Hypothèses 1999/1
Hypothèses
1999/1 ()
192 pages
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I.S.B.N. 2859443916
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L'acculturation - Séminaire de l'École doctorale coordonné par Cécilia Courbot

Vous consultezLes structures politiques et administratives du duché de Lorraine sous Charles II (1390-1431)

Un exemple de résistance à l’acculturation ?

AuteurChristophe Rivière[*] [*] Prépare une thèse de doctorat sous la direction de Michel...
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du même auteur



L’espace lorrain de la fin du Moyen Âge offre un exemple particulièrement intéressant pour l’étude des phénomènes d’acculturation. Intégré politiquement dans l’empire, il est soumis depuis le XIIe siècle à une influence française de plus en plus forte, qui se traduit notamment dans le choix des alliances matrimoniales, la diplomatie des principaux seigneurs, et leur participation aux manifestations « culturelles » du royaume, comme les tournois[1] [1] M. Parisse, La noblesse lorraine :...
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. La Lorraine est-elle pour autant complètement acculturée ? Non, car les mentalités politiques et les structures administratives de cette région témoignent d’un particularisme que déplorent bien des historiens, depuis le Héraut Berry jusqu’à Pierre Marot : « il ne faut pas se le dissimuler au risque de diminuer la valeur morale de nos aïeux [...]. Peu leur importait la cause qu’ils soutenaient, ils se mettaient du côté des plus offrants. Ils ne connaissaient que l’égoïsme d’une belle conduite, recherchaient plutôt ou la gloire [...] chevaleresque [...] ou le profit immédiat qui pouvait satisfaire leur humaine cupidité »[2] [2] P. Marot, « Les seigneurs lorrains à l’ost de 1383 »,...
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. Ce comportement est jugé à l’aune de la situation du royaume de France à la même époque : l’État y est en pleine affirmation, et la noblesse ne conçoit plus vraiment son rôle en dehors du service du prince. La Lorraine en revanche présente un territoire complètement morcelé entre de nombreuses forces politiques : trois duchés (Lorraine, Bar, et Luxembourg), quatre évêchés (Trêves, Metz, Toul et Verdun), dont le temporel, très important, ne recouvre pas celui des cités, une dizaine de comtés (Salm, Sarrewerden, Sarrebrück, Deux-Ponts, etc.), ainsi que plusieurs seigneuries autonomes, sinon indépendantes[3] [3] La cartographie politique de la Lorraine à la fin du Moyen...
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. Les structures administratives témoignent souvent d’un retard important par rapport au royaume de France, et la noblesse constitue une classe politique autonome, la Ritterschaft – ou chevalerie – des pays germaniques, disposant du droit à la Fehde, la guerre privée, susceptible de gêner considérablement l’action des ducs.

2 À l’intérieur de cet espace lorrain, c’est le duché de Lorraine qui retiendra le plus notre attention : s’il subit, de la part du royaume de France, la même influence diplomatique et matrimoniale que le duché de Bar, celle-ci n’implique aucune acculturation concernant la centralisation administrative ou la mise au pas de la chevalerie, à la différence de ce dernier qui se dote d’institutions modernes et efficaces, comme une chambre des comptes. C’est donc à un phénomène de résistance à l’acculturation que l’on assiste en Lorraine ducale, à une époque charnière pour le duché, celle du règne de Charles II, de 1390 à 1431. Nous montrerons d’abord l’ampleur du « retard lorrain » dans la mise en place de ce qu’il est convenu d’appeler « l’État moderne ». Puis nous examinerons les causes de cette résistance, avant d’envisager la réponse que fournissent les Lorrains au « modèle » proposé d’une façon de plus en plus pressante par le royaume de France à partir de 1420.

