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Humanisme et Entreprise

2007/5 (n° 285)


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Face à la nouvelle donne du commerce international, les petites entreprises (PME) et très petites entreprises (TPE) montrent une croissance impressionnante, comparée aux grandes entreprises. Cependant, nombreuses sont les PME qui connaissent soit une croissance très lente soit pas de croissance du tout. En effet, les taux de croissance observés au niveau global sont souvent le fait de l’expansion rapide d’un segment étroit de petites entreprises très performantes. Dans les pays en voie de développement (la Tunisie), il semble qu’il existe un petit groupe d’entreprises qui devancent leurs pairs et servent de moteur à la croissance globale de l’emploi, et à la productivité dans le secteur des petites entreprises (PME). Ainsi, les questions qui se posent sont les suivantes :

  1. Pourquoi certaines PME/TPE se développent-elles rapidement, alors que d’autres stagnent ?

  2. Quels facteurs expliquent les fortes variables observées dans les trajectoires de croissance ?

Le présent article tente d’apporter quelques éléments de réponse sur les variables qui influencent la croissance des PME : environnement économique et autres facteurs externes et internes à la PME. Il se fonde sur un cadre d’analyse à deux variables -capacités de l’entreprise et opportunités d’affaires- et étudie le lien entre productivité et croissance des PME. A partir de l’examen d’un groupe de PME tunisiennes, nous identifierons le profil de croissance des PME tunisiennes. Nous définirons différents types d’entreprises. Nous suggérerons un certain nombre de recommandations pour des politiques de développement des PME.

1 - Cadre théorique

1.1 - Survol de la litterature sur les PME

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Le rapport de Bolton (1971), qui fut à l’origine de la reconsidération des PME par l’économie industrielle en Angleterre, retient trois critères essentiels : une PME détient une part relativement petite de son marché ; elle est gérée de manière personnelle par son propriétaire ; elle est indépendante, c’est-à-dire non intégrée dans une grande structure et ses propriétaires prennent leurs décisions sans contrôle extérieur.

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Il en résulte qu’une PME peut-être analysée selon trois dimensions distinctes mais complémentaires (d’Amboise, 1999) : l’environnement, la configuration organisationnelle et les caractéristiques managériales.

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L’environnement dans lequel opère la PME est composé des clients, fournisseurs, concurrents et organismes régulateurs. Les PME sont, en général, vulnérables aux changements de l’environnement étant donné leurs limites en ressources humaines et financières. Elles passent plus de temps à s’adapter à l’environnement qu’à le prédire et le contrôler.

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La configuration organisationnelle se réfère à la structure formelle ou informelle de l’entreprise. Pour les PME, les niveaux hiérarchiques sont peu nombreux et la prise de décision est centralisée. Leur petite taille leur donne une rapidité et réactivité pour répondre à l’environnement et une souplesse pour gérer les cloisonnements organisationnels qui sont souvent plus personnalisés que dans les grandes entreprises. Julien (1996) a montré que les PME peuvent être distinguées des grands groupes en termes d’interaction entre départements et de facilité d’accès à l’information.

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Quant aux caractéristiques managériales, elles entraînent des motivations, des objectifs et des actions de l’entrepreneur/manager. L’entrepreneur est individualiste, a tendance à prendre des risques considérables mais calculés et apprend à travers le développement des activités de l’entreprise. Smith&Miner (1983) ont souligné les caractéristiques du manager en termes d’éducation, conscience sociale, confiance en sa capacité et d’orientation vers le futur.

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La PME en Tunisie constitue l’élément essentiel du maillage économique : elle représente un moteur de croissance et d’emploi puissant. Face aux mutations environnementales imposées par la prolifération de la concurrence et la fin du protectionnisme, la PME tunisienne est appelée à saisir les opportunités offertes par le paysage économique ouvert et mouvementé et à acquérir des capacités pour se développer.

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Ainsi, aux trois caractéristiques citées ci-dessus, nous allons ajouter deux autres variables : les opportunités rencontrées par les PME et les capacités propres à ces dernières.

