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Questions posées à la sociabilité des intellectuels - Séminaire de l'École Doctorale coordonné par Jean-Luc Chappey et Stéphane Van Damme

Vous consultezLa science de l’homme du Consulat à l’épreuve de la sociabilité

AuteurJean-Luc Chappey[*] [*] Prépare actuellement une thèse sous le direction de Catherine...
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du même auteur



L’objet de cette communication est de s’interroger sur les rapports, maintes fois affirmés, entre un discours savant et une forme de sociabilité intellectuelle. Plus précisément, il s’agit de savoir si l’utilisation de la notion de sociabilité intellectuelle peut être un outil opératoire pour étudier la construction d’un discours savant, la science de l’homme, et approfondir l’analyse du statut et de la position de cette science au sein de l’organisation du savoir de l’époque consulaire. J’ai choisi d’appuyer ma réflexion sur la présentation d’une pratique particulière, les excursions philosophiques dans les bois et forêts des environs de Paris, organisées entre les mois de mai 1801 et juillet 1802 par Louis-François Jauffret dans le dessein de "donner aux jeunes gens une idée du bonheur qui peut résulter pour l’homme de l’étude de lui-même et de la contemplation de la nature"[1] [1] L. -F.  Jauffret, Promenades à la Campagne, Paris, an XII,...
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. Ces promenades connaissent un succès important parmi le grand public et s’inscrivent parmi les pratiques savantes de l’époque ayant pour objet la science de l’homme :

2

"Le 6 prairial, le citoyen Jauffret… a fait l’ouverture de ses excursions philosophiques par une promenade dans les bois de Saint-Cloud, où il a été suivi par un grand nombre de disciples. Après avoir rendu hommage aux savants qui ont fait servir l’histoire naturelle aux progrès de la morale, il a jeté un coup-d’œil général sur les productions de la nature. Il a fait sentir l’importance des méthodes et s’est livré à des considérations d’un grand intérêt sur les rapports que les divers objets ont avec les sens de l’homme…"[2] [2] A.  Aulard, "Extrait du Journal des Débats", 1 juin 1801,...
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.

3 Dès maintenant, il convient d’insister sur le fait que réduire l’étude de la science de l’homme du Consulat aux formes de la sociabilité intellectuelle dominante et en ramener la construction aux contours d’une institution de savoir[3] [3] Sur les institutions de savoirs et la naissance des disciplines,...
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, tendent à fausser la nature et à brouiller la compréhension d’un objet trop facilement réduit à un cadre purement cognitif. En appréhendant uniquement la science de l’homme sous l’angle de la sociabilité intellectuelle, de nombreux travaux ont en effet plus cherché à mettre en lumière les éléments d’une science positive[4] [4] Ce réductionnisme est particulièrement visible dans G.  Gursdorf,...
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aux dépens du caractère spécifiquement hétérogène d’un discours qu’il s’agit d’interroger sous ses différents aspects. En rappelant brièvement les formes de l’interprétation traditionnelle fondée sur l’analyse des cadres de sociabilité et de leurs rapports avec le discours savant, je montrerai comment les promenades permettent de mettre en lumière un glissement de la science de l’homme vers d’autres formes de sociabilité et d’en révéler ainsi des enjeux trop souvent voilés par l’approche institutionnelle.