Le « retard lorrain » ou la résistance à l’acculturation (1390-1420)

3 Le duché de Lorraine accuse un retard très important dans la mise en place de structures administratives modernes, que ce soit par rapport au royaume de France ou au duché de Bar, et ce depuis très longtemps, puisque la mise en place des prévôtés et bailliages, par exemple, ne se réalise que dans la seconde moitié du XIIIe siècle[4] [4] J. -L. Fray, Nancy-le-Duc, essor d’une résidence princière...
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. Par la suite, malgré un certain progrès du pouvoir ducal, le retard ne se comble pas, et il apparaît, de façon très claire, dans les sources concernant le règne de Charles II. Le fonctionnement du gouvernement ducal, à cette époque, est en effet singulièrement difficile à saisir. Comme tous les princes de son temps, le duc possède un hôtel, mais nous n’en percevons les différentes fonctions et les principaux titulaires que de façon partielle et hasardeuse, au détour des documents : aucune vision d’ensemble de son personnel n’est possible avant les ordonnances de René II en 1485[5] [5] R. Parisot, Histoire de Lorraine, t.  1, Paris, Picard,...
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 ! De la même façon, le conseil ducal peut apparaître comme une survivance, en plein XVe siècle, des anciennes curiae féodales : on n’y trouve en effet que des chevaliers et des écuyers, alors que quelques bourgeois y siégeaient régulièrement sous les prédécesseurs de Charles II. Bien plus, celui-ci conçoit même la présence de la chevalerie lorraine au conseil comme un devoir lié à la vassalité. Il se plaisait, « respectant les usages anciens, à solliciter des membres de sa chevalerie, sur leur foi, serment et féableté qu’eux et chacun d’eux ont à nous, leur conseil, avis et délibération »[6] [6] J. -L. Fray, op. cit. , p.  122-124, citant une déclaration...
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. Charles II est donc, comme sa noblesse, totalement imprégné de la mentalité chevaleresque, à l’image de son grand-père : Raoul, en effet, lorsqu’il fonde en 1339 à Nancy une collégiale destinée à servir de nécropole familiale, ne demande-t-il pas expressément aux chanoines de prier pour l’âme de Garin le Lorrain, héros de chansons de geste…[7] [7] Ibid. , p.  104. ...
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 ? Enfin, la première mention que l’on ait retrouvée d’un chancelier dans les archives du duché date de 1445 seulement : auparavant, il ne semble pas y avoir de hiérarchie établie au sein du groupe des secrétaires ducaux[8] [8] Ibid. , p.  244. Encore l’auteur avance-t-il la date...
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. Cette faiblesse administrative se concrétise dans le visage de la capitale, Nancy, qui, bien que résidence principale de Charles II, ne compte pas plus de 1 500 habitants à la fin de son règne[9] [9] J. -L. Fray, op. cit. , p.  219. ...
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.

4 Mais c’est en matière d’administration financière que « l’archaïsme » du duché de Lorraine paraît le plus flagrant : à une époque où la plupart des principautés se sont dotées d’une chambre des comptes, on ne trouve rien de tel dans le duché. Bien mieux, le premier registre de comptes le concernant date de 1419[10] [10] Archives Départementales de Meurthe et Moselle (admm) b...
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 ! Naturellement, les serviteurs de Charles II tenaient certainement des comptes bien avant cette date et certains actes mentionnent, en passant, non seulement leur existence, mais même des auditeurs des comptes[11] [11] admm g 376. ...
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. Mais ils n’étaient sans doute pas archivés à Nancy. Il faut conclure de tout cela qu’il manquait au duché une organisation administrative centralisée, cohérente, rigoureuse, et un tant soit peu uniformisée. Les fonctions existent, mais les structures institutionnelles font encore défaut.

5 Nous avons ici affaire à un remarquable phénomène de résistance à l’acculturation, qui ne concerne que le domaine des structures politiques. Ce que refuse en effet la Lorraine ducale, ce n’est pas la « culture française », au sens large du terme, qu’elle a adoptée, mais le « modèle étatique » à la française. La résistance à l’acculturation ne concerne donc qu’un seul trait culturel.