1.2 - Opportunités et capacités : deux variables déterminantes de la croissance

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L’existence ou non d’opportunités pour les PME/TPE et la nature de ces opportunités déterminent naturellement la capacité de l’entrepreneur à développer son activité. Les opportunités commerciales sont toutefois une condition nécessaire mais non suffisante à la croissance des entreprises. Pour tirer parti de ces occasions, les entrepreneurs doivent aussi être dotés de capacités appropriées, qu’il s’agisse de compétences, de ressources ou de technologies.

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La figure 1 montre comment ces deux variables peuvent se combiner pour dessiner les trajectoires de croissance des petites entreprises. Ce cadre conduit à une typologie présentant quatre types de profil de croissance des PME. Nous proposons de vérifier l’existence réelle de ces quatre types.

Figure 1 - Trajectoire de croissance des PME/TPEFigure 1

2 - Méthodologie de la recherche

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L’objectif de cette étude est de vérifier empiriquement l’hypothèse issue du cadre théorique et selon laquelle il existe quatre types de profil de croissance de petites entreprises. L’approche méthodologique retenue est l’étude de cas (Yin, 1994), permettant d’explorer le phénomène en profondeur. L’étude de cas a été retenue dans le cadre de comparaison intersites et de recherche de répétitions. Le guide d’entretien a été établi de façon à aller au-delà des variables présélectionnées, des questions ouvertes invitant les répondants à communiquer toute information relative à la croissance qui peut leur venir à l’esprit. Les cas ont été sélectionnés selon la dimension théorique retenue. Quatre cas ont été sélectionnés.

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Pour constituer notre échantillon, nous avons utilisé les critères de sélection suivants :

  • les entreprises retenues dans le cadre de cette étude sont des petites et moyennes entreprises ayant un effectif inférieur à 500 employés ;

  • en Tunisie, le concept du nombre de salariés a été préféré pour définir les entreprises de cette catégorie. Ce critère permet de voir si cette population d’entreprises contribue de façon significative à la croissance.

La technique d’analyse choisie est celle de recherche de constantes d’un cas à l’autre. L’objectif visé est de dégager un ensemble de caractéristiques et de relations qui soient uniques à un groupe ou sous-groupe. La configuration obtenue est confrontée au cadre théorique préliminaire afin de vérifier son bien-fondé.

3 - Résultats obtenus : facteurs influant sur les opportunités et les capacités

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Un certain nombre de facteurs déterminants ont été identifiés pour le niveau de croissance des entreprises car ils influencent les opportunités offertes aux entrepreneurs ainsi que les capacités de l’entreprise à exploiter ces opportunités. Les principaux facteurs de croissance identifiés sont les suivants : 1) l’environnement des affaires ; 2) la nature de la filière ; 3) la coopération entre les entreprises ; 4) les réseaux sociaux ; 5) les caractéristiques de l’entrepreneur ; 6) les caractéristiques de l’entreprises.

3.1 - L’environnement des affaires

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Les facteurs contextuels jouent un rôle majeur en termes d’opportunités pour les PME des pays en voie de développement, comme la Tunisie.

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Globalement, la situation économique influence directement l’existence d’opportunités rentables. Il est peu surprenant de constater que les PME/TPE tendent à se développer plus rapidement durant les périodes de croissance économique générale.

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Cependant, la relation entre les PME/TPE tunisiennes et le cycle économique global est plus complexe que cela. En effet, le secteur des petites entreprises dans son ensemble a tendance à croître en temps de crise économique, du fait de l’augmentation des activités de « survivance » ; en outre, durant les crises économiques sévères, les micro et petites entreprises peuvent être plus résistantes que les grands groupes (les entreprises de grande taille). D’autre part, l’instabilité macro-économique et la volatilité des prix sont des facteurs importants. L’étude montre que l’inflation et le risque de change affectent davantage les PME/TPE que les grandes (Marchesney, 1998). En effet, l’environnement réglementaire et institutionnel en Tunisie -connu pour être plus lourd que dans les pays développés- entrave souvent la croissance des PME/TPE. Les réglementations trop strictes ou taxes élevées peuvent contraindre celles-ci à rester petites et informelles.