4 Lorsque l’on évoque la sociabilité intellectuelle à l’époque consulaire, période qui s’étend de novembre 1799 à mai 1804, on pense immédiatement au modèle de sociabilité constitué autour des cadres institutionnelles de la pratique intellectuelle[5] [5] Pour une mise au point générale, cf. P.  Bret, "L’émergence...
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. Le Consulat hérite des structures mises en places par la Convention thermidorienne, l’Institut National, les institutions pédagogiques et le réseau des sociétés savantes qui se multiplient à partir de 1795. En dépit d’un durcissement des contraintes administratives et politiques, l’instauration du nouveau régime ne brise pas la dynamique générale de ces structures qui connaissent un essor important : en 1801 l’Annuaire de l’Instruction publique signale qu’il existe 17 sociétés savantes à travers Paris[6] [6] Annuaire de l’Instruction Publique, Paris, Imprimerie...
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, nombre qui révèle le réel foisonnement de ces institutions[7] [7] J. -L.  Chappey : "Les Sociétés savantes à l’époque...
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5 À travers ces différentes structures se dessinent les contours d’un modèle de sociabilité intellectuelle dont les éléments constitutifs ont fait l’objet de nombreux travaux[8] [8] J. et N.  Dhombres, Naissance d’un pouvoir : sciences...
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. Sans entrer dans les détails, il convient simplement d’en rappeler quelques traits caractéristiques : réappropriation de l’idéal de sociabilité académique de l’Ancien Régime à travers les notions d’égalitarisme et de neutralité politique ; fidélité à l’héritage encyclopédique des Lumières qui sert de référence à la démarche scientifique et philosophique ; valorisation de critères de scientificité comme l’observation et l’analyse qui délimitent nettement les frontières d’un espace de pratiques et de discours savant au sein duquel émerge une identité intellectuelle[9] [9] S.  Staum, "Analysis of sensations and ideas in the french...
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6 C’est à partir de l’étude des règles normatives constituées par les acteurs de ce modèle de sociabilité intellectuelle, que l’on a cherché à rendre compte de la constitution d’un corpus d’œuvres, d’un système de discours, voire d’une discipline, auxquels l’étiquette de science de l’homme a permis de donner une cohérence générale. Par le biais de cette approche institutionnelle, la science de l’Homme est présentée comme un système de savoir issu de lieux particuliers (comme la Classe des Sciences Morales et Politique de l’Institut national[10] [10] S.  A.  Leterrier, Les Sciences morales et politiques à...
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) et, plus largement, comme la loi d’un groupe désigné sous le terme d’Idéologues, nébuleuse intellectuelle regroupée autour du médecin Cabanis et du philosophe Destutt de Tracy. La nébuleuse des Idéologues semble avoir érigé la science de l’homme en système de savoir global, sorte de courant de pensée dominant, où tendrait à s’agréger l’ensemble des travaux et des pratiques intellectuelles de l’époque.

7 Créée en décembre 1799 et présidée en 1801 par une grande personnalité savante, le botaniste Antoine-Laurent Jussieu, la Société des Observateurs de l’Homme, s’inscrit parfaitement à l’intérieur de ce schéma général. Par sa forme réglementaire, elle s’intègre au modèle de sociabilité intellectuelle de l’époque. Par son programme, l’étude de l’homme dans ses dimensions physiques, intellectuelles et morales, elle fait figure d’avant-garde du mouvement idéologique, position d’avant-garde maintes fois affirmée dans les études qui lui ont été consacrées, et qui a abouti à ériger cette société savante en ancêtre de l’anthropologie française[11] [11] J.  Copans et J.  Jamin, Aux Origines de l’Anthropologie...
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8 Au regard de ce modèle de sociabilité intellectuelle construit autour des assises institutionnelles, les promenades de L.-F. Jauffret font figure de pratiques difficilement classables. D’un côté, les promenades philosophiques renvoient clairement aux travaux et aux activités de la Société des Observateurs de l’homme dont L.-F. Jauffret n’est autre que le secrétaire perpétuel. Le lieu de rendez-vous des promeneurs, l’hôtel de la Rochefoucault, est également le siège de la Société dont de nombreux membres, comme l’abbé Sicard, figurent parmi les animateurs des promenades. En outre, l’objet de ces dernières, l’étude de l’homme considéré dans ses rapports avec son milieu, s’inscrit en continuité avec le programme scientifique de la Société.