Les causes du « retard lorrain » : le rôle du milieu interne

6 Si l’on s’interroge maintenant sur les causes de cette résistance, il faut dès à présent écarter une explication purement conjoncturelle : celle de l’hostilité très marquée de Charles II à l’égard du royaume de France, dans les trente premières années de son règne. Les manifestations en sont nombreuses et très fortes : pillages réguliers des villages du royaume frontaliers au duché, entre 1400 et 1410 ; outrages caractérisés envers la personne du roi lorsque Charles II fait traîner dans la boue, accrochées à la queue d’un cheval, les insignes de la sauvegarde royale ; interdiction faite à ses filles, dans son testament, en 1409, d’épouser un sujet du royaume de France[12] [12] Archives Nationales (an) j 932, n° et bn, Fr. n° 11823,...
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. Charles II n’évite l’engagement militaire direct que parce qu’il sait qu’il tournerait en sa défaveur. Ne pourrait-on pas voir dans cette hostilité politique et diplomatique la cause des phénomènes de résistance énoncés ?

7 Les Lorrains ne refusent-ils pas simplement de mettre en pratique dans leur duché les solutions politiques d’un royaume qu’ils jugent « tyrannique » ? Il faut cependant dépasser cette explication purement conjoncturelle et événementielle. Elle n’a pu que renforcer un phénomène qui par ailleurs répondait à d’autres motivations. En effet Charles II est essentiellement hostile au parti armagnac représenté par Louis d’Orléans et son allié le duc de Bar. En revanche, il occupe une place de premier plan dans les alliances diplomatiques bourguignonnes, Jean sans Peur lui versant personnellement 40% environ des sommes qu’il distribue à tous ses alliés[13] [13] B. -A. Pocquet du Haut-Jussé, « Les pensionnaires...
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. Or la Bourgogne avait adopté le « modèle étatique » français et aurait pu en donner une image attractive. Enfin, les nécessités de la lutte contre le roi de France ne devaient-elles pas inciter à l’imitation de ce modèle, pour mieux exploiter les ressources potentielles du duché ?

8 Les causes de la résistance à l’acculturation sont donc à rechercher dans la structure interne du duché de Lorraine et dans celle de sa classe politique. Le facteur interne apparaît en effet pleinement lorsque l’on étudie l’armature financière du duché.

9 Les tous premiers registres de comptes parvenus jusqu’à nous, ainsi que les actes de Charles II, permettent de cerner assez aisément la nature de ses ressources. L’essentiel est constitué de revenus seigneuriaux traditionnels : cens, tailles, péages, amendes judiciaires, etc.[14] [14] Avant la mort de Charles II, en 1431, seuls neuf comptes...
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Quand bien même on ajoute les pensions régulièrement versées par Jean sans Peur, 2 000 francs par an, plus 15 francs par jour passé à son service[15] [15] Archives Départementales de la Côte d’Or (adco) b 11920,...
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, cela ne suffit apparemment pas à donner à Charles II une assise financière suffisante, dans une époque troublée, où les besoins militaires sont permanents. Il faut tenir compte d’une source de revenus domaniaux très importants, les mines d’argent et de sel, sur lesquelles le duc Jean, père de Charles II, est parvenu à mettre la main, au terme d’un long conflit avec l’évêque de Metz[16] [16] admm b 956, n. 2. ...
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. Au total, il semblerait qu’à la fin de son règne, selon une estimation postérieure, le duc Charles II ait bénéficié d’un revenu annuel de 50 000 francs, soit le double de celui du duc de Bar à la même époque[17] [17] A. Girardot, au cours d’une communication, non publiée...
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. Face à cette manne, toute relative cependant si on la compare aux revenus du royaume, notre duc se trouve placé devant une alternative : renforcer les structures financières de son duché pour en augmenter le rendement, ce qui implique la possibilité de lever des subsides extraordinaires, mais suppose un renforcement sensible de l’autorité ducale, au risque de mécontenter la classe chevaleresque ; ou bien se contenter des ressources existantes, en obtenant en contrepartie un soutien militaire réel et efficace de la part de cette même chevalerie.

