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Humanisme et Entreprise

2011/1 (n° 301)


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Devenue désormais une institution depuis maintenant presque vingt ans [2][2] Le premier recensement des thèses soutenues a eu lieu..., la production de thèses soutenues a été analysée et détaillée lors du dernier congrès des I.A.E à Strasbourg, en septembre 2010, et ce, par champ disciplinaire des sciences de gestion (GRH, marketing, management stratégique, management public etc.). Les thèmes privilégiés par discipline ont été répertoriés, les rapports de thèse analysés (Point, Retour, 2009), le positionnement épistémologique privilégié par les doctorants explicité, les institutions et directeurs de thèse encadrant le plus de jeunes docteurs spécifiés. D’autres comme Charreire et Huault (2001) ont analysé seize thèses de doctorat soutenues entre 1993 et 2000, repérées dans le fichier national des thèses, et se réclamant explicitement d’un positionnement constructiviste. L’objectif pour ces dernières étant de discuter la cohérence entre l’adhésion à l’épistémologie dite constructiviste et les méthodes de recherche mises en œuvre.

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L’objet de la présente rubrique, au-delà d’une analyse disciplinaire telle que réalisée tous les deux ans lors des Journées Nationales des I.A.E (Bernard, 1994; Papillon, Allix-Desfautaux, 1996; Garets, Hamelin, 2004; Paturel, 1998, 2004a), vise un recensement intra-sciences de gestion et transdisciplinaire (sciences du langage, sociologie etc.) en adéquation avec la ligne éditoriale de la présente revue. En effet, le positionnement de la revue Humanisme et Entreprise, à la croisée de multiples champs disciplinaires (économie, sciences de gestion, sociologie, droit, psychologie..), mais avec un ancrage en sciences de gestion, pourrait laisser croise à une difficulté opératoire à mener cet exercice. En réalité, le recensement des travaux doctoraux soutenus en 2009 et 2010 a été réalisé simplement, à partir du catalogue Sudoc, à savoir la bibliographie nationale des thèses en France (http://www.abes.fr/abes/page,430,sites-concernant-les-theses.html).

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Pour ce faire, nous avons répertorié - en termes quantitatif (dans un tableau) - les thèmes de recherche de la revue Humanisme et Entreprise lorsque ceux-ci étaient présent dans le titre de la thèse (et non pas dans les mots-clés ou dans le résumé de thèse). Ainsi, la première partie de cette rubrique a pour objet de recenser les thèses soutenues en 2009 et 2010 et dont l’objet porte sur les thèmes privilégiés depuis longtemps par la revue Humanisme et Entreprise. Naturellement, on retrouvera le thème de la culture, de la violence psychologique au travail (présents dans numéros thématiques de 2010 par exemple) mais aussi de la diversité, de l’insertion, de l’accompagnement, ou encore des conditions de travail. Nous avons tenté de déterminer l’importance des approches disciplinaires autres que celle des sciences de gestion dans la production des thèses dont le thème concerne, d’une manière ou d’une autre, des questions d’humanisme et d’entreprise. Dans cette perspective, les éléments descriptifs des thèses répertoriées dans le catalogue Sudoc permettent de connaître la discipline de soutenance. Nous poursuivons cette première partie en faisant un état des lieux concis des thèmes - dans la lignée de ceux de la revue Humanisme et Entreprise - choisis par les « nouveaux » (inscrits en 2010) doctorants, c’est-à-dire à partir des sujets de thèse formalisés dans le Fichier Central des thèses. Ceci nous permettra de mettre en perspective les thèmes de recherche qui ont déjà fait l’objet de soutenance de thèse au regard des thèmes choisis par les jeunes doctorants. Dans une deuxième partie, nous analyserons la thèse de Gisèle Nieto-Bru sur l’appropriation des outils de gestion et le management de projet, positionnée en sciences de gestion mais dont l’apport majeur réside dans l’opérationnalisation du concept de représentation sociale de son champ de recherche.

