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Humanisme et Entreprise

2010/3 (n° 298)


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À l’heure où les entreprises s’expriment sur le rôle des parties prenantes dans la stratégie, la question se pose de la pertinence d’un discours éthique et social. Alors que Max Weber (1990) posait l’antinomie entre les règles et comportements économiques et les valeurs et devoirs régissant le monde éthique, les discours stratégiques semblent être aujourd’hui marqués par une incursion des arguments fondés sur les principes de la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) qui visent principalement la protection de l’environnement et le lien employeur - salarié. C’est cette deuxième dimension, la responsabilité de l’entreprise à l’égard des salariés qui est au cœur de cette étude : supportant non seulement le risque social lié aux décisions stratégiques mais aussi le risque financier grâce à l’épargne socialisée, les salariés estiment davantage aujourd’hui avoir un droit de regard sur la stratégie des entreprises. Ainsi, les organisations se doivent d’associer les salariés à la stratégie de l’entreprise et de leur présenter des objectifs auxquels ils peuvent effectivement adhérer. Tandis que les sociétés cotées précisent désormais dans leur rapport de gestion annuel « la manière dont (elles) prennent en compte les conséquences sociales de leurs activités », une recherche scientifique se développe sur les discours relatifs à la RSE et sur les façons dont l’entreprise peut justifier les coûts résultant des dispositifs mis en place en faveur des salariés (Kibedi-Varga, 1989 ; D’Almeida, 2001 ; Beck, 2003 ; Quairel, 2004 ; Le Roy et Marchenay (éds.), 2005 ; De la Broise et Lamarche (éds.), 2006 ; Mercier, 2006).

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Portant sur les multiples facettes des discours stratégiques, la littérature existante occulte cependant les attentes et les perceptions des salariés. Or, si les récits d’entreprises, en particulier les « récits de la maisonnée » qui sont destinés à un public principalement interne (D’Almeida, 2006), visent à affermir l’unité des salariés managers autour d’une idéologie communautaire, il faut encore que ces derniers soient sensibles aux orientations contenues dans ces discours. Fairclough (2005) remarque que les questions stratégiques choisies par le dirigeant doivent être celles qui importent à son auditoire. Aussi, cette enquête ne concerne pas les récits d’entreprise en général, mais la question plus spécifique de la perception des récepteurs des discours. Y a-t-il parmi les managers des profils sociodémographiques plus sensibles à certains discours plutôt qu’à d’autres ? Quel type de collaborateurs le dirigeant peut-il sensibiliser et faire adhérer à ses projets et décisions ?

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Ce questionnement s’inscrit dans la continuité de la réflexion portant sur la justification des décisions stratégiques. Non seulement il est difficile de connaître et d’expliciter les raisons réelles pour lesquelles une décision est prise (Wittgenstein, 1976 ; Sen, 1993), mais en outre, l’analyse de la littérature du management des années 1980 que proposent Boltanski, Thévenot et Chiapello (1991 ; 1999) montre que les discours stratégiques n’énoncent pas ce qui est mais ce qui doit être : « leur orientation n’est pas constatative mais prescriptive ». Autrement dit, en faisant valoir l’engagement personnel et le charisme des dirigeants (Emrich, 2001 ; Flynn et Staw, 2004), la communication sur les objectifs de l’entreprise vise moins à informer et à expliquer qu’à construire la crédibilité (Whittington, 2006) et le sens de l’action sur la durée (Giroux et Demers, 1998 ; Chanal et Tannery, 2007). Parce qu’elle facilite la mobilisation des managers autour d’un ordre organisationnel, voire leur contribution à la création d’un ordre d’action politique (Fairclough, 2005), la question est celle du choix des discours que ces derniers doivent utiliser.

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Les discours économique, financier ou social sont tout autant de registres auxquels les dirigeants peuvent recourir. Présenter les objectifs stratégiques ne consiste pas à choisir un discours, encore moins d’ordonner les discours selon une forme de bien commun qui serait une grandeur supérieure aux autres. Si les différents discours ont vocation à coexister dans les récits portant sur les objectifs stratégiques, l’accent peut être mis sur l’un ou l’autre des registres en fonction des caractéristiques sociodémographiques des managers.

