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Humanisme et Entreprise

2012/3 (n° 308)


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Nous nous proposons de comprendre ce qui a conduit la France du dernier quart du XIXème siècle vers le protectionnisme. Et surtout, qu’est-ce qui a fait que ce pays soit demeuré aussi longtemps fidèle au protectionnisme ? Ce choix était-il aberrant ou pertinent ? [1][1] Perez, Y, A, 2012, « La crise des années trente dans... Cette question peut paraitre étrange tant l’opinion des économistes contemporains est sur ce sujet presque unanime. Pour eux, le protectionnisme est devenu le symbole honni d’une France malthusienne et timorée, préférant à l’aventure du grand large, vivre repliée sur elle-même, à l’abri de ses barrières douanières. Or, est-il si sûr que les bénéfices générés par l’ouverture de l’économie nationale excèdent systématiquement les coûts engendrés par celle-ci ? Cette thèse, quoique très communément admise, est cependant sujette à caution [2][2] Sapir, J, 2011, « La Démondialisation », Seuil, Pa.... C’est donc dans le droit fil de ce questionnement que nous ferons retour au passé afin de comprendre pourquoi, à partir des années 1880, la France a amorcé un mouvement de retour au protectionnisme. Ce qui a le plus retenu notre attention dans cette expérience, c’est le fait que les responsables de la politique économique nationale d’alors choisirent de privilégier le critère de minimisation des risques face à un environnement jugé globalement défavorable et incertain plutôt que celui de la maximisation du revenu national. Afin de mieux cerner les caractéristiques de ce retour au protectionnisme, nous étudierons successivement :

  1. La France confrontée à un double désavantage comparé à la fin du XIXème siècle ;

  2. Le protectionnisme comme outil de défense d’une croissance équilibrée et sans crise majeure ;

  3. Le choix de la modernisation progressive de la France protectionniste dans la mondialisation du monde d’avant 1914.

I - La France confrontée à un double désavantage comparé à la fin du XIXème siècle

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A la fin du XIXème siècle, la France fut confrontée à un double désavantage comparé. D’une part, pauvre en charbon, elle vit sa croissance industrielle obérée par le jeu de la contrainte énergétique. D’autre part, la révolution des transports ferroviaires et maritimes provoqua la mise en concurrence des agricultures de l’Ancien et du Nouveau Monde et la France y perdit ses avantages concurrentiels dans la production du blé.

I.1 - La France face à la contrainte énergétique

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A partir des années 1880, la France, pauvre en « or noir », s’est trouvée confrontée à la contrainte énergétique. Celle-ci a pesé sur les rythmes et les modalités de l’accumulation du capital dans l’industrie, et, en premier lieu, dans le secteur des biens d’équipement. En effet, toute accélération du rythme de sa croissance industrielle, se traduisait aussitôt par la formation de goulots d’étranglement qui ne pouvaient être surmontés que par une hausse des importations de charbon. Celles-ci entraînaient donc des tensions sur les prix des produits manufacturés et sur l’équilibre de la balance commerciale. Autrement dit, le ratio importations / consommation d’énergie limitait le taux de croissance industrielle de l’économie française [3][3] Caron, F, 1981, « L’appareil productif français au....

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En effet, à cette époque, les industries manufacturières, et, en particulier, les industries de biens d’équipement se localisaient à proximité des gisements de charbon en raison des coûts élevés de transport des matières premières. Les Grands Pays Industriels étaient ceux qui disposaient sur leur sol d’importantes réserves de charbon [4][4] Jevons, S, 1906, « The Coal Question : An Inquiry into....

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La carte des pôles industriels de l’hémisphère nord recoupait celle des grands centres charbonniers : les Midlands en Grande Bretagne, la Ruhr en Allemagne ou la Pennsylvanie et la région des Grands Lacs aux États-Unis [5][5] Perroux, F, 1969, « L’économie du XXème siècle », Puf,....

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Un des meilleurs experts de l’industrie française de l’époque, Gaston Théry, expliquait la supériorité industrielle de l’Allemagne sur la France à l’aide de trois facteurs principaux : le charbon, la démographie (la population allemande était deux fois plus importante que celle de la France) et l’immigration allemande en Amérique du Nord et du Sud (immigration qui avait servi de tête de pont aux entreprises allemandes dans les Amériques) [6][6] Théry, G, 1900, « La France économique et financière....

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Georges Blondel, professeur à HEC, y ajoutait un quatrième facteur : la supériorité de l’organisation commerciale allemande en Europe et dans le monde [7][7] Blondel, G, 1899, « L’essor industriel et commercial....

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La France se retrouvait donc, en position d’infériorité relative, dans le secteur des biens d’équipement, face à ses « Grands Rivaux » (Allemagne, Grande Bretagne et États-Unis). D’autres pays, également pauvres en charbon, subiront également un désavantage comparé dans le cadre de la compétition industrielle mondiale. Ainsi, l’Italie n’effectuera son décollage industriel qu’avec l’électricité, durant l’entre-deux-guerres. L’autre cas intéressant fut celui du Japon. Ce pays ne résoudra sa question énergétique qu’en annexant la Corée, Formose et la Mandchourie, trois pays riches en réserves de charbon.

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A contrario, André Siegfried a montré qu’après avoir dominé l’industrie mondiale à l’ère du charbon, la Grande Bretagne éprouva les plus grandes difficultés durant les années vingt et trente à redéployer ses activités traditionnelles vers les industries nouvelles (automobile, chimie, pétrochimie) [8][8] Siegfried, A, 1931, « La crise britannique du XXème....