9 Mais d’un autre côté, les excursions philosophiques constituent un écart par rapport aux pratiques habituelles des sociétés savantes. Le succès qu’elle rencontre dès leur ouverture en mai 1801 auprès d’un large public, succès qui justifie la mise en place d’un règlement en mai 1802 (voir l’annexe), les rapproche plus du modèle des promenades champêtres et mondaines très en vogue dans la seconde moitié du XVIIIe siècle[12] [12] A.  Montandon, "Le Paysage du Promeneur", Revue Germanique...
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 : les promenades de L.-F. Jauffret deviennent ainsi une étape obligée de l’itinéraire touristique des voyageurs anglais et allemands de passage à Paris à partir de 1801.

10 Ce statut hybride, marqué par l’ambiguïté entre pratique intellectuelle et pratique mondaine, peut s’expliquer si l’on considère les promenades à travers leur fonction pédagogique et instructive. Les promenades peuvent alors être examinées comme mode de diffusion vers un large public de la science de l’homme théorisée à l’intérieur de la Société des Observateurs. On se trouverait donc face à une forme de pratique publicitaire de cette Société qui, contrairement à la majorité des sociétés savantes de l’époque, ne publie ni journaux ni bulletins nécessaires aux rayonnement de ses membres dans l’espace public. Dans un contexte de forte concurrence entre les diverses sociétés, les promenades seraient donc une pratique particulièrement efficace liée à la stratégie de rayonnement des Observateurs de l’homme dans l’espace public. Elles s’intégreraient dans le courant de pensée scientifique et philosophique des Idéologues et, plus largement, s’inscriraient pleinement à l’intérieur du modèle de sociabilité intellectuelle de l’époque.

11 Or, étudier les promenades sous l’angle de ce modèle de sociabilité, c’est réduire leur objet, la science de l’homme, à un discours de vulgarisation. Les excursions deviennent par ce biais un lieu où, par l’intermédiaire des chants, de la poésie, des spectacles donnés par exemple par les sourds-muets de naissance, la science de l’homme est théâtralisée et adaptée aux attentes du grand public. La science de l’homme des promenades n’apparaît ainsi que sous le mode de la médiation entre un espace intellectuel réifié à travers les institutions de savoir et un horizon d’attente caractérisé par la "curiosité" qui suffit trop souvent à rendre compte de la participation aux pratiques intellectuelles d’un public hétérogène.

12 On en arrive au constat suivant : pour étudier la formation de la science de l’homme, il faut s’en tenir à l’étude des formes pures et plus fréquentables de la sociabilité intellectuelle, les sociétés savantes. Alors que faire des promenades et de la science de l’homme qui forme son objet ? On peut les réduire à une pratique mineure, marginale et faire de leur objet un aspect dégradé d’une science de l’homme théorique et plus sérieuse qu’il faut chercher dans l’étude des travaux des Observateurs. Pour les partisans les plus extrémistes de l’approche institutionnelle, en particulier ceux qui recherchent les racines de l’anthropologie française dans les travaux de L.-F. Jauffret et de ses collègues, les promenades, loin d’être marginalisées, sont complètement intégrées au sein des pratiques de la Société des Observateurs et deviennent une des premières formes d’anthropologie de terrain. Selon l’une et l’autre interprétation, ce qui compte toujours, c’est de conserver la pureté d’un cadre cognitif, d’une science de l’homme qu’il ne faudrait jamais voir glisser hors des cadres d’un espace intellectuel constitué à partir de règles et de normes bien définies.

13 Or loin de devoir être traitée comme une forme périphérique ou, à l’inverse, trop centrale, d’un modèle de sociabilité intellectuelle, les promenades mettent en lumière des aspects souvent ignorés de la science de l’homme. Sous le Consulat, ce qu’on appelle science de l’homme désigne un cadre d’idées au contenu complexe dont la cohérence générale ne peut être réduite aux formes scientifiques et philosophiques d’un courant de pensée, l’Idéologie. Trop souvent figé dans un système de représentations dont on ne peut nier l’efficacité heuristique et pédagogique, le modèle canonique de la sociabilité intellectuelle réduit l’analyse d’une science de l’homme dont les contours dépassent largement les cadres institutionnels de la normalisation savante. L’étude des promenades permet justement de révéler ces écarts et déplacements.