10 Or dans le contexte politique lorrain du début du XVe siècle, Charles II ne peut adapter au duché le « modèle » institutionnel français : son territoire est trop morcelé pour cela, et la nature de ses possessions, constituées d’alleux, de fiefs et d’avoueries, trop disparate : le duché dont l’investit l’empereur est une fonction honorifique, pas un territoire bien délimité[18] [18] M. Parisse, La noblesse lorraine, op. cit. , p.  689. ...
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 : difficile, dans de telles conditions, de mettre en place une administration centralisée. Par ailleurs, face au roi de France, à Louis d’Orléans et au duc de Bar, Charles II doit pouvoir mobiliser immédiatement tous ses vassaux. Il ne peut donc que s’appuyer sur la chevalerie et les structures « féodales » de son duché, pour les mobiliser contre ses ennemis. Ceci s’avère finalement payant, puisqu’il triomphe du duc de Bar à Champigneulles, en juillet 1407, peu avant l’assassinat de Louis d’Orléans.

11 La résistance à l’acculturation, dans le duché de Lorraine, s’explique donc par la confrontation de deux sociétés politiques extrêmement différentes, l’une assez centralisée, l’autre extrêmement morcelée. Le rôle du milieu interne s’avère décisif dans le refus du processus d’acculturation. Le rapport de forces favorise en effet la classe chevaleresque, aux dépens du pouvoir ducal. Cependant, à partir de 1420 environ, la pression du « modèle français » se fait encore plus forte, car la configuration territoriale et la conjoncture politique lorraines évoluent sensiblement. Il nous reste donc à étudier la réponse lorraine à une acculturation devenue inéluctable.

La réponse lorraine : acculturation et réinterprétation (1420-1431)

12 L’année 1420 représente une coupure fondamentale dans le règne de Charles II : il marie sa fille Isabelle, héritière du duché, à l’héritier adoptif du duché de Bar, René, beau-frère du futur Charles VII[19] [19] an kk 1123, layette mariages des ducs et princesses de Lorraine,...
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. La pression du « modèle français » se fait dès lors beaucoup plus forte : Charles II, gouverneur du duché de Bar dès 1421[20] [20] an kk 1117, layette Bar-mélanges 2, n° 239. Cet...
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, se rapproche nettement du roi de France, et se trouve doublement en contact avec des territoires mieux administrés que le duché. Enfin et surtout, l’obstacle majeur du morcellement politique est en passe d’être levé : Charles II contrôle désormais les duchés de Bar et de Lorraine, ainsi qu’une grande partie de l’évêché de Metz, dont il tient les terres en gage[21] [21] Les actes d’engagement de terres de Raoul de Coucy, évêque...
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. Il domine désormais toutes les autres forces politiques lorraines, à l’exception de la cité de Metz. Dans une Lorraine en voie d’unification, de plus en plus proche de la France, l’acculturation politique n’est-elle pas cette fois inévitable ? Les institutions centrales ne vont-elles pas se mettre en place, et la chevalerie perdre de sa superbe ?

13 On constate bien un léger « progrès » dans les structures administratives du duché. Les premiers registres de comptes, désormais archivés, datent des années 1420, et ils augmentent progressivement de volume. Recettes et dépenses, recettes en argent et en nature, dans un premier temps, confondues, se séparent peu à peu, et quelques actes attestent de la vérification effective de certains comptes[22] [22] Nous avons trois exemples de la vérification des comptes...
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. Mais tout ceci est bien modeste : la comptabilité reste très fruste, les comptes sont vérifiés devant le duc en personne et devant ses secrétaires, qui remplissent la plus grande partie des fonctions administratives du duché. Celui-ci ne rattrapera son retard qu’à partir de 1450, avec les réformes de René d’Anjou, et surtout sous René II, à la toute fin du XVe siècle[23] [23] H. Schneider, « Aspects de la question des finances...
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. Néanmoins, l’unification relative de l’espace lorrain, et l’exemple du duché de Bar permettent d’acculturer, lentement et laborieusement, le duché de Lorraine aux structures administratives « modernes ».

