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Humanisme et Entreprise

2012/3 (n° 308)


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Confrontées à un environnement difficile, les entreprises sont contraintes à innover sans arrêt pour maintenir leurs avantages concurrentiels. Ceci est d’autant plus difficile pour les PME/PMI des pays en voie de développement (comme la Tunisie) qui sont de plus en plus exposées à la concurrence et aux exigences locales et internationales en termes de compétitivité et d’innovation. En effet, nombreuses sont les PME qui souhaitent innover et être proactives. Différentes voies d’accès leurs sont envisageables pour se lancer dans l’innovation. Le choix d’adopter une voie plutôt qu’une autre dépend de différents éléments. Les PME qui veulent réduire l’incertitude liée à un environnement trop turbulent cherchent souvent à s’insérer dans un réseau pour acquérir ressources et compétences, avoir accès à des nouvelles connaissances et développer des capacités technologiques. L’acquisition et surtout la diffusion des nouvelles connaissances au sein d’une PME sont en fait les enjeux fondamentaux dans cette course au progrès. C’est ainsi que, Callon & al. (1995) ont souligné l’importance de la dimension collective de l’innovation formée par des collectifs d’acteurs qui collaborent pour développer une innovation et constitue un réseau. Nombreuses études (théoriques et expérimentales) ont montré que le réseau (ou cluster) offre de nombreux avantages pour les PME innovantes. Ces avantages portent sur les économies d’échelle, de couverture et de transaction dans (1) la production ou dans (2) l’accumulation de connaissances, les effets de débordement de connaissances ; (3) par les changements de motivations et d’attitude ; (4) par la formation de capital humain (apprentissage informel), ou enfin (5) par le transfert de technologies. Néanmoins, la compréhension de la dynamique de l’innovation par les réseaux reste incomplète. La conception et la structuration de telle démarche (politique) est absente surtout dans les pays en voie de développement. Le présent article a pour but d’approfondir notre compréhension du processus d’innovation dans un réseau de PME et enrichir le débat sur le sujet, en particulier l’acquisition de capacités technologiques et de développement dans les PME tunisiennes. Ainsi, les questions de recherche sont les suivantes :

  1. Comment les PME tunisiennes organisent-elles l’acquisition et le transfert technologique ?

  2. Quelles sont les stratégies opérationnelles efficaces ?

  3. Par quels mécanismes se traduisent les efforts de transfert technologique ?

  4. Et, comment mesurer l’efficacité de tels efforts ?

A partir d’une étude empirique (deux cas concrets) nous tentons de répondre à ces questions. Notre recherche vise à étudier et expliquer un processus d’innovation dans un cluster de PME. Les implications de notre recherche peuvent être recherchées à partir des efforts de modernisation/industrialisation des PME tunisiennes ainsi que les expériences (résultats) acquises. Par efforts de modernisation/industrialisation, nous entendons les orientations stratégiques et commerciales ainsi que les problèmes à résoudre dans leur management pour atteindre une innovation dans la conception des produits. Par expériences, on entend l’apprentissage et l’acquisition de capacités technologiques par les PME.

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Le papier est organisé comme suit. La première section présente une réflexion sur la littérature de l’innovation et les réseaux (clusters) d’entreprises. Après un positionnement des concepts retenus, la méthodologie de la recherche préconisée sera ensuite présentée. C’est le propos de la seconde section. Enfin, les résultats de la recherche seront alors exposés. Ces résultats concernent en premier lieu, les modes de management et de coopération pour développer une innovation, puis l’apprentissage et le transfert de technologies par effets de débordement des connaissances.

1 - L’innovation et le concept de réseau : liens et complémentarité

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L’objectif de cette section est de faire un parcours des récits de la littérature existante en matière de réseau d’entreprises et d’innovation afin de souligner leurs rapports, leurs liens et de positionner ainsi notre problématique de recherche au sein de cette littérature. Nous nous appuierons sur les recherches concernant les districts/clusters industriels et la littérature en management stratégique et leurs rapports avec l’innovation.

1.1 - L’innovation par les districts/clusters

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La littérature sur l’innovation est abondante et, seul est abordé dans cet article le processus d’innovation par les districts/clusters industriels (Porter, 1990 ; Callon &al., 1995). Le phénomène de « cluster ou district industriel » a suscité de considérables intérêts durant les années 80 suite aux développements dans le nord de l’Italie et la Californie (Silicon Valley). Ce concept a gagné un essor supplémentaire avec Porter (1990). En effet, l’une des hypothèses clés de Porter (1990) est que les nations se développent et réussissent lorsqu’il y a concentrations d’entreprises au sein du même marché ou du même secteur (d’activités ou géographique). La concurrence résultante tend à améliorer les standards de la technologie, des compétences, et fournit par-là une source d’innovation. Il suggère que la combinaison de la concurrence et la coopération entre les entreprises locales est l’un des plus forts stimulants du développement économique local, national et international.

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Dans la littérature classique, le management de la chaîne de producteurs a été focalisé sur les relations clients-fournisseurs (Porter, 1986), c’est-à-dire l’entreprise, ses clients et fournisseurs. Néanmoins, une littérature plus récente suggère plutôt de se focaliser sur l’ensemble des relations qui forment le « réseau de la chaîne de valeur » (Dussauge, Garettet, Ramanantsoa, 1997). Ainsi, un réseau de « producteurs (fournisseurs) » peut être défini comme un ensemble d’entreprises qui « coopèrent » étroitement pour maximiser les bénéfices de leur activité. Ces bénéfices sont basés sur des économies d’échelle qui supportent les « relations coopératives » et « concurrentielles » entre les entreprises, et le développement efficace dans la fabrication des produits favorisant par-là des activités d’innovation.

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L’analyse de l’innovation, de sa dynamique et de ses effets, peut être ramenée à celle des réseaux « technico-économiques ». Callon &al. (1995) qualifient par réseau « technico-économique » les coopérations, l’émergence et la montée en puissance des alliances hétérogènes. Pour ces auteurs, l’idée du réseau technico-économique coïncide avec celle du processus d’innovation dans le sens où : l’idée ou un projet peut naître en tout point ; sa réalisation passe par toute une série d’interactions qui modifient l’agencement du réseau, font naître de nouvelles compétences et de nouvelles connexions. Callon &al. (1995) soulignent que les réseaux technico-économiques s’organisent autour de trois pôles : le pôle scientifique, le pôle technique et le pôle marché. Le pôle scientifique se caractérise principalement par la production de connaissances certifiées. Le pôle technique quant à lui se caractérise par la conception et l’élaboration de dispositifs matériels dotés d’une cohérence propre et capable de rendre des services spécifiques. Le pôle marché correspond à l’univers des utilisateurs et des usagers. Entre les pôles scientifique et technique prend place le pôle « transfert ». Le transfert technologique qui est donc l’application de la science et des connaissances représente un moyen efficace pour accélérer le développement et la croissance économique, en particulier pour les pays en voie de développement. Néanmoins, le développement d’un réseau (district/cluster) est influencé par des facteurs nationaux et régionaux, et par des facteurs spécifiques reliés à la technologie. En effet, la capacité des entreprises à former des réseaux (districts/cluster industriels) donne accès à des marchés globaux et mène au transfert technologique qui aide à promouvoir la compétitivité locale et l’innovation (Harrison, 1994) ; Kanter, 1995). Dans ce cas, l’innovation peut être créée et soutenue par l’usage des réseaux technologiques sophistiqués, des activités de recherche et développement (R&D) (Howells, 1992).

