2001
Imaginaire & Inconscient
Plaidoyer pour l’imaginaire de Lacan au Rêve-éveillé
Marc-Alain Descamps
Université René Descartes, Paris V. Membre du GIREP 18 rue Berthollet 75005 Paris
Il ne sert de rien d’objecter au Rêve-éveillé analytique,
la position de Lacan sur l’imaginaire, car sous le même mot on
ne parle pas de la même réalité.Mots-clés :
Imaginaire, Image, Imagination créatrice, Rêve, éveillé.
It is useless to object to Awakened-dream the
position of Lacan on imaginary, because with the same word
they dont speak of the same thing.Keywords :
Imaginary, Image, Creative imagination, Awakened-dream.
Dans un Plaidoyer pour l’Imaginaire, on rencontre dès l’abord l’obstacle
du “registre imaginaire” tel qu’on le rapporte à Lacan. Tout le monde est prêt à
l’objecter au Rêve-éveillé. Et l’on ne peut pas proposer l’Imaginaire comme voie
royale d’accès à l’inconscient, tant que l’on n’a pas situé le point de vue lacanien.
Il ne sert de rien de déployer un étendard, si l’on vous l’a par avance déchiré.
Mais parlons-nous de la même chose ?
“L’imaginaire” chez Lacan
“L’imaginaire”, tel que le conçoit Lacan, a partie liée dans un ensemble avec
le réel et le symbolique sur un rapport (RSI/SIR) tel que chacun ne peut exister
sans les deux autres, comme dans le nœud borroméen des trois cercles emboîtés.
L’imaginaire est toujours défini comme le registre du leurre et de l’identification. Et il est à entendre à partir de l’image. Dans le moi il engendre la fonction
de méconnaissance (celle de l’Autre sur l’Un), dans la relation intersubjective
il introduit l’écran de la projection, (celle de l’Un sur l’Autre). Il y a méconnaissance de tout être quant à la vérité de son être et aliénation à sa propre image
par le miroir de Narcisse. Tout débute donc par ce stade du miroir qui met fin au
fantasme du corps morcelé; l’enfant se reconnaît pour la première fois, mais
comme autre par aliénation à son image. L’assomption triomphante de l’image
avec la mimique jubilatoire qui l’accompagne conduit à l’identification spéculaire après repérage de l’inexistence de l’image derrière le miroir. La relation
spéculaire a une position dominante dans la formation du moi, qui est donc une
fonction de méconnaissance. Il y a capture du moi par une image. Le moi devient
le palais des mirages, une perspective en enfilade, menant aux mirages imaginaires du narcissisme. Il y a donc toujours captation identificatrice par l’image.
Dans l’image gît donc une tendance au suicide, visible dans le mythe de Narcisse.
Et dans la cure ceci se rejoue : le sujet parle sans cesse d’un être qui lui
ressemble à s’y méprendre, d’un être qu’il a cru être mais qui n’est que le produit
de son imaginaire. Heureusement l’analyste ne l’y suit pas et lui révèle sa béance
car l’imaginaire lui cachait son incomplétude. En effet, pour Lacan, l’imaginaire
engendre la dénégation (Verneinung) et interdit l’accès à son propre désir.
Dans cette relation dialectique à trois, le Réel est exigé de l’ordre de l’impossible (comme l’Objet ou la Chose das Ding, il tient la place de ce qu’était
autrefois le Divin ou le Noumène). Il y a deux voies d’accès au réel, la mauvaise
qui est l’imaginaire et la bonne qui est le Symbolique, (comme chez Platon la
voie du Sophiste et celle du Philosophe). Si le réel est la jouissance, l’imaginaire
c’est la castration.
Donc Lacan se tient à la conception négative et péjorative de l’imaginaire.
Il est synonyme de : faux, illusoire, irréel, leurre, mirage, manque, discordance
et associé aux illusions d’optique et aux mirages narcissiques. D’ailleurs bien
souvent il emploie le mot “imaginaire” pour ce qui n’est pas des images, mais
des systèmes de croyances, des idées approximatives, des opinions inadéquates,
des notions vagues ou des concepts faux. Pourtant Lacan écrit : “Sans doute
l’imaginaire n’est pas l’illusoire et donne-t-il matière à l’idée”. Mais si le Verbe
écrase le Voir et en est sa vérité, l’imaginaire n’a de valeur qu’en tant qu’il
accède au symbolique, “la structuration symbolique disjoint l’imaginaire du
réel”.
