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Humanisme et Entreprise

2011/2 (n° 302)


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Jusque récemment la concentration de l’emploi sur la tranche d’âge médiane faisait consensus en France (Guillemard, 2007). Etayées sur des dispositifs institutionnels d’éviction de l’emploi (préretraite, dispense d’emploi), les seules politiques RH spécifiques aux seniors concernaient leur départ, avancé par rapport à l’âge normal de cessation d’activité. Les finalités de ces politiques étaient de lutter contre le chômage et de faire jouer la solidarité intergénérationnelle, laissant ainsi en quelque sorte « la place aux jeunes ». Le taux de chômage des jeunes réagissant davantage au taux de croissance économique qu’à la sortie d’activité des seniors, ce « consensus intergénérationnel » (Marbot & Peretti, 2004) s’est révélé injustifié. Néanmoins il continue d’imprégner les mentalités de nombreux managers et du grand public, d’autant plus que la logique de l’employabilité et le développement de l’e-recrutement, en invitant les salariés à être acteurs de leur évolution professionnelle et attentifs aux opportunités d’emploi (Nekka, 2002), ne plaident pas en faveur de la majorité des travailleurs âgés. De fait en quelques vingt ans la notion de « carrière », qui renvoie à l’idée d’un cheminement linéaire, ascendant et bien déterminé au sein de la même entreprise, s’est transformée en « employabilité », définie comme la capacité d’un individu à forger un itinéraire lui permettant de trouver aisément un autre emploi que le sien (Gazier, 2003 ; Retour, 2006). Si l’exclusion des seniors du marché du travail, certes en diminution (38,9 % des 55-64 ans étaient encore en emploi en 2009), est plus accentuée en France qu’ailleurs en Europe, les changements démographiques et la perspective d’un vieillissement accéléré du monde du travail au cours du 21e siècle existent partout en Occident. Ils ont amené les chercheurs à s’intéresser aux travailleurs âgés et aux dernières étapes de la carrière professionnelle (Hedge, Borman, & Lammlein, 2006). L’anticipation d’une vie active plus longue fait de la perception du temps restant à travailler et des opportunités qui y sont liées, un thème de recherche essentiel. Pourtant rares sont les chercheurs qui s’y sont penchés. La perception de ce temps restant à travailler n’a reçu que peu d’attention en psychologie du travail malgré quelques exceptions (Seijts, 1998 ; Zacher et Frese, 2009 ; Bal et al., 2010). C’est pourquoi les recherches de Marbot en France auprès de salariés âgés sont novatrices ; issue des Sciences de la Gestion, cette chercheure a forgé le terme de sentiment de fin de carrière se manifestant chez les salariés par un désengagement au travail, un recentrage sur soi, une évolution tout autant des rôles sociaux (la place du travail dans la sphère sociale), des objectifs de vie (l’individu a désormais d’autres priorités dans sa vie qu’il n’avait pas auparavant et qui sont liées au recentrage sur soi) que vers l’intégrité, et par une acceptation de son âge. L’apport de cette notion à la problématique du développement adulte est fondamental et il est regrettable qu’il reste ignoré des gérontologues sociaux. En miroir, notre étude permet de resituer le sentiment de fin de carrière dans le cadre plus général des changements de la perception du temps au cours de la vie. Elle rend compte d’objectifs sociaux qui y sont attachés aux différents âges de la vie. Ces deux approches « psychologiques » contribuent à expliquer pourquoi et comment se fait-il qu’un senior se désengage de sa situation de travail. La perception du temps a toujours été un enjeu pour la réflexion philosophique. Kant (1781) faisait valoir que la conception du temps colore fortement la façon dont les gens vivent leur expérience du monde. Le temps fut une question privilégiée par les phénoménologues existentiels (Heidegger, 1927; Husserl, 1964). Dans les sciences humaines et sociales les conceptualisations abondent, témoignant qu’il occupe une place prépondérante dans l’analyse des rapports que les individus et les groupes entretiennent à eux-mêmes, aux autres et au monde. Durkheim (1912) qualifiait le temps de « cadre permanent de la vie mentale ». Pour William James le concept de temps fut si central qu’il a consacré un chapitre entier à la « perception du temps » dans les Principes de la Psychologie (1890). Dans cette discipline, l’étude de la perspective temporelle représente sans doute le domaine où la problématique du temps a connu les plus amples développements tant du point de vue théorique qu’empirique. L’analyse du rôle de la perspective temporelle dans les perceptions et les comportements individuels et de groupe a mis en évidence le caractère essentiel de cette dimension dans les modes de connaissance et d’action qui régissent les interactions individu environnement (Apostolidis et Fieulaine, 2004). Ce construit remonte à Lewin dont les vues étaient proches de celles des philosophes existentiels. Il affirmait que l’espace de vie d’un individu inclut non seulement son environnement géographique et social, mais aussi une dimension temporelle. Il a défini la perspective temporelle comme « la totalité des points de vue de l’individu sur son avenir psychologique et son passé psychologique à un moment donné » (Lewin, 1951, p. 75). Plus récemment Nuttin a défini la PT comme « un ensemble de repères qui, grâce à la socialisation, s’établissent comme toile de fond des expériences vécues d’un sujet », cette toile de fond étant d’origine commune ou sociale (Nuttin, 1977, p. 316). Il a insisté sur la dimension motivationnelle de la PT en soulignant le rôle déterminant qu’elle joue dans le processus d’édification comportementale. Au cours de la décennie passée la Perspective Temporelle Future (PTF), en termes lewiniens la perception « du temps qui reste à vivre et qui influence le comportement présent », a fait l’objet d’un intérêt renouvelé en psychologie, essentiellement dans les champs du vieillissement et de la santé. Cependant, malgré sa reconnaissance comme un construit important, la perspective temporelle future ne fut intégrée que tardivement à une théorie du développement adulte en psychologie.

1 - Trajectoires sociales et psychologiques à l’âge adulte

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Les premières théories du vieillissement social ont affirmé que de profonds changements qualitatifs se produisaient dans le fonctionnement psychologique lors de l’avancée en âge. La théorie du désengagement qui a dominé l’étude du vieillissement social pendant des décennies, soutenait que quand les gens atteignent le grand âge, ils se distancient émotionnellement et se détachent des êtres chers dans la préparation symbolique de leur mort (Cumming et Henry, 1961). Malgré l’accumulation des recherches empiriques, les patterns observés n’ont pas confirmé les postulats clés de la théorie du désengagement. De fait si les réseaux sociaux diminuent en taille, le profil typique du vieillissement est psychologiquement positif et socialement engagé. Des modèles plus récents ont concilié les temps de la vie et les trajectoires sociales et émotionnelles. Ils sont issus des travaux axés sur le vieillissement réussi qui ont émergé à la fin des années 80, corrélativement à la psychologie positive.