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S’il semble y avoir consensus sur ce qui constitue un mauvais environnement des affaires, il est plus difficile de s’accorder sur la description d’un environnement positif. Les praticiens s’entendent sur quelques caractéristiques, dont la cohérence, un environnement économique stable, l’existence de mécanismes d’application des contrats et de résolution des litiges, une circulation libre des capitaux pour l’investissement étranger et domestique, une législation du travail favorable, l’accès à l’information et l’investissement dans l’éducation et la technologie.

3.2 - La nature de la filière

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Les caractéristiques de la filière peuvent aussi avoir des implications sur le type et la nature des opportunités de croissance des PME/TPE : la croissance, la demande, le secteur et la structure de gouvernance de la filière (Porter, 1990). Certaines études ont montré que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, la croissance de la filière peut être nécessaire mais n’est pas suffisante pour garantir la participation des PME/TPME ou pour que celles-ci bénéficient de cette croissance.

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Une dimension importante de la croissance ou du potentiel de croissance dans la filière est le niveau de la demande émanant du marché, qu’il soit local, régional ou international. Le volume des biens demandés par les consommateurs finaux offre des opportunités pour la croissance des PME/TPE, mais le type de bien demandé importe également. Dans des filières où les produits sont standardisés, la concurrence tend à s’opérer sur les coûts, en revanches, si la demande concerne des produits diversifiés, les chances de dégager des marges supérieures sont plus grandes.

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Outre les caractéristiques de la demande, certaines tendances sectorielles semblent favoriser la participation des petites entreprises. Cinq caractéristiques ont été ainsi identifiées : (1) les activités saisonnières ; (2) les obligations de capital minimum peu élevées ; (3) la relative intensité de main d’œuvre ; (4) les processus de production non répétitifs ; (5) et les petits volumes de production.

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L’organisation de la filière joue également un rôle important, plus particulièrement les relations entre les entreprises et les dynamiques de pouvoir : les modèles vont des filières dominées par des acheteurs (peu propices à la participation des PME/TPE) aux filières dominées par les producteurs, en passant par les réseaux ou filières non hiérarchiques où les relations de pouvoir sont plus équilibrées. Ces dernières sont les plus favorables à la participation et à la croissance des PME/TPE car elles autorisent la coopération entre entreprises.

3.3 - La coopération entre les entreprises

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Les entreprises qui participent aux filières doivent, par définition, entrer en interaction avec les autres entreprises et entités associées, telles que les autorités de réglementation. Cette coopération peut être un moteur de la croissance des micro et petites entreprises.

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Un certain nombre de mécanismes sont utilisés pour établir « une coopération verticale » (relation commerciale avec les acheteurs et les fournisseurs). Les liens verticaux peuvent faciliter la croissance des petites entreprises en développant des opportunités et en améliorant les capacités internes. Des accords avec les acheteurs peuvent par exemple réduire les risques et les coûts associés à l’entrée sur de nouveaux marchés, ou encore favoriser l’apprentissage et l’innovation au sein de l’entreprise (Habhab-Rave, 2007). Parfois, les relations avec les entreprises plus grandes peuvent aider à lier les petites industries rurales aux marchés urbains et internationaux. La « coopération horizontale » (regroupement d’entreprises similaires) offre aux PME/TPE un moyen de surmonter les obstacles dus à leur petite taille, par exemple en améliorant leur pouvoir de négociation, leur accès à l’information et aux services, etc.

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Les agglomérations géographiques et sectorielles d’entreprises, parfois appelées grappes industrielles, sont également un vecteur de croissance, dans la mesure où elles induisent des externalités positives. Cependant, l’existence en soi de grappes industrielles ne garantie pas une croissance dynamique aux PME/TPE (Habhab-Rave, 2006). Les avantages de participation à ce type de regroupement dépendant directement de la solidarité des liens horizontaux et verticaux et des relations avec les organisations d’appui (associations professionnelles, institutions financières, agences gouvernementales, etc.).

