Indien, Afrique du Nord/Moyen-Orient, Amériques et Caraïbes, Asie et d’Océanie), en charge des dossiers relatifs aux zones de crises. Il apparaît que ces dernières sont parfois réticentes à coopérer avec les services de la DAP, de crainte de voir les services à vocation plus générale empiéter sur les prérogatives qui leur sont reconnues depuis la réforme de 1978 [17]. La Délégation aux affaires humanitaires (DAH) est aussi un acteur important : son rattachement institutionnel au secrétaire général du Quai d’Orsay ne contribue pas à faciliter la collaboration avec les directions relevant du de la DGAPS ou des directions géographiques [18]. L’action de la DAH n’est pas non plus toujours suffisamment liée à celle menée par les services de la Direction générale de la coopération Internationale et du développement (DGCID), alors même que cette relation est essentielle pour garantir la transition entre urgence et développement sur les théâtres en sortie de conflit.
Après avoir bénéficié depuis les débuts de la Ve République d’un ministère à part entière ou, selon les périodes, d’un secrétariat d’État, les services dits de la « coopération » ont été rattachés en 1998 au ministère des Affaires étrangères, leurs attributions et leur personnel étant désormais placés sous la responsabilité de la DGCID. Les décisions du Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID) [19] du 20 juillet 2004 sur la nouvelle répartition opérationnelle entre le MAE et l'Agence française de développement (AFD) recentrent en priorité le ministère sur les projets d’appui aux domaines régaliens. À ce titre, plusieurs directions ou bureaux de la DGCID sont concernés par la gestion des sorties de conflits (cf. schéma supra). Pourtant, alors qu’elle devrait être en théorie un acteur institutionnel majeur dans ces processus, il apparaît en réalité que son action est handicapée par un certain nombre de problèmes structurels, et ce malgré la réforme de 1998 ; « les différences de culture, d’approche, d’outils, n’ont pas réellement permis d’obtenir que la fusion administrative se traduise par une synthèse harmonieuse bénéficiant des atouts de chacune des parties » [20]. Le deuxième problème structurel a trait à la zone d’intervention privilégiée de la DGCID. Le propre des ministères successifs à la Coopération est d’avoir prioritairement axé leur action sur les dits « pays du champ », en l’occurrence les anciennes colonies africaines. La réforme de 1998 est supposée avoir introduit une redéfinition de la zone de compétence des services de la coopération, grâce à l’introduction de la notion de « zone de solidarité prioritaire » (ZSP). Le poids de la doctrine pro-africaine adoptée par le ministère de la Coopération se fait encore sentir aujourd’hui au sein de la DGCID, parfois au détriment des autres zones affectées par les conflits [21]. L’inclusion dans la ZSP, qui permet d’accéder aux crédits du Fonds de solidarité prioritaire (FSP), demeure cependant extrêmement rigide et n’autorise souvent que des financements au cas par cas. Le troisième problème a trait à la faiblesse des moyens dont dispose la DGCID, qui sont près de sept fois inférieurs à ceux de l’AFD [22].
Le rôle des agents et des postes diplomatiques apparaît enfin fondamental en matière de gestion des sorties de conflits dans la mesure où c’est à eux que revient la responsabilité de coordonner l’intervention des différents acteurs sur les théâtres concernés. L’ambassadeur a vocation à coordonner l’action des services des différents ministères placés sous sa responsabilité et à l’articuler avec celle des organismes multilatéraux. Il apparaît pourtant que la fonction de coordination dévolue aux ambassadeurs est quelquefois remise en cause dans les faits : les différents personnels non affiliés au MAE peuvent avoir tendance à se considérer comme les représentants de leurs propres ministères et à se référer à ceux-ci davantage qu’aux directives du Quai d’Orsay, ce qui nuit bien entendu à la coordination de l’action sous la direction de l’ambassadeur [23].
Le ministère de la Défense
Au cours des dernières années, la France a eu tendance à s’en remettre en grande partie à ses forces armées pour assurer sa présence et son influence sur le terrain. Les militaires français ont donc été amenés à remplir des fonctions allant largement au-delà de leur mandat et relevant a priori de la compétence des civils (fourniture d’une aide humanitaire, participation à la reconstruction des infrastructures) tout en continuant à assurer leur mission sécuritaire première lorsque les conflits n’étaient pas ipso facto éteints (comme par exemple au Timor). C’est ainsi fréquemment sur le ministère de la Défense (MINDEF) qu’a reposé la mission de définir et de mettre en Å“uvre les stratégies de sorties de conflits tandis que ses ressources ont souvent été mobilisées pour financer des tâches à vocation civile. Aujourd’hui, l’objectif majeur proclamé aussi bien par les documents officiels que par les militaires rencontrés est de désengager les troupes le plus rapidement possible des théâtres d’opération, et ce dans les meilleures conditions possibles. Le MINDEF insiste donc sur la nécessité d’un engagement rapide des ministères civils, pour relayer efficacement son action. Ses réflexions excèdent ainsi largement le seul cadre de ses attributions dans la sortie de conflit mais cherchent également à penser les modalités d’intervention des acteurs civils, ce qui n’est pas d’ailleurs sans agacer parfois les agents des ministères civils [24].
Un document intitulé « Concept de sortie de crise » [25] a été élaboré par la Division Emploi de l’État-major des Armées (EMA). Ce concept de sortie de crise vise à « favoriser une politique d’influence en mettant en Å“uvre une stratégie globale, interministérielle, qui garantisse la plus grande efficience dans l’emploi des moyens nationaux. Au plan militaire, il consiste à entrer en premier sur les théâtres puis à passer le relais lors de la stabilisation, notamment à des acteurs civils capables de promouvoir durablement et efficacement l’influence française » [26]. Ce document n’a cependant pas été validé par le ministère car il n’a pas reçu l’approbation des autres administrations. Les militaires déplorent qu’aucune d’entre elles n’a réagi à la lecture de leur concept [27] tandis que les administrations civiles estiment que les procédures hiérarchiques de diffusion n’ont pas été respectées [28], les autorités auxquelles le document a été transmis n’ayant aucune légitimité pour le valider [29].