1.1 - L’Optimisation Sélective avec Compensation

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Développé par Baltes et Baltes (1990), ce méta-modèle ou heuristique prend en compte les interactions entre les personnes et les situations tout au long de la vie. Selon ce modèle, en vieillissant, les gens sont de plus en plus conscients des gains et des pertes liés à l’âge. Du fait de la diminution fréquente avec l’âge des réserves sociales, cognitives et fonctionnelles, les ressources sont soigneusement allouées. En conséquence, les gens optent pour des objectifs qui (a) sont importants et (b) peuvent être obtenus de façon réaliste tard dans la vie. Ces objectifs sont souvent sélectionnés au détriment d’autres priorités de moindre importance qui sont finalement abandonnées. En outre ils adoptent des comportements qui permettent d’optimiser leurs capacités d’atteindre ces objectifs prioritaires. Si leurs objectifs ne peuvent être satisfaits en utilisant leurs stratégies habituelles, ils s’engagent dans des activités compensatoires. Pour illustrer son modèle, Baltes prend pour exemple le pianiste Rubinstein. Lorsqu’il fut interrogé à 80 ans sur le fait qu’il continuait à être un excellent concertiste, Rubinstein fournit trois raisons. Il avait réduit son répertoire en jouant moins de morceaux (sélection), il les travaillait plus souvent (optimisation), et il accentuait les contrastes de tempo -en jouant plus lentement les mouvements lents- pour simuler la vitesse qu’il ne pouvait plus maîtriser (compensation). Rubinstein décrivait un exemple classique de ce que la psychologie désigne comme une stratégie clé du vieillissement réussi. S’agissant des relations sociales, maintenir des relations importantes émotionnellement lors du vieillissement, tout en faisant l’expérience de niveaux de bien-être parfois plus élevés que par le passé, témoigne des stratégies de sélection et d’optimisation. L’abandon des relations périphériques laisse plus de temps et d’énergie pour les relations importantes. Les gens qui choisissent, optimisent et compensent sont parmi ceux qui se sentent le mieux et les plus autonomes. L’art de vivre dans la vieillesse consiste en la recherche créative d’un territoire nouveau, généralement plus petit, qui est investi avec la même intensité que dans le passé.

1.2 - La théorie de la sélectivité socio-émotionnelle

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Dans le prolongement du modèle SOC de Baltes, Laura Carstensen (1993) a établi la théorie de la sélectivité socio-émotionnelle (TSS) en prenant la perspective temporelle pour postulat de base ; elle a depuis accumulé les preuves empiriques. Elle affirme que la motivation change quand l’horizon temporel se raccourcit. La perspective temporelle future est conceptualisée comme un construit unidirectionnel représenté sur un continuum allant d’un futur « limité » (la perception que le temps qu’il reste à vivre est court) à un futur « ouvert » (la perception que toute une vie est devant nous). Les gens passent d’un horizon temporel ouvert dans leur jeunesse à un horizon temporel limité en prenant de l’âge. En outre, la prise de conscience de l’horizon temporel influence les objectifs sociaux qu’on se fixe ; que ce soit conscient ou inconscient, l’appréhension des contraintes de temps entraîne des changements dans la hiérarchie des objectifs qui sont essentiels pour l’autorégulation, les relations sociales et les expériences émotionnelles.

Les objectifs sociaux

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Selon la TSS, deux grandes catégories fonctionnelles d’objectifs sociaux font partie intégrante de la motivation : les objectifs d’expansion telles la recherche et l’acquisition de connaissances ainsi que les expériences nouvelles, et les objectifs centrés sur la recherche du bien-être émotionnel. Les personnes jeunes et en bonne santé envisagent typiquement l’avenir comme vaste : elles donnent priorité à des objectifs qui les y préparent. Les objectifs axés sur l’acquisition de connaissances et d’informations sur les possibilités d’avenir sont prioritaires sur les autres. Cependant, lorsque l’horizon temporel rétrécit les objectifs sont de plus en plus centrés sur l’émotion. Comme Carstensen et ses collègues le font valoir, catégoriser les motivations sociales comme « liées à la connaissance » ou « liées aux émotions » est quelque peu artificiel car le système émotionnel est inhérent à tout comportement intentionnel (Carstensen, Isaacowitz, & Charles, 1999). Pourtant, cette différenciation est heuristique : elle est destinée à distinguer entre les objectifs qui représentent un investissement pour l’avenir et seront bénéfiques à long terme de ceux qui mettent l’accent sur le bien-être et les bénéfices à court terme, sinon immédiatement. Par construction, les auteurs ont différencié deux sous-types d’objectifs sociaux à la fois lorsque l’avenir est perçu comme ouvert et lorsqu’il est perçu comme limité. Les objectifs sociaux liés à une perspective temporelle ouverte sont l’acceptation sociale et l’autonomie. L’acceptation sociale est le sentiment de disposer de bons amis susceptibles d’informer et d’aider à la décision ; la notion floue et difficilement saisissable d’autonomie peut être rapprochée de la puissance personnelle d’agir (Ricœur, 2004) tout autant que du sentiment d’efficacité et de maîtrise que du locus de contrôle interne dans les termes de la théorie sociocognitive de la théorie sociocognitive de Bandura (2003). Dans les Objectifs sociaux liés à une perspective temporelle limitée, les objectifs à court terme incluent la régulation émotionnelle et la générativité. La régulation émotionnelle renvoie à une meilleure autorégulation des émotions dans la vie quotidienne. Quand des préoccupations relatives à l’avenir sont moins prégnantes, l’attention portée aux états émotionnels immédiats augmente entraînant un meilleur contrôle des émotions et la poursuite d’objectifs émotionnellement importants. Corrélativement à la prise de conscience de la fragilité et de la valeur de la vie, les relations de longue date avec la famille et les amis ont une portée sans précédent. La générativité est un concept inspiré des travaux d’Erikson (1950) sur les différentes étapes de vie. Il affirme que les gens bien intégrés passent, au cours de l’âge adulte moyen, de préoccupations immédiates personnelles et familiales, à un intérêt plus distancié, centré sur la communauté dans la vieillesse. Cette maturation se traduit par le désir de prendre des responsabilités pour les générations futures, de transmettre des connaissances et le sens des valeurs à ceux qui suivent. C’est donc une préoccupation et une responsabilité envers les générations futures en général et envers ses propres enfants en particulier (McAdams, Hart, & Maruna, 1998).