1 - Analyse des theses recentes dans la lignee de l’orientation de la revue humanisme et entreprise

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L’étude des thèmes des derniers numéros spéciaux de la revue Humanisme et Entreprise montre que ceux-ci se caractérisent par une double transversalité : d’une part, ils concernent autant les spécialités des sciences de gestion que sont le marketing, la gestion des ressources humaines, la finance etc.; d’autre part, ils associent nécessairement les gestionnaires à d’autres scientifiques comme les économistes, les sociologiques, les psychologues, etc. Si plusieurs recensements de recherche doctorale se sont inspirés de la grille d’analyse des thèses formalisée par Paturel pour une spécialité des sciences de gestion i.e. le management stratégique, l’objectif du présent recensement n’est pas tant la mise en exergue des tendances en termes de forme, d’objet de recherche ou de positionnement méthodologique et épistémologique, mais plutôt du repérage des thèmes inhérents à la revue Humanisme et Entreprise dans différentes disciplines des sciences sociales. La méthode mobilisée se différencie alors de celle de Paturel et est présentée dans la figure 1 ci-dessous.

Figure 1 - Encadré méthodologiqueFigure 1

1.1 - Theses soutenues et themes de humanisme & entreprise

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La recherche dans le catalogue SUDOC - à partir de mots-clés dans le titre de thèses soutenues en 2010 et 2009 - montre qu’aucune thèse n’a été soutenue sur le thème de l’humanisme (et entreprise), de l’engagement organisationnel, de l’égalité professionnelle, du talent, du harcèlement, de la violence au travail ou des risques psycho-sociaux (il existe cependant des thèses abouties en médecine par exemple). Alors même que le thème de l’éthique (et entreprise) ou de la Responsabilité Sociale de l’Organisation (RSE) ont des revues consacrées à leurs objets (revue Entreprise Ethique et Revue de l’Organisation Responsable), force est de constater que ces thèmes n’ont pas ou peu (3 dans le cas de la RSE) fait l’objet de thèses d’ores et déjà finalisées.

Tableau 1 - Recensement des thèses soutenues en 2009 et 2010 (Source : SUDOC)Tableau 1

1.2 - Inscriptions en thèses realisées en 2009 et 2010 autour des thèmes d’humanisme et entreprise

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Une fois analysées les thèses soutenues en 2009 et 2010, il apparaît intéressant d’explorer les sujets de thèse formulés par les « nouveaux » doctorants, c’est-à-dire les étudiants inscrits en doctorat en 2009 et 2010 [3][3] Au moment même où nous formalisons ce papier, le Fichier.... On peut d’ores et déjà remarquer que les sciences de gestion enregistrent le plus grand nombre d’inscriptions en doctorat (542 pour l’année 2009, cf. tableau 2 ci-dessous) au regard des disciplines des sciences sociales qui lui sont connexes (231 en sciences de l’information et de la communication pour l’année 2009 par exemple). La sociologie semble la discipline - hors sciences de gestion - la plus active des sciences sociales (444 inscriptions en doctorat enregistrées en 2009) et dont les thèmes sont parfois très proches des sciences de gestion, lorsqu’ils portent sur l’organisation.

Figure 2 - Comparaison des inscriptions en thèses, entre 2000 et 2009, dans plusieurs disciplines des sciences sociales connexes aux sciences de gestion (source : données issues du Fichier Central des Thèses)Figure 2
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Parmi les inscriptions en thèse présentées dans le tableau 3 ci-dessous, il est intéressant de constater que les sciences de gestion concentrent 40 % des inscriptions en lien avec les thèmes transversaux présentés.