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Il en résulte que, la manière dont le changement et l’intégration technologique se font ont un impact important sur le développement des districts industriels. Dosi (1984) définit ce processus en termes de « paradigme technologique » un pattern de solutions à des problèmes technologiques sélectionnés. Dans le même sens d’idées, Nelson & Winter (1977) définissent « la trajectoire technologique » comme le potentiel d’appliquer une pratique ou un construit à partir des techniques et des solutions qui ont fonctionné auparavant dans d’autres contextes. Ainsi, la spécificité des innovations technologiques est qu’elle peut encourager la formation des districts industriels ; simultanément engendrer des relations avec des partenaires, augmenter l’expertise et améliorer les ressources.

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L’innovation par les réseaux (district/cluster) prend aussi place dans un contexte national. Zysman (1996) postule que l’innovation et le développement technologique sont liées au contexte économique national (l’histoire d’un pays) et institutionnel (institutions R&D) dans lesquels ils se développent. Selon lui, l’encastrement technologique et le développement économique dans des institutions tout en considérant les origines historiques d’une nation progressent et s’améliorent selon une approche purement économique de la croissance technologique. Ceci a une implication importante sur les politiques gouvernementales qui cherchent à améliorer les clusters et districts industriels comme un moteur de développement économique local, national et global, en particulier pour les pays en voie de développement comme la Tunisie. En effet, peu d’études concernent la Tunisie. La plupart des réflexions sur les « clusters industriels » ou « réseaux d’innovation » concernent les industries R&D. Peu d’études ont abordé la problématique des pays en développement. Cette étude examine l’argument théorique selon lequel la formation des districts/clusters (géographiques ou sectoriels) permet aux entreprises de surmonter les contraintes liées à la croissance et au développement.

1.2 - Le contexte de la recherche : les PME tunisiennes et l’industrialisation naissante

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L’innovation dans les PME tunisiennes dépend d’un programme de modernisation de l’industrie nationale appelé « mise à niveau des entreprises ». L’industrialisation est définie comme le développement de la capacité d’un pays à convertir les matières premières en produits nouveaux, c’est aussi le système qui permet à la production d’avoir lieu. L’industrialisation augmente l’efficacité de l’utilisation du travail et du capital. Ainsi, la formation des districts (clusters) industriels aide les entreprises à croître et, plus largement, contribue à l’industrialisation.

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L’industrialisation (processus de développement) implique une complexité croissante dans la production, qui à son tour exige plus de confiance envers d’autres pour certaines activités. La formation de clusters d’entreprises simplifie les changements : d’une part, l’environnement s’adapte à la présence des entreprises en attirant consommateurs, entreprises et main-d’œuvre ; d’autre part, les entreprises sont encouragées à partager l’information et les connaissances, en modifiant parfois leurs opérations. Bref, le cluster les encourage à avancer en prenant des risques modérés et calculables. En somme, la formation d’un cluster semble pouvoir permettre à un pays en voie de développement comme la Tunisie de surmonter ou réduire certains obstacles à son industrialisation. Les gains que les entreprises en tirent sont :

  • l’accès au marché : le réseau/cluster attire des acheteurs, les produits et services d’une entreprise du cluster accèdent ainsi plus facilement à ce marché, physiquement localisé dans le secteur ;

  • la mise en commun des marchés du travail : est la concentration de savoir-faire spécialisés qui se développent souvent dans les clusters de fabrication. Elle résulte de l’amélioration des compétences au sein du cluster, de l’attraction d’une main-d’œuvre compétente et bénéfice ainsi autant aux entreprises qu’aux employés ;

  • les effets d’intrant intermédiaire : sont des externalités associées à l’émergence de fournisseurs de biens et services spécialisés qui proviennent soit du processus de spécialisation/différenciation, soit ont été attirés de l’extérieur. Les entreprise du cluster y trouvent alors une opportunité pour leur activité et passent de la fabrication au commerce ou au service. Puis, cette concentration d’entreprises ayant une demande homogène séduit et attire des fournisseurs de matières premières et d’équipement ;

  • les effets de débordement technologique : mettent en jeu la diffusion d’idées et de savoir-faire technologiques. Le réseau/cluster les encourage alors en stimulant les flux d’information entre membres du cluster et personnes en relation avec lui.

Notre hypothèse est que le « cluster » peut faciliter l’industrialisation. Réciproquement, l’environnement socio-économique agit sur la formation du cluster. Or ceci n’est pas toujours le cas dans la réalité, où de nombreux réseaux/ clusters restent bloqués à de faibles niveaux de production et de distribution. Ce qui est le cas des clusters tunisiens. En fait, la plupart des études existantes ont mis l’accent sur les obstacles à la croissance de l’entreprise individuelle (PME) qui essaye de réussir et de se développer technologiquement. Peu d’études ont porté sur la formation des districts comme aide au processus d’industrialisation. De plus, toutes les recherches proviennent des pays anglo-saxons et concernent les réseaux R&D. Qu’en est-il des clusters industriels tunisiens ?

1.3 - Problématique de l’innovation dans les clusters tunisiens

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Beaucoup d’analystes semblent être d’accord sur le fait que les PME tunisiennes démontrent plusieurs faiblesses liées à leur structure interne et à leur environnement. Des contraintes spécifiques entravent leur développement et leur croissance. Les mêmes conclusions sont confirmées par l’évaluation de certaines entreprises sujettes à la première phase du programme de mise à niveau. Mais plusieurs points positifs ont aussi été soulignés, comme par exemple la profitabilité de beaucoup d’entreprises et la gestion par des directeurs conscients des défis et réceptifs à l’assistance gouvernementale (Murphy, 1999). Selon ces sources et plusieurs interviews, les principaux points faibles du secteur des PME tunisiennes peuvent être classés de la manière suivante :

  1. Gestion : les PME n’ont pas une structure très formalisée et différenciée ; elles sont marquées par une prise de décision centralisée, souvent selon l’intuition ou l’expérience du propriétaire. Les faiblesses de gestion sont courantes parce que les directeurs n’ont pas toujours assez d’expérience dans les domaines du marketing, de la direction et de la R&D. Des faiblesses financières sont aussi fréquentes parce que les directeurs des PME ne sont pas toujours capables de préparer des plans de financement pour soutenir de nouveaux investissements même quand il y a des fonds disponibles. beaucoup de PME sont sous-capitalisées et n’effectuent pas d’investissements assez importants pour être compétitives (UNIDO, 1997 ; World Bank, 2000).