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Ce sont ces caractéristiques que le dirigeant doit chercher à connaître afin d’élaborer un discours intelligible et consensuel. Si certains auteurs ont mis en évidence un lien entre le type d’organisation et le choix du discours stratégique (Pirson, 2006), peu d’études ont suggéré l’existence d’un lien entre les caractéristiques sociodémographiques des acteurs internes de l’organisation et leurs attentes concernant les discours stratégiques, en particulier les discours externes (Libby et Agnello, 2000). La présente étude vise à tester l’existence d’un lien entre deux caractéristiques sociodémographiques, le sexe et l’expérience, et les perceptions des discours du management.

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Après un rappel théorique des différentes représentations de la RSE, les hypothèses de recherche sont développées dans la deuxième partie. La troisième partie méthodologique explique le choix des échantillons et des items utilisés dans le cadre de l’enquête quantitative. Dans les quatrième et cinquième parties, les résultats sont présentés puis discutés, suggérant d’éventuels prolongements de la recherche.

1 - Cadre théorique

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La théorie néo-institutionnelle se focalise sur l’environnement institutionnel. Selon les néo-institutionnalistes, les organisations sont des entités encastrées dans un contexte social, interconnectées et socialement construites par leur environnement (Di Maggio et Powell, 1983). Les valeurs, normes et modèles qui existent à l’intérieur des organisations influencent les discours stratégiques (Meyer et Rowan, 1977), lesquels visent à en préserver ou à en accroître la légitimité. Suchman (1995) définissant la légitimité comme « l’impression partagée que les actions de l’entreprise sont désirables, convenables ou appropriées par rapport au système socialement construit de normes, de valeurs ou de croyances sociales » (p. 572), on peut avancer que les discours stratégiques servent à institutionnaliser les valeurs sociales partagées dans un environnement particulier. C’est dire que les dirigeants ne peuvent conquérir une légitimité qu’à la condition de mettre leurs discours en harmonie avec les perceptions existantes des objectifs de l’entreprise. En s’intéressant aux opinions que les managers portent sur les objectifs des organisations, la présente étude ne prend pas parti sur ce que doit être la fonction ou la performance de l’entreprise. Elle se borne à analyser les différentes façons dont les dirigeants peuvent élaborer un discours stratégique afin de répondre aux attentes et de « présenter des objectifs cohérents qui permettent à l’entreprise de créer de la valeur de façon durable » (Hart et Quinn, 1993, p. 545).

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Le choix du discours stratégique rend compte d’une représentation des salariés (Point, 2007) mais aussi d’une représentation de la RSE (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007). La classification des discours peut donc être effectuée en fonction des théories de la RSE, lesquelles sont tiraillées entre deux visions opposées des objectifs de l’entreprise: d’un côté, les théories néoclassiques selon lesquelles toute finalité autre que celle de faire du profit pour les actionnaires serait « subversive » (Friedman et Miles, 2002); de l’autre, les théories Business Ethics selon lesquelles la finalité de l’entreprise doit être d’agir de manière socialement responsable (Cory, 2005 ; Davidson, 2005). Entre ces deux extrêmes, de nombreuses approches théoriques ont vu le jour, penchant inexorablement vers l’un ou l’autre de ces paradigmes. Notre étude appréhende les théories de la RSE en s’appuyant sur la distinction élaborée par Margaret Blair dont les travaux ont alimenté la réflexion du Labor Movement et de l’American Federation of Labor aux États-Unis (Blair, 1995; 2003). L’auteur s’appuie sur les deux acceptions possibles de la gouvernance d’entreprise: une interprétation stricte qui renvoie au concept anglo-saxon de « corporate governance », selon laquelle l’objectif de l’entreprise doit être de protéger les actionnaires ; une définition large, plus répandue aujourd’hui, selon laquelle l’entreprise doit viser la coopération et l’équilibre des pouvoirs entre les parties prenantes, actionnaires, dirigeants, salariés … La particularité de l’étude de Margaret Blair est d’intégrer la perspective juridique et de faire de la considération des intérêts des salariés un critère de distinction fondamentale entre les deux modèles de gouvernance.

1.1 - Les deux modèles de gouvernance

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Résultant d’une prise de conscience, notamment à l’occasion des scandales financiers, des dangers liés à la séparation entre la propriété et le pouvoir décisionnel, le modèle actionnarial ou shareholder de gouvernance a justifié le développement des normes de contrôle dans les entreprises cotées. Seul le droit des sociétés intervient dans le cadre de ce modèle, afin de garantir l’effectivité du contrôle des dirigeants par les actionnaires et préserver un équilibre de pouvoirs entre dirigeants et actionnaires. Surgissant en France dans les rapports Vienot (1999) et Bouton (2002) mais aussi en Europe dans les principes de l’OCDE, ces normes concernent les droits des actionnaires, le traitement équitable des actionnaires minoritaires, la transparence et la diffusion de l’information ainsi que la responsabilité du conseil d’administration. La dimension sociale est occultée: dès lors que la valeur actionnariale est une référence exclusive pour les entreprises, la maximisation du profit peut se faire au détriment des salariés.

