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Humanisme et Entreprise

2011/1 (n° 301)


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La notion de risque est récurrente dans les problématiques de management des organisations. Modélisée par les financiers, associée à une finalité de contrôle, elle est aussi au cœur des travaux sur la souffrance au travail tant les individus l’intègrent comme un état de précarisation permanent. Paradoxalement, c’est le risque de faire confiance qui est perçu encore aujourd’hui comme le plus hasardeux à prendre, alors que cette crainte compromet l’instauration de coopérations permettant justement de réduire l’incertitude. Et pourtant, nous avons retrouvé dans la revue Humanisme et Entreprise, un article datant de 1961 écrit par Gérard Worms, alors ingénieur du corps des mines, et qui expliquait en s’appuyant sur la théorie des jeux que les positions d’équilibre réciproques permettaient aux protagonistes dans un contexte d’incertitude de s’assurer « chacun un niveau de sécurité » (Worms, 1961, p.96). La notion de risque ressort dans les différents articles de cette période comme un problème directement associé à la gouvernance des organisations abordée d’ailleurs comme l’art de la planification, puis à l’exercice de toutes responsabilités (Latil, 1969). Confirmant la distinction entre « risquophobe » et « risquophile » selon la formule d’Ernest-Antoine Seillière rappelée par Bernard Salengro lors de la table ronde de ce numéro 301, il faut attendre plusieurs dizaines d’années pour voir émerger une autre forme de questionnements dans les livrets de la revue. Considérant la prise de risques comme la compétence de l’entrepreneur, elle s’interroge sur ses ressorts dans l’objectif de mieux la susciter (Hernandez et Marco, 2004).

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Ouvrir l’année 2011 avec le thème du risque est certainement significatif. « Mais de quoi ? » a demandé Maurice Thévenet à Bernard Salengro et Guillaume Pertinant lors de l’enregistrement de la table ronde le 25 octobre 2010. Tout en laissant ouverte cette question et sans trancher sur la nature du phénomène, les débats assez rapidement centrés sur les risques psychosociaux, ont été animés, commençant par une interpellation malicieuse des formateurs accusés de préparer un management incapable de prévenir la souffrance au travail, voire promoteur de celle-ci. Le rire de Maurice Thévenet continue certainement de résonner au 7ème étage du Centre des Saints-Pères de l’Université Paris Descartes à Paris : « c’est la faute des profs alors Bernard ? Guillaume, qu’en pensez-vous ? ». Pas si simple, les trois participants en sont tombés rapidement d’accord. « C’est un jeu gagnant-gagnant ! » a conclu Bernard Salengro et chacun a approuvé. La question n’est plus de désigner les responsables. On sait aujourd’hui que c’est vain, que le problème ne trouvera pas de solutions de cette façon là ; on sait qu’il s’agit juste d’apaiser les révoltes face à l’insupportable violence psychologique subie derrière l’intitulé : « risques psychosociaux ». Qui peut agir alors ? Les deux articles académiques sélectionnés pour ce numéro après la relecture en double aveugle par les membres de notre comité scientifique, de lecture et d’évaluation, apportent quelques éléments de réponse. Les auteurs, l’une en sciences économiques, les deux autres en sciences de gestion, soulignent le rôle fondamental des perceptions et ses liens avec le développement de la confiance. Ainsi Johanna Etner partant du constat que les campagnes de prévention des risques sanitaires ne sont pas toujours suivies d’effets auprès des populations cibles, comme par exemple pour la vaccination, met en évidence que l’on ne traite dans ces domaines que de perceptions, celles des risques, mais aussi celles des stratégies face aux risques, ce que les experts peuvent avoir tendance à ignorer. Erick Leroux et Michèle Van de Portal se sont penchés sur la perception du rôle des services de gestion des ressources humaines dans les entreprises plus particulièrement pour la gestion du stress. Si cette perception ressort comme positive, à la lecture des résultats de cet article, elle semble pouvoir être encore renforcée par le recours d’experts extérieurs à l’entreprise. Ces deux travaux de recherche viennent conforter les dynamiques inflationnistes potentielles aboutissant à des phénomènes parfois tragiques de panique, et relevées dans de multiples domaines. Elles se traduisent par le fait que la perte de confiance dans la capacité des experts à prévenir les risques augmente les risques. L’inverse n’est pas toujours vrai. Depuis les expériences de Milgram dans les années soixante, il a été établi qu’une totale confiance dans des experts peut amener des personnes à adopter un comportement destructeur (Milgram, 1994). La nouveauté dans ces disciplines se situe sans doute dans l’intégration des processus cognitifs non plus comme un biais ou une limite des théories mais dans les modèles eux-mêmes.