Au sein du ministère, ce sont les services rattachés auprès du chef d’État-major des armées (CEMA), et en particulier ceux en charge de la coopération civilo-militaire [30] (CIMIC), qui jouent un rôle majeur en matière de gestion de crises tout en étant par ailleurs en charge de la coopération interministérielle [31]. Différents organismes sont aussi concernés par la gestion des sorties de conflits : le cabinet militaire du ministre, la Délégation aux affaires stratégiques (DAS) également placée auprès du ministre de la Défense, la Délégation générale pour l’armement (DGA), la Direction du renseignement militaire (DRM), les états-majors des différentes armées, les cellules CIMIC des armées. Le MINDEF n’est pas épargné par les luttes bureaucratiques. Des tensions sont parfois palpables dans les relations de l’EMA avec les états-majors des différentes armées, particulièrement avec celui de l’armée de terre. Certaines luttes d’influence sont liées à l’interarmisation. Les relations entre l’armée de terre et la Direction générale de la gendarmerie nationale sont également souvent difficiles. Des tensions existent également entre la DAS et la DRM, dans la production du travail d’analyse. La DGA, qui a un rôle moteur en matière d’intelligence économique, se sent parfois concurrencée par l’activité déployée par les différentes armées dans le cadre des actions CIMIC.
Les relations du MINDEF avec le MAE sont fréquentes, particulièrement avec la Direction des affaires stratégiques mais aussi avec les autres directions rattachées à la Direction générale des affaires politiques et de sécurité ; en revanche, les liens avec la DGCID sont extrêmement ténus. Des perceptions mutuelles négatives polluent parfois les relations entre militaires et diplomates. Si le MINDEF entretient des relations fréquentes et assez bonnes avec le SGDN, ses liens avec les autres ministères sont plus ou moins inexistants.
Il convient de souligner que tout en étant un ardent promoteur de la mise en place d’un dispositif interministériel de gestion des sorties de conflits, le ministère de la Défense demeure lui-même très attaché à certaines de ses prérogatives. La préservation des attributions particulières du CEMA lui-même est ainsi un enjeu majeur pour le ministère. Alors que le président de la République est le chef suprême des armées, le CEMA assume la responsabilité du commandement de l’ensemble des opérations militaires ; en outre, depuis l’adoption du décret nËš 2005-520 du 21 mai 2005, le CEMA est très clairement placé au-dessus des autres chefs d’état-major des différentes armées, ce qui a encore renforcé son importance. En sa qualité de commandant de l’ensemble des opérations militaires, le CEMA entretient des liens privilégiés avec le président de la République : il maintient un lien étroit entre les commandants d’opérations sur le théâtre et la plus haute autorité de l’État, ce qui constitue une spécificité française à laquelle les acteurs militaires français sont très attachés. Le CEMA a en conséquence à la fois une vision stratégique (en raison de son rôle de conseiller du président) et une vision opérationnelle (en raison de son lien direct avec le commandant de l’opération). Certains au sein des administrations civiles font remarquer que les autres ministères n’ont accès au président que par le biais de leurs ministres et que la position du CEMA crée un déséquilibre dans les relations interministérielles [32]. Ils proposent en conséquence des restructurations qui remettraient en question ce lien [33].
En outre, tout en affirmant vouloir limiter l’engagement militaire dans l’environnement civil, la nouvelle doctrine CIMIC élargit en réalité considérablement – et paradoxalement – les missions potentielles des militaires. Quatre objectifs sont assignés aux unités CIMIC : contribuer à atteindre les objectifs politiques, en facilitant la coordination entre les différents acteurs civils et militaires et en établissant des liaisons permanentes avec les autorités civiles en charge de la crise ; renforcer l’action militaire, en facilitant l’insertion de la force dans un environnement civil complexe et en fournissant une expertise du milieu civil aux autres fonctions opérationnelles ; accélérer la sortie de crise, en fournissant un appui aux acteurs civils de la crise afin que ceux-ci puissent assumer au plus tôt leurs responsabilités ; préserver les intérêts nationaux, notamment en assurant la promotion des intérêts économiques français. Si le deuxième et le troisième objectifs apparaissent bien comme des fonctions vouées à assurer la protection de la force et à favoriser son désengagement, les premier et quatrième objectifs ajoutent en réalité à la confusion, et s’éloignent de la volonté proclamée de circonscrire la CIMIC au strict cadre des missions militaires.
Le ministère de l’Économie et des Finances
Les fonctions qui sont reconnues au ministère de l’Économie et des Finances (MINEFI) en matière de contrôle budgétaire lui procurent dans les faits une influence considérable dans les processus de sortie de conflits. Le MINEFI a été accusé, tant dans les différents rapports relatifs à la gestion interministérielle des crises que lors des entretiens [34], de refuser de financer les opérations sur lesquelles il n’a pas la tutelle [35]. Les autres administrations imputent ainsi volontiers à ce ministère le défaut de moyens et les lenteurs de déblocage de crédits. Les règles comptables appliquées par Bercy au cours des crises récentes ont notamment eu pour conséquence de rendre difficile la mise en Å“uvre de procédures d’urgence autres que le recours au budget du ministère de la Défense. En effet, l’un des facteurs expliquant la faible réactivité des ministères civils tient à l’obligation du contrôle a priori de toutes les dépenses. Seul le ministère de la Défense bénéficie d’un contrôle a posteriori. Par ailleurs, le ministère des Finances est apparu extrêmement réticent à autoriser des contributions importantes en matière de dons bilatéraux, classés comme des dépenses facultatives. Les dysfonctionnements dans les procédures comptables décidées par le MINEFI sont mis sur le compte d’une méconnaissance par ses agents des contraintes propres à la gestion de crises [36]. L’introduction de la LOLF devrait cependant apporter un certain nombre d’évolutions dans le dispositif financier.