  2. Technologie : les PME utilisent souvent une technologie étrangère avec un pourcentage minime de copropriété ou de leasing et reçoivent souvent des licences étrangères parce que les brevets locaux ne sont pas fréquents. L’obsolescence technologique qui en résulte est aussi en partie héritée du protectionnisme passé qui n’a pas été en mesure de stimuler la R&D à cause du manque de concurrence sur le marché local. En même temps, la présence d’entreprises étrangères n’a pas toujours des répercussions positives sur le système productif local car elles forment souvent des enclaves et n’apportent pas d’innovations techniques (UNIDO, 1997).

  3. Information : les PME manquent souvent d’informations sur les marchés et technologies étrangères mais aussi sur les institutions locales, les plans de financement, etc. Dans les entreprises, l’information est rare et centralisée et l’utilisation des ressources Internet n’est toujours pas assez développée (UNIDO, 1997).

  4. Environnement commercial : les PME tunisiennes sont vulnérables à la concurrence extérieure et dépendent fortement des sources externes de technologies, vis-à-vis desquelles elles ne sont pas en position de force et disposent donc d’un faible pouvoir de négociation. De plus, elles ont de faibles liens avec d’autres entreprises et ne semblent pas échanger d’informations avec leurs partenaires. bien qu’une vie associative existe, elle se limite à une coopération formelle (UNIDO, 1997).

Pour combler ces faiblesses et rendre les PME plus compétitives, une façon de faire est de stimuler l’apprentissage technologique de l’entreprise par la couverture géographique c’est-à-dire les clusters industriels puisque l’approche cluster offre de nombreux avantages à l’entreprise. Ainsi, le recoupage de l’approche cluster des PME et l’innovation par la capacité technologique d’une entreprise fournit un cadre d’analyse approprié pour étudier la compétitivité à long terme des PME tunisiennes. Dès lors, la question qui se pose est : Comment les mécanismes qui permettent aux PME tunisiennes de tirer des avantages du regroupement se traduisent-ils au sein de chacune en des effets technologiques plus importants ou plus efficaces ? Répondre à cette question nous permettra de comprendre comment le processus de cluster peut :

  • catalyser l’apprentissage technologique de l’entreprise ;

  • lui permettre de développer des capacités et une meilleure performance économique ;

  • contribuer à la croissance économique locale et nationale.

1.4 - L’approche intégrée des PME tunisiennes

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Les éléments de réponse sont de deux ordres. Il faut déterminer :

  • les avantages qui résultent du regroupement en cluster d’entreprises. voir ci-dessus

  • les efforts technologiques que font les entreprises. Ils se concentrent essentiellement sur l’embauche, la formation, la recherche d’information ou la R&D.

Figure 1 - Perspective analytique de l’approche intégrativeFigure 1
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Les avantages du regroupement en cluster pour les PME ont été identifiés par de nombreuses études. Ces avantages ont un impact direct sur l’entreprise et peuvent avoir quatre effets significatifs sur l’effort technologique :

  1. Les clusters peuvent générer une demande minimale critique pour de nouveaux produits ou services spécialisés qui ne pourraient pas être produits de façon rentable ailleurs. Ceci stimule en retour les efforts d’investissement des entreprises pour maîtriser la production de ces nouveaux produits ;

  2. La présence de fournisseurs locaux spécialisés attirés par la forte demande locale permet de baisser le prix d’intrants spécialisés

  3. La possibilité qu’ont les entreprises de rejoindre des réseaux innovateurs grâce aux faibles coûts de transaction permettent des avantages financiers par le partage des coûts et des risques ;

  4. De même, des investissements collectifs plus importants sont possibles.

D’autre part, les effets de débordement des connaissances d’autres entreprises peuvent compléter les efforts internes d’une entreprise en les rendant plus efficaces. Ainsi :

  • les changements d’attitude et de motivation nous renvoie à l’exposition de personnes à de nouvelles idées dans un environnement particulier : c’est un processus qui agit sur leurs prédispositions mentales et va leur faire préférer le changement à la stabilité ;

  • l’apprentissage informel sur le tas permet la formation de capital humain en agissant sur l’évolution des attitudes des personnes (l’attitude envers le travail) ;

  • le transfert technologique agit entièrement sur l’offre. Il opère de trois manières : (i) les mouvements de main-d’œuvre qualifiée entre entreprise ; (ii) les journaux commerciaux, rencontres, foires et divers forums d’échanges entre personnes ; et (iii) les interactions entre utilisateurs et producteurs qui ont souvent lieu lorsque des innovations sont mises en œuvre ou perfectionnées.

Les effets de débordement de connaissances par les transferts de technologies interagissent souvent avec des économies d’échelle, de couverture et de transaction. Néanmoins, les clusters engendrent aussi parfois des effets négatifs. En effet,

  • une concurrence excessive entre de petits producteurs incapables de différencier leurs produits peut mener à une baisse des marges, laissant peu de ressources disponibles pour les améliorations technologiques ;

  • dans les clusters où le secret est difficile à garder et où la protection des innovations est inexistante, les effets de débordement des connaissances peuvent conduire à réduire les incitations à innover pour celui qui les produit ;

  • dans des communautés résistantes au changement des barrières considérables peuvent être dressées contre les efforts d’amélioration technologique.

1.5 - Implications politiques de l’approche intégrée

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Pour les pouvoirs publiques, promouvoir l’innovation renvoie à la capacité de former des clusters (réseaux), de les faire évoluer, de s’assurer qu’ils vont faire émerger des compétences et les produits visés. Les formes d’intervention prises par le gouvernement tunisien sont liées à la dynamique des clusters et à leurs modalités de collaboration.

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Le gouvernement tunisien a crée plusieurs institutions afin de fournir une assistance technique et professionnelle aux entreprises locales (API, INNORPI, bureau mise à niveau, etc.). Le gouvernement a aussi mobilisé plusieurs acteurs institutionnels (ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de la technologie, ministère de l’industrie et de l’énergie, secrétariat d’État auprès du ministère de l’enseignement supérieur, etc.) pour soutenir le secteur industriel. Quelques institutions se sont restructurées afin de répondre d’une manière plus efficace aux besoins de l’industrie. Le gouvernement vise à renforcer activement la coopération entre entreprises. Ainsi, des mesures visant à améliorer la connaissance individuelle, et par conséquent la diffusion spontanée d’informations entre les entreprises ont été mises en place. De même, le gouvernement visait un nombre restreint d’entreprises pionnières par des programmes (programme de mise à niveau) comme l’amélioration des pratiques de travail ou de la qualité. Les effets de débordement qui vont suivre assureront ainsi la diffusion de ces nouvelles connaissances et compétences dans le cluster par des effets de démonstration par une accumulation de savoir-faire dans l’industrie, par des mouvements de main-d’œuvre entre les entreprises ou encore par la circulation des informations et des connaissances.

