Hypothèses 1999/1
Hypothèses
1999/1 ()
192 pages
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I.S.B.N. 2859443916
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L'acculturation - Séminaire de l'École doctorale coordonné par Cécilia Courbot

Vous consultezDe la ferme indigène à la villa gallo-romaine

Facteurs d’évolution et acculturation des établissements ruraux du Nord-Ouest de la Gaule

AuteurCécilia Courbot[*] [*] Prépare une thèse de doctorat sous la direction de Michel...
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du même auteur



Cet article a essentiellement pour dessein de reconstituer une démarche, car, plus qu’un domaine d’étude, le concept d’acculturation est apparu comme un point de vue à adopter dans la lecture des données dont on dispose pour élaborer un aspect du discours historique. Il soulève, en effet, tout un ensemble d’interrogations et amène à redéfinir clairement les objets historiques sur lesquels porte l’étude.

L’acculturation : de l’anthropologie à l’histoire antique, une grille d’analyse adaptée ?

2 En histoire, et peut-être plus encore dans le domaine de l’archéologie, un travail de modélisation est nécessaire pour structurer les données, pour reconstituer certains sous-systèmes. Pour cela, les études ont besoin de se reposer sur des modèles d’analyse élaborés dans d’autres domaines des sciences humaines – sociologie, ethnologie, économie... – étant, par essence, dans l’incapacité de vérifier la validité de leurs théories par l’expérience. Il s’agit ici d’essayer d’appliquer les grilles d’analyse[1] [1] S. Abou, L’identité culturelle, relations interethniques...
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proposées par l’anthropologie pour le concept d’acculturation, dans une situation antique de type « coloniale », la conquête de la Gaule du Nord-Ouest et son intégration subséquente dans l’Empire romain.

Définition des objets étudiés sous l’angle de l’acculturation

3 Afin de considérer l’intégration de la Gaule à l’Empire romain sous l’angle de l’acculturation, il était nécessaire de redéfinir certaines notions, de manière à disposer d’une base de réflexion claire.

La transition du gaulois au gallo-romain

4 La période étudiée est celle d’une transition entre une culture gauloise, parfois qualifiée d’indigène, et une culture dite gallo-romaine. Elle apparaît, ainsi, particulièrement appropriée pour une étude des phénomènes d’acculturation. Aborder ces processus dans le contexte de l’Empire romain rend nécessaire de poser le problème de la notion, contestée, de « romanisation ». Ce terme est au cœur d’un débat historiographique récent, étant souvent employé dans son acception de résultat et non comme un processus d’acculturation, pouvant prendre des formes multiples[2] [2] Rome et l’intégration de l’Empire, Approches régionales...
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. D’autres éléments du vocabulaire associés à l’étude de cette période porte l’empreinte du concept d’acculturation : ferme dite « indigène », villa... L’adjectif même de gallo-romain tend à inférer un processus d’acculturation qui aurait aboutit à une civilisation de synthèse.

Une approche des cultures en présence

5 En histoire, comme en archéologie, se pose de façon aiguë le problème de la définition des cultures en présence. La culture gauloise est ainsi essentiellement perçue au travers du regard des auteurs grecs et latins, contemporains ou non des événements qu’ils décrivent. La Gaule est alors présentée comme un ensemble culturellement homogène, alors que le morcellement des territoires laisse supposer qu’il a pu exister des différences notables d’un groupe à l’autre. L’image de la culture gauloise ainsi obtenue fait penser au concept de culture noir-africaine globale élaboré par Meyers Herskovits[3] [3] M. Herskovits, L’héritage du noir, Mythe et réalité,...
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. Aussi, paraît-il difficile de définir la (les) culture(s) gauloise(s) avant leurs premiers contacts avec les mondes grec et romain. Seules les données archéologiques semblent pouvoir donner un accès à ces cultures mais, même en faisant abstraction des problèmes propres à leurs interprétations, elles renseignent essentiellement sur la vie quotidienne ou la culture matérielle. Quant aux pratiques culturelles, elles demeurent le plus souvent hors d’atteinte.