Au-delà de son influence sur les procédures de financement des interventions françaises sur les théâtres post-conflits, le MINEFI intervient également dans ce domaine par le biais de la direction générale du Trésor et de la Politique Economique (DGTPE), créée en 2004 [37]. Son rôle principal dans la sortie de conflit est de rapidement réintégrer le pays en question à la communauté financière internationale [38]. Elle le remplit par le biais de son action auprès des institutions multilatérales (FMI, Banque mondiale, Banque africaine de développement, etc.) et au sein du Club de Paris [39]. La DGTPE, dans le cadre des programmes « Développement des entreprises » et « Stratégie économique et financière et réforme de l’État » de la politique transversale « Action extérieure de l’État », s’attache en outre à promouvoir le développement de l’implantation française sur les marchés émergents [40]. Dans certains cas, l’AFD et la DGTPE peuvent se mobiliser de manière concertée et cohérente sur un même projet de développement lorsque leurs actions sont complémentaires. L’action de la DGTPE pour promouvoir le développement de l’implantation des entreprises françaises dans les pays en situation de sortie de conflit immédiate reste cependant limitée [41]. Enfin, elle peut intervenir dans les processus de sortie de conflits par le biais de ses services à l’étranger. Les missions économiques sont dirigées par un chef de mission économique, qui est rattaché à l’ambassadeur mais conserve l’autorité sur les agents qui lui sont rattachés.
Deux logiques opposées semblent persister au sein de la DGTPE : la logique d’exportation héritée de la DREE d’une part, la logique de sécurité financière héritée du Trésor d’autre part. Cependant, en ce qui concerne le champ de la gestion des sorties de conflits, ce sont surtout les logiques de concurrence externes qui pèsent, davantage que les problèmes de coordination interne au ministère de l’Économie et des Finances. Les différends entre le MINEFI et le MAE ont été fréquents depuis la IVe République. Traditionnellement, le Quai d’Orsay a toujours cherché à conserver un espace d’action en matière économique et s’est souvent opposé à la DREE et dans certains cas à la Direction du Trésor. L’action du MAE est avant tout gouvernée par une logique politique et vise à rétablir des relations de confiance avec certains pays. Cette préoccupation se heurte souvent aux réticences de la DGTPE qui conteste le développement d’une politique économique non liée aux intérêts financiers de la France. La sortie de conflit s’inscrit exactement dans cette problématique : certains pays émergents de conflits, considérés comme une priorité politique par le Quai d’Orsay, sont souvent avant tout perçus comme des systèmes à risques pour la DGTPE.
L’Agence française de développement
L’Agence française de développement (AFD) est un établissement public, opérateur pivot de l’aide publique française au développement, placé sus la double tutelle du MAE et du MINEFI [42]. Si l’AFD est déjà intervenue sur le terrain de la reconstruction en sortie de conflit, il n’y a pas néanmoins de stratégie générale et ses interventions se sont faites au coup par coup. Entre 1999 et 2001, lors de la crise du Kosovo, l’AFD a été l’opérateur de la mission Fauroux. En outre, l’Afghanistan a été inclus dans la zone de solidarité prioritaire (ZSP) en 2004, ce qui a permis à ce pays d’accéder aux prêts de l’AFD [43]. Le Projet d’orientation stratégique de l’AFD (mai 2002) avait également mentionné la sortie de conflit comme l’un de ses champs d’intervention futurs. Cette disposition a suscité le mécontentement du MAE qui y a vu un empiètement sur le champ de compétence de la DGCID ; elle est donc largement restée lettre morte. Le CICID du 20 juillet 2004 a débouché sur une nouvelle répartition opérationnelle entre la DGCID et l'AFD : la première est responsable des secteurs à dimension régalienne tandis que les secteurs techniques relèvent désormais entièrement de la seconde [44] , renforçant son rôle d’opérateur pivot. En dépit de l’apparente clarification des rôles, ce dispositif apparaît problématique en ce qui concerne la sortie de conflit : en effet, celle-ci relève à la fois des domaines régaliens et des domaines techniques et l’introduction d’une différentiation entre les acteurs chargés de ces volets distincts ne peut que nuire à la cohérence de l’action, bien qu’un comité de suivi de l'assistance technique ait été créé entre le MAE et l'AFD [45].
 
L’interministérialité, un instrument d’action publique propice à la réforme ?
 
 
Si la reconnaissance de la nécessité incontournable d’une approche interministérielle de la gestion des sorties de conflits fait l’objet d’un fort consensus entre les différentes administrations, il est en revanche difficile à ces dernières de trouver un accord quant aux modalités de mise en place de cet instrument.
Jusqu’ici, la conception dominante parmi les acteurs gouvernementaux concernés a consisté à considérer que l’interministérialité, bien qu’étant par définition transversale, renvoie à un modèle qui peut être qualifié d’« interministériel centralisé ». C’est ce modèle qui avait été adopté pour la MIESE et qui a donné satisfaction ; celle-ci s’était cependant heurtée à de nombreuses réticences. Il semble possible pour dépasser ces difficultés de s’appuyer sur un deuxième modèle, qualifié d’« interministérialité en réseaux ». Dans cette hypothèse, l’interministérialité pourrait intervenir en l’absence d’une autorité centralisatrice, par le biais de réseaux de communication et d’échanges établis entre les différentes administrations. Cette solution devrait permettre de développer une culture propice à la gestion interministérielle des sorties de conflit et faciliter ainsi l’établissement de structures ad hoc, créées pour une crise spécifique ou destinées à durer. C’est d’ailleurs la voie qu’a adoptée la Grande-Bretagne avec la création du Post Conflict Reconstruction Unit et des Conflict Prevention Pools, et dans une moindre mesure les États-Unis, avec celle du Coordinator of Reconstruction and Stabilization.