Tableau 2 - Recensement des inscriptions en thèses en 2009 et 2010 (Source : Fichier central des thèses)Tableau 2
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Si le thème du développement durable est le grand « gagnant » en termes quantitatif du nombre de thèses soutenues en 2009 et 2010, il reste actuellement toujours un centre d’intérêt favori puisque 63 thèses portent le mot « développement durable » dans les nouvelles inscriptions en doctorat -réalisées en 2009 et 2010 - en sciences sociales, dont 17 en sciences de gestion en 2009 et dont la majorité en droit (35 %). Le Réseau International de recherche sur les Organisations et le Développement Durable (RIODD) a très certainement contribué à la diffusion de ce thème dans les sphères scientifiques.

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En référence au développement durable, trois dimensions sont souvent énoncées et donnent lieu à la notion de « triple bottom line » (Elkington, 1998) lorsqu’on évoque la Responsabilité Sociale de l’Entreprise (RSE). La RSE étant la traduction du développement durable dans l’organisation. Les sciences de gestion se sont emparées de ce thème (deux thèses d’ores et déjà soutenues et deux inscriptions en thèse sur ce thème ont été réalisées en 2009 et 2010) dont la déclinaison voit le jour dans des diplômes, comme le Diplôme d’Université de l’Institut d’Administration de Lyon sur la « Responsabilité sociétale des organisations - Management Responsable et Performance Globale ».

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Le thème de la culture est également porteur. Sur ce dernier, la thèse de Bonnefoy, débutée en 2010, semble prometteuse sur le plan de la transversalité. Ainsi, son projet de thèse, positionné en sciences de gestion et intitulé « La spiritualité comme ressort dévoilé du leadership interculturel » mobilise les travaux sur l’influence en psychologie sociale, des compétences du « dirigeant efficace » en sciences de gestion mais aussi la variable « spiritualité ». C’est ensuite le thème de la « diversité » qui totalise un nombre d’inscriptions important en thèse de doctorat. Lorsque celle-ci est réalisée dans le domaine des sciences de gestion, on note que c’est l’institution Paris-Dauphine qui attire des étudiants sur ce thème. Ceci est cohérent avec les axes de son centre de recherche et avec la Chaire Management et Diversité créée récemment. Le thème de la diversité n’a toutefois que peu donné lieu à des thèses abouties puisque une seule thèse sur ce thème a été soutenue en 2009 et positionnée en sociologie. Il est vrai que si la thématique de la diversité a émergé dans les années 1990 aux Etats-Unis, elle n’est arrivée en France qu’en 2004 (Charte de la Diversité). Ceci étant, la Diversité tend à s’institutionnaliser dans les entreprises mais aussi dans les institutions de formation et la recherche académique. Ainsi, l’Ecole de Management de Strasbourg a créée récemment un diplôme « Manager de la diversité » et la revue Management International a lancée un numéro spécial sur le thème « Management et Diversité : approches théoriques, approches comparées » pour février 2011.Ceci laisse nécessairement présager de nouvelles inscriptions en thèse, notamment en sciences de gestion, dans les années à venir. Ces dernières devront nécessairement intégrer une approche multidisciplinaire, comme le préconise Barth et Falcoz (2009) dans leur conclusion « Une approche interdisciplinaire semble souhaitable tant les dimensions gestionnaires, sociologiques, juridiques, psychologiques et politiques sont imbriquées pour le thème de l’égalité professionnelle, de la discrimination au travail et/ou du management de la diversité ». L’analyse des titres de thèses met toutefois en évidence l’absence du concept d’intersectionnalité [4][4] Une seule thèse mentionnant dans son titre le concept..., pourtant incontournable dans la recherche sur la question de l’égalité professionnelle, de la lutte contre les discriminations et du management de la diversité.