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L’intervention de l’État est autant que possible dirigée vers la création de dynamiques d’apprentissage en vue d’atteindre l’objectif politique d’amélioration structurelle de la compétitivité régionale et par suite nationale. L’effort technologique est encouragé, et agit sur et en fonction des effets de débordement des connaissances : une fois que les entreprises auront adopté une technique nouvelle, cette-ci se répandra progressivement et contribuera à la diffusion du savoir par l’effet de démonstration et des autres mécanismes. Néanmoins, les plans du gouvernement et les institutions impliquées s’intéressent aux processus d’amélioration technologique au niveau de l’entreprise (PME) individuelle qui sont -sous entendu- applicables au niveau du cluster. L’État ne fait pas assez attention au regroupement géographique et ses directives politiques ne tiennent pas compte des avantages de l’apprentissage et de la croissance au sein du cluster. Ainsi, en adoptant l’approche intégrée, nous entendons :

  • des mesures conventionnelles de capacité technologique sont potentiellement plus efficaces lorsqu’elles sont complétées par des politiques de coopération incitant les entreprises engagées dans des activités similaires et complémentaires à coopérer ;

  • le cadre de nos propositions permet d’encourager l’accumulation des capacités des entreprises se trouvant déjà dans des clusters ;

  • enfin, l’approche intégrée, sa valeur ajoutée peut être amoindrie par des effets négatifs émanant de la formation du cluster et qui peuvent être significatifs en particulier dans les clusters où les entreprises ont un très faible niveau technologique.

Problématique de la recherche

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Ce parcours de la littérature sur les liens entre innovation et clusters industriels d’une part, et les mécanismes d’acquisition de capacité technologique et de développement au niveau de l’entreprise d’autre part, fait émerger certaines interrogations qui méritent plus d’approfondissement. En effet, les études relatives à l’innovation par les clusters possèdent plusieurs limites. Elles soulignent certes le développement et la diffusion de l’innovation mais ne permettent pas d’en appréhender la compétitivité des PME à long terme. En effet, les travaux mentionnés n’apportent pas d’éléments de réponse à la problématique des pays en voies de développement comme la Tunisie. Ils concernent les industries R&D. Les travaux explicitement centrés sur ce sujet se sont focalisés sur le développement de PME individuelle et ne concernent pas les clusters industriels. En effet, les travaux relatifs au développement de l’innovation (en Tunisie) sont peu développés. Par ailleurs, L’innovation est un processus impliquant le gouvernement (l’État), des institutions financières et industrielles et des associations de développement. Au-delà du marché et du gouvernement, qui sont les soutiens principaux de l’industrialisation et du développement d’innovation, il faut chercher au-delà du contexte institutionnel pour avoir plus d’informations. En effet, il n’est pas très clair quant au fait de savoir quelles institutions doivent-être prises en compte. Ceci nous amène à nous interroger davantage sur l’enjeu de l’innovation dans le pays (la Tunisie), et les mécanismes de développement technologique dans les entreprises. Ainsi, deux questions fondamentales se posent :

  1. « Comment le mécanisme de cluster qui permet aux entreprises de tirer des avantages du regroupement se traduit-il au sein de chacune en des efforts technologiques efficaces ? » ;

  2. « Comment l’entreprise peut développer des capacités technologiques et une meilleure performance économique (locale et nationale) ? ».

Hypothèses de recherche

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Pour répondre à ces questions, nous postulons que le cluster peut faciliter l’industrialisation/l’innovation et favorise la croissance et la performance économique. Nous postulons que l’industrialisation/innovation articule cinq dimensions :

  1. les entreprises qui forment le cluster et la nature des relations coopératives et compétitives entre elles dans l’organisation/développement d’un secteur géographique ou d’activité ;

  2. les ressources disponibles basées sur la main-d’œuvre, la technologie, les finances ;

  3. les institutions d’appui à l’innovation : les pouvoirs publics, les associations industrielles, etc. pour promouvoir le développement, l’innovation et la R&D ;

  4. la perception de l’innovation dans l’entreprise par la maîtrise de technologies, innovations organisationnelles et innovations produits ;

  5. la stratégie de positionnement à l’international et la recherche de partenaires internationaux.

Figure 2 - Modèle d’un cluster industriel et les facteurs influençant son développementFigure 2
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Ce papier se focalise spécialement sur le phénomène de cluster industriel et les ressources disponibles pour prendre en compte la dynamique du cluster et l’environnement de l’innovation. Le rôle des institutions d’appui sera introduit plus tard dans le papier pour expliquer le développement technologique dans le cluster. Quant aux stratégies de positionnement et la recherche de partenaires, elles ne seront pas prises en compte dans la présente recherche.

2 - Méthodologie de la recherche

2.1 - La méthode : une étude de cas multiple

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La plupart des études sur les réseaux/clusters industriels s’appuient sur la méthode d’étude de cas pour étudier les relations inter-entreprises et leur influence sur la croissance, la performance du réseau. L’étude de cas nous est apparue alors une méthode appropriée à notre analyse car elle permet :

  • d’appréhender les mécanismes de coopération et de développement des entreprises dans un cluster

  • d’analyser le caractère dynamique, processuel et émergent de l’innovation dans les clusters industriels

  • d’appréhender la nature des liens dans un cluster et ses acteurs externes dans le but de comprendre ses liens avec les agences gouvernementales, les associations industrielles et les institutions financières, les centres de recherches, etc.

  • identifier et comprendre les mécanismes de transfert de technologies.

L’étude de cas a été retenue dans le cadre d’une recherche de constantes d’un cas à l’autre (cross-case search for patterns), c’est-à-dire la recherche de constantes en comparant de manière systématique et itérative les cas entre eux (Eisenhardt, 1989). Comme l’ont souligné Huberman & Miles, « la comparaison entre sites ou cas permet d’établir le degré de généralité d’un résultat ou d’une explication et simultanément d’identifier les conditions dans lesquelles ce résultats va apparaître » (1991, p.272). Le but est de dégager un ensemble de caractéristiques et d’explications entre innovation par la capacité technologique, clusters industriels et performance économique.

2.2 - L’échantillon

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Contrairement à la tendance dans la littérature existante de se focaliser sur les grands groupes industriels, notre échantillon porte sur des très petites et petites entreprises ayant une perspective locale (régionale) ou nationale envers les opportunités du marché et les avances technologiques. Ceci est en accord avec le point de vue de Porter sur les clusters industriels qui suggère que la combinaison, de la compétition et la coopération entre les entreprises locales/régionales est l’un des facteurs clés du développement économique. Aussi, les recherches existantes ont été concernées par un secteur unique et particulier ou une seule région, notre étude concerne plusieurs secteurs dans différentes régions de la Tunisie afin de rendre compte de la globalisation du phénomène. Les clusters industriels tunisiens nous sont apparus comme un terrain d’investigation à l’analyse des processus d’innovation et de transfert de technologies. Il s’agit d’un terrain peu exploré par les travaux dominés par une littérature anglo-saxonne et spécifiquement focalisés sur les clusters industriels en R&D. Notre étude repose sur deux études de cas, soit deux clusters œuvrant dans deux types d’activités différents et ont été sélectionnés selon l’information disponible. Ces deux types de clusters présentent plusieurs des sous-secteurs de la fabrication et du service de petite taille. Le Tableau 1 présente une vue d’ensemble des deux clusters.