Les avatars du modèle interministériel centralisé
Le modèle de l’interministérialité centralisée est porteur de vives tensions, dans la mesure où il implique de confier la responsabilité de la coordination de l’action des différents ministères à une instance unique. L’identité de l’acteur gouvernemental qui détiendra la responsabilité de la coordination interministérielle est l’objet de rivalités qui freinent l’introduction de la réforme, en raison de l’incertitude quant aux rapports de forces futurs que l’interministérialité introduira. La question de la coordination interministérielle se révèle un sujet extrêmement sensible, dans la mesure où il renvoie en grande partie à la préservation de territoires administratifs : la mise en place d’un dispositif interministériel centralisé dépend de la rationalisation des structures existantes, ce qui peut supposer la fusion de certaines d’entre elles, voire leur disparition pure et simple.
La mise en place de la MIESE et son activité avait ainsi suscité des protestations au sein de l’administration française : « l’expérience inédite de la coordination interministérielle d’une sortie de crise par une mission ad hoc, relativement autonome, a bousculé le fonctionnement traditionnel des administrations (Â…). C’était la première fois qu’une structure ad hoc, hors ministère, était chargée de coordonner l’effort français dans un contexte de sortie de conflit. L’autonomie laissée à la MIESE dans ses initiatives sur le terrain fut parfois perçue au sein du MAE comme « incontrôlable ». Au-delà de la dimension politique de la MIESE, sa mise en place et les relations privilégiées qu’elle a entretenues avec les militaires et les entrepreneurs français ont parfois court-circuité les initiatives « traditionnelles » de coopération » [46].
Le dispositif interministériel envisagé par les recommandations de la MIESE a en réalité été testé à l’occasion de la crise afghane. Or, il s’est avéré que ce dispositif « a eu des difficultés à fonctionner, notamment au niveau de la coordination entre les administrations. Celle-ci a finalement été assurée en grande partie par le MAE. Les prérogatives du SGDN ont été limitées au cours du temps, le MAE souhaitant assurer la direction quotidienne de l’interministériel. Le SGDN a tenté au début de la crise afghane de remplir la mission qui lui avait été confiée en assurant un rôle d’interface entre ministères, experts, entreprises et armée française, avant de réorienter son action vers un travail de veille stratégique sur les crises internationales [47]. Les principaux projets de coopération ont été menés et pris en charge par la DGCID dans les secteurs de l’agriculture, de l’éducation et de la santé » [48]. La réponse française à la crise afghane a donc clairement démontré la volonté du MAE de conserver la maîtrise institutionnelle de la gestion des crises internationales et en particulier de la coordination des sorties de conflits.
Pour la post-guerre irakienne, une solution intermédiaire, combinant les deux expériences précédentes, a été mise en place : la coordination institutionnelle a été confiée au MAE et une mission ad hoc, chargée du volet économique de la reconstruction, a été placée auprès du SGDN. L’AFD intervient pour sa part en tant qu’opérateur de référence, avec un rôle d’exécution technique et financière. Les ONG ayant privilégié les contacts avec la Délégation à l’action humanitaire (DAH) du MAE, la mission s’est orientée essentiellement vers les aspects économiques de la reconstruction et vers une fonction de veille.
Afin de parvenir à inscrire définitivement l’intervention française dans les contextes post-conflictuels dans un cadre plus pérenne [49], le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a adopté le 24 octobre 2005, une instruction confiant au MAE la responsabilité de formuler une proposition concrète. Le Centre d’analyse et de prévision du ministère (CAP), chargé de la réflexion, a proposé de créer une structure d’appui à la gestion des crises au sein du MAE. La mise en place de manière permanente en son sein des personnels d’autres ministères (Défense, MINEFI, Intérieur, Santé, Équipement/Transports) a été la solution proposée. Les modalités concrètes de fonctionnement de cette cellule n’ont cependant pas été clairement arrêtées. Ce projet a fait l’objet de vives critiques au sein même du MAE : les avis divergeaient sur la question de savoir s’il convenait de rattacher la cellule au directeur des Affaires politiques, au secrétaire général du Quai d’Orsay ou au directeur de cabinet du ministre. En externe, le choix de l’emplacement de la cellule a opposé les défenseurs de l’option SGDN (assez nombreux au sein du ministère de la Défense) aux défenseurs de l’option MAE. Par ailleurs, l’idée de limiter les coûts de fonctionnement de la cellule en utilisant les moyens, notamment en personnel, des autres ministères, a été très mal perçue par ceux-ci, qui ont estimé que le MAE demandait des personnels sans pour autant accepter de partager la supervision et le contrôle de la gestion des crises [50].
L’interministérialité en réseaux, une voie à explorer ?
En réalité, c’est sans doute davantage en se concentrant sur les procédures que sur la structure que l’interministérialité pourra être introduite en matière de gestion des sorties de conflits. Le secteur qui en aura la charge évoluera probablement davantage par des adaptations successives et marginales que par une réforme de rupture. Le modèle de l’« interministérialité en réseau » est ainsi susceptible d’être mis en Å“uvre de manière moins litigieuse dans la mesure où il suppose l’adoption de mesures moins à même de remettre en cause des territoires administratifs auxquels nombre d’acteurs demeurent attachés.