14 La science de l’homme des promenades se définit d’abord par une démarche éloignée des pratiques intellectuelles institutionnelles. Suffisamment à l’écart du tumulte des villes et de ses stigmates – l’artificialité du langage et de la culture livresque, la vanité du travail en cabinet –, la contemplation de la Nature devient le fondement d’une connaissance épurée qui doit plus toucher le cœur que la raison. Le promeneur trouve dans la communion avec la nature un moyen de consolation, de repos et de tranquillité susceptible de recomposer une dignité perdue. Le calme des bois, les hauteurs, la "douce fatigue" procurée par la marche, sont autant de supports à la redécouverte d’une harmonie à laquelle l’ordre finalisé de la Nature sert de modèle[13] [13] D.  Mornet, Le Sentiment de la Nature en France de J. -J.  Rousseau...
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. À travers ces différents éléments, la promenade devient le cadre d’un idéal de sociabilité communautaire, dimension fondamentale de cette science de l’homme des promenades.

15 L’esthétisation du paysage constitue une véritable poétique de l’écart à travers laquelle se met en place ce que l’on peut définir comme une naturalisation des relations entre individus. Cette naturalisation restaure les liens détruits par la ville et la civilisation au sein desquelles la Révolution a fait apparaître le barbare. La conversation libre, l’expérience commune de l’effort modéré, l’émerveillement partagé, la commensalité du banquet, forment les contours d’une nouvelle communauté où l’amitié, l’intérêt pour autrui sont érigés en valeurs suprêmes. L’itinéraire suivi par les promeneurs rend visible le parcours vers ce nouvel idéal de perfectionnement : le spectacle du chêne antique devient le prétexte d’un éloge de la piété familiale. La marche à travers les jardins celui d’une exaltation de la terre et du travail ; enfin la visite à l’institution charitable destinée aux mères de famille, dirigée par Madame Campan, est pour L.-F. Jauffret l’occasion de sublimer les sentiments philanthropiques.

16 On est là bien loin des discours tenus au sein des sociétés savantes et de la science de l’homme des "Idéologues" dans laquelle certains cherchent à voir les origines de l’anthropologie française. À travers le parcours des promenades se constitue progressivement une identité collective où la science de l’homme devient le support d’un système de valeurs morales et culturelles où il importe moins de connaître l’homme que de lui redonner sa suprématie au sein de l’ordre providentiel et sa place dans l’ordre social. Les promenades définissent une manière d’être en société, une sorte d’habitus auquel cette science de l’homme fournit les supports.

17 Ainsi, les promenades révèlent une dimension essentielle de la science de l’homme qui participe pleinement à la construction d’un modèle culturel autour duquel vont se rassembler les élites sociales du Consulat. Plus précisément, les promenades font apparaître les contours d’un système de représentations fondé sur la connaissance de l’homme et la mise en place d’un nouveau modèle de sociabilité qui devient progressivement la marque d’une posture sociale, celle des nouvelles élites intellectuelles, financières ou administratives du Consulat. À la suite du Législateur sous la Constituante, du Soldat sous la Convention et du Savant sous le Directoire, le Consulat valorise une figure nouvelle de l’élite sociale, le Philanthrope, figure qui se constitue largement à travers le cadre général de la science de l’homme. Il ne s’agit pas ici des seuls membres de la Société Philanthropique créée en 1802[14] [14] C.  Duprat, Le Temps des Philanthropes, Paris, 1993. ...
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, mais d’un modèle identitaire qui se diffuse largement parmi les élites sociales et qui rend compte de la création des nouvelles sociétés comme la Société d’Encouragement pour l’Industrie nationale et la Société d’Agriculture, où se regroupent à partir de 1801 les membres de cette élite.