Tableau 1 - Vue d’ensemble des deux clustersTableau 1
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Le cluster A : l’industrie habillement, textile, chaussures et cuir

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Un cluster situé dans le nord-est de la Tunisie (entre Sousse et Monastir), composé d’à peu près 150 unités de production spécialisées dans la production d’articles textile. L’activité de tissage dans cette région date du XI siècle. Les caractéristiques de ce cluster peuvent être décrites de la façon suivante :

  • une multitude de PME employant moins de 50 travailleurs

  • une production à petite quantité

  • une variation continuelle des modèles

  • une technologie simple mais flexible pour la production de différents produits ;

  • une main-d’œuvre jeune et multi fonctionnelle (féminine en particulier) capable de comprendre les différentes étapes du système productif et d’exécuter plusieurs opérations sur la même machine.

La présence d’une technologie flexible et d’une main-d’œuvre multi fonctionnelle est due à des conditions d’environnement extrêmement difficiles, un marché étroit et instable qui oblige les entreprises en permanence d’adapter leurs produits à une demande ou mode changeante. La flexibilité devient donc une obligation. Ces deux caractéristiques créent des perspectives économiques et constituent une source pour plus d’efficacité productive. Ce qui paraît intéressant dans ce cluster est le fait qu’il y a une participation étrangère significative. Néanmoins, ce cluster démontre plusieurs faiblesses :

  • la disponibilité de la matière première en Tunisie est faible ;

  • la qualification de la main-d’œuvre est insuffisante par rapport aux principaux concurrents étrangers ;

  • la préoccupation importante du chef d’entreprise par des affaires courantes au dépend de l’innovation ;

  • différence de comportement vis-à-vis du marché local et du marché extérieur

  • les réseaux de distribution sont médiocres.

Toutes ces faiblesses expliquent le frein à l’innovation auquel est confrontée le secteur textile.

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Cluster B : l’industrie agroalimentaire

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Le nord de la Tunisie est une région agricole fertile connue car elle a largement adopté dès la fin des années 70 les pratiques modernes de culture. La modernisation agricole a été soutenue par une industrie d’équipement agricole conséquente, organisée en plusieurs clusters principaux.

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Le cluster B est composé de très petites unités industrielles et comprend environ 9 unités d’exportation qui sont concentrées dans les domaines de l’huile d’olive, les tomates et dérivés céréaliers. Le cluster a activement participé au programme de mise à niveau et à l’importance accordée à la certification des produits (ISO 9000). Les plans d’amélioration des entreprises ont été approuvés en octobre 2001. Ainsi, l’incitation à l’agriculture biologique, la promotion des innovations à composante industrielle et l’introduction des systèmes de contrôle de qualité et des procédures de traçabilité les plus récentes sont des axes stratégiques vers le développement et l’innovation dans le secteur. Des innovations dans la conception des produits ont été au fur et à mesure introduites, mais des problèmes de qualité ont persisté dans la production. Les unités actives dans ce cluster font face à plusieurs problèmes dus :

  • à l’irrégularité de l’approvisionnement en matières premières (produits frais)

  • la modeste diversification de leur production (surtout dans le sous secteur de la nourriture en conserves)

  • la stratégie marketing inadéquate

  • la sous-utilisation de production, surtout pour la transformation de tomates et la production d’huile

A cette liste de problèmes s’ajoute les sécheresses répétitives frappant régulièrement l’agriculture et rendant les choses encore plus difficiles.

2.2 - La collecte et l’analyse des données

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La collecte des données est effectuée sous forme d’entretiens (interviews) semi-directifs avec des entrepreneurs (propriétaires) des PME/TPE, ainsi qu’avec quelques responsables du programme de mise à niveau. Ces informations ont été recoupées par des sources documentaires diverses sur les PME/TPE. Les entretiens ont été centrés sur les thèmes suivants :

  • identifier les PME du cluster ainsi que la nature de telles relations par rapport à leur activité et localisation géographique

  • comprendre comment ces PME contribuent au développement du pays

Ces entretiens nous ont permis d’avoir une bonne connaissance de la structure industrielle du pays. Ils nous ont fourni une information riche et pertinente sur les clusters tunisiens et nous ont aidé à formuler ensuite des explications sur ce phénomène. Nous souhaitons enrichir le débat sur ce sujet. Une trentaine d’entretiens ont été réalisés en tout. Les entretiens ont été retranscris pour fournir un corpus de données pour l’analyse.

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L’analyse des données repose très largement sur les recommandations de Miles1Huberman (1991). La démarche a reposé sur une analyse intra puis inter sites afin de dégager des régularités en comparant de manière systématique et itérative les cas entre eux (Eisenhardt, (1989)). L’objectif est de dégager un ensemble de caractéristiques au phénomène des clusters industriels et, d’établir des explications (Yin, (1994)). Pour établir de telles explications nous nous sommes inspirée à la fois des écrits de la littérature et de notre compréhension du phénomène lors de notre étude.

3 - Principaux résultats et discussion

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Pour débuter, les concentrations productives en Tunisie ne sont pas comparables à un cluster industriel, c’est-à-dire un groupement d’activités économiques de différents secteurs avec une infrastructure et des services bien développés et, une coexistence d’entreprises privées et publiques. Plutôt, le concept du « groupe industriel » désignant une concentration de plusieurs PME/TPE autour d’une société mère est assez courant. Ces groupes représentent des propriétés contrôlées par une ou plusieurs familles avec le même intérêt économique.

3.1 - Les clusters : opportunités et défis

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Les deux clusters analysés ont été directement affectés par la libéralisation des marchés locaux et du commerce international. Le cluster A de textile et habillement s’est vu confronté à la forte concurrence des habits à bas prix en provenance de la chine, l’Inde et l’Europe de l’Est. Quant au cluster B, il a tenté de profiter de la libéralisation pour exporter plus de produits et de ce que la demande en produits agricoles s’est accrue. En fait, le cluster A s’est trouvé face à un double défi : l’ouverture du marché à la chine a stimulé les importations et a évincé certaines entreprises du marché et ; la nouvelle acceptation de l’Union Européenne comme partenaire commercial lui a permis de développer ses exportations. Le cluster B a aussi rencontré de nombreux problèmes. Les deux plus marquants étant les conditions climatiques difficiles (sécheresse répétitive) et l’arrivée des produits de l’Europe de l’Est qui a diminué les exportations, avec pour conséquence dévastatrice une chute brutale des prix.

3.2 - La réalité des clusters tunisiens et de l’industrialisation

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Les clusters contribuent chacun à leur façon au processus d’industrialisation ; deux catégories ont été identifiées.