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Depuis une vingtaine d’années, la recherche en management a tenté d’améliorer l’analyse des organisations en prenant en compte l’encastrement social des individus qui la composent, en mobilisant les travaux de la sociologie économique incarnée par Granovetter. Notre étude par mots-clés présents dans le titre de la thèse ne répertorie qu’une seule thèse soutenue sur les réseaux sociaux en 2009 et 2010 et positionnée en sciences de gestion. Cette discipline concentre aussi l’essentiel des inscriptions en thèse puisque 35 % d’entre elles sont effectuées en son sein. Ceci étant, les sciences de l’information et de la communication totalisent 30 % des récentes inscriptions sur ce thème, soit presque autant que les sciences de gestion. Surprenante est la faible part des inscriptions dans le domaine de la sociologie (5 %) étant donné la proximité forte du thème des réseaux sociaux avec cette discipline. Là encore, on peut imaginer que d’autres mots-clés (trous structuraux, liens faibles, liens forts voire l’ensemble des mots clés associés aux courants de recherche sur le « paradigme du réseau » [5][5] Les huit courants de recherche sur ce paradigme sont...) auraient permis une analyse plus fine et représentative des recherches doctorales françaises en la matière.

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Le thème de l’entrepreneur, quant à lui, devient l’apanage des sciences de gestion avec 75 % de thèses soutenues et 59 % d’inscriptions en thèse dans cette discipline. Ces chiffres sont cohérents avec ceux de Messeghem et Verstraete (2008), qui identifient que 61 % de thèses soutenues en entrepreneuriat pour la période 2004-2007 relèvent des sciences de gestion. Ajoutons que ces éléments s’avèrent cohérents avec les associations académiques francophones spécialisées dans ce champ, à savoir l’Académie de l’Entrepreneuriat et l’Association Internationale de Recherche en Entrepreneuriat et PME, toutes deux majoritairement composées de gestionnaires. Notre recensement montre aussi que l’entrepreneuriat intéresse aussi d’autres disciplines comme le droit, l’économie ou la sociologie. Naturellement, un travail qui tendrait à l’exhaustivité devrait inclure une recherche par mots-clés du champ [6][6] La prochaine rubrique sur l’analyse des thèses 2010....

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Enfin, les thèmes de l’insertion et des conditions de travail donnent lieu à des projets de thèse dans plusieurs disciplines des sciences sociales. Ainsi, force est de constater que certains thèmes sont vraiment transdisciplinaires - tel est le cas par exemple de l’insertion, la culture ou la diversité - alors que d’autres, comme celui du changement sont restés l’apanage des sciences de gestion. Dans le cas de thématiques transdisciplinaires, il est intéressant d’observer la convergence de thématiques que nous avons recensées comme celles de la Responsabilité Sociale de l’Entreprise (RSE) et du management de la diversité, de l’égalité et de la lutte contre les discriminations. Ainsi, un lien entre RSE et valorisation du capital immatériel de l’entreprise, notamment par la gestion responsable des RH et le management de la diversité est établi par Lépineux et al. (2010).

2 - Importation du concept de représentation sociale en sciences de gestion : la thèse de gisele Nieto-Bru sur l’appropriation des outils de gestion

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En cohérence avec ce numéro spécial sur le risque, nous nous proposons dans cette partie d’étudier la thèse de Gisèle Nieto-Bru intitulée « L’appropriation des outils de gestion du risque dans les projets : le cas du Crédit Agricole » soutenue le 30 Novembre 2009 à l’Université d’Orléans. La question centrale de cette thèse est la suivante : Pourquoi, dans une même organisation, certains individus s’approprient-ils les outils de gestion et d’autres pas ? Plus précisément, Gisèle Nieto-Bru cherche à répondre à trois questions de recherche : Quel est le rapport à l’outil de gestion du risque dans les projets ? Est-ce que les Utilisateurs possèdent des caractéristiques différentes des Non-Utilisateurs ? Est-ce que les Utilisateurs ont des représentations du risque différentes des Non-Utilisateurs ?