Selon cette logique, cinq catégories de mesures pourraient permettre d’améliorer la coordination interministérielle en matière de gestion des sorties de conflits :
  • renforcer la coordination interne au sein des différents ministères [51], en chargeant une à deux personnes de centraliser les informations et de mettre en cohérence les actions post-crises mises en Å“uvre par son administration ;
  • mettre en place des réseaux de communication interministériels entre les spécialistes (fonctionnels ou régionaux) des questions des sorties de conflits au sein de chaque ministère. Les agents responsables de la coordination de ces actions au sein de leur administration devraient également être responsables de l’échange d’information avec leurs homologues des autres administrations. Ce réseau pourrait être à la fois interministériel national et multinational, ce qui permettrait à la France d’avoir des points de contact pré-identifiés chez ses partenaires étrangers principaux ainsi qu’au sein des organisations auxquelles elle appartient [52] ;
  • encourager la connaissance mutuelle du fonctionnement de chaque administration : en développant les formations vouées à faire connaître les instruments dont dispose chaque ministère impliqué dans la gestion des crises [53] ; en organisant des exercices interministériels, destinés à éprouver les modalités de la coopération civilo-militaire et les capacités civiles de planification [54] ; en mettant en place des retour d’expérience (RETEX) interministériels qui viseraient à partager les leçons tirées par chaque administration en matière de gestion des sorties de conflits ; en favorisant une plus grande mobilité des personnels entre les ministères concernés, afin d’assurer non seulement une meilleure connaissance des activités conduites par les différents acteurs institutionnels, mais surtout une meilleure compréhension des cultures administratives et des blocages internes qui caractérisent chaque administration [55] ;
  • clarifier les liens des administrations avec les acteurs privés. Dans le secteur de la gestion des sorties de conflits, la stratégie d’influence déployée par les États ne peut être menée par les seuls acteurs gouvernementaux : elle doit être le plus souvent prolongée ou relayée par l’intervention d’autres acteurs. Les actions mises en Å“uvre au niveau gouvernemental doivent ainsi de plus en plus être articulées aux actions initiées par des acteurs nationaux non gouvernementaux (telles les collectivités territoriales) et non étatiques (telles les ONG et les entreprises) mobilisés dans les théâtres post-conflits [56]. Il convient d’intégrer les entreprises dans la stratégie globale civilo-militaire mise en Å“uvre et de les considérer comme des relais de la politique d’influence française, en développant les liens des administrations (MINDEF, DGTPE du MINEFI) avec elles. Il conviendrait aussi d’encourager la mise en place de spécialistes des théâtres post-conflits au sein du MEDEF et de la CGPME. En revanche, au regard de la valeur ajoutée que constitue la tradition d’indépendance des ONG françaises, aussi bien d’un point de vue opérationnel que pour l’image internationale de la France, il semble approprié de laisser l’humanitaire en dehors de la stratégie générale d’influence définie au niveau politique en matière de gestion de sortie de conflit et de se limiter à coordonner l’intervention des ONG françaises sur le terrain, afin d’éviter les actions redondantes [57] ;
  • réformer les instruments de financement de la gestion des sorties de conflits par la création d’une enveloppe budgétaire spécifiquement dédiée à leur gestion civilo-militaire.
Il est possible – voire nécessaire – de considérer que le modèle de l’interministérialité en réseau ne constitue qu’une étape vers le modèle de l’interministérialité centralisée. À terme, une fois que le fonctionnement d’un réseau interministériel sera rôdé et que les différentes administrations auront pris l’habitude de travailler de concert, il pourra être éventuellement envisagé de mettre en place une structure permanente d’appui interministériel à la gestion des crises, responsable de la définition des stratégies gouvernementales de sorties de conflits, incluant la planification entre les civils et les militaires ainsi que la collaboration avec les organisations multilatérales et les partenaires étrangers. Une telle structure devrait idéalement réunir un diplomate du Quai d’Orsay chargé de la stratégie, un officier du ministère de la Défense chargé de la planification opérationnelle et un fonctionnaire du MINEFI chargé des questions de financement. Que cette structure soit située au MAE ou au SGDN, des réformes internes à ces administrations seront nécessaires. L’option SGDN aurait l’avantage d’inscrire la gestion des sorties de conflits dans un champ interministériel par définition puisque dépendant directement de l’autorité du Premier ministre. Cependant, afin de pallier l’absence d’autorité du SGDN, une telle structure devrait être placée sous la responsabilité d’une personnalité politique désignée précédemment par le Premier ministre. L’option MAE permettrait quant à elle d’assurer plus facilement la continuité avec la cellule de crise chargée du pilotage politique. Cependant, dans la mesure où le MAE ne dispose d’aucune autorité interministérielle, un certain nombre d’aménagements s’imposeront pour assurer la légitimité d’un tel dispositif auprès des autres acteurs ministériels : soit la nomination d’une personnalité politique à la tête de la cellule ; soit la mise en place de cette structure auprès du ministre délégué à la Coopération ; soit la réorganisation des services du Quai d’Orsay, qui se traduirait par la mise en place d’une Direction des opérations, plus directement opérationnelle qu’une seule cellule d’appui [58]. Enfin, s’imposeront à terme l’identification et la mise en place d’un opérateur unique en matière de gestion de sortie de conflits, ce qui nécessitera de renforcer le rapprochement actuel que l’on constate entre l’AFD et la DGCID. Il convient également de souligner que les réformes de l’architecture administrative impulsées par la nouvelle Présidence de la République pourraient également contribuer à la mutation du dispositif actuel [59].