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À l’opposé du modèle actionnarial, le modèle stakeholder de gouvernance suppose que l’entreprise soit capable de rendre compte non seulement à ses actionnaires, mais aussi à ses salariés, voire aux tiers à l’entreprise. Dans cette perspective, le droit social intervient, dans la mesure où le point du vue des salariés doit être considéré et protégé, notamment grâce à la représentation des salariés au conseil d’administration et dans les comités d’entreprise. À la lumière des définitions des parties prenantes proposées par Freeman (1984), Hill et Jones (1992) et Clarkson (1995), il est possible de distinguer trois cercles en fonction du degré de proximité et d’engagement des parties prenantes dans l’entreprise (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007). Le premier cercle concerne les actionnaires ainsi que les salariés. Le deuxième cercle regroupe les parties prenantes qui disposent d’un contrat réglementé avec l’entreprise (fournisseurs, clients, créanciers). Le troisième cercle est plus difficile à cerner, puisqu’il rassemble les individus susceptibles d’être affectés par les activités de l’entreprise. Ce modèle qui suscite des interrogations quant à l’identification des parties prenantes relevant du troisième cercle est largement repris dans les principes contemporains de la responsabilité sociale de l’entreprise (Commission européenne, livre vert sur la RSE). À cette interprétation large du modèle stakeholder s’oppose une approche restrictive développée par Margaret Blair qui appelle à une sélection des parties prenantes. Seules les parties qui apportent un investissement particulier, « central asset » (capital, travail) à la création de richesse peuvent participer au gouvernement de l’entreprise : les actionnaires et les salariés. Que les salariés aient une légitimité supérieure aux autres parties prenantes pour prendre part à la gouvernance d’entreprise ne modifie en rien la finalité de l’entreprise qui, selon Margaret Blair, doit également inclure, dans une moindre mesure, les intérêts des autres parties prenantes. Si la proposition de Margaret Blair d’aller au-delà de la distinction entre le modèle de la valeur actionnariale et celui des parties prenantes à travers la sélection des parties prenantes présente des limites, notamment liées à l’éclatement du salariat, sa thèse a eu le mérite de considérer la prise en compte des intérêts sociaux comme une particularité essentielle du modèle stakeholder. C’est ainsi l’objectif de maximisation de la valeur actionnariale et du profit qui caractérise le modèle shareholder. C’est l’objectif plus large et fondamentalement distinct de maximisation de la création de richesse par la prise en compte des intérêts de toutes les parties prenantes, en particulier les intérêts des salariés, qui caractérise le modèle stakeholder. Aussi peut-on distinguer deux types de discours stratégiques: celui qui n’évoque que la fonction économique et financière de l’entreprise et celui qui privilégie ou intègre la dimension sociale.

1.2 - Les deux discours stratégiques

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Le premier type de discours stratégique énonce que l’objectif économique est la seule orientation de l’entreprise. Le dirigeant affirme ne pas poursuivre d’autres buts que la maximisation du profit pour les actionnaires. Il rappelle que son pouvoir est souverain, considérant que ses décisions n’ont pas à être contrôlées par les salariés. Dans cette perspective, le droit social n’est pas évoqué en tant qu’il ne doit en aucun cas s’immiscer dans les choix de gestion du dirigeant d’entreprise. Dans les cas où les objectifs sociaux et économiques divergent sensiblement, les sollicitations des salariés sont nécessairement néfastes à l’entreprise (Arnsperger et Van Parijs, 2000, p. 112). Énoncer l’impact financier positif du discours social ne serait de ce point de vue qu’une façon commode pour les acteurs du marché de la responsabilité sociale, pour les entreprises concernées et pour les chercheurs de ce même champ de légitimer la pertinence de leur démarche (Dejean et Gond, 2004).