Principaux résultats apportés par la TSS

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Tout d’abord, il a été établi que l’anticipation d’un futur limité était liée à l’avancée en âge. Le nombre de partenaires composant les réseaux sociaux des personnes âgées est plus restreint que chez les adultes plus jeunes ; une tendance observée dans divers groupes culturels. Les chercheurs ont initialement attribué cette diminution de la taille du réseau social à l’âge du fait des pertes associées au vieillissement : diminution des rôles sociaux, décès des amis et des membres de la famille et augmentation des incapacités fonctionnelles qui réduisent l’engagement social (Carstensen & Charles 1998). Cependant il semble qu’un processus d’élagage commence dès la trentaine et la quarantaine, bien avant que les pertes liées à l’âge ne commencent (Carstensen, 1993). Les recherches suggèrent que les personnes vieillissantes jouent un rôle actif dans la réduction et la transformation qualitative -forme plus intime- des réseaux sociaux (Carstensen, 1993, 2006 ; Carstensen et al 1999). Fait important, les réseaux sociaux réduits mais « concentrés » en partenaires proches émotionnellement sont bénéfiques pour la santé mentale (Lang & Carstensen 1994). La diminution de la taille des réseaux est déterminée principalement par l’exclusion des simples connaissances, moins importantes (Fung et al. 2001 ; Yeung et al. 2008). Il est clair que le nombre des partenaires sociaux proches émotionnellement reste très stable (Fung et al.2001 ; Lang & Carstensen 1994) ou même augmente légèrement avec l’âge (Yeung et al. 2008). Les personnes âgées rendent compte d’expériences émotionnelles plus positives lors d’interactions avec les membres de la famille en comparaison des adultes plus jeunes (Charles & Piazza 2007), et les jeunes adultes rapportent des niveaux plus élevés d’affect positif lors d’interactions avec de nouveaux amis que ne le font les adultes plus âgés. Et, alors que les adultes jeunes ayant relativement peu de partenaires périphériques dans leurs réseaux rapportent être moins heureux, ce n’est pas le cas des personnes âgées (Lang & Carstensen, 2002). L’emploi de leur temps différencie jeunes et âgés : les personnes âgées choisissent soigneusement les activités qui sont personnellement et émotionnellement importantes (Hendricks & Cutler, 2004), les investissements soigneusement sélectionnés semblant leur apporter des bénéfices. En outre les personnes âgées qui apportent du soutien social aux autres font état de niveaux d’émotions positives plus élevés, de niveaux plus bas d’émotions négatives, de plus nombreux objectifs dans leur vie, et ont aussi une mortalité réduite comparées à celles qui ne donnent pas un tel soutien (Greenfield & Marks 2004 ; Krause 2006). Ainsi, malgré leur taille réduite, les réseaux sociaux semblent procurer de la satisfaction. Bien entendu si la taille du réseau est trop petite, les gens sont à risque d’isolement. Mais de façon générale, la proximité et l’importance des relations sont plus déterminantes que la taille du réseau dans la vieillesse. On le voit la TSS est une théorie de la motivation sociale fondée sur les processus d’adaptation tout au long de la vie. Grâce à la sélection d’objectifs sociaux et psychologiques, les gens ont un rôle proactif dans la gestion de leur qualité de vie, c’est-à-dire de leur bien-être.

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Ensuite, les études ont établi que l’anticipation d’un futur limité pouvait être associée à la maladie. Très tôt les auteurs se réclamant du courant de la TSS ont pensé que ce n’était pas nécessairement l’âge en soi qui incitait à ces préférences pour des objectifs différents. Ils ont constaté que les « anticipations de limite du temps », dont la perspective de la mort pour qui a une maladie grave, étaient l’élément clé de ce changement de buts. Ces « anticipations de limite du temps » ont été incluses dans la théorie ; la perspective temporelle future est désormais définie comme la perception du temps qu’il reste à vivre que ce soit pour les personnes âgées ou pour des personnes gravement malades de tout âge (Fredrickson & Carstensen, 1990).

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Enfin, l’anticipation d’un futur limité a été associée à des crises sociétales. Des études ont testé ces postulats théoriques lors d’événements de niveau macro-social. Par exemple Fung, Carstensen, et Lutz (1999) ont étudié les différences d’âge dans les préférences sociales un an avant, deux mois avant, et un an après la rétrocession de Hong Kong par le Royaume-Uni à la République populaire de Chine. Le transfert mettait fin à une souveraineté britannique de plus de 150 ans et fut largement perçu à Hong Kong comme une date au-delà de laquelle l’avenir était très sombre. Dans les mois précédant le transfert, certaines caricatures politiques représentaient Hong Kong comme un train fonçant dans un tunnel bouché. Les auteurs ont interprété la rétrocession comme une « fin » de niveau macro-socio-politique et ont montré que les limites temporelles perçues avant la rétrocession influençaient les préférences sociales. En effet, un an avant la rétrocession, les plus âgés, mais non les jeunes de Hong Kong préféraient des partenaires sociaux proches émotionnellement. Pourtant, deux mois avant le transfert lorsque la fin sociopolitique de Hong Kong approchait, les deux groupes d’âge montraient les mêmes préférences. Un an après, les différences d’âge sont réapparues. Les jeunes ne donnaient plus priorité aux partenaires sociaux émotionnellement proches, sans doute parce qu’ils avaient tourné la page, et étaient à nouveau concernés par l’avenir. Les personnes âgées, en raison de leur perspective temporelle limitée au niveau individuel, ont continué à préférer des partenaires émotionnellement proches. Les mêmes résultats ont été obtenus à propos de l’attentat du 11 Septembre aux Etats-Unis et de l’épidémie de SRAS à Hong-Kong. Ainsi des événements socioculturels qui vraisemblablement rendent saillante la fragilité de la vie, augmentent la motivation à donner de l’importance émotionnelle à la vie, quel que soit l’âge.

1.3 - Deux études testant l’association entre perspective temporelle et âge

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Deux études récentes sur les corrélations entre la PFT et l’avancée en âge, ont inspiré notre recherche. Elles montrent une corrélation négative et envisagent la perspective temporelle future comme un prédicteur des comportements à l’égard du réseau social. La première (Lang, 2000) est basée sur un échantillon longitudinal d’adultes allemands (70 à 104 ans). L’auteur explore, à un intervalle de 4 ans, les liens entre les différences individuelles sur le PTF (opérationnalisée par un seul item « Je pense que mon temps touche à sa fin ») et les changements d’attitude envers le réseau social. La corrélation entre la PTF et l’âge, même sur un tel échantillon d’âge aussi réduit est de -. 32. Cette étude, destinée à analyser l’impact de la PTF en T1 sur l’évolution du réseau social entre T1 et T2, ne précise pas les changements dans les scores longitudinaux de la PTF. Dans la deuxième (Lang & Carstensen, 2002), les données ont été recueillies auprès d’un échantillon allemand de 480 individus appartenant à 3 groupes d’âge (20-40, 45-65 et 70-90). Cette étude a été la première à explorer, sur un échantillon hétérogène important, à la fois toute une série d’objectifs sociaux et les comportements au sein du réseau social. Les auteurs ont pu montrer une forte corrélation négative (r =-. 70) entre PTF et avancée en âge. De plus, ayant différencié par construction les deux sous-types d’objectifs sociaux mentionnés plus tôt, ils ont pu démontrer que les gens qui percevaient leur avenir comme limité donnaient la priorité aux objectifs importants émotionnellement et que le contraire était vrai. Au-delà de la sélection des objectifs, les auteurs se sont centrés sur les effets positifs qu’une telle sélection pourrait avoir en termes d’adaptation. À cette fin ils ont analysé l’adéquation entre la PTF (limitée ou ouverte) et les objectifs poursuivis en faisant l’hypothèse qu’elle était source de bien-être : ils ont pu démontrer que des objectifs conformes ou « congruents » avec la motivation sont sources de satisfaction sociale. A contrario la poursuite d’objectifs ne correspondant pas à l’étendue de la FTP (objectifs « non congruents ») conduit à l’insatisfaction dans les relations sociales. Ces deux études confirment les prédictions de la TSS mais les analyses sont corrélationnelles et n’indiquent pas les changements non-linéaires. Elles ne disent rien des groupes d’âge intermédiaire. Par exemple dans la deuxième, les auteurs ont mis l’accent sur les corrélations entre les différences individuelles dans la PTF, les objectifs sociaux et le comportement vis-à-vis du réseau social, ils n’ont pas mentionné les niveaux moyens de PTF pour chaque groupe d’âge. Notre recherche, basée sur les données de l’European Social Survey (ESS3, 2006) se sert du cadre de la TSS et se réfère à ces travaux empiriques antérieurs. Constatant qu’il n’existait pas d’étude empirique ayant analysé la validité de la TSS sur la base d’un échantillon représentatif d’adultes dont l’âge varie de la jeunesse à la vieillesse, notre objectif principal a été de tester le modèle de Carstensen sur une grande échelle. Notre deuxième objectif concerne les avantages, en matière de bien-être subjectif, d’opter pour des objectifs conformes à la motivation. Enfin, notre étude s’intéresse aux variations potentielles entre pays européens dont le développement économique n’est pas équivalent.