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Au début du XXème siècle, et cela jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale, les experts avaient coutume d’expliquer les différentiels de compétitivité entre les Grands Pays Industriels par le jeu de la contrainte énergétique. A partir des années soixante, dans l’euphorie de la croissance retrouvée et du règne du pétrole bon marché, le souvenir de la contrainte énergétique s’effaça. Un nouveau discours, centré sur les capacités des élites entrepreneuriales, se substitua au précédent, en particulier, sous l’impulsion des historiens et économistes anglo-saxons. Ce dernier expliqua notamment le retard industriel français à la fin du XIXème siècle et jusqu’au milieu du XXème siècle par l’absence d’élites entrepreneuriales dynamiques et d’innovateurs [9][9] Kindelberger, C.P., 1969, « Economic Growth in Britain.... Or, comme l’ont montré les travaux de l’historien Louis Bergeron, la France, au XIXème siècle, fut, tout autant que la Grande Bretagne, une terre d’entrepreneurs dynamiques et d’innovations [10][10] Bergeron, L, 1978, « Les capitalistes en France : 1789-1914 »,....

I.2 - Une France agricole sur la défensive dans la guerre mondiale des blés

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Au désavantage comparé dont souffrit la France dans le secteur des biens d’équipement s’ajouta, à partir des années 1880, un second, dans ce qui fut jusque-là l’un de ses domaines d’excellence, la production de blé. En effet, le développement combiné des chemins de fer et de la navigation à vapeur favorisa la mise en concurrence des agricultures de l’ancien et du nouveau monde [11][11] Duby, G, Wallon, H, 1976, « Histoire rurale de la France »,.... La France, dont l’agriculture était organisée en fonction du blé, fut le pays d’Europe le plus durement touché par cette mutation du jeu concurrentiel intercontinental [12][12] O’Brien, P.K., Keyder, C, 1978, « Economic Growth in....

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Les importations de blé en provenance du nouveau monde augmentèrent tandis que, pour la première fois, la balance commerciale agricole de la France devint déficitaire. D’un coup, celle-ci perdit ses avantages concurrentiels dans l’agriculture, et, en particulier, dans la production de blé. Elle ne devait les retrouver que bien plus tard, au début des années soixante, lorsque naquit le Marché Commun agricole, qui était au demeurant, un marché protégé de la concurrence des pays neufs [13][13] Par la politique de la « chaise vide », le Général....

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La France de la fin du XIXème siècle était encore une économie à dominante agricole. En 1872, 51 % de sa population active était directement employée dans l’agriculture tandis que 69 % d’entre elle appartenait au monde rural [14][14] Wolf, E, 1966, « Peasants », Prentice Hall, Englewood.... Quelques chiffres permettent de mieux saisir l’ampleur de la crise qui affecta l’économie française. La baisse des prix agricoles amorcée en 1873 se prolongea jusqu’en 1896 [15][15] Bairoch, P, 1976, « Le commerce extérieur et le développement.... Elle fut plus forte que celle, corrélative, des prix industriels [16][16] Lescure, J, 1933, « Hausses et baisses des prix de.... Le blé perdit le tiers de sa valeur. En prenant comme année de référence 1872, on constate que l’indice des prix tombe à 93 pour la période 1872-1882 (ce qui correspond à une baisse de 0.7 % du produit agricole net sur la décennie) [17][17] Duby, G, Wallon, H, 1976, ibid..

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Il fallut attendre 1898 pour que l’indice des prix remonte à 104. En ce qui concerne les échanges agricoles de la France, les exportations stagnèrent tandis que les importations enregistrèrent une forte hausse. Elles passèrent de 801 millions de francs en 1875 à 2 milliards de francs en 1880 (soit une multiplication par 2.5 en 5 ans). Ce chiffre se stabilisera autour de 1.5 milliard de francs à partir de 1890 (soit un niveau deux fois plus élevé qu’en 1875) [18][18] Lhomme, J, 1970, La crise agricole à la fin du XIXème....

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Le déficit de la balance commerciale agricole passa de 3 % du produit brut agricole vers 1870-72 à 15 % en 1880 [19][19] Bairoch, P, 1976, ibid.. La crise de l’agriculture amplifia celle de l’industrie. L’impact de la crise agricole représenta une réduction d’environ 2.5 – 3.4 milliards de francs de pouvoir d’achat pour les agriculteurs – soit de 10 à 13 % de la valeur de la production intérieure brute de la France de l’époque. Autrement dit, la baisse du pouvoir d’achat des agriculteurs expliquerait les deux tiers, sinon les trois quarts du ralentissement intervenu dans la croissance du secteur industriel en France [20][20] Bairoch, P, 1976, ibid..

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Cette détérioration de la situation de l’agriculture se solda par une augmentation très sensible de l’exode rural. La crainte d’un afflux de paysans déracinés dans les villes, et cela à un moment où l’industrie traversait également de graves difficultés était dans tous les esprits. Elle était très perceptible tant chez les experts comme Gaston Théry que chez les décideurs politiques comme Jules Ferry, Jules Méline ou Adolphe Thiers.

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Ainsi, un observateur attentif de l’époque notait, à propos de cette crise « Ce qui nous préoccupe, c’est la désertion des campagnes, c’est l’abandon de la charrue, c’est l’accroissement disproportionné des villes, en d’autres termes, c’est la formation d’une grosse tête urbaine sur un petit corps rural » [21][21] Block, M, 1879, « La crise économique », La Revue des....

II - Le protectionnisme comme outil de défense d’une croissance équilibrée et sans crise

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Comment comprendre la logique sous-jacente des décideurs et des experts de la France des années 1880 ? Pour tenter de l’expliquer, nous analyserons successivement :

  • Le grand débat sur le retour au protectionnisme,

  • La volonté de préserver une croissance équilibrée et sans crise.

II.1 - Le grand débat sur le retour au protectionnisme

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Le retour au protectionnisme résulta d’un compromis conclu entre les agriculteurs et les industriels. Le but de ce compromis était d’éviter l’effondrement de certaines structures d’activités et de préserver le maintien des grands équilibres socio-économiques du pays. Contrairement à ce que prétendent nombre d’économistes, la politique de Méline constitua moins une rupture délibérée avec la politique antérieure de libéralisation des échanges commerciaux que l’ultime étape d’un retour progressif à un protectionnisme plus tempéré qu’on ne le croit. En effet, la crise qui affecta l’économie française à partir des années 1880 vint compromettre la crédibilité de la politique de croissance équilibrée en économie ouverte voulue et initiée par Napoléon III sous le Second Empire [22][22] Coussy, J, 1961, « La politique commerciale de la France....