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Le second type de discours stratégique postule que l’objectif social l’emporte sur l’objectif économique, ou, du moins, que les aspects sociaux sont pris en compte à l’occasion des choix économiques. Si les dirigeants affirment chercher à maximiser le profit de l’actionnaire, ils expriment également le souhait de réconcilier l’économique et le social en « intériorisant » les différents intérêts affectés dans leurs jugements et choix économiques (Robé, 1999, p. 120). Ils disent gérer l’entreprise dans un intérêt qui ne se ramène pas à l’intérêt d’une seule de ses composantes, mais doit être pensé comme celui de l’entreprise par lequel s’opère la pesée de l’ensemble des intérêts en présence. Dans la « théorie des parties prenantes » élaborée par Freeman (1984) qui repose sur une représentation de l’organisation comme nœud de contrats, les dirigeants peuvent manifester le désir de gérer les relations avec l’ensemble des parties prenantes (Friedman et Miles, 2002; Carroll, 1979, 1996). On retrouve cette même vision des objectifs de l’entreprise en gestion des ressources humaines avec le « modèle de l’arbitrage managérial » décrit par Brabet (1993) qui se caractérise par une représentation des enjeux sociaux, organisationnels et individuels comme potentiellement conflictuels. Les actionnaires n’ayant pas le monopole de la détermination des finalités de l’entreprise, les dirigeants admettent que leur pouvoir est encadré (Gomez, 2003). Cette vision rend compte du nouveau gouvernement d’entreprise au pouvoir de direction « contrôlé » non seulement par les actionnaires mais aussi par les salariés.

2 - Objet et hypothèses de la recherche

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Quel regard le dirigeant d’entreprise soucieux de choisir le discours stratégique adéquat - économique et financier ou économique et social - peut-il porter sur les caractéristiques sociodémographiques de ses managers? Les discours stratégiques sont-ils accueillis différemment selon le sexe et l’expérience professionnelle des récepteurs?

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Concernant le sexe, si les observations rapportées par Piaget (1932) et Kohlberg et Tapp (1977) portaient essentiellement sur des populations masculines, Gilligan (1982) a relevé des différences dans le développement cognitif et moral des garçons et des filles. Dans la continuité de ces recherches, les études anglosaxonnes montrent que les femmes ont une sensibilité éthique et sociale plus importante que les hommes (Malinowski et Berger, 1996; Peterson et al., 2001). À supposer que les femmes attachent plus d’importance que les hommes à la dimension sociale, adoptent-elles également une formulation différente de la finalité de l’entreprise? Les femmes qui intégreraient davantage que les hommes l’objectif de protection des salariés comme une des orientations possibles de l’entreprise seraient-elles plus sensibles à un discours social ? Le choix d’un discours social répondrait alors davantage aux attentes de la population féminine.

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Hypothèse 1 : Dans une entreprise dont les managers sont principalement des femmes, le discours stratégique doit mettre l’accent sur la dimension sociale.

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Concernant l’âge, les études anglo-saxonnes ont montré que les sujets les plus âgés prendraient des décisions « plus éthiques » que leurs partenaires plus jeunes (Ruegger et King, 1992; Malinowski et Berger, 1996). Montrant que les différents âges de la vie auraient également des répercussions sur les perceptions du travail et des valeurs sous-tendant le travail, Bellini et Duyck (2009) distinguent les séniors et les jeunes salariés au travail. Dans le même esprit, il se peut que l’appartenance générationnelle ait une influence sur la sensibilité éthique (Glass, 2007). De ce point de vue, les discours de l’entreprise seraient perçus différemment selon que les individus appartiennent à la génération X (nés entre 1961 et 1978) ou à la génération Y (nés entre 1979 et 1994) (Schuman et Rodgers, 2004; Sutton Bell et Narz, 2007). Parallèlement, l’expérience professionnelle est apparue comme une variable explicative des intentions des individus de prendre en compte les intérêts des différentes parties prenantes (Jones et Kavanagh, 1996; Libby et Agnello, 2000). Si la sensibilité éthique et sociale est liée à l’expérience professionnelle, il est possible que la vision des objectifs de l’entreprise le soit également. La présente étude cherche à vérifier l’hypothèse suivante: l’expérience professionnelle qui est elle-même corrélée à l’âge accroît-elle l’attachement au discours social? Si tel est le cas, le choix d’un discours social répondrait surtout aux attentes particulières de la population la plus expérimentée. Si l’expérience professionnelle correspond dans la littérature au nombre d’années d’expérience au sein d’une ou plusieurs entreprises (Jones et Kavanagh, 1996; Libby et Agnello, 2000), cette étude oppose les individus n’ayant pas d’expérience professionnelle et les individus ayant une expérience professionnelle afin d’obtenir des résultats plus significatifs.