2 - Méthode

2.1 - Echantillon

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Cette étude a utilisé les données de 23 pays européens fournies par l’ESS3 en Juillet 2006 (collectées en Novembre 2004). Elles comprenaient 43000 réponses individuelles au questionnaire, à partir d’échantillons représentatifs des différents pays (voir le tableau 1 pour la description des dimensions des échantillons). Dans l’analyse portant sur des comparaisons entre pays, les données utilisées étaient toujours pondérées, de sorte que la valeur moyenne de chaque échantillon est représentative du pays et que le total n’est pas affecté par la dimension de l’échantillon, mais par la dimension de la population de chaque pays.

Tableau 1 - Distribution des catégories d’âge dans les 23 échantillons nationaux différentsTableau 1

Niveau de développement des pays

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Afin d’analyser l’impact du niveau de développement de chaque pays, nous avons obtenu son classement dans l’indice de développement humain pour l’année du recueil des données (PNUD 2004). Cette information a été utilisée pour créer trois groupes de pays selon leur niveau de développement : le groupe des pays les plus avancés (Pays-Bas, Norvège, Suède, Belgique, Suisse, Danemark, Finlande et Irlande), le groupe des pays les moins avancés (Chypre, Pologne, Hongrie, Estonie, Slovaquie, Bulgarie, Russie, Ukraine) et le groupe des pays intermédiaires (Royaume-Uni, France, Autriche, Allemagne, Espagne, Portugal et Slovénie).

2.2 - Indicateurs [3][3] Les différents indicateurs ont été opériationnalisés...

Perspective temporelle future

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Elle a été opérationnalisée à l’aide des indicateurs de base proposés de Carstensen et Lang (1996), (D52, « Planifiez vous généralement l’avenir ou prenez vous chaque jour simplement comme il vient ? »), y compris une composante plus émotionnelle (E28, « J’aime planifier et préparer l’avenir »). La question D52 était formulée sur une échelle de 11 points (de 0 à 10). La question E28, sur une échelle de 5 points (de 1 à 5) et l’indicateur final résultait de la moyenne des deux questions, après leur transformation en zscores. La cohérence interne de cet indicateur est suffisante pour le nombre total de réponses (?= 0,630; r (42 182) = 0,459, p <.001) et la variance existant entre les pays, ? bien qu’élevée, ne rend pas son utilisation impossible : les valeurs sont acceptable dans les pays les moins avancés (?= 0,647; r (11 193) = 0,478), ainsi que dans les pays les plus ? avancés (?= 0,639; r (14 397) = 0,469) et dans ceux qui se situent au niveau intermédiaire ? de développement en Europe (?= 0,603; r (15 113) = 0,431).

Les objectifs sociaux

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A l’instar de la recherche de Lang et Carstensen (2002), quatre indicateurs des objectifs sociaux ont été construits : l’acceptation sociale, l’autonomie, la régulation émotionnelle et la générativité. L’acceptation sociale a été opérationnalisée avec 5 questions : C2, « avec quelle fréquence rencontrez-vous socialement, par choix, des amis, parents ou collègues de travail? » (échelle en 7 points, 1 = jamais et 7 = tous les jours) ; C3, « Avezvous quelqu’un avec qui vous pouvez discuter de questions intimes et personnelles » (oui / non selon l’existence ou l’absence d’un confident) ; E12, « Combien de fois vous êtes-vous senti seul au cours de la dernière semaine ? » (échelle en 4 points de 1 = jamais à 4 = tout le temps ou presque tout le temps) ; E43, « Il y a des gens dans ma vie qui se soucient vraiment de moi » (échelle en 5 points de 1 = je suis d’accord à 5 = fortement en désaccord) ; F91 « Il est important d’être fidèle à ses amis et de se consacrer à ses proches » (échelle en 6 points de 1 = tout à fait d’accord à 6 = pas du tout d’accord). Le dernier indicateur a été calculé en faisant la moyenne des zscores aux 5 questions. La cohérence interne de cet indicateur est suffisante pour le nombre total de réponses (?= 0. 476). L’autonomie a été opérationnalisée avec 3 questions : E23, « je suis libre de décider comment vivre ma vie » ; E26, « j’aime apprendre de nouvelles choses » (échelles en 5 points, 1 = tout à fait d’accord à 5 = pas du tout d’accord) ; F74, « il est important d’avoir de nouvelles idées et de faire preuve de créativité » (échelle en 6 points de 1 = tout à fait d’accord à 6 = pas du tout d’accord). L’indicateur final a été calculé en faisant la moyenne des zscores aux trois questions. Bien que la cohérence interne de cet indicateur soit un peu faible (?= 0,462), du fait que l’alpha de Cronbach est très sensible au nombre d’items, il est acceptable si l’on considère que l’indice est composé de trois items seulement. La régulation émotionnelle a été opérationnalisée par la question F82, « il est important d’être humble et modeste pour ne pas attirer l’attention » (échelle en 6 points de 1 = tout à fait d’accord à 6 = pas du tout d’accord).

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Générativité : ce construit a été opérationnalisé par la question E33, « le temps passé avec votre famille immédiate est-il agréable ? » (échelle en 7 points, 0 = jamais à 6 = tout le temps).

L’état de santé perçu

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La perception de la santé a été opérationnalisée avec 3 questions : C15, « Globalement, comment jugez-vous votre santé en général ? » (échelle en 5 points de 1 = très bonne et 5 = très mauvaise), « Combien de fois au cours de la dernière semaine … vous êtes vous senti plein d’énergie ? » (E18) et « … vous êtes vous senti fatigué ? » (E16), -deux échelles en 4 points (1 = jamais et 4 = tout ou presque tout le temps). L’indicateur final a été calculé en faisant la moyenne des zscores aux trois questions. La cohérence interne de cet indicateur est suffisant pour le petit nombre d’items (?= 0,590). En outre, à partir du questionnaire, il a été également possible de définir un groupe de participants objectivement très malades (F8 - Activités au cours des 7 derniers jours - décrits comme « malades ou handicapés » et F9 - Activité principale au cours l’année dernière - décrits comme « malades ou handicapés de façon permanente »).