Et le système lacanien garde sa cohérence en repoussant à la fois l’imaginaire, la régression, l’archaïque, “l’analyse des enfants”, Mélanie Klein, la mère
et le féminin (toujours au Nom du Père), car tout est lié, forcément.
- Pour Mélanie Klein il opposera toujours sa propre assomption jubilative
et triomphante à sa position dépressive. Les stades pré-oedipiens sont, pour lui,
analytiquement impensables comme le montre l’œuvre trébuchante de M. Klein
et son insouci. Le mythe kleinien est d’avoir voulu substituer le corps de la mère
à la place du das Ding. Et Lacan exprime son refus de dépasser l’œdipe en
utilisant une image de rêve-éveillé : “L’analyse pré-oedipienne résume cette
débandade du collier où c’est au-devant des perles qu’on jette les pourceaux”
(Ecrits, p. 464). Ce qui n’est pas peu dire.
- Le remède est pire que le mal lorsque l’enfant, nommé par sa mère, s’insère
dans un monde imaginaire en exauçant le désir de l’autre et en devenant son
phallus. Alors face au phallus la femme se voue à l’imaginer en faisant semblant
de l’être (la mascarade féminine) et l’homme de l’avoir (le comique viril). Le
père imaginaire est l’image paternelle née du discours de la mère. Dans le
symbolisme de l’entre-deux ne faut-il pas aller jusqu’au macaroni ? L’illusion
vient par la voie d’une béance spécifique. Il y a une impossibilité au réel de
réduire le trou dont il est l’auteur puisqu’il l’ouvre à la mesure dont il tente de
le réduire. Le macaroni est un trou avec quelque chose autour et le fait d’en rire
ne change rien à ce qu’il est. Et de nouveau Lacan a recours à une image comme
dernier argument : “Il ne faut pas s’offrir en pâture à une fellatio imaginaire,
étrange substitut de la filatio symbolique”, ce serait donner sa langue au chat.
Le système de Lacan est donc un ensemble cohérent et redondant, dont
l’imaginaire est la clé : si l’on a une conception négative et péjorative de l’imaginaire, alors on ne peut saisir la nature de l’enfant, de la femme et de l’archaïque.
Et ajoutons que si le verbe doit avoir le dernier mot, le Rêve-éveillé ne peut
évidemment que servir de repoussoir.
Le réveil de l’imagination ou l’imaginaire éveillé
La position de Lacan sur l’imaginaire n’est ni neuve, ni originale, elle
s’origine au contraire sur une vue classique et ancienne de méfiance envers
l’imagination. Tout le courant intellectualiste et rationaliste a toujours eu une
conception négative de l’imagination. Malebranche la nommait déjà “la folle
du logis”. Et Pascal qualifie ainsi “cette partie décevante dans l’homme, cette
maîtresse d’erreur et de fausseté et d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas
toujours … Le plus grand philosophe du monde, sur une planche plus large qu’il
ne faut, s’il y a au dessous un précipice, quoique sa raison le convainque de sa
sûreté, son imagination prévaudra” (Pensées, II, 82). Puis pour toute la psycho-logie sensualiste l’image n’est que le retour affaibli d’une sensation et l’imaginaire le reflet déformé du monde sensible. En 1870 Taine définit l’image comme
“une sensation atténuée”. De même pour les associationnistes l’image est une
sensation appauvrie qui commence à se schématiser et Freud reste l’héritier de
cette psychologie du sens commun. Le mot grec fantasia (fantasia) pour l’imagination ne leur évoque que des fantaisies, charmantes certes mais puériles.