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Hypothèse 2 : Dans une entreprise dont les managers sont particulièrement expérimentés, le discours stratégique doit mettre l’accent sur la dimension sociale.

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À supposer que les managers expérimentés soient particulièrement sensibles au discours social, il faut en comprendre les raisons : ont-ils une représentation spécifique de la RSE, et de façon plus générale, de l’éthique ? Donaldson et Preston (1995) distinguent deux visions opposées de la RSE: une vision instrumentale « la RSE comme un outil » et une vision normative « la RSE comme un idéal ». D’un côté, l’approche instrumentale repose sur l’idée que la prise en compte des intérêts des salariés sert la performance économique. Friedman s’inscrit dans cette lignée, puisqu’il écrit que si le fait d’être socialement responsable concourt à la maximisation du profit, l’entreprise doit suivre cette voie. De l’autre, l’approche normative soutient que la firme a une obligation morale de contribuer au bien-être de la société, notamment en intégrant les préoccupations de justice sociale et en menant une politique de protection sociale (Donaldson et Dunfee, 1999). Seule l’approche normative étant susceptible de justifier un discours portant sur un idéal social, on peut supposer, en cas de validation de l’hypothèse 2, que les managers expérimentés sont particulièrement attachés à une approche normative.

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Hypothèse 3 : Dans une entreprise dont les managers sont particulièrement expérimentés, le discours stratégique doit adopter une approche normative de la RSE.

3 - Méthodologie

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La méthode d’analyse a été identique auprès des deux échantillons. Étudiants et professionnels ont reçu entre le 10 mai et le 1er août 2005 une invitation à remplir le questionnaire hébergé sur un site web spécialisé dans le traitement d’enquêtes (free-online-suveys.co.uk). Ce choix méthodologique a permis de formuler des questions parfois longues et détaillées, méritant une réflexion éthique et supportant difficilement une communication orale.

3.1 - Échantillons

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Dans la continuité des études réalisées auprès d’étudiants de grandes écoles (Mccabe, Dukerich, Dutton, 1994; Malinowski et Berger, 1996; Okleshen, Hoyt, 1996), la présente étude a été menée auprès de deux catégories d’individus: 100 étudiants d’une école de commerce située à Nantes et 168 professionnels figurant parmi les anciens de l’école. L’analyse de ces deux échantillons permet d’établir une analyse comparative des perceptions selon que les individus sont dotés ou, au contraire, dépourvus d’expérience professionnelle.

Échantillon 1 (étudiants)

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Le questionnaire a été envoyé à 210 étudiants dans le cadre de leur première année de formation au sein de l’école. 100 étudiants ont rempli le questionnaire. L’échantillon est composé de 54 individus de sexe féminin et 46 de sexe masculin. Leur moyenne d’âge est de 20,6 ans (min = 19, max = 23, écart-type = 0,76).

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Une certaine prudence quant au traitement des données émanant de cette catégorie d’individus s’impose. Confrontés à des scénarios, les étudiants doivent donner immédiatement une réponse fictive dont on sait qu’elle peut être très éloignée de la réponse réelle qu’ils donneraient dans la réalité économique. Néanmoins, il a été montré que les étudiants, même s’ils n’expriment que des intentions, constituent une population cible appropriée, lorsque l’objet de l’étude n’est pas de savoir comment ils se comporteraient dans l’entreprise, mais de comprendre leurs perceptions des objectifs et des discours de l’entreprise (Remus, 1986).

Échantillon 2 (professionnels)

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Le questionnaire a été envoyé à 1548 professionnels. 168 ont rempli le questionnaire. Le taux relativement faible de réponse peut s’expliquer par un effet de saturation que les anciens de l’école fortement sollicités par différentes études menées dans la période qui a précédé notre enquête risquent de connaître. L’échantillon se compose de 69 femmes et 99 hommes exerçant des fonctions de cadres. Leur moyenne d’âge est de 37,6 ans (min = 29, max = 55, écart-type = 4,71).