14 Mais la chevalerie ne risque-t-elle pas de voir dans cette acculturation un danger mortel pour ses intérêts ? Or, l’union personnelle des deux duchés de Lorraine et de Bar ne peut se réaliser que si René succède effectivement à son beau-père. Pour contrer l’opposition d’Antoine de Vaudémont, son neveu, qui revendique aussi la succession, Charles II doit réunir les vassaux des duchés de Bar et de Lorraine, en 1425. Ceux-ci reconnaissent aisément René d’Anjou comme successeur[24] [24] an j 933, n° 4 bis. ...
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, mais le duc et son gendre doivent promettre en retour de respecter les privilèges de la noblesse lorraine et de réunir régulièrement les états généraux du duché. Cette pratique n’est certes pas nouvelle en Lorraine[25] [25] J. -L. Fray, op. cit. , p.  237-239. ...
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, mais c’est seulement à partir de 1425 qu’elle s’institutionnalise. On peut dater en effet de ces années la mise en place de ce que l’historien de la Lorraine Robert Parisot a appelé un « système constitutionnel », dans lequel les états généraux ont un pouvoir décisionnel assez important. Or, dans de telles assemblées, la noblesse se taille la part du lion, car seuls les abbés, en tant que possesseurs de fiefs, représentent le clergé, et la bourgeoisie, dans un duché resté très majoritairement rural, ne peut faire contrepoids[26] [26] R. Parisot, op. cit. , p.  381 et suiv. ...
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.

15 Au cours du XVe siècle, la réponse de la société politique lorraine à la mise en place des structures étatiques semble donc très claire : la chevalerie a accepté l’État, à condition de s’y voir reconnaître une place de choix, pour pouvoir continuer à contrebalancer le pouvoir ducal. Il y a là un phénomène tout à fait classique de réinterprétation d’un modèle politique imposé de l’extérieur. Le duché de Lorraine a fini par l’accepter, mais en l’adaptant à ses propres structures, de façon à préserver son équilibre interne. Cet exemple illustre donc bien l’extrême complexité et la diversité des processus d’acculturation. Il montre que celle-ci n’est pas un phénomène uniforme, qui agirait de la même manière sur les différentes facettes d’une société donnée, et il met en évidence le rôle décisif du milieu interne et de ses structures dans l’acceptation ou non d’un modèle « étranger ». Chaque processus d’acculturation doit donc être considéré comme spécifique : un phénomène identique et contemporain, l’unification d’un territoire, peut produire des résultats contraires, aboutir dans le cas du royaume de France à un « premier absolutisme »[27] [27] P. S. Lewis, La France de la fin du Moyen Âge : la...
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ou dans celui de la Lorraine à un « système constitutionnel ».

 

Notes

[ *] Prépare une thèse de doctorat sous la direction de Michel Parisse à l’Université de Paris I sur Le duché de Lorraine sous Charles II (1390-1431) : aux origines de l’État lorrain.Retour

[ 1] M. Parisse, La noblesse lorraine : XIe-XIIIe siècles, Paris, Champion, 1976, p. 755-806.Retour

[ 2] P. Marot, « Les seigneurs lorrains à l’ost de 1383 », Annales de la Société d’émulation des l’osges, 1924-1925.Retour

[ 3] La cartographie politique de la Lorraine à la fin du Moyen Âge est presque impossible à réaliser : sur ce sujet, voir M. Parisse, Austrasie, Lotharingie, Lorraine, Nancy, 1990, p. 203 et la carte de la commune Trèves de Lorraine, p. 196.Retour

[ 4] J.-L. Fray, Nancy-le-Duc, essor d’une résidence princière dans les deux derniers siècles du Moyen-Âge, Nancy, 1986, p. 32-35.Retour

[ 5] R. Parisot, Histoire de Lorraine, t. 1, Paris, Picard, 1919, p. 384.Retour

[ 6] J.-L. Fray, op. cit., p. 122-124, citant une déclaration de Charles II en 1392.Retour