Bien-être subjectif

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Comme dans un travail antérieur (Lima & Novo, 2006), il a été opérationnalisé avec les indicateurs de base proposés par Diener (2000), y compris une composante plus émotionnelle se référant au bonheur (C1, « A quel point êtes-vous heureux ? ») et une autre composante plus cognitive se référant à la satisfaction de vie (B24, « Tout bien considéré, à quel point êtes-vous satisfait de votre vie dans son ensemble aujourd’hui ? »). Les deux questions ont été posées à l’aide d’échelles en 11 points (de 0 à 10) et l’indicateur final a été calculé avec la moyenne aux deux questions. La cohérence interne de cet indicateur est suffisante pour le nombre total de réponses (?= 0,824; r (42 436) = 0,701)

Dépression

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L’état de santé mentale ou de dépression a été opérationnalisé avec 4 questions. « Combien de fois au cours de la semaine dernière : E8, « …vous êtes-vous senti déprimé? » ; E9, « … avez-vous eu l’impression que tout ce que vous faisiez demandait un effort ? » ; E14, « ….vous êtes-vous senti triste ? » et E15, « …avez-vous été incapable d’entreprendre quoique ce soit ? ». Les quatre questions ont été posées sur des échelles en 4 points (1 = jamais à 4 = presque tout le temps). L’indicateur final a été calculé avec la moyenne des 4 questions. La cohérence interne de cet indicateur est bonne (?= 0,784).

3 - Résultats

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Comme attendu, l’indicateur de PTF est négativement et significativement lié à l’âge (r (41 903) = -.218,p<.001) : les personnes âgées perçoivent leur avenir comme plus limité que les répondants plus jeunes. Sans surprise aussi, la santé perçue est liée positivement avec la PTF (r (42 178) =.211, p<.001) : les participants qui se considèrent comme en meilleure santé ont une vision plus ouverte de l’avenir. Comme prévu il existe des différences significatives dans la perspective temporelle future entre les répondants malades et en bonne santé (F (1,42181) = 327,28,p <0,001;Eta =.008), et qui se maintiennent en contrôlant l’âge (F (1,41902) = 233,86,p<0,001;Eta =.006) : parmi ceux qui sont handicapés ou malades de façon permanente (N = 1332) la moyenne à la PTF est plus faible (M = -.364,SE =.023) que dans le groupe sans incapacités objectives (M = -.006,SE =.004;N = 40571). Ces analyses conservent le même profil lorsqu’elles sont effectuées sur les répondants jeunes (F (1,9374) = 9,75, p<0,002;Eta =.001). De fait, chez les moins de 31 ans la perspective temporelle future est plus courte pour ceux qui sont handicapés ou malades de façon permanente (N = 69;MFTP = -.198; SE =.100) que pour ceux qui ne présentent pas ces maladies (N = 9306; MFTP =.115; SE =.009). Ces résultats reproduisent le modèle de ceux trouvés par Fredrickson et Carstensen (1990) et nous permettent de valider notre indicateur de perspective temporelle future. Les associations de la PTF et des objectifs sociaux découverts dans notre échantillon reproduisent aussi de précieux résultats de la TSS. La PTF est positivement associée à l’acceptation sociale (r (42 182) =.163,p<.001) et à l’autonomie (r (42 173) =.298, p<.001) et négativement tant à la régulation émotionnelle (r (40 765)=-.066, p<.001) qu’à la générativité (r (41 752) = -.053,p<.001). Ces résultats sont identiques quand ces associations sont contrôlées pour l’âge et l’éducation (nombre d’années d’études achevées à temps plein) (rpacceptation sociale (39738) =.108, p<,p<0,001; rpautonomie (39738) =.234 ;p<.001; rprégulation émotionnelle (39738) = -.011,p<.02; rpgénérativité (39738) = -.026, <.001). La prochaine étape de notre analyse a été de tenter de reproduire l’association entre la perspective temporelle future et la priorité des objectifs de vie mise en lumière par Lang & Carstensen (2002). Pour cette analyse, la PTF a été divisée en trois de façon à représenter 3 groupes significativement différents dans leur perception du futur (F (2,42181) = 95, 273,152 ; p<0,001;Eta =.819) : futur limité (N = 3361, MFTP = -1,033;SD =.478), futur indéfini (N = 12698; MFTP = -.033; SD =.201) et futur ouvert (N = 16123;MFTP =.838; SD =.361). Les résultats de l’analyse de variance sur chacun des objectifs montrent que la PTF différencie clairement la priorité des objectifs de vie. De fait (Figure 1) l’acceptation sociale (F (2,42181) = 418,39, p<0,001; Eta =.019) et l’autonomie (F (2,42172) = 1395,96 ; p <0,001;Eta =.062) sont plus élevées dans le groupe perspective future ouverte alors que la régulation émotionnelle (F 2,40764) = 79.79, p< 0,001; Eta =.004) et la générativité (F (2,41751) = 52,836, p <0,001; Eta =.003) sont plus élevées dans le groupe perspective future limitée. Ces résultats sont très similaires à ceux présentés par Lang et Carstensen (2002) sur un échantillon bien plus limité.

Figure 1 - Objectifs sociaux et perspective temporelle futureFigure 1
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Par ailleurs, nous avons testé la force de l’association entre la PTF et les objectifs sociaux dans les pays de niveaux de développement différents alors que l’étude de Lang et Carstensen (2002) s’appuyait sur un échantillon allemand unique. Comme le tableau 2 le montre, le profil des résultats n’est pas spécifique aux pays les plus développés et il est encore plus clair dans les pays les moins développés où les associations entre objectifs sociaux et perspective temporelle future sont plus fortes.

Tableau 2 - Corrélations entre objectifs sociaux et perspective temporelle future en fonction du niveau de développement des paysTableau 2
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Le but de cette étude était également de montrer que l’adéquation entre la perspective future et les objectifs sociaux a des conséquences en termes de bien-être subjectif et de santé mentale. Pour ce faire, le profil des objectifs sociaux a été défini pour chaque sujet, en calculant la différence entre les scores « acceptation sociale plus autonomie » et scores « régulation émotionnelle plus générativité ». Les valeurs positives de cet indice d’objectifs sociaux indiquent la prévalence de l’acceptation sociale et de l’autonomie, tandis que les valeurs négatives indiquent un modèle où la régulation émotionnelle et la générativité sont plus importantes. Sur la base des valeurs de l’indice d’objectifs, il a été possible d’organiser les répondants en deux catégories : un profil conforme ou « congruent » (PTF ouverte et valeurs positives de l’indice des objectifs / PTF limitée et valeurs négatives de l’indice des objectifs) et un profil « non congruent » (PTF ouverte et valeurs négatives de l’indice des objectifs / PTF limitée FTP et valeurs positives de l’indice). Le tableau 3 indique les moyennes obtenues pour les deux ANOVA effectuées (PTF ouverte vs limitée) x 2 (profils objectifs sociaux : congruent vs non congruent), avec la dépression et le bien-être subjectif comme variables dépendantes et l’âge et les années d’éducation comme covariables. Les résultats montrent les effets classiques de l’âge et de l’éducation sur la dépression (Fâge (1,27595) = 21.96, p <0,001; Eta =.001 ; Féducation (1, 27595) = 416,14, p<0,001;Eta =.015) et le bien-être (Fâge (1,27603) = 13,063, p<0,001; Eta =.000 : Féducation (1,27603) = 295,72, p<0,001;Eta =.011). En outre, le type de perspective future est lié à la dépression (F (1, 27 595) = 282,84, p<0,001;Eta =.010) et au bien-être subjectif (F (1,27 603) = 45.75, p<0,001; Eta =.002) : même après ajustement sur l’âge et l’éducation, les répondants ayant une perspective temporelle future ouverte sont moins déprimés (M = 1,58; SE =.0054) et ressentent un bien-être plus élevé (M = 7,07;SE =.02) que ceux qui ont une perspective de temps limitée (dépression : M = 1,69;SE =.005; Bien-être :M = 6,90; SE =.018).