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Avant la loi de 1892, l’État procéda à trois reprises (en 1881, 1884 et 1887) au relèvement des barèmes douaniers concernant les produits agricoles et, en premier lieu, des céréales. Le 13 octobre 1890, le gouvernement déposa à la Chambre des Députés un projet de loi établissant une nouvelle politique tarifaire. Il s’agissait d’instituer un double tarif : un tarif général maximum et un tarif minimum. Celui-ci devait désormais constituer le tarif d’échange avec tous les pays contractants.

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La politique de Méline consista à imposer aux partenaires commerciaux de la France, la renégociation des accords existants sur la base des nouvelles dispositions tarifaires prévues par la loi du 12 janvier 1892. Les libéraux, Léon Say et Anatole Leroy-Beaulieu craignaient que la France ne s’expose à des représailles commerciales de la part des autres pays et qu’elle soit conduite à s’isoler derrière ses barrières douanières.

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En fait, la plupart des partenaires commerciaux de la France acceptèrent le tarif minimum. Seuls 4 pays refusèrent et se virent appliquer le tarif général : l’Espagne, l’Italie, le Portugal et la Roumanie. La France n’eut donc à faire face qu’à un petit nombre de guerres douanières [23][23] Ces guerres douanières se déroulèrent essentiellement.... Le protectionnisme français demeura très modéré comparé notamment à celui de l’Allemagne ou des États-Unis [24][24] Weiller, J, 1969, « Du protectionnisme traditionnel....

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Le parti protectionniste représentait une coalition hétéroclite. Il réunissait des agriculteurs et des industriels. Parmi les industriels figuraient les adhérents de l’Association des industriels français présidée par Jules Méline et qui constitua le fer de lance de la campagne en faveur du protectionnisme. Cette association regroupait des petits et des grands industriels appartenant à différentes branches de production. Parmi les industriels les plus actifs au sein de cette association se trouvaient les « industries modernes » – c’est-à-dire les industriels du coton et de la métallurgie – davantage tournées vers le marché intérieur que les industries traditionnelles.

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Face au « parti protectionniste », le parti de la « liberté du commerce » regroupait surtout les négociants des grands ports (Bordeaux, Le Havre et Marseille), les fabricants de soie lyonnais et les industriels du luxe tournés vers l’exportation.

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Les industriels partisans du protectionnisme s’allièrent aux petits agriculteurs, inquiets de la dégradation de leur niveau de vie entraîné par la baisse des prix agricoles, et aux grands propriétaires fonciers. Ceux-ci s’étaient regroupés au sein de la Société des Agriculteurs [25][25] La Société des Agriculteurs comptait parmi ses dirigeants.... Cette coalition fut à l’origine du vote de la loi Méline en 1892. La politique commerciale consista à trouver un dénominateur commun entre les différents groupes d’intérêt qui composaient cette coalition. Celle-ci reposait sur un subtil dosage d’archaïsme et de modernité. Les « modernes » étaient tenus de passer des compromis avec les groupes « archaïques ». Ce jeu d’alliances et de compromis, sous-jacent à la conduite de la politique de Méline nous renvoie aux contraintes qui pesaient alors sur l’expansion de l’économie française (contraintes démographiques, sociopolitiques, etc.).

II.2 - La politique de Méline : ou la volonté de préserver un développement équilibré et sans crise majeure

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La France Mélinienne s’efforça d’unir agriculteurs et industriels autour d’un projet de modernisation progressive et sans heurts de l’économie française, tout en minimisant les risques de crises et de ruptures.

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L’un des proches conseillers de Jules Méline, l’économiste Paul Cauwès écrivait notamment qu’il convenait de favoriser le développement équilibré de l’agriculture et de l’industrie, et de conserver sur son sol certaines activités, même si celles-ci pouvaient être jugées non rentables dans l’immédiat d’un point de vue économique [26][26] Cauwès, P, 1893, Cours d’économie politique, Larose....

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Les vues de Paul Cauwès étaient très semblables à celles de Friedrich List. Celui-ci écrivait, en effet, que pour parvenir à « l’état économique complexe », il était « indispensable de consentir à des placements à perte, d’effectuer des investissements non rentables, soit pour maintenir en vie des industries ou des cultures jugées non rentables dans l’optique du capitalisme privé, soit pour créer des industries nouvelles » [27][27] List, F, 1857, « Système national d’économie politique »,.... Le but était de parvenir à l’idéal de la « nation normale » définie par Friedrich List comme « un territoire pourvu de nombreuses ressources, étendu, bien arrondi, une population considérable ; l’agriculture et l’industrie manufacturière, le commerce et la navigation y sont harmonieusement développées … » [28][28] List, F op cit.. André Marchal faisait remarquer que « Paul Cauwès comme Louis Brocard, examinaient surtout le rôle de l’État dans le développement et la coordination des forces productives nationales » [29][29] Marchal, A, 1931, A, 1931, « La conception de l’économie.... Les partisans de « l’économie complexe » et du protectionnisme en France étaient très proches des thèses défendues par Friedrich List, mais également de celles des « socialistes de la chaire » en Allemagne, et, en particulier, de Gustav Schmoller [30][30] Gustav Schmoller était partisan de l’intervention de....

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Friedrich List enseignait qu’un pays ne devait pas tout sacrifier au commerce extérieur. Selon lui, la devise « laissez faire, laissez passer » « ne s’inquiète nullement, et la nature de ses opérations et de son but l’en dispense, de rechercher l’influence que les marchandises qu’il importe ou qu’il exporte, peuvent exercer sur la moralité, sur la prospérité et sur la puissance du pays » [31][31] List, F, 1857, op cit..