3.2 - Questionnaires

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Parce que l’étude vise à dégager toutes les perceptions possibles des discours stratégiques, la procédure de distribution des questionnaires met particulièrement l’accent sur l’absence de bonne ou mauvaise réponse, sur l’importance de la sincérité et le respect de l’anonymat. Le questionnaire comporte deux types de propositions auxquelles les individus devaient exprimer leur degré d’accord sur la base d’une échelle graduée de 1 à 5 (échelle de Lickert) : des propositions qui concernent leurs représentations des objectifs de l’entreprise et des moyens pour atteindre ces objectifs ; des scénarios visant à déterminer leur intention d’action en cas de confrontation entre les intérêts économiques et sociaux (Weber, 1990, 1992). Les scénarios visent à évaluer la concordance existant entre un discours portant sur des idées et un discours portant sur une mise en situation: les individus doivent en effet régler un conflit entre les intérêts économiques et les intérêts sociaux en opérant un choix. Les scénarios répondent à deux critères (Fritzche et Becker, 1984): d’abord, il n’est pas nécessaire d’avoir déjà eu une expérience professionnelle pour les comprendre ; ensuite, ils contiennent des dilemmes auxquels de jeunes diplômés peuvent être confrontés dès le début de leur carrière.

3.3 - Mesures

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Les items utilisés afin d’identifier le discours social et le discours économique et financier ont été créés en fonction des définitions précitées des modèles de gouvernance (Robé, 1999 ; Freeman, 1984 ; Blair, 2003). L’attachement au discours social a été mesuré à l’aide des critères suivants : l’adhésion à l’objectif de « satisfaction équitable des intérêts de toutes les parties prenantes », la préférence exprimée en faveur de la mesure entraînant les sacrifices sociaux les moins importants et, en cas de choix de licenciements, la préférence exprimée en faveur du maintien dans l’entreprise du salarié qui aurait des difficultés à retrouver un emploi. L’attachement au discours économique et financier a été mesuré à l’aide des critères suivants : l’adhésion à l’objectif de « maximisation du profit à long terme pour les actionnaires », la préférence exprimée en faveur de la mesure permettant d’assurer la survie de l’entreprise, même s’il peut en résulter des désavantages sociaux et, en cas de choix de licenciements, la préférence exprimée en faveur du maintien dans l’entreprise du salarié le plus performant.

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Les items utilisés afin de distinguer l’approche instrumentale de l’approche normative de la RSE ont été élaborés en fonction des définitions de la RSE proposées par Donaldson et Preston (1995). L’approche instrumentale de la RSE « la RSE comme un outil » est appréhendée dans les propositions suivantes: « La référence à l’éthique n’est pas purement symbolique. Elle a un contenu qui peut être normalisé (cadres éthiques et responsabilité sociale) » et « L’éthique, c’est agir dans l’intérêt de l’entreprise – et non dans un intérêt distinct de l’intérêt de l’entreprise ». L’approche normative de la RSE « la RSE comme un idéal » est appréhendée dans la proposition suivante: « Coupée des vrais centres d’intérêt de l’entreprise, la référence à l’éthique est purement symbolique ».

4 - Résultats

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Les femmes expriment une adhésion plus forte que les hommes à l’objectif de satisfaction équitable des intérêts de toutes les parties prenantes (salariés, actionnaires, investisseurs, consommateurs, pouvoirs publics et économiques, ONG), tandis que les hommes accordent plus d’importance au principe de maximisation du profit à long terme pour les actionnaires et sont prêts à l’occasion d’une mesure de réorganisation à retenir la solution entraînant les sacrifices sociaux les plus importants. Le détail des résultats obtenus concernant cette variable sont repris dans le tableau 1. La première hypothèse est vérifiée: le choix du discours social est plus adéquat lorsque le dirigeant s’adresse à une population particulièrement féminine.

Tableau 1 - L’incidence du sexe sur la perception des objectifs de l’entrepriseTableau 1
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Les individus dotés d’une expérience professionnelle sont significativement plus attachés au principe de maximisation du profit à long terme pour les actionnaires et à la survie à terme de l’entreprise, même s’il peut en résulter des désavantages sociaux. Ils admettent plus facilement, en cas de réorganisation, un grand nombre de licenciements. Les étudiants, quant eux, sont plus sensibles à la satisfaction des intérêts de toutes les parties prenantes. En cas de réorganisation, ils accueillent plus favorablement la solution qui entraîne les sacrifices sociaux les moins importants et sont plus réticents à licencier un salarié qui aurait des difficultés à retrouver un emploi. Les résultats repris dans le tableau 2 vont dans le sens contraire à l’hypothèse formulée : puisque l’expérience professionnelle accroît l’importance accordée à l’objectif économique, le choix du discours économique et financier est plus adéquat lorsque le dirigeant s’adresse à une population expérimentée.