Tableau 3 - Qualité de vie et congruence entre perspective temporelle future et objectifs sociauxTableau 3
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La conformité des objectifs avec le profil de la PTF est également liée à ces variables de qualité de vie (Fdépression (1,27595) = 111,25, p<0,001;Eta =.004; Bien-être (1,27603) = 60,49; p<.001; Eta =.002) mais de manière inattendue. En fait, les répondants ayant un profil congruent ont des niveaux plus élevés de dépression (M = 1,65;SD =.62) et des niveaux de bien-être plus bas (M = 6,95;SD = 2,14) que ceux ayant un profil non congruent (dépression M = 1,60;SD =.54; Bien-être M = 7.06;SD = 1,95). En outre, l’effet le plus puissant dans ces analyses de la variance est dû à l’interaction entre la congruence et la perspective temporelle future, tant pour la dépression (F (1, 27 595) = 1024,95; p <0,001; Eta =. 036) que le bien-être (F (1, 27 603) = 1078,02; p <0,001; Eta =. 038). En effet, si la congruence a l’effet prévu pour les répondants ayant une perspective temporelle ouverte (ils présentent des niveaux plus élevés de bien-être et des niveaux inférieurs de dépression que les personnes interrogées ayant un profil non congruent), elle a l’effet inverse sur ceux qui ont un temps limité de vie : les répondants « congruents » présentent des niveaux inférieurs de bien-être et des niveaux plus élevés de dépression que les répondants ayant un profil non conformes. Ces effets sont fréquents car nous avons trouvé le même type de résultats dans les pays de niveaux de développement très différents (la figure 2 illustre l’effet d’interaction pour le bien-être subjectif dans les trois types de pays considérés). L’indice des objectifs sociaux (plus les objectifs sont l’acceptation sociale et l’autonomie par rapport à la générativité et la régulation émotionnelle) est positivement corrélé avec le bien-être (r (40913) =. 283, p <.001) et négativement avec la dépression (r (40874) = -.298, p <.001), et ces associations sont conservées même en contrôlant l’âge et l’éducation (bien-être: rp (40175) =. 241, p <0,001; dépression : rp (40 175) = -. 249, p <.001). En fait, les effets significatifs d’interaction de l’indice des objectifs sociaux et de la perspective future (utilisé comme variable continue dans les analyses de régression) montrent à la fois que le bien-être subjectif (bêta = -.029; t =- 5,864, p <0,001; RsqChange = 0,001; F (1,39712) = 34.39, p <.001) et la dépression (bêta =. 052, p <0,001; t = 10,708 RsqChange =. 003; F (1,39685) = 114,67, p < .001) sont diversement associés aux objectifs sociaux en fonction des perspectives temporelles futures : l’indice des objectifs sociaux est plus fortement associé au bien-être subjectif et à la dépression chez les personnes ayant une PTF limitée (rpSWB (12493) =. 288, p <0,001; rpDépression (12493) =-. 280, p <.001) que chez celles qui ont PTF ouverte (rpSWB (15260) =. 190, p <0,001; rp Dépression (15260) =-. 185, p <.001). Ces résultats remettent en question l’importance de la conformité entre PTF et objectifs sociaux pour le bien-être et soulignent l’importance de l’acceptation sociale et de l’autonomie comme objectifs sociaux pour tous les profils de PTF, mais surtout (et contrairement aux déclarations de la SST) pour les personnes ayant une perspective temporelle limitée.

Figure 2 - Impacts de la conformité entre objectifs sociaux et perspective temporelle future sur le bien-être subjectifFigure 2

Discussion

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Lang et Carstensen (2002) ont montré sur un échantillon d’adultes allemands que l’âge était fortement corrélé à la perspective temporelle future au point qu’ils étaient « confondus ». Les données de l’ESS3, une enquête qui n’avait pas été conçue pour tester la validité de la PTF, ne montrent pas une telle corrélation. Toutefois l’âge reste le meilleur prédicteur de la PTF dans les pays à niveau de développement équivalent à celui de l’Allemagne. Nous avons été en mesure de reproduire le modèle de Carstensen sur un échantillon représentatif des pays européens les plus riches. Ailleurs, dans les pays de niveau intermédiaire et de faible développement, la maladie est le meilleur prédicteur de la PTF. En effet, si dans ces pays les malades sont nombreux et se retrouvent dans tous les groupes d’âge, dans les pays riches ils sont moins nombreux et ce sont pour la plupart des personnes âgées. En outre, la corrélation générale plus faible entre PTF et l’âge dans notre étude peut être due au fait que l’échantillon allemand utilisé par Lang et Carstensen avait une meilleure santé subjective que la population générale, ce qui a sans aucun doute augmenté l’effet du facteur âge. Dans leur recherche, les auteurs ont montré les effets positifs de la congruence entre la PTF et les objectifs en termes d’adaptation, surtout pour les personnes avec une PTF « limitée » : une plus grande satisfaction avec les relations sociales et un faible sentiment de contrainte dans les interactions sociales. Contrairement à Lang et Carstensen, il nous manquait un indicateur de satisfaction avec les différents partenaires sociaux et nous avons dû compter sur les travaux de Brunstein et al. (1998) qui ont affirmé que le bien-être est plus élevé lorsque la motivation est conforme aux objectifs personnels. Cependant, nos résultats ne correspondent pas à ceux de Carstensen. Bien que le bien-être subjectif soit en moyenne meilleur quand la perspective future est ouverte que quand elle est limitée, il augmente seulement quand il y a conformité entre motivation et objectifs sociaux pour les personnes ayant une PTF ouverte. Pour celles qui ont une PTF limitée, la congruence est associée à des niveaux inférieurs de bien-être subjectif et supérieurs de dépression. Plusieurs arguments peuvent expliquer pourquoi, parmi les personnes ayant un horizon temporel limité, celles qui s’engagent dans des relations émotionnellement proches rapportent des niveaux plus élevés d’affect négatif tandis que celles qui gardent des objectifs d’autonomie se sentent mieux. D’une part s’il est bien établi que le bien-être émotionnel et la détresse dépendent en grande partie des relations sociales, que les personnes âgées sont généralement plus satisfaites de leurs réseaux sociaux (Carstensen, 1993), qu’elles déclarent avoir des niveaux plus élevés d’émotions positives que les jeunes adultes (Charles & Piazza, 2007) et des échanges plus positifs que négatifs (Newsom et al., 2008), il peut y avoir des circonstances qui contredisent ces résultats (Charles & Carstensen, 2010). Les tensions interpersonnelles qui sont les facteurs de stress les plus fréquemment rapportés quotidiennement peuvent conduire à des niveaux élevés de détresse émotionnelle (Almeida, 2005 ; Rook, 1984). D’autre part on peut penser que quand les personnes âgées sont confrontées à un stress prolongé et inévitable, les avantages liés à l’âge semblent être compromis. Alors que les personnes âgées parviennent à très bien réguler des niveaux faibles de détresse, elles ont plus de difficultés quand elles font l’expérience de détresse sur des périodes prolongées. Lorsque des situations à l’origine de niveaux élevés de détresse sont inévitables, les avantages liés à l’âge sur le bien-être disparaissent et peuvent même se transformer en désavantages (Charles & Piazza, 2007). Enfin, nos résultats témoignent de l’importance de « l’autonomie comme besoin » (Deci et Ryan, 2008). Ils montrent que l’autonomie, qui comprend à la fois la motivation intrinsèque (faire une activité parce qu’elle est en elle-même spontanément intéressante et apporte du plaisir) et la motivation extrinsèque intégrée -par laquelle les gens se sont identifiés à la valeur d’une activité et l’ont intégrée à leur self au cours de leur vie-, se poursuit lors du temps limité qui reste à vivre.