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Cette distinction était très voisine de celle opérée par Augustin Cournot entre le « commerce passif » (qui ne considère que les quantités de marchandises échangées) et le « commerce actif » (qui procure un plus grand développement des forces productives du pays considéré). Ainsi, ajoutait-il, un pays peu développé qui accepte de se laisser gouverner par le jeu du seul marché, risque de sacrifier « la force productive de la nation dans une proportion telle que la nation toute entière en pâtit » [32][32] Cournot, A, 1938, « Les principes de la théorie des....

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Les préoccupations des experts rejoignaient celles des décideurs publics soucieux d’éviter les ruptures (Léon Gambetta) et de promouvoir un développement progressif de l’économie nationale (Charles de Freycinet). La France rêvée par Jules Ferry, Adolphe Thiers ou Waldeck Rousseau et Gambetta n’était pas une « France victorienne », mais une France qui gardait ses paysans pour les faire évoluer peu à peu, par une sorte d’osmose des villes sur les campagnes [33][33] Bergeron ? L, 1978, « Les capitalistes en France :....

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Les décideurs français de l’époque, de droite comme de gauche, étaient effrayés à l’idée de la contagion en France du modèle anglais avec ses « villes monstrueuses » et ses masses ouvrières concentrées. Ils tenaient compte aussi du fait que, contrairement à la Grande Bretagne où, en 1870, 2184 grands propriétaires fonciers contrôlaient 50 % des terres du pays, la France, elle, demeurait un pays de petits propriétaires [34][34] L’Inde actuelle a fait des choix de développement qui....

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Enfin, depuis 1870, la France vivait dans une sorte de « paix armée » avec l’Allemagne. Le risque de guerre était présent dans tous les esprits et l’on pensait que le pays devait être en mesure d’assurer son autosuffisance alimentaire en cas de guerre. A cet égard, Thiers, et la plupart des décideurs français de tous bords, jugeaient peu enviable la position d’un pays comme la Grande Bretagne qui dépendait de l’étranger pour ses approvisionnements en denrées agricoles. Que se passerait-il, disaient-ils, si ce pays venait à être soumis, par ses rivaux, à un blocus économique ?

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A l’abri des barrières douanières, Jules Méline prônait la modernisation de ce qu’il appelait « l’industrie agricole » et qui devait être, d’après lui, traitée sur le même pied que les autres industries. Il misait pour y parvenir sur l’association et le crédit. L’association était, selon lui, le point de passage obligé vers la modernité. Aussi appuya-t-il le vote de la loi de 1884 et encouragea-t-il la création des syndicats agricoles dans lesquels il voyait les agents de la modernisation des campagnes, grâce, en particulier, à leur rôle dans le contrôle et la vente des engrais et des semences.

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Le second volet de sa politique était le crédit à l’agriculture. La politique agricole de Méline s’inscrivait dans le cadre de toute une série de mesures destinées à promouvoir le développement des campagnes : « Entre 1880 et 1914, notait l’historien américain Eugen Weber, des changements fondamentaux se sont produits sur au moins trois fronts : les routes et les chemins de fer ont permis à des régions jusque-là éloignées et inaccessibles d’entrer en contact avec les marchés et les modes de vie du monde moderne. L’école a enseigné à des millions d’individus jusque-là indifférents le langage et la culture dominante et ses valeurs …, le service militaire, quant à lui, a implanté cet enseignement dans les foyers » [35][35] Weber, E, 1976, « Peasants into Frenchmen : the Modernization....

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Une agriculture moderne de marché, s’est ainsi progressivement développée, à l’abri des barrières douanières. En 1912, les 15 départements du Bassin Parisien formaient un « wheat Belt » à la française. Les départements situés entre l’Oise et le Nord fournissaient les 4/5 de la production de betteraves à sucre. Cette agriculture progressait à mesure que se développait l’urbanisation la consommation de viande par tête augmenta de 72 % au cours de cette période et l’approvisionnement de Paris en lait frais s’étendait au nord jusqu’à l’Aisne, à l’est jusqu’à la Marne et au sud jusqu’à la Loire.

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La mécanisation commençait à se répandre peu à peu, de même en ce qui concerne les engrais. La modernisation de l’agriculture s’effectua, mais lentement. Ainsi, en 1908, 84 % des exploitations agricoles demeuraient inférieures à 10 hectares. La difficulté à imaginer un développement plus rapide de la productivité venait du fait que l’agriculture française était une agriculture à dominante céréalière et qu’avant la généralisation de la mécanisation, qui n’interviendra qu’au XXème siècle, les progrès de productivité y furent beaucoup moins rapides que dans le secteur de l’élevage. C’est ce qui explique que la Grande Bretagne qui s’était spécialisée dans l’élevage et les cultures fourragères obtenait de meilleures performances que la France dans le domaine de la productivité agricole.

III - La modernisation progressive de la France protectionniste dans la mondialisation du monde d’avant 1914

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Quel a été l’impact des choix agricoles de la France sur les formes de son développement industriel ? Ont-ils nuit à la modernisation de ses industries ? La France a-t-elle pris du retard sur ses « Grands Rivaux » ? Voici quelques-unes des questions auxquelles nous allons nous efforcer à présent de répondre.

III.1 - La croissance industrielle française sous le régime protectionniste de 1892 jusqu’à la veille de la première Guerre Mondiale

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La croissance industrielle française fut soutenue au cours de cette période. Elle atteignit 2.4 % entre 1896 et 1913 contre seulement 1.6 % entre 1870 et 1896. Entre 1896 et 1905, cette croissance fut une croissance de rattrapage après la récession qui frappa l’économie française, puis, ensuite, entre 1896 et 1913, une croissance de développement [36][36] Carré, Dubois, Malinvaud, 1972, « La croissance française »,.... Cette croissance fut liée principalement à un intense effort d’investissement productif. Ainsi, les investissements en biens de production ont cru au rythme de 6 % l’an entre 1896 et 1913 [37][37] Levy-Leboyer, M, 1973, « La capacité financière de....