6 Dans le contexte mieux documenté de l’Empire romain, la question de la définition de la culture se pose en termes différents. Il s’agirait ici de définir une sorte de romanitas idéale, qui constituerait un modèle à l’aune duquel juger les transformations des sociétés récipiendaires, celles des futures provinces de l’Empire. Cependant, la culture romaine, au moment où elle rencontre celles des Gaules, est celle d’une société pluraliste et elle résulte déjà de la synthèse de cultures différentes. Ainsi, la notion de romanité n’exclut pas les différences, notamment entre provinces impériales. À défaut, il faudrait tenter de déterminer un modèle, un esprit de « romanité » plus ou moins volontairement véhiculé par l’Empire romain : le phénomène urbain, les carrières dans l’Empire, la langue latine, la pratique épigraphique, l’évergétisme et les monuments urbains sont autant d’éléments considérés comme d’origine romaine. Cependant, il faut bien garder à l’esprit que les caractères considérés comme romains sont éminemment variables dans l’espace – ils seront très différents selon que l’on considère le monde hellénistique ou celui des Gaules – comme dans le temps. Chaque problématique historique a ainsi tendance à engendrer de nouvelles définitions de cette romanitas, selon l’objet et l’angle d’étude choisis.

Caractériser un processus d’acculturation

7 En définitive, il s’agit de s’interroger sur la manière de caractériser le type de processus d’acculturation qui a pu intervenir lors de l’intégration des Gaules à l’Empire romain. Aussi faudrait-il pouvoir déterminer certaines des modalités de cette évolution vers une société provinciale romaine. Il importe, par exemple, de tenter de se figurer la manière dont l’administration romaine, ainsi que les pouvoirs politiques de l’époque, ont envisagé ce processus de changements. La notion d’impérialisme, employée dans le contexte de l’Antiquité, peut être trompeuse car elle fait référence à un modèle issu du colonialisme européen récent. L’intégration des provinces conquises à l’Empire ne procède pas de la même optique, car il ne semble pas avoir, de la part de la société romaine, une volonté d’imposer un schéma culturel (acculturation forcée[4] [4] S. Abou, op. cit. , p.  27-82. ...
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). En fait, il apparaît plutôt que les processus d’acculturation se seraient produits à l’échelon local, voire individuel. Après la conquête, l’administration romaine proposait un modèle culturel permettant d’exprimer et de confirmer la hiérarchie sociale préexistante (acculturation obligée). Dans les provinces, elle incitait ainsi par l’émulation à adopter un mode de vie « à la romaine » en leur faisant intégrer des valeurs telles que la pratique évergétique. Un tel processus d’acculturation, se déroulant à un rythme choisi par la population autochtone, se produit de façon différente selon les contextes, les valeurs intériorisées pouvant être très diverses d’un endroit à l’autre.

Acculturation : un problème de points de vue

8 L’acculturation, en tant que processus, pose le problème de la situation que choisit l’observateur pour l’étudier. L’analyse de phénomènes historiques permet de considérer une évolution achevée, à l’inverse de l’anthropologie qui considère des événements en cours. Il est ainsi possible de cerner d’une manière différente les processus d’acculturation, mais la qualité des données disponibles, comme leur partialité, induisent d’autres interrogations.

Le choix d’une période d’étude

9 Les processus d’acculturation sont des phénomènes qui se déroulent dans le temps long, les changements culturels étant rarement abrupts et leur stabilisation ne s’effectuant que sur plusieurs générations. Il s’agit donc, dans un premier temps, de définir la période durant laquelle va se dérouler l’acculturation étudiée : la période romaine, pour la Gaule, peut s’étendre de l’âge du Fer au début du haut Moyen Âge. Ainsi, de la « romanisation » à la « dé-romanisation », il s’agit de distinguer une période strictement antérieure aux processus d’acculturation, ainsi qu’une période postérieure à ceux-ci, afin de pouvoir étudier l’impact des phénomènes d’acculturation.

10 Aussi se pose le problème du choix d’un point de départ, tant pour définir les cultures en présence que pour analyser les processus d’acculturation. En effet, de nombreux contacts ont eu lieu bien avant la conquête militaire entre les deux ensembles culturels gaulois et romain. La mise en place d’échanges commerciaux a ainsi créé très tôt les conditions de relations, tant directes qu’indirectes, notamment après l’installation romaine en Gaule narbonnaise. Comment définir le point de départ du processus : les phénomènes d’acculturation ont-ils débuté dès les premiers contacts interculturels ? Lors de la mise en place de réseaux d’échanges commerciaux ? Au moment de l’installation romaine et italienne dans le sud de la Gaule ? À l’occasion de la conquête césarienne ou seulement à partir de l’intégration de la Gaule à l’Empire sous forme de province ?