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Alors que, dans la perspective instrumentale, l’outil est un vecteur de rationalité et que, par conséquent, son appropriation devrait être quasi-instantanée; la perspective psychosociale et cognitive se focalise sur le rôle de l’acteur. Dans cette dernière, adoptée par l’auteure, l’outil de gestion est un outil de traitement de l’information et un support d’apprentissages. C’est pourquoi, le chercheur mobilise une pluralité de théories : (1) les théorisations des outils de gestion, la théorie de la dissonance cognitive et la théorie de l’acceptation de la technologie pour justifier la formulation des hypothèses sur le rapport à l’outil des utilisateurs selon les caractéristiques de l’outil et leurs perceptions (obligation à l’utiliser et évaluation de l’outil); (2) les théories culturelles et la théorie de la création de connaissances pour émettre des hypothèses sur les facteurs individuels susceptibles d’expliquer un usage différencié de l’outil; (3) les théories des représentations sociales pour étudier l’influence de la représentation du risque sur l’utilisation des outils de gestion du risque dans les projets.

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C’est dans cette troisième théorie mobilisée par Gisèle Nieto-Bru que réside l’originalité de la recherche. Utilisé dans quelques travaux en management, le concept de représentation sociale [7][7] Pour l’auteure, "les représentations sociales sont... reste globalement peu mobilisé dans les Sciences de gestion. Gisèle Nieto-Bru introduit le concept de représentation sociale (Moscovici, 1961) pour comprendre pourquoi certains individus utilisent moins que d’autres des outils de gestion pour gérer les risques. Selon l’auteure, la représentation du risque dans les projets paraît être un élément pertinent pour expliquer des usages différents pour gérer le risque, selon que la pratique génère ou non des contradictions avec cette représentation, et en fonction de la nature des mécanismes de défense mis en jeu. En effet, les représentations prescrivent les comportements. C’est pourquoi, il est difficile pour les individus d’adopter de nouvelles pratiques si celles-ci contredisent leurs représentations. Des mécanismes de défense sont alors mis en jeu.

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En termes de méthodologie, Gisèle Nieto-Bru a mobilisée des techniques tirées de la psychologie sociale pour étudier les représentations sociales : évocation hiérarchisée, détermination de la zone centrale et des éléments périphériques. Là encore se retrouve l’intérêt et l’originalité de sa thèse, via l’importation en sciences de gestion de méthodes de recherche de sciences sociales connexes. Plus précisément, elle a effectuée une première étude exploratoire auprès de 82 étudiants de Licences professionnelles à l’aide d’un court questionnaire. La technique de l’association avec le mot « risque » comme inducteur lui a servi à étudier le contenu de la représentation du risque dans les projets chez les étudiants. Ses résultats montrent que la représentation du risque est relativement bien partagée et les variations interindividuelles relativement faibles. Une deuxième étude exploratoire a eu pour but de trouver un terrain favorable. L’auteure a réalisé des entretiens pour connaître les pratiques de management de projet de cinq banques de la région Centre. Elle a pu ainsi classer les banques de la région Centre selon la phase du processus d’appropriation, d’évaluer le niveau de maturité du management de projet et de mieux comprendre le processus et le contexte d’appropriation des outils de gestion du risque et de choisir le Crédit Agricole comme terrain de la recherche. Enfin, son étude au sein de cette dernière banque, réalisée sur la base d’un questionnaire, est destinée à des personnes impliquées dans des projets (60 répondants). Elle a notamment mis en exergue trois effets qui influencent la représentation du risque dans le projet : un effet phase, un effet genre et un effet culture professionnelle.

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En synthèse, l’intérêt et l’apport de la thèse de Gisèle Nieto-Bru se situe bien dans l’importation d’un concept de psychologie sociale - la représentation sociale - en sciences de gestion. Alors même qu’un même objet de recherche peut être traité par diverses disciplines des sciences sociales, les travaux de Gisèle Nieto-Bru plaident pour l’enrichissement de chacune d’elles par le croisement de leurs concepts respectifs. Peut-être pourrions-nous même imaginer à l’avenir la codirection de thèse de jeunes docteurs par des collègues de disciplines différentes, mais ô combien complémentaires.