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La productivité du travail a augmenté au rythme de 1.7 % l’an, et cela, en dépit d’une tendance à la baisse de la durée du travail. Ensuite, l’étude des taux de croissance par branche industrielle montre que les branches les plus dynamiques ont été la métallurgie primaire (+ 5.1 %), la transformation des métaux (+ 4.5 %), la chimie (+ 5.5 %) et le caoutchouc (+ 8.5 %) [38][38] Carré, Dubois, Malinvaud, op cit..

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Enfin, l’étude des taux de profit des industries métallurgiques confirme que cette période a correspondu à une restauration des profits des entreprises [39][39] Bouvier, J, Furet, F, Gillet, M, 1965, « Le mouvement.... Les auteurs de l’époque, Aftalion, Lescure, Simiand ou encore Gaston Théry ont longuement discuté des progrès économiques importants réalisés par la France d’avant 1914. Gaston Théry s’était intéressé notamment à l’industrie métallurgique et observait que celle-ci avait accru son outillage (machines à vapeur, machines outils) plus rapidement que l’industrie ferroviaire qui constituait une sorte de référence dans ce domaine [40][40] Théry, G, 1908, « Les progrès économiques de la France :.... De son côté, Jean Lescure avait souligné le développement des industries nouvelles (électricité, chimie) [41][41] Lescure, J, 1933, « Hausses et baisses des prix de....

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Comme l’a fort justement fait remarquer Jean-Marcel Jeanneney, « le démarrage industriel de la France s’est effectué sous Louis-Philippe à l’abri d’un régime douanier prohibitif et la croissance industrielle s’est accélérée dans la dernière décennie du XIXème siècle et jusqu’en 1914, alors que la France suivant en cela l’exemple de beaucoup de pays européens, avait par la révision de ses tarifs intervenue en 1881 et surtout par l’adoption en 1892 d’un tarif minimum fixé de façon autonome, majoré beaucoup de droits spécifiques frappant denrées alimentaires et produits manufacturés » [42][42] Jeanneney, J-M, 1977, « Pour un nouveau protectionnisme »,....

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L’historien Jean Bouvier a suggéré un élément de réponse intéressant. Selon lui, dans cette France de la « Belle Epoque » existait, en un puzzle étonnement complexe, plusieurs formes de production industrielle. En bas de la pyramide, on trouvait la production familiale des paysans destinée pour l’essentiel à l’autoconsommation, le travail à domicile des paysans, la production industrielle atomisée (en particulier dans les industries du meuble, de la joaillerie ou du vêtement) et, enfin, le niveau de l’industrie proprement dite avec ses moyens de production modernes. Au sommet de cette pyramide figurait l’industrie métallurgique. Celle dont le taux de croissance était le plus rapide, et qui soutenait la comparaison avec celles des « Grands Rivaux » britanniques ou allemands. La firme Schneider était emblématique de cette industrie moderne française qui rivalisait sur les marchés étrangers avec ses concurrentes anglaises ou allemandes, et qui vendait des locomotives et les armements les plus perfectionnés de l’époque [43][43] Bouvier, J, 1980 « L’impérialisme français avant 1914 »,....

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Le modèle français de croissance de la « Belle Epoque » reposait sur une certaine « hiérarchie des croissances » qui se reflétait sur le plan spatial. En effet, d’un côté, il y avait un mode de croissance diffus, articulé au développement progressif des campagnes et à un processus d’urbanisation en deux temps [44][44] En 1914, la France ne comptait encore que 16 villes.... Il s’appuyait sur une poussée des villes petites et moyennes, et touchait moins les paysans propriétaires, assurés d’une certaine pérennité, que les artisans ruraux et les ouvriers agricoles. Ceux-ci quittaient leurs villages pour le bourg voisin avant d’aller ensuite à la ville. Une France des bourgs et des villes petites et moyennes se développait selon un modèle très différent du modèle victorien.

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La prépondérance du « Morcellisme », c’est-à-dire d’un émiettement des usines dans ces zones à faible densité urbaine ne faisait que refléter l’adaptation des entrepreneurs aux conditions spécifiques du marché, et l’absence de conditions pour l’essor d’industries exigeant une production de masse [45][45] C’est dans ces zones dites de « croissance diffuse ».... Le « morcellisme » ne concernait pas seulement les industries traditionnelles mais également certaines industries nouvelles comme, par exemple, l’automobile. A côté de ce mode de croissance diffus, existait un mode de croissance concentré regroupant les industries lourdes (métallurgie, sidérurgie, chimie) cartellisées, organisées et liées aux préférences de l’État, et, en particulier, à ses préférences stratégiques. Ces industries se développèrent à l’ombre du protectionnisme et accompagnèrent la « diplomatie des chemins de fer » (concurrences franco-allemandes pour la construction des lignes de chemins de fer en Europe de l’Est, en Russie et jusqu’au Moyen-Orient) et la « diplomatie du canon » (concurrence Schneider-Krupp pour la conquête des marchés d’armement dans ces mêmes zones).

III.2 - La France de la « Belle Epoque » : protectionnisme et expansion économique internationale

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Contrairement à l’image d’une France recroquevillée sur elle-même, la France d’avant 1914 a su concilier protectionnisme et expansion économique internationale dans le cadre de la première mondialisation, celle qui va de 1860 à la veille du premier conflit mondial. La France, comme on l’a vu, a connu une croissance très soutenue et un fort développement de ses échanges extérieurs. Cette expansion internationale s’est concrétisée par l’engouement des capitaux français pour la Russie.

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Celui-ci se manifesta après l’Affaire de Panama (1888) et, surtout, après la signature de l’alliance franco-russe. La progression des avoirs français en Russie s’établit comme suit : 5 milliards de francs en 1897/98, date de la visite du tsar à Paris, 7 milliards en 1901 et 14 milliards de francs-or en 1914 [46][46] Tardieu, A, 1910, « La France et les alliances : la... – ce qui représentait, à cette époque, le ¼ des avoirs français à l’étranger –.