11 La même difficulté survient lorsque l’on tente de définir le résultat de l’acculturation étudiée. À quel moment peut-on considérer que le processus est achevé ? À partir de quand peut-on parler de culture gallo-romaine ? La « dé-romanisation », qui intervient à la fin de l’Antiquité, appartient encore au processus d’acculturation. Elle n’est, en définitive, qu’une des phases du processus.

12 L’acculturation apparaît donc comme un processus long, dont le début et la fin restent difficiles à cerner. L’étude présentée s’inscrit dans une durée « courte », un peu moins de trois siècles. Aussi, doit-on s’interroger sur la pertinence de l’analyse des phénomènes d’acculturation en cours à un moment donné du processus. Pour cela, il est d’abord nécessaire de pouvoir distinguer les différents processus d’évolution en présence. Une évolution « naturelle », interne, indépendante des interactions culturelles, a coexisté avec les processus d’acculturation en Gaule. En outre, il s’agit d’isoler une phase du processus auquel on va pouvoir appliquer la grille d’analyse. L’acculturation en Gaule est passée par différentes étapes : acculturation par contact avec les négociants romains et italiens, acculturation obligée à partir de la conquête césarienne…

13 L’analyse menée ici va s’intéresser à la Gaule du Nord-Ouest du Ier siècle avant J.-C. au IIe siècle de notre ère, c’est à dire de la période immédiatement antérieure à la conquête césarienne jusqu’à l’intégration à l’Empire. Cette phase a été choisie parce qu’elle présente une forte densité de phénomènes propices à l’analyse, avec des changements plus marqués, plus visibles. La conquête romaine apparaît comme un tournant important dans le processus d’acculturation : les évolutions, déjà discernables aux périodes précédentes, étant accélérées par l’intégration de la Gaule du Nord-Ouest à l’Empire romain.

Domaine d’analyse

14 S’il est nécessaire de déterminer et de choisir la période de temps étudiée sous l’angle de l’acculturation, il importe aussi de définir précisément le domaine d’application de la démarche. En réalité, l’ensemble d’une société passée ne peut que difficilement être uniformément étudié, car toutes ses caractéristiques ne sont pas exprimées, tant historiquement qu’archéologiquement, de la même manière. Certaines populations sont ainsi plus apparentes que d’autres dans les enregistrements archéologiques, comme les populations urbaines, certaines élites locales ou la population méridionale.

15 Il s’agit donc d’isoler un groupe, avec une forte cohérence interne, qui permette l’obtention d’un ensemble de données relativement homogènes pour analyser un des processus d’acculturation qui transforment la société. Cette étude, portant sur le monde rural, est fondée sur l’analyse des transformations des établissements ruraux, à partir de données issues de fouilles archéologiques de sauvetage. Du point de départ, l’établissement rural, au point d’arrivée choisi, la villa, ce n’est pas tout à fait la même population qui est perçue. La disparition des petites fermes des données archéologiques, lorsque la villa devient le système d’exploitation agricole dominant, est donc un élément d’analyse important dans la construction du discours historique.

Phénomènes d’évolution et d’acculturation dans le domaine rural

Les caractères étudiés

16 Comment étudier le domaine rural alors que le modèle de la « romanité » est surtout fondé sur des caractéristiques liées au domaine urbain ? Traditionnellement, l’acculturation du monde rural était représentée par le passage de la construction en terre et bois à la construction en dur ou, plus globalement, du passage de la ferme dite « indigène » à la villa, sans qu’il y ait un réel accord sur la définition de l’un ou l’autre terme. Dans le domaine du paysage agraire par ailleurs, une difficulté importante surgit lorsque l’on tente de définir des formes parcellaires spécifiquement romaines. L’historiographie de la problématique de la centuriation[5] [5] Il s’agit d’une forme de cadastration romaine reposant...
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, que ce soit en Gaule narbonnaise ou dans d’autres provinces romaines, montre l’ampleur de l’obstacle.

17 Ici, le choix a été fait de s’intéresser à d’autres caractéristiques, à partir des documents fournis par une base de données de plus d’une centaine de sites : les transformations des limites parcellaires, l’organisation des fermes et des pratiques agricoles et l’évolution interne de chaque site. Les modèles d’évolution présentés sont extrêmement simplifiés, alors que les évolutions réelles n’apparaissent pas linéaires notamment avec la coexistence de différents types de sites, tant entre les régions qu’au sein d’une même région. Il ne s’agit que d’un fil directeur pour illustrer l’analyse présentée.