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Les prestataires de services aux entreprises ont quant à eux un rôle dans l’amélioration des capacités. De la formation à l’accès à l’information en passant par la technologie, les services d’appui offerts aux PME/TPE aident celles-ci à répondre aux opportunités.

3.4 - Les réseaux sociaux

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Pour un entrepreneur, posséder un réseau social étendu représente un actif précieux qui peut l’aider à accéder à l’information et aux ressources matérielles ou immatérielles (Julien, 1996).

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Si les réseaux sociaux sont susceptibles de favoriser la croissance des PME/TPE dans n’importe quel contexte, ils peuvent s’avérer essentiels dans des environnements caractérisés par des défaillances du marché, notamment par des niveaux excessivement faibles d’information et de concurrence.

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L’étude a montré que les réseaux sociaux aident souvent les entrepreneurs à surmonter les obstacles dus aux coûts de transaction, à l’application des contrats et à la réglementation. Les entrepreneurs tirent souvent parti des occasions d’investir dans ces réseaux lorsqu’ils présentent une contrepartie en terme de croissance de l’activité.

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Les réseaux sociaux présentent aussi des inconvénients potentiels. Dans certains cas, ils peuvent être trop coûteux ou inaccessibles pour les entrepreneurs très pauvres. Ils peuvent également systématiquement exclure les entrepreneurs marginalisés comme les femmes, ou leur fournir un accès moindre aux ressources. Dans d’autres cas, les réseaux sociaux sont profondément ancrés dans des traditions qui peuvent entraver la libre initiative ou l’entrepreneuriat. D’autres inconvénients potentiels des réseaux sont l’obligation de distribution des bénéfices, l’inégalité de l’accès aux ressources, le manque de stabilité.

3.5 - Les caractéristiques de l’entrepreneur

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Intuitivement, on peut s’attendre à ce que les PME/TPE dirigées par des entrepreneurs dotés d’un niveau d’éducation supérieur enregistrent un taux de croissance plus élevé, grâce aux connaissances et meilleures capacités d’apprentissage de leurs propriétaires. Cependant, la relation entre croissance des PME/TPE et éducation est plus complexe qu’il n’y paraît.

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Les propriétaires et employés des micro et petites entreprises tunisiennes tendent à posséder un niveau d’éducation moindre que la majorité de la population. L’une des raisons à cela est que les pauvres créent souvent des petites entreprises « de survivance » par manque d’opportunités d’emploi alternatives.

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Etant donné le niveau relativement faible d’éducation au sein des PME/TPE tunisiennes, observe-t-on une croissance plus rapide des entreprises dirigées par des propriétaires ayant suivi des études plus longues ? Il apparaît que oui, mais qu’un seuil spécifique doit être atteint pour observer cet effet de croissance. Par exemple, un niveau d’éducation secondaire indiquera un potentiel de croissance supérieur dans certains pays d’Afrique, alors que le seuil se situera au niveau universitaire dans le cas de l’Amérique latine.

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Il est reconnu que les propriétaires de petites entreprises acquièrent une somme substantielle de compétences et de connaissances dans la conduite de leur activité. « L’expérience professionnelle » s’avère jouer un rôle important dans le développement des capacités des PME/TPE, les entrepreneurs dotés de plusieurs années d’expérience possédant généralement des entreprises à croissance plus rapide. L’expérience antérieure, au sein d’une autre entreprise, est également un élément favorable, du fait des compétences et des contacts établis dans l’emploi précédent. L’expérience professionnelle contribue donc de deux manières à la croissance des PME/TPE : directement, en améliorant les compétences et capacités internes ; et, indirectement, par le biais des réseaux sociaux des entrepreneurs.