Tableau 2 - L’incidence de l’expérience professionnelle sur la perception des objectifs de l’entrepriseTableau 2
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Les individus expérimentés adoptent une vision plus instrumentale de l’éthique en l’envisageant comme une façon d’agir dans l’intérêt économique de l’entreprise, et non dans un intérêt égocentrique distinct de l’intérêt économique de l’entreprise. De leur point de vue, la RSE ne doit pas conduire à commettre des sacrifices économiques : pour reprendre la terminologie utilisée dans le tableau 3, ils sont hostiles au sacrifice de l’entreprise au profit de la communauté sociale ou au profit des intérêts individuels des parties prenantes. L’éthique ne s’oppose pas à la politique économique. Elle ne la transcende pas non plus. Elle peut en améliorer la transparence, ou bien même favoriser la compétitivité de l’entreprise. En revanche, les étudiants dépourvus d’expérience professionnelle sont plutôt sensibles à une éthique qui permet d’agir, non pas dans l’intérêt économique de l’entreprise, mais dans un intérêt commun qui transcende les intérêts économiques de l’entreprise. À la différence de la population expérimentée, ils adoptent une approche normative de la RSE en admettant plus volontiers le sacrifice de l’entreprise au profit du bien commun ou du bien être des salariés.

Tableau 3 - L’incidence de l’expérience professionnelle sur les visions normative ou instrumentale.Tableau 3

5 - Discussion et conclusion

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À première vue, notre enquête confirme l’hétérogénéité des perceptions des discours de l’entreprise. Étant donné la diversité des populations concernées, le discours stratégique ne peut être exclusivement économique ou social. Le dirigeant ne peut favoriser les relations de confiance et l’adhésion aux objectifs de l’entreprise qu’à la condition d’utiliser différents registres de discours, économique et social.

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À y regarder de plus près, le dirigeant ne doit pas accorder la même importance aux deux registres précités. Il doit précisément élaborer un compromis entre des rationalités a priori inconciliables en fonction des caractéristiques sociodémographiques et attentes du public visé. La distinction élaborée de façon théorique entre deux types de discours, discours économique et financier ou discours économique et social, semble correspondre à une réalité sociologique : certaines populations, en particulier masculine ou expérimentée, sont plus sensibles au discours économique et financier.

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Comment expliquer qu’à l’heure où les chercheurs comme les entreprises tentent de mettre en évidence l’importance de la performance sociétale (Orlitsky et al., 2003 ; Jensen, 2002), l’objectif de maximisation du profit demeure une orientation possible pour l’entreprise ?

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D’une part, à supposer même que les managers adhèrent dans le cadre de leur propre entreprise au modèle stakeholder de gouvernance et accordent une importance à la représentation des salariés, ils peuvent rester insensibles à un discours portant sur la fonction sociale de l’entreprise. On peut noter que, dans la vision instrumentale du modèle stakeholder de la gouvernance à laquelle les managers expérimentés s’avèrent être particulièrement attachés (Donaldson et Preston, 1995), l’objectif est moins de défendre une politique sociale protectrice des intérêts des salariés que de favoriser la performance économique en s’appuyant sur la connaissance et les représentations de « ceux qui savent ». Aussi, pour ces managers, la prise en compte des intérêts des salariés peut spontanément accroître la performance économique et financière de l’entreprise sans qu’il soit nécessaire d’en discourir. Cette vision « orientée business » signifie que des réponses adaptées aux attentes des salariés peuvent être sources de coopération et de confiance et procurer à l’entreprise un avantage compétitif. Ces comportements socialement responsables existent non pas pour conférer une légitimité à des décisions stratégiques mais simplement « parce qu’il serait impensable de faire autrement » (Oliver, 1991). À la différence de la vision « orientée éthique » qui accorde à la justice sociale et à l’équité entre les parties prenantes une valeur intrinsèque à laquelle l’entreprise doit se montrer soucieuse, cette vision managériale ne fait pas du discours portant sur la protection sociale un élément central du dispositif induit par le modèle stakeholder. Discourir sur les intérêts sociaux paraîtrait ne pas avoir d’autre utilité que celle de fournir à l’entreprise la meilleure image d’elle-même. Devenant l’instrument par lequel les organisations feraient du « cosmétique », justifieraient des choix économiques et exprimeraient des bonnes intentions, le discours social semblerait de ce point de vue inutile et artificiel.