L’exemple du Royaume-Uni illustre bien la combinaison d’une logique interministérielle en réseau et d’une logique interministérielle plus centralisée. En effet, en 2002, ont été mis en place les Conflict Prevention Pools (CPP), qui couvrent les activités de prévention des conflits du Department for International Development (DFID), du Foreign and Commonwealth Office (FCO) et du Ministry of Defence (MOD), lorsqu’une approche intégrée apporte une valeur ajoutée. Les CPP disposent d’enveloppes budgétaires interministérielles constituées de fonds des trois ministères concernés, qui sont utilisées sur la base de décisions prises conjointement. Elles conjuguent un outil financier spécifique et immédiatement mobilisable [60], une capacité d’analyse stratégique et une organisation interministérielle opérationnelle. Par ailleurs, le 16 septembre 2004, a été créée la Post Conflict Reconstruction Unit (PCRU), institution qui complète le dispositif des CPP. Cette nouvelle structure, vouée spécifiquement à améliorer la coordination des moyens civils et militaires dans la phase de stabilisation, est placée sous la direction conjointe du DFID, du FCO et du MOD [61].
Le parallèle avec l’initiative de l’Office for the Co-ordinator for Reconstruction and Stabilization du Département d’État américain est directement établi par le Royaume-Uni, ce qui place cette initiative dans une perspective transatlantique. Le modèle américain relève pourtant davantage de l’interministérialité centralisée ; en effet, y a été mis en place en 2004 un Bureau du Coordinateur pour la reconstruction et la stabilisation au sein du Département d’État (State Department Office of the Coordinator of Reconstruction and Stabilization ou S/CRS), qui a pour tâche de planifier et de mettre en Å“uvre les efforts civils de stabilisation et de reconstruction. Ce bureau est appelé à travailler avec toutes les agences du gouvernement afin de permettre l’intégration des activités civiles et des efforts militaires. Le S/CRS doit également coordonner les efforts du gouvernement américain avec ceux des autres pays ou institutions qui cherchent à se doter de capacités similaires. C’est au Département d’État qu’a été confiée la responsabilité de coordonner et de renforcer les efforts des diverses entités. Son importance est soulignée dans la dernière National Security Strategy, parue en 2006. La coordination, la planification et la mise en Å“uvre de l’action du gouvernement américain dans les régions ou États menacés de conflits, en conflit ou sortant de conflit ont d’ailleurs fait l’objet d’une directive présidentielle de sécurité nationale, la NPSD 44, dont la version non classifiée a été rendue publique en décembre 2005.
Bien que ces nouvelles structures éprouvent elles-mêmes des difficultés à s’imposer face aux autres administrations qui ont tendance à contester leur légitimité, elles témoignent néanmoins de la prise de conscience chez les partenaires anglo-saxons de la nécessité de rationaliser l’action menée sur les théâtres post-conflits, afin d’accroître les stratégies d’influence.
Face à l’intégration interagences croissante que l’on constate chez ses principaux partenaires, la France, quelle que soit la voie privilégiée, ne peut aujourd’hui éviter d’introduire davantage de cohérence interministérielle dans son approche de la gestion des sorties de conflits. Dans la mesure où elle affirme vouloir inscrire de manière croissante ses interventions extérieures dans le cadre européen, la coordination des instruments mobilisés par les acteurs français avec ceux mis en Å“uvre par l’UE fait aujourd’hui figure d’impératif. L’Union dispose d’une solide expérience dans le champ de la gestion des sorties de conflits. Elle peut se prévaloir d’une expérience aussi bien dans le champ de la reconstruction que dans celui de la consolidation de la paix. Jusqu’à l’expérience du Kosovo, l’UE s’était cantonnée à intervenir dans les domaines sociaux et économiques, conformément à son image de « puissance civile ». Dans ces domaines, elle s’est imposée comme le premier bailleur mondial de l’urgence et de la reconstruction en sortie de conflit. Cependant, les progrès accomplis dans la mise en place de la PESD (Politique européenne de sécurité et de défense), particulièrement de son volet « gestion civile des crises », ont contribué à lui ouvrir d’autres champs d’intervention, particulièrement en matière d’ingénierie politique.
Il apparaît donc urgent que les plus hautes autorités politiques françaises s’engagent de manière résolue à donner une impulsion pour imposer une plus grande coordination des efforts encore trop épars et concurrentiels déployés par les différentes administrations en vue d’améliorer la visibilité de l’action internationale de la France sur les théâtres post-conflits.
 
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·  Kessler M.-C. (1999), La politique étrangère de la France : acteurs et processus, Paris, Presses de Sciences Po.
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·  http://www.minefi.gouv.fr/directions_services/dgtpe/institutions/rapportbm-fmi05.pdf.
·  http://www.hcci.gouv.fr/presentation/index/html.
 
NOTES
 
[(1)]Les auteurs de cet article tiennent à remercier le C2SD (Centre d’études en sciences sociales de la défense, ministère de la Défense) qui les a autorisés à reprendre certains éléments de l’étude réalisée pour son compte. Voir Bagayoko N. et Kovacs A. (2007), « La gestion interministérielle des sorties de conflits », Paris, Les Documents du C2SD, nËš 87, juin.
[(2)]Pour les seules opérations de l’ONU, on compte dix-sept théâtres d’opérations différents entre 1900 et 2000 : Angola, Koweït, Irak, El Salvador, Cambodge, Somalie, ex-Yougoslavie, Mozambique, Rwanda, Libéria, Haïti, Tchad, Tadjikistan, Guatemala, République Centrafricaine, Sierra Leone, Timor oriental.
[(3)]Brodeur J.-P. (1988), « Maintien et imposition de la paix en Somalie (1992-1995) », Culture et Conflits, nËš 29-30, p. 175-228.
[(4)]Résolution 814 (1993) du Conseil de sécurité.
[(5)]Recchia S. (2007), « Beyond International Trusteeship : EU Peacebuilding in Bosnia and Herzegovina », Paris, ISS-EU occasional paper, nËš 66, février.