L’image est toujours tenu dans ce point de vue réprobateur comme dangereuse et fascinante, à l’instar de la tête de Méduse. C’est elle qui nous regarde
et devient un dompte-regard, comme le célèbre tableau de Lacan sur “l’Origine
du monde”. “Nous verrions volontiers dans cette sorte d’intoxication par
l’image une marque de la levée du refoulement, opérée à un niveau d’autant plus
efficace que nous sommes ici dans l’infra-verbal … L’absence de mots, le
silence du tableau comme celui de l’analyste incite à la régression dans un
monde de représentations où règnent les processus primaires” (Sophie de
Mijolla-Mellor, 2000).
La révolution va être produite par les progrès de la science, l’invention des
techniques, la reconnaissance de la valeur de l’art et l’apparition de la psycho-logie et de la psychanalyse.
C’est le renoncement de Freud à la neurotica qui lui fera découvrir le
fantasme et l’ordre de réalité de l’imaginaire. Le fantasme, s’il n’est pas exact
sur le plan du réel extérieur, a sa propre réalité intérieure. Il n’est pas irréel
puisqu’il unit sur une image des affects, des pulsions et des projets. Le rêve
aussi nous trompe en ce qu’on n’est pas ainsi dans la vie réelle, mais il est un
vrai rêve qui nous montre réellement ce qui se passe sur l’autre scène. Il permet
ainsi d’explorer l’indicible auquel ni le moi ni le conscient n’ont accès.
En mathématique les nombres imaginaires (comme “i” égale racine carrée
de moins 2), en tant que variante des nombres complexes, ont la même positivité
et utilité. D’ailleurs une réflexion sur leur nature fait comprendre rapidement
que toutes les mathématiques sont de l’ordre de l’imaginaire et n’ont aucune
existence réelle. Personne n’a pu voir un point (qui n’a pas de surface), une
droite (qui est infinie) ou une circonférence (à la place on ne peut voir qu’une
grossière couronne), etc.
Quant au “Musée imaginaire”, Malraux lui a donné ses lettres de noblesse
et depuis il s’est multiplié en passant du livre et de la photographie à la télévision
et au CDRom.
Depuis peu l’image prend la place de la lettre dans la direction de la civilisation et la “constellation Marconi” succède à la “galaxie Gutenberg”. Les
consoles et autres machines à images ont remplacé le texte.
Finalement tout ce qui existe a d’abord été imaginé par un homme (ou des
femmes) depuis la Cité interdite jusqu’à la Tour Eiffel. L’imaginaire est la source
de tous les arts, des lettres, des sciences et des techniques.
Et l’on se rend compte que toutes les innovations sociales ont d’abord été
des Utopies ou constructions imaginaires.
Aussi Keats écrira en 1817 sa “Lettre sur l’authenticité de l’imagination”
comme Giraudoux “Splendeur de l’imagination”.
L’imaginaire commence à devenir le double réel de la réalité avant qu’advienne par la suite le sur-réel.
Alors on commence à distinguer trois sortes d’imagination :
- L’imagination reproductrice ou la possibilité de voir en images. Elle forme
des images qui ne sont pas des souvenirs ni des idées en ce qu’elles sont non-datées, figurées, singulières, concrètes et sensibles.
- L’imagination active ou la fonction irréalisante de la conscience par
laquelle l’homme a le pouvoir de penser le non-réel. Il décide de donner de
l’existence à ce qui n’existe pas (de la Chimère à l’Utopie).
- L’imagination créatrice est la fonction d’innovation et d’invention. Elle
peut devenir une imagination sans image comme lorsqu’il faut imaginer un
nouveau matériau (colle, plastique, plasma, moteur …) ou un nouveau modèle
calculé plus que vu.
Ainsi cette même imagination peut former l’image d’une brosse à dent,
réveiller la Belle au Bois Dormant et inventer le calcul tensoriel ou les espaces
à N dimensions.
Et pour certains l’imagination se révèle être une fonction de connaissance
suprasensible, qui permet de voir le sur-réel, grâce à l’imaginaire. Ainsi
G. Bachelard écrit : “Grâce à l’imaginaire, l’imagination est essentiellement
ouverte, évasive. Elle est dans le psychisme humain l’expérience même de
l’ouverture, l’expérience même de la nouveauté” (L’air et les songes, p. 7).
Et nous ajouterions volontiers “ a racine de la liberté”. Elle a sans doute une force
régressive et transgressive, mais aussi progressive et constructive.