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La présente recherche a certaines limites. Tout d’abord, nous n’avons pas mesuré directement la perspective temporelle future, mais nous avons utilisé un indice indirect. Une mesure directe telle l’échelle de Carstensen et Lang (1996) devrait idéalement être incluse dans les prochaines enquêtes ESS. Deuxièmement, concernant l’effet de la conformité/ non conformité sur le bien-être subjectif, n’étant pas dans une situation expérimentale, nous n’avons pu appliquer ni la tâche « choisir un partenaire » utilisée par Fredrickson et Carstensen (1990), ni la méthode du diagramme en cercle (Kahn & Antonucci, 1980) pour évaluer les réseaux sociaux des participants. Malgré ces limitations, basée sur des échantillons représentatifs de pays de niveaux de développement différents, l’étude montre, comme le suggère la théorie de la sélectivité socio-émotionnelle, que c’est la perception de la limite du temps qu’il reste à vivre plutôt que l’âge ou l’appartenance à une cohorte d’âge qui explique l’évolution des préférences dans les relations sociales. La recherche sur le développement adulte bénéficierait de l’étude des mécanismes motivationnels qui sous-tendent l’influence de l’âge tout autant que des événements de vie spécifiques sur les comportements. Des changements dans la perspective temporelle future peuvent représenter un mécanisme commun rendant compte des effets d’événements de vie apparemment différents. A l’instar des études sur l’impact d’événements macro-sociaux menées dans le cadre théorique de la théorie de la sélectivité socio-émotionnelle citées en introduction, ses postulats pourraient servir à éclairer l’impact de situations vécues comme menaçant l’avenir dans les domaines importants de la vie, dont celui du travail. On peut en effet imaginer que la relocalisation d’un emploi annoncée dans une organisation ou l’arrêt de la carrière dans une vie professionnelle, peuvent être vécus comme des marqueurs temporels très puissants. La fin de carrière d’un individu, qui comprend la sortie du travail et des réseaux professionnels et d’autres réseaux sociaux établis au fil des ans, est certainement un point final important de la vie (Hedge et al., 2006). La théorie de la sélectivité socio-émotionnelle et les recherches afférentes suggèrent que les individus dans ces contextes de vie seraient tous susceptibles de percevoir le temps qu’il reste comme limité et par conséquent seraient prompts à se concentrer sur les objectifs émotionnels. Pourtant deux études tendraient à moduler ces suppositions. Cate et John (2007) ont montré qu’une dimension supplémentaire étayait la perspective temporelle générale future. Celle-ci peut aussi être conçue en termes qualitatifs : une centration sur les opportunités vs une centration sur les limites. Les personnes centrées sur les opportunités perçoivent leur avenir de manière positive. Elles se focalisent sur les options, les projets et les objectifs qu’elles peuvent encore accomplir dans le temps qu’il leur reste à vivre. En revanche, celles centrées sur les limites perçoivent les nombreuses restrictions et limitations à venir, et se focalisent sur les pertes. S’inspirant de ces résultats, Zacher & Frese, (2009) ont mené une étude dans le contexte du travail. Les auteurs ont créé une perspective temporelle future occupationnelle à partir des deux dimensions inhérentes à la perception de l’horizon temporel au travail : la première est une adaptation des items de la FTP générale au contexte du travail (ex : « Mon futur professionnel est plein de possibilités ») ; la seconde est la perception des opportunités qu’il reste au travail (ex : « De nombreuses opportunités m’attendent dans mon futur professionnel », « Je m’attends à mettre en place de nombreux objectifs nouveaux dans mon futur professionnel »). Il est généralement admis que ces deux dimensions de la FTP occupationnelle corrèlent négativement avec l’âge. De fait, bien que de nombreuses entreprises entreprises investissent davantage sur les travailleurs âgés en termes de formation et de perfectionnement depuis quelques années, les objectifs futurs disponibles, plans, et possibilités pour les travailleurs âgés sont généralement moins nombreux que pour des jeunes en début de carrière. Pourtant, de façon intéressante, l’étude montre que les liens entre la FTP occupationnelle et le vieillissement sont sensibles à deux caractéristiques importantes du travail : la complexité et le contrôle. Les auteurs ont obtenu des résultats similaires à ceux relatifs à la FTP générale, les salariés plus âgés percevant sans surprise moins de temps et d’opportunités qu’il reste au travail que les employés plus jeunes. Cependant ils ont aussi montré que si le vieillissement est fortement lié à la perspective temporelle future au travail, il est moins lié à la perception des opportunités qu’il reste. Ceci suggère que cette dimension de la FTP occupationnelle est également influencée par les caractéristiques du travail. En effet la complexité et le contrôle sont positivement corrélés à la perception des opportunités, même lorsque l’âge et la santé sont pris en compte. Ce résultat est cohérent avec l’approche des caractéristiques du travail comme ressources situationnelle des salariés (Frese et al, 2007 ; Fried & Ferris, 1987). Plus les travailleurs ont une latitude de décision dans leur travail, plus ils perçoivent leurs possibilités de travail dans le futur de façon optimiste. Finalement, les caractéristiques du travail (complexité et contrôle) atténuent le lien entre vieillissement et perception des opportunités qu’il reste. En vieillissant, les salariés qui occupent des emplois de niveau de complexité élevé et sur lesquels ils ont un contrôle élevé perçoivent davantage les opportunités qu’il reste comparés à leurs homologues occupant des emplois plus restreints. L’explication peut venir du fait que les emplois à complexité et à contrôle élevés offrent aux travailleurs âgés davantage de possibilités de compensation (cf. Baltes : modèle de sélection, optimisation, compensation). Ces résultats ont des implications importantes pour la conception d’emplois adaptés à une main-d’œuvre vieillissante. Augmenter le degré de complexité et de contrôle en offrant aux salariés des occasions de prendre des décisions, de planifier les tâches, et de choisir leurs méthodes peut être un moyen de maintenir les perceptions des opportunités qu’il reste au travail, surtout parmi les employés plus âgés. Une telle étude amène à s’interroger sur le rôle que jouent les politiques managériales dans le déroulement de la fin de carrière : les opportunités réduites, en termes de carrière et de formation, ne sont-elles pas à l’origine d’un désinvestissement des travailleurs âgés ? N’est-ce pas la discrimination ou l’absence de reconnaissance dont ils font l’objet dans l’organisation qui conduit à un déclin de leur motivation ? Des études dans des organisations diversement impliquées dans l’équité générationnelle et reprenant les deux dimensions de la FTP occupationnelle aideraient à répondre à ces questions. Finalement nous faisons nôtre l’affirmation de Bergère & Pin (2005, p.6) à propos de l’emploi et de l’employabilité des seniors : « si, après quarante-cinq ans, les perspectives de partir en formation, de se voir offrir de nouvelles opportunités, d’être considéré pour ce qu’on apporte et pas seulement pour ce qu’on coûte, disparaissent, le sentiment de fin de vie professionnelle, pour reprendre l’expression de J-M Peretti et E. Marbot (2004), risque fort de continuer à envahir la vie des entreprises et des salariés de plus en plus nombreux à avoir dépassé le cap de la mi-temps professionnelle ».