48

L’affaire de Panama clôt l’ère des grands projets intercontinentaux (canal de Suez, canal de Panama). A ce propos, René Catin notait que « à peu près seuls, les porteurs d’obligations de chemins de fer ou de fonds publics furent dans une assez large mesure épargnés. Par leur sécurité, ces titres devaient à l’avenir attirer les demandes vers leur groupe, et notamment, semblait-il, ceux d’origine étrangère [47][47] Catin, R, 1927, « Le portefeuille étranger de la France... ». L’affaire de Panama ruina plus de 500 000 épargnants. La reprise de l’activité boursière et des placements extérieurs n’intervint que vers 1895 grâce au retour à la stabilité politique à l’intérieur, et surtout, grâce à l’alliance franco-russe. Les emprunts de l’État russe offraient à une « épargne paysanne » traumatisée par l’échec des grands projets intercontinentaux l’attrait des placements sûrs. En effet, ceux-ci servaient à financer la construction d’un réseau de chemins de fer à l’échelle de ce pays gigantesque. Il répondait à une double préoccupation économique (favoriser l’émergence d’une industrie russe moderne) et politico-stratégique (renforcer les capacités opérationnelles de mobilisation et de déploiement de l’armée russe en cas de conflit [48][48] Anspach, A, 1904, « la Russie économique et l’œuvre....

49

Ces préoccupations rejoignaient donc celles du gouvernement et du haut état-major français. C’est d’ailleurs Charles de Freycinet, l’auteur du plan de développement des chemins de fer au niveau local en France, qui prit une part prépondérante dans la réalisation de l’alliance franco-russe, tout d’abord en tant que Ministre de la Guerre, puis en tant que Président du Conseil. Ensuite, Gabriel Hanoteaux, paracheva la consolidation de l’Alliance entre la France et la Russie [49][49] De Grunwald, C, 1965, « Les alliances franco-russes »,....

50

Parallèlement, le renforcement de la politique de prêts à la Russie favorisa l’essor des capitaux privés dans l’industrie russe. Ces capitaux français se dirigèrent en priorité vers le secteur métallurgique, secteur qui bénéficia le plus largement des commandes d’équipements ferroviaires et militaires de l’État Russe [50][50] Girault, R, 1973, « Emprunts russes et investissements.... Ces capitaux prirent une part active à la création de nouvelles entreprises industrielles à travers l’empire russe. Au cours de cette période, la Russie enregistra un boom économique sans précédent et l’historien Lev Chepelev a calculé que 27.8 % de toutes les sociétés et 30.3 % du capital total créés dans ce pays entre 1799 et 1917 l’ont été au cours des années 1908-1917.

51

Les capitaux français étaient présents dans les industries minières et métallurgiques comme, par exemple, la Dnieprobienne belge, la Société Novo Pavloka et Volga-Vischera, les forges d’Ermack et d’Ekatermoslaw, le matériel de chemin de fer de la Haute Volga, les forges de la Kama ou bien encore les hauts fourneaux de la Toula [51][51] Girault, R, 1973, op cit..

52

Les capitaux français s’investirent également dans les entreprises russes de construction de locomotives et les hauts fourneaux de Russie avec l’appui de la Société Générale. Ils participèrent aussi à l’extraction du plomb d’Osor, du cuivre du Caucase et au développement des hauts fourneaux de Piombino. Ils contribuèrent aussi au développement de la métallurgie dans le Donetz, des machines Hartmann et des tôleries de Constantinova. A cela s’ajoutèrent à partir de 1900, l’électricité, le pétrole et le gaz.

53

Les capitaux français favorisèrent l’essor des chemins de fer en Russie : le Vladicaucase, le Moscou-Kiev, le nord Donetz et le Volga-Bougoulma en 1908 [52][52] Catin, R, 1927, op cit p 63-64.. L’analyse des valeurs cotées en bourse montre d’ailleurs que l’épargne française jouait un rôle actif, quoique de moindre importance, non seulement en Russie mais dans la zone des Balkans, dans l’Empire Ottoman et jusqu’en Amérique du Sud. Dans ces zones, l’épargne française portait un intérêt marqué au développement des chemins de fer et des grands travaux d’infrastructures. Ainsi, les capitaux français aidèrent à la construction des lignes Salonique-Monastir et Le Pirée-Athènes en Grèce, à celle des chemins de fer de l’est égyptien en 1897 et à celle du Damas-Hamah en 1901. Selon René Catin, « dès 1895, nous allions avec les lignes de Sao Paulo et Rio Grande permettre l’exploitation des ressources brésiliennes [53][53] Catin, R, op cit p 72..

54

Il y eut aussi « les tramways de Cronstadt et de Tiflis (1904), ceux de Buenos-Aires et de Rosario, de Rio de Janeiro » tandis « qu’en 1899, les ports de Beyrouth, de Salonique … furent construits presque entièrement avec nos capitaux. Dans l’Argentine, le port de Rosario faisait depuis 1902 de fréquents appels à notre épargne, celui de Bahia Blanca l’imitait en 1912 … A Bahia (1907), à Rio Grande do Sul, à Rio de Janeiro, à Para surtout, nous complétions l’outillage des ports brésiliens » [54][54] Catin, R, op cit p 68..

55

Parlant de la rivalité franco-allemande au Maroc, André Tardieu notait que « depuis l’origine de la crise marocaine, la rivalité des maisons françaises et allemandes de construction a joué un rôle important dans les démêlées franco-allemandes. On se souvient notamment des âpres polémiques provoquées naguère par le môle et les égouts de Tanger, ou encore le port de Larache » [55][55] Tardieu, 1910, op cit p 326-327..

56

De son côté, René Poidevin rappelait que les rivalités franco-allemandes dans les Balkans et dans l’Empire Ottoman à la veille de 1914 étaient étroitement liées à l’attribution des marchés d’armement. Ainsi, Krupp l’emporta sur Schneider en Turquie, mais Schneider prit sa revanche en Grèce, en Bulgarie et en Serbie. L’autre grand volet de la concurrence entre les entreprises françaises et allemandes concernait la réalisation des marchés d’équipement ferroviaire (cf. le Bagdadbahn en Irak et les chemins de fer de Syrie [56][56] Poidevin, R, 1969, « Les relations économiques et financières...).