Une évolution dans le temps long : les transformations du parcellaire

18 La caractéristique la plus évidente du paysage agraire est une tendance à la structuration de plus en plus forte de l’espace. De manière très schématique, il y a passage d’un système de type « ranch », avec plusieurs enclos de fonctions différentes répartis sur un territoire, à une première organisation parcellaire structurant une partie de l’espace environnant la ferme.

Évolution schématique de l’organisation parcellaire

19 Cette évolution appartient à un mouvement plus général qui a commencé avec la mise en place des premiers habitats enclos durant le premier millénaire avant notre ère. L’intensification progressive de l’agriculture a probablement entraîné une augmentation de l’importance de la propriété foncière qui s’exprime progressivement dans le paysage[6] [6] R. Thomas, « When Land first became private property »,...
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.

20 La progression de la délimitation du territoire, avec des limites physiques de plus en plus marquées dans le paysage, paraît s’accélérer au tournant de l’ère. Cependant, sans pouvoir y voir une conséquence directe de la conquête romaine, certains facteurs favorisants ont pu intervenir. Les changements démographiques, économiques, sociaux qui interviennent à la même période ont, probablement, interagi avec ces modifications paysagères. L’intégration de la Gaule à l’Empire a entraîné de nouveaux changements avec des mouvements de propriétés ainsi que l’installation ou le renforcement des réseaux de voirie qui ont abouti à des réorganisations, au moins ponctuellement, du parcellaire. Même ces derniers changements ne sont pas l’expression d’une volonté impériale d’acculturation mais apparaissent comme des transformations induites par les changements d’ordre administratif et économique.

L’organisation des établissements ruraux

21 Longtemps, on a considéré qu’il existait une opposition structurelle entre établissements ruraux gaulois et villa gallo-romaine, cette dernière étant considérée comme une importation d’un modèle romain ou italien. Un certain retour en arrière se fait jour, parfois de manière caricaturale[7] [7] G. Woolf, Becoming Roman, the origins of provincial civilizalion...
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. On parle alors de « proto-villa », de préfiguration, d’évolution interne des fermes gauloises. Tout le problème est de savoir comment sont définis les termes d’établissement rural et de villa.

22 La structuration tripartite de ces exploitations en habitat, cour, champs à la fin de La Tène finale est, certes, proche de l’organisation en pars urbana/pars rustica des traités d’agriculture romains.

Évolution schématique de l’organisation des exploitations agricoles gauloises et gallo-romaines

23 Peut-être faut-il poser le problème en termes de pratiques agricoles. Différents facteurs – sociaux, culturels – sont évidemment en jeu dans l’organisation d’une ferme. Cependant, l’organisation du travail, et plus particulièrement les rapports entre élevage et céréaliculture, s’expriment aussi dans le paysage avec l’opposition openfield/bocage ainsi que dans des structures moins pérennes et plus difficiles à identifier comme les stockages ou les étables. L’évolution de l’affectation des espaces préexistants à la conquête et à l’administration romaine devrait permettre de mieux comprendre l’évolution des exploitations agricoles.

24 Quelle que soit la manière dont on l’envisage, le passage à une organisation en villa demeure une rupture. Il importe de ne pas sous-estimer l’importance du changement. Ainsi, en Bretagne, on connaît moins d’une dizaine de villae, dont deux de taille importante, pour des centaines de petites fermes reconnues. Et si les villae sont souvent construites sur le site de fermes, de nombreux établissements ruraux n’ont pas donné lieu à l’implantation d’une villa à l’époque gallo-romaine. Un changement social a dû accompagner cette mutation foncière : comment ces anciens exploitants, et leurs descendants, se sont-ils intégrés à cette nouvelle organisation agricole ?

Évolution des sites : le problème de la propriété

25 La caractéristique la plus marquante, et la plus systématiquement observée, de l’évolution des sites d’établissement ruraux est le déplacement de la zone d’habitat au tournant de l’ère.

Évolution schématique des sites d’établissements ruraux

26 La structuration de ces exploitations agricoles demeure similaire, mais on note des modifications dans l’organisation de la production. De manière concomitante avec le déplacement du cœur de l’établissement rural, un certain resserrement des activités autour de l’habitat est discernable, peut-être à mettre en relation avec une intensification de l’utilisation des terres. À titre d’exemple, dans le nord, des études palynologiques suggèrent un environnement proche de l’habitat plus soigné à partir de l’époque gallo-romaine[8] [8] A. Defgnée, A. V. Munaut, « Élution de l’environnement...
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.