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D’autre part, si la plus grande participation financière mais aussi managériale des salariés expérimentés est de nature à justifier l’exercice des droits de contrôle et de représentation, il se peut aussi qu’elle soit de nature à les sensibiliser sur l’importance des résultats économiques et financiers dont ils sont bénéficiaires. Ne voyant alors plus de contradictions entre l’intérêt économique et l’intérêt social qui convergent à long terme, ils pourraient accueillir de façon plus positive un discours stratégique portant sur les objectifs économiques et financiers.

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Ainsi, l’analyse de la légitimité du discours social diffère du questionnement portant sur la pertinence des différents modèles de gouvernance. Dans les études empiriques futures, il serait intéressant de poursuivre cette réflexion en envisageant l’incidence sur les perceptions des discours d’autres caractéristiques personnelles telles que le type de formation, la nature de l’activité professionnelle, le statut social, mais aussi de variables objectives telles que le secteur professionnel, le contexte organisationnel ou les résultats de l’entreprise. Il serait également pertinent de corroborer ces premiers résultats en travaillant sur des discours d’entreprises afin de tester l’existence de liens éventuels entre les registres de discours choisis et les caractéristiques et perceptions des populations concernées. Une étude qualitative longitudinale portant sur un échantillon d’étudiants permettrait enfin d’appréhender les divergences de perceptions selon la durée et la nature des expériences professionnelles. Postuler qu’aucun discours n’est a priori supérieure à un autre, c’est accepter que les discours stratégiques, de nature composite, ont vocation à s’adapter aux attentes et aux profils sociodémographiques de la population visée. En montrant l’attachement accordé par les managers les plus expérimentés au discours économique et financier, notre étude témoigne de ce que les intérêts sociaux doivent être davantage l’objet d’une pratique ancrée dans la vie de l’entreprise que d’une multiplication de discours internes.


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Résumé

Français

Dès lors que les entreprises sont amenées à intégrer les principes de la responsabilité sociale dans leurs discours stratégiques, elles doivent s’assurer que les discours sociaux sont bien accueillis par les actuels et futurs managers. Y a-t-il des profils sociodémographiques de managers particulièrement peu sensibles à ces discours ? Un questionnaire a été envoyé à des étudiants dans le cadre de leur première année de formation d’une école de management située à Nantes et à des professionnels figurant parmi les anciens de l’école afin d’établir une analyse comparative des perceptions des discours selon que les individus sont dotés ou dépourvus d’expérience professionnelle. Menée auprès d’un échantillon de 100 étudiants et de 168 professionnels, la présente étude montre que l’expérience professionnelle accroît l’adhésion à un discours portant sur les objectifs économiques et financiers. En effet, les managers les plus expérimentés estiment que les intérêts sociaux doivent être davantage l’objet d’une pratique ancrée dans la vie de l’entreprise que de discours.

Mots-clés

  • corporate governance
  • discours stratégiques
  • éthique
  • parties prenantes
  • responsabilité sociale

English

As soon as firms pretend to integrate principles of social responsibility in their corporate discourses, they have to make sure that social arguments can be well accepted by present and future managers. Are there sociodemographic types of managers for which such discourse would be more or less well suited ? Based on two samples (100 first-year students from the Nantes Business School and 168 employees belonging to the alumni of the same school), this study allows to crosstab discourses perception and professional experience. Results show that professional experience increases receptiveness to discourses oriented towards economic and financial objectives. The most experimented managers consider that the social interests must be more an object of practices than of discourses.

Keywords

  • corporate governance
  • ethics
  • social responsibility
  • stakeholders
  • strategic discourses

Plan de l'article

  1. 1 - Cadre théorique
    1. 1.1 - Les deux modèles de gouvernance
    2. 1.2 - Les deux discours stratégiques
  2. 2 - Objet et hypothèses de la recherche
  3. 3 - Méthodologie
    1. 3.1 - Échantillons
      1. Échantillon 1 (étudiants)
      2. Échantillon 2 (professionnels)
    2. 3.2 - Questionnaires
    3. 3.3 - Mesures
  4. 4 - Résultats
  5. 5 - Discussion et conclusion

Pour citer cet article

Dion Emmanuel, Frémeaux Sandrine, « Adhésion aux discours stratégiques selon les profils sociodémographiques des managers », Humanisme et Entreprise 3/2010 (n° 298) , p. 13-28
URL : www.cairn.info/revue-humanisme-et-entreprise-2010-3-page-13.htm.
DOI : 10.3917/hume.298.0013.


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