[ 7] Ibid., p. 104.Retour

[ 8] Ibid., p. 244. Encore l’auteur avance-t-il la date de création de ces institutions d’une trentaine d’années par rapport à R. Parisot, op. cit., p. 384, qui place la première mention d’un chancelier en 1473 seulement.Retour

[ 9] J.-L. Fray, op. cit., p. 219.Retour

[ 10] Archives Départementales de Meurthe et Moselle (admm) b 5241 (compte du châtelain de Dieuze en 1419-1420) et b 7232 (compte du châtelain de Rosières en 1420-1421). Le premier compte d’ensemble d’un bailliage date de 1424 : admm b 1919.Retour

[ 11] admm g 376.Retour

[ 12] Archives Nationales (an) j 932, n° et bn, Fr. n° 11823, fol. 263-273 et 175-175.Retour

[ 13] B.-A. Pocquet du Haut-Jussé, « Les pensionnaires fieffés du duc de Bourgogne de 1352 à 1414 », Mémoires de la société pour l’histoire du droit et des anciens pays bourguignons, 1942.Retour

[ 14] Avant la mort de Charles II, en 1431, seuls neuf comptes nous sont parvenus, qui tous datent de la période 1420-1431 : admm b 1919, b 1920, b 1921, b 5241, b 5242, b 8466, b 7232, b 7233 et b 7234. Ils ne font état que de ressources de nature seigneuriale.Retour

[ 15] Archives Départementales de la Côte d’Or (adco) b 11920, pièce non cotée.Retour

[ 16] admm b 956, n. 2.Retour

[ 17] A. Girardot, au cours d’une communication, non publiée à ce jour, dans le colloque La noblesse dans les territoires angevins à la fin du Moyen-Âge, tenu à l’Université d’Angers du 3 au 6 juin 1998.Retour

[ 18] M. Parisse, La noblesse lorraine, op. cit., p. 689.Retour

[ 19] an kk 1123, layette mariages des ducs et princesses de Lorraine, n° 18. Le mariage, dont la décision est prise en 1419, est effectivement célébré en 1420, et dès l’année suivante. René est duc de Bar, sous la tutelle de son beau-père.Retour

[ 20] an kk 1117, layette Bar-mélanges 2, n° 239. Cet acte, daté du 25 février 1431 (n. st.), est le premier dans lequel Charles II intervient en tant que « mainbour » du duc de Bar René d’Anjou, et gouverneur du duché de Bar.Retour

[ 21] Les actes d’engagement de terres de Raoul de Coucy, évêque de Metz, à Charles II, sont en effet très nombreux, et portent sur une grande partie du temporel de l’évêché de Metz : an kk 1124, layette Nomeny 1, n° 91 ; an kk 1121, layette Hombourg, n° 8 ; an j 985, n° 14 ; an j 989 a n° 14 ; an j 985 n° 17.Retour

[ 22] Nous avons trois exemples de la vérification des comptes des receveurs de la châtellenie de Dieuze : admm b 5242, fol, 28, 39, 40.Retour

[ 23] H. Schneider, « Aspects de la question des finances du duché de lorraine à la fin du Moyen Âge », Annales de l’Est, 1 (1998), p. 20 et suiv.Retour

[ 24] an j 933, n° 4 bis.Retour

[ 25] J.-L. Fray, op. cit., p. 237-239.Retour

[ 26] R. Parisot, op. cit., p. 381 et suiv.Retour

[ 27] P. S. Lewis, La France de la fin du Moyen Âge : la société politique, Evreux, 1977, Voir la conclusion de l’ouvrage.Retour

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POUR CITER CET ARTICLE

Christophe Rivière « Les structures politiques et administratives du duché de Lorraine sous Charles II (1390-1431) », Hypothèses 1/1999 (), p. 151-157.
URL :
www.cairn.info/revue-hypotheses-1999-1-page-151.htm.