Mais alors quel est cet imaginaire qui s’ajoute aux images et à l’imagination ?
L’Imaginaire du Rêve-éveillé
Le Rêve-éveillé (RE) utilise dans la cure analytique des moments de visualisation imaginative où les images qui ressortent de l’inconscient s’unissent
dans des scénarios imaginaires et symboliques. Tout est là, cet imaginaire est
plus symbolique qu’imaginaire. L’Imaginaire du RE n’est pas l’imaginaire de
Lacan. Mais déjà celui-ci se rapproche de ces autres images et le reconnaît
lorsqu’il écrit que “les images sont déjà assujetties à un symbolisme inconscient”
(E., p. 728). En RE la poussée en avant de l’imaginaire s’inscrit dans un cadre
et un projet analytiques, comme l’écrit Nicole Fabre. Les images des RE sont
d’un symbolisme tel que souvent le signifiant est apparent même pour le rêveur.
On pourrait donc admettre que l’inconscient se sert des images pour dire ce
qu’il veut taire ou ne peut pas dire. Et l’analyste rêve-éveillé avec son travail
permanent sur le signifiant, fait passer au registre symbolique et permet au sujet
d’advenir comme sujet désirant. Les images du RE sont prises aussitôt dans le
processus de décryptage de la cure avec l’aide de l’analyste. Celui-ci en révèle
le sens au patient dans la mesure de ses possibilités d’acceptation et d’évolution. Alors les incidences imaginaires s’insèrent dans la chaîne symbolique
ainsi que le dit Lacan “les incidences imaginaires ne livrent rien que d’inconsistant, sauf à être rapportées à la chaîne symbolique qui les lie et les oriente”.
Le travail du psychanalyste RE se situe donc à la frange entre l’imaginaire et le
symbolique. Il retrouve l’ordre symbolique dans la suite des images selon une
chaîne signifiante autonome. Cela sans oublier que l’ordre symbolique n’est pas
constitué par l’homme, mais le constitue tout entier.
Déjà Freud avait reconnu que “la pensée visuelle se rapproche davantage des
processus inconscients que la pensée verbale et est plus ancienne que celle-ci”
(Essais, p. 189). La psychosomatique a montré le lien entre l’image et le corps.
Ce qui conforte ma conviction que l’image est bien la parole du corps. A
condition de ne pas la stopper, mais de la faire évoluer et de la dynamiser comme
en RE. “Dans la pratique analytique, cet aspect intemporel de l’image explique
à la fois l’aspect précieux de la pensée visuelle, qui fournit des repères dans un
matériel confus et animé par des affects violents, mal organisés, mais aussi son
danger de réduction du processus évolutif de l’analyse” (Duparc, 1994). Mais
notons qu’en substituant le terme de “pensée visuelle” à celui d’imaginaire, on
reste dans cette optique intellectualiste, rationaliste et réductionniste. Nous
voulons bien reconnaître avec tous les lacaniens l’aspect fascinant de l’image
qui fixe l’esprit par son pouvoir quasi-hypnotique. L’expression populaire qui
parle de personnes “scotchées à la télévision” le marque bien, mais surtout
l’image envoûtante (ou fantasme) a ce pouvoir médusant. Or justement l’activité
du RE se marque dans la mise en mouvement des images intérieures, leur
séparation, désintrication et transformation. Tout est là, l’image mentale n’est
plus fixe : grâce au RE elle retrouve vie et mouvement et devient un instrument
de réparation et de libération.
Comme l’imagination, l’imaginaire se trouve triple :
- l’imaginaire est d’abord l’ensemble de toutes les images. Donc il y a un
imaginaire individuel, qui participe à un imaginaire familial, ethnique, culturel
et social. En ce que cet imaginaire collectif se structure il accède au registre
symbolique de “lalangue”, mais pour certains cela n’est pas suffisant et l’imaginaire est autre chose que “les images” ou l’imagination.
- l’imaginaire est de plus le lieu du non-physique. Il constitue “l’espace
imaginaire” dont parle Sami-Ali. Il emplit cet espace intérieur dans lequel on
apprend à se déplacer. Il nous livre par l’univers de la culture l’accès à un surréel,
en ce que Lacan déclare (après Hegel) que “le concept est la chose même”.