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Notes

[1]

Maître de conférences - Laboratoire de Psychologie des menaces sociales et environnementales - Université Paris Descartes - genevieve.coudin@parisdescartes.fr

[2]

Chercheure ISCTE – Lisbon University Institute

Les auteurs appartiennent à l’équipe (Abrams, Lima, Coudin) ayant introduit le module de 50 items sur l’âgisme en Europe « Experiences and Expressions of Ageism » dans l’European Social Survey (ESS4)

[3]

Les différents indicateurs ont été opériationnalisés à partir des questions des modules de base et « tournant » de l’ESS3. L’objectif central de l’ESS est de recueillir des données sur l’évolution des valeurs, attitudes, attributs et comportements dans les différents pays d’Europe. La collecte des données a lieu tous les deux ans, par le biais d’entretiens en face à face d’environ une heure. Le questionnaire se compose du module « de base » qui dure environ une demi-heure - qui reste relativement constant d’une vague (round) à l’autre- plus deux modules « tournant », consacrés à un sujet ou à un thème de recherche. L’objectif de ces derniers modules est de fournir un travail en profondeur sur une série de questions spécifiques de recherche ou de politique, tandis que le module de base vise plutôt à traquer le changement et la continuité par le biais d’un large éventail de facteurs socioéconomiques, sociopolitiques, sociodémographiques et psychosociaux. Les données sont accessibles gratuitement à tous les chercheurs (http://ess.nsd.uib.no/)

Résumé

Français

L’employabilité des seniors est devenue une préoccupation majeure pour les entreprises. Dès lors l’anticipation d’une vie active plus longue par les salariés fait de la perception du temps qu’il reste à travailler et des opportunités qui y sont liées, un thème de recherche essentiel pour les gestionnaires. Le cadre plus général des changements dans la perception du temps au cours de la vie peut contribuer à aborder cette problématique. Dans quelle mesure les changements dans la perception du temps qu’il reste à vivre aux différents âges, entraînent-ils des changements dans la poursuite des objectifs sociaux ? Nous avons testé ces questions par le biais du modèle théorique de la sélectivité socio-émotionnelle sur un échantillon représentatif d’adultes de 23 pays (43 000 réponses individuelles) à partir des données de l’European Social Survey (ESS3, 2006). L’étude a également analysé les bénéfices pour le bien-être subjectif de l’adoption d’objectifs sociaux conformes à la motivation. Les corrélations de la perspective temporelle future avec l’âge et la santé, ainsi qu’avec les buts sociaux exprimés, reproduisent les résultats obtenus dans les études précédentes. Comme attendu le bien-être est plus élevé lorsque les personnes perçoivent l’avenir comme ouvert et la conformité entre motivation et objectifs augmente ce bien-être. Cependant, contrairement aux prévisions théoriques, pour les personnes dont l’horizon temporel est réduit cette adéquation est associée à des niveaux moindres de bien-être. Ces résultats remettent en question l’importance de la conformité entre perspective temporelle future et objectifs sociaux pour le bien-être et soulignent l’importance de l’autonomie quel que soit le temps qu’il reste à vivre, mais surtout pour les plus âgés. Dans le contexte du travail, ils permettent d’envisager que l’autonomie, même en fin de carrière, est une dimension essentielle pour contrer le désengagement.

Mots-clés

  • vieillissement
  • perspective temporelle future
  • théorie de la sélectivité socio-émotionnelle
  • bien-être subjectif
  • European Social Survey

English

The employability of older workers has become a major concern for organizations. Therefore the anticipation of a longer working life for employees renders the perception of time remaining at work and of remaining opportunities, a key research topic for managers. The broader context of changes in the perception of time through the life course can help at addressing this subject. To what extent changes in the perception of time left ahead at different ages, cause changes in the pursuit of social goals? These questions were tested within the socioemotional selectivity theory frame on a representative sample of adults from 23 countries (43000 individual responses). The study also analyses the benefits for subjective well-being of implementing motivationally consistent social goals. The associations of future time perspective with age and health, as well as with social goals replicate results from socioemotional selectivity theory obtained in previous studies. Although subjective well-being is higher when future time perspective is open, it only increases with congruence between motivation and objectives for persons with an open future time perspective. For those with a limited FTP, congruency is associated with lower subjective well-being. These results challenge the importance for well-being of congruency between future time perspective and social goals and stress the importance of autonomy for every one, but especially for the elders. In the workplace, they help to consider autonomy, even in late career, as an essential dimension to counter work disengagement.

Keywords

  • future time perspective
  • socioemotional selectivity theory
  • aging
  • well-being
  • European Social Survey

Plan de l'article

  1. 1 - Trajectoires sociales et psychologiques à l’âge adulte
    1. 1.1 - L’Optimisation Sélective avec Compensation
    2. 1.2 - La théorie de la sélectivité socio-émotionnelle
      1. Les objectifs sociaux
      2. Principaux résultats apportés par la TSS
    3. 1.3 - Deux études testant l’association entre perspective temporelle et âge
  2. 2 - Méthode
    1. 2.1 - Echantillon
      1. Niveau de développement des pays
    2. 2.2 - Indicateurs
      1. Perspective temporelle future
      2. Les objectifs sociaux
      3. L’état de santé perçu
      4. Bien-être subjectif
      5. Dépression
  3. 3 - Résultats
  4. Discussion

Pour citer cet article

Coudin Geneviève, Lima Maria Luisa, « Bien vivre l'avancée en âge », Humanisme et Entreprise 2/2011 (n° 302) , p. 61-84
URL : www.cairn.info/revue-humanisme-et-entreprise-2011-2-page-61.htm.
DOI : 10.3917/hume.302.0061.


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