[(6)]Tardy T. (2004), The Brahimi Report : Four Years On, Proceedings of a workshop held at the Geneva Centre for Security Policy, 20-21 juin, p. 11.
[(7)]Solana S. (2004), Préface, in Nicole Gnesotto (dir.) La PESD. Les cinq premières années, de 1999 à 2004, Paris, ISS-EU, p. 7.
[(8)]Gaïa R. (2001), Rapport d’information sur l’action civile des armées sur les théâtres extérieurs, Commission de la défense nationale et des forces de l’Assemblée nationale, nËš 3167, 20 juin.
[(9)]Ces recommandations de la MIESE rappellent celles formulées par un Comité d’auditeurs de l’IHEDN, qui a publié en 1996 un rapport reprenant les conclusions d’un groupe de travail, mis en place quelques mois plus tôt par le SGDN : ce rapport prônait la création d’une « Agence française pour la reconstruction et le développement » (AFRED), filiale de la Caisse française de développement (non encore transformée en AFD).
[(10)]Entretien avec l’ancienne secrétaire générale de la MIESE, Paris, janvier 2006.
[(11)]À propos du MAE, voir Kessler M.-C. (1999), La politique étrangère de la France : acteurs et processus, Paris, Presses de Sciences Po, p. 90.
[(12)]Défourneaux M. (2000), « Gestion des sorties de crises et reconstruction de la paix », Recherche et documents de la FRS, nËš 21, décembre ; IHEDN (2005), rapport des auditeurs de la session nationale, Le rôle de la coopération civilo-militaire dans la sortie de crise ; Rapport d’information du Haut Conseil de la coopération internationale (2005), Les acteurs français dans le post-conflit, Commission « Crises, prévention des crises et reconstruction », présidée par Michel Bruguière, mars. Au cours des entretiens menés, des jugements négatifs sur l’absence d’opérationnalité du Quai d’Orsay ont fréquemment été formulés.
[(13)]Hocking B. (1999), « Foreign Ministries : Redefining the Gate keeper Role », in Hocking B., Foreign Ministries. Change and Adaptation, Basingstoke, Mac Millan Press.
[(14)]Comme le souligne Jean-Jacques Roche, bien souvent, « le militaire prend désormais l’ascendant sur le diplomate comme interlocuteur privilégié du politique  » (Roche J.-J., « Le Diplomate et le soldat : questions de préséances », article aimablement communiqué par l’auteur). Ce type d’évolution n’est pas uniquement propre à la France et se révèle encore plus prégnant dans d’autres États, particulièrement aux États-Unis (CINC’s).
[(15)]Ce décret se réfère lui-même aux termes d’un décret de 1920, et vise donc à rétablir les attributions traditionnelles du secrétaire général, largement diminuées lors de la réforme engagée en 1976.
[(16)]Entretiens, ministère des Affaires étrangères, Paris, janvier et mars 2006.
[(17)]Entretiens, ministère des Affaires étrangères, Paris, mars et juin 2006.
[(18)]Son action est parfois perçue au sein du Quai d’Orsay comme étant déconnectée de celles des services à vocation politique, alors même que le MAE considère l’action humanitaire comme l’un des instruments de l’action extérieure de la France. Les choix de financement des actions humanitaires sont donc souvent guidés par des préoccupations diplomatico-stratégiques, ce qui devrait impliquer une coopération accrue des différents services du Quai.
[(19)]Le CICID a été créé par le décret nËš 98-66 du 4 février 1998. Présidé par le Premier ministre, il est composé des ministres les plus directement concernés par les questions de développement.
[(20)]Haut Conseil de la coopération internationale (HCCI), Réflexions sur l'évolution du dispositif de coopération française pour le développement, adopté en assemblée plénière le 17 février 2005.
[(21)]Néanmoins, il a été décidé en 2004 d’inclure l’Afghanistan dans la ZSP, ce qui a permis à ce pays de bénéficier de financements plus importants, grâce à l’accès au FSP (fonds de solidarité prioritaire).
[(22)]En 2006, le budget de l’AFD est de 340 millions d’euros.
[(23)]Entretiens au ministère des Affaires étrangères, janvier 2006.
[(24)]Entretiens au ministère des Affaires étrangères, mars 2006 ; au SGDN, avril 2006.
[(25)]Concept de sortie de crise, nËš199/DEF/EMA/EMP.1 du 19 février 2004.
[(26)]Idem, p. 2.
[(27)]Entretien CICDE, décembre 2006 ; Entretien DAS, janvier 2006.
[(28)]Entretien au SGDN, Paris, mai 2006.
[(29)]Le Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations (CICDE) est en charge d’élaborer un nouveau concept qui devrait voir le jour dans le courant de l’année 2007.
[(30)]La coopération civilo-militaire se définit comme « la fonction opérationnelle destinée à améliorer l’intégration de la force dans son environnement humain, afin de faciliter l’accomplissement de sa mission, le rétablissement d’une situation sécuritaire normale et la gestion de la crise par les autorités civiles (administration, action humanitaire, reprise économique, etc.). Le soutien apporté aux acteurs civils ne doit jamais compromettre l’accomplissement de la mission. Les activités qu’il entraîne sont transférées aux acteurs civils aussitôt que possible ». Document nËš 262/DEF/EMA/EMP.1/NP du 3 mars 2005, « Concept et doctrine interarmées de la coopération civilo-militaire PIA 09.100 ».
[(31)]Au sein de l’état-major des armées (EMA), c’est le CPCO/J9 qui est à la tête de la chaîne de la coopération civilo-militaire, CIMIC. Le CPCO (Centre de planification et de conduite des opérations) constitue ainsi l’état-major permanent relevant du CEMA pour la conduite des opérations. Le J9 est une cellule de cet état-major, dont la vocation est de concevoir et de conduire au niveau stratégique la coopération civilo-militaire nationale en fonction des objectifs fixés par le niveau politique.