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Le fait d’être une femme ou un homme entrepreneur a-t-il un impact sur la croissance des petites entreprises ? Les femmes possèdent la majorité des PME/TPE dans beaucoup de pays en développement, en partie en raison de leur accès limité à d’autres opportunités. Pourtant, les femmes font souvent face à des difficultés qui empêchent la croissance de leur entreprise. Elles sont plus souvent victimes d’illettrisme et du manque de compétences managériales, et ont un accès moindre aux marchés. L’étude a montré que les hommes se déplacent plus facilement et ont ainsi un meilleur accès à des prix et à une qualité plus favorable. On observe que les femmes poursuivent souvent une croissance « latérale » : au lieu de développer leur entreprises existantes, elles optent pour la diversification et créent d’autres activités. Un autre facteur expliquant pourquoi les entreprises des femmes connaissent une croissance moindre est le fait qu’elles soient très souvent localisées au domicile du ménage.

3.6 - Les caractéristiques de l’entrepreneur

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La relation entre l’âge de l’entreprise et la croissance est particulièrement forte dans le secteur des petites entreprises. Les jeunes PME/TPE connaissent une croissance bien plus rapide en moyenne que les plus anciennes. Ce fait peut s’expliquer à la lumière d’un modèle d’apprentissage selon lequel les entrepreneurs découvrent graduellement les différentes tailles d’activités efficientes. Selon cette théorie, une entreprise va se développer très rapidement dans un premier temps puis va réduire sa croissance en approchant la taille optimale.

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Les entreprises informelles sont plus que les autres confrontées à des obstacles et des coûts qui inhibent leur croissance. Elles sont souvent contraintes de « rester discrètes » excluant toute perspective de croissance rapide et de grande taille et toute relation étroite avec des entreprises formelles. Les contrats avec des acheteurs internationaux ou gouvernementaux sont hors de portée car ils requièrent une documentation légale que les petites entreprises ne sont pas en mesure de fournir. En outre, si les PME/TPE formelles ont déjà des difficultés à accéder au système financier et légal, les entreprises informelles sont encore moins bien positionnées.

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Les PME/TPE semblent particulièrement victimes de la faiblesse des institutions financières en Tunisie. Pour différentes raisons allant de l’absence de garantie à la discrimination à l’encontre des petites entreprises, les PME/TPE rencontrent davantage de difficultés dans l’accès au financement (A.Omri &al. 2004) que leurs consœurs plus grandes. Du point de vue des propriétaires de petites entreprises, l’insuffisance du crédit est fréquemment l’obstacle le plus évident et le plus contraignant pour la croissance. Les PME/TPE obtiennent rarement des prêts bancaires formels et doivent donc se tourner vers d’autres types de crédit (Omri &al. 2004). Les institutions de micro finance sont une source importante mais leur portée est limitée, notamment dans les zones rurales.

4 - Typologies des entreprises

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L’étude empirique révèle quatre types d’entreprises.

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Les PME/TPE affichant un taux de croissance élevé et soutenu sont parfois désignées sous le nom de « gazelles ». Les entreprises très performantes partagent habituellement deux caractéristiques fondamentales - elles sont en présence d’opportunités commerciales rentables, et - sont dotées des capacités appropriées pour en tirer parti.

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Seule une minorité d’entreprises parviennent à ce niveau de performance. Sur les quatre cas analysés, un seul cas correspond à cette catégorie.

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Certaines entreprises peuvent faire face à des opportunités lucratives mais ne sont pas en mesure de les exploiter pleinement en raison d’un manque de capacités bien que les entreprises de cette catégorie puissent connaître un développement rapide sur de courtes périodes durant lesquelles elles s’efforcent de tirer parti des occasions commerciales, elles manquent souvent d’endurance car elles ne possèdent pas les capacités requises pour une croissance soutenue.

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A l’inverse, certaines PME/TPE dotées de capacités solides sont confrontées à un manque d’opportunités (par exemple faible demande ou accès limité aux marchés). Si ces entreprises peuvent connaître une croissance très faible pendant de longues périodes, de nouvelles opportunités (tel qu’un élargissement de l’accès au marché) sont susceptibles de catalyser une expansion rapide ; elles sont en quelque sorte en attente de métamorphose. Selon, les cas étudiés, cette catégorie est floue et les petites entreprises ne correspondent pas d’une manière exacte à ce type d’entreprise.