Conclusion

57

L’expérience du retour de la France au protectionnisme en 1892 est riche d’enseignements. Le premier est que ce retour ne se fit pas brutalement mais progressivement. L’adoption en 1892 de la loi sur le double tarif ne fut que l’aboutissement d’un processus d’ajustement de la politique tarifaire suivie par la France. Contrairement également à une image communément présente dans les esprits, ce retour au protectionnisme ne déclencha pas de cycle de représailles de la part des partenaires commerciaux de la France. Les différents commerciaux furent très limités, sauf avec l’Italie qui nous livra une véritable guerre douanière. Le second enseignement c’est que le retour au protectionnisme n’avait pas pour but principal de défendre les couches les plus archaïques de l’agriculture et de l’industrie française mais de sauvegarder une croissance équilibrée et sans crise majeure. La France a ainsi connu une croissance soutenue sous le régime protectionniste de la loi de 1892. Le troisième enseignement, c’est que, contrairement encore aux idées reçues, la France protectionniste ne s’est pas recroquevillée derrière ses frontières. En effet, forte de son « épargne paysanne », la France a pleinement participé à l’expansion internationale des capitaux qui caractérisa l’économie mondiale de la « Belle Epoque ». Ces capitaux se dirigèrent de façon privilégiée (quoique non exclusive) vers la Russie. Ils participèrent au décollage de l’industrie russe en s’appuyant sur les liens politiques et militaires étroits noués par la France et la Russie tsariste via l’alliance franco-russe.

58

A la veille de la 1ère guerre mondiale, la France était devenue la 2ème puissance financière du monde derrière la Grande Bretagne.


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  • Wolf, E, 1966, « Peasants », Prentice Hall, Englewood Cliffs

Notes

[1]

Perez, Y, A, 2012, « La crise des années trente dans le regard des économistes français : ses causes, ses conséquences et ses remèdes possibles », Humanisme et Entreprise, n° 307, mai-juin 2012.

[2]

Sapir, J, 2011, « La Démondialisation », Seuil, Paris.

[3]

Caron, F, 1981, « L’appareil productif français au XIXème siècle était-il sismondien ? », intervention au colloque « Sismondi », La Sorbonne, 3 avril.

[4]

Jevons, S, 1906, « The Coal Question : An Inquiry into the Progress of the Nation and the Probable Exhaustion of our Coal Mines », Mac Millan and Co, London, New York.

[5]

Perroux, F, 1969, « L’économie du XXème siècle », Puf, Paris.

[6]

Théry, G, 1900, « La France économique et financière pendant le dernier quart de siècle », L’Economiste Européen, Paris.

[7]

Blondel, G, 1899, « L’essor industriel et commercial du peuple allemand », Larose, Paris.

[8]

Siegfried, A, 1931, « La crise britannique du XXème siècle », Colin, Paris.

[9]

Kindelberger, C.P., 1969, « Economic Growth in Britain and France », Harvard University Press, Cambridge.

[10]

Bergeron, L, 1978, « Les capitalistes en France : 1789-1914 », Gallimard, Paris.

[11]

Duby, G, Wallon, H, 1976, « Histoire rurale de la France », Seuil, Paris, tome 3, chap 1.

[12]

O’Brien, P.K., Keyder, C, 1978, « Economic Growth in Britain and France (1870-1914) ; two paths to the twenthieth Century, Allen & Unwin, London.

[13]

Par la politique de la « chaise vide », le Général de Gaulle contraignit ses partenaires à accepter l’Europe agricole comme socle du Marché Commun. La France recréa ainsi un marché protégé, à l’abri duquel son agriculture put, à nouveau, se développer et se moderniser progressivement en évitant les ruptures et les crises.

[14]

Wolf, E, 1966, « Peasants », Prentice Hall, Englewood Cliffs.

[15]

Bairoch, P, 1976, « Le commerce extérieur et le développement économique de l’Europe », Mouton, Paris.

[16]

Lescure, J, 1933, « Hausses et baisses des prix de longue durée », Domat-Montchrétien, Paris.

[17]

Duby, G, Wallon, H, 1976, ibid.

[18]

Lhomme, J, 1970, La crise agricole à la fin du XIXème siècle en France : essai d’interprétation économique et sociale, Revue Economique, juillet.

[19]

Bairoch, P, 1976, ibid.

[20]

Bairoch, P, 1976, ibid.

[21]

Block, M, 1879, « La crise économique », La Revue des Deux Mondes, tome XXXII, p 458.

[22]

Coussy, J, 1961, « La politique commerciale de la France sous le 2ème Empire », Cahiers de l’ISMEA, n° 120, décembre.

[23]

Ces guerres douanières se déroulèrent essentiellement avec l’Espagne, l’Italie et la Suisse. Avec l’Italie, la normalisation des relations commerciales fut longue et difficile. Elle n’intervint qu’en 1895 grâce à la médiation du Quai d’Orsay.

[24]

Weiller, J, 1969, « Du protectionnisme traditionnel aux nouvelles politiques industrielles », Cahier de l’ISMEA, série 8.

[25]

La Société des Agriculteurs comptait parmi ses dirigeants de grands propriétaires fonciers modernistes tels que Drouyn de Lhuys, ancien ministre des affaires étrangères de Napoléon III, le marquis de Dampierre, le marquis de Vogué (membre de la Compagnie des Chemins de fer de l’ouest et président de la Compagnie du canal de Suez). Ces hommes furent à l’origine des premières associations d’Agriculteurs destinées à promouvoir le « Progrès » dans les campagnes (utilisation des engrais, des machines agricoles, etc.)

[26]

Cauwès, P, 1893, Cours d’économie politique, Larose et Forcel, 4 volumes.

[27]

List, F, 1857, « Système national d’économie politique », Capelle, Paris.