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Les deux articles de la rubrique « Point de vue » en confirment encore pour ce numéro la haute teneur scientifique et aussi la pertinence. Qui mieux que Marc Fleurbaey, membre de la commission Stieglitz, directeur de recherche au CNRS, pouvait aborder la question de l’évaluation du bien-être et du risque ? Qui mieux que Michel Joras pouvait traiter des questions éthiques dans des contextes de crise ? Leurs éclairages seront utiles pour les chercheurs et, nous l’espérons, ne manqueront pas d’intéresser les praticiens. Enfin, nous initions avec ce numéro et en retrouvant Audrey Bécuwe, qui avait rejoint le comité de rédaction pour traiter en décembre 2009 du thème de la discrimination, la rubrique « Recensement ». Vous y trouverez comme tous les ans, le répertoire des articles publiés en 2010 dans la revue, mais aussi une analyse des thèses de 2009 et de 2010 se rapportant aux thèmes abordés dans Humanisme et Entreprise. L’expérience a pour vocation d’être continuée au fil des prochains numéros. Nous avons ainsi pour ce début 2011 quatre rubriques par numéro : « Table ronde », les articles scientifiques qui restent le cœur de notre publication et dont nous souhaitons renforcer le nombre, « Point de vue » et « Recensement ». Si nous restons endeuillés par la disparition récente et brutale de Didier Retour le président de l’AGRH, l’événement fort de l’année 2010 aura été la présence de la revue au congrès de l’Association de Gestion des Ressources Humaines à Saint-Malo. En dehors des belles soumissions de nos futurs auteurs, des tables rondes et des échanges passionnants autour des thèmes proposés, l’année 2011, quant-à-elle, sera certainement marquée par la mise en ligne de la revue Humanisme et Entreprise sur CAIRN.

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La revue poursuit son renouveau. Est-ce à dire que l’humanisme est devenu « porteur » comme l’éthique est déclarée à la mode ? Le questionnement sur un phénomène dont l’existence est à démontrer, reste salutaire et nous serions ravis de publier des textes s’emparant de cette problématique. Si le phénomène se confirme, ne peut-on pas simplement s’en réjouir ? Au fond, nous en revenons au thème du risque tant le regard suspicieux sur l’humanisme se rapproche de celui sur la gentillesse. « Qu’elle soit naïveté, mièvrerie ou crédulité, la gentillesse se présente au regard contemporain comme une forme de faiblesse dont il convient de se prémunir» (Jaffelin, 2010, p.22). Comment en sommes-nous arrivés à considérer l’avènement possible de l’humanisme comme suspect, la gentillesse comme un risque ? Et quel risque ? Le risque du bien-être ensemble ?

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La revue Humanisme et Entreprise

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vous présente ses meilleurs vœux pour 2011 !


Références

  • Hernandez E.-M. et Marco L., 2004, Décider d’entreprendre : l’apport des théories, Humanisme et Entreprise, N° 266, p.38-53
  • Jaffelin E., 2010, Eloge de la gentillesse, François Bourin Editeur
  • Latil M., 1969, La notion de risque et la notion de responsabilité, Humanisme et Entreprise, N° 54, p.2-13
  • Milgram S., 1994, La Soumission à l’autorité : Un point de vue expérimental, Calmann-Lévy
  • Worms G., 1961, La mathématique de la décision, Humanisme et Entreprise, N° 10, p.89-97

Notes

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Rédactrice en chef Humanisme et Entreprise, Professeure des Universités, Responsable du Master 2 Ethique et Entreprise, Directrice du CEDAG-gestion, Université Paris Descartes - martine.brasseur@parisdescartes.fr

Pour citer cet article

Brasseur Martine, « Le risque », Humanisme et Entreprise 1/2011 (n° 301) , p. 1-4
URL : www.cairn.info/revue-humanisme-et-entreprise-2011-1-page-1.htm.
DOI : 10.3917/hume.301.0001.


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