18 En déplaçant ainsi le regard vers cette nouvelle dimension de la science de l’homme, il est possible d’ouvrir un espace plus large d’interrogations et de réflexions. Loin de devoir être réduit à un savoir déjà positif, la science de l’homme doit aussi être appréhendée comme une forme essentielle de l’acculturation politique sous le Consulat. Seul ce glissement hors des cadres du modèle de sociabilité intellectuelle permet d’expliquer les raisons pour lesquelles la science de l’homme devient entre 1799 et 1804 une sorte de passage obligé où viennent se cristalliser en un ensemble disparate, des acteurs dominants comme A.-L. Jussieu ou plus marginaux comme L.-F. Jauffret, des publications aussi diverses que des traités médicaux ou des ouvrages de morale, et des pratiques comme les voyages ou les promenades. Si cette science de l’homme a servi de vivier théorique au travail des anthropologues postérieurs, elle a fourni également les supports d’une idéologie sociale et politique qui, du médecin hygiéniste au patron paternaliste, s’est incarnée dans divers types sociaux au cours du XIXe siècle.

19 En résumé, j’ai montré qu’en réduisant la science de l’homme au modèle de sociabilité intellectuelle dominant à l’époque consulaire, on aboutit à une vision partielle et une interprétation tronquée de ce discours. Considéré uniquement sous l’angle du modèle dominant de la sociabilité intellectuelle sous le Consulat, la science de l’homme devrait en effet être ramenée aux règles normatives d’un courant de pensée qui nous renvoie paradoxalement à une forme de substantialisme. Il convient donc de mettre l’accent sur l’un des dangers de l’approche en terme de sociabilité intellectuelle qui à tendance à réifier des groupes et des discours. Une réification que l’analyse effectuée sur les promenades tend à mettre en cause en montrant, entre autres, l’articulation entre des théories, des réseaux interindividuels et des positions sociales souvent laissés de côté ou considérés comme concurrents. Loin de s’en tenir à une approche institutionnelle, il s’agit donc d’ancrer l’étude en terme de sociabilité intellectuelle à l’intérieur d’une analyse plus large des processus sociaux, culturels et politiques, seule susceptible de fournir les outils nécessaires à la compréhension de la formation et du statut de la science de l’homme sous le Consulat.

Annexe

Annexe

Itinéraire de la Promenade au Trianon de L.-F. Jauffret (25 floréal an X)

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  • Départ de Paris à six heures précises du matin
  • Déjeuner à Trianon
  • Réception dans les jardins du Trianon, par le professeur de Botanique de l’École centrale de Versailles
  • Premier discours du Citoyen Jauffret
  • Promenade dans le parc de Versailles
  • Réception dans le bosquet d’Apollon, par les élèves du Professeur de Belles-Lettres de l’École centrale
  • Second discours du Citoyen Jauffret
  • Suite de la promenade dans le parc. Arrivée au château de Versailles
  • Séance dans le salon d’Hercule
  • Troisième discours du Citoyen Jauffret
  • Éloge de l’Abbé de l’Epée, né à Versailles, prononcé par le Citoyen Sicard
  • Exercices des sourds-muets, par Massieu et quelques autres élèves de l’instituteur des sourds-muets de naissance
  • Visite du Muséum de Versailles
  • Arrivée au Jardin botanique
  • Dîner dans la salle de la Société d’agriculture de Seine-et-Oise, construite au milieu du Jardin
  • Lecture de différentes pièces de poésie, pendant le dîner
  • Exécution de quelques morceaux d’Harmonie
  • Dernier discours du Citoyen Jauffret
  • Départ de Versailles à sept heures du soir

Des promenades réglementées

21 "Pour être admis à une promenade, il faut être inscrit au moins trois jours d’avance. Sans cette inscription préalable, la personne chargée d’aller deux jours d’avance sur les lieux, faire préparer les banquets champêtres, ne pourrait connaître le nombre des convives.