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Enfin, de nombreuses entreprises manquent à la fois d’opportunités commerciales et de capacités internes. Celles-ci présentent la propension la plus faible à la croissance et leurs propriétaires se concentrent généralement plutôt sur la survie de l’entreprise. En dépit de leur absence de croissance, ces entreprises jouent un rôle crucial. Dans le domaine du développement, la croissance des PME/TPE s’inscrit dans une perspective plus large incluant la diversification des revenus et des stratégies de survie. Même cette dernière catégorie d’entreprises qui ne génère pas de croissance de l’emploi fournit souvent des moyens de subsistance essentiels à son propriétaire et ses employés. Dans certains cas, l’absence de croissance est attribuable au manque d’intérêt de l’entrepreneur pour une telle évolution plus qu’à un manque de capacités. Cette catégorie constitue la majorité des entreprises tunisiennes. Trois des quatre cas analysés correspondent à ce type d’entreprises.

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Notons que ces résultats ne peuvent être généralisés en raison de la faiblesse de notre échantillon. Une étude plus étendue (un échantillon plus large) permettra certes de valider cette typologie.

5 - Implications pour les praticiens du développement

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Si cette étude traite spécifiquement de la croissance des petites entreprises, elle ne part pas pour autant du principe que la croissance est toujours le résultat le plus souhaitable, ni que la croissance des PME/TPE est poursuivi par la plupart des projets de développement du secteur privé.

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Le secteur des PME/TPE est large et hétérogène. Les politiques et programme de développement qui incluent la croissance des petites entreprises dans leurs objectifs explicites ou implicites peuvent trouver dans ce document une aide pour formuler une stratégie de ciblage mieux définie. Les concepteurs et responsables de la mise en œuvre des programmes doivent développer un modèle de causalité clair montrant comment l’intention peut avoir un impact sur la croissance des petites entreprises. Pour cela, il est essentiel de comprendre comment l’intervention influera sur les opportunités, les capacités et la productivité des entreprises.

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Un groupe de PME/TPE tournés vers la croissance, baptisées « gazelles », a le potentiel de contribuer à la productivité de la filière et à terme, à la croissance économique. A l’autre extrémité du spectre, des PME individuelles s’inscrivent quand à elles dans les stratégies de survie des ménages. Les concepteurs de programmes de développement pourront souhaiter segmenter le secteur des PME/TPE en fonction de certaines variables, de façon à cibler les entreprises plus susceptibles de croître ou à adapter certaines interventions ou certains services aux différents groupes de population.

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Si la croissance ou la compétitivité des PME/TPE comptent parmi les objectifs du projet, les concepteurs prêteront attention à la nature des liens existants au sein de la filière. Des liens bénéfiques peuvent à la fois accroître les opportunités des PME/TPE et leurs capacités internes. Les opérateurs de programmes de développement doivent étudier les moyens de renforcer les liens d’affaires ainsi que les capacités locales, de façon à ce que les PME et leurs partenaires soient armés pour résoudre les problèmes futurs au sein de la filière.


Bibliographie

  • Amboise G., (d’)
    • Management theory for small business attempts and requirements », Academy of Management Review, volume 13, n° 2, 1988, p. 226-240.
    • Le projet de recherche en administration: un guide général à sa préparation, 1996. Habhab-Rave S., « stratégie des réseaux et compétitivité : le cas des PME tunisiennes », Actes du Colloque « Les nouvelles frontières de l’entreprise », UQAM Montréal, 19-20 juin 2006. Habhab-Rave S., « Acquisition de capacités technologiques et développement d’innovation Quel enjeux pour les PME tunisiennes ? », Actes du Colloque Pesor, Paris Sud 11, 16 mars 2007.
  • Bolton, J-E., "Report of the committee on liquidity of small firms", Journal of political Economy, volume 21, n° 2, p.102-125
  • Julien P-A.,
    • PME, Bilan et perspectives, Paris, Economica, 1994.
    • « Information control: a key factor in small business development », Actes de Congrès 41st ICSB World Conférence, Stockholm, 17-19 juin, 1996.
  • Julien P-A., Marchesnay M., La petite entreprise, Paris, Vuibert Gestion, 1988.
  • Omri A., & Bellouma M., « Le regroupement des demandes de crédits des petites et moyennes entreprises tunisiennes dans le contexte d’asymétrie d’information », revue internationale des PM, volume 17, n° 2, 2004, p. 43-63.
  • Porter M.E., Competitive Advantage of Nations, 1990, Free Pres, New York.
  • Smith N.R., & Miner J.B., "Type of entrepreneur, type of firm and managerial motivation. Implications for organizational life cycle theory", Strategic Management Journal, n° 4, 1983, p.325-340.
  • Yin R.K., Case study research: design and methods, 2° edition, Thousand Oaks, Cal., sage publications, 1994.