[28]

List, F op cit.

[29]

Marchal, A, 1931, A, 1931, « La conception de l’économie nationale et des rapports internationaux chez les Mercantilistes français et chez leurs contemporains », Sirey, Paris.

[30]

Gustav Schmoller était partisan de l’intervention de l’État placée au service de l’intérêt national. Ses positions étaient très similaires de celles de Paul Cauwès et de Louis Brocard en France. Cf sur ce point Golob, E, 1944, « The Meline Tariff : French Agriculture and National Economic Policy », Columbia University Press, New York.

[31]

List, F, 1857, op cit.

[32]

Cournot, A, 1938, « Les principes de la théorie des richesses », Rivière, Paris.

[33]

Bergeron ? L, 1978, « Les capitalistes en France : 1789/1914 », Gallimard, Paris.

[34]

L’Inde actuelle a fait des choix de développement qui rappellent beaucoup ceux de la France de Jules Méline tandis que la Chine a délibérément optée (mais jusqu’à quand ?) pour une « stratégie victorienne ».

[35]

Weber, E, 1976, « Peasants into Frenchmen : the Modernization of Rural France : 1870-1914, California University Press, Berkeley.

[36]

Carré, Dubois, Malinvaud, 1972, « La croissance française », Seuil, Paris.

[37]

Levy-Leboyer, M, 1973, « La capacité financière de la France au début du XXème siècle » in La Position Internationale de la France, EHESS, Paris.

[38]

Carré, Dubois, Malinvaud, op cit.

[39]

Bouvier, J, Furet, F, Gillet, M, 1965, « Le mouvement du taux de profit en France au XIXème siècle », Mouton, Paris.

[40]

Théry, G, 1908, « Les progrès économiques de la France : bilan du régime douanier de 1892 », L’Economiste Européen, Paris.

[41]

Lescure, J, 1933, « Hausses et baisses des prix de longue durée », Domat-Montchrétien, Paris.

[42]

Jeanneney, J-M, 1977, « Pour un nouveau protectionnisme », Seuil, Paris.

[43]

Bouvier, J, 1980 « L’impérialisme français avant 1914 », Mouton, Paris.

[44]

En 1914, la France ne comptait encore que 16 villes de plus de 100 000 habitants contre 46 en Allemagne et 47 en Grande Bretagne.

[45]

C’est dans ces zones dites de « croissance diffuse » que se développa le mutualisme qui se proposait, grâce à une politique de prévoyance sociale et d’essor du crédit, de stabiliser les revenus des nouvelles couches urbaines dans les villes petites et moyennes et d’élever progressivement leur niveau de vie.

[46]

Tardieu, A, 1910, « La France et les alliances : la lutte pour l’équilibre (1871-1910), Alcan, Paris.

[47]

Catin, R, 1927, « Le portefeuille étranger de la France entre 1870 et 1914 », Thèse de doctorat, Paris.

[48]

Anspach, A, 1904, « la Russie économique et l’œuvre de Mr De Witte », Le Sourdier, Paris. L’auteur était l’un des meilleurs spécialistes français de la Russie d’avant 14.

[49]

De Grunwald, C, 1965, « Les alliances franco-russes », Plon, Paris.

[50]

Girault, R, 1973, « Emprunts russes et investissements français en Russie : 1887-1914 », Colin, Paris.

[51]

Girault, R, 1973, op cit.

[52]

Catin, R, 1927, op cit p 63-64.

[53]

Catin, R, op cit p 72.

[54]

Catin, R, op cit p 68.

[55]

Tardieu, 1910, op cit p 326-327.

[56]

Poidevin, R, 1969, « Les relations économiques et financières entre la France et l’Allemagne de 1898 à 1914 », Colin, Paris.

Résumé

Français

Le but de cet article est de mieux cerner les caractéristiques du retour de la France au protectionnisme à la fin du XIXème siècle. Nous étudierons successivement :
  1. La France confrontée à un double désavantage comparé à la fin du XIXème siècle ;
  2. Le protectionnisme comme outil de défense d’une croissance équilibrée et sans crise majeure ;
  3. Le choix de la modernisation progressive de la France protectionniste dans la mondialisation du monde d’avant la 1ère guerre mondiale.

Mots-clés

  • protectionnisme en France
  • désavantages comparés
  • croissance équilibrée
  • modernisation progressive
  • protectionnisme et mondialisation

English

The purpose of this article is to better understand the return of France to protectionism at the end of the XIXth century. We will study successively:
  1. France faced with a double comparative disadvantage;
  2. Protectionism as a tool of defence of a balanced growth free of any major crisis;
  3. The choice of a progressive modernization of a protectionist France in the globalization of the world before World War I.

Keywords

  • protectionnism in France
  • comparative disadvantages
  • a balanced growth
  • a progressive modernization
  • protectionism and globalization

Plan de l'article

  1. I - La France confrontée à un double désavantage comparé à la fin du XIXème siècle
    1. I.1 - La France face à la contrainte énergétique
    2. I.2 - Une France agricole sur la défensive dans la guerre mondiale des blés
  2. II - Le protectionnisme comme outil de défense d’une croissance équilibrée et sans crise
    1. II.1 - Le grand débat sur le retour au protectionnisme
    2. II.2 - La politique de Méline : ou la volonté de préserver un développement équilibré et sans crise majeure
  3. III - La modernisation progressive de la France protectionniste dans la mondialisation du monde d’avant 1914
    1. III.1 - La croissance industrielle française sous le régime protectionniste de 1892 jusqu’à la veille de la première Guerre Mondiale
    2. III.2 - La France de la « Belle Epoque » : protectionnisme et expansion économique internationale
  4. Conclusion

Pour citer cet article

Perez Yves André, « " 1892 : l'année où la France est retournée au protectionnisme " », Humanisme et Entreprise, 3/2012 (n° 308), p. 1-16.

URL : http://www.cairn.info/revue-humanisme-et-entreprise-2012-3-page-1.htm
DOI : 10.3917/hume.308.0001


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