27 À la fin du Ier siècle, début du IIe siècle de notre ère, le système gaulois est progressivement abandonné avec l’apparition de villae et de parcellaires discordants. Le passage à un système agraire fondé sur la villa, semble alors s’effectuer non pas au moment de la conquête césarienne mais lors de l’intégration de la Gaule à l’Empire romain. Les villae construites durant la période précédente se sont, pour la plupart, intégrées au tissu rural préexistant.

28 C’est dans ce cadre que l’influence de l’Empire romain dans le processus d’acculturation apparaît la plus prégnante, avec d’importantes modifications de l’organisation rurale. Au travers d’une certaine réorganisation de la province (réseau routier, parcellaire, pôles urbains), et sans que l’on puisse y voir une volonté d’imposer un modèle, le processus d’acculturation en milieu rural s’est accéléré sous la houlette romaine. Il est possible, cependant, que l’Empire romain ait favorisé une agriculture plus intensive dans un environnement mieux rationalisé.

29 En définitive, l’évolution de la ferme gauloise à la villa gallo-romaine apparaît comme un ensemble de processus où interviennent de nombreux facteurs, tant dans les transformations des pratiques agricoles que dans leur inscription dans le paysage. L’intérêt est donc d’arriver à pondérer les différents facteurs pour définir un processus d’acculturation particulier. Se poser le problème de l’acculturation permet de redéfinir ces évolutions, de les caractériser, de se poser le problème des biais auxquels on est confronté.

30 Pour reprendre les mots de Christian Goudineau, à l’occasion d’un séminaire portant sur la question de la romanisation, « le concept de romanisation a un intérêt d’ordre heuristique, il invite à cerner des problèmes de rythmes, de diffusions de caractéristiques que nous assimilons à la romanité, mais il ne faut pas oublier que notre système d’évaluation est éminemment variable selon les époques »[9] [9] Intervention orale de Ch. Goudineau à un séminaire sur...
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. Je crois que le terme d’acculturation, moins restrictif, possède la même vertu, si l’on veut bien garder à l’esprit qu’il est essentiellement un mode de questionnement intéressant et que les résultats peuvent être très variables selon les populations, les domaines et les caractères ainsi étudiés.

 

Notes

[ *] Prépare une thèse de doctorat sous la direction de Michel Christol (Université de Paris I) et d’Alain Ferdière, L’évolution des établissements ruraux de la fin de la Tène finale à la mise en place des villae dans le quart nord-ouest de la France (Ier siècle avant J.-C. - IIe siècle après J.-C.).Retour

[ 1] S. Abou, L’identité culturelle, relations interethniques et problèmes d’acculturation, Paris, 1981.Retour

[ 2] Rome et l’intégration de l’Empire, Approches régionales du Haut-Empire romain, Cl. Lepellay dir., Paris, 1998, t. 2, p. 529-534.Retour

[ 3] M. Herskovits, L’héritage du noir, Mythe et réalité, Paris, 1962.Retour

[ 4] S. Abou, op. cit., p. 27-82.Retour

[ 5] Il s’agit d’une forme de cadastration romaine reposant sur un quadrillage systématique du terrain formant des parcelles carrées d’une centurie (mesure de surface romaine).Retour

[ 6] R. Thomas, « When Land first became private property », British Archaeology, 34 (1998), p. 8-9.Retour

[ 7] G. Woolf, Becoming Roman, the origins of provincial civilizalion in Gaul, Cambridge, 1998. p. 148-157.Retour

[ 8] A. Defgnée, A.V. Munaut, « Élution de l’environnement végétal du Nord de la Gaule de La Tène à l’époque gallo-romaine » dans De la ferme indigène à la villa romaine, la romanisation des campagnes de la Gaule, D. Bayard, J. L. Collart dir., Amiens, 1996, p. 325-332.Retour

[ 9] Intervention orale de Ch. Goudineau à un séminaire sur la romanisation, qu’il a organisé à Tours, en 1998.Retour

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POUR CITER CET ARTICLE

Cécilia Courbot « De la ferme indigène à la villa gallo-romaine », Hypothèses 1/1999 (), p. 141-149.
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