3.2.1 - Les clusters industrialisant

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Le cluster A présente des signes d’efficacité et d’innovation émergente. Il a des entreprises plus spécialisées et différenciées. Ceci conduit à des liens de production bilatéraux plus significatifs et enfin de compte à une meilleure efficacité. Certaines entreprises ont de plus hauts niveaux technologiques, ce qui peut favoriser des effets de débordement technologique. L’étude a identifié trois types d’entreprises travaillant dans ce secteur :

  • les entreprises formelles : la minorité des unités de production (environ 20). Elles sont liées à des fournisseurs et clients locaux et internationaux, en particulier en Europe, au Magreb et en Libye ;

  • les ateliers informels : ils représentent la majorité des entreprises du cluster (près de 150). ils emploient moins de 10 travailleurs et ont en général une capacité financière très faible. Ils produisent surtout avec des matières premières achetées localement et vendent leurs produits sur le marché local ou à la Libye ;

  • les industries à domicile : près de 100 personnes étaient engagées dans cette activité. Ils ne fabriquent jamais des produits finis mais sont plutôt engagés dans certaines phases du cycle de production en tant que sous-traitants des entreprises formelles et informelles.

Les relations productives entre les trois types d’activités sont souvent des relations de sous-traitance, les entreprises formelles agissant en tant qu’entrepreneur principal pour les entreprises informelles ; et les deux types d’entreprises ont recours aux « industries à domicile » pour certaines phases du cycle de production. Cette option permet aux entreprises de ce cluster de bénéficier d’une flexibilité supplémentaire en raison de l’expertise externe et de la spécialisation des industries à domicile. En même temps, quelques « économies d’agglomération » sont créées, dans la formation, l’innovation et le savoir-faire, surtout en raison de l’extrême mobilité de la main-d’œuvre.

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La coopération entre les entreprises peut différer mais elle est toujours présente, surtout lorsqu’il s’agit d’échanger des machines sophistiquées ou des pièces de rechange. La sous-traitance entre les entreprises du cluster apparaît surtout dans le sous-secteur du tissage et dans la production de vêtements de confection pour le marché local. Par contre, quand les producteurs ont des accords de sous-traitance avec des entreprises étrangères, ils n’ont en général pas recours à des fournisseurs ou partenaires locaux. Une très grande solidarité caractérise cependant ce cluster qu’on considère attractif pour plusieurs facteurs (emplacement géographique, bonne réputation, une tradition historique), mais aussi pour les caractéristiques du cluster (main-d’œuvre qualifiée et multifonctionnelle, une flexibilité due à l’industrie à domicile, des économies d’agglomération pour la formation, l’innovation et le savoir-faire). Ces liens entre les entreprises ont permis de bénéficier d’intrants intermédiaires et d’effets de débordement positifs. mais le développement à ce regard est encore jeune.

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L’accès aux marchés est facilité de différentes façons, en fonction de la mise en commun des marchés du travail et des intrants intermédiaires qui tous deux conduisent à des effets positifs de débordement technologique. La mise en commun des marchés du travail diffère dans le cluster : il attire les apprentis et les personnes non qualifiées mais ne réussit pas à absorber tous les demandeurs d’emplois. En effet, il y a peu de place pour de nouveaux entrants, ce qui pousse les créateurs à démarrer leur entreprise hors du cluster.

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Un fait intéressant de ce cluster est aussi son ouverture envers la mondialisation, d’un côté en ce qui concerne l’achat de matériel, de pièces de rechange et de quelques matières premières, et de l’autre côté concernant les exportations de produits finis (vers l’Algérie, la Libye et l’Europe, en cas de sous-traitance). Par ailleurs certaines entreprises étrangères ont investi dans le secteur, en particulier dans la fabrication de vêtements de confection, ce qui apporte de l’innovation à toutes les entreprises du cluster. Cette coexistence de relations locales et internationales est particulièrement importante pour les producteurs locaux qui ont souvent la vie dure et aspirent à une efficacité plus grande.

3.2.2 - Les clusters fondateurs : un travail préparatoire à l’industrialisation

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Certains clusters posent les fondations de l’industrialisation en développant un environnement productif, qui prépare d’une certaine manière l’émergence d’une croissance économique. Le cluster B appartient à cette catégorie.

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La principale économie externe de ce cluster est l’amélioration de l’accès aux marchés : la concentration respective de producteurs attire consommateurs et commerçants. Ces derniers qui portent les produits dans de plus petites villes et en zones rurales, jouent un rôle essentiel car le contrôle gouvernemental du commerce de marchandise a probablement freiné la croissance des réseaux commerciaux ruraux. Pour les entreprises, se trouver dans le cluster signifie avoir accès à ces commerçants, et donc à des consommateurs de petites villes et villages. Pour les autres économies externes, elles sont soient faibles soit négatives. Les entreprises ont un commerce limité. Les économies associées à la mise en commun des marchés du travail ont été minimales. La collaboration reste limitée. Les liens entre producteurs sont faibles et la coopération se confine à l’emprunt d’outils de base ; aucune association commune ou collaboration active n’existe. Même les associations qui existent sont un lieu de lutte pour le pouvoir et ne fonctionnent pas très bien. Par exemple, l’association UTICA (Union Tunisienne de l’industrie, du Commerce et de l’Artisanat) a été créée sous impulsion gouvernementale ; tous les artisans d’une localité en sont membres. Cette association sert de lien avec le gouvernement pour mettre en œuvre des programmes à destination des petits entrepreneurs. Quelques entreprises mènent des actions communes de production. Mais des efforts de collaboration restent à faire. En fait, la littérature existante suggère que la collaboration et le fait d’être activement en réseau peuvent au mieux constituer une explication partielle de la croissance de l’industrie. Dans le cas du cluster B :

  • il n’y a pas de tradition de collaboration horizontale entre les entreprises de la chaîne de production car les collaborateurs ne se font pas confiance ;

  • la coopération verticale fonctionne un peu mieux aux différentes étapes de la chaîne de production car les relations sont plus complémentaires que concurrentielles.

Néanmoins, la croissance de cette industrie (agroalimentaire) peut passer par un ensemble de déterminants assez différents :

  • les résultantes de la forte demande en équipement agricole, conséquence de la modernisation agricole, ont incité à innover. D’autre part, la hausse du pouvoir d’achat des fermiers, couplée à des manques saisonniers de main-d’œuvre, les ont incité à investir dans la mécanisation des équipements, ce qui a à son tour induit une demande locale minimum critique pour se procurer de nouveaux équipements agricoles ;

  • les éléments de l’offre présentent une industrie dotée d’une infrastructure technologique plutôt meilleure que d’autres secteurs composés de petites entreprises industrielles. La raison est que cette industrie est liée à un des secteurs prioritaires qu’est l’agriculture.

Ainsi, l’approche par la capacité technologique conseille aux politiques de se concentrer sur le renforcement des aspects institutionnels ; par exemple améliorer la couverture et le contenu de certains programmes d’extension technique et de formation afin de les rendre plus efficaces.

3.2.3 - Caractéristiques des clusters tunisiens et perspectives de développement

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L’analyse empirique montre l’existence des différences importantes entre le cluster A (habillement et textile) et le cluster B (agroalimentaire).