Conclusion

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Depuis plusieurs années, des chercheurs en sciences de gestion se proposent de rapprocher, lors de colloques [8][8] Pour exemple, citons le colloque "Philosophie et Management",... notamment, les chercheurs en sciences sociales, quelle que soit leur discipline d’origine. Dans la même veine, la revue Entreprises et Histoire - créée en 1991 - est réalisée à la fois par des historiens et des chercheurs en gestion. La revue affiche aussi une attention particulière à la publication de contributions d’économistes et de sociologues, mais aussi parfois des articles de praticiens. Ce positionnement multidisciplinaire est proche de celui qu’a adopté, une trentaine d’années auparavant, la revue Humanisme et Entreprise. Ainsi, notre analyse réalisée à partir des thèmes récemment développés par la revue Humanisme et Entreprise et présents dans les titres de thèses - qui ont fait l’objet d’inscriptions et qui ont été soutenues en 2009 et 2010 - montre que de plus en plus de thèses issues des sciences de gestion mais aussi d’autres disciplines des sciences sociales portent sur ces thèmes.

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Il ressort également de ce travail qu’un certain nombre de thèmes présents dans la recherche anglo-saxonne comme celui des comportements déviants (au sens de Williamson, 1985) et de la déviance organisationnelle (Warren, 2003; Kidwell et Martin, 2005) [9][9] Le thème de la déviance a émergé en France plus récemment.... et dans les pratiques d’entreprises (alertes éthiques, whistleblowing, etc.), ou encore celui de la cohabitation des générations au travail (Flynn, 1996; Sheahan, 2005), semblent absents des recherches doctorales françaises. Nous n’ignorons pas que ces thèmes transversaux ont pu être écartés de notre recensement du fait de la méthodologie mise en place. En effet, d’une part, une recherche à partir de thèmes présents exclusivement dans le titre des thèses est nécessairement réductrice. D’autre part, le choix fait par l’auteure de se concentrer quasi-uniquement sur les thèmes abordés dans les derniers numéros thématiques de la revue n’est naturellement pas complet et n’aborde pas l’ensemble des problématiques traitées par la revue, dont la ligne éditoriale est plus large que notre recensement. Enfin, l’inscription d’une recherche doctorale dans une discipline donnée ne permet pas de saisir - si l’on s’en tient à une analyse à partir des titres des thèses - la réelle importation de concepts extra-disciplinaires pour la construction d’une thèse. Or, c’est souvent par l’intégration d’un concept d’une autre discipline qu’une thèse peut enrichir une théorie dans le cas de thèmes mâtures. Ainsi, récemment, la sociologie néo-institutionnelle mobilisée en sciences de gestion a vu sa théorie s’enrichir par l’apport de la théorie des mouvements sociaux, issus de la sociologie (Davis Gerald et al., 2005, le numéro spécial de la revue Administration Science Quaterly publié en 2008). C’est pourquoi nous préconisons, dans le cadre d’un recensement future des thèses, de réaliser une recherche par mots-clés et non pas seulement à partir des titres des thèses.. En outre, au-delà de cet inventaire français des thèses, il serait intéressant de dresser un comparatif international. Ainsi, par exemple, une recherche sur la base de données UMI Proquest (qui répertorie près de 2 millions de thèses provenant d’un millier d’universités à travers le monde, mais dont 90 % sont des thèses américaines) permettrait d’identifier les thèmes porteurs dans le monde anglo-saxon.