- enfin l’imaginaire devient le lieu de tous les possibles. Il est donc l’espace
de liberté et d’innovation qui fonde la culture et les civilisations ou la collaboration de l’homme à l’ordre de l’univers.
Certains veulent aller beaucoup plus loin et considérer l’imaginaire non
comme la fonction de l’irréel, mais du réel par excellence. Si l’irréel transforme
le réel c’est qu’il est un surréel. Par lui on échappe au réel et au réalisable, défini
comme le déjà-vu qui existe déjà, pour imaginer/inventer l’avenir, le monde futur
sans modèle existant. Les machines à images et les machines à inventer représentent déjà par le virtuel ce qui n’existe pas encore dans le réel. Seul l’imaginaire contient ces mondes possibles qui vont remplacer l’existant actuel, dit le
réel. Le référent change, l’image a le pas sur le dit “réel”, car elle est le réel de
demain, comme l’ordinateur est déjà le réel d’aujourd’hui. Le RE va au-delà de
la libre association en image, il est la thérapie par l’image symbolique. L’image
du RE n’est pas de “l’imaginaire” elle est déjà du symbolique. Le fantasme est
fixe et figé, les images retrouvées par le RE sont changeantes, mouvantes,
vivantes. L’imaginaire nous libère de l’image fixe issue du perceptif pour ouvrir
à l’espoir de la vie changeante. “Dans l’imagination visuelle du rêve-éveillé, le
plaisir ne résulte pas d’une laborieuse reconstitution de la scène, mais de l’émergence subtile de signifiants-clefs qui provoquent l’effet de sens (la technique)
au service d’une tendance, c’est-à-dire la représentation d’un schéma d’action”
(Widlöcher, 1981). Le signifiant de l’autre scène est déjà dans l’image rêveéveillé.
Nous ajoutons même que le RE ne reste pas au niveau du “registre imaginaire” lacanien, puisqu’il permet d’accéder au symbolique universel. Au début
d’une cure RE on travaille certes sur les images personnelles, mais après
apparaissent des images d’un autre ordre qui n’appartiennent plus au seul rêveur.
Ce que l’on retrouve accède à l’ordre du Mythe et c’est toute une mythologie
personnelle qui va s’organiser ou se réorganiser.
De plus l’imaginaire apparaît comme l’essence de l’esprit. Il lui donne une
force créante à partir de rien, c’est-à-dire donnant un début d’existence à ce qui
n’est pas encore réel. Plus que l’idée, l’image est donc la semence du réel. Cet
imaginaire permet l’émergence de la vérité de son être et c’est ce que chacun
est en droit d’espérer d’une cure RE. Il mène à une surraison (“De même, lorsque
le mathématicien Hadamard affirme que toute tentative pour visualiser
nettement le chemin à parcourir ne peut qu’égarer et qu’il faut laisser la décision
à l’inconscient, il ne prône pas une antiraison bien évidemment, mais une
surraison, dégagée de ses entraves et qui rejoint l’imagination par ses racines
inconscientes” (Sophie de Mijolla-Mellor, 2000).
Surtout il n’y a pas que la prise de sens d’images fascinantes, ce qui reste dans
le classique schéma lacanien ou psychanalytique, il y a la force propre de
certaines images et leur pouvoir thérapeutique. Cela est le “plus” et l’apport
original du Rêve-éveillé en psychanalyse. Parmi les images des RE, nous distinguons des Images/Forces dont l’action dans l’inconscient est réparatrice
(Descamps, 1987). Les racines de l’imaginaire sont là et il faut les retrouver. Si
c’est dans cette pensée originaire et archaïque que se nourrit l’imagination
créatrice, peut-elle atteindre ce que Platon nommait “le mode des Formes” et
Henri Corbin “l’Imaginal où le corporel devient esprit et le spirituel prend
corps”? C’est ce qui semble se produire lorsque dans les scénarios RE de fin de
cure on dépasse les images et les actions pour accéder à des états d’être réparateurs et créatifs.
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