Résumé

Français

Face à la nouvelle donne du commerce international, les petites entreprises (PME) et très petites entreprises (TPE) montrent une croissance impressionnante, comparée aux grandes entreprises. Cependant, nombreuses sont les PME qui connaissent soit une croissance très lente soit pas de croissance du tout. En effet, les taux de croissance observés au niveau global sont souvent le fait de l’expansion rapide d’un segment étroit de petites entreprises très performantes. Dans les pays en voie de développement (la Tunisie), il semble qu’il existe un petit groupe d’entreprises qui devancent leurs pairs et servent de moteur à la croissance globale de l’emploi, et à la productivité dans le secteur des petites entreprises (PME).
Le présent article tente d’apporter quelques éléments de réponse sur les variables qui influencent la croissance des PME : environnement économique et autres facteurs externes et internes à la PME. Il se fonde sur un cadre d’analyse à deux variables –capacités de l’entreprise et opportunités d’affaires– et étudie le lien entre productivité et croissance des PME. A partir de l’examen d’un groupe de PME tunisiennes, il identifie le profil de croissance des PME tunisiennes. Il définit différents types d’entreprises. Enfin, il suggère un certain nombre de recommandations pour des politiques de développement des PME.

Mots-clés

  • capacités
  • opportunités
  • croissance
  • productivité
  • PME/TPE

English

Opportunity and ability: the determining elements of the growth of Tunisia‘s SMEsConfronted with the new environment of international business, small and very small enterprises show an impressive growth, compared to big enterprises. However, many of them show very slow growth or no growth at all. In fact, the rates of growth observed at global level are usually the fact of the rapid expansion of close segments of very performing small enterprises (SMEs).
In developing countries, like Tunisia, it seems that there is a small group of enterprises that beat their rivals and act as an engine to the global growth of employment, and productivity in the SMEs sector.
This article tries to bring some elements of response to variables which influence growth of SMEs : economic environment and other factors both external and internal to SMEs. It is based on a framework analysis with two variables – ability of enterprise and business opportunities – and studies the link with productivity and growth of SMES.

Keywords

  • ability
  • opportunity
  • growth
  • productivity
  • very small
  • small and middle-sized enterprises

Plan de l'article

  1. 1 - Cadre théorique
    1. 1.1 - Survol de la litterature sur les PME
    2. 1.2 - Opportunités et capacités : deux variables déterminantes de la croissance
  2. 2 - Méthodologie de la recherche
  3. 3 - Résultats obtenus : facteurs influant sur les opportunités et les capacités
    1. 3.1 - L’environnement des affaires
    2. 3.2 - La nature de la filière
    3. 3.3 - La coopération entre les entreprises
    4. 3.4 - Les réseaux sociaux
    5. 3.5 - Les caractéristiques de l’entrepreneur
    6. 3.6 - Les caractéristiques de l’entrepreneur
  4. 4 - Typologies des entreprises
  5. 5 - Implications pour les praticiens du développement

Pour citer cet article

Habhab-Rave Saida, « Opportunités et capacités : les déterminants de la croissance des PME/TPE tunisiennes », Humanisme et Entreprise, 5/2007 (n° 285), p. 33-45.

URL : http://www.cairn.info/revue-humanisme-et-entreprise-2007-5-page-33.htm
DOI : 10.3917/hume.285.0033


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