Références

  • ADMINISTRATIVE SCIENCE QUATERLY, 2008, Numéro spécial « Social Movements in Organizations and Markets », vol. 53, n° 3.
  • BARTH I., FALCOZ C., 2009, « Quels enseignements des thématiques Egalité/Discrimination/Diversité dispensés aux futurs managers en France ? », Numéro spécial La discrimination au travail, Revue Humanisme et Entreprise, n° 295, Décembre 2010.
  • BERNARD J.P., 1994, « Synthèse des thèses récentes en management stratégique et politique générale », XIIème Journées nationales des IAE, Montpellier, 2 et 3 février 1994, tome 2, p.29-35.
  • CHARREIRE S., HUAULT I., 2001, « Le constructivisme dans la pratique de recherche : une évaluation à partir de seize thèses de doctorat », Finance Contrôle Stratégie, Volume 4, Numéro 3, septembre, p. 31-55.
  • DAVIS GERALD F., DOUG MCADAM W. RICHARD SCOTT, MAYER N. ZALD (Eds.), 2005, Social Movements and Organization Theory, Cambridge University Press.
  • ELKINGTON J., 1998, Cannibals with forks : the triple bottom line of 21st century business, Oxford, Capstone.
  • FLYNN G., 1996, « Xers vs. Boomers: teamwork or trouble? », Personnel Journal, 75(11), 86-90.
  • GARETS DES Véronique, HAMELIN Jordan, 2004, « Etat des thèses en marketing : Analyses et tendances 2002-2003 », Etat des thèses présentées aux Journées Nationales des IAE, Lyon, 13-14 septembre 2004.
  • JAMEUX C., MESCHI P.X., MOSCAROLA J., 1996, « La production de thèses en stratégie en France : 1991-1995 », Journées Recherche FNEGE, 11/10/1996, Paris, 21 pages.
  • KIDWELL R., MARTIN C., 2005, Managing Organisational Deviance, Sage, Thousands Oaks.
  • LEPINEUX F., J-J ROSE, C. BONANNI et S. HUDSON, 2010, La RSE – théories et pratiques, Paris, Dunod.
  • NIETO-BRU G., 2009, « L’appropriation des outils de gestion du risque dans les projets : le cas du Crédit Agricole », Thèse de doctorat en sciences de gestion, Université d’Orléans.
  • PAPILLON J.C., ALLIX-DESFAUTAUX E., 1996, « Etat des thèses en stratégie », XIIIème Journées Nationales des IAE, Toulouse, 16 et 17 avril 1996, p. 103-145.
  • PATUREL R., 1998, « Etat des thèses en management stratégique », XIV Journées des IAE Nantes, 15 et 16 mai 1998, 37 pages.
  • PATUREL R., 1998, « Panorama général et synthétique des thèses françaises en management stratégique - Années 1996-1997 », Journée « Recherche en Gestion » de la FNEGE, 23 octobre 1998, Université de Paris-Dauphine, 32 pages.
  • PATUREL R., 2004a, « La recherche doctorale française en entrepreneuriat, années 2000-2004 », XVIIème Journées Nationales des IAE, Lyon, 13 et 14 septembre 2004, 26 pages.
  • PATUREL R., 2004b, « Note de recherche. Les choix méthodologiques de la recherche doctorale française en entrepreneuriat. Remise en cause partielle d’idées préconçues ». Revue de l’Entrepreneuriat, vol. 3, n° 1.
  • POINT S., RETOUR D., 2009, « La production de thèses en GRH sur la période 2004-2007 », Cahier de Recherche du CERAG n° 2009-01 E1.
  • SHEAHAN P., 2005, Generation Y : Thriving and Surviving with Generation Y at Work, Hardie Grant Books.
  • WARREN DE, 2003, « Constructive and destructive deviance in organizations », Academy of Management Review, 28, pp. 622-632.
  • WILLIAMSON O.E., 1985, The Economic Institutions of Capitalism, New-York : The Free-Press.

Notes

[1]

Maître de conférences IAE de Limoges - chercheur OCRE-EDC Paris - audrey.becuwe@unilim.fr.

[2]

Le premier recensement des thèses soutenues a eu lieu lors du congrès des I.A.E de 1992.