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Dans le cluster A, des économies externes importantes sont réalisées et l’action commune est institutionnalisées (associations, sous-traitance, collaboration), alors que dans le cluster B ce potentiel d’efficacité est sous-utilisé. Les entreprises du cluster A améliorent ainsi leur accès au marché en étant aisément accessibles par les chaînes nationales de distribution au détail, qui ont leur siège dans le cluster. Dans le cluster B, l’accès au marché varie suivant que l’entreprise est pêcheur, commerçant ou transformateur industriel. D’autre part, la mise en commun des marchés du travail n’a pas les mêmes répercussions sur les clusters, car leurs niveaux d’emploi ainsi que les besoins en technologie et en compétences diffèrent : la main-d’œuvre est nombreuse dans le cluster A et a un effet relativement positif ; cependant elle engendre au cluster peu de bénéfices car le cluster nécessite peu de compétences. Aucun des deux clusters ne profite véritablement d’effets d’intrants intermédiaires ou de débordement technologique : les fabricants d’habillement/ textile utilisent peu les intrants intermédiaires disponibles dans le cluster. Dans le cluster B, la transformation des produits, qui devait être un intrant intermédiaire majeur n’est pas commercialisée.

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Les deux clusters ont des organismes de solidarité collective utilisés différemment : dans le cluster A de nombreux liens horizontaux et verticaux permettent différents types d’actions communes ; alors que le peu de liens dans le cluster B, ne permet à ces organismes que de répondre à des chocs spécifiques. La coopération horizontale entre les entreprises est un fait courant dans le cluster A et ces coopérations sont institutionnalisées par diverses organisations. Le cluster a aussi des liens verticaux significatifs. Quant au cluster B, il a fait face à deux défis qui auraient pu être l’objet d’une action commune : la baisse de l’offre suite à la concurrence de l’Europe de l’Est, et les problèmes de qualité qui ont mené l’UE à diminuer son importation. Les transformateurs de produits ont mené une action (horizontale) et des liens verticaux qui ont débouché sur une assistance des importateurs européens et la création des liens verticaux.

Tableau 2 - Résumé d’éléments d’efficacité versus stade de développement des clusterTableau 2

3.3 - Capacité technologique et perspective de développement

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Il est utile d’expliquer les performances et la contribution de chaque cluster au processus d’industrialisation : chaque cluster contribue à l’industrialisation, et chaque type de cluster joue un rôle propre. Parmi les bénéfices théoriques de la formation d’un cluster, quatre apparaissent significatifs pour l’amélioration des performances des clusters, et par suite à l’industrialisation :

  • l’amélioration de l’accès aux marchés ;

  • l’amélioration du potentiel de modernisation technologique ;

  • le cluster promeut des actions communes, ce qui en retour aide les entreprises à faire face aux chocs externes ;

  • le cluster permet aux entreprises de bien utiliser de petites ressources (capital, main-d’œuvre).

Néanmoins, l’efficacité collective n’implique pas toutes les caractéristiques et les comportements. En effet, la démarche en biens de meilleure qualité est limitée par le prix, premier critère d’achat. L’analyse des liens et de l’action commune ne permet pas d’expliquer convenablement leurs effets sur la performance des clusters. L’analyse des clusters suggère une autre dimension à l’action commune et montre que la caractéristique du cluster des PME est plus de tendre à réduire l’incertitude qu’à augmenter les performances de l’entreprise. Enfin, l’approche de l’efficacité identifie le manque d’action commune comme la raison principale du manque de pouvoir de négociation entre les producteurs. Il en résulte que, des facteurs hors du cadre de travail de l’efficacité collective sont importants :

  • la petite taille des marchés ;

  • l’offre excessive de main-d’œuvre ;

  • et la faiblesse des institutions d’appui que les économies externes et l’action commune ne fonctionnent pas toujours tels que le modèle de l’action collective le prédit.

Il en résulte que, l’efficacité collective qui insiste sur les dynamiques internes du cluster, ne peut pas complètement expliquer le manque de clusters industriels en Tunisie. Si la formation d’un cluster aide les entreprises à surmonter les barrières à la croissance, les bénéfices de la formation d’un cluster peuvent être sérieusement réduits lorsque des barrières sont trop importantes. De plus, l’environnement des entreprises en Tunisie présente une main-d’œuvre surabondante qui a conduit les entreprises à employer des personnes non qualifiées, ou encore la faible implication des institutions politiques, économiques et industrielles. Dans ce contexte, l’analyse du rôle des institutions (gouvernementales, industrielles, etc.) peut aider à approfondir l’efficacité des clusters.

3.4 - Les nouvelles compréhensions politiques proposées

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Pour apprendre plus sur le développement industriel d’un cluster, reprenons les mécanismes de croissance identifiés par l’approche capacité technologique.

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- L’effet positif de l’effort technologique de l’entreprise émane d’une part, des avantages en termes de coûts de transaction et, d’autre part, des importants effets de débordement sur le marché du travail. Par exemple, dans le cas du cluster B, le fait que l’équipement agricole soit concentré dans le cluster facilite l’établissement de formateurs spécialisés, privés et publics, attirés par une forte demande pour leurs services. Ceci permet de baisser les coûts des ateliers pour embaucher des travailleurs compétents sur le marché local car ces prestataires sont reconnus et vont jusqu’à délivrer des certificats de formation. Ces prestataires spécialisés contribuent aussi à l’effet de débordement sur le marché local du travail par des mouvements de main-d’œuvre qualifiée entre les entreprises ;

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- Des effets de débordement importants sur le marché des produits apparaissent aussi à travers l’exemple du cluster A : des travailleurs importent de nouveaux modèles de travail et de fabrication ; et sont par là une source d’information importante pour la conception de nouveaux produits. La connaissance se répand rapidement, et petit à petit le cluster procède à des innovations produit en conceptualisant ses propres produits. Notons que le transfert de technologies résulte avant tout de contacts essentiellement informels et de l’observation.

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Bien que ces exemples montrent que les politiques technologiques et industrielles vont dans le bon sens, elles pourraient être plus efficaces, si par exemple elles tenaient compte des mécanismes de diffusion locale ou des coûts de transaction. Par ailleurs, une intervention plus ciblée qui isole une entreprise et lui propose du conseil ou de la formation technique sera plus efficace que si l’effort porte sur un groupe large. Ceci permettra de former une entreprise « avant-gardiste », « pionnière » qui ensuite pourra jouer un rôle de catalyseur dans le cluster en diffusant les connaissances et attitudes innovantes.