[(32)]Entretien, SGDN, Paris, mai 2006.
[(33)]Les militaires soulignent également qu’il ne serait pas approprié qu’une autorité civile – en l’occurrence le ministre de la Défense, qui institutionnellement n’est pas dans la chaîne de commandement – s’immisce entre le président et le CEMA : pour eux, il est essentiel que le militaire soit directement en contact avec le président.
[(34)]Entretien avec la secrétaire générale de la MIESE, octobre 2005 ; entretiens au MAE, janvier et juin 2006 ; entretiens au MINDEF, novembre 2005.
[(35)]Voir rapport IHEDN, 2005.
[(36)]Le MINEFI n’est cependant pas la seule administration à être responsable des dysfonctionnements en matière de financement.
[(37)]La création de la DGTPE résulte de la fusion de trois directions du MINEFI qui étaient tournées vers l'action économique : la Direction du Trésor, la Direction des relations économiques extérieures (DREE) et la Direction de la prévision et de l’analyse économique.
[(38)]Entretien à la DGTPE, le 29 juin 2006.
[(39)]La DGTPE travaille par exemple au sein de ces instances sur la question des États fragiles, comme pays pauvres très endettés (PPTE). Les pays en sortie de conflit sont en effet souvent très endettés et font donc face au problème aigu des arriérés auprès des bailleurs internationaux.
[(40)]Projet de loi de finances pour 2006, document de politique transversale « Action extérieure de l’État », p. 8.
[(41)]Entretien à la DGTPE, le 29 juin 2006.
[(42)]Les statuts de l’AFD ont été fixés par le décret du 30 novembre 1992, mais c’est le décret nËš 98-294 du 17 avril 1998 qui a transformé sa dénomination en Agence française de développement (en remplacement de la Caisse française de développement - CFD) tandis que le décret nËš 2000-78 du 11 septembre 2000 a adapté ses statuts à la réforme du dispositif public de coopération.
[(43)]Aucun rôle n’a cependant été confié à l’AFD dans la gestion de la post-guerre afghane.
[(44)]« Ses domaines d’action [de l’AFD] sont le développement urbain et les infrastructures, le développement rural, l’industrie, les systèmes financiers ainsi que l’éducation et la santé. Le développement durable oriente la stratégie de l’Agence. Les droits de l’Homme, l’urgence et le post-conflit ne font pas partie des attributions de l’AFD. Ces secteurs d’intervention restent du domaine de compétences du ministère des Affaires étrangères  » ; http://www.afd.fr/jahia/Jahia/pid/403#q6.
[(45)]Pour l’heure, au sein de l’AFD, il existe un réseau informel s’intéressant aux enjeux de la sortie de conflit : ce réseau, dont le responsable est en poste auprès du directeur de la Stratégie, se limite à mener une réflexion en amont et n’est doté d’aucun budget. Il n’y a donc pas à l’AFD de bureau comparable au Bureau de la prévention des conflits et de la reconstruction de la DGCID. Un département Pilotage et relations stratégiques a été créé au sein de la Direction de la stratégie de l’AFD, comprenant un bureau Cycles et méthodes opérationnelles qui effectue un travail de littérature grise visant à construire une réflexion, notamment sur les États fragiles.
[(46)]HCCI (2005), Les acteurs français dans le post-conflit, rapport, mars, p. 72.
[(47)]L’AFD n’a pas été confirmée dans sa mission, ni reçu de dotation budgétaire. C’est avec la décision d’inclure l’Afghanistan dans la ZSP, début 2004, qu’elle a pu mobiliser ses outils et moyens financiers pour la reconstruction du pays.
[(48)]HCCI (2005), op. cit., p. 41.
[(49)]Un rapport a en outre été commandé à l’ancien directeur du SGDN, Jean-Claude Mallet, afin de tirer des enseignements de la mission interministérielle mise en place pour le tsunami. Les conclusions de ce rapport, dont certaines auraient pu, selon les personnes rencontrées, être appliquées pour la gestion des sorties de conflits, demeurent cependant confidentielles.
[(50)]Finalement, les missions de la structure ont été réduites à la seule coordination des crises humanitaires et consulaires.
[(51)]La coordination interne au sein du Quai d’Orsay apparaît particulièrement fondamentale : Il conviendrait notamment de développer les liens entre la DAH et la DGCID et entre la DGCID et la DCMD, mais aussi plus largement les liens des Directions rattachées au directeur des Affaires politiques et de sécurité avec la DAH, la DGCID et les directions géographiques. Au sein du ministère de la Défense, les relations entre l’EMA et les états-majors de chacune des armées doivent être renforcées. Plus spécifiquement, l’harmonisation des relations entre l’Armée de Terre et la Gendarmerie devrait faire l’objet d’efforts particuliers.
[(52)]Recommandation contenue dans le rapport US-CREST (2005), La coordination interministérielle de défense aux États-Unis, 20 février.
[(53)]L’IHEDN, l’École nationale d’administration ou l’Institut diplomatique du Quai d’Orsay pourraient proposer de tels programmes.
[(54)]Cette idée est également formulée dans le rapport de l’IHEDN 2005. Ce rapport préconise ainsi la réalisation d’exercices destinés à « tester des plans d’actions combinées civilo-militaires et ainsi de roder et perfectionner les procédures et les formations permettant aux différents acteurs de définir des modes d’action et des procédures communes d’évaluation et de conduite des actions à entreprendre dans le cadre de différents types de crises ».
[(55)]La formation au fonctionnement des institutions européennes apparaît