22 Les personnes inscrites sont prévenues, par une circulaire, du jour de chaque promenade et de l’heure fixée pour le départ. On distribue des cartes d’admission.

23 On se rend, au jour et à l’heure fixés, rue de Seine, hôtel de la Rochefoucault, dans une des salles du citoyen Jauffret. On trouve dans la cour les voitures prêtes à partir.

24 Les personnes qui désirent se servir de leurs propres voitures, doivent en prévenir d’avance, et se trouver, à l’heure fixée, dans la cour de l’hôtel de la Rochefoucault, qui est le rendez-vous général.

25 L’heure du départ est fixée, astronomiquement parlant, c’est-à-dire qu’une fois l’heure sonnée, les voitures défilent ; sauf aux personnes qui arrivent plus tard, ont à se rendre à leurs frais au lieu de la Promenade.

26 Le nombre de voitures est réglé sur le nombre des personnes inscrites ; et dans la vue d’éviter toute confusion, on distribue des numéros pour que chacun reconnaisse sans peine sa voiture."

 

Notes

[ *] Prépare actuellement une thèse sous le direction de Catherine Duprat (I.H.R.F.), Genèse, personnel et travaux d’une société savante à l’époque consulaire : La Société des Observateurs de l’homme (1799-1804).Retour

[ 1] L.-F. Jauffret, Promenades à la Campagne, Paris, an XII, p. 1.Retour

[ 2] A. Aulard, "Extrait du Journal des Débats", 1 juin 1801, Paris sous le Consulat, Paris, 1904, t. II, p. 330.Retour

[ 3] Sur les institutions de savoirs et la naissance des disciplines, M. de Certeau : "L’Opération historique", in Faire de l’Histoire, J. Le Goff et P. Nora dir., Paris, 1986, t. I, p. 19-68.Retour

[ 4] Ce réductionnisme est particulièrement visible dans G. Gursdorf, La Conscience révolutionnaire. Les Idéologues, Paris, 1978 et S. Moravia, La Scienza dell’uomo nel settecento, Bari, 1970.Retour

[ 5] Pour une mise au point générale, cf. P. Bret, "L’émergence d’une histoire des sciences du moment révolutionnaire", in Recherches sur la Révolution française, M. Vovelle dir., Paris, 1991.Retour

[ 6] Annuaire de l’Instruction Publique, Paris, Imprimerie Nationale, an IX.Retour

[ 7] J.-L. Chappey : "Les Sociétés savantes à l’époque consulaire", Annales historiques de la Révolution française, n° 3 (1997), p. 451-472.Retour

[ 8] J. et N. Dhombres, Naissance d’un pouvoir : sciences et savants en France, 1793-1825, Paris, 1988. J.-P. Chaline, Sociabilité et Érudition. Les Sociétés savantes en France, Paris, 1995.Retour

[ 9] S. Staum, "Analysis of sensations and ideas in the french national Institute", Canadian Journal of History, XXVI (1991), p. 393-413.Retour

[ 10] S. A. Leterrier, Les Sciences morales et politiques à l’Institut de France, Thèse Paris I, 1992.Retour

[ 11] J. Copans et J. Jamin, Aux Origines de l’Anthropologie française, Paris, 1978.Retour

[ 12] A. Montandon, "Le Paysage du Promeneur", Revue Germanique internationale (février 1997), p. 193-203.Retour

[ 13] D. Mornet, Le Sentiment de la Nature en France de J.-J. Rousseau à Bernardin de Saint-Pierre, Paris-Genève, 1960.Retour

[ 14] C. Duprat, Le Temps des Philanthropes, Paris, 1993.Retour


POUR CITER CET ARTICLE

Jean-Luc Chappey « La science de l'homme du Consulat à l'épreuve de la sociabilité », Hypothèses 1/1997 (), p. 157-164.
URL :
www.cairn.info/revue-hypotheses-1997-1-page-157.htm.