[3]

Au moment même où nous formalisons ce papier, le Fichier Central des Thèses semble ne pas être à jour, l’année 2010 n’étant pas terminée. Ainsi, courant décembre 2010, le Fichier Central des Thèses recense 213 inscriptions en thèse en sciences de gestion. Ce chiffre paraît relativement peu élevé au regard du nombre d’inscriptions enregistrées en 2009 (42), en 2008 (508) ou en 2007 (503).

[4]

Une seule thèse mentionnant dans son titre le concept d’intersectionnalité a été soutenue en 2010 et en sociologie, à savoir : Manier Marion, 2010, Le traitement social de la question des "femmes de l’immigration" dans le champ de l’action sociale : les enjeux d’une catégorisation intersectionnelle ethnique de genre et de classe et de ses effets sociaux, Thèse de doctorat en sociologie, Université de Nice.

[5]

Les huit courants de recherche sur ce paradigme sont les suivants : (1) l’encastrement social, (2) organisations en réseau, (3) loard interlocks, (4) alliances inter-entreprises, (5) capital social, (6) management des connaissances, (7) processus de groupe, (8) cognition sociale (source : Borgatti S.P. et Foster P., 2003, "The network paradigm in organizational research : A review and typology", Journal of Management, 29(6) : 991-1013).

[6]

La prochaine rubrique sur l’analyse des thèses 2010 et 2011 de la revue Humanisme et Entreprise gagnerait à inclure les douze mots clés du champ de l’entrepreneuriat identifiés par Messeghem et Verstraete (2008), à savoir : (1) création d’entreprise, (2) démarrage, (3) reprise, (4) entrepreneur, (5) incubateur, (6) pépinière, (7) accompagnement, (8) entrepreneuriat, (9) corporate venture, (10) intrapreneuriat, (11) essaimage, (12) strat-up.

[7]

Pour l’auteure, "les représentations sociales sont des représentations collectives qui ont la particularité d’être socialement différenciées. Elles constituent un ensemble de connaissances et de valeurs partagées par un groupe social. Elles ont un rôle prescriptif et identitaire dans ce groupe. La théorie du noyau central met en évidence dans la représentation sociale une zone centrale constituée d’éléments stables et une zone périphérique permettant d’intégrer des variations individuelles et une adaptation au contexte." (p. 112 de la thèse).

[8]

Pour exemple, citons le colloque "Philosophie et Management", le colloque annuel de l’Institut de Psychanalyse et Management auquel plusieurs chercheurs en Sciences de Gestion participent chaque année, ou encore le colloque à venir "Management et Religions" (31 août et 1er septembre 2011 à Strasbourg). On peur également penser aux revues d’autres disciplines (Revue Internationale de Psychologie, Nouvelle Revue de Psychosociologie, etc.) dans lesquelles publient régulièrement certains chercheurs pourtant positionnés en sciences de gestion.

[9]

Le thème de la déviance a émergé en France plus récemment. Voir Bréchet J.P., Monin Ph., Saives A-L., 2008 "Légitimité, déviance et délit : les défis pour le management stratégique", Revue Française de Gestion, vol. 34, n° 183, avril.

Plan de l'article

  1. 1 - Analyse des theses recentes dans la lignee de l’orientation de la revue humanisme et entreprise
    1. 1.1 - Theses soutenues et themes de humanisme & entreprise
    2. 1.2 - Inscriptions en thèses realisées en 2009 et 2010 autour des thèmes d’humanisme et entreprise
  2. 2 - Importation du concept de représentation sociale en sciences de gestion : la thèse de gisele Nieto-Bru sur l’appropriation des outils de gestion
  3. Conclusion

Pour citer cet article

Becuwe Audrey, « Analyse des thèses engagées ou soutenues en 2009 et 2010 », Humanisme et Entreprise, 1/2011 (n° 301), p. 61-72.

URL : http://www.cairn.info/revue-humanisme-et-entreprise-2011-1-page-61.htm
DOI : 10.3917/hume.301.0061


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