3.5 - Une implication pratique et claire

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Les politiques gouvernementales et financières font déjà la promotion du développement actif du cluster. Elles encouragent et soutiennent la formation des clusters en proposant une infrastructure améliorée et en incitant les producteurs et prestataires de services. Elles agissent sur l’environnement économique en encourageant l’activité commerciale. A cet effet, les politiques visent à stabiliser les marchés et à permettre aux entreprises d’emprunter ainsi qu’à favoriser l’activité associative en insistant sur le cadre légal et incitatif. Quant aux institutions financières et les associations d’entreprises, elles travaillent ensemble pour apporter des services financiers, des aménagements physiques et des informations technologiques aux entreprises en cluster. Néanmoins, ces campagnes seront probablement plus efficaces si elles visent expressivement à stimuler l’apprentissage technologique plutôt qu’à couvrir toutes sortes d’activités ciblées sur la production. Les collaborations ciblées sur l’apprentissage dynamique ont probablement l’impact le plus durable sur la compétitivité industrielle. Ainsi, les politiques qui cherchent à stimuler l’innovation technologique par la capacité technologique (par l’offre ou par la demande) deviennent plus efficaces lorsqu’elles ciblent les clusters plutôt que des secteurs de façon générale. Comme nos étude de cas l’ont montré, les diverses répercussions du regroupement des entreprises sur l’effort technologique et sur l’apprentissage améliorent l’impact de ces politiques. De plus, les mécanismes sous-tendant l’apprentissage technologique dans les clusters pourraient être pris en compte lors de la conception des politiques. En particulier, la sélection d’entreprises pionnières engendrera probablement des dividendes par les effets de débordement de connaissances.

Conclusion

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Le cadre d’analyse élaboré dans cette étude élargit l’approche d’efficacité collective qui était généralement utilisée pour étudier la croissance économique et la compétitivité des PME. Ceci était possible avec la littérature sur l’acquisition de la capacité technologique au niveau de l’entreprise. Le cadre d’analyse proposé nous éclaire sur comment le développement des capacités technologiques de l’entreprise peut être encouragé par le processus de formation des clusters industriels. Les principaux apports du modèle peuvent être résumés comme suit : soutenir la formation et le développement de clusters ; stimuler l’apprentissage technologique par les clusters. Ainsi, les politiques qui cherchent à stimuler l’innovation technologique deviennent plus efficaces en visant les clusters industriels plutôt que les entreprises d’un secteur de façon générale. Réciproquement, les effets de l’apprentissage technologique agissent sur ces politiques et les améliorent. Les débats théoriques et empiriques sont nombreux, en particulier l’impact sur la croissance et la performance des PME sont critiques. Notons que le cluster peut valoriser la théorie du développement de PME et a des implications importantes sur la formulation des politiques et des pratiques d’innovation, qui doivent encore pour la plupart être explorées. Il reste beaucoup à apprendre sur l’efficacité des clusters et leurs effets sur les petites entreprises. Les PME/TPE tunisiennes ont beaucoup à gagner de cette connaissance qui leur permettra de mieux comprendre les bénéfices en termes de compétitivité sur les marchés mondiaux que la collaboration peut leur offrir.


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Résumé

Français

Cet article discute l’argument théorique selon lequel la formation de clusters géographiques et sectoriels permet aux entreprises (PME) de surmonter les contraintes liées à la croissance et au développement. Les arguments théoriques soulignent la force de l’efficacité collective ainsi que les variables contextuelles. Mais le processus d’acquisition de capacités technologiques au niveau de l’entreprise est peu abordé. L’approche intégrée nous éclaire sur comment le développement des capacités au niveau de l’entreprise peut être encouragé par le processus de formation de cluster. Elle suggère une façon pour stimuler l’apprentissage technologique et l’acquisition des connaissances pour les PME tunisiennes. Une étude empirique de deux études de cas illustre ces propos. Elle examine la croissance et le développement de deux clusters géographiques et sectoriels de PME tunisiennes. Elle montre que chaque groupe a son rôle à jouer. Le « cluster fondateur » prépare l’industrialisation en améliorant l’accès des producteurs au marché, leur permettant de produire plus. Le cluster « industrialisant » présente des signes d’efficacité car la spécialisation et la différenciation des entreprises conduisent à des liens productifs bilatéraux. L’étude se conclue par des implications pratiques pour le gouvernement, les institutions et les associations et leur rôle à jouer dans le processus d’industrialisation et d’innovation.

Mots-clés

  • cluster(s) industriel(s)
  • développement technologique
  • croissance économique
  • approche intégrée
  • politiques gouvernementales
  • PME tunisiennes

English

This paper critiques the theoretical argument that argues that the formation of industrial and sectors clusters allow small and medium enterprises (SMEs) to surmount constraints linked to growth and development. The theoretical argument highlights the benefit of collective efficiency and contextual variables. However, technological capacity acquisition processes by enterprises are hardly discussed. An integration approach posits that development of capacities in SMSs can be encouraged by the formation of clusters. It suggests a way to stimulate technological learning and acquisition of knowledge for Tunisian SMEs. An empirical study of two case studies illustrates this perspective. It examines the growth and development of two geographic clusters of Tunisians SMEs and discusses the role of each cluster. The “founder cluster” supports industrialisation by allowing producers an access to new markets and by offering them chances to increase their production. The “industrialising cluster” presents signs of efficiency because specialisation and differentiation of SMEs lead to bilateral productive links. The study concludes with practical implications for government institutions and associations and their role in the industrialisation process and innovation.

Keywords

  • industrial clusters
  • technological development
  • economic growth
  • integration approach
  • government policy
  • Tunisian SMEs

Plan de l'article

  1. 1 - L’innovation et le concept de réseau : liens et complémentarité
    1. 1.1 - L’innovation par les districts/clusters
    2. 1.2 - Le contexte de la recherche : les PME tunisiennes et l’industrialisation naissante
    3. 1.3 - Problématique de l’innovation dans les clusters tunisiens
    4. 1.4 - L’approche intégrée des PME tunisiennes
    5. 1.5 - Implications politiques de l’approche intégrée
  2. Problématique de la recherche
  3. Hypothèses de recherche
  4. 2 - Méthodologie de la recherche
    1. 2.1 - La méthode : une étude de cas multiple
    2. 2.2 - L’échantillon
    3. 2.2 - La collecte et l’analyse des données
  5. 3 - Principaux résultats et discussion
    1. 3.1 - Les clusters : opportunités et défis
    2. 3.2 - La réalité des clusters tunisiens et de l’industrialisation
      1. 3.2.1 - Les clusters industrialisant
      2. 3.2.2 - Les clusters fondateurs : un travail préparatoire à l’industrialisation
      3. 3.2.3 - Caractéristiques des clusters tunisiens et perspectives de développement
    3. 3.3 - Capacité technologique et perspective de développement
    4. 3.4 - Les nouvelles compréhensions politiques proposées
    5. 3.5 - Une implication pratique et claire
  6. Conclusion

Pour citer cet article

Habhab-Rave Saïda, « Acquisition de capacités technologiques et développement d'innovation : quels enjeux pour les PME tunisiennes ? », Humanisme et Entreprise, 3/2012 (n° 308), p. 49-72.

URL : http://www.cairn.info/revue-humanisme-et-entreprise-2012-3-page-49.htm
DOI : 10.3917/hume.308.0049


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